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Diane Groseille
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1 mai 2010

La photo de Thomas K.

miroir

Un grand bonhomme tout de noir vêtu au milieu d'une salle d'un blanc impressionnant. Il nous parle de peinture et de photographie. Je suis en sortie avec mes élèves dans une expo d'art contemporain. Les photos suspendues aux murs laissent mes étudiants songeurs. Intimidés par ce lieu qui ne leur est pas familier, ils osent vaguement quelques questions. Le grand monsieur en noir leur explique que la photo est un instant. Qu'elle prend de l'importance pour celui qui la voit, même si elle est mal cadrée, même si la technique a totalement échappé à celui qui l'a capturée. Elle peut devenir aux yeux de certains une richesse, même si pour d'autres, elle n'évoquera absolument rien. Et je repense à toutes ces photos jaunies et cornées qui s'empilent au fond de boites à chaussures...

Et une en particulier me revient. J'ai quinze ans. Je suis amoureuse. Pour la première fois, je crois bien. C'est quelque chose qui me ronge, qui m'obsède, qui me torture. Je ne peux plus penser à autre chose, plus rien ne m'intéresse. Je ne travaille plus en classe, je ne communique plus avec ma famille, mes amis ne me reconnaissent plus. Le jeune homme en question est blond, il a de longs cheveux, c'est un ange. Je l'ai rencontré quelques semaines auparavant alors que j'étais partie au bout de la France avec ma meilleure amie et ses parents. Pendant les vacances de Pâques, nous avions pris la route. Le beau temps n'était pas au rendez-vous et nous étions arrivés dans une station balnéaire déserte. Tout pourtant laissait imaginer l'effervescence de l'été. Elle et moi, sur des bicyclettes rouillées avons fait le tour de cette petite ville aux centaines de maisons identiques et abandonnées par des vacanciers qui ne reviendraient les occuper qu'avec l'apparition des belles journées.

Puis, dans ce contexte si particulier arrive l'ange. Il est grand, ses yeux sont rieurs, il a le même âge que moi, vit dans la même région, est en vacances avec ses parents et est le cousin de ma meilleure amie. Je suis immédiatement perdue, possédée par un sentiment dont j'ignore tout. Il ne semble pourtant pas me voir un instant. Il me paraît beaucoup plus âgé, plus responsable et sure de lui que moi. Je me souviens en particulier de cette soirée passée sur une plage déserte et froide. Il est tout prêt de moi et je bois ses paroles. Sa voix est douce et sa main touche la mienne. Nous sommes quatre assis à même le sable. Nous discutons, de tout, de rien, nous observant et nous jaugeant. Le temps passe trop vite. La semaine touche à sa fin. Il nous faut déjà repartir vers le Nord, avec l'idée impossible de retourner en cours.

Les jours passent. Je ne pense qu'à lui, je saoule mes amies de paroles creuses et futiles. J'écris son nom partout. Ma meilleure amie me dit qu'il est possible de le voir dans la matinée, tôt, alors que notre bus nous dépose devant le lycée. Elle connaît son trajet, lui qui se rend dans le lycée situé à l'autre bout de la ville. Nous l'attendons alors sur les marches froides d'un escalier, l'air de rien. Je ne sais plus s'il passe le premier jour, mais très rapidement ce rendez-vous devient incontournable : toute ma journée semble concentrée dans ces quelques minutes où j'ai l'occasion de le voir et de parler avec lui. Je pense qu'alors je devais lui paraitre complètement niaise, mon sourire naïf et mes yeux plein de petites fleurs bleues. J'aimerais revoir une de ces matinées...

Un jour, ma meilleure amie eut la bonne idée d'immortaliser un de ces instants. Elle a pris une photo avec un appareil gadget que son père lui avait ramené d'une foire. Quelques jours plus tard, elle me remettait le précieux cliché, mal cadré, flou et dont les couleurs paraissaient déjà jaunies. Et pire que tout, il n'y avait sur cette image que la moitié de son visage qui apparaissait. J'ai regardé cette photo jusqu'à l'user. Elle a trainé dans mes affaires des mois durant, je l'avais toujours sur moi. Elle s'est vite froissée, cornée. On y voyait les fameuses marches de l'escalier, la devanture d'une boutique, moi et lui, à demi. Des murs. J'aurais donné alors n'importe quoi pour la recarder et y voir l'intégralité de son sourire.

Puis un matin, sous un grand soleil, je lui ai demandé si quelque chose pouvait se passer entre nous deux. Je ne sais pas comment j'ai posé la question. Sans doute très maladroitement. Il m'a souri, il m'a dit non. Et je m'en suis retournée, honteuse et pleine de chagrin. Je n'avais pourtant rien fait pour qu'il puisse en être autrement. J'étais insignifiante, banale, effacée.

Cette passion m'a dévorée pendant quelques mois. J'en étais au point d'avoir cherché le numéro de ses parents dans l'annuaire et de laisser parfois sonner son téléphone jusqu'à entendre sa voix. Un matin de juin, ce fut le drame : je l'ai vu devant mon propre lycée avec une brune aux boucles soyeuses qui ce jour là portait des collants verts. J'ai vite su son nom, comme j'avais réussi à savoir celui de sa sœur, de ses parents, son adresse, sa classe et tout le reste. L'été a passé. Il était toujours présent pour moi, mais je me suis faite à l'idée que jamais rien ne pourrait m'aider.

A y repenser aujourd'hui, rien ne nous liait, nous n'avions que peu parlé et si peu en commun. Il ne se souvenait peut-être même pas de mon nom. Je ne sais pas ce qu'est devenue cette photo. Petit morceau de papier qui immortalise une fraction de seconde.

Après cette expo, le souvenir m'étant passé par la tête, j'ai recherché son nom sur le net. Je l'ai trouvé. Il a coupé ses cheveux. Il est photographe.

***

 

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31 mai 2010

De l'écriture et autres futilités.

Je n'écris plus. J'écris moins. Pas que je n'en ai pas le temps, car depuis début mai, mon emploi du temps s'est considérablement allégé. C'est surtout que je prends plus de recul. Je n'écris plus à chaud. Je laisse le temps filer, puis finalement, souvent, je ne juge pas utile de revenir sur certaines choses.

Il y a six ans, quand j'ai ouvert ce blog, chaque élément de quotidien m'interrogeait : n'y avait-il pas matière à écrire ? Aujourd'hui, la question se pose moins souvent. Elle reste en suspens. Puis j'écris ailleurs, comme je l'ai déjà dit souvent. Dans ce petit carnet aux pages jaunies. Dans la marge de certains documents. Sur des feuilles volantes.

Je dessine aussi beaucoup. Je ne sais pas d'où cela a bien pu me venir, mais je me plais à griffonner depuis quelques semaines sur des feuilles, des visages (ceux que j'ai en face de moi le plus souvent), des perspectives, des objets... Gamine, j'adorais dessiner en toutes circonstances, mes cahiers de cours étaient les supports parfaits. Je voulais devenir styliste. Je suis devenue enseignante et j'ai cessé de dessiner.

J'aimerais reprendre ici mes mots avec plus de régularité. J'atteins bientôt les mille messages et je ne voudrais pas voir ce "lieu" à l'abandon. Lui qui m'a tant de fois laissée dans le doute me procure pourtant beaucoup de satisfaction. Alors attendez-vous au retour de Diane !

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trousse

18 mars 2010

La terrasse des saisons.

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Le printemps.

Le premier jour, ils se sont assis, à cette table de fer forgé, trop petite, dans la fraîcheur d'une matinée de mars. Deux cafés refroidissent entre eux deux, laissant s'échapper des volutes de chaleur. Elle est lumineuse et se laisse envahir par un sourire permanent qui la dépasse. Il est charmant et charmeur, ses yeux pétillent et ne peuvent se détacher du sourire qui lui est offert. Leurs regards se croisent, encore timides mais pleins de promesses. Ils se sont rencontrés la semaine précédente chez des amis communs. Il n'a pas l'habitude de faire ça, mais il lui a glissé son numéro de téléphone au moment de partir. Cliché, mais il ne voulait pas laisser passer sa chance. Il avait été ébloui par sa bonne humeur et sa simplicité. Elle avait hésité trois jours avant de le rappeler. Hésité n'est pas le mot juste, elle avait résisté. Car elle aussi s'était tout de suite sentie bien avec lui. Ce jour là, attablés dans l'insouciance et la timidité, ils comprennent tous les deux, pour des raisons différentes, que quelque chose de fort peut naître. Il est fasciné par sa bouche. Il ne voit que ça. Elle fait de longues phrases dont les sonorités lui plaisent, mais dont il n'écoute pas vraiment le sens. Il la fixe en souriant et apprécie ses minauderies. Elle s'allume une cigarette, inspire une longue bouffée et bascule sa tête en arrière. Puis elle tourne vers elle le bout incandescent pour vérifier s'il est bien allumé. Il aime tant ça. Son envie de la toucher lui ronge le ventre. Il aperçoit d'ailleurs la naissance de ses seins dans l'entrebâillement de son cache-cœur et ça le rend fou. De son côté, elle parle, consciente que ses paroles sont inconsistantes, mais elle cherche à meubler ce silence qui la gêne. Elle semble débordée par toute cette angoisse et en même temps, elle se sent légère et belle. C'est à son regard qu'elle le sait. Ses yeux la caressent. De longues minutes filent ainsi. Ils doivent se rendre sur leurs lieux de travail et le temps les obligent à se quitter. Les bises qu'ils se font avant de partir disent qu'ils vont forcément se revoir.

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pavot

L'été.

Les premières semaines passent, ils se retrouvent à la même table en fer forgée, celle qui donne sur les quais, celle qu'ils considèrent  désormais comme la leur. Bien sur, ils se sont revus. Le soir même de ce jour de mars. Ils ne pouvaient pas attendre plus. Ils avaient mangé ensemble, il l'avait raccompagnée chez elle. La suite était logique. C'était il y a trois mois. Depuis, ils ne se quittent plus. Et ce  soir de juin, sur l'une des journées les plus longues de l'année, dans la chaleur persistante, leurs mains s'enlacent, leurs bouches ont du mal à se quitter. Ils ne voient pas le temps qui passe. Ils prennent des risques. Ils disent vouloir prendre leur temps, mais grillent toutes les étapes, poussés par l'envie, le bonheur d'être ensemble. Ce soir là, dans les dernières lueurs du jour, il lui dit "je t'aime" alors qu'elle boit la dernière gorgée de son panaché.  Deux jours plus tard, ils décident de vivre ensemble et cette idée leur emplit le cœur d'une joie folle.

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cartes___jouer

L'automne

Les premiers mois ont filé si vite. Ils sont partis en vacances ensemble, dans le Sud de la France. C'était parfait. Ils se sont installés dès leur retour dans un charmant petit appartement qu'elle a choisi pour son cachet. Il aurait préféré cet appartement proche de son bureau mais il a fini par céder. Elle en a soigné la déco et les couleurs et se bat pour que monsieur veuille bien ranger ses affaires. Elle a aujourd'hui rendez-vous avec lui à leur table de fer forgé. Une fin d'après-midi d'octobre, les gens flânent encore dans les rues et dans cette lumière orange, certains courageux tentent même les dernières terrasses. Il lui a dit qu'il la rejoindrait en sortant du bureau. Elle est déjà assise là depuis de longues minutes et réchauffe ses mains autour de sa tasse de thé. Bien sur, il est en retard. Ils vont probablement rater le début du film qu'ils avaient prévu de voir. C'est ce film merveilleux dont son amie lui a parlé. Il n'a pas très envie d'aller le voir, mais il le fait pour lui faire plaisir. Lorsqu'elle le voit arriver au bout de la rue, trainant ses pieds dans les feuilles mortes, elle lève à peine les yeux. Il arrive vers elle et lui dépose une bise sur la bouche. Il s'installe à sa place habituelle et sort son téléphone sur lequel il tapote, sans dire un mot. Bien entendu, ça l'agace. Elle regarde ses ongles rongés aller et venir sur le petit clavier. Elle lui parle du cinéma et il hoche à peine la tête. Elle dit dans un souffle, comme pour elle-même, que c'est sans doute la dernière fois qu'ils pourront occuper cette table. Il lève les yeux et dans une étincelle lui dit "cette année, oui, surement...". Elle sourit.

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poudreuse

L'hiver

Quelques années ont passé. Un jour de décembre, dans une lumière éteinte, on la voit apparaître sur le seuil du café. Elle a des larmes dans les yeux. Elle allume sa cigarette et balance sa tête en arrière. Lui arrive juste derrière elle. Ses yeux sont fatigués. Il met ses gants, sort de sa poche son trousseau de clés, en détache deux et les lui tend. Sans lever les yeux, elle les prend et les fourre dans sa poche. Il part à droite après lui avoir déposé deux bises sur les joues. Elle part à gauche après avoir écrasé sa cigarette et essuyé ses yeux. Contre le mur du café est pliée la petite table en fer forgé.

6 juin 2014

Magali.

On se croise sur un pont, je les vois arriver de loin mais je ne reconnais leurs visages que l'orsqu'ils passent à mon niveau. C'est lui, c'est Jules, j'identifie ses traits tirés, ses joues creuses, je le trouve fatigué, vieilli. Il est accompagné de sa femme qui porte dans ses bras un enfant. Je me dis à ce moment là qu'elle ressemble à la vierge. Lui ne me regarde pas, je sais par contre qu'il m'a vue, qu'il veut éviter mon regard, des paroles, une conversation...

Plus tard, je suis assise à la petite table d'un salon de thé situé en sous-sol, elle est en face de moi, elle me parle, détendue. Je la trouve jolie alors que j'ai toujours connu son visage chiffonné de contrariété et d'inquiétude. Elle se confie, elle me dit tout ce que je n'ai jamais compris, sur sa volonté d'éloigner Jules de tous ceux qu'il a connus. Elle me dit aussi à quel point elle a peur de moi. Elle a l'air soulagée. Je sens la sincérité de ses paroles, ce qu'elle n'a jamais su me dire. Tout semble alors transparent, évident.

Au réveil, je pense avoir compris, je me dis que c'est simple, puis tout s'évapore. Je n'ai pas vu Jules depuis septembre 2006. Je ne sais plus qui il est. Et même en rêve, il refuse de me parler.

tasse-de-thé

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3 février 2012

Gla-gla.

Froid de canard. Ou de chien selon Lucien. Mais que c'est bon ! Je trouve ça sain, naturel, légitime. Et je souris de voir les chaines de télé comme l'an passé étonnées de faire le constat des saisons. Et derrière ce constat, il y a la bonne excuse pour se blottir chez soi. J'ai aimé sur cette semaine légère prendre le temps de siester sous une couverture, bien au chaud, avec mon Lu comme bouillotte. Et lui et moi nous échappons parfois à travers le givre, la neige et cet air glacé. Moi, emballée dans des couches épaisses de vêtements et lui, juste équipé son pelage blanc, partons le long des chemins désertés par les habituels promeneurs. Hier, j'ai cru perdre quelques doigts alors que nous affrontions un vent violent et pétrifiant.

vitraux

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18 avril 2009

Rémission.

Il y aura eu ces quatre jours en Italie avec ma famille. Cela faisait près de quinze ans que nous n'étions pas partis tous les cinq ensemble. Nous avons profité du week-end pascal pour aller rendre visite à une cousine qui vit à Turin. Cela venait mettre fin à 37 heures de cours étalées sur quatre jours. Épuisée, je suis montée dans la voiture vendredi matin à six heures. Ensuite, ça n'a été que fous rires, festins et joie à partager. Quel bonheur d'évoluer dans cette région que je sais être le berceau de ma famille. Quel plaisir de voir mon père si épanoui, comme un gosse parti en vacances avec sa bande de copains. Quelle satisfaction de comprendre la langue de mes ancêtres, de jouer à deviner les conversations, comme autant d'énigmes informelles.

Il y aura eu cette endurance désormais habituelle à cette période de l'année qui nous impose corrections, remplissages de bulletins et autres livrets scolaires à la pelle. Je ne suis pas encore au bout de la course et je joue cette année des délais, au grand désespoir de la secrétaire qui attend toujours mes fichiers. A la difficulté de ce type d'exercice s'ajoute cette année un cruel manque de motivation et d'anticipation.

Il y aura eu comme chaque année les dernières heures de cours avec les deuxièmes années, ceux qui basculent maintenant sur les périodes de révision. Comme chaque année, il est ridicule de réaliser qu'on se fait plus de soucis qu'eux pour un examen qu'on ne passera pas. Petit pincement au cœur de les voir filer vers d'autres sphères.

Il y aura eu mon couple qui s'effrite tout doucement. Ce matin, je me suis levée à cinq heures et quelques, pour prendre mon temps, et parce que je m'étais couchée tôt. Qu'il est dur de tomber sur celui qui occupe toujours ma vie et surtout ma maison, ivre de fatigue et d'alcool, poussant la porte d'entrée.

Il y aura eu la maladie. Les angoisses de l'attente des résultats. La peur au ventre qui aura gâché certains bons moments. La trouille toujours aujourd'hui de ne pas en être débarrassée. La frustration de ne pas avoir de réponse.

Il y aura samedi le mariage d'un collègue, auquel je suis invitée, seule. Et cette note qui m'est revenue en tête lundi matin et qui m'a expliqué mon appréhension.

Il y aura eu le printemps, parfois saisi par une fenêtre entrouverte, trop vite, parfums entêtants des lilas. On le sent filer, éphémère. Lorsqu'on prendra le temps d'en profiter, il ne sera déjà plus là. J'aimerais que cette douce période dure toute l'année.

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5 mars 2009

The doors.

Contexte : salle de classe au rez-de-chaussé de mon centre de formation. Beaucoup de monde dans l'établissement puisqu'en même temps que les cours, le centre pour lequel je travaille organise une journée "portes ouvertes" (faut récupérer du monde pour l'an prochain, les temps sont durs). Avec mes deuxièmes années, nous étudions le film de Sean Penn Into the Wild*. C'est l'heure de la pause et je coupe le film pour que les toxicos de la nicotine et les petites vessies puissent rapidement soulager leurs besoins. Je leur dis que dès qu'ils sont tous de retour dans la salle, ils doivent relancer le film pour qu'on ne perde pas de temps et qu'on ait encore le temps de l'analyser en détails après. Et là me vient cette phrase, le bonheur de ma journée : "Et pensez bien à fermer les portes parce que c'est la journée portes ouvertes !"

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*Faudra que j'en parle, il a sur moi un effet terrible.

2 mars 2009

Like a hobo.

Plurielle je suis. A l'intérieur, trop de monde se bouscule. Celle qui voudrait que tout soit plus simple. Celle qui aimerait que tout soit comme avant. Celle qui a même pas peur. Celle qui se dit soulagée. Celle qui parfois boit pour oublier et rire avec des amis. Celle qui pense que demain sera facile. Celle qui en oublie qu'il faut se lever le matin et qui laisse le réveil brailler seul sur la table de nuit. Celle qui dit "l'an prochain je serai une autre". Celle qui dit aussi "plus jamais on m'y reprendra". Celle qui a même pas mal.

Début d'une semaine de travail longue et lourde. Je voudrais me réapproprier ce lieu rassurant et neutre pour pouvoir m'y confier et y voir plus clair. Mais comment revenir après plus d'un mois de silence. Et qu'y dire ? Comment trouver les mots et la confiance ?

joncs

26 février 2009

Bulle.

J'étais arrêtée à un feu rouge, les yeux dans le vide, trop tôt le matin. J'ai fait pivoter le pare-soleil pour voir mon regard gonflé et cerné de fatigue. Et soudain, un rayon de soleil bien trop effronté pour la saison a su percer l'épaisseur des nuages, empilés les uns sur les autres comme de lourdes couvertures. Le rayon de soleil est arrivé dans ma pupille vide, comme une arme pointue. Et il a filé une grande baffe à mon cerveau endolori.

J'ai dormi. Je me suis rendue compte ce matin là, grâce à ce rayon de soleil que ça fait des jours que je dors les yeux ouverts. Je pars travailler le matin dans la nuit noire et lorsque le soir, je pousse la porte de mon appartement, il fait nuit aussi. Je n'y rentre d'ailleurs plus que pour dormir puisque mes journées sont épuisantes. Je m'effondre en général peu de temps après mon retour, souvent alors que je suis en train de lire ou de regarder une niaiserie à la télé, histoire de donner du sens à cette période d'inactivité. Je me console en me disant que c'est la période la plus difficile de l'année. Alors bien sur, je m'oublie, je fonce comme un petit bolide et j'en oublie de penser au reste, à moi en tant qu'individu, à l'écriture, à la lecture, à mes projets. Je me résume à mes fonctions professionnelles, au mieux à des relations sociales. Je me vois comme un robot qui remplit à merveille ses fonctions et qu'on éteint le moment venu.

Et ainsi, ici, je reste silencieuse. J'ai déjà longuement élaboré des messages qui ont été archivés dans les brouillons, voire effacés dès la fin de la rédaction. Ils étaient vides de sens. Ils ne trouvaient pas leur place. Les mots sont pourtant là, et je construis des châteaux de cartes et de verbes. Ils sont là, ils me poursuivent, ils veulent coller à chaque instant, ils me harcèlent même parfois. Mais le moment venu, lorsque je sens les touches du clavier sous mes doigts, je n'en vois plus l'intérêt et ils s'évanouissent. Je me suis longtemps posé des questions sur la raison d'être du blog. Aujourd'hui, j'oublie de me les poser. Et instinctivement, j'ai ralenti ma production de messages, insatisfaites des dernières lignes que j'ai pu écrire.

Depuis, les journées s'étirent et me laissent me retrouver un peu seule dans la lumière. Une décision a été prise. En fait, elle était prise depuis longtemps, elle a juste été formulée. Vraiment. Et elle changera radicalement les temps à venir. Vraiment. Je suis alors un peu perdue pour le moment, je ne sais pas encore si c'est une bonne décision et je ne prends pas conscience de tout ce que ça implique.

bourgeon_d_hiver

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17 janvier 2009

Lectures.

J'ai lu en novembre un questionnaire tel que je les aime chez Leto. Il m'aura fallu près de deux mois pour y répondre à mon tour...

  • le livre que tu as le plus adoré lire : La Nuit des temps de Barjavel, parce que je l'ai lu à une période très douce de ma vie et que j'ai eu l'impression d'être à nouveau une toute petite fille à qui on raconte de belles histoires.
  • celui que tu as relu dix fois : certains Pagnol, certains Cauvin...
  • celui que tu emmènerais sur une île déserte : Les Fleurs du mal de Baudelaire
  • celui que tu aurais voulu écrire : les livres d'Emmanuelle Bernheim, pour leur simplicité si évidente. D'autres d'Eric Emmanuel Schmitt pour leur originalité, La Part de l'autre par exemple.
  • celui qui t'a fait pleurer : Je crois, il y a longtemps, Rue des Bons Enfants de Patrick Cauvin.
  • celui qui t'a fait rire : Sans aucune hésitation Gamines de Sylvie Testud.
  • celui qui t'a gavé : Le chateau de Kafka dont la lecture nous avait été imposée en cours, jamais terminé, d'ailleurs Kafka lui-même ne l'a pas terminé.
  • celui que tu n'as jamais eu le temps de terminer, et pourquoi : parce qu'il m'a gavée, voir la réponse précédente
  • celui que tu n'as jamais réussi à lire en entier, et pourtant tu as essayé : L'Alchimiste de Coehlo (et avec cet aveu je perds sans doute les dix derniers lecteurs réguliers qui me restent compte tenu de son succès : combien de fois ai-je entendu "j'adore Coehlo" (prononcez à la "sushi" de Gad Elmaleh))
  • celui que tu conseilles tout le temps à tes amis : Le Prafum de Süskind et La nuit des temps de Barjavel.
  • celui que tu as lu en premier dans ta vie : des Oui-Oui, Félicie en ballon et Viou de Troyat.
  • celui que tu as acheté en dernier : quelques poches d'Amélie Nothomb achetés dans une grande surface.
  • celui que tu as lu en dernier : Le Journal d'une hirondelle d'Amélie Nothomb.
  • celui que tu as volé : j'ai jamais volé de livre, même pas un malabar... Par contre, j'ai une quantité de bouquins achetés aux puces, trouvés sur les rayons d'Emmaüs ou dans des bacs de bouquinistes...
  • celui que tu as emprunté et jamais rendu : aucun je crois.
  • celui qu'on t'a emprunté et jamais rendu : Piège pour Cendrillon de Sébastien Japrisot.
  • celui que tu as lu à la Fnac, assis sur la moquette dans un coin du rayon livres : Le Guide du Zizi sexuel !
  • celui qu'on t'a prêté : il y en aurait trop pour les nommer.
  • celui que tu as lu à l'école et que t'as adoré : les Enfants de Noe de Jean Joubert, L'Odyssée, Un sac de billes de Joseph Joffo, Madame Bovary de Flaubert.
  • celui que tu as lu à l'école et que t'as détesté : Boule de suif de Maupassant. 
  • celui que tu devais lire à l'école et que tu n'as jamais lu : Le West Ostlicher Diwan de Goethe.
  • Celui qui m'a fait le plus peur : Haute Pierre de Patrick Cauvin.

vieux_livres

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17 janvier 2009

Veni vidi vici.

regard_fatigu_

Cette semaine j'ai vu la pluie se transformer en glace sur mon pare brise.
Cette semaine j'ai vu ma collègue se mettre les doigts dans le nez.
Cette semaine j'ai vu un kangourou aux yeux jaunes traverser la route dans la lumière de mes phares à sept heures du matin (sinon ma santé mentale va bien et mon frère en Australie aussi, j'ai eu un petit message de lui ce matin justement).
Cette semaine j'ai vu un élève croquer le bras de sa voisine, version "Alex le lion qui croque les fesses de son pote le Zèbre" dans Madagascar, et moi (manque de bol pour eux) je levais juste les yeux à ce moment là !
Cette semaine j'ai vu Le Cœur des hommes II, presque aussi bon que le premier, avec des dialogues toujours aussi savoureux et un Darmon toujours aussi charmant.
Cette semaine j'ai vu des barjos rouler à 200 km/h sur l'autoroute alors qu'il faisait moins cinq et qu'il pleuvait (si, si !).
Cette semaine j'ai vu le délire des hommes au journal de 20 heures.
Cette semaine j'ai vu Neb se régaler avec mon premier bœuf bourguignon.
Cette semaine j'ai vu les premiers épisodes de Dexter, bien blottie au fond de mon lit.
Cette semaine j'ai vu à quel point certaines personnes pouvaient être incompétentes, et à quel point il pouvait être agaçant d'avoir à faire leur travail à leur place.
Cette semaine j'ai vu des élèves baisser les bras et d'autres se remotiver alors que c'est la dernière ligne droite avant leur examen.
Cette semaine j'ai vu des paysages figés par la froid, blanchis et fragilisés.
Cette semaine j'ai vu le sourire de cet homme alors que je lui tendais son gobelet de café dans un couloir désert.
Cette semaine j'ai vu la guerre, la victoire était au bout de leur fusils. J'ai vu le sang sur ma peau, j'ai vu la fureur et les cris. Et j'ai prié, j'ai prié tous ceux qui se sont sacrifiés. J'ai vu la mort se marrer et ramasser ceux qui restaient... Et j'ai vu...

vigne_enneigees

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8 janvier 2009

Ukulele.



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Message rapide. Neuf degrés sous le zéro. Hier, j'ai bien cru que j'allais y laisser un ou deux orteils. J'aime ce froid qui nous pousse à l'intérieur, qui nous oblige à nous envelopper, à nous blottir sous des couches de vêtements, qui vient nous rappeler que tout ça sera toujours bien plus fort que nous.

Bonne nouvelle du jour : mon frère est arrivé en Australie à sept heures du matin heure locale, c'est-à-dire hier soir pour nous. Il aura passé deux jours en l'air et en attente dans des aéroports. Notamment celui de Séoul dans lequel il a du patienter pour la correspondance qu'il avait ratée, à cause d'un départ retardé par le froid à Roissy. Je suis émue de le savoir si loin là-bas, au chaud, dans ce pays qu'il ne connait pas, auprès de celle qu'il aime. Je suis émue parce que je le vois encore haut comme trois pommes, il y a une quinzaine d'années, au petit déjeuner, avec sa tête pas réveillée, devant son bol de céréales, sa peluche Gizmo sous le bras. C'était hier. Pour moi, il a toujours six ans.

Je pars pour la dernière journée de la semaine, dix heures de cours, une centaine de bornes, un conseil de classe à midi et un paquet de copies qui reste à corriger (je ne sais pas quand, il va falloir que je créé une faille spatio temporelle avant midi). J'ai peu dormi cette nuit, homme de moi a ronflé comme un sac toute la nuit. Va falloir lutter contre la sommeil. J'avais bien pris l'habitude de petites siestes.  C'est fini ! Je n'ai pas le temps de répondre à vos nombreux commentaires qui me réchauffent le cœur, mais ce sera chose faite très bientôt. C'est bon de vous savoir toujours là.


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1 novembre 2008

Pendant que les champs brûlent.

mongolfiere_ciel

Arbres nus. Ciel-plafond blanc et bas. Les rouges flamboyants et les jaunes vifs ont laissé place à des couleurs ternes et des teintes éteintes. Un peu de blanc saupoudré sur haut de nos montagnes bleues. Des promesses de couettes et de gourmandises pour la journée. Pas encore habillée, pas encore lavée de ma nuit trop longue de douze heures. J'avais besoin des mots avant toute chose. Ceux qui ronflent en moi toute la semaine et que je n'ai pas le temps de coucher sur la toile.

Les derniers jours, il a fallu expliquer plusieurs fois, comme à chaque fois, à des gens tout sourire pour moi, que non, je ne suis pas en vacances, bien au contraire. Moi, ça ne me dérange plus, je me suis faite à l'idée. Mais les autres ont presque envie de pleurer pour moi, quelle horreur, être prof et ne même pas avoir les vacances, le seul avantage évident de cette profession ! J'ai d'autres avantages, si nombreux. Je suis d'ailleurs par exemple souvent en vacances quand les autres gens travaillent, et rien que ça, c'est un avantage, vous n'imaginez même pas !

Il a fallu expliquer encore dimanche dernier pourquoi je ne voulais pas passer le CAPES et l'agrégation, à des proches inquiets pour moi, comme si j'avais un métier de pacotille. Il a fallu expliquer pourquoi j'aimais mon métier, justifier encore cette volonté de ne pas appartenir à la grande et joviale famille de l'Educ' Nat', la seule considérée comme vraiment professionnelle aux yeux de certains. Un jour on m'a même dit "mais t'es pas vraiment prof alors". Non, je fais de la figuration, je fais ce métier "pour de semblant", on me pose dans une salle de classe et je souris. Normal, je n'ai pas de CAPES, que veux tu que je fasse d'autre !

Je rencontre d'ailleurs de belles difficultés les dernières semaines, des difficultés de vrai prof. J'interviens depuis août à temps plus que partiel (4 heures par semaine) dans un établissement de ma ville. Je voyais cela d'un œil très joyeux au départ. On m'avait parlé à mon entretien d'embauche de la rigueur du centre, et on ne s'était pas gêné pour cracher sur le centre pour lequel j'interviens déjà. Je voyais déjà l'opportunité future d'y faire plus d'heures et de ne plus avoir mes 100 kilomètres quotidiens à faire pour aller travailler. La rentrée a eu lieu. Et j'ai découvert ce que la directrice de ce centre nommait "rigueur". Pas de fiche d'émargements, pas de progression sur l'année, pas de fiche pédagogique quotidienne. Très bien, je peux travailler sans. Là où ça commence à coincer : pas de progression sur l'an passé forcément, donc difficile de savoir où en sont les élèves, si ce n'est par eux même. Pire encore pas de manuel scolaire, les élèves en ont un, mais moi,  je m'accroche à mon slip pour récupérer celui que la prof de l'an dernier a embarqué. On me le rapatrie finalement deux mois plus tard et on me le fait payer. Allons bon ! Là où ça se gate : fin septembre, pas de fiche de paie et... pas de salaire. Je réalise par la même occasion que je n'ai pas de contrat non plus. A ce jour, 1er novembre, bilan de la situation, j'ai pu empocher un chèque qui ne couvre même pas la totalité de mon mois de septembre et je n'ai toujours aucun document qui justifie mon embauche et qui définit mes conditions de travail. J'entends dire à gauche à droite que cette situation aboutit normalement à un CDI d'office, mais je ne veux pas d'une déclaration de guerre. La situation est déjà bien assez compliquée comme ça. J'ai découvert à travers ces événements celle qui se considérait comme rigoureuse. Une femme adorable mais profondément incompétente. A se demander si avant elle ne fabriquait pas des chips, ou peut-être qu'elle était stripteaseuse ou bucheron, mais de toute évidence, elle n'a jamais géré un centre de formation !

Si je fais abstraction de ces détails d'ordre administratif, c'est que du bonheur. Mes classes sont presque parfaites, quelque soit l'établissement  (j'interviens sur trois centres différents cette année). Je rencontre des gens motivés, je mets en place des projets qui ont la solidité des deux années passées, je travaille avec le sourire que me permet mon expérience et ma connaissance du programme. Je me découvre des idées nouvelles chaque jour et j'ai l'impression d'avancer et de faire avancer mes élèves à très grande vitesse. C'est une complicité qui s'est installée avec eux. Ils savent que mon seul objectif est leur réussite et il n'y a ainsi plus de remises en question incessantes des contenus et des méthodes. Je m'éclate d'ailleurs par ici, en exploitant les deux thèmes qui leur sont imposés cette année. Puis dans un autre domaine, j'ai rencontré trois fois déjà mon groupe d'improvisation théâtrale : des personnes d'horizons très différents mais exigeantes et curieuses. J'ai pris contact cette année avec d'autres groupes de la région pour envisager des rencontres et pourquoi pas des représentations.

Quand j'arrête de travailler, comme c'est le cas aujourd'hui, je suis vite envahie par la fatigue. Je respecte les bonnes résolutions de la rentrée qui étaient de ne pas en avoir. Alors, je dors dès que je peux, je fais des nuits à rallonge pour me remplir de toute l'énergie utile pour la suite. Je regarde sous la couette des séries, je dévore des livres, mondes fictifs dans lesquels je m'évade. Je me blottis dans le moelleux et le chaud des épaisseurs de couverture qui soulagent du froid mouillé et dense des journées d'automne. Je cuisine, je prends soin de mes plantes aromatiques qui ont quitté leur balcon estival pour rejoindre les bords de fenêtres. Nous recevons du monde, mais nous sortons peu.

Je profite de mon Lu. Il a la spontanéité des jeunes chiots (il a pourtant déjà deux ans) mais essaye régulièrement de nous convaincre qu'il est le chef. Je pense souvent à ma Nin, je le compare à elle. Elle était fidèle et trouillarde, il est autonome et casse-cou. Il est pourtant plus câlin qu'elle ne l'était. J'ai parfois du mal à me souvenir. C'est si loin déjà. Bientôt quatre ans qu'elle est partie.

Il y a deux ans, c'était la Martinique. Un bon souvenir. Neb et moi, heureux ,sur des plages paradisiaques. Aujourd'hui avec Neb, rien ne va plus. Il est difficile de mettre des mots sur cette situation. Je ne veux en parler et pourtant tout est là. Constat d'échec. Nous cohabitions depuis des mois. Depuis décembre dernier, il ne travaille plus. Sur un coup de tête, il a démissionné, me disant qu'il voulait mieux pour lui, pour nous. Très bien, je l'ai encouragé. Il est resté des mois sans même tenter une candidature spontanée.  Depuis, il y a eu des courriers, des réponses à des annonces, et il a pris conscience de la difficulté. Aujourd'hui, ça fait bientôt un an. Il ne fait rien de ses journées, il est à peine vivant, il évolue devant son ordinateur, et encore. Inutile de dire le contraste avec mon rythme de vie. En dehors de ça, c'est le fait de vivre avec un légume qui me chagrine le plus. Et je ne sais même pas si je peux encore parler de chagrin... Ses parents viennent passer le week-end prochain avec nous. Sa mère est remontée comme jamais, elle ne comprend pas qu'il ait pu se mettre dans une telle galère. J'ai presque l'impression que ça ne me concerne plus.

***

3 juillet 2008

Andiamo !



Mes plantes sur le balcon sont agacées par toute cette pluie, de grosses gouttes brutales viennent bousculer leurs feuillages. Je me réveille à peine après une nuit trop longue, mes yeux sont encore tout gonflés de sommeil et de rêve. Préparation d'une tasse de thé, étirements de chat, Lucien tourne en rond pour me faire savoir son envie d'aller se balader mais une averse au dehors nous oblige à attendre. Coup de tonnerre. La fraîcheur monte de la rivière, ça nous change de la moiteur des derniers jours. J'aime les orages du matin qui isolent tout de suite la journée dans une espèce de parenthèse originale. Je vais sans doute rester ici, obligation de me retrancher dans mes appartements. Beaucoup de choses à y faire : ranger et nettoyer, cuisiner (quelques recettes en attentes), trier mon linge (beaucoup de choses qui prennent de la place et que je compte donner), traiter quelques photos, et surtout préparer nos affaires pour ce week-end...

Deux concerts de Radiohead en deux jours. Le timing est serré puisque ça se fait à 24 heures d'intervalle, et bien entendu à quelques heures de route. Puis il nous faudra être de retour pour lundi soir. C'est donc un joyeux périple qui nous attend. Histoire de ne pas compliquer les choses, nous avons ciblé deux hébergements confortables, dont un camping avec piscine. pour la deuxième nuit Je croise les doigts pour que les orages du moment ne se poursuivent pas ce week-end. Le départ à trois pour la Belgique est prévu samedi matin très tôt, les derniers détails se sont précisés cette semaine. Nous avons notamment regardé de plus prêt les horaires des autres groupes pour savoir ce qu'il nous sera permis de voir. Nous ne voulons pas prendre le risque de ne pas être aux premières loges. J'ai révisé les setlists des précédents concerts donnés en France (Nîmes et Paris), préparé tous leurs disques dans une petite pochette, et je m'imprègne de leur univers en écoutant encore et encore les nombreux albums. Je fais  dans ma tête ma setlist idéale qui est différente chaque jour depuis des semaines.  Il nous reste quelques courses à faire pour "les vivres" et ensuite, il nous suffit d'attendre. La pression monte. Déjà je vois des notes de couleurs et des éclats de musique.

Cet après-mi', un entretien d'embauche pour un complément d'emploi du temps dans ma ville. Plus de cours cette semaine. Plus que deux demi-journées de boulot la semaine prochaine. Je suis déjà en vacances mentales. Il reste bien ces deux paquets de copies sur un coin de commode qui pourraient me contrarier, mais même elles ont du mal. C'est sans doute cette période la meilleure, les plus longues journées de l'année, les vacances n'ont pas encore vraiment débuté, le petit compte à rebours n'est pas encore déclenché, et pourtant, déjà toute cette insouciance.

eglise_saint_joseph

P.S. : Une pensée particulièrement émue pour Ingrid.

***

27 juin 2008

Lumière noire derrière mes yeux clos.

Je dors entre huit et dix heures par nuit. Pourtant, au petit matin, je suis épuisée. Toujours. Il me faut quelques longues minutes pour revenir dans le rassurant de ma réalité, pour me reposer. Les dernières nuits, j'ai couru, j'ai volé, je me suis noyée, emportée par une vague qui m'a trainée vers des abimes noirs, mort lente et effrayante. Il y a aussi ces courses effrénées, répétitives, poursuivie par des tueurs fous. Il y a la mort, la mienne, celle de mes proches. Il y a eu aussi il y a quelques jours cette explosion chimique en plein cœur de ma ville. Ridicule avec ces simples mots, paralysante dans mes rêves trop réels. Faut peut-être que je songe à dormir moins.

colere_et_fatigue


9 avril 2008

Wanted.

Bien entendu, je suis un courant d'air.
Mes mots ici se font rares comme le soleil de ce mois d'avril.
Je profite malgré tout d'une demi-journée d'école buissonnière
pour lancer un avis de recherche.
Pas de nouvelles de Manu depuis plus d'un mois.
Et j'avoue être inquiète.
Ses mots me manquent, ses silences me traquassent.
Que celui qui est en mesure de me rassurer parle au plus vite !

voilier2

5 mars 2008

Vox clamantis in deserto.

Ridicule.
Pathétique.
Plus de lecteurs.
Stat's en chute libre.
Messages à caractère soporifique.
Réflexions isolées, ternes et insipides.
Disparus tous ceux qui avaient leur mot à dire.
Petite ombre qui s'agite, trop tôt ou trop tard, toute seule sur des pages virtuelles.
Avec cette illusion de donner du relief à ses mots.
Je reprends la plume, l'encre et le papier.
Le temps que cela reprenne un sens.
Le temps qu'il faudra.
Le temps de vivre.
Mieux à faire.
Départ forcé.
Bye bye.

nuages_bleus

5 octobre 2007

You don't have to put on the red light.

Elle a décidément des listes comme je les aime.

arraign_e_jaune_et_noire
Un art : la photographie.
Un film : Beauté volée de Bertolucci.
Un mot : murmure ou libellule.
Un livre : La nuit des temps de Barjavel.
Un bruit : les vagues de Martinique.
Un mois : Mars, ma naissance, la naissance.
Un pays : le Japon, depuis peu.
Un sens : tous, aussi importants l'un que l'autre.
Un bijou : une bague à mon index gauche depuis des années.
Un sport : la randonnée.
Un objet : mon agenda, le même depuis 1996, avec recharges.
Une fleur : cosmos, fragile et éphémère.
Un chiffre : le dix-huit.
Un métier : l'enseignement.
Un animal : un chien.
Un défaut : l'inconstance.
Un oiseau : une mésange.
Un parfum : l'odeur du coing.
Un insecte : une araignée aux pattes rayées.
Un pouvoir : voler, quitter le sol, voir la terre d'au-dessus, la gèreté.
Une saison : le printemps.
Un piercing : aucun, jamais, pas mon truc.
Un magasin : Nature et découverte.
Un paysage : un pré, les Vosges, du vert, petit ruisseau et lumière bleue.
Une boisson : par ordre de préférence, l'eau, la bière le crémant.
Un vêtement : un gilet noir complètement déformé par le temps
que je porterais tous les jours si je ne me raisonnais pas.

Un sentiment : la sérénité. 
Un endroit du corps : l'intérieur des poignets.
Un instrument de musique : le violon ou l'alto (un coup de coeur tout récent a failli me coûter très cher)
Une chanson : Aujourd'hui Guyaquil city.

20 octobre 2007

Auberge de jeunesse.

Enfin seuls ! Voilà une semaine et demi que nous hébergeons de la famille de mon homme. D'abord ses parents, un vrai bonheur. Puis, bien pire, son frère et son cousin. Les deux ados sur le tard ont été forcés de venir pour une soi disant formation informatique qui devait leur permettre d'installer du matériel une fois de retour chez leurs parents. Au passage, puisque l'un des deux a une formation en électricité, ils devaeint nous réparer quelques prises qui ont sauté il y a bien longtemps... L'occasion pour moi de (re-)découvrir ce qu'est un ado aujourd'hui, j'ai cru tomber des nues (attention, je ne généralise pas, j'en croise au quotidien et je pense que je suis tombée là sur deux spécimens hors du commun).

 

  • L'ado ne se lave pas : simple perte de temps, coquetterie inutile réservée à ces cons d'adultes qui veulent se conformer à la norme, on va pas s'abaisser à ça !
  • L'ado garde une casquette-bol sur la tête en permanence, comme ça il a une tronche de playmobile et il est toujours content, puis s'il peut greffer une capuche par dessus, il sera encore plus content.
  • L'ado mange trois boites de Kinder par jour, et s'étonne ensuite de pas se sentir très bien et de courir aux chiottes.
  • L'ado glande : levé à midi, il ne fait rien, ou alors fait vaguement semblant de s'agiter quand vous êtes dans la même pièce. Il semble épuisé en permanence. L'ado ne travaille pas (ou très rarement), c'est humiliant et tellement plus simple de dépendre des autres.
  • L'ado passe des heures devant la télé à fumer, à baver, à bouffer, à pouffer (quelque soit l'emission).
  • L'ado organise des soirées parce que la fête, c'est la vie : alors il passe ses journées au téléphone à pousser des cris de pucelle éffarouchée à l'idée de retrouver ses semblables et de se mettre minable.
  • L'ado a des blagues plus que vaseuses : par exemple, il trouve que ça pue dès qu'il voit une personne rousse (y compris si celle-ci est à la télé)
  • L'ado ne communique pas : il pousse des cris, gueule ou s'abstient. Dans la majeure partie des cas, il vous ignore.
  • L'ado pue des pieds (et pas que de là à bien y réfléchir, je vais penser à faire désinfecter la piaule qui sent le fauve en rut).
  • L'ado ment : à nous, à sa mère au téléphone, voire à ses potes.
  • L'ado est une fashion victime en puissance qui claque l'argent donné par Maman pour l'essence du retour en gadgets style écouteurs ou clés USB (il fait une collection).
  • L'ado baigne dans l'ignorance : culture zéro, intérêt pour le monde qui l'entoure nul.
  • L'ado est profondément égoïste : il finit le plat sous vous yeux ? Et alors !
  • L'ado ne fait rien s'il n'y a pas une compensation financière derrière. D'ailleurs une des ses questions préférées c'est "Tu me paies combien ?". Il a du être très mal rémunéré pour venir chez nous vu l'état de mes prises...
Je connaissais déjà l'animal, l'ayant côtoyé à plusieurs reprises : son mépris pour ses proches, pour les règles établies (politesse, savoir-vivre), pour toute forme de respect. Et la où je tombe des nues, c'est que l'ado en question a vingt ans. J'aurais été généreuse en lui en donnant douze. Vous devez vous demander pourquoi je n'ai pas réagi davantage, pourquoi j'ai laissé faire dans ma propre maison. J'étais contre leur venue, je savais que ça n'aboutirait à rien, connaissant ces monstres de paresse. Alors, j'ai laissé faire et j'avoue avoir souri plus d'une fois en voyant quel stade de connerie ces abrutis pouvaient atteindre.  L'ado a pris une seule bonne décision durant son séjour ici : celle de partir hier soir plutôt qu'aujourd'hui (organisation de fête oblige). Bon débarras !


centimes

18 janvier 2007

Coeur d'artichaut.

Je me souviens de ce petit gars aux yeux bleus qui avait enregistré une cassette si romantique pour moi quand j'étais en quatrième.lui_et_moi

Je me souviens, à peine plus tard de mon béguin pour ce blondinet odieux qui prenait un malin plaisir à me traiter de tous les noms.

Je me souviens de mon année de seconde passée à fantasmer sur ce beau brun que je n'ai jamais su aborder. Ma quête stupide et discrète pour glaner des informations à son sujet. L'attente des journées entières à compter chaque minute de cours, pour l'apercevoir seulement monter dans le bus... Puis en descendre vingt minutes plus tard.

Je me souviens de ma chute vertigineuse quand un autre beau blond aux cheveux d'ange, sur un trottoir pluvieux un matin de mai, m'a dit "non". Non, il ne voulait pas de moi, non, d'ailleurs, il avait passé une semaine avec moi et d'autres, à l'autre bout de la France, mais il ne se souvenait même pas de mon prénom. Insignifiante. Après lui, d'autres ont su jouer avec mon coeur d'artichaut.

Je me souviens de mon premier véritable amour. Année de terminale. Quelques péripéties auxquelles on pense qu'on ne survivra pas, puis il est là. Il a les boucles de Jim Morrison. On ne l'avait pas vu pourtant. Et ça faisait des mois que lui il le savait. Il n'avait rien dit. Il était au-dessus. Il avait attendu. Puis ça en devient une évidence. C'est lui. Il trouve les mots, il devient oxygène, il devient une partie de moi. Et je me demande comment j'avais pu exister avant lui. Je m'éloigne de tout le reste. C'est le plus important. Je quitte le cocon familial pour partir faire mes études avec lui. Dans une autre ville, à l'opposé de mes amis. Je me retrouve seule et loin, mais ça n'a pas d'importance parce que je suis avec lui. On se suffit. De l'amour et de l'eau fraîche, les galères d'étudiants nous importent peu, nous sommes forts. Puis quelques années passent. Et la lassitude s'installe. Nous avons fait un condensé de vie de couple. Nous nous retrouvons à vingt-deux ans avec l'impression de ne plus nous voir, et surtout d'être passés à côté de tant de choses. La rupture se fait d'un commun accord, en douceur, sans trop y croire, comme pour redonner de l'air. Ma mère trouve alors malin de me traîner chez le toubib. "Parce qu'elle dit rien la môme, elle va forcément pas bien". Moi, je ne savais pas trop, rien n'avait plus de goût. D'ailleurs je ne mangeais plus grand-chose. On me colle sous antidépresseurs. Et je suis en apnée. Tout est rose, mais je sais bien que ce n'est que du maquillage, ça a la texture du carton-pâte.

Quelques mois plus tard, je respire à nouveau. Je trouve un deuxième souffle que je n'attendais plus. C'est Lo. Et c'est magique et... éphémère. Et qu'est-ce que ça fait mal !

Après, j'ai peur de m'engager. Je joue avec le feu, avec la liberté, comme dit Tété, "je me laisse pousser les envies". Flirts d'un soir, nuits sans lendemain, pas de promesse, pas de destin, et on s'en balance de voir ces éconduits repartir la queue entre les pattes en remballant leur coeur brisé. Au contraire. Y'a comme un goût de vengeance. On ricane doucement. On marque le mur d'un trait blanc dès qu'il y en a un qui tombe. Puis arrive Jules. Dans toute sa splendeur. Un peu plus intéressant que les autres. Parce qu'il avait suivi le même chemin que moi. Il ne voulait plus prendre de risques. Ce n'en était pas un qui cherchait "la femme de sa vie". Alors on devient "copain comme cochon". Tant de complicité, mais aucune promesse. Parties de jambes en l'air et folies nocturnes à travers la ville.

Là où ça se complique, c'est quand le "véritable amour", le "premier" revient. La bouche en coeur, pensant qu'assez d'eau a coulé sous les ponts pour qu'on remette les choses à plat et qu'on reparte du bon pied. Et moi, je ne peux pas y résister. Mais le " copain comme cochon" s'accroche de son côté au peu qu'on lui avait laissé miroiter. Il en veut et est prêt à se contenter des miettes, parce que ça faisait partie du jeu. Alors pendant quelques mois, je jongle, entre la confiance fantôme et les scrupules indigestes. Puis la vérité éclate. Le "véritable amour" de la deuxième chance disparaît, trahi, il me laisse honteuse, sans nouvelles pendant plus d'un an.

Plus tard, après quelques parenthèses foireuses, un directeur de colo, un copain de ma soeur, arrive Neb homme de moi, virtuellement puis dans ma réalité. Il est toujours là, avec les hauts et les bas.

Je regarde tout cela par-dessus mon épaule, un bref bilan de mes histoires d'A., et bordel, que c'est difficile.

15 février 2007

La sagesse du Paternel.

"Pour bien gagner ta vie ma fille, tu devrais passer le CAPES"

Voilà dix ans que j'entends ça. Mon père, qui ne veut que mon bonheur, mon épanouissement, ma sécurité de l'emploi, mes vacances pour "quand t'auras des gosses, parce que t'as beau dire, ça va bien finir pas arriver" trouve toujours moyen de me caser sournoisement sa petite rengaine. Mais moi, j'en ai jamais voulu de ce CAPES après lequel tout le monde court. Les mauvaises langues diront que j'ai la trouille... Ou peut-être même que j'ai pas le niveau. Et bien, je vais vous dire une chose, ce qui me fait le plus peur avec l'idée de passer le CAPES, c'est... De l'avoir. Je suis désolée si mes paroles blessent ces pauvres bougres qui passent toutes leurs nuits sur des textes d'ancien français sans même savoir à quoi ressemble un élève de quatrième (et les hormones qui vont avec). Encore plus désolée pour ceux qui ont déjà perdu trois ans de leur vie, voire plus (et même que c'est sans doute pas fini) à essayer vainement d'obtenir le "précieux" qui vous envoie tout droit pour deux ou trois ans dans une banlieue charmante bien loin de vos amis, votre région, votre famille.

Puis c'est l'idée de "gagner sa vie". Je gagne de l'argent moi, pas de la vie. Ma vie, je vais pas dire qu'elle est ailleurs, mais elle a pas grand chose à voir avec mon compte en banque. Et d'ailleurs le paternel est bien placé pour le savoir, il est le premier à dire que l'argent, faut en avoir juste assez pour ne pas y penser. Après, ça devient tout de suite encombrant. Mes plus grands bonheurs n'ont rien à voir avec l'argent. C'est souvent les gens, mes élèves, mes amis. La lumière, la chaleur, un regard. Quelques graines qui poussent dans un pot. Là où je risque vraiment de blesser mes lecteurs, c'est en leur annonçant que de toute façon, je gagne plus qu'avec un CAPES.

Et je suis libre. Certes, quelques journées sont sans fin. Mais quel enseignant de l'éducation nationale peut prétendre à des journées de liberté quand bon lui semble, à un emploi du temps qu'il aménagerait lui même à sa guise, à deux mois de vacances en été, à des élèves qu'il choisit en fonction de leurs motivations, de leurs attentes...

pa

Alors non Papa, je ne passerai pas le CAPES, même pas pour te faire plaisir.

25 novembre 2006

Paperasse.

Je me fais rare à nouveau. Je me tais, parce que je n'ai rien à dire. J'ai l'esprit ailleurs. Déjà dans ce nouvel appart' pour lequel nous n'avons toujours pas signé. La leçon que je retiendrai : les gens peuvent avoir une bonne tête, ça ne fait pas d'eux des personnes compétentes. Il manquait des pièces au dossier, un oubli de notre banquière. Le dossier est parti, il est revenu, il est reparti, il est revenu, et maintenant, si tout va bien, il devrait revenir chez nous aujourd'hui. Ce qui me frustre, c'est ce manque de temps. Il va nous rester huit jours pour faire les quelques travaux prévus et pour le gros du déménagement. Alors que nous attendons dans les cartons depuis des semaines, prêts à agir. Nous attendons des papiers. Pathétique. Et dans ma tête, il y a déjà toute cette lumière, le parquet au sol, la cuisine ouverte. Mais rien n'est fait. Mais pourtant, cela mis à part, j'existe toujours...

rouges


***

Il y a Lucien, qui grandit, qui doit être en pleine crise d'adolescence.

Il y a la préparation de mes cours qui se fait tout logiquement, avec beaucoup d'intérêt et de satisfaction.

Il a plusieurs nouveaux cours particuliers qui tombent. Dont un pour rupture de scolarité. Un cas difficile paraît-il.

Il y a ma soeur et son nombril, toujours.

Il y a le déménagement de ma grand-mère.

Il y a mes cours de violon. Je n'ai pas appris le morceau de Bach que j'avais pour aujourd'hui.

Il y a Neb toujours. Qui s'endort sur le canapé trop souvent, qui vient se coucher à pas d'heure
et qui s'étonne d'être crevé le lendemain.

Il y a l'automne, moins difficile à vivre que les autres années.
Le marché de Noël qui ouvre aujourd'hui et même que c'est tant pis pour eux.

***
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feuilles_mortes

27 novembre 2006

Mon oeil !*

Tout a commencé samedi après-midi. Des tensions autour des yeux. Mal au crâne. Je ne m'en suis pas rendue compte, c'était sournois. Je me suis frotté les yeux, toujours sans m'en rendre compte. Ma mère m'a dit que j'avais pas l'air bien. "Ouais, maintenant que tu le dis, j'ai une grosse barre au niveau des yeux, ça me fait comme des coups de marteau à l'intérieur". C'est sans doute pas la première fois que j'en parle, j'ai souvent des migraines, mais là, c'est la durée qui a été surprenante. Comme hier matin je me suis réveillée avec la même barre, Neb m'a traînée aux urgences. Un jeune docteur qui parlait très mal français m'a demandé de lire des lettres sur un tableau. Et là, surprise, je ne vois presque plus rien de l'oeil droit. C'est vrai que je m'amuse rarement à regarder d'un seul oeil. On m'a diagnostiqué une kératite, c'est-à-dire une inflammation de la cornée qui réduit la vision. Il faut que ce soit traité vite car ça peut être dangereux. Je prends rendez-vous chez l'ophtalmo ce matin alors que des taches noires se profilent à nouveau devant mon oeil droit.

regard

*Choix du titre et de la catégorie de rigueur.

13 avril 2008

Portrait.

Excellente émission qui vient de s'achever sur la 5 : Star portrait. Le concept est simple, trois peintres dressent chacun le portrait d'une personnalité (aujourd'hui Michel Leeb). Résultats surprenants et expériences très enrichissantes. De mon côté, cela m'a donné envie de peindre, pour donner du volume à la lumière, pour capter ces émotions sensuelles que mon appareil n'arrive pas toujours à fixer.

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Portrait de Michel Leeb par Grégoire Debailly.

19 juin 2007

Mon problème avec les mariages.

  • Les distances : faut toujours que ça se passe à Pétaouchnock, en pleine brousse et y'a toujours une conne qui doit pas boire parce qu'il faut prendre la route.
  • Les tenues plouploum tralala*, où la jupe est trop serrée, elle remonte quand on s'assied et on se caille les miches quand vient la nuit.
  • L'air coincé des mariés qui doivent prendre la pose toutes les trente secondes, parce que, vive la technologie, maintenant tous les convives ont un appareil photo et ils veulent tous leur petite part du rêve sur leur carte mémoire.
  • La longueur du repas : attendre deux heures et demi pour que n'arrive la première coupette de cocktail à 19 heures, puis voir le repas se prolonger jusqu'à trois heures du matin (je n'ai pas goûté au dessert, j'étais déjà à l'horizontale)
  • Ce côté si conventionnel et kitsch qui me dépasse omplètement.
  • La question qui me poursuit en permanence : pourquoi ?
  • Faire semblant (sans doute le plus dur)
  • La fille qui vous demande trois fois dans la soirée "et alors tu fais quoi toi maintenant ?". La première fois par politesse, la deuxième fois pour meubler l'attente entre le fromage et le dessert, la troisième fois parce qu'elle est cuite et qu'elle ne se souvient pas de vous avoir déjà posé deux fois la question.
  • L'oeil ému de toutes les demoiselles qui sont dans la salle, qui attendent le prince charmant et qui regardent chaque détail en se disant qu'un jour, ce sera leur tour.
  • Répondre dix fois dans le week-end à la question "Et vous, c'est pour quand ?", et avec le sourire s'il vous plaît...
J'ai malgré tout apprécié :
  • De voir mon homme en costume.
  • De revoir ses copains que j'apprécie beaucoup.
  • De pouvoir passer ce qu'il restait de la nuit chez les parents de Neb, avec petite tête piquée dans la piscine au réveil.
  • De constater que notre Lu est un très bon chien qui sait se tenir tranquille quand il faut.
  • De profiter de l'air des montagnes.

mariage

*Je repense avec un sourire sadique à cette jeune femme qui a perdu sa bonne humeur de circonstance quand elle s'est penchée à l'apéro vers sa petite filleule et que son pantalon a émis un monstrueux bruit de déchirement. Coup d'oeil circulaire, panique à bord, on se relève et on part en crabe, histoire d'éviter que tout le monde ne profite du spectacle. La demoiselle a passé la soirée en jean.

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Diane Groseille
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