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Diane Groseille
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5 juillet 2006

En vrac...

Lucien vient de passer sa première heure seul. Sinon, depuis ce week-end, on le prend avec nous au boulot (je précise que pour ma part, il n'y a bien entendu plus d'élèves depuis quelques jours déjà). Il s'habitue à plein de choses. Il n'aime pas le bruit des voitures et ça ne peut être que positif. Parfois, je me retourne, je le cherche du regard et c'est en fait l'image de Whawha que je cherche... Elle me manque.

Ma mère a fêté son départ à la retraite hier soir. ma soeur et moi avons fait la route pour être de l'événement. Émotion. Elle était belle, elle était grande, face à des masses d'anciens élèves venus la saluer. Je suis petite, je suis loin derrière et je l'admire. Maintenant, sa vie est toute neuve, c'est comme un nouveau départ.

J'ai eu le premier module de ma licence passée par le CNED, avec mention "bien". Le deuxième reste à valider avec le fameux rapport que je dois envoyer avant fin août.

Dernier cours de violon aujourd'hui avant la rentrée. Je me sens enfin à l'aise avec mon prof, mes mains tremblent moins, j'aimerais que ça continue avec lui, mais les paramètres de la rentrée vont être bien différents.

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Demain matin, dernière réunion au lycée, puis je suis en vacances. Vacances. Vacances. Y'a comme un écho.

P. et R. ont voulu marquer mon départ : invitation surprise dans un grand restaurant de la région. Des mets succulents, une salle magnifique avec des baies vitrées donnant sur un coucher de soleil dans les vignes. Comme un rêve, un autre monde. Et eux, plus proches de moi que jamais, qui en viendraient presque à me faire regretter mon choix, juste pour eux. Surtout R., qui est devenu un ami, vraiment, malgré ses "presque vingt ans de plus que moi".

Puis la soeur, partie hier soir pour deux mois, à l'autre bout de la France... Dur dur..

 

Chaleur, chaleur, chaleur. Je me sens anesthésiée, au ralenti, comme passant à côté de moi même. Se succèdent pourtant les restos, les terrasses, les soirées élastiques. J'aime cette nonchalance.

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7 juillet 2006

La réplique.

Parfois, je voudrais être plus pertinente, trouver le mot juste et très vite. Dans les dialogues du quotidien, j'aimerais pouvoir avoir toujours la réplique parfaite sous la main. Et souvent elle me passe juste à côté. Et ensuite, je cogite ce que j'aurais pu dire et j'aimerais avoir une  petite télécommande magique avec une touche arrière-rapide pour pouvoir "la refaire". Et j'élabore alors des scénari dans ma tête...

L'autre jour, je marche dans une des rues les plus touristiques de ma ville. Je me faufile entre les appareils photo et les caméscopes pour me rendre à mon dernier cours de violon avec mon instrument sur le dos. Devant une boutique, sur le pas de la porte, je vois deux hommes bedonnants en train de converser. Ils me regardent passer, moi, ma longue jupe rouge et mon chignon. L'un des deux (celui avec le plus gros ventre) s'avance vers moi avec son haleine fétide:
"-Bonjour Mademoiselle, dit il, vous êtes seule ou mal accompagnée?
-Je n'ai que mon violon sur le dos, comme vous voyez, répondis-je.
-Ah, moi j'ai une belle guitare si vous voulez jouer... dit-il en se frottant l'entre-jambe.
Je hausse les épaules et je trace ma route. Après coup, quelques mètres plus loin, je veux faire demi-tour, pour retourner voir l'énergumène et lui balancer un truc bien pensé du style "moi, ce genre de guitare, j'ai appris à en jouer avec les genoux, vous voulez que je vous montre ?"... Mais bien entendu, c'est trop tard, la remarque aurait du tomber sur le vif, spontanée...

Alors, je cherche à améliorer ma rapidité, pour ne plus avoir à tourner et retourner dans ma tête des dialogues manqués...

Scargot

13 juillet 2006

Bande de connards !

Oui, vous avez bien lu le titre. Diane se fait virulente les derniers temps. J'aurais pu mettre "assassins potentiels" aussi, mais c'est moins pertinent. Ma colère se porte sur ces britanniques petés de thunes qui se permettent de participer à des rallys sur les routes françaises*. Je suis scandalisée en voyant le reportage les concernant, honte sur eux. La condamnation qui leur est tombée dessus est lamentable : une amende ridicule et trois mois de prison avec sursis (et confiscation des bolides, on se croirait dans une cour de récréation "puisque tu n'as pas été sage, je te prive de ton jouet"). Une peine d'un an ferme pourrait être appliquée, mais bien entendu, elle ne l'est jamais. Et la fameuse "tolérance zéro" me fait bien marrer. Surtout quand j'entends le passager d'un des bolides qui attend qu'on libère son copain, raconter fièrement devant la caméra que le conducteur ne pouvait pas aller en prison parce que sa femme est enceinte jusqu'aux dents... Je crie merde à ces individualistes qui viennent exhiber leur fric et leur inconscience sur les routes européennes. Qu'ils aillent se tuer sur des circuits et cessent de mettre la vie d'autrui en danger ! Et le message est valable pour tous les malades qui traînent sur les routes !

Ce n'est pas un jeu !

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* Le tribunal correctional de Béthune (Pas-de-Calais) a prononcé mardi la confiscation définitive de deux voitures de sport, une Ferrari 360 et une Porsche 993 turbo, appartenant à deux Britanniques contrôlés dimanche soir sur l'autoroute A26 à des vitesses respectives de 257 et 190km/h. Mark Shafari, 47 ans, et Gerald Harrison, 25 ans, faisaient partie d'un groupe d'une quarantaine de voitures débarquées dimanche soir à Calais. Ils participaient au «Cannonball Run», une course dont l'objectif était de rallier Calais à Rimini en Italie le plus rapidement possible. Les deux Britanniques étaient poursuivis pour excès de grande vitesse et mise en danger d'autrui. Il semble que c'est la première fois en France que des automobilistes étrangers se font confisquer définitivement leur véhicule. Outre cette confiscation, les chauffards ont été condamnés chacun à trois mois de prison avec sursis et 1.000 euros d'amende. Les véhicules devraient être vendus aux enchères. BETHUNE (AP)

Oui, je sais, le coup de gueule "Sécurité routière" est malheureusement récurrent chez moi, désolée, c'est plus fort que moi !

3 juillet 2006

Welcome.

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Alors voilà. Après les doutes et les angoisses de la première nuit (pour lui comme pour nous), Lucien s'habitue à sa nouvelle maison. Pour nous aussi, ça représente beaucoup de changements. Quatre ou cinq promenades par jour, la serpillère toujours à disposition, et une boule de poil qui est toujours dans le chemin. Je redécouvre aussi les joies de l'éducation. Répeter sans arrêt les mêmes mots, ne pas céder et constater tout doucement les résultats. Marcher au pied, savoir où est sa gamelle et reconnaître son panier sont les premiers signes positifs. Par contre, nous attendrons encore pour les nuits silencieuses. Je vis mes premiers jours de vacances et je suis au garde-à-vous dès sept heures du mat'. Que du bonheur !

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18 juillet 2006

Pause.

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Diane avait besoin d'une pause. Souvent les mots de la tristesse sont trop spontanés, trop forts. Souvent on croit qu'on avancera plus et finalement on repart. Il y a des hauts et des bas pour tout le monde. Puis un matin on se réveille et on part pour trois jours randonner dans le Jura.

Avancer physiquement fait relativiser. On réalise que c'est facile d'avancer. Dans l'effort, dans la difficulté d'une pente caillouteuse, on prend conscience de l'importance de faire le pas. Et je fais "tabula rasa". Je recommence de toute façon à zéro. Et les regards pesants de certains n'ont pas plus d'importance que l'ignorance d'autres.

La fraîcheur des cours d'eau sous le poids des arbres. Les prés pelés par le soleil brûlant. Le petit chien blanc qui court dans les sentiers. Les festins sur réchaud à gaz. Les nuits sous la tente en pente, se retrouver toute blottie contre la toile le matin. Les plongeons dans l'eau turquoise de la piscine gratuite. Les randonnées de sauvages avec mille mètres de dénivellé. Les casacades glacées. Les ruelles de Saint Claude lumineuses de chants et de musiques trop fortes le 14 juillet. Trois jours qui ont duré une semaine. Une coupure pour repartir du bon pied...

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22 août 2006

Des noeuds dans la tête.

Beaucoup de difficultés à suivre.
Il y a le nouveau job qui arrive et toute la préparation qui me pèse sur les épaules.
Il y cette histoire d'appartement qui doit être règlée vite,
on s'engage sur vingt cinq ans et j'ai un doute.
Il y a mon rapport FLE qui doit être envoyé avant le 31.
Il y a ce gros découvert sur mon compte qui me rend très peu crédible face au banquier.
Il y a le téléphone qui a été coupé à cause du découvert.
Il y a mon luthier que je dois encore payer et qui va se fâcher.
Il y a ce texte envoyé par G. que je lui ai promis de lire et de corriger.
Il y a ma voiture que j'essaye de vendre depuis quatre mois ou plus et dont personne ne veut.
Il y a mes bouquins et mes fringues à trier pour faciliter le déménagement.
Il y a tous ces projets d'écriture en attente.
Il y a un complément horaire à trouver parce que ça ne suffira pas.
Il y a ma réinscription au cours de violon, où je vais me faire gronder parce que je l'ai faite trop tard.

gazeuse

Heureusement...
Il y a Radiohead à la fin de la semaine.

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20 juillet 2006

A star is born.

Voilà bientôt deux semaines que nous partageons nos journées avec le fabuleux Lucien. Il apprend très vite et fait des progrès spectaculaires. Bien entendu, il connaît son nom, l'emplacement de son panier et de sa gamelle. Mais il commence aussi à jouer, il a jappé pour la première fois la semaine dernière, il court derrière une balle, la ramène et fait de petits grognements en nous regardant d'en-dessous avec les fesses en l'air. Il marche très bien en laisse et fait ses besoins dehors (presque toujours, il y a encore des accidents la nuit). Il se tient tranquille en voiture, couché à l'arrière. Il ne couine plus la nuit et attend sagement qu'on vienne lui ouvrir le matin.

Jusque là, me direz vous, il n'y a rien qui fasse de lui un chien hors norme, une star... Mais voilà, dès que nous mettons un pied dehors, les gens se jettent sur lui. Non, je nexagère pas. Dans un premier temps, cela nous a surpris, mais nous étions amusés de voir que les passants n'avaient aucun scrupule à nous interrompre dans nos conversations téléphoniques ou à nous arrèter en pleine rue pour le prendre dans leurs bras, comme s'il s'agissait d'un jouet. Aujourd'hui, cela est déjà plus agaçant. Certains se montrent odieux et irrespectueux. Je revois ce type dans les rues de Saint Claude qui s'est jeté sur Neb pour lui prendre le chien des bras (il le portait car il y avait beaucoup de monde) ou à tous ces gens qui s'imaginent tout savoir et qui donnent des conseils bidon à tort et à travers concernant l'éducation du chiot. Et de rajouter en permanence, "vous avez pas fini d'en baver !" comme si je n'étais jamais passée par là. Je repense à cette femme enceinte ce week-end qui l'appelle de loin alors que nous étions au camping et que nous avions laissé le fauve sans laisse. De mon côté, je le rappelle, mais bien entendu, mon Lucien est curieux. Je le suis, pour me laisser dire par l'autre, accroupie en train de gazouiller, que je ne devrais pas laisser mon chien aller vers n'importe qui. J'avais envie de lui répondre que pour une femme enceinte, elle ne devrait pas se laisser lècher par n'importe qui (pour info, Lucien avait gobé une crotte de mouton une heure plus tôt)...

Et Lucien est vraiment une star. La semaine dernière, plusieurs faits étranges sont venus confirmer mes soupçons. A midi, sur la terrasse d'un restaurant excentré, une dame passe près de nous et se penche vers lui. "Bonjour Lucien" lui dit-elle. Grand silence à table, un frisson m'a parcouru. J'avais envie de prendre mon chien entre quatre yeux et de lui demander "D'où tu connais la dame Lucien ? Dis moi d'où tu la connais". Puis ce type qui court derrière moi en fin d'après-midi, son  téléphone collé à l'oreille et qui me crie "S'il vous plaît, c'est quoi comme chien ?". Après ma réponse, il balance à son interlocuteur "Tu vois, je te l'avais bien dit". Inquiétant... Tout le monde connaît Lucien. Lorsque je traverse le parc, des enfants se jettent sur lui "Lucien ! Lucien !". Des touristes bouffent leur cartes mémoire en le mitraillant de flashs. Il va falloir que je songe à lui acheter une paire de lunettes noires.

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Appel à votre mémoire. A ce sujet, si quelqu'un pouvait éclairer ma lanterne : je cherche depuis plusieurs jours le nom d'une série ou d'un film en noir et blanc dans lequel un petit chien avec une tache noir sur l'oeil accompagne des enfants dans leurs aventures.

10 août 2006

Sa vie sans elle.

ma_vie_moi

J'ai vu ce film l'autre soir. Un peu par hasard. L'histoire d'une jeune femme de 24 ans, mère de deux filles qui apprend qu'elle est condamnée par un cancer et qu'il lui reste quelques mois à vivre. Décrit comme ça, ça a le goût d'un mauvais téléfilm mélo de M6, mais c'est loin d'être le cas. J'ai été touchée par la sensibilité des images, par la poésie et par la force des phrases. Il me reste des images de doigts glissant sur des bords de verres, de perles qui tintent, des plans de regards perdus. Je n'ai pu m'empêcher de penser à elle, à plusieurs reprises, que je lis depuis si longtemps et dont la poésie est proche de celle du film, mais qui est bien présente dans sa vie, avec force et grace. Je me suis demandé comment je réagirais à la place de l'héroïne : cacher tout à mes proches pour préserver nos derniers moments ? Sans doute que non, pas assez forte pour ça...

Qu'attendez vous pour réaliser vos rêves ?

9 septembre 2006

Regonflée.

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Quelques jours difficiles. Effet yoyo. Quelques mauvaises nouvelles et je me suis laissée aller à une sorte de fainéantise noire pendant quelques jours, allant jusqu'à regretter un tant soit peu mon choix de démission. L'appart' est très vite devenu un champ de mines, j'ai passé des heures devant des niaiseries, m'extirpant difficilement de mon taudis pour aller jeter un oeil sur un appartement. Je culpabilisais d'être là, alors que la rentrée avait eu lieu. Chaque jour m'apportant une nouvelle plus désagréable encore que la précédente. Il y a eu toutes les petites contrariétés du quotidien (les factures, l'avis d'imposition, j'en passe et des meilleurs...). Il y a eu cet emploi du temps gruyère qui m'a fait très peur,et qui n'est finalement pas complet, donc je devrais m'en sortir. Et il y a eu, cerise sur le gâteau, cet entretien avec mon ex-patron qui a tourné au drame. Il s'est montré odieux, d'une mauvaise foi ridicule, méprisant. Il a refusé de me payer mes frais de formation qui sont normalement pris en charge par le DIF et pour lesquels il m'avait donné sa parole. J'ai hurlé à tel point que toutes les salles de classes de l'étage ont dû m'entendre. J'avoue que la somme m'importe peu, elle n'a finalement pas plus de valeur que sa promesse. Là où ça me blesse, c'est que je juge cela comme un manque de respect pour le travail et l'investissent dont j'ai pu faire preuve au fil des trois dernières années. Mais je crois qu'il est plus important pour lui d'économiser quelques euros que de tenir ses engagements et de remercier une implication.

Puis hier, du soleil et des bonnes nouvelles. Je suis allée visiter un appartement dans l'après-midi, sans grande conviction puisque les derniers que j'ai vus étaient tristes comme les pierres, sordides, je n'y ferais pas même vivre mon ex-patron. Puis belle surprise : un appartement sous les toîts, mais pas vraiment mansardé, une belle surface, et plein de lumière (plein Sud avec des fenêtres aussi à l'Est et à l'Ouest), un grand balcon, une cuisine équipée et le petit plus, un conduit de chemninée. Le tout pour un prix très raisonnable, avec garage, cave et emplacement de parking. Nous nous laissons le week-end pour réfléchir, mais ça va sans doute se faire la semaine qui vient.  En fin d'après-midi, remotivée par cette belle découverte, je suis allée passer un entretien dans un lycée. J'avais répondu à une annonce pour un remplacement de congé de maternité. Je suis tombée sur trois femmes charmantes avec lesquelles le courant est très bien passé. Je suis embauchée, et en plus elles m'ont déjà proposé quelques autres classes que je pourrais encadrer jusqu'à la fin de l'année.

Comme quoi, tout se goupille finalement pas trop mal. Je souffle, je me dis que la prise de risque était somme toute fait très importante, j'aurais pu y laisser beaucoup de plumes, voire me retrouver à poil. Mais le résultat est satisfaisant, au loin, je vois de nouveau la lumière...

6 avril 2006

Radins, nombrilistes et compagnie...

Encore ce matin, arrivée dans ma salle de cours pour réaliser qu'il fait presqu'aussi froid que dehors. A savoir, température extérieure : - 2. Rapide tour d'horizon : les radiateurs sont coupés. Pas de panique : c'est mon lot quotidien. C'est encore dû à notre cher directeur passé la vielle avant de quitter l'établissement. Il pense faire des économies. Je gagne la salle des profs pour les quelques photocopies de rigueur. Constatation n° 2 : plus une feuille de papier dans la photocopieuse et le placard est effrontément vide. Le coupable a même jugé utile d'y laisser l'emballage plastique. Pire que celui qui laisse le rouleau de papier toilette après en avoir utilisé la dernière feuille. Arrive R. qui me demande gentiment comment je vais, mais qui n'écoute pas la réponse puisqu'il part dans la salle voisine. Puis me voilà en train de courir après l'économe pour obtenir les feutres pour tableaux blancs qu'on nous force à quémander. On me laisse comprendre que je ne rentabilise pas assez. Il faut utiliser les feutres "jusqu'à la corde". On ne les jette que quand le dernier rang ne peut vraiment plus lire. On m'attrape ensuite entre deux portes pour m'annoncer que certains de mes cours sautaient demain matin, je dois être là pour encadrer. Ce gardiennage dont les débordements sur mes heures de prép' sont déjà prévus sera bien en tendu du bénévolat. Alors que je cours toujours, l'ami P. galope derrière moi dans les couloirs, me parlant de son anniversaire de mariage, de ses projets de week-end, de sa nouvelle voiture. Il est tellement occupé à s'écouter qu'il ne réalise même pas que je n'ai aucune seconde à lui/m'accorder. Retour en salle des profs, un abruti à réussi à trouver quelques feuilles, mais a également trouvé le moyen de bloquer la photocopieuse en les utilisant. Le lâche a bien entendu quitté le lieu du crime. Et c'est Bibi qui met les mains dedans pour décoincer tout ça*. Puis vient la cerise sur le gâteau (je ne parle pas de la Griotte*),  j'apprends par Tête de Brique (par message interposé) que mes dates d'exam' ne collent pas, d'autres ont annoncé leurs dates et ça tombe le même jour. Et comme ils sont prioritaires (il faut comprendre ici "coefficients bien plus importants") c'est à moi de m'adapter et de modifier mes dates qui sont arrêtés depuis fin août.

Alors, je pousse ma gueulante. J'en ai marre des économies de bouts de chandelles. J'en ai assez des égoïstes, des individualistes, des gens qui se tirent sur la nouille et qui s'écoutent parler. De ces gens qui ont des petits dollars dans les yeux, qui ne pensent qu'à leur argent et à la façon dont ils pourront montrer qu'ils en ont. Tellement plein la casquette d'être entourée de personnes qui n'ont d'yeux que pour eux-mêmes et qui n'ont pas le courage de regarder autour.

J'ai besoin d'air.

J'ai besoin de lumière.

J'ai besoin d'évasion.

J'ai besoin d'émotion.

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*Je prends une classe à dix heures. Entrée dans la salle bruyante, mon public est disspié, il glousse et pouffe. Ce petit cirque dure un temps et je perds vite patience. Je hausse un tant soit peu le ton pour obtenir le calme. Et là une demoiselle embarassée me dit "Madame, faut qu'on vous dise quand même, on peut pas vous laisser comme ça, vous avez une grosse trâce noire sur le front". Et de pouffer encore. Je glousse aussi. Saloperie de photocopieuse.

*Saura-t-elle me pardonner ce vilain jeu de mots?

28 mars 2006

Miroir, mon beau miroir.

Diane Groseille est belle, bien dans sa peau (presque toujours), elle réussit ce qu'elle fait, elle dit toujours ce qu'elle a à dire sans prendre de gants. Elle est courageuse. Les gens l'écoutent et se soucient d'elle (un tant soit peu), prennent de ses nouvelles. On vient la voir, on lui laisse des messages. On la cherche même via Google. On lui dit qu'elle est un exemple (si, si, je vous assure, certains l'ont dit) et quelques uns sont allés jusqu'à la qualifier d'artiste *. On lui souhaite son anniversaire avant que ce ne soit fait dans la vraie vie (merci Tippie).

Je ne suis que le pâle reflet de Diane Groseille. 

Je voudrais hurler quand j'apprends qu'on me soupçonne
de prendre des jours d'arrêt maladie pour rallonger mon week-end.
Je voudrais jouer du violon comme ces deux jeunes de dix-sept ans qui jouaient avant moi,
au lieu d'aligner ridiculement mes notes couinantes.
Je voudrais que mes cheveux ne frisent pas quand il pleut.
Je voudrais perdre cette culotte de cheval qui s'accroche malgré trois séances de piscine dans la semaine,
si on m'avait dit qu'un jour je me battrais contre de la cellulite.
Je voudrais que mes collègues de travail n'oublient pas mon anniversaire,
alors que j'ai été la première à leur souhaiter le leur, avec petit cadeau à l'appui.
Je voudrais être plus sure de moi.
Je voudrais avoir plein d'amis.
Je voudrais qu'il fasse beau le 28 mars et tous les 28 mars qu'il me reste à vivre.
Je voudrais qu'on ne m'oublie pas.

J'ai vingt-huit ans aujourd'hui.
Je me sens petite, ridicule et faible.

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*Je peux bien me jeter des fleurs le jour de mon anniversaire, personne ne le fait.

3 avril 2006

Inintelligible.

Je suis assise là, j'enroule mes cheveux autour de mon doigt. Rayons de soleil derrière moi. Pas assez de temps devant moi pour commencer quelque chose d'utile et d'intelligent. Trop de temps pour avoir juste le temps de m'assoir ici et de ne rien faire. J'absorbe du sucre. Faudrait pas, chocolat poulain, argument "bonne humeur", moelleux framboise-pomme, barre céréales nois de coco.  Mon nouveau jean est trop taille basse (ne pas voir de rapport de cause à effet avec le sucre). J'ai passé ma journée à tirer dessus pour qu'on ne voit pas le haut de mes fesses. Ou à tirer sur mon pull dans l'autre sens. J'ai des péoccupations de fashion victime, de jeune donzelle.

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Autre péoccupation : je croise les doigts pour que Radiohead donne quelques dates de concert en France. J'irai même si je dois y aller en rampant. Sinon, faudra se rabattre sur les autres dates européennes.

4 avril 2006

Des trucs qui boostent.

  • Récolter un 17 à mon devoir de linguistique. Se rendre compte qu'on a pas perdu la main, y'a des choses qui restent, c'est comme le vélo.
  • Sentir sous mes paumes la chaleur de mon pain que je sors du four.
  • Ecouter Mickaël cet après-midi me raconter la folle épopée de son chien Filou (castré il y a quelques années). Récit ponctué de "grave", "style", "genre", "ouaich" et autres poésies, tout ça pour me dire qu'il sait ce que signifie le mot "stérilisé" qui apparaît dans le document qu'on étudiait.
  • Square one.
  • Ne plus entendre geindre les collègues, à propos des classes qui seront moins nombreuses l'année prochaine, du connard qui a encore vidé la photocopieuse, du manque de motivation des élèves, des trajets, du CPE, de leur femme, de leur ex, de leur nombril. Ne plus les entendre parce qu'on sait déjà que l'année prochaine on ne sera plus là. Soupir de soulagement.
  • Nager, nager et nager. Deux, trois ou quatre fois dans la semaine. Sentir les cuisses chauffer. Se vider la tête. Ne plus penser à rien, sauf cette eau qui glisse sur la peau et le mur à l'autre bout du bassin qu'il faut aller toucher du plat de la main.
  • Compter. Encore huit jours effectifs de travail et je suis en vacances.
  • Faire des projets d'escapades à Lyon pour ce week-end.
  • Observer chaque matin la progression de mon petit jardin aromatique. Verdure=vie.
  • Prendre mon violon, le poser sur mon épaule, m'appliquer pendant de longues minutes. Penser plus à la musique et moins à la technique. Comme l'a dit le prof.
  • Savoir que bientôt, Radiohead sera là. Déjà les frissons.
  • Venir écrire ici. Vider son sac, trouver les mots, essayer de déformer le moins possible, être juste.

martini

28 avril 2006

Ex aequo.

Vaisselle de deux jours dans l'évier.
Cheveux gras.
Homme au bistrot.
Mal aux dents.
Niaiserie à la télé.

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Mais...

Week-end de trois jours qui se profile.
Festival qui pète demain (Da Silva, Debout sur le Zinc, Têtes Raides, Lo'Jo, Aldebert...)
Cumule de bons cours cette semaine.
Rapport reporté à fin août.
Odeurs de printemps.

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9 mai 2006

Insurmontable.

Les quelques premières minutes sont trop difficiles ce matin. Je ne sais pas pourquoi je me lève. J'ai d'ailleurs trop de mal à me souvenir de mon nom, de quel jour on est et de "pourquoi il faut se lever déjà ?". C'est surtout là que réside l'incohérence. Pour le reste on finit par trouver des réponses, mais pas pour ça. Savoir que je vais partir et compter les jours. Puis il y a cette impression d'avoir dormi trop, plus que d'habitude, peut-être même qu'une ou deux journées auraient filé pendant mon sommeil sans que je ne m'en aperçoive. Je descends l'escalier au radar, et j'ai la sensation que derrière moi, ma couette m'appelle pour ma rassurer, pour que j'aille me blottir dans cette autre réalité. Il faut dire que ce matin, la réalité pue. Il pleut tellement dehors qu'on se croirait revenu à l'heure d'hiver. Du courage, ou puis-je trouver du courage ce matin... Il faudra que je pense à mettre ça sur ma prochaine liste de courses, c'est évident que je vais faire une grosse consommation les prochaines semaines. Besoin d'air.

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24 mai 2006

Adieu Monsieur le Proviseur.

Démission annoncée officiellement hier matin. Réaction dicrète. Les murs ont des oreilles et ils avaient sans doute déjà eu vent de la nouvelle. On a fêté l'officialisation hier soir autour de tajines avec R. et Neb homme de moi. Toutes les occasions sont bonnes à fêter. Et maintenant la question : je deviens quoi l'année prochaine ? La curiosité me titille déjà. J'arrive à un carrefour. Je vends la voiture, nous déménageons sans doute cet été, je change de job. Départ à zéro.


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Air froid. Je désespère de voir arriver les beaux jours. Mes tongs et ma jupette ont tiré la gueule sur la terrasse du bistrot hier.

7 novembre 2005

"Appelez-moi Robert"

Une autre rentrée sous un soleil pale qui s'accroche. Sans voix. Gorge douloureuse et presque muette. Un son viril qui en sort. De quoi ébouriffer mes élèves qui me trouvaient mauvaise mine ce matin. En espérant que le filet grave qui sort encore de ma bouche sera assez courageux pour tenir cette mini-semaine. Jeudi midi, c'est treminé. Et le Pooh, Neb et moi partirons en Allemagne pour un concert "Yellow". Réjouissance et petites paillettes de couleur partout autour dès que l'idée me traverse.


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4 novembre 2005

Pour ne pas couper les cheveux en quatre.

C'est venu comme ça. Ce matin, au réveil, ma longue tignasse ébouriffée dans la glace. Blasée. Envie de fraicheur, ras-le-bol des longueurs fades et strictes. A chaque fois que je vais chez le coiffeur ça se passe comme ça. Un coup de tête. J'ai attrapé ma veste et j'ai trainé dans les ruelles de ma ville humide. Je suis entrée dans un petit salon qui semblait chaleureux. C'est une femme brune et énergique qui s'est occupée de moi, je lui ai parlé de mes envies rapidement, pour ne pas avoir le temps de changer d'avis. Elle semblait ravie d'avoir le droit de tailler dans cette longueur qui me pesait jusqu'au milieu du dos. Elle a pris les choses en main très vite, comme inspirée, presque autoritaire. Une fois les cheveux mouillés, lissés, elle a commencé à tailler, de grands coups de lames et des mèches sont venues se poser sur mes genoux. Les gestes étaient précis, presque brutaux, le peigne et les ciseaux valsaient dangeureusement autour de mon visage. L'opération a duré une demi-heure, évolution rapide et radicale. Je suis ressortie avec des mèches dans tous les sens, dans l'ensemble bien plus courtes, et une tête de sauvageonne (des petits cheveux qui gratouillent le décolleté aussi). J'enroule mes doigts autour de mes cheveux depuis que je suis rentrée chez moi. Je cherche la matière qui n'existe plus. Je pense que je ne pourrais plus natter mes cheveux avant un bon moment mais cette nouvelle tête me convient.

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14 novembre 2005

Célibataire.

Semaine particulière qui débute: je suis seule, Neb homme de moi parti au bout du monde jusqu'à dimanche. Je redécouvre le silence et la solitude qui sait être à la fois douce et cruelle. Difficile de pousser la porte de l'appartement et de le trouver vide. On s'habitue si vite à l'autre.

Je me remets doucement de mes émotions coldplayennes, j'envisage déjà sérieusement une suite lyonnaise à cette folie, mais rien n'est encore sure. Il y a la route, les cours le lendemain, le prix... Mais il y a aussi la lumière jaune et le Pooh qui est partante pour me suivre.

L'idée de se lancer pour une semaine de cours ne me plaît que très moyennement après ces impressions de vacances et de liberté. Des paquets de copies débordent de mon trieur, je suis dans une période "mal à suivre", il faut que je mette un turbo pour rattraper le retard et pour ne pas me noyer dans les prochaines semaines. L'attitude de certains collègues "à fond dedans" me dépasse vraiment, j'ai du mal à comprendre qu'on puisse se laisser bouffer à ce point même si j'ai fait cette erreur l'an passé. Je suis très distante, je fais mon job et je me sauve pour ne pas être contaminée par leur stress... Si ce n'est avec R., qui sait toujours trouver le mot pour rire et qui garde les pieds sur terre (je lui ai offert un beau stylo pour son anniversaire la semaine dernière).

Puis pour le reste, ça se passe bien: cours de langue ce soir (j'ai bien rattrapé mon retard, je maîtrise et c'est agréable de découvrir ainsi une langue si complexe), le violon est difficile, mais c'est un bonheur, puis j'attends avec impatience mes premiers cours du CNED...

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17 novembre 2005

Des mots qui restent.

Je relis quelques mots, ici et ailleurs. Je m'interroge à nouveau sur la pertinence de l'écriture sur un blog. Je vois partout des gens quitter leur blog, abandon que je comprends mal, qui n'est que peu justifier la plupart du temps, on s'en va et on ne revient pas pour s'expliquer. D'autres partent, ne souhaitant pas être une victime de la "mode blog", puis reviennent après avoir essayé de résister. Puis des nouveaux débarquent chaque jour pour coller sur leurs pages encore vierges leurs vies. Certains passent seulement, pleins de bonnes résolutions, dans le but de commencer quelque chose de "tout neuf-tout beau", casent un message et ne reviennent plus jamais. Ainsi traînent sur la toile des centaines de milliers de pages commencées et laissées à l'abandon. Puis il y a les fidèles, ceux qui se fatiguent parfois mais qui sont toujours là.

Et je suis toujours là, avec plusieurs dizaines de pages d'archives, avec un blog qui a définitivement pris la place d'un journal papier. Les mots que je fais apparaître ici sont maintenant naturels et automatiques. Souvent, ce besoin naît de venir laisser ici quelques phrases, plus pour moi que pour les autres. Une marque, une mémoire. Plusieurs fois je me suis lassée, j'ai laissé les mauvaises herbes virtuelles s'installer, mais je suis toujours revenue à cette forme d'écriture, personnelle et narcissique, tellement publique aussi. Accueillir des lecteurs ici, laisser la porte entrouverte pour les laisser flâner à leur guise dans ce que je laisse de moi.

Toujours un plaisir. Merci à ceux qui passent régulièrement pour me lire et qui mettent de la vie dans ces pages avec moi.

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6 décembre 2005

J'y avais même pas pensé.

Il y a quelques mois, j'ai du choisir une langue. Pas de langue de boeuf, ni de langue pendue et encore moins de langue de bois. Une langue vivante. Me mettre à la place d'une personne qui se trouve face à une langue "vraiment" nouvelle pour valider la mention FLE que je passe par le CNED. Langues romanes interdites. J'ai longtemps hésité comme une fillette devant une vitrine de pâtisseries. Les attirances étaient multiples et le choix difficile. Le chinois me tentait puisque c'est la langue la plus parlée. L'esthétique du japonais m'attirait. Une langue scandinave m'aurait aussi plu. Mais je me suis finalement tournée vers l'arabe. Plus précisément l'arabe littéraire. Pour de nombreuses raisons. Par exemple l'Amie et ses origines berbères qu'elle transmet à la petite Lilou. Mais aussi l'écriture qui ressemble à des dessins fins et sculptés. La proximité et le mélange. La complexité.

 

Alors je me suis lancée. Décision prise, j'ai attendu un moment des cours qui ont mis le temps à débuter et qui m'ont bien déçue (non pas le contenu, mais la personne qui était là pour transmettre). Puis le temps passe et je me rends tous les lundis soirs dans cette petite salle de classe où j'apprends à écouter de nouveau, à apprendre. J'ai appris par coeur un alphabet que je trouve magnifique. Vient le temps moins facile de la conjugaison.

 

Là où je tombe des nues, c'est quand les gens réagissent. J'en parle peu car c'est un projet personnel et ce n'est pas une fin en soi, mais un moyen d'y parvenir, une condition. Mais quand j'en parle, on ne m'écoute que peu et on se focalise tout de suite sur mon choix sans chercher à comprendre mon objectif. "Pourquoi l'arabe?".  Question outrée. On me regarde d'un oeil inquiet, comme si je pouvais représenter une menace. On me demande ce qui a pu m'attirer dans cette culture, comme si j'avais fait le choix de faire le ramadan ou de porter le voile. On me voit déjà convertie et pourquoi pas avec une ceinture d'explosifs autour de la taille. Je pactise avec l'ennemi ?

 

J'étais moi même étonnée en me rendant à mon premier cours de découvrir à mes côtés une demoiselle qui avait effectivement fait le choix de se convertir et qui était là pour pouvoir lire les versets coraniques dans le texte. C'est une langue profondément liée à la culture et à la religion. Mais je ne comprends toujours pas qu'on puisse cataloguer à ce point une langue. Personne ne m'aurait demandé, si j'avais choisi le japonais, "mais alors tu vas bouffer plus que des sushis?"

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19 novembre 2005

Mes nuits vertes.

J'aurais du mal à trouver les bons mots pour décrire tout ça mais je vais essayer. Un sentiment de bonheur permanent, ma famille autour de moi, des amis aussi. Ailleurs, dans un village tout de verdure et de soleil, avec des petits cours d'eau partout, petites fontaines et ruisseaux. L'herbe est brillante par endroit, plus loin, des prés se laissent caresser par le vent. Il n'y a pas de route, que de l'herbe. De petites maisonnettes construites ça et là. Avec ma soeur (je crois qu'on est encore petites à ce moment là), nous entrons dans une boulangerie et ce n'est qu'émerveillement, de la lumière entre par de petits vitraux et chaque mets mis en valeur ne ressemble à rien de ce que je peux connaître et semble pourtant si apétissant. Je me souviens aussi que je suis tellement émerveillée par ces paysages que je prends des photos en espérant pouvoir ainsi garder ce sentiment de bien être avec moi toujours. La lumière est exceptionnelle. Plus tard, nous sommes assis avec ma famille et des amis, je sens que tout le monde est là, un sentiment de plénitude. C'est une grande table en bois, au milieu de toutes ces petites maisonnettes, et toujours du vert partout. Je suis enfant à ce moment, mais déjà moi. Il y a mon frère encore bébé, je le tiens contre moi, il porte une petite chemise en vichy et je vois sa petite nuque toute douce avec ses bouclettes blondes. Il doit avoir un an, il s'endort contre moi. Je baigne encore ce matin dans ce sentiment de perfection et de bonheur, j'ai peur qu'il s'en aille alors j'écris.

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18 novembre 2005

You.

Est-il bien nécessaire de me dire "vous" plutôt que "tu"
Si c'est pour par derrière me botter le cul
Là-bas en Angleterre, il se disent tous "you" c'est plus clair.

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Camille

Et vous/toi, ça se passe comment? Moi j'ai toujours eu tant de mal à tutoyer les gens. J'ai souvenir du directeur du premier centre dans lequel j'ai travaillé qui a insisté pendant trois ans pour obtenir un "tu" qui n'est jamais sorti, et pourtant, j'étais celle qui était la plus proche de lui. Ce n'était pas de la pudeur, encore moins un sentiment d'infériorité, peut-être un excès de respect... C'est possible ça ? Souvent j'y repense et la réflexion se représente à moi comme une évidence. Pourquoi "vous" et pas "tu" ? Pourquoi cette complication qui n'existe pas dans tans de pays ? La nuance de respect et de complicité s'exprime alors dans le ton de la voix et non dans le choix des mots. Je me demande souvent comment font les personnes qui traduisent les films américains pour décider si le "you" sera à traduire par "vous" ou "tu". Les allemands compliquent encore plus les choses puisqu'ils ont deux "vous", le "vous" de groupe (ihr) et le vous du vouvoiment (Sie, avec majuscule s'il vous plaît alors que les Anglais vont coller la majuscule sur eux-même avec un "I" en puissance)

Je tutoie tous mes collègues et même Tête de Briques mais pas le dirlo. Je tutoie mes élèves aussi (après leur avoir expliqué en début d'année que ce n'est en aucun cas irrespectueux de ma part). Je tutoie la mère et le beau-père de Neb homme de moi (ce fut laborieux) mais je vouvoie son père et sa belle-mère. Je vouvoie les voisins de mes parents que je tutoyais pourtant quand j'étais gamine.

Je n'aime pas entendre un représentant des forces de l'ordre tutoyer une personne (parce qu'elle est jeune / bourrée / Maghrébine / noire ou autre). Je n'aime pas qu'une personne que je ne connais pas m'interpelle en me tutoyant. Entendre une personne vouvoyer un membre de sa famille me fait sourire. Je trouve que le vouvoiement peut avoir beaucoup de charme de par le mystère qu'il peut installer entre deux personnes.

 Alors, je te dis "vous" ou je vous dis "tu" ?

3 décembre 2005

"Mes souliers sont rouges."

Autre registre, autre ambiance. Hier soir, on prend les quatre mêmes, on les met dans une voiture et on recommence. Destination plus proche cette fois et moins de dégats au retour. Un concert plein de finesse et de délires, une poignées de gars avec la patate et du bonheur à transmettre, des voix en or et quelques bonnes recettes pour mettre le feu. J'ai beaucoup aimé malgré mes jambes qui me disaient merde. Puis je pense que j'avais la mâchoire qui se décrochait à chaque fois qu'ils sortaient le violon (et c'était pourtant pas pour verser une petite larme, bien au contraire). Quand je serai grande, je veux faire comme eux... Aïe, je crois que j'ai raté un épisode.

Bref, une semaine musicale, contrastée, alcoolisée (ça c'est pour la soirée de mercredi qui n'a pas été abordée ici mais faisons vite: un R., une quinzaine de bière et un portefeuille qui s'évapore) où j'ai été heureuse de partager tant avec des gens que j'aime.


Prendre le temps d'éxister,
prendre le risque de vivre.


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2 décembre 2005

Je ne reconnais plus personne.

Compteur bloqué aux alentours de 200, je regarde en face, j'ai plus le temps de regarder le paysage, il n'y a plus que ces images éblouissantes qui restent devant mes yeux. Quatrième dimension. J'ai l'impression que chaque journée est collée à la suivante, les nuits n'ont plus de valeur, il me faut du repos. Faut dire que cette semaine en particulier est à classer dans les extrêmes (explication plus tard). Alors je garde le pied au plancher, si je ralentis, j'ai peur de caler.


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Diane Groseille
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