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Diane Groseille
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20 août 2007

Conversation Ridicule Surprise.

Concert des Smashing Pumpkins à la foire aux vins ce soir (pas terrible, ceci dit en passant, cacophonie saturée, on a quitté l'amphi bien plus tôt que prévu, juste avant la surdité)

... Mais le petit bonheur de la soirée est ailleurs...

... Sur ma gauche à l'entrée, trois CRS, figés, qui regardent passer la populace, avec un air fier et digne. Deux sont en pleine discution, mais ne perdent pas la foule des yeux. En passant, je capte des bribes de conversation :
"... Et là, je lui dis : non, mais attends, je vais faire pipi"
L'autre le coupe :
"Ah, et quand tu vas faire caca, tu lui en parles aussi ?"

Il m'a fallu un petit temps pour me remettre de tant d'émotion...

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1 décembre 2007

Banalités.

Encore une semaine difficile qui s'achève. Les angoisses du week-end dernier m'ont laissée fragile et forte à la fois. Elles m'ont coupé les jambes et une fois la tension redescendue, je ne me suis jamais sentie si fatiguée, me laissant tomber de sommeil dès mon retour de cours. Mais les angoisses dissipées ont aussi fait place au souffle, et même les journées grises sont belles. Je retrouve le goût de chaque jour, son illusion d'éternel.

Je suis triste de la disparition de Fred Chichin. Je suis triste de ces gens qui meurent dans le monde et sur lesquels nous fermons les yeux. Je suis triste pour le Bangladesh dont les images ont occupé six secondes de 20 heures, et pour les pluies diluviennes en Algérie. Je suis triste pour ces colères sourdes qui animent les banlieues. Je suis triste de voir la place de l'argent, du pétrole, du pouvoir d'achat. Nous ne sommes plus que des consommateurs. Je suis triste pour les incohérences télévisuelles. Je suis triste que dire ça revienne à pisser dans un violon. Donner de l'argent, encore une fois, comme des consommateurs qui s'achètent une bonne conscience. Je suis triste parce que je préférerais parfois fermer les yeux. Ce qu'on a fait de moi. Et je les garde ouverts, toujours.

Deux jours infinis qui se dessinent devant moi pour respirer. Gouttes de pluie sur les vitres. Chien au chaud dans son panier. Thé dans une tasse jaune. Le temps qui s'arrête... pour quelques heures au moins.

12 juillet 2007

Ordinaire.

Allez Patron, un ordinaire
Comme moi, un ordinaire
J'veux voir le cul de tes bouteilles
Et au diable leur pudeur
Toutes il faut que j'les essaye
Que j'les dépucelle sur l'heure

Allez Patron, un ordinaire
Comme moi, un ordinaire
Il a d'la gueule ton comptoir
Laisse-moi donc lui faire honneur
Il a l'allure d'un boulevard
Boulevard que j'connais par coeur

Allez Patron, un ordinaire
Comme moi, un ordinaire
J'boirai à ta santé
Pour ton bien comme un docteur
J'te réserve chaque gorgée
Pas vrai que j'suis comme un docteur

Allez Patron, un ordinaire
Comme moi, un ordinaire
Moi j'crains pas la goutte d'eau
Qui fait déborder le vase
C'est pas un verre de trop
Qui f'ra déborder l'ardoise

Allez Patron, un ordinaire
Comme moi, un ordinaire
Même qu'une tournée générale
J'te la siffle à moi tout seul
Sans fausse note mon général
Moi tout seul, tout seul, tout seul

Allez Patron

3 mai 2007

Où est mon esprit.

Mardi 14 août 2001. Chaleur. Insouciance. Grande liberté. Avec le fantôme qui n'en est pas encore un à l'époque. On traîne nos guêtres dans les allées de l'amphithéâtre qui reçoit ce soir là Frank Black. Nous sommes des habitués du lieu. Les concerts ne sont pas encore trop chers à l'époque et il faudrait être fou pour ne pas profiter de toutes les têtes d'affiche qui défilent pendant quinze jours. Le vin coule à flots, c'est de circonstance. Chaque soir, nous transgressons nos limites, nous errons sans retenue aucune au milieu des stands, croisons des gens dans le même état, discutons, de tout, de rien, avec un sourire niais, ivresse et convivialité. La quinzaine touche à sa fin et nous sommes ce soir là le cul sur le béton à siroter nos verres de blanc, cherchant la prochaine connerie à faire. Lui, il est là depuis peu, mais pour de vrai. C'est un peu magique, un peu étrange. Nous avons toujours les mêmes mots, on parle vraiment la même langue. C'est à ce moment là, alors qu'on me ressert un rêve/verre, qu'arrive ce que je ne pensais pas possible, les premiers accords de "la plus belle chanson du monde". Je me lève, ivre de bonheur et pas seulement. Je saute sur place pour voir, en sachant très bien que ça ne me permettra pas d'entendre mieux. Jules me prend la main et m'entraine vers la scène, slalomant entre les spectateurs et les rambardes de sécurité. Je me cogne violemment à l'une d'elles mais ça ne m'arrête pas. Nous arrivons devant la scène et immobiles après la course, le souffle coupé, nous nous ouvrons à cette musique magique qui doit à ce moment là couler dans nos veines. L'instant dure quelques minutes, mais nous transporte pour le reste de la soirée, et pour les jours à venir.

27 avril 2007

Et mon cul, c'est du poulet ?

Jamais.
Voilà presque trois ans que ça dure et non, jamais...
Jamais je n'ai parlé de mes fesses ici.
Ni de quelque autre partie de mon corps d'ailleurs. Ou alors si peu. Parce que ça ne fait pas partie des priorités. Mais là, oui, c'est devenu une préoccupation. Si futile me direz-vous. "Encore une victime de la pub, de cette dictature médiatique qui nous impose la maigreur, encore une pauvre fille qui veut ressembler à Kate Moss". Non, je n'en suis pas là. Et pourtant...

Autrefois j'ai été maigre. Très. Au point de répondre aux questions de personnes qui me croyaient malade. Au point de me blesser en cognant mes os saillant sur les coins de meubles. Au point d'être agressée par des amies qui me soupçonnaient de faire des régimes en douce. Au point d'être pistée aux toilettes par des proches qui étaient persuadés que je me faisais vomir. Rien de tout ça. Et je n'ai même jamais trouvé ça joli. Ce n'était pas du tout une volonté de ma part, bien au contraire. Je m'en inquiétais, tout comme ma famille qui me traînait de toubib en toubib pour trouver l'origine de cette "fonte des graisses". J'ai presque failli disparaître... Puis un jour, sans aucun changement de mon rythme de vie, de mes habitudes, je me suis stabilisée... puis remplumée.

J'ai été contente d'être à nouveau dans la norme. Et maintenant, pourtant, quelques années plus loin, mes cuisses rondes, mes fesses molles et mon petit bidon me gènent. Question de confort. Mes pantalons me serrent et j'ai l'impression d'être un shamallow quand je me glisse dans une jupe. Tout me boudine et bien sur, je refuse de renouveler ma garde-robe, ce serait admettre cette réalité, baisser les bras, accepter la défaite et, résignée, considérer comme acquis ces quelques kilos de gras en plus (gagnés essentiellement au moment du déménagement où nous avons cuisiné "camping" et mangé "fast food" un jour sur deux). Alors je continue, avec mes quelque huit kilos en trop, à rentrer mon ventre et à vérifier de temps en temps si je n'ai pas fait pèter une couture.

Tout ce que je vous dis là, je ne peux pas en parler dans la "vraie vie". Parce que je ne suis pas grosse. Et dès que vous en venez à parler de ça autour de vous, juste de cette gène, on vous traite tout de suite de folle furieuse ou de pauvre fille qui cherche à ce qu'on la rassure "mais si, je te dis, j'ai des kilos à perdre"... "Non, je t'assure, t'es très bien comme ça"...

Le verdict fut cette phrase de mon père que je précédais dans la cuisine familiale : "t'as un gros cul maintenant toi". Sans voix... "Ben si tu le dis". Limite choquée. Cherchant presque à me justifiée.

Alors cette fois c'est décidé : je vais faire attention. Non, pas de régime, vous plaisantez, je n'ai jamais fait ça et je ne vais pas commencer maintenant, à l'aube de mes trente ans. Je vais juste me montrer prudente, manger encore plus de légumes (ils sont déjà en train de pousser sagement dans mon jardin) et COURIR. J'ai pas encore commencé, mais je vais m'y mettre, histoire de remodeler tout ça.

Je veux mes fesses d'avant, et pour ça, je suis bien décidée à me mettre un bon coup de pied au cul.

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9 décembre 2006

Même si demain.

Hier matin, une aube verte, parce qu'un soleil trop jaune et un ciel trop bleu, mais finalement, la journée a été plus sombre que jamais, des gouttes et du vent, qui a essayé d'ébouriffer ma bonne humeur toute la journée, peine perdue !

Je me suis souvenu au volant de ma voiture, alors que je me rendais dans notre nouvel appartement, de mes quinze ans, un printemps, à courir dans les herbes hautes, à arracher les cardamines par poignées, pour en rapporter des brassées à la maison, les doigts collants.

J'ai acheté de la peinture. "Blanc cassé". Plusieurs gros pots. J'ai couru sur des parkings, dans la pluie et le vent, avec mes talons qui claquaient le bitume. Il fallait faire vite, j'avais cours. Passer à l'appart', repartir en cours, retourner acheter le reste de la peinture, manger un bout de pizza froide sur un coin de table.

Et hier soir dans la nuit, les lumières de l'appartement, et pour la première fois, une bière à la main, le cul sur la moquette déchirée, "me sentir chez moi". Aujourd'hui et demain, on pose le parquet. Le miel arrive avec la lumière.

10 janvier 2007

Mésaventure.

Promenade avec Lu à l'instant. On se fait plaisir à flâner sur les trottoirs, y'a comme un air de printemps et on en oublierait presque que c'est parfaitement anormal. Puis au détour de l'église, alors que j'ai le pif en l'air, Lu voit un truc avant moi. Je sens sa laisse qui se tend et j'ai à peine le temps de tourner la tête vers lui pour voir arriver sur lui une bombe. Un bull terrier sans muselière ni laisse qui se jette sur mon clebs en poussant des grognements dignes d'un film d'horreur. Tout va très vite, ça ne dure que quelques secondes. Je tire la laisse en me baissant pour soulever Lu que j'aperçois à peine dans la boule de poils que forment les deux chiens roulant l'un sur l'autre. Arrive dans la seconde un jeune gars en jogging avec une capuche sur la tête qui hurle "salope, salope". Je comprends avec du retard qu'il s'adresse à sa chienne. Il parvient à la choper, lui colle sa laisse en la rouant de coups. Lu est là, devant moi, sonné mais il n'a rien. Je le prends dans mes bras pour le protéger d'une éventuelle nouvelle attaque. Et j'arrive juste à articuler "tu pourrais lui mettre sa laisse". Le gars ne répond rien et part rejoindre une bande de copains qui squattent la place. Je tremble comme Lucien. Nous rentrons chez nous et je téléphone aux flics. Parce que j'ai eu peur. Parce que Lu aurait pu être un enfant, une petite fille ou un petit garçon qui se promène. Parce que la loi impose une muselière et que ce chien était en liberté. Parce qu'il ne m'a même pas présenté d'excuses. Parce que Lu aurait pu y rester. Une patrouille a été envoyée dixit la voix au téléphone. Après seulement, j'ai le goût amer de la dénonciation dans la bouche. Puis vient la peur de retomber sur eux, avec ou sans chien, les représailles...

Penser à autre chose. Lu va bien, c'est le principal.

17 mai 2006

La veille.

Mal à la gorge. Fatiguée. Surtout nerveusement en fait. Alors que rien n'a encore commencé. Les choses sérieuses commencent demain matin, à cinq heures. Je quitte la ville pour Grenoble. Quelque six heures de route, à travers la Suisse... Je commence par l'épreuve qui suscite le plus d'appréhension : la didactique. Le vendredi sera plus facile, je pars sur des bases déja solides : analyse littéraire et linguistique. Les notes obtenues pour les devoirs envoyés étant bonnes, je suis sereine. J'avais d'ailleurs été étonnée de constater la rapidité avec laquelle ces connaissances éaient revenues à ma mémoire, je n'avais eu qu'à fouiller un peu les petits tiroirs poussièreux de mon cerveau pour retomber sur des notions de morphologie ou de phonétique. Aucune réelle angoisse donc, je me dis que je ferai ce que je peux, le maximum. Je réalise que mes derniers examens remontent à loin, plusieurs années, plus l'habitude de rester le cul sur une chaise, seule face à ma feuille blanche. Demain soir, je dors chez un ami de Neb homme de moi, en plein coeur du quartier universitaire, une bonne chose parce que la sordide chambre d'hôtel me faisait un peu peur.

Puis hier soir, le Pooh était à la maison, ça faisait plusieurs mois que je ne l'avais pas vue, juste quelques coups de fil, sa voix lointaine. Ce fut bon de la retrouver, même pour quelques heures seulement... La soirée fut douce et agréable, malgré les grognements de Neb homme de moi qui se montre parfois très virulent pour pas grand chose.

Absente jusqu'à samedi. Je croise les doigts. Je suis contente de faire ça pour moi. Pour moi toute seule.

8 février 2006

Pêle-mêle

7h08. Les petits yeux du matin, quelques mots ici avant la douche chaude qui me met dans la peau de la journée. Les questions n'en sont plus, elles glissent sur moi. J'avance tout simplement. Les réveils sont souvent difficiles : "quel jour ?", "combien d'heures ?", "pourquoi ?"... Mais les questions glissent et s'évaporent.

J'ai terminé hier soir La petite fille de Monsieur Linh. Un vrai bonheur de simplicité. 
Je me repasse Californication des Red Hot Chili Peppers les derniers temps qui me replonge
dans un printemps plein de bonheur il y a quelques années.
Je ne bosse pas assez mon violon et je me suis fait gronder par mon prof hier soir.
Frustrante sensation de ne pas avancer parce que tout va trop vite.
Me suis mise au Sudoku, ai chopé ça en passant chez ma mère qui était scotchée sur une grille,
elle aurait jamais du m'expliquer. Saloperie de jeu.
J'aimerais aller à la piscine.
Un petit Ange sur mon épaule gauche pour me dire que ça ferait tellement de bien à mes cuisses et à mon corps.
Un petit démon sur l'épaule droite qui dit toujours "Plus tard, t'as autre chose à foutre".
Des films à la télé qui s'enchaînent et dont je ne vois jamais la fin, trop fatiguée.
Les cours du CNED qui restent désesperément fermés alors que le premier devoir est à rendre dans une dizaine de jours.

Envie d'écrire, tout le temps, mon petit carnet jaune ne suffit pas,
ce serait des envolées de stylos, des pages et des pages.
Parfois un ciel un peu lumineux qui vient me rappeler que je suis vivante et que la chaleur reviendra.


How long, how long will I slide
Separate my side
I don't
I don't believe it's bad
Slittin my throat
It's all I ever

20 février 2006

Putain d'hormones, putain d'inconstance...

... Qui fera que ce lundi, sensiblement identique à lundi dernier, me semble merveilleux, un peu magique. Alors qu'il y a quelques jours à peine, ce filtre gris devant mes yeux teintait mon champ de vision. Aujourd'hui, un rayon de solail et voilà les projets qui refont surface, la confiance en moi qui me gonfle, et presque je me trouverais jolie, et bientôt c'est le printemps, je suis libre et j'ai envie... Putain d'hormones, je m'emballe encore. Ces hauts, ces bas  incontrolables que je déteste, font de moi une marionette qui ne sait sur quel pied danser.

21 février 2006

Kafkaïen.

C'est l'histoire ridicule d'un trousseau de clé. Deux clés métalliques joliment sculptées, avec des anneaux trop fragiles pour les supporter et des porte-clés en plastique jaunes, blancs et verts. Mais pas n'importe quelles clés, ce sont les clés des salles de cours. Clés que chaque enseignant prend le matin au casier de l'accueil pour les y remettre le soir. Ce serait plus simple que chacun ait son trousseau, mais justement, ce serait trop simple. La condition sine qua non pour enseigner : ouvrir et fermer les portes pour accéder à ces antres sacrées du savoir et de la connaissance.

A midi : la panique.

Le trousseau tant convoité a disparu. Je suis sur le point de quitter une salle que je vais devoir refermer derrière moi. Je n'ai que quelques minutes pour me précipiter chez moi et pour manger un morceau, mon temps est compté, les clés n'ont pas le droit de disparaître à ce moment là, ça va compromettre le timing règlé comme du papier à musique. "La clepsydre, la clepsydre, sors, vite !..." Une collègue passe heureusement par là et je lui demande son trousseau, je ferme la salle. Je cours, mais l'idée d'avoir égaré le précieux me hante et me coupe l'apétit. Arrivée chez moi, au lieu de me préparer à manger, je prends mon sac par la peau des fesses et le retourne sur le parquet : dizaines de petites pièces et autres babioles roulent au sol. J'éparpille les carnets, le boîtier à lunettes, les paquets de mouchoirs, les barrettes pour les cheveux... Pas de clés. Je redescends les trois étages pour fouiller de fond en comble la voiture. Je remonte mais comme la disparition devient déjà angoissante, inexplicable et obsédante, je redescends, saute dans la voiture et rejoins le lieu du crime. Je pense déjà à mon directeur, maître des clés et de l'usine à gaz, je vois déjà sa nervosité et ses yeux exorbités quand il apprendra la nouvelle, et moi, toute petite en face, honteuse, la tête rentrée dans les épaules. Arrivée sur place, je me précipite en salle des profs et interroge d'éventuels témoins. Personne ne peut me répondre. Je refais alors mon trajet de la matinée, salle après salle, espérant qu'elles se soient glissées sous un bureau. Des scénari plus affreux les uns que les autres me traversent. Je me revois, me lavant les mains à dix heures, et si le trousseau avait glissé dans le lavabo. Pire encore, si un élève s'était emparé du bien ! Catastrophe ! Il aurait ainsi accès au Saint du Saint comme bon lui semble ! L'angoisse a provoqué des sueurs froides et des tremblements, je suis sur le point de défaillir, perdant tout sens commun, je déblatère des insultes en errant dans les couloirs, cumulant les chapelets de "putain de bordel de merde". Dans un dernier sursaut de lucidité, je me rends au réfectoire où se trouvent quelques collègues que je n'ai pas encore interrogés et le directeur, à qui je compte, avec des sanglots dans la voix, avouer ma terrible faute. Comment formuler ça, avouer l'inavouable ? J'entre et je pose la question anodine "quelqu'un n'aurait pas vu mon trousseau de clés". Je vois l'inquiétude dans les yeux de mes collègues suscitée par ma simple question qui montre que j'ai fauté, ils partagent en quelques secondes ma panique. "La pauvre, dans quelle situation elle s'est mise, elle a égaré le précieux, elle va être bannie !". Certains, compatissant, fouillent leurs sacs, sans trop y croire et je vois déjà, à l'autre bout de la table, l'oeil noir de Tête de Briques qui pense à la rouste que je vais me prendre, indigne que je suis de disposer ainsi du trousseau. Et c'est là que la lumière se fait. C'est Mamzelle Valérie, la bouche pleine d'omelette, qui sort de son sac le trousseau, presque étincelant et auréolé  Elle articule vaguement un "oh, ben j'en ai deux, je comprends pas...". Le matin même elle avait pris mon trousseau sur le bureau en quittant la salle de cours. Je m'effondre alors sur une chaise, légère, déculpabilisée et soulagée.

Non, je ne suis pas une psychopathe, même si mon directeur fait tout pour que nous le devenions.
Et je recopierai cette dernière phrase cinquante fois pour demain, histoire que ça rentre bien.

20 février 2005

L'élève.

" La première fois que je l'ai vu, je l'ai trouvé insignifiant, ou presque. Les seuls éléments que je retiens de son apparition dans la salle de cours, ce sont ses feuilles volantes. C'était début octobre. Il tenait contre lui un paquet de feuilles, nues, sans aucune pochette, recouvertes d'une écriture fine et ronde. Il les a laissées choir sur le bureau, nous a regardés, a souri et a dit : «maintenant, la vraie vie commence ». C'était il y a trois ans. Il avait tort. Ce n'était pas la vraie vie. Ce n'était qu'une vie au conditionnel. Les factures à payer, le loyer et les petits jobs minables, oui… Mais pas de vrai salaire, pas de reconnaissance, pas de rythme de vie. Juste de la littérature. Une abstraction. Et pour lui, c'était ça la vraie vie. Préparer ce concours. Faire partie des grands. Maîtriser. Arrêter de penser que quelqu'un décidera à notre place.

 Au début, je l'ai trouvé prétentieux, trop sûr de lui et bien trop exigeant par rapport à nous. Parfois même méprisant. Il aurait fallu que l'on connaisse déjà tout pour lui inspirer un minimum de respect. J'en venais à le haïr quand je passais mes soirées sur une étude de texte. Son sourire me semblait en permanence chargé de moquerie et de dédain.

 Puis en deuxième année, j'ai mieux cerné son attitude. La classe était moins nombreuse. Beaucoup de ces jeunes demoiselles à qui tout était toujours tombé tout cuit dans le bec avaient baissé les bras. C'est vrai que ça représentait beaucoup de travail. Je n'avais pas de bourse. Alors je cumulais les petits boulots. Animations commerciales. Baby-sitting. Sondages. Prises de commandes par téléphone. Il fallait que je puisse avoir du temps pour moi et juste suffisamment pour payer mon appart' et de quoi manger. Je ne sortais plus. Plus du tout. Je lisais, j'emmagasinais toutes ces données, toutes ces connaissances. Parfois un roman pouvait être passionnant, me transporter, me fasciner. D'autres fois, un essai pouvait me gâcher une semaine avant que je n'en vienne à bout. Puis quand je voulais me détendre, je ne voyais plus rien d'autre qu'un bon roman que j'avais cette fois choisi.

 Il a fallu envisager de travailler sur le mémoire. Je voulais bosser sur du XX e siècle, la notion de modernité aussi, mais je n'avais aucune idée quant au sujet à traiter. Je me souviens avoir un jour discuté avec un ami pendant une pause, cigarette au bec. Il m'avait dit que j'étais inconsciente de partir sur du XX e, que j'allais me retrouver avec Monsieur Bordeau comme directeur de recherche puisqu'il était le seul à maîtriser ce siècle. Tant pis, je me suis dit, lui ou un autre. Puis je savais que même s'il était désagréable, il imposait à ses étudiants une certaine rigueur dont j'avais besoin. J'ai rapidement décidé de travailler sur les nouvelles érotiques d'Anaïs Nin, sur ses journaux et sur sa correspondance avec Miller. Quand je suis allée lui présenter une première ébauche de mon hypothèse de travail, il s'est montré odieux. Comme s'il ne m'avait jamais vue. « Vous êtes dans quelle classe ? », « Je ne sais pas si je peux encore accepter de prendre une étudiante… ». « Vous vous y prenez bien tard et votre sujet ne me semble pas très pertinent… ». Cela faisait deux ans que je suivais ses cours. Je n'avais raté que quelques rares séminaires qui avaient eu lieu sur des week-ends et où je m'étais vue obligée de travailler. Je me souviens être ressortie de son bureau ce soir là démolie. Plus envie de continuer à en suer autant pour en plus être traitée comme une moins que rien.

 Une semaine a passé. Mon téléphone a sonné un soir alors que j'étais plongée dans un bouquin barbant au possible. Un vendredi. C'était lui. Monsieur Bordeau. Sa voix au téléphone était calme. Je m'en souviens comme si c'était hier. Elle ne résonnait pas comme en cours, solennelle et creuse. Elle était chaude. Il m'a demandé, sans chercher à savoir s'i  m'était possible de passer le lendemain à son bureau pour reparler de cette histoire de mémoire. J'ai dit oui, comme une imbécile et j'ai dû annuler deux heures de cours particuliers pour m'y rendre. Les couloirs étaient déserts et sentaient la javel. Le silence était pesant. Je l'ai trouvé dans son bureau, il portait un pantalon de velours brun élimé, recouvert d'un pull en coton bleu marine. C'est la première fois que je faisais attention à sa tenue. Il m'a présenté une chaise en annonçant mon prénom. Première fois aussi que je l'entendais appeler un étudiant par son prénom mais je me suis dit que ce devait être le privilège des étudiants qu'il dirigeait. Le ton qu'il a adopté dès le début n'était en rien comparable à celui de notre première entrevue. Il m'a mise à l'aise, m'a dit qu'il acceptait de me suivre malgré les nombreux étudiants qu'il avait déjà à sa charge, car, il avait réfléchi et mon sujet lui semblait être une bonne base pour un bon travail d'analyse littéraire. Il m'a conseillé plusieurs pistes de réflexion, m'a fait une liste d'auteurs et notre discussion s'est vite animée autour de nos lectures que nous avions envie de partager. Il m'a proposé de me raccompagner chez moi puisque c'était sur sa route et qu'il était déjà tard. J'ai accepté.

 C'est là, à ce moment précis que notre relation prenait déjà une tournure maladroite. J'ai été assez niaise pour penser, jusqu'à un certain stade de cette complicité que tous les étudiants qu'il dirigeait avaient ce type de relation avec lui. Plus qu'un simple rapport prof-élève. Les choses sont allées très vite. Il me semblait normal qu'il me donne rendez-vous en soirée. Je l'imaginais débordé et je pensais que c'était le seul moment qu'il pouvait m'accorder. Cela me paraissait aussi évident qu'il me ramène devant le pas de ma porte puisqu'il vivait à l'autre bout de la ville et qu'il passait devant chez moi. Cela me semblait professionnel aussi qu'il m'appelle à des heures tardives pour me faire part d'une idée sur mon travail. Je me disais que nous étions adultes et que tout cela était normal.

 Ce qui m'a mis la puce à l'oreille, la première fois, c'est une discussion entre plusieurs personnes de ma classe perçue devant l'établissement alors que je grillais une cigarette, agenouillée, dos contre un mur. Ils se plaignaient de Monsieur Bordeau, de la façon dont il traitait ses étudiants, du retard qu'il prenait dans la gestion des dossiers, de ses absences répétées aux rendez-vous qu'il fixait, de son manque de rigueur les derniers temps. J'ai eu envie d'intervenir, mais je me suis dit que ça ne servirait à rien.

 Deux jours plus tard, je l'ai eu au téléphone. Il m'a dit qu'il avait un déjeuner en ville avec trois de ses collègues et que je pouvais les rejoindre vers quatorze heures pour avoir un point de vue différent sur mon travail et sur son avancée. Le resto en question était juste en bas de chez moi. Quand je suis arrivée, il était seul. Il m'a dit qu'ils avaient des obligations ailleurs et qu'ils n'avaient pas pu rester. Alors que je m'apprêtais à le saluer et à tourner les talons, il m'a invitée à m'asseoir, pour prendre un café, sauf si j'étais pressée.

 Je me souviendrai longtemps de ce thé à la menthe. Il m'a dit « il faut que je vous parle ». Le ton de sa voix m'a tout de suite laissé comprendre qu'il n'allait pas me parler de mon travail. Ses yeux étaient baissés. Il tripotait sa petite cuiller, nerveusement. Il a rajouté « vous n'avez rien remarqué ? ». Non, je n'avais sans doute pas voulu voir. Il est parti sur autre chose, il a dit qu'il n'avait jamais voulu se marier, que ces objectifs avaient toujours été essentiellement professionnels. C'est la première fois qu'il baissait le masque. C'est la première fois que je voyais vraiment un homme et non un prof. J'étais embarrassée mais émue aussi. Je savais bien entendu où il voulait en venir, mais je l'ai laissé faire et parler. Par curiosité. Alors que ses yeux n'osaient s'arrêter sur mon visage, les miens le fixaient, insolents et pétillants. C'est en quelques secondes nos rôles qui se sont inversés.

 Puis il en est venu aux faits. Jamais je n'aurais pu imaginer un tel scénario. Il m'a avoué que depuis trois ans, depuis mes premières heures de cours, mon image l'obsédait. Il m'a raconté à quel point cette obsession était délicate à dissimuler. Qu'il ne voulait pas de favoritisme, qu'il m'avait toujours traitée comme les autres, peut-être même avec plus d'exigence encore. Que mon regard le fascinait, mes mouvements, ma solitude, la façon dont j'avançais comme s'il n'y avait rien autour… Que s'il n'avait voulu diriger mon travail, c'était bien sur à cause de ça. Il savait que s'il acceptait, il en viendrait à ça, irrémédiablement. Je n'ai retenu que ça. Mais il parlé durant de longues minutes. Sans lever les yeux ou presque. En s'acharnant sur sa pauvre petite cuiller toute tordue. Comme un gosse.

 Puis il y a eu un silence. Sans lever les yeux, il a demandé : « vous êtes toujours là ? ». Oui, oui, j'étais là, sans voix, troublée par ce nouveau personnage que j'avais en face de moi, qui me semblait très courageux dans ce moment, très fragile aussi. Je lui ai dit « oui, je suis toujours là, je ne sais pas quoi vous dire ». Il a levé les yeux. Comme dans un moment d'éternité. Et j'ai vu un regard que je n'avais jamais vu. Jamais il ne m'avait regardée comme ça. Jamais il ne m'avait regardée en face en fait. J'ai lu une attente dans ses yeux, une trouille, et un grand vide après tant de confidences. Autour de nous personne. Et ces mots qui ne sortaient pas de ma gorge. Je réalisais toute l'admiration que j'avais pour cet homme, ce charme qu'il y avait derrière toute cette distance qu'il s'imposait, je comprenais toutes ces ambiguïtés entre nous les dernières semaines. J'aurais aimé lui prendre la main, que tout soit soudainement facile, qu'il n'y ait plus cette barrière entre nous. J'en avais une boule dans la gorge. Ce moment était figé. C'est moi qui avais baissé les yeux.

 Il s'est levé. A dit « pardon » et très vite, sans que je n'aie pu articuler un mot, est sorti, a tourné le coin de la rue, sa veste encore à la main. Et j'étais là, assise sur mon silence, avec tant de regrets, comme dans un rêve.

 Ensuite, pendant trois semaines, j'ai tenté de le joindre. Coups de fil. Petits mots glissés sous la porte de son bureau. Même pas pour mon mémoire. Je voulais lui parler. Je voulais lui donner cette réponse qui n'était pas sortie. Silence de sa part. Rien. Certains de ses cours ont même été annulés. Son aveu se retournait contre moi : son image devenait obsédante pour moi, ses yeux durant ses confidences. Ce que je n'avais jamais osé imaginer me hantait maintenant : son corps. Ses mains. Ses cheveux. Je ne le percevais plus de la même façon. Il y avait beaucoup de désir autour de cette image, beaucoup de curiosité aussi.

 C'est un soir, alors que je sortais d'un cours de théâtre, répétition générale, maquillée comme une poupée russe, que je suis tombée sur lui dans les couloirs sombres de la fac. Il devait être plus de vingt heures, c'était désert. Je ne m'y attendais pas, il était devenu un vrai courant d'air. Ses yeux m'ont dit tout de suite qu'il ne s'y attendait pas non plus. « Je voulais vous dire… ». J'ai voulu parler trop vite, par peur qu'il ne m'échappe encore. Il a mis son doigt sur ma bouche et c'est dans ce couloir, (où plus qu'ailleurs et n'importe où il incarnait « le » prof) qu'il m'a caressé le visage, et qu'il m'a embrassée.

 Comment décrire cette vague en moi ? Comment parler de cette fougue, de ce creux dans mon ventre, de ce bonheur ? Sa langue est venue s'enfouir dans ma bouche, son corps a vite été très proche, enlacé autour du mien. Il y avait une urgence dans nos mouvements. Il a été le plus raisonnable, il nous a séparés, il m'a dit « venez ». Nous avons emprunté les escaliers tortueux qui mènent à son bureau, comme des voleurs. Il a maladroitement déverrouillé la porte, m'a laissée entrer et a jeté un œil au dehors avant de refermer la porte sur nous. Ma bouche était sèche et mes mains tremblantes. Je les ai posées sur le bureau derrière moi pour retrouver un équilibre que je perdais. Il me tournait le dos. Essoufflé, il était appuyé à la porte qu'il venait de fermer. Tous deux cherchions une contenance. Une échappatoire. Pour ne pas transgresser l'interdit. Dans ma tête ces mots : « il ne faut pas, on ne devrait pas, après on ne pourra plus reculer ». Comme dans ce restaurant quelques semaines auparavant, le temps semblait s'être arrêté. Il s'est tourné vers moi, lentement. Ses yeux ont trouvé les miens immédiatement. Il m'a dit : « Je peux te dire tu ?». Cette question me semblait si stupide. L'importance n'était pas là. L'urgence n'était pas là. J'ai répondu « non ». La tension n'est pas descendue, notre désir était alors palpable dans l'air. J'ai voulu le provoquer, je lui ai demandé, alors qu'il gardait toujours ses distances, immobile, à quelques centimètres de moi, combien de fois déjà, de petites demoiselles influençables et admiratives s'étaient ainsi retrouvées dans son bureau, le soir. J'avais dans la tête l'image de papillons épinglés sur des panneaux de liège.. Je n'aimais pas son hésitation face à ma question, j'avais simplement voulu le faire réagir, pour mettre fin à ce qui devenait insoutenable. Sa réaction fut inattendue. Il a levé la tête et son regard était triste et plein de déception. Il a ouvert la porte derrière lui et m'a dit « sortez ! ». Encore une fois, j'ai failli tout gâcher. Je n'ai pas voulu laisser passer ce moment, je n'ai pas voulu partir. Je me suis approchée de lui, si près que nos souffles se croisaient. Il a attrapé ma taille et nos bouches à nouveau se sont trouvées. La porte derrière lui a claqué et nos deux corps sont venus s'y coller. Alors qu'il m'embrassait, sa main est allée tourner la clé dans la serrure. Il sentait le cuir et le tabac. Une odeur d'homme. Je voulais me blottir, je me sentais à mon tour fragile et offerte. Il a glissé ses mains sous mon pull rouge, le long de mon dos, son avant-bras me callant encore davantage contre son buste. J'ai fait de même, j'ai trouvé sous sa chemise une peau chaude, réconfortante, douce et tendre. Envie d'y mettre ma bouche, envie de m'y coller. Ses mains se sont faites plus curieuses, glissant dans mon pantalon, découvrant mon sexe humide. Plus rien autour, nos souffles très rapides, sa main qui se fait caresse et qui amplifie ce désir déjà trop fort. Une fois de plus, il s'est brusquement reculé. J'ai éclaté de rire car sa bouche était couverte du rouge théâtral de mes lèvres. Je l'ai essuyé avec la paume de ma main. Il a souri aussi. Puis il m'a regardé, tendrement et a juste dit : « pas ici ». Sa voix était tellement chaude, tellement différente, tellement rassurante. Il m'a expliqué ensuite que s'il était là ce soir là, c'était à cause d'une réunion entre collègues, histoire de budget. Qu'il fallait au moins qu'il aille justifier son absence. Qu'il me rejoindrait chez moi. Dans peu de temps.

 Je suis sortie. J'ai couru dans les rues de ma ville. Pleine de bonheur, de désir, de promesses pour les heures à venir… Arrivée chez moi, ce soir là, j'ai fait le ménage le plus rapide de ma vie. J'ai changé les draps du lit. J'ai attaché mes cheveux en chignon et j'ai pris une douche très chaude en passant devant mes yeux clos les images de son désir, ses mains sur moi, sa bouche. J'ai allumé quelques bougies. Je suis restée assise dans un fauteuil, enroulée dans un pull en coton trop grand et j'ai attendu. Quelques minutes plus tard, la sonnette retentissait dans le vide silencieux. J'ai appuyé sur le bouton et par la porte entrouverte, je l'ai entendu gravir à toute vitesse les étages qui nous séparaient.

 Je me suis retrouvée face à lui, comme pour la première fois. Mais c'était la première fois. Je me suis crue un instant dans un film. Il me regardait, et je voyais dans ses yeux qu'il avait mille choses à me dire, mais que les mots ne suffisaient pas. Il m'a prise dans ses bras et toujours son odeur de cuir si rassurante, si virile, si nouvelle pour moi. Il m'a juste serrée dans ses bras. Tout le reste ne fut que sensualité. La naissance de ce besoin que je n'aurais su imaginer.

 Sa main sous mon pull, rien que ma peau. Sa bouche, si proche de la mienne, mais qui garde la distance. Pendant quelques minutes, nous nous sommes embrassés avec les yeux. Puis il m'a soulevée. Mes jambes se sont enroulées autour de sa taille et il a pris conscience de ma nudité intégrale en callant ses mains sous mes fesses. Nous avons basculé sur un fauteuil, puis nos corps ont glissé sur le tapis du salon. Nous nous sommes trouvés vite. Ses doigts caressant mon sexe, avec fermeté, avec rigueur, aucune douceur dans son geste, de l'urgence seulement. Sa bouche dans mon cou et ses boucles qui viennent se perdre sur mon visage. Son souffle. Je glisse ma main entre nos deux corps, déboutonne son pantalon, trouve son pieu, dressé de désir, pour moi, à ce moment là. Il n'y a, à nouveau, plus rien autour, rien que nos souffles et nos peaux. Il me débarrasse de mon pull, se blottit dans ma nudité, me renifle, frotte son visage sur tout mon corps, vient lécher mon ventre, l'intérieur de mes cuisses, soulève mes jambes, sa langue passe sur mon sexe, puis c'est sa bouche entière qui vient l'embrasser, comme il avait embrassé ma bouche plus tôt dans les couloirs sombres : profondément, longuement. Ses doigts me pénètrent, jouent avec mon désir, sa main gauche creuse mon dos, soulève mon ventre, mes yeux se ferment, il gémit, je laisse son plaisir rejoindre le mien. Il m'embrasse encore et encore, jusqu'à me faire crier. A ce moment là, ce n'est plus mon professeur, plus un instant, c'est un homme, juste un homme, qui jusque là était si loin de moi. Je jouis alors que cette pensée me traverse, sous sa langue et ses lèvres, entre ses mains.

 Rapidement, il vient s'allonger sur moi, son corps sur le mien, ses jambes sur les miennes. Il prend mon visage dans ses mains, veut me parler mais ne dit toujours rien. Je sens son sexe contre le mien, à l'entrée. Mes yeux lui disent « oui » et il me pénètre, lentement. Il roule sur le côté, m'enlace avec lui. Je me retrouve sur lui, lui toujours en moi (plus fort, plus profond) et il me sourit, semble presque ému. Mon bassin commence un va-et-vient, et nous faisons l'amour, tendrement, avec les yeux aussi, mais sans aucun mot. Il pose ses mains sur mes seins, en caresse les pointes, se fait plus violent, les attrape et les malmène entre ses doigts. Il relève son buste pour attraper ma bouche, je recule et il bascule à nouveau sur moi, me pénètre plus fort encore, plus profondément, alors qu'il soulève mes jambes, plus vite aussi. De plus en plus vite, je sens son sexe en moi s'activer, son corps sur moi, qui excite ma peau, mes sens, ses gémissements, et les miens que je ne peux retenir. Ses yeux droit dans les miens aiguisent encore ce plaisir qui monte en moi. Il met un doigt dans ma bouche et je le suce en fixant ses yeux, toujours ses yeux. Il vient y mettre sa langue et ses gémissements de plus en plus prononcés ne s'étouffent pas et me font savoir que comme moi, son plaisir va éclater. Il crie, je crie, et ses bras me serrent si fort que j'ai du mal à retrouver mon souffle quand cette bombe éclate en moi, dans mon sexe, dans mon ventre, dans mon corps entier. Il m'a soulevée, m'a demandé où était ma chambre et est allé m'allonger sur mon lit. Nous nous sommes enlacés. Puis les mots sont sortis. Difficilement, mais il a su se confier. Me dire son plaisir et son bonheur. A quel point tout cela était inimaginable pour lui. La place que j'occupais dans sa vie sans le savoir. Sa peur face à tout ça. Tout ce qu'il savait déjà de moi. Je lui ai dit à mon tour. Ma surprise. Le plaisir que je venais de partager avec lui. Ma déception lorsqu'il avait pris la fuite. Mes doutes pour la suite. Le manque de mot à mettre sur une telle situation.

 Nous avons refait l'amour plusieurs fois cette nuit là. Tendrement. Violemment aussi. Avec beaucoup de force, d'intensité. Même que parfois ça me faisait venir des larmes aux yeux.  Longtemps je me souviendrai de cette première nuit, de ces instants magiques. Ce ne fut que le début d'une longue histoire dont on aurait pu imaginer la suite.

 Ce qui a suivi fut une période de grand bonheur. Nous passions des week-ends ensemble, où nous alternions des corps-à-corps fusionnels et des séances de travail pour mon mémoire. Je voulais que par rapport à ça il garde ses distances. Il ne devait être que celui qui dirige et il était en train d'influencer sévèrement mon travail. Ce n'était pas juste, mais j'avais du mal à prendre du recul face à une situation si singulière. Comment se dire alors « qu'est ce que les autres feraient à ma place ? ». Il n'y avait pas d'autres. J'allais chez lui aussi parfois. Il occupait un appartement très masculin, très épuré, avec, forcément, beaucoup de livres partout. A chaque fois que je me rendais chez lui, il me fallait respecter un cérémonial bien particulier pour que personne n'apprenne rien de cette relation. Je m'y rendais la nuit, après l'avoir prévenu, très tard et m'assurais avant de sonner que personne dans les parages ne pourrait me voir. Cette mise en scène à elle seule faisait monter en moi un désir et une urgence que je comblais dès que j'avais passé le seuil de sa porte en lui sautant dessus comme une enfant. Nos rapports étaient très charnels, toujours, et je n'ai jamais senti une réelle routine s'installer entre nous.

  Je me souviens de cette fois où, en sortant des cours, vers midi, où l'envie, le besoin de le voir se sont fait très imposants. Je suis montée dans son bureau avec l'impression que mes intentions et que mon désir étaient inscrits sur mon visage. Je suis tombée nez à nez avec lui qui m'a demandé très naturellement : « Vous me cherchiez Mademoiselle ? ». Sa maîtrise m'avait désarçonnée. J'ai finalement trouvé mes mots « je… Oui… Serait-il possible de vous voir dans votre bureau, j'ai des questions à propos de mon mémoire… Je sais que je n'ai pas pris de rendez-vous, mais si vous avez à faire, je comprendrais… ». Non, non, bien sur, il avait du temps à m'accorder. Nous nous sommes faufilés dans son bureau, sans trop de précautions puisque je venais de fournir un alibi. Nous avons ce jour là fait l'amour comme des bêtes, en étouffant nos cris. Je me souviens de mes fesses nues sur son bureau, de mon pull coincé sous mon menton et de sa bouche en train de mordre un de mes téton alors qu il me fourrait sauvagement, sa main maintenant mon dos.

 C'est arrivé une ou deux fois. Il avait toujours peur de ce que pourraient penser les gens, ses collègues, les étudiants… Je lui ai expliqué à plusieurs reprises que je m'en balançais des autres… Que de toute façon, il me restait moins d'un an avant de changer de statut. Une fois que je ne serai plus son étudiante, il n'y aura plus aucune ombre au tableau. Et dans ses bras, je ne me sentais plus étudiante, j'étais « femme », il était « homme » et il n'y avait plus aucune barrière hiérarchique.

 Puis, le temps a passé. Cette complicité entre nous ne cessait de gonfler. Il a bien entendu refusé de faire partie du jury lors de ma soutenance, ce que ses collègues ont mal compris. Je ne sais même pas quel prétexte il avait bien pu trouver. Puis je suis partie en vacances, avec une amie. Elle m'a vite fatiguée, nous n'étions pas sur la même longueur d'onde et il me manquait. Je suis rentrée plus tôt. Nous avons passé quinze jours de cet été calfeutrés chez lui, à faire l'amour, au point d'en avoir mal…

 Un an. Douze mois. Nous avons été précis. C'est la veille de la répétition générale de théâtre de l'année suivante qu'il me l'a annoncé. Je n'avais rien vu venir. Il n'aurait pas dû. C'est lui qui était venu me chercher et c'est lui qui me rejetait alors. Je n'ai pas pu l'accepter. Nous étions dans un petit restaurant thaï, nous avions fait près de 60 kilomètres pour l'occasion, pour prendre moins de risques. Toute cette mascarade commençait à me fatiguer, je trouvais ça ridicule. Mais je n'avais rien vu venir. Il a pris ma main, l'a portée devant sa bouche, a fermé les yeux. Il m'a dit avoir réfléchi, que ça lui faisait du mal, mais qu'il ne pouvait pas faire autrement. Pour lui, même après, ça représenterait trop de difficultés, il avait peur de toutes nos différences, il voyait entre nous trop de charnel pour que ça puisse devenir plus sérieux. Il a fini par dire « tu comprends, je suis mort de trouille ». Non, non, je ne pouvais vraiment pas comprendre. Je n'avais jamais vu tant de problèmes entre nous et je pensais que cette soudaine exagération était futile. J'ai souri en me disant que simplement il voulait m'en parler, mais il m'a répondu « ma décision est prise ». J'ai quitté le restaurant dans la minute et j'ai appelé un taxi que je suis allée attendre dans le bar d'une ruelle adjacente, les larmes coulaient dans mon whisky.

 Deux jours plus tard se jouait la première de la pièce. Tous les membres de l'option théâtre comptaient sur moi, j'avais LE rôle. Pour ma dernière année, je ne l'avais pas volé. Mais je les ai appelés en début d'après-midi, pour leur dire que je ne jouerai pas. Scandale. Dans la demi-heure, trois d'entre eux étaient devant ma porte et ne se laissaient pas parler tellement la situation était grave. Quand ils en sont passés aux menaces, j'ai cédé. Je me suis rendue dans cet amphithéâtre surchauffé, je me suis laissée maquillée, coiffée et pomponnée, je me suis écoutée redire mon texte plusieurs fois… Puis l'heure est venue, et je n'avais rien d'autre en tête que les mots qu'il m'avait balancés au visage. Malgré cela, j'ai joué. Bien paraît-il. En pilote automatique en fait. Je savais qu'il était là. Je le connaissais trop. Quand les lumières se sont allumées après une heure trente de spectacle, je l'ai vu, au troisième rang, debout, en train d'applaudir, sans aucune expression. Rapidement, sans me changer ni me démaquiller, je suis descendue le rejoindre. Il était sur le point de quitter la salle. « Il faut que je te parle ». La familiarité de mes mots, alors que tant de personnes gravitaient autour de nous ne lui a pas laissé le choix. J'ai rajouté « maintenant ». Il a acquiescé et je l'ai suivi. Nous sommes descendus au sous-sol, où, dans un couloir sombre et bétonné. Je ne lui ai pas laissé le choix. Mon corps est venu le bousculer contre un mur, je me suis agenouillée et ai rapidement trouvé sa braguette dont j'ai extrait son sexe que j'ai pris en bouche. Je l'entendais articuler mon prénom,  accompagné de « non », « arrête », « tu es ridicule ». Je sentais malgré tout son membre raidir dans ma bouche, entre mes lèvres et j'adorais cette sensation. Ses mains sont venues attraper des mèches de cheveux, ses doigts glissaient sur ma tête. Je me suis dit que tout allait repartir comme avant, qu'il allait être raisonnable. Il m'a soulevée, m'a regardée dans les yeux et m'a dit « il faut que tu comprennes, je ne voulais pas te blesser, mais ça n'ira pas plus loin, il y a quelqu'un d'autre ». Et comme j'avais peur que ce soit la réponse qui m'attendait, j'ai sorti de mon large costume de scène ce long couteau que j'avais trouvé en coulisse et je le lui ai planté en plein ventre, plusieurs fois me semble-t-il, jusqu'à ce que je ne vois dans ses yeux que du regret, jusqu'à ce que je sois sure qu'il ait compris que je ne suis pas ce genre de fille.

 Ils ont retrouvé son corps le lendemain. Ils n'ont jamais retrouvé ma trace. Grâce à lui. Nous avions pris tant de précautions. Je n'ai jamais su qui était l'autre. Très probablement une nouvelle étudiante, qui a préféré rester dans l'ombre. C'était il y a huit ans. Aujourd'hui, j'occupe sa place à l'université et j'évite tout contact avec mes étudiants."

15 octobre 2005

La contrariété d'un samedi matin privé de couette.

Debout depuis six heures et demi. Une honte. Tout ça pour exhausser les voeux d'un ministre et accueillir les chers parents de nos têtes-blondes-pas-toujours-blondes. Je râle. Je suis allée voir Tête de Briques dans la semaine. Par curiosité. Pour savoir quel rôle nous avions à jouer dans cette rencontre formelle. Rien, peut-être deux minutes de paroles pour présenter les examens s'il y a du temps à meubler. J'ai pensé venir avec un cache-pot et quelques guirlandes pour vraiment faire potiche, mais j'ai finalement opté pour la jupe noire passe-partout. Puis, toujours par curiosité, je lui ai demandé comment seraient prises en compte ces heures de présence. Réaction digne des plus grandes pièces de théâtre: grande inspiration, puis visage qui devient tout blanc et pour finir, yeux qui sortent de la tête. Elle est partie dans une tirade de colère et de postillons dont je n'ai écouté que le début, prise d'un fou-rire dû à l'excés de la réaction, j'ai été obligée de quitter le bureau alors qu'elle criait encore. La seule phrase que je retiendrais est "z'avez vu les vacances que vous avez, z'êtes mal placés pour compter vos heures !!!". J'ai donc décidé de compter mes heures (ce qui bien entendu ne m'était jamais venu à l'esprit, franchement autre chose à foutre). Toutes les heures. Chaque copie, chaque recherche, chaque préparation de cours, chaque remplissage de dossier ou de paperasse. Au moins pendant deux semaines. Pour qu'elle réalise que les pauvres jours de vacances que nous avons en plus ne sont rien comparé au travail effectif. Sur ce, la potiche bénévole va accomplir sa mission, avec le sourire.

5 juillet 2005

La fin et le début.

Encore quelques réunions en vue, inutiles sans doute, pour justifier notre salaire. Mes cheveux flottent au vent. C'est (presque) les vacances. Il y a eu ces dernières heures de cours, qui n'avaient plus vraiment de sens, où l'on était là parce qu'il le fallait. Ces heures où le temps semblait comme figé, comme s'il avait pu y avoir quelque chose de terrible qui nous aurait bloqués dans une de ces salles de cours, avec ces dix élèves téméraires qui comptaient les minutes qui les séparaient encore de leur liberté. Puis cette chaleur qui collait chacun de nos mouvements dans une sorte de lenteur gluante, qui rendait chacun irritable,  lourd. Puis il y a eu ces nuits alcoolisées, estivales déjà, presque avant l'heure du 21 juin, mais aussi un peu après. Il y a eu la fête de la musique où j'ai trop bu parce que je me souviens que les mots ne sortaient pas de ma bouche dans l'ordre souhaité, ils étaient comme collés dans un papier de bonbon. Il y a eu  ces deux  soirées karaoké où j'ai massacré New York New York mais c'était pas de ma faute. Il y a cette soirée aux eurocks où j'ai eu du mal à trouver mon compte et mon bonheur, me suis sentie vieille, à côté, pas dans le moove, suis même partie plus tôt, mais c'était pas grave. Il y a eu cette lutte acharnée contre ces putains de punaises des lits (rapportées je suppose par nos voisins qui puent des pieds et qui prennent un malin plaisir à entreposer leurs pompes devant NOTRE porte (je vais leur acheter du Febreze)) qui s'est soldée par l'achat d'un nouveau matelas. Il y a eu quelques soirées au clair de lune, quelques virées dans les prés mais pas encore assez à mon goût, des idées, Peut-être de Cédric Klapisch (six fois), des projets nouveaux qui ont trouvé leur place (mais que dans ma caboche pour le moment et cette fois, je ne les laisserai pas filer), des petits délires et quelques prises de bec.

Comme un mois de juin. Comme un début d'été. Où rien n'a plus vraiment d'importance.

Et je marchais ce matin dans les rues fraîches de ma ville, qui est ma ville depuis une dizaine de mois, et je pensais à ces quelques mois qui sont passés très vite, pas toujours très roses. Mais je me sens de plus en plus chez moi.

29 décembre 2004

Suite logique

Quand tu étais là, avant,

Je n'arrivais pas à te regarder dans les yeux, 

tu ressembles tellement à un ange,

ta peau me fait pleurer,

tu flottes telle une plume

dans un monde de beauté

et je voudrais tellement être quelqu'un de spécial, 

putain ce que tu es spéciale,

 

mais moi je suis horrible, 

je suis un type bizarre,

mon dieu qu'est ce que je fous là?

J'ai rien à faire ici.

 

Je m'en fiche si ça fait mal, 

je veux avoir le pouvoir, 

je veux avoir un corps parfait, 

je veux avoir un esprit parfait, 

je veux que tu le remarques, 

quand je ne suis pas là, 

putain ce que tu es spéciale, 

je voudrais tellement être spécial.

 

Mais moi je suis horrible, 

je suis un type bizarre, 

mon dieu qu'est ce que je fous là?

j'ai rien à faire ici.

 

Elle s'enfuit, une fois de plus,

elle s'enfuit,

elle fuit, fuit, fuit, 

 

quoique ce soit qui te rende heureuse, 

quoique tu désires, 

putain, t'es si spéciale

je voudrais être spécial.

 

mais moi je suis horrible, 

je suis un type bizarre, 

mon dieu qu'est ce que je fois ici?

j'ai rien à faire là.

j'ai rien à faire là.

15 janvier 2005

Mastic.

        ...                           Trop de rêves cette nuit, au petit matin. Quand je dors et qu'il fait déjà jour mes rêves sont terriblement teintés de réalité. Je suis dans cet appartement qui ressemble à celui où je suis en ce moment mais aussi à celui de M. où j'ai vécu huit ans. Un moment comme les autres, mais soudainement, on entend sur le parquet les petites griffes de Whawha qui arrive rapidement vers nous. On  se retourne, et ouais, ouais, elle est là, avec une patte purulente qui pendouille, mais elle est bien là. Et on entend une voix off qui fait "Nan, putain, c'est pas dans le scénar' ça, elle est crevée normalement!"... Mais Whawha reste avec nous, et alors, même si elle a une patte pourrie, je peux lui expliquer, enfin, à quelle point je me sens désolée et coupable, et je la prends contre moi... Puis arrive un type qui veut faire des travaux, il doit coller du mastic aux fenêtres, mais (alors qu'il est à sa tâche et que W. et moi discutons de ce qui nous est arrivé pendant ce mois d'absence) sa machine explose et une marre de mastic gluant et blanc se déverse dans l'appartement (dont les fenêtres sont curieusement très en hauteur ce qui empêche toute fuite)... L'homme hurle que surtout, il ne faut pas cracher son chewing-gum, ça provoquerait une réaction chimique qui ferait exploser tout l'immeuble. Et W. et moi sommes englouties dans cette vague.

25 février 2005

Elle me rattrapera pas...

 (Anniversaire de Spö, elle a 25 ans).

Seule ce soir. Neb homme de moi a une soirée de gars qui parlent d'informatique. J'ai embarqué mes classeurs, je vais bosser ce week-end. Et ne plus les ramener au boulot parce qu'ils sont mieux ici. De plus en plus, j'aimerais que l'on reconnaisse les heures de taf supplémentaires que je me farcis. Juste parce que de plus en plus j'ai l'impression d'être une bonne poire. Et on me répête que c'est un investissement de départ. Mais où est il écrit que je fais de l'investissement bénévole dans cette boîte? C'est pour ça que mes classeurs sont mieux ici. Puis, de toute façon, avec mes 27 heures de cours, c'est pas là-bas que je vais le fignoler ce putain d'investissement de départ.

Demain, j'aimerais prendre ma petite clio et me rendre à l'aéroport de M. puis décoller dans le premier machin qui décolle, vers n'importe où et revenir quand j'en aurais envie. Par exemple dans une jolie ville pleine de soleil où je pourrais manger une salade fraîche en terrasse à midi (parce que ce serait à moins de deux heures de vol quand même) et où je me mettrais sur un banc dans un parc très calme avec un livre dans l'après midi... Longtemps; sans réfléchir, en oubliant comment je m'appelle...

Mais pour lundi, j'ai plein de copies qui me narguent, deux contrôles à boucler, et quatre heures de cours à ajuster. Juste pour lundi. Je crache à la figure de celui qui ose dire que c'est la planque. A midi, devant ma crème caramel, l'autre crétin (celui qui trouve que de toute façon "je peux la fermer parce que je suis trop jeune et que j'ai pas d'expérience de vie" (très bon argument quand on a tort face une nana de 26 ans et qu'on en a 50)) me dit de façon très ironique que j'ai l'air très impliquée dans mon travail. Grand silence à la tablée. "Pourquoi, c'est pas l'impression que ça donne?". Gloups, il avale de travers et me sort une bonne couche de miel et de cirage (mélange très indigeste, mais il a visiblement des stocks à liquider)...

Donc, demain matin, je vais me contenter de petits plaisirs bien plus accessibles. Je vais me lever tôt, prendre une douche tiède, m'emballer dans des vêtements confortables que je peux pas forcément mettre dans la semaine et aller trotter dans les ruelles, acheter du pain frais et des petits desserts, traîner dans un kiosque à journaux pour repartir avec mon libé, fouiner pour trouver un petit cadeau sympa pour Spö, ... Acheter mon timbre amende à 90 euros pour coller sur le joli papier que je dois renvoyer parce que je roulais trop vite sur une autoroute limitée à 70 km/h alors que rien ne le justifiait... ($^"o^¨^ù°ù.....//Grrrr...^//:???Petite tête de mort...*µ§;)...

Mais ceci dit, comme le souligne Jean Giraudoux,

Le bonheur est une petite chose que l'on grignote assis par terre au soleil,

 et je fais ce que je peux pour garder cette idée en moi et pour la chatouiller le plus souvent possible...

22 mars 2005

J'apprends

J'apprends avec peine qu'il n'y a presque plus de neige sur le Kilimandjaro.

J'apprends avec joie que c'est le printemps, par le calendrier parce que j'ai pas trop l'occasion de mettre le nez dehors (début du taf à 7h30, sortie aux alentours de 17h30). Et donc dans quelques jours, j'ai 27 ans. Ceci dit, une amplitude thermique de plus de 25 °C en 15 jours, je trouve ça inquiétant, pas vous?

J'apprends par mes collègues qui font le décompte, que les vacances c'est jeudi soir pour moi, et que je serai la dernière dans l'établissement, une fois de plus.

J'apprends en achetant mon journal par deux gosses de dix ans que quand même, je cite, Marylin Manson c'est vachement mieux que Slipknot paske c'est plus trash. Y'a plus de jeunesse.

J'apprends de plus en plus à prendre mon temps, même quand il faut le voler...

J'apprends chaque jour un peu plus que j'ai de nouveaux voisins qui ont un vocabulaire très limité (putain, connasse, fallait pas mettre cette grosse merde au mur) et j'apprends ce que je savais déjà mais que j'avais adoré oublier: j'aime profondément le silence et il n'y a malheureusement qu'une maigre cloison entre eux et nous.

J'apprends par mon boulot avec dégout que chacun peut se montrer très mauvais et que les personnes de confiance se comptent sur les doigts d'une main (Note pour plus tard: ce ne sont pas ceux qui te sourient le plus).

J'apprends tous les matins au réveil que j'aime très fort mon Neb homme de moi, et même s'il y a des hauts et des bas, il m'apporte énormément

3 novembre 2004

Pains d'épices à la Cannelle?

             Un peu de lumière enfin. Mes premiers jours de vacances ont été embrumés. Lundi, Neb et moi avons tenté de trouver le soleil en montant sur les hauteurs. Nous avons fait une balade en voiture, avons rencontré une couche épaisse de nuages, purée de pois, mais pas une miette de soleil. Hier, avec mes deux cousines (treize et onze ans), je suis allées trotter à travers champs. Toujours pas de lumière, un ciel bas et menaçant. Nous avons fini par nous mettre au chaud devant un DVD avec les très fameux pains d'épices des vacances de la Toussaint. Ceux qui annoncent les jours raccourcis et le Saint Nicolas. Ma meilleure amie et sa petite Lilou sont venues nous rejoindre, nous sommes allées dans un petit salon de thé très calme nous sommes réchauffées avec notre gourmandise préferée: un chocolat viennois. Les jours se font de plus en plus courts. J'en suis déjà au milieu de mes vacances et j'ai l'impression de n'avoir rien vu. J'ai plus de temps pour dormir, lire le journal, écouter de la musique, me promener le long des petites ruelles médiévales de ma ville...

Va falloir que je profite de ce peu de soleil, je vais traîner dans les rues, les mains enfoncées dans mon manteau... Besoin d'air.

Déception en regardant les nouvelles tout à l'heure. Des chasseurs de sangliers (honte sur eux, rien que pour ces pauvres sangliers) ont tué Cannelle et son petit ourson est seul, livré à lui-même. Quant aux élections américaines, faut croire qu'ils ont du caca dans les yeux, comment voter pour un type qui condamne l'avortement et l'homosexualité, tolère les armes dans les lieux publics et est pour la peine de mort. C'est bien plus complexe que ça me direz-vous. Je suis toujours plus émue et concernée par cette pauvre Cannelle que par le sort des Américains (même si cette élection doit toucher la planète), je trouve cela tellement navrant!

29 octobre 2004

Furet's baby

              Le Furet va être papa. Dixit une vielle amie de lycée qu'on appelle Wurzel et accessoirement Langue de pute. Le Furet (petite leçon de rattrappage) est un jeune homme avec lequel j'ai partagé cinq ans de ma vie. Séparés depuis plus de quatre ans, nous avons connu depuis certaines tensions, mais tout va mieux depuis que nous connaissons chacun de notre côté quelqu'un. Malgré cela, on ne gomme jamais. Et l'autre soir, le SMS sournois de Langue de pute me surprend. J'aurais aimé l'apprendre autrement, par lui, sans doute. Il parait que c'est un accident, qu'ils ont failli se séparer à cause de ça. J'aurais préferé que ce soit pour eux un événement heureux...

Orage dans l'air. Je suis en vacances depuis dix minutes. Dans ma tête se profile une semaine de couette chaude et douillette, de patisserie, de "bouquinade", de solitude, de calme, de pains d'épices et de mandarine, de promenades dans les prés avec Whawha, de silence...

11 novembre 2004

Lamentable réaction.

J'adore ce que je trouve ici en arrivant. Ce très cher PedroIl Mar (si si, je mets quand même les majuscules) qui me laisse trois commentaires et qui semble me connaître si bien. Alors oui, j'aurais pu les effacer, mais ça lui aurait fait tellement plaisir. Je les laisse, parce que se faire traiter de grosse puTTe pour avoir laissé un commentaire sir sur blog, je trouve ça exceptionnel... Je ne comprends pas comment on peut en venir à ça... Mais fait toi plaisir mon grand, apparemment, t'as rien d'autre à foutre. Et si les rapports que j'ai avec mes élèves peuvent te faire fantasmer, c'est qu'il t'en faut très peu...
3 décembre 2004

Petite remise en question

Deux journées de formation à M. qui viennent de s'achever. M. est mon ancienne ville. Depuis septembre, je vis à C., à quarante kilomètres au nord et je n'y suis jamais retournée. Je savais que cette réunion avait lieu là-bas, et ce depuis plusieurs semaines, mais pas une fois je ne me suis posé de questions à ce sujet. Puis mercredi matin, en entrant dans cette ville où j'ai vécu huit ans, je me suis pris une claque de nostalgie en pleine face. Ridicule après trois mois d'absence, c'est pourquoi je ne l'avais pas vue venir...

Bref, formation très intéressante et c'est assez rare pour être souligné. Le formateur s'est mis sur un pied d'égalité avec nous et il y a eu immédiatement cette idée récurrente que nous étions là pour partager nos savoirs et nos expériences. C'est plus sur le plan personnel que professionnel que ça a soulevé des questions pour moi. A savoir, toujours pareil: est-ce bien la place qu'il me faut, est ce que JE m'enrichis suffisamment là (EUX, je sais maintenant ce que je peux leur apporter et ce qu'il ne prendront sans doute jamais). Je me suis posé des questions sur cet environnement de travail et sur mon rapport avec mes collègues dont je ne retire rien de positif sur le plan personnel, aucune conversation qui ne me ferait réfléchir (à part peut-être les tumultueuses péripéties de la fille d'A., auxquelles on a le droit en détail à chaque fois qu'elle mange avec nous), aucune confrontation de points de vue (si ce n'est, à midi au resto "je préfère la banane au flan au chocolat, ça fait moins grossir"), aucune remise en question de la part des collègues ("je suis là, je chauffe ma place parce que je vais y rester plusieurs années"). En deux jours là-bas, j'ai eu l'occasion d'échanger énormément, tant sur des faits d'actualité sans grande importance que sur des façons de voir la vie ou le monde. Une femme me parlait des écoles Steiner où elle avait placé ses deux enfants (alors qu'elle enseigne elle-même dans un lycée public de l'éducation nationale (pléonasme)). Elle me disait qu'elle n'avait jamais souhaité enseigner dans ce type d'établissements car ça correspondait à toute une philosophie de vie qu'elle m'a expliquée très objectivement et qu'elle ne pouvait mettre en pratique. J'ai aimé écouter plusieurs personnes parler de leurs parcours. Certains encore ne trouvent pas leur place dans cette voie bien particulière de l'enseignement et vivent leur situation comme un échec. Je n'en suis pas là, bien au contraire, il y a un défi quotidien, majeur, que des enseignants "classiques" ne doivent pas rencontrer de la même façon.

Je suis rentrée hier encore, débordante de questions, d'émotions et d'impressions qu'il faudra prendre le temps de mettre à plat et de ranger soigneusement; faudrait pas les perdre et s'oublier à nouveau dans ce système quotidien qui va trop vite... C'était comme une parenthèse qui venait casser un peu ce rythme de routine.

Encore Spö hier soir, elle revient aussi ce soir et ce week-end nous avons un rituel à organiser. Cérémonie des miss France pour une soirée langue de pute (que sur les miss et leurs jolis maillots, les gens de la vraie vie ne nous intéressent pas) de décompression.

[Impressions en voiture: je déteste le rire d'Arthur. J'aime le sourire d'une vieille dame qui traverse sur un passage piétions alors que je m'arrête]

25 septembre 2004

Manque de temps

          Longue absence. La rentrée et le déménagement ont tué mon blog (écrit en rouge sur un mur).Y'a plus foule ici. Moi, je passe de temps en temps, avec jamais assez de temps pour y laisser quelques mots. Ce mois de septembre aura passé sans que je n'ai le temps de regarder autour de moi. Je rentre le soir et j'installe encore notre antre. Puis mes yeux se ferment, lourdement, en général, avant 22 heures.

Toujours pas l'ADSL ici. Nous attendons avec impatience la réponse de celui qui nous a demandé de résilier notre abonnement pour nous réabonner. La logique des usines à gaz. En attendant, nous avons osé acheter une carte télé pour le PC. Nous avons eu peur en découvrant les nouvelles merdes de la rentrée. Parfois, en rentrant le soir, presque anesthésiée du cerveau, je tombe dans un fauteuil et je reste la bouche ouverte, mais la plupart du temps, elle est éteinte. J'écoute beaucoup la radio, des news, des chroniques... Je lis les journaux, des bouquins (j'en ai commencé plusieurs, aucun ne parvient vraiment à obtenir l'attention de la flèche que je suis en ce moment)...

Tout à l'heure, nous allons nous balader en ville. On ne connaît pas encore très bien le petit quartier que nous habitons...

26 août 2004

Neb homme de moi

Neb homme de moi est assis dans le canapé. Il parle au téléphone. Il explique des choses à une dame. Je sais que c'est une dame au ton de sa voix.

Neb homme de moi est grand, beau et fort. Il a des poils sur le torse mais pas trop. Il a des fois les ongles trop longs, mais toujours propres. Ils sent un peu le bois. Il a une bouche grande et gonflée. Il articule pas très bien parfois, mais il a une jolie voix. Il a parfois des yeux de petits garçon. Il a des épaules confortables comme un coussin.

Neb homme de moi me dit que je suis la plus belle femme du monde. Il me carresse souvent les cheveux et quand il me prend la main, je glisse juste mon auriculaire entre son index et son majeur. Neb dit qu'il m'embrasse toujours comme la première fois. Neb me fait l'amour longtemps. Il me soulève parfois dans ses bras. Il frotte sa joue contre ma joue comme une chat. Il est enveloppant quand je suis dans ses bras. Il me traite de patate quand je lui parle de mes sentiments et qu'il est un peu gèné.

Neb homme de moi sait tout faire avec un ordinateur. Il explique bien mais un peu trop vite alors je comprends pas toujours. Il sait très bien faire la quiche lorraine. Il sait consoler et écouter. Il sait se faire beau quand il veut et peut se mettre sur son 31. Il sait être poli et diplomate; Il sait rester calme. Il sait monter une tente, c'est un bon campeur. Il sait faire plein de trucs dans la neige.

Neb homme de moi fait des fautes d'orthographe mais moi aussi alors c'est pas grave. Par contre, il dit: "il faut que je voye" et ça, ça ménerve. Il met son coude sur la table et met des trucs dans sa bouche même quand il sait que c'est trop chaud. Parfois, il fait des imitations et quand il commence, on sait jamais quand ça va s'arreter. Il est chipoteur. Il ronfle quand il a bu et fumé. Il a souvent vu et fait mieux que les autres. Quand il s'énerve, il fait des gros yeux, il devient vulgaires et il finit souvent ses phrases par: de mes couilles.

Neb homme de moi n'aime pas sauter des rochers en Corse. Il n'aime pas que je le chatouille mais pourtant il rigole. Il n'aime pas les films d'horreur. Il n'aime pas les fruits de mer, les coquillages et les rillettes. Il n'aime pas  que j'oublie des choses. Il n'aime pas que je raconte à sa place. Il aime pas que je commence mes phrases par pourquoi. Il n'aime pas les caniches.

Neb homme de moi adore avoir le dernier mot. Il aime marcher vite et ne m'attend pas toujours. Il aime jouer. Il adore que je lui gratte le dos. Il aime passer du temps avec ses amis. Il aime rester chez lui à ne rien faire. Il aime parler de politique et s'emballer.

Je l'aime. On se connait depuis seulement huit mois et j'ai l'impression de le connaitre depuis des années.

8 juin 2004

Rage

       Vraiment plus envie. Je réalise que c'est ce boulot qui est à l'origine de ma mauvaise humeur. Je bosse dans un trou à rats où les élèves comme les enseignants sont considérés comme des merdes. Fais ci, fais ça. Et c'est valable pour tout le monde, les jeunes comme les adultes. Je fais quoi? Je peux pas fermer ma gueule et l'ambiance de travail devient désagréable. Méfiance. Les élèves en deviendraient presque plus agréables que l'équipe de direction. Je vais plus dans leur sens en ce moment en tous cas. Des détails ridicules: pas le droit à une bouteille d'eau alors qu'il fait 30°C. Je bosse avec des jeunes de 17 à 24 ans mais ces messieurs dames refusent, peur des débordements, au propre comme au figuré.

    Les grognements arrivent quand j'explique la situation et qu'on me répond qu'ici, c'est pas moi le chef et qu'on me parle comme à une demeurée. Vive l'esprit d'équipe et la pédagogie. Vous voulez être démago, j'en ai à votre service, je me fondrai pas dans ce moule de maton, très peu pour moi, c'est pas pour ça que j'ai craché sur l'éducation nationale.

    Et petit à petit, mon rêve prend forme. Je vois où je vais, puisque les portes se ferment je n'en vois plus qu'une ouverte vraiment devant moi. Et qui a dit que je n'y arriverai pas. Ce qui bouillonne en moi en ce moment est une force.

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Diane Groseille
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