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Diane Groseille
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20 septembre 2006

Vue d'au-dessus.

Un mail d'un prof ce matin, un formateur dont j'ai suivi les formations sur les deux dernières années. Quelqu'un que j'ai beaucoup apprécié. Il me dit regretter mon départ. Il me donne des conseils pour la suite, se dit content pour moi, me dit qu'il sera là pour la suite si j'ai besoin de lui. Je suis touchée.

Je ne réalise pas vraiment ce départ en fait. Tout va si vite maintenant. Mon esprit est tournée en permanence vers la prochaine heure de cours, avec toujours cette appréhension des premières fois. Je découvre de nouvelles classes tous les jours. Attention à la marche, faut pas se louper, satanée première impression. Et curieusement, ce sont moins les élèves que les autres profs qui m'impressionnent. Moins la salle de cours que la salle des profs. Je sais quel est mon rôle devant un tableau, j'ai du mal à jongler avec les politesses et la sympathie devant une tasse de thé. Et j'en viens au seul point qui me manque : R., mon repère là où j'étais, le collègue devenu ami, compagnon de beuverie et confident. Il est évident qu'il est difficile d'avoir du recul pour le moment : deux employeurs, des dizaines de nouveaux collègues, des centaines de nouveaux élèves. Faut juste garder la tête hors de l'eau.

Je m'y retrouve plutôt bien chez mon deuxième employeur, je suis confrontée à des gens à la bonne l'humeur débordante, toujours prêts à me conseiller, à me guider. Il y a de la rigueur, c'est carré, je sais où je vais. Pour le premier, qui est à M., c'est moins facile. Toujours le cul à côté de la chaise, pour moi, comme pour eux. Je ne rencontre jamais les mêmes personnes, les locaux sont crados, les gens courent toujours dans tous les sens. J'ai beaucoup de mal à me faire à la politique de la maison qui est très souple. Je devais d'ailleurs rencontrer hier soir le directeur (sur sa demande), mais il avait oublié notre rendez-vous.

Six heures de cours aujourd'hui. Et la semaine sera presque finie. La semaine prochaine s'annonce comme un marathon de trente-sept heures de cours, dans deux villes différentes. Je tente le self-coaching psychologique, mais je vais sans doute y perdre des plumes. Toute cette course me permet de faire abstraction des tensions entre Neb et moi, de me voiler la face...

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24 janvier 2006

Un conseil de classe.

On commence par étaler nos affaires sur la table, sortir le cahier, l'ouvrir à la bonne page, cibler la classe, se mettre dans leur ambiance, les éléments forts, les discrets, les bavards... "Je les ai le matin à huit heures, ils sont toujours endormis", "m'en parle pas, je finis le mardi et le jeudi avec eux, de vraies piles !". En regardant le tas de bulletins qui les attend, on évalue le nombre d'heures que nos fesses vont devoir passer sur cette chaise. Conseil de classe ouvert, les élèves défilent devant l'ensemble des profs, grand moment de solitude pour eux.

Le premier entre. Il aime pas être le premier, mais ça fait des années que ça dure parce que son nom de famille c'est Abel. Les profs sont encore frais et dispo, ils prennent le temps et choisissent leurs mots, la diplomatie pour faire passer le message, ne pas décourager.

Il y a celui qui entre emballé dans sa veste avec son écharpe sur le nez, qu'on dirait qu'il va nous menacer d'une arme tellement il est camoufflé. Mais il espère que comme ça, il s'en prendra un peu moins dans la figure, qu'il pourra se protéger.

Il y a celle qui entre sans frapper, sans qu'on lui ait demandé d'entrer et qui commence à nous raconter sa vie avant même qu'on ait pu dire un mot, qui nous explique que sa mère est partie et que du coup, elle a planté son semestre.

Il y a celui dont on découvre le bégayement, et pourtant, ça fait cinq mois qu'on le voit et qu'on l'entend en cours, qu'il a même la grande gueule et là, il a suffi d'une rangée de profs pour lui faire perdre ses moyens et le mettre face à un handicap qui a du lui pourrir l'enfance.

Il y a celui qui nous parle et qui est tellement stressé qu'il se ronge les ongles en même temps. Celui qui mâche un malabar de la taille d'une patate en essayant de nous articuler quelque chose. Celui qui fait des phrases dont les mots ne sont vraiment pas dans le bon ordre.

Il y a celle qui voudrait disparaître sous la table, qui donnerait un bras pour être ailleurs, qui est au bord de la syncope et qui s'entend dire qu'elle devrait être moins effacée et s'affirmer davantage au sein de la classe.

Il y a celui qui s'en balance, on lui annonce qu'il perd son temps, qu'il plante son année et qu'en prime, il dérange l'ensemble des cours et lui vous regarde avec un sourire moqueur, droit dans les yeux.

De l'autre côté, il y a les profs...

...Celui qui râle dès le début parce qu'il va passer deux heures ici, que ça ne fait pas partie de ses horaires habituelles, que bien entendu, ça va encore être du bénévolat et qu'en plus ça va revenir à pisser dans un violon puisque les jeunes n'écoutent plus rien...

...Celle qui se case dans un coin et qui en profite pour corriger un paquet de copies, voire se faire les ongles...

... Celle qui fait de l'excès de zèle, qui en fait trois tonnes pour chaque élèves comme si sa vie en dépendait, et qui, si on la laissait faire, bouclerait le conseil en trois heures quarante...

... Il y a celui qui arrive en retard parce qu'il avait pas de train avant et qui repart avant parce qu'il avait plus de bus après...

... Celle qui se pose et fait la statut de sel, pas un mot pendant plus de deux heures, presque momifiée, à se demander s'il elle a pas un bouton on/off dans le dos.

... Ceux qui bavardent sans arrêt et qui gloussent dans leur coin et qu'on remettrait bien en place, mais c'est pas des élèves...

C'est parti pour deux semaines jalonnées de conseils de classe. Et même que je ne me réjouis pas.

3 janvier 2006

Reprise.

Eurk.
Eurk.
Eurk.


Reprise hier matin. Difficile de se dire que c'est reparti jusqu'en avril. Pas envie. A se demander si ma place n'est pas ailleurs, si le "projet" ne devrait pas prendre un peu d'urgence. Les étincelles se font rares. Et je n'arrive pas à me dire que je devrais faire ça comme autre chose, "c'est un job, faut bien bouffer".

Puis j'ai cette amertume dans la gorge depuis ce dernier jour de l'année où l'Amie m'appelle dans la matinée pour me bombarder de reproches quant à la soirée bien arrosée de mercredi. Je ne comprends pas, ça reste coincé. Je me dis que cette fois, je ne vais pas raccomoder stupidement les morceaux. Elle s'ennuie, elle complique tout, elle cherche la merde, elle fait d'une soirée bien sympa un tas de caca... Dommage.

Ceci dit, bonne année à tous les lecteurs égarés... Qu'elle soit douce et joyeuse.

14 septembre 2005

Un petit con.

Jusqu'à maintenant, c'était comme sur des roulettes. Pas la moindre contrariété. Les rouages étaient bien huilés: toujours les photocops sous le bras, les copies dans les temps, des cours calculés à la minute, le sourire aux lèvres et des jeunes en face qui respirent la motivation et la bonne humeur (...).

Hier: bug. Premier couac. Nouvel arrivant. Tout petit grincement dans cette machine qui fonctionnait si bien.  Il doit avoir une vingtaine d'années. Se tient sur sa chaise comme s'il n'avait pas de colonne vertébrale. Me sourit bêtement en permanence avec ses dents pourries: foutage de gueule en puissance. Coupe la parole à tout le monde, pour, surtout, avoir le dernier mot. Chipote. Fait preuve d'une mauvaise fois sans limite. Refuse d'enlever ses lunettes de soleil prétextant qu'il s'agit de ses lunettes de vue. Et mon cul c'est du poulet? En tous cas, je vais te botter le tien mon petit gars, tu ne feras pas long feu. Pas moyen que tu m'empoisonnes une classe (dont le niveau était déjà ras des pâquerettes) avec ta petite gueule de caïd. Je vais pas jouer au flic, j'ai autre chose à foutre. Alors tu vas dégager vite fait. Ici, c'est moi le chef. Et je t'emmerde !

14 mai 2005

Question cul.

Parlons fesses. Ce sera court. Mon homme a des fesses magnifiques et je réalise cette semaine ce point très important: j'aime les hommes qui ont de la fesse. Rien de pire qu'un pantalon vide qui tombe sur la cuisse. J'aime les fesses d'hommes bien rebondies, gonflées, moulées dans un jean... Il fallait que ce soit dit.

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24 novembre 2004

Respirer

J'ai respiré, ça va mieux. J'ai vidé mon sac en rentrant à Neb homme de moi. Il écoute, toujours, je ne sais pas ce que je ferais s'il n'était pas là. La façon dont on considère mon travail ici est à l'origine de ce ras-le-bol. Dire les choses et avoir l'impression que pisser dans un vilon serait sans doute plus utile. Ecouter toujours et encore mais ne jamais être entendue...

Je reprends dans quelques minutes. Au radar. Et pourtant les vacances ne sont pas si loin derrière moi. En face par contre, enocre un bon mois qui s'étire... Faut que je parvienne à prendre du recul, mais c'est difficile en étant ici plus de 40 heures dans la semaine et en passant mes soirées sur mes copies....

11 juin 2004

Je me fais vieille....

                     Ouais, je me dis le temps passe. Non, pas gratuitement comme ça. En fait, je me sens de plus en plus incrustée de principes. Mon insouciance fout le camp. Je m'explique. Certaines choses m'énervent. Avant, je m'en balançais profondément, je m'en cognais le coquillon. Maintenant, je sens en moi des grognements, des grondements, dans certaines circonstances.

          Exemples évidents: la route. Je maudis les gros tas pêtés de tunes qui se croient invincibles et qui se fourrent les doigts dans le nez à 180 sur l'autoroute en gémissant dans leurs portables. Je méprise les mamans qui s'imaginent que la vie est comme un épisode de "notre belle famille" et qui collent leur mioche sur le siège avant sans ceinture parce qu'il a eu une bonne note à l'école (il mérite bien de traverser le pare-brise). Je déteste les gens qui pensent que le clignotant est en option sur certains vehicules. Je suis parfaitement intolérante face à ceux qui ne maitrisent pas leur voiture ou qui justement pensent la maitriser en toutes circonstances. Et, j'y viens, je mettrais volontiers ma main dans la tronche à tous ces sacs à merde qui prennent le volant en ayant bu.

          Autres éléments révoltants qui me font penser que je prends un bon "coup de principe". J'ai en horreur les jeunes (j'ai moi même moins de trente ans et c'est pour ça que je me sens vieillir) qui crachent systématiquement sur tous le fonctionnement politique et social français. Je ne peux entendre sans réagir des paroles du type: "de toute façon, ils se mettent tout dans les poches", ou encore  "on paye des impots pour qui?". Ces gens là, la plupart du temps, n'ont jamais débourser un centime et profitent de la sécu et d'autres avantages depuis leur naissance. Je déteste cette révolte prémachée (par des groupes ou des artistes qui ne pensent souvent qu'à faire de l'argent) contre la justice et les forces de l'ordre. Et pourtant, je suis ouverte d'esprit, consciente que certaines choses ne fonctionnent pas dans notre pays et profondément concernée par la situation sociale de ce dernier, je vote à gauche depuis que j'en ai l'occasion, même si la solution n'est peut-être pas là. Je n'aime pas du tout entendre des gens véhiculer des idées qu'ils ne comprennent même pas car ils ignorent tout de ce qui se passe autour d'eux, mais simplement parce qu'elle sont à la mode.

         Il y en a encore des paquets. En bref, j'aime pas les gens qui ralent tout le temps mais qui ne proposent jamais aucune solution, facile de voir où sont les problèmes. J'aime pas ceux qui font chier leur Saint-bernard au milieu de la pelouse fleurie. J'aime pas ceux qui fument n'importe où (j'ai pourtant fumé 10 ans et la fumée ne me dérange pas). J'aime pas les gens qui crachent dans la rue. J'aime pas les porcs qui balancent leur sac Mc do après s'être goinfrés. J'aime pas ceux qui pensent tout savoir et qui utilisent des mots dont ils ignorent le sens. J'aime pas les gens qui crient, les mères qui tapent leurs gosses et les traitent comme des merdes en public (ou ailleurs). Les couples qui se claquent des engueulades en permanence ou au contraire, qui se lechouillent tout le temps

          On croirait entendre Baccri. Mais faut pas croire, j'aime beaucoup de choses et beaucoup de gens, et même qu'on me dit souriante. quoiqu'il en soit, ça fait du bien de vider son sac. Essayez! ( et toutes mes "confuses" pour le peu de vulgarité)...

6 janvier 2012

Bouclettes noires.

Je traverse une vie faites de cycles, de recommencements, de progression et de régression, de noir et de blanc. Est-ce récent, ou suis-je simplement en mesure de l'observer depuis peu ?

Trois semaines de doutes et d'angoisses, de "plus envie", de confiance en soi à zéro. Trois semaines à ne plus supporter le regard des autres, à redouter le moindre dialogue, à sursauter à l'arrivée de quelqu'un.

Tombée dans un trou, j'ai à nouveau regardé les autres d'en-dessous, toute petite et faible, avec cette impression qu'on pouvait m'écraser à chaque instant les doigts, le corps, le coeur.

Puis un matin, se réveiller, s'étirer et trouver tout ça si facile à nouveau.

J'observe les boucles, ces lignes de vie qui me mènent inlassablement, ponctuellement et sans raison vers ces périodes de peur. Peur des autres et de soi-même. Peur de ne plus savoir remonter la pente à chaque fois. Pourtant je le sais maintenant, que ce n'est que passager. Mais le doute s'installe à chaque fois.

Depuis hier matin, je vais mieux à nouveau. Mais j'ai traversé le tempête. Celle qui me ramène toujours un peu vers mon été 2009, vers le gouffre.

 

11 janvier 2012

Géographie de l'enfance.

L'image la plus forte correspond à celle de la façade de la maison des voisins, le matin tôt, un jour d'été. Elle est alors encore plongée dans l'obscurité et je sais dire exactement à quelle sensation ça correspond. Je suis obligée de passer devant cette maison qui cache le soleil le matin, notamment pour aller chercher le pain à la boulangerie, pendant les grandes vacances. Et ce tronçon de rue que je traverse alors a conservé la fraîcheur de l'aurore et fait même un peu frissonner les jambes nues.

Certains lieux de mon enfance ont, je pense, à l'image de ce mur couvert de lierre, construit mon orientation, ma perception de l’espace d'adulte.

Plus tôt encore, alors que j'étais bébé, j'étais gardée dans une maison perdue au milieu de champs de maïs. Ces mêmes champs reviennent souvent jouer les décors de mes rêves. Jaunes, à perte de vue, dégageant une chaleur noyée de soleil.

Je me souviens de ce restaurant de fruits de mer, en Vendée. Ambiance un peu glauque, grandes baies vitrées donnant sur l'océan gris, déco kitsch. Avant de voir la mer, en regardant dehors, c'est un long parking que l'on voyait. Tout autour, de petites maisons identiques en construction sortaient de terre comme des champignons. Dans la même région, je me souviens de cette petite maison en brique construite comme des dizaines d'autres, qui nous a accueillis, moi et ma famille, quelques années de suite. Des amis de mes parents, propriétaires de ce petit logement avec mini terrasse et mezzanine, nous prêtaient les clés du paradis quelques jours en été. En ouvrant la porte-fenêtre, nous arrivions sur un petit chemin de gravier qui menait au camping municipal. Et tous les soirs, une musique forte nous rappelait à quel point les gens s'y amusaient. 

Mon collège aussi, grand bâtiment pour une toute jeune fille, fut le lieu de toutes les angoisses, matérialisées par de longs couloirs sans fenêtres, par des escaliers interdits à certaines heures, par des salles de classes définies par des codes couleurs, par des temples réservés aux adultes qui semblaient les protéger de nous. Je me souviens du terrain de basket en contre-bas qui nous accueillait sur les derniers jours avant les grandes vacances, des salles de langues isolées dans un autre bâtiment, de la cantine carrelée, bruyante et froide. De cette toute petite salle magique au fond d'un couloir dans laquelle nous nous rendions exceptionnellement pour y regarder un film, privilège des vacances qui approchent. Ce bâtiment qui changeait de visage au fil des saisons a recueilli mes sensations d'adolescente en ses murs.

Aujourd'hui, mon regard est attiré par ces souvenirs d'enfant. Les photos que je prends cherchent parfois à reconstruire ces souvenirs gravés quelque part, qui ne restent qu'à l'état de mémoire friable. La lumière a souvent joué un rôle majeur dans la perception de ces espaces.

14 octobre 2008

Trop tôt.

Il y a tous ces messages qui sont enregistrés dans mes brouillons.
Il y a des mots qui voudraient bien mais qui trouvent pas le temps.
Il y a Audrey et sa mauvaise nouvelle qui a été assez courageuse, pour dire "non, pas comme ça"
Il y a les cours de théâtre qui ont commencé.
Il y a les arbres en feu qui ne bruleront bientôt plus.
Il y a ces journées douces où la lumière se fait caressante, bienveillante et vous chauffe le dos.
Il y a ces quelques minutes seulement avant le top départ de ma journée folle.
Il y a le miracle du week-end le mardi soir.
Il y aura cette journée à Nancy et toutes les autres possibilités.
Il y a enfin un peu de repos.
Il y a au final une année qui semble plus facile, malgré les urgences, l'ensemble est mieux géré.

1 mai 2009

Force centrifuge.

Dans le désordre, éparpillés et de tailles variables.

J'ai à l'intérieur de moi des courses dans les herbes folles qui chatouillent les jambes, le souffle coupé, derrière ma maison de "quand j'étais petite", là où le ruisseau raconte la fraicheur et les promesses. Des baisers épicés sur des plages de Martinique, le temps arrêté, concentré sur ces sensations si fortes. Des ivresses secouées sous les stroboscopes colorés, sourds et inconscients, le corps engourdi. La peau contre ma peau et le plaisir violent d'une nuit unique, à chaque fois. Des couvertures rassurantes au coin d'une cheminée, le temps d'une pause. Le papier qui crisse sous une plume. La rugosité de la main d'un homme dans la mienne.

J'ai à l'intérieur de moi des mots isolés dans des instants : "jamais", "capricieuse", "merci", "je t'aime", "peut-être". Des cloches qui annoncent la sortie de l'école à midi. Des numéros de téléphone, des dates et des adresses, comme des notes de musique. Des échos de voix qui me poursuivent plusieurs minutes après la fin des cours. Des rires, des éclaboussures de mots, des cris. Des violons qui m'ont donné envie de m'y mettre et qui resteront toujours. Des chansons d'enfants, ritournelles entêtantes. La voix de Jeff Buckley, bien avant que l'on récupère son Alléluia pour le diffuser partout en boucle. Les cris de Jim Morrison derrière son corps de lézard. L'émotion de la voix de Thom Yorke, ses peines et sa force. 

J'ai à l'intérieur de moi des clémentines et du pain d'épices pour les longues soirées d'hiver. Les soupes de légumes des dimanches soirs pour se guérir de la tristesse de la semaine à venir. Mais aussi le colombo qui n'est plus pareil depuis 2000, découvert sur les trottoirs chauds de Fort de France. Les bonbons à la violette, et ceux trop acides, mais jamais assez, ceux qui crépitent dans la bouche et qu'on ne trouve plus nulle part. Les fruits, le parfum des fraises, le jus des cerises, l'acidité d'un abricot trop ferme. Le surprenant poisson cru, le gluant des vermicelles de soja, les épices du monde entier. La fraicheur d'un fromage de chèvre trop frais, mangé sur le trottoir d'un marché plein de soleil. Le goût du vin quand on en a déjà trop bu. La saveur du tabac sur les lèvres de celui qu'on embrasse. Les goûts que je ne connais pas encore et tous ceux que je vais encore découvrir.

J'ai à l'intérieur de moi la lumière verticale de la Martinique. Celle horizontale d'un chant de maïs de mon enfance. Les nuits étoilées et froides qui voyaient passer le Saint Nicolas. Les regards de centaines, de milliers de personnes, leurs sourires. Des papillons brillants qui tombent du ciel sur une chanson. Des milliers de photos que mon appareil n'a pas prises et que mon œil a captées. Des cardamines sur un talus lumineux. Des valises qui contiennent des tonnes de paysages. Des endroits que je n'ai jamais vus si ce n'est en rêve.

J'ai à l'intérieur de moi des parfums de lessive imprégnés sur des vêtements. Le Cacharel pour homme. Les huiles de bronzage qui ont toujours eu les mêmes odeurs et qui correspondront toujours à des vacances. L'odeur du crépis trop récemment passé dans cette maison de bord de mer. Le moisi, toujours et encore, comme la pire des odeurs, et sans doute juste derrière, le pipi de chat. Des dimanches matins qui sentent le pain chaud. La lavande, la noix de coco, le thym et la cannelle. La magie, l'alchimie de ces mélanges qui ont la capacité de nous plonger dans des univers pourtant évaporés.

Je suis riche.

***

1 novembre 2008

We don't need no education, we don't need no thought control

Qu'on nous dise qu'il faut attacher nos ceintures de sécurité et respecter les limitations de vitesse, qu'il faut mettre un préservatif pour se protéger et protéger son partenaire, que fumer tue et provoque des maladies... Soit !

Qu'on nous dise qu'il faut trier nos déchets, qu'il faut manger cinq fruits et légumes par jour, qu'il faut éteindre la lumière en quittant une pièce et limiter l'émission de gaz à effet de serre passe encore !

Mais qu'on nous rappelle qu'il faut couper son portable dans une salle de cours par respect pour les autres et qu'il faut se mettre la main devant la bouche quand on tousse, non mais, et puis quoi encore ? Les parents sont-ils à ce point démissionnaires que la radio et la télévision se doivent de jouer leurs rôles ?

Et bientôt on va nous rappeler entre le 20 heures et la météo, que Mesdames et Messieurs,  on dit bonjour, au revoir, merci, on rote pas à table et on se met pas les doigts dans le nez en public !

20 juillet 2008

Ne plus s'appeler Madame.

Blottie sous la couette, dans une chambre sombre et fraîche, volets mi-clos, à six cents kilomètres de chez moi, en fin d'après-midi : ça ne ressemble pas à des vacances et pourtant, qu'est ce que c'est bon ! Je n'en demandais pas plus. Dehors, d'impressionnants coups de tonnerre se succèdent depuis des heures, nous cloitrant à l'intérieur, comme des menaces pour tous ceux qui auraient voulu s'aventurer au dehors, grondements sourds qui prennent de la puissance sur les pentes des montagnes environnantes. Les projets de balade se sont évanouis dès midi. Par moment, des trombes d'eau bruyantes viennent rincer et écraser la nature, je les entends par la fenêtre ouverte, comme un souffle, et les rigoles des murmures se formant derrière lui, je laisse rentrer les courants d'air frais de l'été. C'est comme une journée de pause où toute fainéantise est autorisée. Tout doux d'être à l'abri, de savoir que demain le soleil reviendra, avec lui la chaleur des jours passés. J'observe Lucien roulé en boule dans son panier au pied du lit, sa présence me fait du bien. Je lis beaucoup depuis notre arrivée ici. J'ai dévoré hier en quelques heures le livre de Laurence Tardieu Puisque rien ne dure, et j'ai attaqué ce matin dans un prolongement de grasse matinée le merveilleux Gamines de Sylvie Testud. J'ai ri, seule dans mon lit, grâce à ses mots, et ça fait du bien. D'autres petits livres de poches piqués au hasard sur un présentoir d'un magasin grenoblois m'attendent sur ma table de chevet. Parfois, au détour de quelques lignes, je m'endors, pour me réveiller plus tard, sans importance accordée au temps. Descendre dans la cuisine, y boire deux gorgées d'eau, regarder la pluie dessiner des arabesques sur la surface de l'eau de la piscine, manger un abricot en pensant à autre chose, assise sur les marches en pierre de l'escalier. En oublier tout le travail de l'année, les urgences, les échéances, les formalités, les convenances.

Nous sommes chez les parents de Neb, comme depuis quatre ans, nous venons y passer une semaine au moins. Du temps pour lui avec sa famille. Mais cette année, sans doute n'allons nous pas rester trop longtemps. Depuis notre arrivée, notre présence semble plus gênante, pesante. Il y a comme un malaise. Ces conversations qui s'arrêtent net lorsqu'on rentre dans une pièce, les traits tirés de sa mère, son rapport si particulier à la nourriture qui nous culpabilise en permanence, une angoisse sourde que nous ne comprenons pas, des gestes brusques entre eux. Alors on rase les murs, on se fait discret, on s'éclipse dès que possible vers d'autres lieux, on fait en sorte d'alléger le poids de notre présence en rendant service, le plus possible... Et on prépare déjà les jours qui suivront plus loin encore, plus au Sud, plus libres. En espérant que le temps sera plus clément, parce que ce qui peut être drôle ici le sera sans doute moins sous une toile de tente.

***

19 août 2008

Comme un clou.

Contexte : il y a plusieurs semaines, séjour dans les Alpes.

Midi. La nuit a été courte. Le trajet vers les vacances nous a demandé des heures de concentration sur la route. On est arrivé tard, et on a dormi une bonne partie de la matinée. Nos hôtes sont là pour nous accueillir. La table en chêne massif de la cuisine est l'occasion du premier contact, du résumé de la veille, de l'ébauche du programme des jours à venir. Nous autour : Neb, son beau-père et moi. Mais pas elle, la mère de Neb. Elle ne peut pas tenir en place. Dès les premières minutes, je la sens anxieuse, nerveuse, ses hanches semblent avoir fondu depuis la dernière fois qu'on l'a vue en mars, elle est tout anguleuse, tout en mouvement, en agitation permanente. Difficile de croiser son regard, elle baisse les yeux. La nourriture s'étale devant nous. Pas grand chose : du pain, du fromage, de la charcuterie, quelques fruits. De quoi attaquer une première après-midi en montagne. Elle tourne autour de nous avec sa nervosité. Elle ouvre le frigo, le referme, le rouvre, en sort des aliments, les observe, les soupèse, en examine le descriptif, la composition, la teneur en matière grasse. Tout cela en débitant nerveusement des questions, sans écouter vraiment les réponses. Je vois bien qu'elle épie chacun de nos gestes, les aliments que l'on pose dans nos assiettes, que l'on découpe, que l'on attrape de la pointe d'un couteau et que l'on met en bouche. Je lis du dégout dans ses yeux, de l'amertume. Elle tourne toujours. Elle ne mangera pas, dit ne pas avoir faim, prétend mal digérer.

Les jours qui suivent, son attitude m'inquiète, les petits travers qui m'ont fait sourire les premiers jours s'accentuent et m'agacent. Elle peut ne pas manger de la journée, plusieurs jours de suite même et malgré son agitation, elle résiste au besoin de s'installer à table avec nous. Les excuses sont toujours les mêmes : aliments qu'elle ne digère pas, trop mangé la veille, autre chose à faire... Elle découpe parfois soigneusement une pomme pour son seul repas de la journée, elle l'épluche parce qu'elle ne digère pas la peau et la mange, en tout petits cubes qu'elle mastique méthodiquement, seule à table, pour se concentrer.

Elle nous exclut très vite de sa normalité, nous trouvant trop gros et inconscients. Elle part tous les jours marcher plusieurs heures en montagne. Nous, nous ne faisons pas assez de sport à son goût et nous allons sans doute encore grossir. Elle feuillète des magazines dans lesquels s'étalent des corps sculptés et retouchés à la palette numérique. Elle juge chacun des aliments que nous ingérons. Je suis triste pour elle. Le grincement de la porte du frigo la fait arriver dans la cuisine au galop, elle panique lorsque nous jugeons poli de faire quelques courses, ne maitrisant soudainement plus le contenu de son frigo/de sa vie. L'ambiance se dégrade. Son mari lui fait remarquer son attitude, qu'il semble accepter quand ça le concerne. Notre présence le fait de toute évidence réfléchir à ce qu'il n'avait peut-être pas vu pour l'avoir sous son nez tous les jours. Plusieurs fois, mon entrée dans une pièce semble interrompre une conversation houleuse. Notre présence qui avait été souhaitée les autres années ne l'est sans doute pas... Nous essayons tant bien que mal de faire abstraction des pics et des regards lourds et nous repartons avec le malaise qu'elle a su nous transmettre et cette inquiétude qui l'accompagne, sans avoir su trouver les mots pour lui parler, pour franchir cet écran de glace qu'elle a imposé entre elle et nous pendant tout le séjour.

Hier, elle appelle Neb, elle s'inquiète des entretiens qu'il doit passer prochainement. Le seul conseil qu'elle trouve à lui donner est de perdre trois ou quatre kilos avant le jour J. Comment est-il possible d'être à ce point à côté de la plaque.

 

21 août 2008

Premier septembre.

Il y a six ans, peut-être même sept : il fait nuit depuis trop longtemps et je suis toujours assise à mon bureau sous les combles de mon loft. C'est ma vie d'avant, je suis étudiante, je travaille mal, je travaille trop et l'urgence me fait plancher sur un exposé que je vais devoir présenter dans quelques heures devant ma classe et mon professeur. Je ne saurais en dire le contenu. Je sais simplement que celui-là, comme les autres aura attendu la dernière minute et je m'en veux. Alors que ma plume recopie et trie les brouillons qui s'envolent, la télé derrière moi diffuse les clips nocturnes de M6 destinés aux insomniaques. Ma douzième tasse de café fume près de moi et les cigarettes ne cessent de s'écraser dans l'énorme cendrier bleu. Puis soudain, ce qui changera une partie de ma vie arrive. Le clip Trouble de Coldplay débute derrière moi...


Coldplay - Trouble
envoyé par SweeTDreaM

Comme envoutée, j'abandonne mon travail, toutes ces feuilles volantes sur mon bureau et je pars, en pilote automatique, m'installer en tailleur le nez devant l'écran. A partir de là, les choses ne sont plus tout à fait les mêmes. Bien entendu, ma vie continue, la solitude après la vie à deux, les soirées en boîte jusqu'à pas d'heure, les petits matins dans les rues fraiches de la ville, les heures de soutien au centre tous les soirs,  mes débuts sur internet, belle découverte dont je me méfie, eux, qui sont trop là, ou peut-être pas assez. Toute une période qui reste gravée, presque parfaite. J'en oublie la dèche, les petits jobs minables, les soirées trop seule sans les amis, à regretter, les réveils difficiles... Mais Coldplay me reste de cette époque là, Parachute et Trouble en particulier, comme l'évidence d'un pas en avant.

9 mars 2009

Are you such a dreamer ?

Are you such a dreamer
To put the world to rights?
I'll stay home forever
Where two and two always makes a five

I'll lay down the tracks
Sandbag and hide
January has April's showers
And two and two always makes a five

It's the devil's way now
There is no way out
You can SCREAM and you can shout
It is too late now

Because...
You have not been!

Payin' attention
Payin' attention
Payin' attention
Payin' attention
You have not been paying attention

Payin' attention
Payin' attention
Payin' attention
You have not been paying attention

Payin' attention
Payin' attention
Payin' attention
You have not been paying attention

Payin' attention
Payin' attention
Payin' attention oohh

I try to sing along
But I get it all wrong
Cozimnot
Cozimnot

I swat 'em like flies but like flies the buggers keep coming back NOT
But I’m not

All hail to the thief
All hail to the thief

But I'm not
But I'm not
But I'm not
But I'm not

Don't question my authority or put me in the box
Cozimnot
Cozimnot

Oh go and tell the king that the sky is falling in

When it's not
But it's not
But it's not
Maybe not
Maybe not

29 septembre 2010

La belle personne.

J'ai toujours aimé les rentrées.

Adolescente, je travaillais dans une librairie papeterie tout l'été et je voyais défiler dès début août les parents prévoyants et leurs listes à rallonges. On leur préparait leurs fournitures, glissant des stylos, des cahiers et des babioles dans de grands sacs en plastiques que les familles venaient rechercher plus tard. On commandait aussi des manuels scolaires qui arrivaient tout neufs et tout brillants et que je feuilletais discrètement, humant les parfums neufs, passant mes mains sur leurs pages glacées. J'imaginais avec plaisir l'usure que le temps allait imposer à tout ce matériel impeccable. Les pages cornées, les capuchons de stylos rongés, les gommes taguées... Et c'est avec grand soin que je sélectionnais de mon côté, aux premières loges, toutes les précieuses affaires qui allaient me suivre toute l'année, comme autant de grigris qui sauraient encadrer cette nouvelle étape. J'avais ce privilège d'être aux premières loges, dans l'antre des préparations.

La rentrée que j'ai préparée avec le plus de soin est celle de ma première année de lycée. J'idéalisais cette étape qui signifiait pour moi un passage vers l'âge adulte. C'était un synonyme de liberté, d'indépendance. J'étais pour l'occasion équipée mieux que jamais. J'avais cette année là travaillé dur. Je me souviens de ce samedi d'aout où nous sommes allés à la bourse aux livres qui se tenait dans la cour du lycée. C'était pour ma mère l'occasion de bonnes affaires, c'était pour moi le premier pas dans ce nouvel univers. Les jours qui ont suivi,  je me suis imaginée, électron libre, évoluant dans ce monde de "grands," enfin. Je m'identifiais à ces publicités Clairefontaine et Super Conquérant qu'on voyait à la télévision, dans lesquelles évoluaient des lycéens épanouis, dans des couloirs lumineux. Je croyais que ça aurait quelque chose du Cercle des poètes disparus. Puis il y avait ces longs couloirs aux hautes fenêtres, le marronnier de la cour, les salles de cours aux parquets cirés. J'idéalisais tout ça, je me voyais l'héroïne d'un film.

Puis la rentrée est arrivée. Je me suis avancée dans cette cour fourmillant de jeunes de mon âge et l'évidence m'a sauté au visage, je n'étais pas de leur âge. Je ne me reconnaissais pas parmi ces ado boutonneux et hurlants. Et je ne trouvais pas ma place. L'idée de la solitude cependant m'angoissais. Mes amies du collège semblaient à leur aise, dans leur élément alors que le regard des autres me perturbait au plus haut point. Sortir dans la cour au moment de la récrée était devenu une phobie. Si j'avais pu, je serais même allée m'enfermer dans les toilettes. Je me demande d'ailleurs si je n'ai pas eu recours à ce stratagème les mauvais jours. Je comptais les minutes qui allaient me ramener chez moi, dans mon cocon confortable, là où personne ne pouvait me juger, me regarder, m'aborder. Bien entendu, j'étais stupide, mais je regarde aujourd'hui ce monde avec un œil plus objective et je vois énormément de cruauté dans ce milieu. J'en venais à détester tous ces lycéens puériles qui ne semblaient accorder d'importance qu'à leur style, leur look, leurs amours... Pour contrer toutes ces angoisses et toute cette colère, je travaillais. J'alignais dans mes cahiers les mots, les schémas, les photocopies soigneusement collées et annotées. A midi, me rendre à la cantine me débectait. Manger au milieu de tous ces cris, ces bruits de bouches me hantait. Plus encore l'idée de ne pas trouver quelqu'un pour manger avec moi. Parfois, je ne mangeais pas. J'allais m'enfermer dans une de ces salles d'études, tout au fond du grand bâtiment. Celles qui étaient parfois baignées de soleil. Elles sentaient la craie et la poussière. Je m'y planquais parmi les quelques rares zombies qui s'y aventuraient. Collée contre un radiateur, je remplissais d'une écriture noire et serrée un grand cahier de mes mots d'inquiétude.

Avec l'automne est arrivée l'obsession. Dans mon bus, tous les matins et tous les soirs, il y avait ce garçon. Laurent, brun, grand, fort, avec les yeux de Knox Overstreet dans Le cercle des poètes disparus. Je me régalais de l'observer évoluant avec tant de facilité et de grâce dans ce monde hostile. Tout semblait lisse, il souriait, avait plein d'amis. Il était devenu mon petit plaisir quotidien et secret. Seule satisfaction de mes grises journées. Mais je voyais sans doute en lui quelqu'un qu'il n'était pas, j'idéalisais le personnage. Et jamais ne m'a même effleurée l'idée que j'aurais pu lui parler, l'approcher, le regarder dans les yeux...

Le printemps s'est pointé après un hiver de silence et de solitude et avec lui, j'ai su devenir une adolescente comme les autres, comme toutes celles que je méprisais. J'ai fêté mes seize ans avec une horde de boutonneux ivres, j'ai embrassé des garçons, j'ai fumé mes premières cigarettes, j'ai fait le mur pour aller à des soirées. Je pensais être seule au monde mais je n'étais qu'une copie conforme de toutes les autres.

***

Aujourd'hui encore, chaque rentrée est une nouvelle promesse. La vitrine de tout ce qui pourrait arriver. Le moment des bonnes résolutions, l'odeur du neuf...

30 novembre 2008

De la vitesse à laquelle passent les jours de repos.

Pour la faire courte : cinq jours de repos viennent de me filer entre les doigts. J'en ai profité pour :

  • faire réviser ma voiture et lui coller quatre pneus neufs
  • aller chez le coiffeur
  • me prendre une belle cuite jeudi soir et en subir la terrible gueule de bois qui a suivi vendredi
  • faire la fiesta avec ma sœur, the Pooh et son homme tout le week-end
  • ranger mon linge qui s'était amoncelé en une pyramide instable occupant toute une table
  • faire mon premier baeckeoffe, un délice (il y a aussi eu des sushi et des bricks exceptionnels)
  • prendre soin de moi, me reposer, faire des siestes, m'occuper de Lucien
  • passer voir mes parents
  • voter puisque ma ville a réorganisé les élections municipales

Par contre, pas une copie corrigée, rien fait pour les cours, pas avancé. Demain, c'est reparti pour une semaine de cours bien remplie...

10 décembre 2008

Ce qu'ils ont à nous apprendre.

Alors que la crise fait rage, que trop de personnes souffrent de la misère, que des gens meurent de faim, que la guerre tue encore dans de nombreuses régions du monde, je suis émue aux larmes devant ces images vues très rapidement ce soir au zaping.

 


Solidarité entre chiens chiliens.

Le 4 décembre, les caméras de surveillance de l'autoroute Vespucio Norte au Chili ont enregistré une scène qui depuis fait le tour du monde. Alors qu'un chien errant s'est fait percuté par un véhicule, un de ses congénères traverse les voies et tente de tirer le blessé sur le bas-côté. Malgré tous ces efforts, la victime de l'accident n'a pas survécu à ses blessures. Mais l'héroisme de son compagnon a ému le pays et les autorités ont depuis reçu de nombreuses propositions pour adopter le héros. Malheureusement, les pompiers avaient déjà, juste après l'accident, déposé le chien au coin d'une rue éloignée de l'autoroute et il demeure introuvable. (Source :  Le Post)

5 mars 2009

Wake up.

Je vais mieux tout doucement malgré les soirées agitées de début de semaine. Je n'arrive toujours pas à mettre des mots précis sur les événements. Je donne ici ce que je peux formuler. Et je peuple mon esprit de pensées positives : tout ce que cette décision va m'apporter, le retour à ce que je souhaite vraiment, la cohérence. Je tente de voir ce verre à moitié plein.

1 avril 2009

Maladie.

" Plus tard, j'appris l'étymologie du mot "maladie".
C'était "mal à dire".
Le malade était celui qui avait du mal à dire quelque chose.
Son corps le disait à sa place sous la forme d'une maladie.
Idée fascinante qui supposait que
si l'on réussissait à dire l'on ne souffrait plus. "

Biographie de la faim, Amélie Nothomb, 2004.


Je suis malade depuis plus de deux semaines. J'ai d'abord eu droit à des crampes intestinales qui ne me permettaient plus de manger normalement. Mon ventre s'était transformé en machine à liquéfier les aliments en quelques minutes. Lorsque j'ai cru que j'allais mieux, j'ai commencé à tousser. Ça s'est soldé par une bronchite qui m'a clouée au lit pendant plusieurs jours : fièvres et courbatures, nez-fontaine et quintes de toux épuisantes qui me laissaient épave. J'ajoute à ces deux semaines pleines de bonheur des réactions cutanées plus surprenantes les unes que les autres : plaques rouges, irritantes et gonflées.

Alors, puisqu'Amélie le dit, j'attends avec impatience de pouvoir formuler tous les mots qui s'étranglent pour le moment dans ma gorge, pour ne plus souffrir. Ici, l'autre jour, un grand pas en avant. C'est déjà ça !

1 avril 2009

Un peu de moi ce soir.

J'ai su donner enfin, un peu de moi, un peu de ce poids.
Des points communs avec ce qu'elle dit.
Le chien blanc.
Les heures au lit.
Les talons et les robes.
La volonté de voir des sourires.
De tenir.
De voir arriver demain.
Avoir l'air d'aller plutôt bien.
Faire des listes de trucs qui vont bien.
Essayer au moins.

Tamdamtadoudadidamdam


Berry 'demain'

***
 

30 mars 2009

Une fille et un garçon.

Tout a commencé par une rencontre virtuelle. Quelques mots apparaissant sur des écrans d'ordinateurs qui semblaient réduire la distance et la différence. Des mots dans lesquels chacun pensait lire un idéal. Ils y voyaient la possibilité de se découvrir sans prendre de risques et en prenant leur temps. Elle avait si peur de refaire les mêmes erreurs qu'elle pensait que cette option la protégerait.

Puis très vite, trop vite sans doute, le bouclier est tombé. Elle a voulu le voir, le toucher, savoir si cette alchimie existerait aussi en vrai, mettre fin à cette comédie des mots creux. Elle a pris sa voiture et est partie le rejoindre, loin là-bas, là-haut, seule. Elle a entendu sa voix pour la première fois, quelques minutes seulement avant de le voir, il lui indiquait le chemin. Puis tout s'est accéléré, il vivait dans une maison en bois, de grandes fenêtres laissaient entrer le soleil, il avait un sourire adorable et tout paraissait si simple à ses côtés. Il travaillait beaucoup mais accordait tout son temps libre à celle qui avait fait l'effort de venir le voir. Elle a voulu y croire et voir comme lui la simplicité, sans calculer. Ce premier séjour là-bas fut comme une parenthèse dorée et quand arriva le temps de rentrer chez elle, elle su qu'elle reviendrait forcément. De retour dans sa région, les mots sur les écrans sont à nouveau venus effacer la distance, mais cette fois-ci, ils étaient concrets et correspondaient à une réalité qu'ils avaient voulue tous les deux. Dès qu'elle le pouvait, elle retournait le voir, loin là-bas, pour des week-ends souvent trop courts et réglés comme du papier à musique, par les horaires de la SNCF.

Le printemps est venu et avec lui la volonté de réduire les distances. Il vint vivre chez elle et choisit d'y rester. Les années qui suivirent furent belles. Les premières furent faciles et accompagnées de décisions rapides car évidentes. Les suivantes un peu moins, car ternes et fades. Avec elles, des déceptions s'installèrent. Cette maudite routine, toujours la même qui s'insinue partout, dans tous les recoins. Puis les efforts qu'ils n'ont plus faits, les envies qu'ils n'avaient plus. Cette impression te,ace de s'être trompé effacée par la volonté d'y croire quand même. Les blessures, les peines, les "vieux dossiers."  Et l'incompréhension, les cris, les dialogues de sourds. Passer l'éponge et reconstruire sur des bases trop fragiles, trop de fois.

Elle a pris la décision au bout de cinq ans de vie commune. Elle a choisi de s'arrêter là. Elle avait trop souffert et savait qu'avec cette décision elle souffrirait encore. Il n'a pas voulu comprendre et écouter. Il a pensé qu'il avait encore le temps, que tout cela n'était qu'un caprice, qu'elle était juste "compliquée". Il pensait que tout cela était acquis : l'appartement, le futur et elle avec. Il n'avait pas vu non plus que son choix de démission un an plus tôt et son inactivité avait ébranlé leur couple. Il pensait que rien n'était grave, que tout était encore possible. Il voulait juste ne pas vivre seul. Et elle ne voulait pas de ce compromis, la solitude n'avait jamais été un problème et même si tout ce qu'elle avait construit devait s'effondrer, elle ne pouvait plus continuer comme ça.

***

Presque un mois a filé depuis ma décision. Nous vivons toujours sous le même toit car nous n'avons pas d'autre solution pour le moment. Il n'a pas de travail et l'appartement nous appartient à tous les deux. C'est sans doute le plus dur : ne pas pouvoir vraiment tourner la page. Nous ne sommes pas fâchés, juste tristes. Nous avons de toute évidence des vies très différentes aujourd'hui. Je me suis sans doute trompée. je crois que je le savais depuis longtemps mais que je ne voulais pas le voir.

J'ai fêté eu trente-et-un ans ce week-end. Je sors d'une bronchite carabinée (d'ailleurs je tousse encore comme une tuberculeuse) et la semaine précédente, je m'étais littéralement liquéfiée de l'intérieur. Je suis épuisée. Je reprends le boulot aujourd'hui après cinq jours de congés que j'ai passés au lit. Je voulais fuir un temps au bout de la France mais ma petite santé et la météo m'ont immobilisée chez moi. J'ai l'impression d'avoir touché le fond. Je me dis que maintenant je vais pouvoir avancer. Et surtout j'ai trouvé les mots pour le dire...

 

27 octobre 2009

Analepse.

Je me suis décidée hier a publier des messages écrits il y a plusieurs semaines,
durant mes journées très sombres...
Ils sont postés à la date où ils ont été écrits, tels qu'ils ont été écrits.
Je ne sais pas si c'est une bonne chose,
mais j'ai l'impression de m'en débarrasser en vous les livrant...

***

13 juin 2010

Bagatelles.

L'été dernier, en période de doute et de fragilité, j'ai eu besoin de me rassurer. Cela est passé par le matériel. Je crois que quand les émotions nous trahissent et nous poignardent, on s'attache à de toutes petites choses, souvent inutiles et encombrantes. Pacotilles et grigris. Une espèce de superstition censée nous protéger du mauvais sort.

 

Je créé des boîtes colorées pour mes objets magiques qui à leur tour deviennent magiques. J'aime les rubans, les petits papiers, les clés. Les objets qui ont déjà eu une vie et auxquels on en propose une seconde. Souvent radicalement différente de la première. Ils en perdent leur fonction pour en retrouver une autre, à mes yeux seulement.

J'aime glisser sous mes doigts des rubans soyeux. J'aime le contact rassurant et la régularité. J'en récupère partout, mais je n'en achète pas. Et je les range, joliment enroulés sur eux-mêmes dans une petite boîte métallique, où serrés les uns contre les autres, ils attendent que je vienne les observer, les caresser et les enrouler à nouveau.

J'ai des clés. Des centaines. Elles ont ouvert des portes. Des centaines. Des portes qui donnaient sur des pièces pleines de promesses. Des clés rouillées et d'autres brillantes. Des clés petites et tordues, d'autres massives et puissantes. Elles attendent sagement d'être accrochées sur un mur, sur lequel elles ne pourront que se souvenir de leur rôle premier.

J'ai une boîte à papiers. Une grande boite noire dans laquelle je plie des papiers multicolores, de toutes tailles et de toutes textures. Eux aussi, je les récupère à gauche à droite, papier cadeaux, papier journal, papier d'emballage, papier kraft ou papier de soie. Ils trouvent tous leur place. Parfois, je m'en sers pour des courriers, pour de la déco... Mais pour la plupart, ils restent là, dan sleur boîte.

Ces petits riens, ces petits tout, constitue une richesse inutile. De petits trésors de pacotille. Des trophées sans importance que je glane et que je conserve. Parfaitement consciente de la futilité de cette pratique, je ne la partage avec presque personne. Aujourd'hui avec vous, lecteurs. Ici, c'est un lieu de futilités et de bagatelles. "Diane Groseille", c'est comme une petite boîte en ferraille dans laquelle je mets mes idées... Et que je ne suis pas la seule à ouvrir !

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Diane Groseille
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