Soulagée depuis ce matin. Une décision difficile à prendre
mais le mail est parti. Il fallait que j’allège un peu ma vie. J’étais devenue
une espèce de robot qui aligne les heures de cours, plus de temps pour manger,
à peine le temps de dormir. Et a trop vouloir en faire, je faisais mal.
Incapable de respecter des délais et des contenus. Pourtant, je travaillais en
continu. Plus de temps pour moi. Peu de temps pour mes proches. Et cette
impression cruelle que dès que je déconnectais un peu de tout ça, je n'étais plus
à ma place. Mauvaise conscience. Alors ce matin, après m’être fait remonter les
bretelles, j’ai envoyé un message à l’une de mes responsables et j’ai mis fin à
notre collaboration. J’étais de toute façon incapable de répondre à ses
exigences. J’espère que cette décision me permettra de reprendre pied et
d’avoir un peu plus de temps pour moi…
C’est ce week-end qu’elle a muri
en moi. Voilà quatre mois que je préparais ça : les trente ans de ma sœur. En
octobre, l’idée avait germé. Une surprise avec ses amis, ses proches. Il a
fallu contacter tout le monde, et attendre patiemment des réponses qui parfois
ont tardé. Il a fallu louer une salle, choisir un menu, des animations, des
éléments de décor. Surtout, il a fallu faire diversion et multiplier les petits
et les gros secrets durant des semaines. Le week-end dernier, pour noyer le
poisson, sa meilleure amie et moi l’avons embarquée au bout de la France, dans la baie de
Somme. Elle ne savait pas où elle allait et a adoré, trois jours durant, aller
de surprises en surprises : balade sur la plage, tour en vélo, petits
bonheurs, plateau de fruits de mer, invité de dernière minute, virée à Paris au
retour, Sacré Cœur et coucher de soleil, puis Spectacle du Roi lion pour clore
le bal ! Après ça, elle ne se doutait pas une seconde de la chouille
d’enfer qui l’attendait huit jours plus tard ! Nous l’avons kidnappée
samedi soir et trainée les yeux bandés à l’autre bout du département où elle a
poussé des cris devant plus de trente de ses amis les plus proches. La soirée a été
pleine de tendresse et d’émotion. Beaucoup de joie et de simplicité. Une belle
salle aux couleurs printanières et un excellent repas. Du bonheur, si ce n’est
les remarques déplacées et les exigences de certains invités qui se croyaient au
resto. Heureusement, je suis la seule à les avoir entendues. Puis au milieu de
toute cette effervescence, ma mauvaise conscience (celle qui me titille dès que
je ne suis pas en train de travailler) s’est évaporée. Et j’ai su profiter
pleinement des instants passés avec mes proches, mes parents, ma sœur et mon
frère. Ce fut si doux. Et hier soir, alors que je retrouvais mon appartement,
je me suis dit que tout cela ne pouvait plus durer, que rien ne justifiait que
je sacrifie ainsi ma santé, mon moral, mes amis, ma famille : tout cela ne
doit plus être secondaire et ça fait pourtant des mois que je les range dans la
colonne « plus tard ». Je veux retrouver l’insouciance et la
simplicité de ce début d’année scolaire. Lorsque j’avais encore du temps.
Depuis que le mail est parti, je me sens plus légère. Et je dirais même que les
douleurs aux cervicales que je traine depuis des semaines semblent s’atténuer.
Ce matin, grand soleil et douceur de l’air. Je suis sortie
sans ma veste. J’ai aimé sentir la chaleur sur mes joues et le vent frais dans mes cheveux. J'aurais aimé m'arrêter là sur le trottoir, pour prendre le temps de savourer ce moment. J’ai
repensé à des détails de la soirée. Au sourire de ma sœur, ses larmes de joie, tous nos amis, notre famille.
J’ai également repensé au mains de R. sur ma peau. Que dire de lui. Voilà plus
de sept ans que nous gravitons l’un autour de l’autre. Quelques mois avant de
rencontrer Neb, il y avait encore eu des doutes, des possibilités, de la
tendresse, des interrogations entre nous. Il y en a toujours eu. Puis samedi soir, dès mon arrivée, j'ai remarqué ses regards soutenus. Il y a eu toutes ses petits remarques, ses sous-entendus. Il y a eu ses mains sur mes épaules, longuement, ses doigts qui ont glissé dans mes cheveux. J'ai essayé de m'en éloigner, car il avait bu, qu'il est installé depuis peu avec une charmante demoiselle (absente ce soir là) et qu'il aurait été plus que facile de profiter de la situation. Mais j'ai tellement apprécié sa tendresse, toujours les mêmes gestes, ceux d'autrefois, ceux qu'il faits spontanément. Au moment de se coucher, il a attrapé mon bras et m'a attirée vers lui. Nous avons dormi côté à côte, il a fait glissé ses mains sur mes joues, sur mes cheveux, ses doigts sur ma bouche et nous nous sommes endormis longtemps après, main dans la main. Au réveil, il était toujours aussi tendre, et j'étais gênée de son attitude par rapport à nos proches qui étaient toujours là. Depuis, j'ai cru comprendre qu'il ne se souvenait pas de tout, j'ai donc bien fait de ne pas céder à ses avances. De toute façon, il est presque un frère pour ma sœur (donc pour moi aussi, indirectement) et il y a toujours eu ça entre nous, comme une barrière, une impossibilité. Je retiens de cela que j'ai aimé cette sensualité simple, presque enfantine, qui n'attendait pas plus. Je suis un peu perdue par rapport à mes attentes sentimentales. je veux croire qu'il n'y en a pas, que je suis tellement bien seule. Mais je réalise que la tendresse et les gestes d'attention, lorsqu'ils se produisent peuvent provoquer des vagues en moi. Je voudrais de la simplicité, sans l'attachement...
C'était prévu depuis des semaines. Mes parents sont partis ce matin très tôt en Italie, chez ma cousine. Ils me confient la maison et ma grand-mère pour les trois jours à venir. Compte tenu de mon état les derniers jours, ils ont hésité à me laisser cette responsabilité. J'ai su les convaincre que tout irait pour le mieux.
Je prends mon traitement depuis lundi. Réactions étranges. Bien sur, je suis dans le gaz, je me sens loin de tout, détachée. Ce qui me bouleversait il y a encore peu me touche toujours, mais c'est comme amorti par du coton. Je ne pleure plus. Je regarde tout ça d'au-dessus. Un peu anesthésiée. J'ai peur que mes réactions ne soient plus vraiment les miennes, cadrées par des réactions chimiques, mais je n'avais plus d'autre choix. Le médecin m'a dit que j'avais bien fait de venir, que mon état était sérieux. Puis il m'a expliqué que c'était physique, des connections qui se font mal, et que non, je ne suis pas une loque. J'ai du mal à adhérer à son point de vue alors que je dors des journées entières. L'idée de rester ici, d'être responsable de ma grand-mère m'oblige à me ressaisir, à me contrôler, à fixer des limites à toute cette vase qui m'emplit.
J'appréhende le futur, j'ai du mal à concevoir les jours et les mois à venir. Je n'y parviens pas du tout en fait. Je vacille à l'idée de faire cours dans quelques semaines, d'être confrontée à du monde, de devoir faire la conversation, de reprendre une vie normale, insignifiante...
Discutions de haut vol hier soir avec mon père, à propos notamment d'une femme de notre entourage. Il me parle de sa beauté (en des termes d'ailleurs bien peu flatteurs, puisque typiques de la gente masculine). Je dis à son sujet que je ne la trouve pas belle car stupide. Et je développe à ce sujet : la façon dont elle n'éduque pas ses enfants, la façon dont la traite son mari, ses souplesses et ses trop nombreux compromis qui font d'elle une femme soumise et insignifiante à mes yeux, sans aucun charme lorsqu'on apprend à la connaître, malgré un physique pourtant agréable.
Très souvent il m'est arrivé de constater la beauté d'une personne jusqu'à ce que celle-ci ne commence à parler. Et ma mère d'ajouter : "la vitesse de la lumière étant plus rapide que la vitesse du son,
il est normal que certaines personnes paraissent brillantes avant d'avoir ouvert leurs bouches".
J'ai trainé mes pieds dans les feuilles mortes, dorées et rousses, qui se soulèvent dans l'air frais. J'ai remis le chauffage et cette odeur douçâtre de poussière brûlée a empli mon appartement. J'ai mangé les premières clémentines, les premiers pains d'épices, les premières soupes du dimanche soir. J'ai ressorti mon manteau et j'ai pris du plaisir à blottir mon nez dans son col lorsqu'il y avait un vent mordant. J'ai repris l'habitude de fermer les volets la nuit, à la recherche d'une chaleur intérieure, d'un nid douillet, tout de couvertures et de bouillottes. J'ai cueilli mes dernières tomates sur le balcon, pas encore tout à fait rouges et je les ai posées sur le bord de la fenêtre de la cuisine pour qu'elles s'y réchauffent et rougissent.
Je vais bien.
J'ai retrouvé une sérénité que je pensais perdue. A tout jamais. Je n'imaginais pas que c'était possible. je reviens de loin. Je reconstruis tout ce qui a été cassé. Petit morceau par petit morceau. En prenant tout mon temps, calmement. Il y a de nouvelles choses dans ma vie. Pour beaucoup positives. Il faudra que je prenne le temps d'en parler : l'association, ce nouveau travail qui vient compléter à merveille mon emploi du temps, mon corps qui a tellement changé et avec lequel je me réconcilie...
J'avance. Je remonte. J'espère comme je le disais plus tôt que ce n'est pas artificiel.
Je vais mieux. Je le chuchote car j'ai peur que le dire trop fort ne fasse vaciller cette stabilité qui semble revenue. J'ai peur aussi que tout ça ne soit pas moi-même, mais les simples réactions chimiques que les médicaments provoquent sur mon cerveau. Pourtant je recommence à m'entendre avec celle que je deviens. Alors, je me dis que sans doute, je n'étais pas moi-même avant. J'ai tellement peur que cette force qui gonfle lentement à l'intérieur de moi ne soit qu'un leurre.
J'ai laissé filer les deux saisons que je préfère, enfermée à l'intérieur de ma tête. Je n'ai pas vu l'herbe vert tendre du mois d'avril, les cerisiers et les magnolias en fleurs. Je n'ai pas vu la lumière des journées les plus longues de l'année, j'étais alors plongée dans l'obscurité. J'ai l'impression maintenant que ces deux saisons ont duré une éternité. Et en même temps ce n'est qu'une longue parenthèse creuse. Du temps gâché.
Mais j'essaye de rattraper ce qui a été perdu. Je sais à nouveau sortir de mon cocon. Et pas seulement pour aller travailler. Je sais m'investir auprès des gens qui m 'entourent, les écouter, me détacher de moi-même. Je sais à nouveau donner et recevoir. Je sais oublier les angoisses de la veille, celles qui me rongeaient. Je sais même sourire et rire parfois.
Puis dans cette tempête, j'ai aussi perdu des choses auxquelles je ne tenais pas. Les angoisses liées à Neb, celles qu'il me transmettait sans le vouloir. Et quelques lourds kilos qui en s'envolant ont affiné très nettement ma silhouette. Je me sens plus légère.
Et j'ai des centaines de mots, d'histoires qui naissent à nouveau derrière mes yeux clos et que je ne vais pas tarder à coucher ici.
Une nouvelle rentrée. Très différente des précédentes. Je suis faible, je me sens vulnérable. J'attaque cette année sans savoir un instant où je vais, comment les choses vont évoluer. J'ai rencontré les premières classes, de nombreuses autres arrivent encore. J'ai du mal à trouver mes repères, les automatismes des années passées semblent s'être dilués dans ces derniers mois.
Je prends des médicaments depuis quelques semaines. Dans un premier temps, les contours de ma vie sont devenus flous. Les anxiolytiques me faisaient dormir et gommaient ma réalité. Une espèce de brouillard froid. J'ai très vite cessé de les prendre, tenant à ma lucidité. Quant aux antidépresseurs, on dit volontiers qu'ils représentent une béquille, et j'ai en effet cette impression. Je ne me sens ni heureuse ni triste, mais au moins stable. Ils ont neutralisé mes idées noires en levant le lourd voile de tristesse qui pesait sur moi. J'ai l'impression de pouvoir avancer à nouveau, sans parler encore de construire ou de connaitre la destination, mais j'arrive à me lever le matin, à me concentrer sur un film, à envisager une sortie, à croire pendant une minute que tout ira peut-être mieux bientôt.
Beaucoup de personnes autour de moi ont critiqué mon choix de me tourner vers les médicaments. Je dois dire que ce n'est pas un choix. Il n'y avait pas d'autres possibilités. Aucune alternative. J'étais en danger. Les mots semblent forts mais j'ai eu très peur de l'état dans lequel j'étais. Ce fut très dur pour moi de me rendre chez un médecin et de reconnaître mon incapacité à m'en sortir. Je suis fière, je veux donner l'image de quelqu'un de fort, de solide. Et là... Échec. Faiblesse. Déchéance. Je n'avais jamais connu ça.
Aujourd'hui, je ne remonte pas la pente. J'ai juste arrêté de descendre. Je m'habitue doucement à ma nouvelle vie. Sans Neb. Pourtant je vis dans l'appartement qui nous a unis. Je sors peu, je m'entoure de personnes de confiance, celles que j'aime depuis longtemps et que je sais être fiables, fortes et bienveillantes pour moi. Je ne me frotte pas encore aux "autres". La vie me fait peur. Je reste dans mon cocon douillet et sécurisant, avec mon chien, mes habitudes, ma tranquillité. Je panse mes blessures. Je pense moins. Je me recroqueville sur les tout petits trésors que j'arrive encore à trouver au fond de moi-même.
***
PS : le message a été écrit le 7 septembre. Je ne le poste qu'aujourd'hui car mon ordinateur n'a plus voulu s'allumer pendant une semaine.
Avoir un peu de temps devant soi. Je redécouvre ça ce matin. Après les courses folles des derniers temps, j'ai su prendre mon temps : regarder les gens sur les trottoirs, m'arrêter dans cette boulangerie pour y prendre un croissant aux amandes, souffler sur mon thé trop chaud avant mes premières heures de cours. J'avais juste oublié que c'est facile.
Puis qu'il est rassurant aussi le soir de quitter son lieu de travail dans la lumière du jour qui s'échappe ! A la fin du mois, je fêterai mes trente deux ans avec du soleil en plus tous les soirs : le début de la belle saison comme cadeau d'anniversaire ! Je me contente d'éléments simples pour me dire que tout va aller mieux. J'ai trébuché, mais ça va aller, je n'ai pas perdu la face. Je sais que je suis plus forte que ça, que ma confiance n'est pas si loin. Je m'impatiente de voir arriver la douceur du printemps
Lucien mon bon chien n'est plus là depuis des semaines : garde alternée, il est avec Neb. Celui-ci m'assure qu'il va me le ramener bientôt. Il me manque : sa présence câline, les longues balades avec lui, ... Neb aussi me manque parfois. Voilà presque un an que nous sommes séparés. Il y a eu la tempête, les mots trop forts qu'on ne voulait pas prononcer, les nuits blanches, les larmes, les cris. Puis il y a eu le calme, le silence imposé. Aujourd'hui, il vit chez ses parents. Il n'y avait pas d'autres solutions alors il a rejoint ses alpages. Nos relations semblent être devenues plus saines, plus faciles, même si tout ce que nous avons vécu et raté ne peut pas s'effacer d'un revers de manche. Je pense souvent à notre vie commune, à nos moments de quotidien partagé. Certains éléments ont été gommés. de ma mémoire. Je vis maintenant seule et j'aime ça. Je ne me vois pas repartager un jour autant. C'est sans doute ce qui nous a gâché la vie : cette intimité qu'il n'est pas naturel de faire subir à l'autre, plus de séduction, plus de passion, plus d'envies, plus de défi. Tout est acquis ! Puis pour nous en plus, tous les problèmes qui se sont greffés par-dessus...
Je me demande souvent comment j'aurais fait pour relever la tête s'il n'y avait pas eu les médicaments. Je sais que tout ne venait pas de cet échec avec Neb, qu'il y a eu d'autres facteurs. Je ne sais pas ce que j'aurais du faire pour que ça se passe autrement. Énigme.
Voilà des mois que je vis sans lui. Au début, je me disais que je pourrai m'en passer, que je finirais par l'oublier. J'ai fait le deuil du plaisir qu'il avait pu me procurer. J'étais si perdue que je n'y pensais plus. Puis avec le temps, la frustration est née : le manque, l'absence se faisaient trop lourds.
Partout, tout le temps, je pensais à lui. Une image, une luminosité, un instant me rappelaient le vide qu'il avait laissé dans ma vie. Plus possible de m'étourdir auprès de lui, de prendre du plaisir grâce à lui. Et il ne me restait que le souvenir du bonheur que ç'avait été de poser mes doigts sur lui, avec un résultat toujours plaisant, voire parfois spectaculaire.
J'ai eu envie de le retrouver. Une ou deux fois, par hasard, j'en ai eu l'occasion très brièvement. Ce n'était qu'une joie de courte durée, gâchée par l'idée trop présente qu'il allait bientôt à nouveau me quitter. J'ai su trouver, de façon éphémère, le plaisir auprès d'autres que lui. Mais ce n'était jamais pareil. La complicité que nous avions ne saurait être effacée ou remplacée par d'autres.
Le désir est toujours là. Voilà des mois que je n'ai plus d'appareil photo.
Une fois de plus encore je noie
Tous les artifices de toi
Plus qu’abimé je me dois
D’intervenir sur mon émoi
C’est bien plus commode j’estime
Plutôt que je m’affirme victime
De travailler à affaiblir
L’impact de nos ex-plaisirs
Quoi ? L’impact de nos ex
L’impact de nos ex-plaisirs
Une fois de plus encore je viens
Courir à la perte d’un bien
Je dérive mes instincts
Je te veux morte et j’y tiens
Oui il faut que je méprise
Oui il faut que je refuse
Oui il faut que j’interdise
Le tout de ce que tu diffuses
Mais j’essaye
Sans conviction, aucune
J’essaye,
Sans assez de rancune
Pour taire mon infortune
Je vais y perdre des plumes ... hum
Elise est bête, Lislotte est sotte
Elisabeth est une idiote
Mais ce matin même à leur porte
Je me déporte
Je procède à entrevoir
Une matière où s’investir
Pour vider mon réservoir
D’l’impact de nos ex-plaisirs
Quoi ? L’impact de nos ex
L’impact de nos ex-plaisirs
Plus une fois toi sur mon corps
Une fois de plus encore je noie
Plus la foi en moi d’accord
Toi plus sous mon toit, je nettoie
Oui sur la route qui mène au port
Je veux courir sans que ne fuse
L’idée même d’un remords
De tout ce que tu me diffuses
Je vais vraiment mieux. Aujourd'hui, je peux l'affirmer. J'arrive à relativiser. Je comprends mieux ce qui a pu se passer, même si j'ai encore beaucoup de mal à me l'expliquer, à mettre des mots dessus. Physiquement également, je me suis rétablie. Stabilité. j'ai moins peur, même si les vieux démons sont toujours là. J'ai repris une certaine confiance en moi. Je me questionne par contre très souvent sur la valeur de ce bien être : réalité ou masque chimique ? Je me revois assise il y a une semaine en face de mon médecin alors que je l'interrogeais sur les parts de force et d'illusion de mon état : "impossible de le savoir pour le moment, et d'ailleurs, on ne veut pas le savoir". Je poursuivrai le traitement jusqu'au printemps, m'a-t-il dit. Je n'ai toujours pas rencontré le psy qu'il m'avait conseillé, rendez-vous très difficile à obtenir. Il me dit que c'est un signe de sérieux, de professionnalisme, c'est quelqu'un qui s'engage auprès de ses patients. Je ne suis de toute façon pas impatiente de le rencontrer, je n'en ressens pas le besoin et je suis même gênée à l'idée de devoir lui déballer ma vie. A vrai dire, j'en aurais sans doute eu besoin cet été, alors que j'étais envahie par tant de doutes. Aujourd'hui, alors que je me sens mieux, je ne vois pas ce que je vais pouvoir lui dire et comment tout cela pourrait s'articuler.
Ma vie avance alors que je la voyais au point mort il y a quelques mois à peine.
Les choses semblent évoluer avec Neb. J'avais mis des distances pendant plusieurs semaines pour y voir plus clair. Aujourd'hui, mes sentiments pour lui semblent moins confus. Je vois de façon plus claire ce que nous avons vécu, je comprends mieux les liens qui ont pu nous unir jusqu'au bout, malgré tant de tensions. Je ME comprends mieux au travers de cette histoire. Il aura fallu du temps. Et pour lui tout semble encore abstrait. Je crois qu'il a toujours des sentiments pour moi. Je crois qu'il sait avoir gâché beaucoup de choses. J'espère sincèrement qu'il réussira à se reconstruire. Je tiens beaucoup à lui et je voudrais le (sa)voir heureux.
De mon côté, je construis. Les projets que je jugeais bien trop ambitieux il y a quelques semaines encore sont en train de prendre forme. En particulier mon association d'impro. J'en suis très fière. Je ne pensais pas être ainsi suivie et soutenue dans l'élaboration de cet atelier. Aujourd'hui, nous sommes une vingtaine, motivés et prêts à affronter d'autres équipes. Tout cela pourra prendre des formes très différentes et ça me laisse une liberté de mouvement par rapport aux années passées : je ne suis plus salariée mais présidente ! Les relations au sein du groupe se renforcent de semaine en semaine.
Autre point qui m'a fait peur tout l'été : ma situation professionnelle. Javais tout vu s'écrouler en juin lorsqu'on m'avait appris que j'aurais nettement moins d'heures. Ma situation de vacataire qui ne présentait jusqu'alors que des avantages montrait son vrai visage. Je craignais cette année de rencontrer de vraies difficultés financières. J'ai commencé l'année avec très peu d'heures de cours et une motivation ras des pâquerettes. Puis j'ai su il y a quelques semaines que j'allais créer cette année des supports pédagogiques pour un site de soutien scolaire sur internet. Et hier, j'ai eu un entretien qui s'avère concluant pour de nouvelles interventions dans un autre centre de formation. Seul point noir au tableau : je vais avoir de très nombreuses heures et je ne sais pas comment je vais pouvoir gérer mon Lucien dans de telles conditions, cela va demander une certaine organisation.
Puis il y a mon rapport aux autres qui a considérablement évolué : j'échange, je partage, je ris, j'écoute, je me positionne sans plus de peur de ce qu'on va penser de moi, j'affirme, je m'oppose, je donne, je crois, je fais confiance, je rassure, je soutiens, je séduis, j'aide, j'accepte. Je prends du plaisir à être avec certaines personnes, je savoure les instants passés avec les gens qui m'entourent : mes élèves, ma famille, mes amis... De nouveaux liens se sont tissés : certains qui me semblent pouvoir devenir très forts, d'autres dont je dois apprendre à me méfier. Certaines personnes, je le sais, cherchent à jouer, et la petite crétine fragile que je suis en ce moment est la proie idéale pour qui veut s'amuser à manipuler. La séduction est là, omniprésente avec certaines personnes. Je reste prudente même si j'ai parfois l'impression de jouer avec le feu (il faudra que je mette des mots plus concrets sur cette situation particulière, mais cela reste délicat pour le moment).
Mes relations avec ma famille me semblent également de plus en plus fortes. Les difficultés estivales nous ont rapprochés, même si mon frère et ma sœur n'étaient pas là à ce moment là. Je sens qu'on se considère responsable de moi, qu'on s'inquiète, et j'essaye de me montrer forte et à la hauteur pour ne pas les décevoir. Ma sœur a déménagé il y a deux semaines. Elle vit maintenant en plein cœur de la ville dans laquelle je travaille, dans un petit appartement tout douillet. Cela représente un pied à terre pour moi, la possibilité de trouver du réconfort sur une journée de boulot qui tire en longueur, le moyen également d'éviter certains trajets parfois inutiles. J'ai d'ailleurs dormi chez elle cette nuit.
J'ai retrouvé l'écriture aussi. Celle spontanée, impulsive. Celle qui fait du bien, qui fait sourire. Celle qui illumine et qui dynamise. Les listes, les petits mots, les gribouillages sur des coins de serviettes en papier, les petits mots dans l'agenda...
Et somme toute, j'ai la patate. Des envies de faire la fête, de profiter de chaque instant. Je dors peu, je mange par phases : glouton ou moineau. Je m'écoute. Il était temps !
Je sais que je vieillis. Bien sur. Il y a quelques semaines, je fêtais mes trente deux ans. Je me sens encore souvent l'âme d'une enfant. Pourtant, je sais que je vieillis et que je suis une adulte quand...
On m'appelle Madame dans une boutique.
Je reçois des factures astronomiques à mon nom.
Je gobe mes antidépresseurs tous les soirs.
Je passe un week-end toute seule chez moi et j'apprécie ça.
Je prends des décisions que j'assume.
J'entraine mon groupe d'impro et que je les vois progresser.
Je suis face à une salle de classe et que les mots et les idées s'enchainent avec évidence.
Mes élèves essayent de me donner un âge.
Un homme se retourne à mon passage.
On me considère comme une femme.
Je fourmille de projets que je sais aujourd'hui réalisables.
Je repense à la jeune écervelée que j'étais.
Je me tartine de crème pour gommer les effets du temps.
On me rappelle que je suis propriétaire.
Je fais le compte de mes histoires de cœur et j'en tire des leçons.
Je regarde mes parents vieillir, ma grand-mère perdre la raison.
On fait appelle à mes conseils.
Je parcours les photos soigneusement rangées dans des boîtes à chaussures.
Je retourne dans des endroits importants dans ma vie, passer sous les fenêtres d'un appartement ou j'ai vécu.
Je parle de certaines séries que je regardais enfant.
Je vote.
J'arrive à me positionner face à quelqu'un que je respecte.
Je fais des choix de vie et de consommation citoyens.
Je parviens à le détacher du regard des autres.
Je relis mes journaux intimes.
Je me reconnais dans certaines séries à l'eau de rose.
Je m'assume seule.
J'écoute des gens me raconter leurs problèmes.
Je corrige des paquets de copies.
...
Mais dans ma tête, j'ai encore dix-sept ans.
Avoir un esprit de contradiction
et d'insouciance.
Observer des fleurs bleues qui me sortent par les
oreilles quand vient le printemps,
Être rongée par des envies de bonbecs et de Princes (pas charmant, non !)
faire des grasses matinées.
Etre victime de la procrastination en puissance.
Gâtifier avec Lucien.
Faire des caprices.
Courir dans les prés.
Faire des listes
Écrire et dessiner.
Regarder les mêmes séries niaises que je regardais étant petite.
Adopter des tenues vestimentaires improbables.
Faire la sieste.
Reprendre la cigarette.
Prendre des décisions à la dernière minute.
Faire des surprises insensées.
Perdre mon temps.
...
C'est quoi au final "être adulte" ? Avoir des responsabilités ? Payer ses factures ? Travailler plus que de raison ? Je ne le crois pas. J'imagine que ça passe par un épanouissement, une sérénité, une volonté de regarder plus le futur que le passé. Mais je ne sais pas si j'ai une vraie réponse à cette question...
On se cogne, on se heurte à quelque chose que l'on attendait pas. Sur le moment, la douleur. Une douleur vive et surprenante. puis ensuite, avec le temps, on y pense moins. Elle s'estompe. Elle revient lorsqu'on remet le doigt dessus. Puis les jours passant, l'endroit du choc laisse apparaître une marque violacée, qui peut changer de coupleur et durer dans le temps, parfois bien au-delà de ce que l'on pouvait imaginer. C'est ensuite une douleur sournoise qui vient régulièrement se rappeler à vous et remémore le moment du choc, si inattendu.
La vie est faite de coups et de bleus. Elle surprend et blesse.On manque parfois d'air, on manque parfois de temps pour comprendre. On ne s'attend jamais à ce qu'elle nous prépare.
***
Il marche sur le bord des routes. Je l'ai déjà vu des centaines de fois. ses jambes nues et minces trottent dans les broussailles. Il est toujours là, divaguant dans toute la ville à la recherche de "je-ne-sais-quoi". lui même le sait-il ? Sur son dos, un sac usé à la corde qui doit contenir sa vie. Sa barbe est longue et sa peau tannée par le soleil. Cet homme a dû souvent se heurter à sa vie. Il cherche surement aujourd'hui la réponse à toutes ces questions suscitées par les chocs du quotidien. Il cherche peut-être comment ne plu_s se faire mal en se détachant de tout ça.
De retour chez moi. Moi, de retour. J'ai un peu été une autre tout l'été et il a fallu se retrouver. Pas une autre fausse, simplement une moi-même que je ne connaissais pas et que je ne soupçonnais pas. Le retour s'est accompagné de tout un tas de sorties, de vadrouilles et de délires. Un atterrissage en douceur. Puis cette semaine, je suis restée chez moi, sortie si peu. Il a fallu ces quelques journées de solitude pour faire le point avant de rependre une année qui sera peut-être finalement très proche de la précédente. J'ai essayé de trouver d'autres employeurs, d'autres pistes de travail, mais mes demandes restent pour le moment sans réponses.
Autre piste, qui me semblait bloquée et qui ne l'était peut-être pas tant que ça. La question de fin juin, celle qui s'était soldée par une réponse négative, s'est reposée, sans que je ne m'y attende. Le week-end dernier, j'ai retrouvé des amis pour deux jours en montagne. Je savais qu'il serait là, mais je taisais cet espoir qui chuchotait. Je craignais simplement une gène. puisque nous ne nous étions pas vus depuis les mots. Finalement, la soirée a filé, tout était naturel et j'étais heureuse. Puis est arrivée l'heure où chacun est parti se coucher. Nous passions la nuit sur place, j'avais décidé de me faire une nuit seule à la belle, alors que les gars rejoignaient leurs douces couettes. Je suis partie chercher mes affaires restées dans ma voiture. A mon retour, il était seul et m'attendait, tous les autres ayant déserté les lieux pour une bonne nuit de sommeil. Le lendemain, une belle rando nous attendait. Lui, il était toujours là, et il voulait parler, à ma grande surprise, puisque pour moi, la porte avait été gentiment refermée. Les mots sont sortis aisément me semble-t-il, l'alcool ingurgité toute la soirée aidant. D'ailleurs, tout ce qui me reste de ces échanges est un peu confus. Je sais qu'il m'a prise dans ses bras, qu'il voulait en savoir plus sur moi, sur cette "déclaration". Impossible pour moi de traduire cela avec des mots précis, ça reste un patchwork d'impressions et de sensations. Nous nous sommes couchés des heures après, sans qu'une conclusion viennent mettre fin à cet échange.
Le lendemain, ce fut une des rando les plus dures de ma vie. J'en ai bavé, au propre comme au figuré. L'alcool de la veille, les quelques rares heures de sommeil, les clopes m'ont coupé le souffle. J'aurais aimé revenir sur les mots de la nuit, mais les circonstances ne le permettaient pas. Je suis donc rentrée éreintée dimanche soir avec des questions pour me ronger le ventre. J'ai su rester silencieuse jusqu'à lundi soir (quelle patience) et j'ai pondu un de mes traditionnels mails, de ceux qui viennent dire ce que je suis incapable d'articuler. Le mail est resté sans réponse jusqu'à ce matin et autant dire que j'ai passé une semaine à me torturer le cidoulot. A tourner en rond dans mon appart', à fumer et à danser, à commencer des activités que j'étais incapable de terminer, concentration impossible, à alterner colère, espoir et résignation. Puis finalement, une réponse qui n'en est pas une est arrivée ce matin. Il n'y a pas de "oui", pas de "non" et pas même de "peut-être". Il n'y a pas de "maintenant" et pas de "plus tard". Il baigne dans le doute, je ne parviens pas à savoir ce qui le perd à ce point et le savoir dans une telle situation me fait presque regretter d'avoir parlé. Pour moi, il n'y avait que deux options, question simple oblige. Il a réussi à se perdre entre les deux. Et me voilà moi aussi larguée. Je me dis qu'il faut que je me préserve de ça, que je n'ai pas envie de jouer, j'y ai déjà perdu quelques plumes l'automne dernier. Et j'ai passé l'âge de ce genre de triturage de cerveau. La balle est dans son camp et je ne dois pas attendre qu'elle revienne. Si facile à dire. A ce stade de questionnement, j'aurais préféré qu'il me dise "merde"...
Deux jours merveilleux, pleins de soleil. Mise en lumière de certains éléments qui restaient dans l'ombre.
Samedi soir, repas avec mon groupe de théâtre. Un parmi tant d'autres les derniers temps. C'est bon et simple d'être avec eux. Depuis la rentrée, les liens se sont faits plus forts et j'apprécie tout particulièrement leur compagnie. Nous construisons ensemble, nous partageons et bien que nos caractères soient très différents, nous arrivons à être soudés dans cette démarche. A venir, de beaux projets qui vont finaliser notre année de travail.
Puis, hier matin, j'ai pris la route pour la montagne. Accompagnée de Nam, de Lu et de ma belle Tine, nous avons trotté de longues heures dans les pentes des Vosges, serpentant entre les rochers, les ruisseau et dans les herbes folles et fleuries. C'était la première fois que je revoyais Nam en dehors de notre petit cercle et j'appréhendais un peu ses réactions. Il a été on ne peut plus correct, évoquant à peine parfois ce que nous avons vécu. Il y a si peu à dire sur le sujet que je n'en attendais pas moins de sa part.
J'ai aimé l'effort, le souffle coupé, les paysages magiques à cette période de l'année digne des contes de fées. Tine et moi nous attendions parfois à voir filer un gnome dans les sous bois tant le décor semblait fantastique.
Je connais Tine depuis longtemps. Elle est une amie du Pooh. Quand nous étions encore étudiantes, nous n'avions rien en commun et les soirées passées ensemble ne faisaient qu'appuyer ce manque d'affinité. Je profitais alors de ma jeunesse en me risquant sur des chemins excessifs, alors qu'elle traversait une vie d'étudiante modèle. D'ailleurs très souvent à l'époque, j'ai perçu des reproches, une animosité, par rapport non seulement à ma façon de faire, mais également à la mauvaise influence que je pouvais avoir sur le Pooh. Puis le temps a passé. Chacune d'entre nous a élaboré sa vie d'adulte. Je l'ai revue souvent, toujours par personne interposée. Puis l'an dernier, alors que j'en bavais et que tout me semblait insurmontable, elle traversait les mêmes difficultés. Souvent, le Pooh m'en parlait et nous avons finalement eu l'occasion d'en parler ensemble. Et comme nous vivons toutes les deux seules dans la même ville, nous avons commencé à nous voir seules, autour d'un verre, devant un film, pour une balade. Aujourd'hui, elle est une personne très proche de moi, sur laquelle je peux compter et dont j'apprécie la spontanéité et la joie de vivre.
Pendant que nous trottions, je réfléchissais aussi à mon futur, aux prochains mois. Comme chaque année, c'est une période d'incertitude. Je ne sais pas de quoi va être faite ma prochaine année scolaire. J'appréhende toujours un peu. Je veux faire des choix pour améliorer les choses, mais choisir c'est renoncer et parfois, d'autres font les choix à ma place. Alors que j'évoluais dans un pierrier réputé particulièrement dangereux et que je cherchais où poser mes pieds pour avancer en toute sécurité, ces idées me traversaient l'esprit. Je voyais chaque caillou comme une stabilité future. Et ce pierrier comme une métaphore de ma vie. Où prendre appuie pour ne pas perdre l'équilibre, quels risques prendre ?
Je voudrais du soleil vert
Des dentelles et des théières
Des photos de bord de mer
Dans mon jardin d'hiver
Je voudrais de la lumière
Comme en Nouvelle Angleterre
Je veux changer d'atmosphère
Dans mon jardin d'hiver
Ta robe à fleur
Sous la pluie de novembre
Mes mains qui courent
Je n'en peux plus de l'attendre
Les années passent
Qu'il est loin l'âge tendre
Nul ne peut nous entendre
Je voudrais du Fred Astaire
Revoir un Latécoère
Je voudrais toujours te plaire
Dans mon jardin d'hiver
Je veux déjeuner par terre
Comme au long des golfes clairs
T'embrasser les yeux ouverts
Dans mon jardin d'hiver
Ta robe à fleur
Sous la pluie de novembre
Mes mains qui courent
Je n'en peux plus de l'attendre
Les années passent
Qu'il est loin l'âge tendre
Nul ne peut nous entendre...
Vous ne pouviez pas trouver le résultat de mon équation puisqu'il manquait la variante b de la bronchite que je traîne depuis dimanche.
Poumons en feu et quintes de toux régulières qui semblent annoncer à mes proches le passage d'une tuberculeuse. Depuis hier soir, comme si cela ne suffisait pas, mon nez ressemble à une fontaine et mes oreilles sont bouchées en permanence. La fatigue m'anesthésie le cerveau. J'ai parfois l'impression (que j'avais déjà eue dans de pareilles circonstances), de me regarder vivre d'au-dessus. Comme si une entité de moi-même, calme et sereine, immobile, avait le temps d'observer celle qui s'agite et qui court.
En vrac : Conjugaison et emploi du subjonctif. Rôle du journaliste. Dormir. Rappel sur les homophones. Atelier gestion du stress. Correction d'un roman. Ménage. Achat d'un clic-clac. Changement de l'organisation de l'appart'. Bulletins des premières années (100 élèves). Correction des copies, souvent le matin, trop tôt. Faire à manger. Faire l'appel. Dormir. Méthodologie de la synthèse. Pause déjeuner dans ma voiture. Voiture au garage. Cours particuliers trop loin. Entretien avec mon futur ex-patron qui s'en va. Tasse de thé. Remplissage des fiches d'appel. Émargement. Mettre du diesel. Mettre à jour les classeurs pédagogiques. Sandwich. Se brosser les dents avant de se coucher avec les yeux déjà fermés. Dictée. Exercices d'application. S'endormir devant la télé. Plus savoir où on s'est garé. Plan au tableau. Bordel dans mon sac. Pile de livres sur le siège passager de ma voiture. Des feuilles qui s'envolent quand on ouvre la porte. Brouillard sur l'autoroute. Dormir. Etc.
Aujourd'hui est le dernier jour de la semaine. Celles qui suivront seront plus faciles. Je pense déjà à l'année prochaine, me rapprocher à nouveau de chez moi. Les trajets sont difficiles. Je pense aux jours plus longs qui arrivent, à la lumière du printemps.
Je regarde autour de moi cette vitesse, comme un train qui me passerait dessus tous les jours. Qu'on aimerait bien arrêter. Je pense souvent à Rabbit in your headlights. J'aimerais pouvoir me planter face au temps et le figer, le faire voler en éclats. Savoir le maîtriser, comme un caoutchouc qui pourrait prendre la forme que je souhaite.
Ce soir, mon dernier atelier théâtre du semestre. On reprendra fin février, il y a déjà des inscrits et des réinscrits. Je partirai sans doute sur d'autres méthodes, beaucoup de points restent à murir. Demain soir, je suis presque en week-end et ça tient du miracle. Peut-être une escapade rapide en Savoie histoire de changer d'air, mais j'aurais plutôt besoin de repos...
Un élève de sixième traite son prof de connard. Le prof, impulsif lui retourne une raclée. La même raclée qu'il se serait sans doute prise dans n'importe quel autre contexte pour de tels propos. L'élève, dont le papa est gendarme, est renvoyé trois jours. Le prof est mis en garde à vue 24 heures et il sera jugé fin mars pour "violence aggravée sur mineur". Jusque là, il est suspendu.
Je ne fais pas l'apologie de la violence loin de là, le geste est à punir, mais je songe à l'image qui reste aux élèves de ce collège et à tous les autres d'ailleurs : traitez un prof de connard et il se retrouve devant un tribunal !
Je trouve dangereuse l'idée du moment qui se banalise dans le contexte électoral, passe-partout autour de moi : "il est dommage de perdre une voix pour un candidat qui selon les sondages n'a de toute façon aucune chance, alors autant donner la voix à celui qui peut gagner". Où est la démocratie ? Et je parle bien de la France et non de la Russie.
L'autre jour en classe, j'interpelle un élève fashion victime qui semble jouer avec son portable sur la table. J'entends des bip-bips et je lui demande donc de ranger l'engin. Je vois ses voisins de rang pouffer et lui ne lève pas les yeux vers moi. Je crains le pire, je m'approche avec appréhension de sa table et il me regarde enfin pour me dire : "c'est pas un portable M'dame, mais z'inquiétez pas, j'ai tout de suite fini". Et en m'approchant encore, je vois l'émetteur du bip-bip en question. Mon adorable dandy était en train de paramètrer sa ceinture abdominale électrique pour soigner sa silhouette de rêve, y compris pendant mes cours ! On arrête ni le progrès, ni la coquetterie.
L'album de Coldplay est sorti lundi. Un conseil de classe malencontreusement déplacé à midi m'a empêchée de me précipiter dans le centre ville pour en faire l'acquisition mais grâce à la magie d'internet, j'ai déjà pu grappiller quelques morceaux. Et il y a quelque chose de très particulier qui se produit à chaque fois qu'on écoute l'album d'un groupe suivi et aimé pour la première fois. On a cette impression de retrouver un ami, un pote qui compte mais que le temps ou la distance a éloigné. Et on reconnait tout de suite ses petites habitudes, ses intonations, on lit son sourire dans la voix, on entend même ses gestes pendant qu'il chante. Je vois pour Chris ses yeux qui se ferment, la démesure de sa bouche qui cherche un cri, son corps qui se désarticule, ses deux mains sur son micro ou qui semblent chercher des hauteurs invisibles. Je vois les paillettes de rire dans ses yeux sur certains morceaux, ses doigts qui dansent sur le piano pour d'autres. Et j'anticipe déjà mon premier septembre...
Finalement, pas de jardin pour cet été. Une semaine de tracasseries, d'angoisses, à nous demander si notre tyran de proprio allait faire preuve de générosité et quelles en seraient les conditions. Il a fini, après une longue attente, par nous fixer rendez-vous sur place sans rien préciser de sa décision. L'idée d'aller là-bas nous faire taper sur les doigts et nous faire coller le nez dans ce que les voisins considèrent comme de la merde nous a fortement déplu. L'idée même que ce soit ces mêmes voisins qui sont à l'origine de tout cela et que nous donner ainsi en spectacle serait pour eux pure satisfaction m'a dégoutée. Puis ça ne faisait pas partie du contrat au départ alors nous refusons ce cumul de pression "si vous ne faites pas mieux vous dégagez". J'ai trouvé malsaine l'idée de continuer à déambuler là-bas sous l'œil critique, hypocrite et cafteur des deux vieux. Nous n'avons pas voulu céder à ce chantage. Alors nous avons simplement envoyé un recommandé avec accusé de réception pour signaler que nous résilions le bail. Nous avons simplement devancé sa décision, qui nous avait été annoncée par mail sans précision de date, pour ne pas être dépendants de lui. Cette situation ne devait pas durer comme ça. Il est ainsi pris à son propre piège (il va devoir trouver au plus vite quelqu'un qui pourra s'en occuper et qui aura fait de hautes études de jardinage puisque la barre est fixée très haut) et nous sommes libérés de cette contrainte. Il nous reste moins d'un mois pour récupérer les outils, le barbecue, la pompe et quelques légumes qui vont venir nous rejoindre sur le balcon (pieds de tomates, de poivron, fraises, courgettes et melons, quelques herbes aromatiques et quelques fleurs).
Et ce qui me semblait bien triste au départ est au final une idée agréable. Nous allons pouvoir être plus libres cet été, partir sans rendre de comptes, sans trouver de volontaire pour pomper et arroser tous nos légumes. L'appartement sera sans doute laissé pendant nos vagabondages à un ami qui pourra ainsi s'occuper de nos "légumes de balcon" et profiter de la proximité du centre ville. Nous étions l'autre jour en montagne, profitant de quelques rares rayons de soleil et nous avons déjeuné sur le bord d'une rivière étincelante. Lucius s'est baigné, petite torpille. Nous avons trainé dans les herbes hautes, nous avons trotté sur les petits sentiers parfumés et je n'ai cessé de me dire que le vert était là, que c'était ça la nature que je voulais sentir et pas ce jardin qu'on nous impose net et traité chimiquement. Toute une farandole d'idées de détours et de vagabondages danse dans ma tête : la Savoie bien sur, mais aussi la Bretagne et la Normandie qui m'ont mis l'eau à la bouche cet hiver, et en vrais baroudeurs, pour avoir les doigts de pieds dans l'herbe dès le matin.
Arrivée très tôt au boulot ce matin. Déjà l'air est lourd et ce n'est que le début. Je déambule dans les couloirs déserts de mon établissement. Comme j'ai quelque chose à dire à mon directeur, je pousse la porte de son bureau, adjacent à la salle des profs. Et là, surprise : bien sur, il n'est pas encore arrivé, mais sa clim tourne à fond depuis la veille et l'air est glacé. Je suis choquée. On nous demande des économies de bouts de chandelles pour que Monsieur se rafraichisse les fesses ! Allez ensuite expliquer aux étudiants pourquoi il est important de faire des photocopies recto-verso et d'éteindre la lumière en quittant une pièce !
8h42. Debout depuis 5h30. Derrière moi, déjà une douche froide, un rangement de cuisine, un ravalement de façade (ma tronche à cause de l'heure à laquelle je me suis couchée), cinquante kilomètres vers le Sud, une bonne centaine de bâillements, une vingtaine de minutes dans les bouchons à cause des travaux sur le pont, des bises à gauche à droite, en pilote automatique, deux tasses de thé et de l'impatience. Je savais que ce n'était pas la peine. Je suis assise dans ma salle de classe depuis huit heures et mes élèves ne sont pas là. J'attends, mais je sais pertinemment qu'ils ne viendront pas. Ils sont peu nombreux et voilà des mois qu'ils se démotivent les uns les autres. Et moi, je suis là et j'attends. Orage dans l'air, au propre comme au figuré.
Quelques souvenirs de la soirée d'hier, comme des éclats de lumière : anniversaire de Mat', il a trop bu, on a ri et parlé trop fort, sur la terrasse d'un restaurant de l'autre côté de la frontière. Et j'ai souris en pensant à ce cher Mat' qui est toujours le premier à se plaindre de l'attitude hautaine des touristes étrangers sur la terrasse de son café. Je l'aime beaucoup, il occupe une place importante dans nos vies. Il va d'ailleurs s'installer chez nous pendant que nous serons en vadrouille. Il aura la responsabilité des plantes et un appartement de célibataire pendant plusieurs semaines.
Notre départ est d'ailleurs prévu pour mi-juillet, une fois que les quelques festivals et festivités prévus seront derrière nous. Nous partons à l'aventure, sans destination définie, sans doute vers les endroits désertés par les masses, ce sera d'ailleurs peut-être le seul objectif. Je rêve de rivières aux vasques vertes, de petits marchés noyés de soleil et saturés de parfums sucrés-salés, de sous bois silencieux pour y faire des siestes, de randonnées dans l'immensité qui coupe le souffle. Ensemble de clichés, mais j'ai envie de simplicité. J'ai besoin de solitude, de me débarrasser des convenances et des regards qui me pèsent toute l'année. En position "exposition" pendant trop longtemps. Et Neb et moi avons besoin de cette parenthèse : quelques semaines loin de tout, loin du "nous" de l'année, pour nous retrouver. Il y a beaucoup de choses à dire, tant de choses à faire et finalement, si peu.
9h04. Je suis fatiguée. J'ai juste envie de me rouler en boule et de dormir. Je vais profiter de ces heures creuses pour mettre à plat les quelques projets d'écriture qui me chatouillent depuis des semaines.