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Diane Groseille
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9 février 2006

Matinade.

Traîner les pieds dans la neige ce matin et voir la ville se réveiller, une femme en pyjama qui ouvre ses volets, des enfants qui sortent en courant de la boulangerie avec des sacs énormes sur le dos. Une lumière inhabituelle, jaune orangée au-dessus des maisons. Au loin, dans la direction où je vais, les Vosges qui se dessinent dans toute cette lumière, comme si elles venaient de se dresser, nées dans la nuit. Et pour la première fois depuis longtemps, pas d'écharpe autour de mon cou, l'air est bon, presque tendre ce matin...

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10 septembre 2005

Petite boule dans mon ventre.

Non, je ne suis pas enceinte. Enfin, pas à ma connaissance. Il y a simplement une petite boule d'appréhension qui se roule dans mon ventre depuis hier soir, puisque ce matin se joue pour moi une nouvelle rentrée. Encore. Différente cette fois puisque je prends la place de l'élève. Elève particulière avec un morceau de bois sous le menton et des poils de chevaux dans la main droite. Allez comprendre!

8 septembre 2005

Plus tard.

Deuxième semaine déjà (presque) bouclée. Je compte les jours comme un fumeur qui aurait réussi à se séparer de la cigarette. Puis viendra un moment où je ne compterai plus. La machine sera vraiment lancée. Difficile de se dire que c'est "pour de vrai" avec ses relents de grandes vacances. Difficile de se dire qu'on est parti pour plusieurs mois. Le soleil qui nous nargue donne à ce mois de septembre des couleurs de juin. Et je me sens frustrée de passer chaque minute de douce chaleur devant un tableau blanc, alors que j'aimerais me vautrer dans un pré ou m'évader encore sur mon vélo noir. J'appréhende tellement cet automne qui va nous priver de chaleur et de lumière, qui va nous anésthésier les sensations, qui va nous ancrer dans la routine et anéantir notre motivation. J'ai peur de cette nuit qui va se faire omniprésente.

Filer dehors avant que le soleil ne se couche.

6 septembre 2005

Le Pooh.

Soirée chez elle hier. Que c'est bon d'être à ses côtés. Je suis heureuse de la voir aller mieux ces derniers temps. Sa solitude lui est toujours douloureuse, mais elle se bat avec son sens de l'humour. Mon Pooh vit sur une autre planète: l'univers des princes charmants, des mariages somptueux, de la dentelle, des épisodes de friends et de la forêt des Rêves bleus. Dans son monde, chaque chose doit être parfaite et surprenante, tout doit s'imbriquer parfaitement dans une sorte de quotidien  romantique millimètré. Le Pooh connaît donc régulièrement des contrariétés. Parce que son monde n'est pas forcément compatible avec le vrai monde. Alors elle saute de l'un à l'autre, comme une gamine qui sauterait sur une marelle. Elle est émouvante, d'y croire toujours, de s'accrocher à son destin qui sera comme elle le rêve. Finalement, le Pooh veut juste être heureuse, être aimée, avoir droit à sa part de bonheur et elle a tellement raison d'y croire.

Lumière jaune dehors. Il y a eu de l'orage cette nuit. Le Pooh m'a annoncé hier soir sans le savoir une grande nouvelle. Elle me parlait d'une de ses collègues qui était tombée folle amoureuse d'un type marié. Ses yeux brillaient quand elle me disait à quel point cette relation semblait fougueuse. Puis elle me parle de l'infidèle. Elle me dit où il vit, où il travaille me demandant bien entendu la plus grande discrétion. Je reconnais le portrait de F., mais ce n'est pas possible puisque lui et sa femme filent le parfait amour depuis le lycée. Je les ai connus en centre de vacances il y a des années. Ils ont été pour moi des référents alors que j'étais toute jeune. Référents dans le domaine de l'animation, mais aussi modèles pour ma vie sentimentale à venir: une telle complicité, la facilité de se comprendre, la tendresse, le partage. Alors hier soir, il a fallu que je sache. Elle a laché le prénom, oui, c'est lui. La nouvelle me laisse un goût amer dans la bouche, comme si c'est moi-même qu'il avait trahie.

15 septembre 2005

Paresse.

Tant de choses à faire cet après-midi (macarena, tri des photos, courrier, ménage, copies, mises à jour, coups de téléphone, préparation des cours bac de demain, derniers détails inscription, etc) . Et il a fallu que je m'endorme sur le canapé. Obligée maintenant de mettre le turbo. A commencer par ce rendez-vous pris il y a plusieurs semaines. Faudrait vraiment pas le rater. Même si j'ai aucune envie d'y aller.

REVEILLE-TOI !

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11 septembre 2005

Les dimanches soirs puent.

Je me sens seule ce soir.
Je me sens lourde.
Incomprise.
Trahie.
Journée pourrie.
Des tensions.
Des mots tranchants.
Des larmes.
Goût de trop de sel dans la bouche.
On se fout de moi.

Je suis sans doute faite pour vivre seule.
L'impression d'être sale.
Le regard des autres se fait de plus en plus blessant.
Leurs mots, au lieu d'apaiser me pèsent.
Et les miens sonnent creux, on ne les entend pas, on ne les comprend pas.

J'ai marché tout à l'heure, pour ne pas trop montrer mes larmes, je suis partie avec elles.
Je suis montée dans la forêt le long des chemins mouillés, gorgés.
Je souhaitais ne croiser personne.
Seule.
De plus en plus.

20 septembre 2005

Entre chien et loup.

Je retrouve mon rendez-vous quotidien devant l'ordinateur, au crépuscule, Neb homme de moi roupille encore. Premier réveille dans le noir, dans la nuit. La fatigue du premier mois se fait déjà sentir. Les nouvelles têtes ne sont pas faciles. Facile de faire déjà un bilan, les monstres ont montré de quoi ils étaient capables, ils veulent tester les limites. Plus que les autres années pour certaines classes. Ils cachent leur niveau catastrophique derrière des clowneries dignes de petiots de maternelle. Si peu de maturité et de motivation. On a l'impression qu'ils sont là parce qu'ils ont vu de la lumière, alors ils sont rentrés. Je pense que beaucoup ne tiendront pas le choc. Il n'y a de toute façon pas de place pour les fumistes en entreprise.


Je me dis que ces premières semaines sont encore softs. Le vrai rythme n'est pas encore pris. Il y a tous ces éléments qui vont se greffer dessus. Et j'ai peur de ne pas encore avoir assez de recul. J'ai trop la tête au lycée. Encore les jambes trop lourdes en rentrant le soir. Je veux pourtant qu'il y ait de la place pour autre chose. Et j'y arriverai. Impératif.

28 septembre 2005

Seule, éphémère et légère.

Un peu triste depuis plusieurs jours. Ses bras ne me réconfortent pas. Il ne cherche pas à comprendre mais je lui fais de la peine. Peut-être qu'il sait. Et je me sens si loin et si seule. Je le regarde et j'ai l'impression de ne plus le connaître. Je ne veux pas encore lui dire les mêmes mots qui se bousculent. Alors je suis perdue. Je voudrais tant me retrouver en lui, savoir ce qui se passe, mais il y a comme un mur quand je lui parle, il entend, mais ne réagit pas. Difficile d'en parler plus. J'aligne quelques mots ici, pour personne, un matin. Fatiguée de faire des efforts/projets seule.

21 septembre 2005

Doryphore.

Des élèves qui me demandent de les rejoindre en terrasse pour boire un verre. Pas envie, ils avaient qu'à être moins cons. Leur immaturité les derniers jours me fatigue. Je regrette certains jeunes qui ont eu leur diplôme l'année passée (si on me l'avait dit, je ne l'aurais pas cru). J'ai revu hier soir un jeune homme qui fut parmi les meilleurs de la dernière promo, c'était un peu mon poulain, mon chouchou (il ne l'a jamais su puisque je mets un point d'honneur à rester juste). Il m'a semblé tellement "grand" comparé à nos jeunots. Il n'y a pourtant pas de vraies différences d'âge. Ils sont souvent majeurs, fréquemment indépendants, parfois déjà parents et pourtant, j'ai tellement régulièrement cette impression de bosser avec des gosses. Donc ce soir, ils ont essuyé un refus. J'y étais déjà il y a deux semaines. Le soleil sur mes jambes et le goût de la bière me tentaient, mais je n'avais pas envie de leurs pitreries. J'ai enfourché mon vélo et me voilà de retour après huit heures de cours et les oreilles qui sifflent encore de ma voix qui résonne contre les murs blancs.

21 septembre 2005

Fashion victime.

Il est là, sur le trottoir, il danse d'un pied sur l'autre. A quelques pas de lui, une terrasse pleine de monde. Sa raison d'être là. Il faut qu'il soit vu. Il sautille d'un pied sur l'autre, comme s'il devait faire pipi, s'agite et parle très fort au téléphone en même temps. Il rit aux éclats et fait briller ses dents bien alignées en même temps. On suppose un téléphone en fait, sa main est contre sa joue, mais l'engin doit être si petit qu'on ne le voit pas. La seule chose qu'on ne voit pas d'ailleurs. Tout le reste est plus que visible. Fashion. Clinquant. Une veste en cuir bordeau cousue de fil rouge, bien ajustée, lui faisant une taille de guêpe. Un jean qui semble très vieux mais qui doit être très neuf et surtout très cher. Des pompes avec lesquels il pourrait faire de l'alpinisme, il ne manque plus que les crampons métalliques et il peut se balader sur un glacier. Une coupe coiffé-décoiffé (nécessitant un pot de gel) qui a dû être travaillée pendant plus d'une heure le matin même et vérifieé plus de trente fois depuis. Puis le must, les lunettes, carrées, monture noire, épaisse, du style de celles qui était remboursées intégralement par la sécu il y a encore quelques décennies. Et c'est le détail qui tue, le petit détail qui lui donne un air intelligent, mais alors juste l'air. Puis si ça se trouve, il en a même pas besoin de lunettes.


Je déteste la fashion victime, dans toute sa splendeur ridicule. Pathétique.

5 octobre 2005

La somme de toutes les peurs.

Film devant lequel je me suis endormie hier soir. Délicieux moment que celui où les yeux commencent à se fermer comme une caresse, le corps est détendu, bien au chaud. On résiste quelques minutes, en se disant que quand même, faudrait le voir ce film. puis tout compte fait, non. Ben Affleck a une sourire de coeur mais il ne fait pas le poids par rapport à cette douceur qui m'envahit.

Puis je pense plus tard que la somme de mes peurs à moi se fait sur les doigts d'une main. Les vraies peurs, celle qui terrorisent, qui prennent les boyaux et les tordent violemment, qui font monter les sueurs.

  • Le tremblement de terre. Le paradoxe de la fascination et de la terreur. Le fait de pouvoir disparaître comme ça, dans une situation horrible, écrasée sous un pan de mur, le fait de tout perdre. Puis il y cette faille sous nos pieds qui fait que j'interprète chaque vibration.
  • La peur de perdre quelqu'un de cher. De faire face à une absence irréversible. La mère, le père, la soeur ou le frère. Neb homme de moi.
  • Mourir. Quitter sans pouvoir calculer quand et où et comment. Avec la peur supplémentaire qui se greffe dessus: ne pas avoir eu le temps de faire tout ce que je voulais.
27 septembre 2005

Clônes.

On roule, on avance, les jours s'enfilent les uns aux autres comme des perles sur un collier, tous profondément identiques sur les dernières semaines. Je me lève, toujours très tôt, je traîne quelques temps ici, la lumière de l'écran me réveille, certains mots aussi parfois, puis je me rue sous une douche souvent trop chaude pour achever le mécanisme du réveil. Maquillage, habillage, tasse de thé, préparation des affaires de cours (rassembler les quelques paquets de copies qui auraient pu s'égarer entre mon sac et la table basse) et le corps s'extirpe de l'appartement, traverse le grand parc encore ensoleillé (à pied ou à vélo) pour arriver toujours trop tôt au boulot. Avoir encore le temps de faire quelques photocop' ou de corriger un tas, avoir le temps de ne pas courir, je n'aime pas arriver sans être là, la tête encore ailleurs. Puis s'enchaînent les heures de cours, où l'on sent la fatigue qui s'installe, l'énergie sort de moi avec toutes ces paroles qui veulent transmettre, affirmer, donner, réveiller, persuader, faire réagir, trouver le mot juste, la phrase la plus simple et la plus évidente, ne pas s'égarer. Mon outil de travail: ma voix. J'aime les voir en face de moi, pesant le pour et le contre, s'étonner de mes frasques. J'aime aller contre l'idée reçue, surprendre, faire réfléchir, remettre en question l'évidence, réveiller l'amorphe qui est en eux, casser le mythe, faire sourire ou naître cet air interrogateur sur un visage. J'aime sortir d'une salle de classe avec la certitude que j'ai donné tout ce que je pouvais pour faire passer un message. Je vois moins mes collègues, R. et P. puisque je ne mange plus là-bas, je ne veux plus baigner dans ce climat d'hypocrisie, je ne veux plus manger en face de Tête de Brique et de sa vulgarité (jamais vu une femme si méchante), alors je fais mon job et j'évite soigneusement cette bande d'arrivistes primaires (sourires crispés et blagues à deux balles "vous allez bien aujourd'hui, vous avez bonne mine")... Je m'y retrouve bien plus que l'année dernière.

Puis vient la fin de la journée, la sonnerie de la dernière heure de cours, où pendant quelques bonnes minutes encore, la tension (une bonne énergie) est palpable dans le corps. Souvent, je les regarde partir et je reste encore dans la salle, j'en ouvre les fenêtres et j'évacue ce trop plein de force qui est encore en moi: je m'assieds, je prends quelques notes, je souffle...

Retour à la maison, souvent au radar, avec des pensées encore plein la tête. Mon programme de l'année n'a pas débuté et mes soirées sont encore creuses, je m'endors souvent devant la niaiserie d'une chaîne allumée automatiquement, après avoir mangé une babiole. Pas la force d'entreprendre quelque chose de plus concret. A partir d'octobre, ça va aller encore beaucoup plus vite.


10 octobre 2005

Chut... Tabou !

A l'instant en cours. Un jeune homme prend la parole pour répondre à une de mes questions. Il fait un amalgame dans sa phrase qui me fait sourire: pour décrire la salle de réception du bal à Vaubyessard, qui est somptueuse, il utilise le mot "luxure", qui ceci dit aurait pu, à la limite, convenir pour la thématique de l'oeuvre intégrale, Madame Bovary. J'explique alors que la luxure est un des sept péchés capitaux que mes jeunes loups connaissent heureusement déjà grace à Julien Courbet ou à Brad Pit. Après avoir donné les six autres péchés, je demande à quoi se rapporte, d'après eux, la luxure. J'en ai un qui sourit dans le fond. Je lui donne la parole. Il me dit après avoir longuement hésité, observé par toute la classe impatiente, qu'il ne peut pas répondre, c'est ramadan, il a pas le droit de dire le mot...

16 octobre 2005

Purée de pois.

Un brouillard dégueu et collant dehors, une humidité poisseuse qui me bousculerait volontiers sous ma couette s'il n'y avait pas aujourd'hui cette CORVEE. Déménager. Pas moi, la soeur. La gentille soeur qui n'appelle que quand elle a besoin ou presque. Je suis remontée, mauvaise impression d'être de la main d'oeuvre. Puis du coup, comme je le disais le week-end dernier, ce sont deux semaines qui se donnent la main et moi qui dois suivre. Pas de pause, pas le temps de souffler et pourtant... Hier c'était la potiche bénévole, aujourd'hui, je joue la brave soeur qui se tape 130 bornes pour faire la mule à cartons. Je suis furax.

5 juin 2005

L'article...

 

... De la semaine qui parle de vous, de moi, de cette écriture jugée trop souvent absurde, considérée comme simple phénomène de mode est .

"Au départ, on a décidé de publier un billet le lundi, et un autre le jeudi. Mais dès le premier jour, j'ai eu envie d'écrire dix notes. J'ai décidé de le tenir à flux tendu. "
Pierre Assouline.

2 juin 2005

Bouclette.

L'autre soir, je déplie soigneusement une tenture, rangée dans un placard depuis notre arrivée dans ce nouvel appartement il y a déjà neuf mois. Elle est lourde souple, de toutes les couleurs. J'en ai besoin. J'ai l'intention de la mettre devant une fenêtre, pour un peu de fraicheur. Je la déplie donc. Je la secoue. Puis je vois voler lentement au-dessus de moi une bouclette noire qui va se poser sur le sol. Comme un petit morceau de laine. Je regarde de plus près, je prends la toute petite bouclette dans ma main et vais la montrer à Neb homme de moi, avec le sourire et des larmes ridicules dans les yeux. Petit morceau de Whawha. Tout petit morceau de Whawha.

3 juin 2005

Furax

Il m'annonce il y a une heure "tu sais où on va ce soir?". Il émerge d'une sieste alors que je rentre du taf. "Nan, je sais pas". Un instant, je me dis "hum, une surprise..." puis je me dis "crotte, j'ai trop de boulot...". Mais il ne fait presque jamais de surprises. Ouais, en fait, c'est ce barbecue chez ces potes dont il m'a vaguement parlé il y a deux semaines. C'est ce soir. Et moi, je me suis trimballé tous mes sujets d'exam depuis le lycée (environ dix kilos de paperasse) avec cette bonne résolution qui m'a trotté dans la tête toute la semaine: "Vendredi soir, tu boucles, même si tu dois te coucher à trois heures". Dilemme. Mauvaise conscience. Démolition de bonnes résolutions à coup de pioche...

Puis finalement, je suis là. Il est parti il y a quelques minutes. Je suis restée là. Je troque un barbec' en plein air contre quelques six cents copies. Quel courage. Même là, je tente encore de me convaincre. Arrète de réfléchir et bosse.

9 juin 2005

Désert.

Plus de commentaires depuis plusieurs jours, depuis plusieurs notes. Très peu de visites. Certains égarés qui cherchent de la confiture ou  des pronostics pour le bac. Faut dire qu'on se fait nombreux ici, chacun veut sa place au soleil, chacun veut sa minute de gloire. J'écris toujours avec derrière moi cette douce tension. Je vois ceux et celles qui sont sous les feux des projecteurs. J'aime les lire bien sur, j'adore les voir se gargariser de leurs commentaires, j'aime déconstruire les mécanismes de leur succès (la provocation, la vulgarité, l'audace ou tout simplement le talent). Je suis jalouse de ce que certains pondent: c'est éclatant, c'est percutant, et à chaque fois qu'on tombe sur une telle perle on se dit "j'aurais pu le faire moi aussi". Oui, il faut le reconnaître, on écrit ici pour savoir un peu ce que l'on vaut, le retour est nécessaire. J'en serais toujours à mon cahier rouge clairefontaine (que j'ai d'ailleurs lâchement abandonné) si je ne cherchais pas une certaine forme de reconnaissance. Puis le silence des derniers temps me décourage. J'aime toujours lire, mais je n'ai plus envie d'écrire. Moins. Impression d'inutilité. Ce serait plus beau ailleurs.

9 juillet 2005

Un rêve...

... Cette nuit, étrange. Sacadé. Histoire de matelas et de rivières. Il y avait certains de mes élèves, il y avait beaucoup de gens contre moi, comme de la haine, des tensions, l'impression qu'il y a la guerre. Il faut nager, traverser cette rivière sombre dont on ne voit pas le fond. Et je traîne avec moi des affaires, beaucoup, comme si je me sauvais, si je devais fuir un danger. On est plusieurs, on se réfugie sous un pont, des trombes d'eau autour de nous et toujours cette rivière qui coule à côté de nous sous le pont. On s'installe comme on peut. Je sais que les gens qui sont à mes côtés ne m'aiment pas, mais je n'ai pas le choix. Je ne sais pas où est ma famille, où est Neb homme de moi, où sont les personnes qui comptent pour moi. J'ai peur. Et je sors un paquet de cigarettes, j'en allume une. Je me regarde faire. Je ne fume plus depuis des années, alors pourquoi, machinalement, je sors ce paquet de clopes. Je fume comme si j'avais toujours fumé, et je me dis, dans mon rêve, "c'est con, t'avais arrêté". Puis il a fallu à nouveau se sauver, chercher une voiture pour partir plus vite et plus loin. Réveil en sueur.

Le matelas, je comprends, on doit ramener l'ancien à la décheterie aujourd'hui. L'ambiance tendue, la peur, je comprends aussi, les images des attentats de Londres (et plus encore les visages des Londoniens) m'ont profondément marquée. Mais pour ce qui est des cigarettes, je ne vois vraiment pas. Je n'ai pas eu envie d'allumer une clope depuis des mois et des mois, pourquoi mon inconscient me fait-il griller des cigarettes la nuit?

16 juin 2005

Elle.

Elle est fatiguée. Elle est rentrée tard. Elle a suivi ses collègues hier soir sur une terrasse, pour penser à autre chose, pour prendre l'air, pour prendre conscience de l'arrivée de l'été. Elle a bu, elle a ri, elle a écouté, elle a parlé... Elle a toujours un peu peur, avec l'alcool, de raconter des bétises... Ils en ont raconté beaucoup. Bonne soirée, comme on en aimerait plus souvent. Elle est rentrée pour aller se coucher aussitôt, après cette longue journée de travail. Et maintenant, elle est là, avec ce paquet de copies sous le nez. Aucune envie.

9 juillet 2005

Pudique.

Juste avant un départ. Pas loin, au bout de la ville, avec des amis, petit restaurant marocain. Je les attends, je me penche à la fenêtre qui donne sur la rue. Je regarde passer les gens. J'ai passé quelques heures à lire des mots de personnes qui cherchent comme moi quelque chose sur ces toiles virtuelles. Et je me dis....

....

On ne se montre jamais vraiment sur un blog. On se cache, on relève vaguement une jupe, comme s'il y avait un coup de vent, comme si ce n'était pas fait exprès. On montre ce que l'on souhaite, le bon profil, avec le sourire. Ou au mieux, on verse une petite larme, mais on reste discret, on choisit les mots, les bons, ceux qui renvoient une belle image de nous...

"Blog-miroir, dis-moi qui est la plus belle?"

Mais le miroir est ingrat. Il colle des doutes. Il y a trop de silences... Ce n'est bien entendu pas une question de physique, ou alors d'anatomie:  tant de détails livrés et tant de secrets gardés... Plus d'un an après, je découvre encore, je me découvre encore. Je me voudrais plus franche ici, plus crue, plus nue.

24 août 2005

A vos marques, prêts, partez!

C'est dingue ce qu'on est capable de faire si on réfléchit.

C'est encore plus dingue ce qu'on est capable de faire si on ne réfléchit pas.

Je mets en place mon emploi du temps de l'année. Je passe pas mal d'heures au téléphone pour être sure de ne pas me tromper. C'est la première pré-rentrée où je ne suis pas perdue corps et âme dans mes futures salles de classes et dans mes livres de cours. Au contraire, je n'y suis pas assez. Tout ce que j'organise est prévu pour que justement, cette année, je n'accorde pas tout mon temps à ce lycée qui n'en vaut pas la peine (... à développer, mais on se contentera de ça pour aujourd'hui...). Je ne suis pas en train de dire que cette année je ne ferai que le strict minimum, mais je vais avoir besoin de limites pour ne pas reproduire le schéma des années passées en donnant le strict MAXIMUM. J'avoue n'avoir pas réussi jusqu'à maintenant à fixer des limites à mon travail. Et voilà comment on se retrouve avec des paquets de copies jusqu'à minuit, des cours à préparer tous les dimanches après-m' et un Neb homme de moi qui ne vous voit plus que comme un zombi avec une greffe de stylo rouge. Alors on aménage. Moins de contrôles. Des choses plus courtes, qui demandent du travail au départ, mais moins d'investissement dans l'année. Puis les cours sont maintenant au point et là aussi, je vais pouvoir me faire plaisir en fignolant, sans travailler en permanence dans l'urgence.

Donc, j'ai voulu faire "autre chose". Et en premier lieu, reprendre des cours de niveau bac. Une élève s'est imposée à moi en juillet, petite soeur d'un bachelier plus que satisfait, qui m'appelait pour savoir si je prenais le relais. Avec plaisir puisque cette année, je commence tôt tous les matins et suis donc plus disponible sur les fins d'après-midi. Il y a aussi mes cours de violon qui vont prendre en septembre, mais j'en parlerai un fois que ce sera amorcé. Puis dès octobre, je reçois mes premiers cours du CNED, en parallèle desquels je suis obligatoirement un cours de langue nouvelle (je pense à l'arabe pour le moment, mais les catalogues ne sont pas encore sortis). Il y a aussi mon abonnement à la piscine que j'aimerais rentabiliser par deux ou trois visites dans la semaine (mon dos et mes nerfs l'exigent). Plus tard, quand la machine sera lancée, et si je tiens le coup, j'aimerais aussi suivre les cours de LSF, et faire quelques stages par le biais de l'alep (photo, théâtre, rando nature, apiculture, etc...). Les prix sont abordables et c'est souvent en soirée ou sur le week-end. Puis pour finir, quelques idées qui me trottent dans la tête: faire de la formation sur les stages BAFA base, apprendre à tricoter (une tentative dimanche après-midi, mais il y a encore beaucoup de boulot), faire un sport de combat, participer à la bibliothèque sonore, suivre des cours de cuisine...

Voilà. De quoi me faire un emploi du temps correct. Ce ne sont pas de bonnes résolutions, ce ne sont pas non plus des caprices. C'est en route,  c'est pas virtuel. Cette année, je ne rate pas ma rentrée!

26 août 2005

Vite.

Une journée chargée qui m'attend. Dernière journée de vacances, déjà très teintée de travail. Je vais passer la matinée au lycée, ramener mes classeurs, trier les documents qui trainent, faire quelques photocopies, classer encore les sujets d'exam de l'année passée... A midi, je file faire quelques achats urgents (surtout pour lundi en fait), puis dans l'après-m', je vais chez ma collègue V. pour voir son petit dernier et pour discuter calmement avec elle (ce ne sont pas nos cinq minutes de récréation qui nous permettront de communiquer). Puis ce soir, fiesta à la maison, ce qui, bien entendu, ne se met pas en route tout seul, y'a du boulot. Alors, je me sauve sous la douche, cette dernière journée de liberté n'en est plus une!

25 août 2005

Précieux.

Je suis allée le voir. Il n'était pas loin, et ce n'était pas difficile, pourtant en moi ronflait une sorte de nervosité, une angoisse, une excitation. Il travaille dans un atelier lumineux, à deux immeubles de chez moi, les planchers craquent et gondolent, partout des étagères avec des flacons de verres, de tailles différentes, contenant poudres, cristaux ou liquides mystérieux. Et eux, accrochés partout, reposant sur des établis, en pièces parfois. Je ne peux pas toucher. je n'ai jamais touché. Il y a quelque chose de sacré dans cette pièce. Je remarque un flacon d'ambre. Il me dit qu'il dilue pour vernir.

Il semble timide, plus artisan que commerçant. Même sans doute artiste. Il a un accent allemand très prononcé et son nom est imprononçable. Il me dit "tout de suite?". Je cache ma jubilation et réponds un simple "si c'est possible oui, mais je peux aussi repasser". Il me prépare l'instrument. Le choisit parmi des centaines, sans hésiter, comme s'il s'était manifesté. Comme s'il y avait un code.  Il l'installe dans un coffre, le manipule avec soin. Je crains qu'il me demande de le tenir. Mes mains tremblent. Je veux le toucher seule, chez moi, le découvrir en silence, sans regards. Un chéque, quelques explications et je repars avec le "précieux" se balançant au bout de mes bras.

Maintenant, il est là. Je l'ai carressé du bout des doigts, comme pour ne pas le réveiller. Il va falloir attendre encore une bonne semaine avant de l'apprivoiser.

8 décembre 2004

Ma satisfaction de la semaine

J'aime la vie, j'aime la vie, oh oui, j'aime la vie (ça ressemble à un chant orgasmique)... Mais p'tain qu'est c'qu'elle va vite en ce moment... J'ai tant de mal à la suivre... Tout ce taf, préparation de situations d'examens, mise en place de projets pédagogiques, remise en question de la pertinence de tel ou tel cours, remaniement de progression et toujours et encore mes corrections de copies... Encore une bonne semaine et demi et ensuite, paraît-il, on passe aux visites en entreprises et ça promet d'être folklorique (surtout de se pointer chez les patrons une semaine avant Noël, pour sur, ils vont adorer.... Encore une bonne idée de notre grand chef)...

Petite satisfaction personnelle hier soir. Fin d'un cours. Un élève vient me voir. Il a pris grand soin d'attendre que tous ses camarades aient quitté la salle (ça sent la confidence). Il s'approche. Alexandre. Jusqu'à là, je ne le connaissais pas sans ses rangos, tout de noir vêtu, même le regard. Régulièrement, alors que je le suis depuis un an et demi, il tient des propos extrémistes, particulièrement simplistes et dangereux dans le milieu où il évolue: propos fascistes, racistes, homophobes, anarchistes... Il arrive hier vers moi en trainant ses baskets. Un bon vieux jean et une veste rouge. J'avais bien noté le changement. La semaine précédente, je m'étais vue obligée de faire un signalement à son sujet au directeur: négationisme. Et c'était pas la première fois que j'avais à le faire. Mais là, il s'était mis dedans profond puisqu'il avait accompagné ses propos d'une lettre abominable. S'en sont suivis des coups de fil au patron et aux parents (je pense même qu'il a fait un signalement). Bien sur, il y a eu des retombées. On a menacé "Monsieur" de renvoi, tant au niveau de l'établissement que de l'entreprise où il travaille. Ma satisfaction  n'est pas là, je ne prends aucun plaisir dans le sadisme (encore un mot qui va me ramener les vicieux de google) bien au contraire. Cependant Alexandre est venu me voir. Il n'avait plus aucun intérêt à le faire, les sanctions avaient été prises. Il m'annonce qu'il a réfléchi, que les propos de son patron et les miens ont mis un sacré souk dans sa caboche. Que toutes les idées qu'on lui fourre dans la tête depuis qu'il est jeune ont été remises en question. Il me dit faire partie d'un "groupe" depuis des années, que jusqu là, ça a été un vrai bourrage de crâne. Que maintenant, il s'en sort plus, qu'il a besoin de nous, de moi, pour y voir plus clair. Qui sont les gentils, qui sont les méchants? C'est un petit pas, mais ça reste un pas....

Ce soir, Neb homme de moi s'en va (d'ailleurs il n'est pas encore rentré). Il part se taper une soirée balnéo avec un pote. J'ai pas envie d'y aller, je peux plus courir, faut que je me pose, c'est trop loin et j'ai toujours le nez qui coule, non, non, non...

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