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Diane Groseille
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18 août 2004

Vous vous ennuyez?

              Alors, là, coup de gueule. Je lis des blogs, comme ça, au hasard, à mon retour de vacances, quand j'ai quelques minutes, entre des recherches d'appart' et des prépas de cours. Je découvre, comme le soulignait notre webmaster, beaucoup de nouveauté. Je suis aussi fidèle aux blogs que je connais et qui me font toujours sourire ou qui m'interpellent. Puis je tombe, au fil de mes lectures vagabondes, sur de plus en plus de bloggers qui S'ENNUIENT. Alors les posts sont sur le sujet très inventifs. Cela va du classique et radical "Je m'ennuie", au "Je me fais chier grave, mais qu'est-ce que je me fais chier", en passant par les plus imaginatifs qui traduisent cet ennui par une liste détaillée de ce que contient leur chambre... Que même eux n'auront jamais envie de relire.

Je suis étonnée. Enervée oui, mais surtout étonnée. La jeunesse se plaint quand elle est en cours. Ce n'est pas intéressant, ce n'est pas là qu'ils souhaitent être, ils ont tellement mieux à faire... Et je constate, de plus en plus, ici et dans la rue, que les jeunes (je parle des moins de vingt ans) ne savent pas quoi foutre de leurs journées. Je ne généralise pas bien entendu, je sais à quel point certains sont capables de s'investir dans un projet, et même que bien des adultes pourraient en prendre de la graine. Mais il y en a de plus en plus qui attendent que le temps passe, en esperant peut-être qu'une fois passée la majorité, la vie sera plus palpitante et pleine de rebondissements... Lamentable utopie.

Alors je me surprends, en bonne animatrice BAFA, à mettre des petits commentaires acides sur les blogs de ces messieurs-dames, en leur faisant des listes de ce qu'ils pourraient bien faire de leur journée. Faut croire que j'ai pitié de leur ennui, mais en tous cas, du coup, moi, je m'ennuie pas du tout.

  • fais un scrabble avec ta voisine de pallier.
  • range ta chambre.
  • inscris-toi à la croix rouge.
  • compte tes poils
  • commence une collection
  • lis des livres (si, si, c'est intéressant parfois...)
  • fais des gâteaux
  • va te promener
  • va ramasser des cailloux sur l'autoroute
  • va rendre visite à des enfants à l'hosto
  • passe ton BAFA
  • visite des musées
  • fais du sport
  • écris des lettres à tes amis
  • fais des dessins, mets-toi à la peinture
  • lis des blogs, y'en qui sont intéressants, si si!
  •  apprends tes départements français, ou les capitales européennes
  • informe-toi
  • voyage
  • fais une liste de tous ce que tu aimerais faire s'il te restait 24 heures à vivre et commence........................

Liste non exhaustive et particulièrement farfelue. A vous de voir... Moi, je m'ennuie rarement, même que trop souvent, je manque de temps pour tous ces petits détails qui font que l'on adore perdre son temps (comme de faire des listes aussi ridicules...).

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3 septembre 2004

Pause thé

Je l'ai attrapé ici, elle l'avait chopé .

1 - Votre mot préféré ? Un au milieu de tant d'autres: libellule.

2 - Le mot que vous détestez ? vulve

3 - Votre drogue favorite ? l'enseignement.

4 - Le son, le bruit que vous aimez ? le silence

5 - Le son, le bruit que vous détestez ? mon réveil

6 - Votre juron, gros mot ou blasphème favori ? le grand classique: putain

7 - Homme ou femme pour illustrer un nouveau billet de banque ? Je ne sais pas, quelqu'un que je n'aime pas. Je ne trouve pas ça flatteur d'avoir sa tête sur de l'argent, en plus, c'est pour être tripoté par tout le monde.

8 - Le métier que vous n'auriez pas aimé faire ? banquier

9 - La plante, l'arbre ou l'animal dans lequel vous aimeriez être réincarné(e) ? un moineau ou un lézard

10 - Si Dieu existe, qu'aimeriez-vous, après votre mort, l'entendre vous dire ? "Bon, je te paie une bière et je te laisse redescendre, t'as une deuxième chance"

10 juin 2004

Puis après, y'a eu ça....

         Autoroute. Moi en pilote automatique. Je roule sur le périph' de ma ville. Putain de ville. Putain de travaux. Mais ça, je me le dis même plus puisque je suis en pilote automatique. Et là, waouch, la sortie que je prends tous les jours est fermée et tout droit, si je continue, je change de pays. Mais j'ai pas le choix, alors je roule. Je fais plusieurs bornes avant de voir le premier panneau de déviation. Et là: les bouchons. Z'avaient fermer trente bornes d'autoroute, aux alentours de huit heures du mat', z'imaginez le bronx? Alors je prends mon mal en patience, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Et je ris parce que les gens pensent que klaxonner, se bouffer les ongles ou gueuler par la fenêtre va faire avancer la file de vingt kilomètres de gros culs qui bloquent le passage. Oui, je ris, pas si nerveuse que ça finalement, relativement zen même. Et plus le temsp passe, plus je trouve cette fuite en avant dans mon emploi du temps charmante. Je vois les chiffres défiler sur mon horloge et je peux compter les gravillons au sol. Je trouve un paquet de gateaux dans mon sac, je monte le son d'Amnésiac et je baisse la vitre pour laisser entrer ce qui se fait moins étouffant avec le peu de mouvement. Je vois "10:00" et je sais que mes élèves se réjouissent déjà de mon retard qui pourrait se transformer en une absence-surprise agréable. Puis la fluidité revient, lentement. et je ris encore de voir ces abruttis à fond de troisième et déjà à 100km/h pour rattraper un retard qu'il ne rattraperons pas. Des cons. Des cons dangeureux.

     Voilà, j'arrive dans ma salle de cours avec 20 minutes de retard et un "rhoooooooooooooo" général de déception. Leçon de zenitude.... Tout d'un coup, je me souviens, cette histoire me rappelle...........

30 mai 2004

La claque de la veille.

         J'ai pas su me motiver. J'y suis pas allée. et je me suis recroquevillée comme une grosse merde sur mon canap' et j'ai pleurniché toute la soirée. Paske j'étais là, seule, paske j'étais fatiguée (je me sens toujours faible de toutes ces antibiotiques, l'impression que ça m'a bouffé toutes mes forces), paske je n'arrivais pas à relativiser. Toujours cette inconstante que je maudis. Incapable d'affronter ses émotions. Je voudrais être un homme, viril et infaillible, sans poil aux pattes à raser, sans débarquements de ragnagnas cruels tous les mois, sans sensiblerie débordante, sans question existentielle qui n'ont ni queue ni tête, sans même le service militaire maintenant.

         Je plaisante bien entendu, mais cette incapacité à raisonner face à mes émotions m'agace. Hier soir encore, j'ai pleuré dans un yaourt à la pastèque et regardant un doc sur le massacre d'Oradour. Et les larmes viennent toutes seules. Parfois, paradoxalement, elles ne coulent pas. Je repense à ce putain d'accident de bagnole il y a un an et demi. Il m'a fallut des heures avant de pouvoir verses une larme, salvatrice dans ce cas là. Elle voulait dire que je vivais encore.

       Hier soir, y'a eu Nico, pendant deux heures au téléphone. C'est la première fois depuis qu'il est parti dans ce pays loin là-bas que nous arrivons à parler si facilement . Quand il est parti, je lui ai dit que je ne voulais pas continuer notre histoire dans ces conditions là. Il l'avait très mal pris et c'est là qu'il m'avait annoncé avoir des sentiments pour moi. C'était plus que cette complicité née dans un camp de vacances. Mais je ne pouvais lui proposer une réciproque et il a quitté la France avec de la tristesse et des regrets. Ceux de ne m'avoir dit avant ses sentiments, par peur de me faire fuir. L'avait raison. Dans les deux cas, on en serait arrivés au même. Il m'a fait sourire quand il m'a dit ne jamais avoir retrouvé depuis la complicité sexuelle que nous avions. C'est vrai qu'il y avait une telle simplicité dans le plaisir, un partage, une vraie communion. Et cela pouvait durer des heures....

       Aujourd'hui, je vois la petite famille. Faut que j'aille chez mes parents et surtout que je profite du soleil que j'ai laissé briller hier tout seul dehors, sans moi, ce qu'il a du s'ennuyer... Fuite en avant. "Il faut accepter la fin des cycles" dixit Nico, 2330, 290504.

28 mai 2004

Promenade dans le parc.

Avec Whawha, je suis allée dans le parc. Promenade du soir, comme tous les soirs. Avec la chaleur de la journée se développent quantité d'effluves. Petite liste:

  • Je descends les marches et dans le couloir, toujours, ça sent le pain chaud ( petite patisserie au rez-de-chaussée).
  • Odeur de pizza dès l'ouverture de la porte de l'immeuble, je vis dans un centre ville, zone pietonne, restaurant tous les deux pas.
  • Plus loin, dans une petite cour intérieure, odeur de lessive du linge propre encore humide est suspendu aux terrasses.
  • Arrivée dans le parc, parfum de l'herbe fraichement coupée qui n'a pas encore été ramassée et qui a seché plusieurs heures au soleil.
  • Odeur forte de caca de chien.

Puis y'a du visuel aussi:

  • Trois sourires et un clin d'oeil.
  • Le soleil en pleine face au détour d'un trottoir.
  • Un sparadrap collé sur un rebord.
  • Un dalmatien qui saute par dessus un banc.
  • Une neige de pétales sur un arbre qui perd ses dernières fleurs pour laisser place à la verdure et à l'été.
  • Une jeune femme, les traits tirés qui crie dans son téléphone portable.

Je porte une jupe longue et fluide, mes sandales de cuir et un pull beige, laine souple. Je sens le vent qui légerement enroule le tissu autour de mes jambes. Je respire.


 

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28 mai 2004

Souvenir de Lo.

SUR MESURE.

Deux ans que je l'avais pas vue. Je marchais dans les rues, j'allais à sa rencontre, elle m'attendais, je le savais. Pas forcément envie de la voir. Tout ça faisait partie du passé et je n'avais aucun intérêt à y aller. En marchant, les yeux dans le vide, je repensais à tous nos moments passés ensemble, à ce qu'elle avait été pour moi. Avec le temps, plus grand-chose, une amourette de vacances tout au plus. Un faire-valoir pour la personne que j'étais à l'époque. Je voyais pas ce que j'étais venu chercher ici, la nostalgie ça a jamais été mon truc. Mais j'étais là quand même et c'était pas forcément une bonne chose par rapport à ma vie du moment. Elle m'avait tendu une perche et j'avais fait l'erreur de la saisir. Bon, j'étais là et je pouvais plus faire demi-tour. Je vais boire une mousse et je me sauve, c'est l'histoire d'une demi-heure et je rentre chez moi. Y'a rien de mal à ça...

Elle m'attendait sur une grande place pleine de soleil, il devait être cinq heures, la fin de l'été mais une journée encore chaude. La gorge sèche, j'avance sur les pavés en me disant que je serais ridicule si je ne la reconnaissais pas. Tour d'horizon. Elle est assise là, de dos, mais je reconnais ses bras minces et ses mains qui lèvent son verre de bière à ses lèvres. Je peux encore faire demi-tour et prétexter un empêchement de dernière minute. Bon, après tout, c'est qu'une bière... Je m'avance, la salue et découvre son visage. Elle sourit et je lui colle une bise sur chaque joue. Je m'installe en face d'elle et nous commençons à converser, comme si je l'avais vue la veille. On parle de tout et de rien, de nos vies, du présent... Ses cheveux sont plus longs, avec des reflets que je ne leur connaissais pas, mais elle n'a pas changé. Toujours ses grands yeux qui impressionnent et qui rient. Elle fume, elle boit et je la suis... Plusieurs verres plus tard, on parle du passé... Je n'ai aucune excuse à fournir, d'ailleurs elle n'en demande pas, elle ne cherche pas à savoir le pourquoi du comment. Je réalise malgré tout que, même si ça n'a plus d'importance pour elle aujourd'hui, je l'ai blessée. Dans un moment de lucidité, alors que je me faufile vers les toilettes, je me dis que je ne dois rien à cette fille et que je vais me sauver. Si je devais calculer avec toutes mes conquêtes passées, j'y passerais mes journées. Puis en revenant vers elle, je me dis que je vais rester encore un peu. Je la regarde de loin, ses yeux pétillent à cause du liquide doré qu'elle ingurgite depuis plus de deux heures maintenant. Elle porte un débardeur rouge qui met en évidence ses épaules dorées et une jupe beige, fluide et qui touche le sol, mais qui laisse deviner ses jambes. Elle est plutôt jolie et je me dis que ce serait dommage de la laisser filer.

Alors que je me réinstalle en face d'elle, elle me dit qu'elle va y aller, qu'elle est attendue ailleurs. Comme un con, je lui propose encore un verre. Elle refuse mais accepte que je la raccompagne jusqu'à sa voiture. Sur le chemin, nos pas sont maladroits mais je me sens à l'aise avec elle, comme je l'ai finalement toujours été. Pourquoi avais-je redouté ce moment, c'était simple. Nous passons devant une terrasse et nous nous installons à nouveau pour un "dernier verre". Changement de décor, changement de conversation, je lui parle plus facilement, je regrette certaines paroles alors qu'elles sortent tout juste de ma bouche, mais je ne veux pas en rester là. Je l'invite au resto, elle va refuser, elle a autre chose à faire, forcément. Je ne parviens pas à savoir ce qu'elle pense. Elle accepte et sur le coup je me dis que ç'aurait été mieux qu'elle refuse, pour nous deux.

On se dirige vers une autre petite terrasse, sous les arbres, dans une arrière cour. Soir de semaine, y'a pas foule, des petits lampions au-dessus de nos têtes dispensent une lumière tamisée. Il fait lourd mais elle enfile son gilet de grosse laine. Je réalise que je parle bien plus qu'elle, que je suis en train de faire une bêtise. Je m'éloigne quelques minutes pour appeler ma copine à qui je mens, mais ce n'est pas grave, j'ai besoin de ce moment, j'irai pas plus loin, je fais rien de mal et elle ne se doutera de rien. Sa voix au bout du fil me replonge un instant dans MA réalité. Un instant seulement, dès que j'ai raccroché, je tourne la tête et je refais un bon de deux ans en arrière.

On mange, sans réel appétit. On se regarde, je lui parle toujours beaucoup. Elle me semble plus distante et je me demande à quoi elle pense. Aucune importance. Maintenant, plus rien n'a d'importance, je vis ce moment comme une parenthèse. Je remarque certains détails auxquels je n'avais pas fait attention comme sa bague ou ses cheveux attachés en longue natte qui tombent dans son dos. J'ai envie d'elle. Plus rien d'autre n'a d'importance. Elle me dit qu'elle est libre, libre de faire ce qu'elle veut, qu'elle n'a de compte à rendre à personne. Je ne le suis peut-être pas autant que je le dis. Mes propos me trahissent. J'attrape sa main, le contact de sa peau chaude me trouble.

Ivres d'alcool et de paroles, nous quittons cette petite place quelques heures plus tard, titubant. Je prends sa main, j'en veux plus, ce n'est qu'un rêve, une parenthèse inexistante. J'oublierai tout demain mais ce soir je ne partirai pas comme ça. On longe un parc plongé dans le noir. On s'étale sur un banc. Elle rit et je ris aussi, sans savoir pourquoi. Coup de tonnerre. Ses grands yeux fixent le ciel, elle est allongée, sa tête repose sur mes genoux. Elle semble fascinée par les éclairs, ne me regarde pas, ne me voit pas et je ne vois qu'elle, je craque. Premières gouttes qui s'écrasent au sol. On se réfugie dans un café, encore de la bière, comme pour anesthésier l'erreur. Je la veux, je l'aurais. Je lui dis qu'elle me plaît, que ce n'est que ça, rien à voir avec le passé, comme la première fois. Je ne sais rien de sa vie du moment, elle ne sait rien de moi, on a rien à perdre, je veux la convaincre que les sentiments n'ont rien à voir là-dedans, c'est charnel. J'en viens à réaliser ma routine et je veux m'échapper, quelques instants seulement. Je lui ai fait peur, elle veux rentrer. Notre ivresse ne nous laisse pas réaliser que nous sortons sous une pluie battante. On ne court pas, les gouttes chaudes dégoulinent sur nos visages, je baisse la tête mais elle lève sa figure vers le ciel en riant à gorge déployée. Elle tournoie dans la nuit, ses bras en croix, ses longs cheveux collés à sa peau. Ses vêtements impriment son corps. Je ne peux que la regarder faire, gonflé de désir.

Trempés, nous nous arrêtons sous une porte cochère, personne dans les rues, seuls au monde. Silencieux, nous regardons les trombes d'eau devant nous, elle frissonne, je l'attire contre moi. Je sens son parfum, je lui demande si je peux l'embrasser, elle ne répond pas, elle fixe le ciel déchiré d'éclairs et je sens l'excitation en elle. Elle se retourne et sa bouche vient se coller à la mienne, se coller vraiment, nos langues se trouvent vite et nous sommes soudés. Ses cheveux se collent à ma peau, son souffle est brûlant. Je ne peux m'empêcher de glisser mes mains sous le tissu, j'ai besoin de sentir sa peau. Je remonte le long de son dos, nous sommes enlacés, elle passe à son tour sa main dans mon dos, me serre contre elle. Je la sens trembler, sans doute le froid. Elle s'écarte, quelques centimètres à nouveau entre nous. Je retire ma chemise qui colle à ma peau, elle pose sa main sur mon torse et me fixe droit dans les yeux. "Tu me veux?".

Désir douloureux. Plus rien n'a d'importance à ce moment, vraiment rien, faut que je la possède, vite. Je l'attrape et la serre contre moi, nos bouches à nouveau, comme si elles ne s'étaient jamais quittées, sur le moment, j'aurais pu dire qu'elles étaient faites l'une pour l'autre. Je sens sa chaleur et je veux sa peau, je retire ses vêtements et la pousse contre le mur de briques rouges, dans un recoin plus sombre. Dans la pénombre, contre ma bouche, je devine son sourire, mes lèvres glissent dans son cou, elle est nue devant moi, contre moi, mes mains glissent sur son corps, sur ses fesses, sur ses seins. Tout cela n'est qu'un rêve alcoolisé. Je passe ma main entre ses cuisses et la chaleur humide de son sexe me rend fou de désir, elle soupire, cherchant visiblement à retenir un émoi qui déjà la dépasse. Son souffle sur mon épaule me fait frissonner. Ma bouche descend le long de son corps, j'appuie ma tête contre son ventre et je la serre contre ma joue. Elle tremble mais elle me promet qu'il ne s'agit pas du froid... Je la lèche, je vais enfouir mon visage dans sa douce toison. Son odeur... Ma langue cherche son intimité et je sens ses gémissements dans toute sa chair qui résonnent. Ma bouche la pénètre au plus profond d'elle même et je ressens un plaisir inexplicable à la sentir ainsi remplie par ma langue. Elle appuie ma tête contre elle, de ses deux mains, en ratissant mon crâne de ses ongles nerveux. Je m'attarde à cet exercice, en même temps, je prends mon sexe dans ma main et me caresse lentement. Je la fouille tant et si bien qu'elle finit par pousser un cri de plaisir qu'elle tente d'étouffer en écrasant ses deux mains sur sa bouche. Elle pose ses doigts sur mon cou pour attirer mon visage face au sien, se laissant glisser le long du mur rouge et embrasse profondément ma bouche qui doit avoir son goût. Puis elle me repousse, me tient à distance et fixe mes yeux d'un regard que je ne comprends pas. Une longue minute sans doute, où son souffle court ne parvient pas à me parler mais ses yeux semblent perdus. Puis, comme une capitulation elle dit "prends-moi", dans un murmure. Je sais que c'est ce que nous souhaitons au plus profond de nous sur ce moment et nous ne renoncerons pas. Brutalement, je l'attrape à bras le corps et son corps vient cogner contre le mien, s'emboîter contre moi. Elle me serre fort et je pense que nous ne ressentons plus à ce moment, ni le froid, ni les doutes. Ma main glisse entre ses cuisses chaudes et j'attire sa jambe contre ma hanche, mon sexe est tendu de désir et il glisse contre son ventre. Je cherche l'entrée, doux refuge, humidité et chaleur, ce trou béant ou l'on souhaite retourner, la sécurité, le plaisir... Je pose d'abord la tête de mon sexe contre cette inondation que j'ai provoquée. Je savoure cet instant où tout n'est que désir violent. Après, c'est presque moins fort. Puis je m'engage en elle, lentement, pour sentir chaque parcelle de chair brûlante. Nos corps sont soudés, je suis au fond d'elle et, l'un contre l'autre, nous restons un instant immobiles. Elle recule son visage et ses yeux m'embrassent et me disent oui.

Puis la violence du désir. Sauvagement, je la soulève, le mouvement part, je la baise, vite et fort, dans son corps, pleinement en elle, je la possède, terriblement. La bombe est amorcée. Je ne vois que ses yeux, car toujours, quand je lui ai fait l'amour, j'ai vu ses yeux. Ses gémissements sont un catalyseur de mon plaisir qui me propulse encore plus en elle, puissamment et profondément. Mon corps tout entier vient buter en elle... Mes doigts même viennent pénétrer sa chair, j'écrase sa cuisse dans ma main, contre ma hanche. Ce va et vient laisse monter en moi une violence, une force, qui amplifie encore le mouvement. Je voudrais que ce moment dure toujours, le moment où l'on sent que le désir va se transformer en un plaisir fulgurant. Je ralentis mon rythme quand je le sens en moi si présent que je pourrais en parler la langue. Je veux sentir mon sexe très précisément entrer encore et sortir, jusqu'au bout, de l'entrée et de la sortie, de ce sexe qui me mange et me mâche. Elle me dit encore oui, toujours, dans un souffle, par ses yeux. Je te veux, entièrement et très fort, en moi, pour jouir, encore...

Je viens une dernière fois me planter en elle, fort et dans ce dernier voyage, je me vide, avec un râle qui me dépasse et me soulage de toute cette violence exquise. J'ai senti son corps autour de moi se resserrer, son sexe faire étau autour de mon sexe, je sais qu'elle a pris du plaisir et je sais que c'est tout ce que nous cherchions cette nuit. Elle glisse le long du mur et se recroqueville sur le gilet de laine posé à ses pied. Elle prend ses genoux contre sa poitrine, dans un sourire. Elle me regarde, je m'accroupis en face d'elle et réponds à son sourire. Je voudrais, un instant, que ça ne soit resté qu'un fantasme, ce serait si simple pour la suite, pour ma conscience... Mais je ne regrette pas... Rien, je me sens lourd de plaisir encore et j'aimerais passer le reste de la nuit à ses côtés... Elle se rhabille, tremblante, en vitesse, enfile son débardeur rouge qui est trempé... Elle est toute décoiffée, plutôt jolie, les joues encore roses de plaisir... Elle s'enveloppe dans son gilet, reste plantée quelques secondes en face de moi, ses yeux m'immobilisent, me clouent sur place. Elle pose sa bouche sur la mienne, et le contraste est tellement fort avec les gestes violents que nous venons de partager. Elle dit au revoir et part en courant, ses sandales claquent les pavés, et son corps s'engouffre dans une ruelles sombre.

Je reste un instant pétrifié. J'enfonce mes mains dans me poches, j'ai le hoquet, il pleut toujours, mais moins fort; Je ne sais plus ou j'ai garé ma voiture... Je m'éloigne, me retourne encore pour jeter un œil sur la porte cochère, lieu de notre délit, puis je tourne le coin de la rue...

Je ne l'ai jamais revue mais je crois que ce soir là, nous avons mis fin à une histoire dont la parenthèse était restée en suspend. Nous avions besoin de ce contact fort, tous les deux, pour savoir que nous avions vécu quelque chose de beau.


26 mai 2004

Le jour d'après.

Mon réveil sonne il y a peu. Comme pour les semaines qui viennent de passer, je pense qu'IL est derrière moi. Je me retourne sans ouvrir les yeux, dans une torpeur certaine pour me blottir dans sa chaleur, pour quelques secondes de sommeil volées au réveil. Mais je me heurte au froid du lit. L'est parti. C'est vrai, je retrouve mes esprit et la réalité. Il est parti hier matin. Je suis seule à nouveau pour une dizaine de jours. Des choses à règler encore chez lui, dans sa région, voir sa famille, déménager les derniers meubles... Nous nous connaissons depuis quelques mois. Il vivait loin. Travaillait beaucoup. Je me farciçais huit heures de train pour aller le voir. Puis lorsque sa boite a fermé, il m'a annoncé qu'il arrivait. Nous avons aujourd'hui déjà quelques semaines de vie commune derrière nous. Et on ne peut pas dire que tout a été rose. Je n'arrive pas à avoir assez de recul pour dire si je me suis encore trompée ou si je suis simplement vraiment devenue une intolérante célibataire endurcie. Le fait est que nous nous prenons le bec assez souvent, violemment parfois, mais surtout pour des détails sans importance.

     Avant lui, y'avait eu mon premier amour. Quatre ans de vie commune. Comme un mariage de jeunesse. Aves des promesses et de douces utopies sucrées. Puis toute la féérie s'évapore (pour ne pas dire part en couilles). Et on se retrouve un matin comme faisant partie des meubles et avec tellement plus rien à se dire, cruellement. Et on a beau essayer, faire semblant de se connaitre et de s'aimer encore, ça sonne faux et ça passe plus du tout. Alors on se sépare. C'est pas que c'est agréable et lui il aurait même peut-être continuer à faire semblant, pask'il trouvait qu'elle avait bon gout la routine, mais là, on avait vraiment l'impression de passer à côté de sa vie. Nous redevient JE, et c'est même une nouvelle naissance pask'entre temps, on avait oublier ce que c'était d'être JE et pas "la copine de machin". Après, on devient une rebelle de la vie de couple. Avec un territoire à soi et des nouvelles illusions sur ce que devrait être l'amour, avec tout le respect pour que cette fois ça pourrisse pas en cours de route. Faut surtout pas oublier les erreurs passées. Alors on les contourne. Pas d'engagement. Avec les suivants, on décide de se voir que pour "le bon". Pas besoin de se supporter au quotidien, chacun chez soi et on se retrouve pour partager quelque chose de vrai. Mais là aussi, au bout de trois ans de funambulisme, vous réalisez que c'était un leurrre. La solution n'est pas dans la recette, elle est dans les ingrédients. Si les ingrédients ne se marient pas vraiment au départ, on a beau les accomoder comme on veut, le résultat sera indigeste.

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         Fermeture de la parenthèse fllash-back. Aujourd'hui est encore une parenthèse jaune, dans la tendresse de ce printemps qui s'installe. Va falloir que je parte en cours. Avant cela, promener Whawha, prendre une douche grand V, et manger une tartine de confiture de groseilles. Après ça file jusque ce soir dix neuf heures. J'aimerais avoir le temps de passer à la pharmacie car ce retard de règle m'inquiète de plus en plus. Déjà qu'il y a eu tous ces problèmes intérieurs les deux dernières semaines. Dix jours d'antibiotiques. Je recommence doucement à ouvrir les yeux et à tenir sur mes pates. Je m'étais rarement sentie si fatiguée. J'ai envie de mettre en ligne un de mes textes. Pour avoir un avis?


11 janvier 2011

No résolution.

Une nouvelle année qui débute. Pas envie de faire le gros bilan de la précédente, pas envie de prendre de grandes décisions pour celle qui se profile.

Mais pour faire simple et rapide, derrière moi, il y a plusieurs gros coups de pieds au cul, des bonds en avant impressionnants, des portes qui se sont fermées, d'autres qui se sont ouvertes, des caprices, des gamineries et des bêtises, que si c'était à refaire, je les referais, des belles surprises, des incontournables...

Pour 2011,  je me souhaite simplement de savoir anticiper, de ne plus me laisser empoisonner par le travail et les urgences qui y sont liées. Pouvoir gagner alors en sérénité. Et les quelques jours écoulés me laissent croire que je peux y arriver. J'ai repris cette année avec des tonnes de boulot et je vois le bout du tunnel. Je prends les devants et j'en arrive à enfin pouvoir me poser, avoir du temps pour moi.

Comme d'habitude, ma seule semaine de vacances annuelle (mis à part l'été) a filé comme une flèche : les fêtes de famille, les orgies de bouffe, les cadeaux, les après-midis à siester, l'impression que le temps s'arrête et pourtant...

Puis toujours Gab. Contre toute attente, ça marche. Je n'ai pas encore montré les dents. j'ai décidé de me laisser faire. Il est compréhensif, je peux lui parler de tout, lui dire mes craintes, mes doutes. Je me heurte avec lui à mes phobies. Celle par exemple de la vie de couple. Celle des projets et des promesses, toujours. Mais je voudrais croire que peut-être avec lui, on pourrait inventer quelque chose de nouveau, de différent. L'utopie qu'on pourrait éviter les pièges. Il est chez moi depuis six jours, il repart demain. Je ne parle jamais de "après", il me laisse ce droit.

Et quelque part, parfois, dans ces moments de tendresse et de simplicité, je tremble, je ne veux pas, je recommence à me débattre intérieurement, et je lutte silencieusement contre toute cette prudence.

***

22 octobre 2010

Profil.

Je remonte la pente. Début de semaine difficile, comme j'ai pu le laisser transparaître ici. Mais je ne me laisse pas démonter. Je me suis interrogée sur ces larmes, cette faiblesse. Je n'ai pu m'empêcher d'y voir un retour de mes vieux démons. La force d'inertie des médicaments ne faisant plus effet, les revoilà ? Non, je ne crois pas. Je dois accepter aussi que maintenant que ce barrage chimique n'est plus là, ma vie peut connaître des hauts et des bas. Mes armes pour affronter tout ça, elles sont en moi.

Alors, j'ai attaqué cette semaine violente avec la patate. Mardi matin, coup de pied au cul. Et il me reste encore deux bonnes heures de cours et malgré les bonnes claques de cette semaine de trente cinq heures, je tiens le coup.

Tout ça, c'est ce que je considère comme "les doigts brûlés", prise à mon propre piège, à vouloir jouer à des jeux de vilains, ça s'est retourné contre moi. C'était inévitable. Je le savais bien au moment où j'ai commencé, mais fallait que je me fasse mal pour comprendre. Et même en le sachant avant de commencer, je voulais jouer quand même.

Cette semaine de travail fut radicalement opposée à la précédente. j'ai passé mes journées dans des salles de cours, à courir entre différents établissements, à me lever tôt pour assurer la préparation des cours, à corriger des copies dans l'urgence et, en transparence, la naissance de nouveaux projets, de nouvelles idées, de nouveaux souffles... La semaine précédente, je me couchais tard, je sortais jusqu'à pas d'heure et je mettais fin à des projets de longues dates qui m'empoisonnaient. Comme début septembre, je me sens à nouveau à un carrefour. Je vais me privilégier, me tourner à nouveau vers l'intérieur, égoïstement et partir pour quelques mois d'hibernation.

Petit bilan quand même sur les prétendants. Le jeune courageux ne l'est finalement pas tant que ça. J'ai su le décourager par toute mes remises en question et mes mises en garde (il a du me prendre pour un cinglée tellement j'ai été obligée d'en rajouter). Il semble bien loin maintenant, mais pas totalement effacé non plus. Hier matin encore, il prenait de mes nouvelles. Je crois que la prochaine fois, je serai plus tranchante encore, lui demandant clairement ce qu'il peut attendre ou espérer de moi et s'il a déjà compris, qu'il m'oublie et qu'il lâche définitivement l'affaire (nous ne sommes pas faits pour être amis et de toute façon, la formule "restons amis" n'est qu'une blague). Curieusement, il y a une petite voix en moi qui aimerait bien le revoir, qui me dit que je ne me suis pas donnée pour rien... Puis de l'autre côté, il y a celui aux douces paroles, celui qui veut être là et qui m'a pourtant menti. Ne sais pas ce que ça peut donner. Ne suis pas attirée par lui. Et en plus maintenant, me sens trahie, prise pour une buse. Je laisse ses appels sonner dans le vide, je ne sais pas que lui dire, même pas envie de faire l'effort de lui expliquer.

***

8 septembre 2010

Chamalow, tintamare et boule de cristal.

# 1 : A l'eau de rose.

Je m’avance à pas rapides sous une pluie lourde. Mes talons claquent au sol. Je bouscule une dame qui arrive en face de moi, cachée par son parapluie. Je ne l’avais pas vue, les yeux au sol pour slalomer entre les flaques. Je pousse finalement l’imposante porte vitrée du café où nous avons rendez-vous. Il est là, assis sur une banquette, les coudes sur la table, ses mains triturant un petit morceau de papier, un sourire timide aux lèvres. Je retrouve immédiatement son regard et j’y lis quelque chose de nouveau. Les derniers pas qui me séparent de lui semblent les plus durs. Maintenant, impossible de faire marche arrière. Il a bu un café, je suis en retard. Je lui colle deux bises froides sur les joues et je m’installe, cherchant, une contenance, une amorce. Mais je me sens vide et décontenancée face à cette situation inhabituelle. Il me dévisage et je ne peux faire autrement que baisser les yeux. Je comprends vite que ça va faire partie du jeu. Il lance finalement les premiers mots, parle de la situation étrange, du fait qu’il ne me connaît que si peu. Il plaisante maladroitement avec cette volonté évidente de détendre l’atmosphère. Je commande un thé et j’essaye d’effacer ce sourire niais qui trahit ma gêne. Les minutes passent, nous parlons de tout et de rien, et peu à peu, les tensions se débloquent. Sur le ton de l’humour, je balance ma première attaque en revenant sur le vif du sujet : les causes mêmes de notre présence. Je lui explique pourquoi je suis venue, pour ne pas lui fermer la porte au nez sans même lui laisser la possibilité de s’exprimer. Et il me parle, il avoue tout. Bien sur, il ne sait pas où ça peut aller, mais il sait ce qu’il ressent. Je lui plais, je lui ai toujours plu. Avant, dans une salle de cours, il était impossible d’évoquer le sujet. Ensuite, le temps a passé et il n’a jamais eu le courage de m’en parler, jugeant les choses impossibles. Puis nous ne nous sommes jamais revus. Et ce soir là, les mots sont venus, plus vite et plus facilement qu’il ne le pensait. Et il m’a trouvée réceptive alors qu’il s’attendait à ce que je n’entende même pas ce qu’il essayait de dire. Et finalement, nous sommes là. Ces quelques mots échangés détendent la situation, on sait pourquoi on est là, on ne fait plus semblant. Je lui explique mes craintes, je lui dis comment je vois la situation. Je me détends, je ris, de bon cœur cette fois. Et j’ai l’impression qu’on ne joue plus. Dehors la nuit tombe et je ne sais pas quelle heure il est. Nous quittons finalement le lieu pour boire une bière ailleurs. On se faufile entre les gouttes et je sens sa main dans mon dos. J’aime sa démarche, cette nonchalance, cette insouciance. On s’installe plus loin sur une terrasse, nous sommes les seuls et nous prenons place derrière le rideau d’eau qui déborde de la gouttière. J’ai un peu froid, il pose sa veste sur mes épaules. Nous parlons de nous, ce que je ne sais pas de lui, ce qu’il ne sait pas de moi. Beaucoup de choses, vaste sujet. Alors que je lui parle, son visage juste en face de moi, il fixe ma bouche. Il y pose un doigt qui m’interrompt. Il s’approche de moi, ses yeux semblent demander une autorisation. Tout semble suspendu. Je sens son souffle sur ma bouche, sa main sur mon épaule. J’ai l’impression que s’écoule une éternité avant que ses lèvres ne viennent toucher les miennes. Elles sont douces et son baiser est une évidence. Cependant, j’ai envie de l’arrêter. Mon corps a envie de se lover contre lui et que ce moment dure longtemps. Ma tête me dit que ce n’est pas raisonnable. Parce que je ne sais pas, je ne crois pas que cela puisse être sérieux. Certes, je suis attirée par lui, par sa bouche, ses bras, sa peau. Mais au-delà de ça ? Je ne fais rien, je le laisse faire, parce que c’est un délice. Il recule, me sourit, ses yeux bleus me fixant. Puis il me dit "Et toi ?"... Toute sonnée, je ne sais que répondre. C'est vrai, et moi ? Voilà plusieurs jours qu'il a fait le pas pour livrer ses sentiments, sans doute avec une certaine difficulté, et de mon côté rien. Je lui ai juste expliqué comment je voyais la situation, mais sans parler de lui. Il sourit toujours et balance juste un mot : "intéressée ?". Que répondre. Il se sert de mes propres attaques lorsque j'avais essayé de lui tirer les vers du nez deux jours plus tôt. Encore toute étourdie par son baiser, je parviens à articuler que je ne sais pas, que je suis un peu perdue, que je n'étais pas venue pour ça. Je sais au moment où j'articule ces mots que c'est faux, je crois que j'espérais secrètement que ça tourne comme ça. Il attrape mes mains et les prend dans les siennes. Il me dit juste "tu as le temps, j'ai tout le temps, je peux t'attendre, j'attends déjà depuis longtemps"...

 

# 2 : L'envoyer sur les roses.

Une heure que je suis assise là à l'attendre. Et pourtant, j'avais du retard. Il ne viendra plus. Et même s'il vient, j'aurais l'air ridicule assise là, dégoulinante de patience et d'espoir. Si seulement j'avais pris le temps de recharger la batterie de mon téléphone. Inutile de perdre une minute de plus. De toute façon, je suis épuisée, j'ai dormi quatre heures la nuit précédente et je sais que tout cela ne mènera à rien. Tant pis pour lui, moi je n'ai rien à perdre. Je sors du bar en me disant qu'il a eu la trouille, qu'il a pas eu les couilles et qu'il faut que je me grouille. Je suis en train d'avancer à pas rapides vers ma voiture, la tête dans le sac pour en extirper les clés quand au coin d'une rue, il manque de me rentrer dedans. J'oscille entre l'engueulade et le sourire. J'arrive pas à savoir. Et si je lui en collais une pour la peine et pour l'attente ? Il me devance et me colle deux bises. Il passe son bras autour de mes épaules et m'entraine avec lui, dans un flot de paroles. Il a eu un accident de voiture, enfin un pneu crevé, il dit être trop content de me trouver encore là, il m'a laissé une dizaine de messages sur mon portable. "Pour la peine, je t'invite à manger". Je n'ai pas faim mais je ne le lui dis pas. Nous nous faufilons dans une petite ruelle et nous entrons dans un petit restaurant bruyant, plein à craquer de monde, des gens qui rient et qui parlent fort. Il empoigne la grosse paluche du patron qu'il appelle par son prénom et celui-ci nous guide vers le fond de la salle où il nous installe à une petite table contre le mur. Tout est allé très vite et je ne suis pas encore arrivée. J'avais eu une heure pour me faire à l'idée qu'il ne viendrait pas et finalement, le voilà. Je ne sais pas ce que je fais là, je ne sais plus pourquoi j'ai accepté de le rencontrer. Je suis une conne, définitivement. Et me voilà conne pour une bonne partie de la soirée. Je suis étonnée de l'observer si bavard. Sans doute un moyen de se donner du courage. Mais plus il parle, plus je prends conscience du vide de ses paroles. Il meuble, visiblement gêné d'être là. Puis parfis, il me pose une question. Tout cela est tellement inconsistant que je suis incapable de répondre. Il n'attend pas et embraye à nouveau sur des banalités, tellement énervé que la réponse l'indiffère. S'il pouvait se débarrasser de tout ce stress, la communication pourrait peut-être devenir cohérente. Alors qu'il est en plein soliloque, je remarque ses ongles rongés, le trou de sa chemise, le fait qu'il est incapable de lever les yeux. Ce repas me semble interminable, et surtout minable d'ailleurs. Je ne me concentre plus que sur le moment de payer l'addition et de pouvoir me sauver. Quand ce moment arrive, je crois pouvoir comptabiliser quatre mots à mon actif. Pour sa part, il cause toujours. Et il a oublié sa carte bleue, donc je paye. Mais je serai prête à n'importe quoi pour que ça se termine. A la sortie du restaurant, il me fait les bises et me demande quand nous allons nous revoir... Silence radio. "Je ne crois pas qu'on va se revoir".

# 3 : carré rose

Quand je l'ai vu arriver, j'ai tout de suite su que ça allait mal tourner, c'est à dire que j'allais pas pouvoir résister. Il avait quelque chose d'allumé dans le regard, quelque chose qui dit tout et qui fait qu'on sait. Puis tout de suite, il y a eu ces gestes, quelque chose de chaud et de facile, d'évident. Il avait vieilli aussi. J'avais quitté deux ans plus tôt sur une fin d'année scolaire un grand ado et je retrouve un homme. Quand il s'installe en face de moi, je lis à la fois de la maturité dans ses gestes et ses mots et une grande timidité dans son regard. Très vite, il en vient aux faits et explique ce qu'il avait à me dire. Il trouve des mots justes et ne me demande rien. Bien sur, ça m'arrange, je ne sais absolument pas comment me positionner face à tout ça. pendant que nous parlons, j'observe ses doigts, la façon dont il les fait glisser sur la table, ses épaules carrées, la ligne de son cou. Et ses yeux qui parfois me déstabilisent parce qu'ils sourient. Heureusement arrive l'heure de se quitter. Je l'en avais avertis dès le départ, j'avais déjà une soirée prévue avec des amis, je ne pouvais lui accorder qu'une petite heure. Nous sortons du café et sur le trottoir, alors que je suis sur le point de tourner les talons, il propose de me déposer. "Il pleut, ma voiture est juste à côté". D'accord, c'est vrai que l'idée de traverser la ville sous cette pluie battante ne m'enchante guère, puis il me rassure encore en me disant que c'est sur sa route. Nous prenons une des rues adjacentes qui mène vers un petit parking en cul de sac, sans aucun éclairage. Il doit sentir mes craintes, car il me chuchote juste à l'oreille "T'inquiète, s'il y a des méchants, je leur fais la peau". Je souris et je le suis jusqu'à sa voiture. Une fois installés, l'erreur se produit. Ce qui ne devait pas arriver arrive. Sa main touche la mienne, par inadvertance, alors que je boucle ma ceinture. Sa peau touche ma peau. Rien du tout me direz-vous, mais ça fige tout. Apnée et regards qui se croisent. Je sens la crispation dans chacun de mes muscles. Il ne faut pas. Il ne fallait pas. Arrêtés, les yeux dans les yeux. Quelques longues secondes suspendues. Et dans un éclair nos bouches et nos souffles qui se mêlent. Violemment. Ses mains dans mes cheveux, ses doigts qui glissent sur ma nuque. et se faufilent sous mes vêtements La suite était inévitable, je le savais depuis la première minute. Nos corps se trouvent alors qu'ils essayaient de se mentir depuis plus d'une heure. Une réponse sans même qu'il n'y ait eu de question. L'évidence du plaisir, très vite, dans un brouillon, dans la pénombre. Des gestes instinctifs et faciles. Des soupirs et des mots trop sincères, crus. L'urgence. Je le savais, je ne cesse de me répéter que je le savais. J'écoute sa peau et chacun de ses secrets. Quelques longues minutes plus tard, tout se finit dans un cri, un soulagement. Il y a son sourire et le mien. Je sais qu'il ne mentais pas, je sais qu'il ne mentira pas. Je sais que c'est vrai.

# 4 : le pot aux roses

Il est arrivé le sourire jusqu'aux oreilles en vociférant "j'en reviens pas, t'es là !". "Ben oui, je suis là", j'avais même expédié des élèves qui avaient des questions à me poser pour être à l'heure. " J'y crois pas, ma prof de français qu'a accepté un rencard". Mouais, j'apprécie moyen le ton. Mais on va le laisser causer pour voir ce que ça donne. Il a pas de difficultés à trouver les mots, il est même carrément à l'aise et la situation le fait bien marrer. Le ton est radicalement différent de l'échange que nous avons eu deux jours plus tôt. Il se montre familier et affiche un petit air de victoire qui ne me plait pas du tout. Il insiste pour savoir pourquoi j'ai accepté, il cherche à ce que je le flatte. Je comprends vite que c'était une belle erreur d'être venue et je tente de mettre fin à ce calvaire. Alors que je suis sur le point de me lever, il sort son appareil photo, hilare et me dit vouloir un petit souvenir. Et il juge utile de rajouter "sinon les potes y vont jamais me croire". Je lui dis merde et je me sauve. Je rentre chez moi furax. Je savais pourtant que j'aurais du me méfier. C'était que de la gueule, un pari, un défi, de la provoc'. Et moi, je me suis pris une belle raclée en pleine gueule. Que ça t'apprenne ma vieille !

***

NB : pour vous expliquer, Mesdames, Messieurs, le pourquoi du comment de ce délire. J'ai passé aujourd'hui huit heures dans une salle de cours immense à surveiller huit pelés en examen blanc. Pas encore de copies à corriger, tous mes cours sont prêts, fallait bien que je m'occupe ! Désolée !

Verdict demain. J'avoue que des quatre versions, je sais pas bien laquelle choisir. Plus flippantes les unes que les autres. Je suis une psychopathe !

27 mars 2007

Nelly, la strasbourgeoise à Pékin.

Ma région est toujours très dignement représentée à la télévision. Ce soir, après neuf heures de cours, je me pose devant mon bol de soupe et la dernière émission de télé-réalité de M6. J'avais lu dans le journal régional que des Strasbourgeois étaient dans la course. Jamais regardé ce truc, mais mon état de fatigue met en veille mon esprit critique, donc, ça passe. Puis, très vite, entre deux cuillers de soupe, je découvre LA Strasbourgeoise, dans toute sa splendeur. Le critère de sélection devait être la vulgarité et elle est parfaite. Les seuls mots de vocabulaire sont "putain" et merde". 150 occurrences pour le premier, le double pour le deuxième. Même plus besoin de lever les yeux pour savoir que c'est elle qui est à l'écran. Bravo, pour une fois que ce n'est pas un accent à couper au couteau ou un facho de base !

14 octobre 2006

Tout dans la finesse.

En promenant Lucius hier soir, dans une ruelle sombre, deux jeunes filles marchent derrière moi, leurs talons claquent sur le pavé.

" - Mais ce que je calle pas, c'est que j'avais viré son adresse de mes contacts, alors j'ai qué-blo quand il est venu me parler, jl'ai pas capté..."
- Mais pourquoi tu l'avais viré ?
- Il me proposait tout le temps des plans Q avec sa cam et moi ça me disait moyen, parce qu'il est marié et il a deux gosses.
- C'est que s'il avait pas été marié, t'aurais kiffé ?
- Peut-être bien, mais occupe toi de ton cul pétasse... "

S'éloignant en gloussant, les talons claquant de plus belle...

20 juillet 2006

About Lucien.

Questions et remarques les plus fréquentes:

"Il a quel âge ?"
"Il s'appelle comment"
"C'est quoi comme race"
"C'est pas sa taille adulte quand même ?"
"Combien ça coûte"
"Vous avez du courage, ce sont des monstres"
"He's so cute"
"Er ist so süss"

Moins fréquent :

"Oh Maman, regarde, c'est un 101 dalmatien !"
"C'est quoi comme marque ? On le trouve dans quel magasin ?"
"Ah ben le mien il a coûté plus cher"
"Vous avez pas fini d'en chier !"
"Mon chien c'est un Pit, il vient, il le gobe"
"Oh c'est le chien de Jim Carrey !"
"Je peux l'emmener ?"

18 juin 2006

Colimaçon sans fin.

Une journée magnifique et environ deux cents copies qui me regardent méchamment sur la table du salon, classées et empilées maladroitement. Il me faut tout valider, faire les moyennes, enregistrer les notes et les faire figurer sur les relevés officiels. Je vais y passer la journée, voire une partie de la nuit.  Je vais faire suer mon stylo rouge jusqu'à l'épuisement. Demain, les relevés de notes complets sont à remettre à Tête de Briques. Ces fameuses listes de notes qui demandent tant de travail  n'ont que valeur de  propositions de notes et peuvent être modifiées en un clin d'oeil par un jury qui n'aura jamais vu la tête de l'élève. Ces incohérences face au tout petit coefficient de ma matière sont les causes de tant de travail de dernière minute. Comment affronter plus de deux cents copies quand on sait que ça revient à pisser dans un violon ?

16 décembre 2005

Phrase du jour.

Examens oraux de la journée de vendredi. Je me fixe un point d'honneur à être juste avec chacun. Pas de traitement de faveur, même sort pour celui qui passe à huit heures que pour celui qui passe à dix-sept heures. Tant d'éléments qui entrent en compte : ce que nous demande l'académie, ce que nous pouvons faire en pratique dans l'établissement (expression favorite de Tête de Brique : "faites au mieux"), ce que veulent bien faire les élèves et ce que ça donne au bout du compte. Des larmes, des ongles rongés au sang, des bégaiements, des mots qui sortent et qui ne devraient pas ("merde je le savais", "ah putain, comment y s'appelle déjà", "yes, ça déchire"), d'autres qu'on demande et qu'on ne trouve plus "je vous assure, Madame, je l'ai sur le bout de la langue". C'est souvent surprenant.

Comme cette demoiselle un peu paumée du haut de ses dix-sept ans qui ont dû venir trop vite. Y'a des choses qu'elle a pas vu passer. Elle me présente ce jour là un dossier sur Hitler. Elle m'apprend qu'il était architecte et qu'il a eu beaucoup de concours. Je tombe un peu des nues mais je la laisse parler. Quand elle en a fini de sa présentation, je lui demande un peu curieuse pourquoi elle a choisi ce sujet (le sens de ma question était en fait, "mais pourquoi avoir choisi de me parler de quelqu'un que tu ne connais pas du tout"), elle me répond, je cite "Hitler est un Monsieur bien, il a fait un tas de choses merveilleuses, il est gentil". Game over. Où est ce que ça n'a pas fonctionné ? J'ai du rater un épisode.

22 novembre 2005

Mais s'il fallait trouver un titre...

Petits agacements ce soir car:

  • Je finis mes cours avec un apprenti de mauvaise foi qui, quatre fois est surpris en train de glousser avec sa voisine et ose me rétorquer "mais Madame, j'ai rien fait". Il finit sa phrase en lâchant un "putain" sournois dissimulé dans sa barbe naissante. Je lui réponds du tact au tac, "attention mon gars, de deux choses l'une: c'est vulgaire et je ne sais pas à qui tu t'adresses si ce n'est moi en utilisant ce mot. Je pense que la mention "traite sa prof de putain" ferait très mauvaise effet sur un avertissement , dorénavant  méfie toi du vocabulaire que tu utilises, si tu n'en connais pas le sens, voilà le dictionnaire". Rembarré.
  • J'apprends par trois de mes apprentis qu'ils manqueront mon cours de jeudi matin qui est une préparation à un examen. La prof qui leur demande de quitter mon cours pour assister au sien n'a pas jugé utile de voir avec eux si ça leur posait problème dans la mesure où son coefficient est le mien multiplié par 5. Il est logique que je suis là pour la figuration et que je n'ai qu'à fermer ma gueule. Second plan.

Mais aussi beaucoup de bonheur puisque:

  • Je capte sur un forum quelques vidéos très courtes du concert de Coldplay à Toulouse qui me mettent l'eau à la bouche et les larmes aux yeux. Plus que six jours.
  • Je retrouve mon Neb homme de moi en rentrant qui travaille dans sa chambre en regardant d'un oeil pour la Nième fois Star Wars (j'aime les choses immuables). Il m'emmène au restaurant ce soir et ensuite, nous nous blottirons l'un contre l'autre pour finir la soirée dans la douceur.
  • Tout roule, pas de vraie contrariété, un ciel bleu glacé tous les matins et des lumières lointaines, des objectifs satisfaisants à court et à long terme, du bonheur, du plaisir, de la simplicité.
18 janvier 2005

Grosse fatigue.

               J'ai la trouille. Vous avez déjà joué à ce jeu? Le premier mot qui vous vient à l'esprit. Parfois surprenant. Macaron, pistolet, barbapapa, éponge... Je divague. Mon après-midi de repos. Si on peut dire puisque j'ai 6 paquets de copies qui m'attendent bien fièrement dans mon cartable. Pourtant j'en ai besoin de repos. La preuve ce matin.

A midi, je finissais mon cours, la sonnerie venait de retentir, comme d'habitude, j'ai senti en moi la pression qui redescendait tout doucement, les élèves sortaient de la salle avec de joyeux "bon appétit M'dame", ma voix qui venait de porter contre tous les murs de la salle pendant deux heures résonnait encore dans ma tête. Comme d'habitude, je me suis installée à mon bureau, j'ai ouvert mon journal de bord pour noter les devoirs et la synthèse du cours, machinalement, en pilote automatique (mon beau journal de bord rouge, avec des feuilles d'automnes sur la couverture, épais et dont les pages sont soigneusement recouvertes de mon écriture). J'ai pris mon stylo, et là, le drame: j'ai bloqué. Impossible de retrouver la date. Ma plume tremblait d'impatience au-dessus de la feuille et j'essayais tant bien que mal de me concentrer, de rassembler ces petits morceaux d'idée qui galopaient dans chaque coin de ma tête. "Allez, ma grande, fais un effort, quel jour on est?". Le soucis, c'est pas que je le savais pas, je l'avais peut-être même déjà dit à mes grands gaillards trois ou quatre fois, mais ma tête voulait pas me le dire à ce moment là. C'était même pas la date en fait, c'était le jour... Lundi? Jeudi? Zappe, zappe, zappe... Grrrrrrrrr... "Qu'est-ce que je cherche déjà, oui, le jour, quel jour? Cherche encore". Et des centaines d'idées me passent par la tête en quelques secondes, mais pas la réponse à ma question. Comme une machine qui fonctionne trop vite, qui est trop perfectionnée et qui n'arrive plus à vous faire un truc tout simple. Comme ces calculatrices avec trop de boutons où on galère pour faire une petite addition. Le bug en fait. Malaise. Ouais, je me suis sentis mal, surmenée, conne. Même si ça n'a duré que quelques secondes, j'ai paniqué parce que ma tête m'avait jamais lâché comme ça... Puis je me suis dit, déconnecte, une mot, n'importe quel mot, zappe, zappe, zappe. Et c'est revenu: on est mardi et ça soulage.

Pourquoi tant de fatigue me direz-vous (même si vous dites plus grand chose à nouveau en ce moment), nous ne sommes que mi-janvier. Alors je vide mon sac, je fais la liste: j'ai fait douze paquets de bulletins, pour douze classes de vingt cinq élèves, pour deux matières différentes. J'ai organisé 4 journées d'examens oraux et arrivent les 4 suivantes à l'écrit. J'ai toujours ces putains de copies qui me poursuivent et  je dois impérativement rentrer les notes avant l'arrêt. Il faut préparer les conseils de classe qui arrivent à grands pas. Il faut continuer le programme qui n'est pas bouclé en deuxième année (heureusement, ça roule pour la première, même si y'a des modifs à faire en cours de route). Alors résultats, j'ai passé mon dimanche aprèm' à bosser, je rentre tous les soirs à pas d'heure avec des envahisseurs de soirée dans mon sac, Neb homme de moi en a marre de me regarder corriger mes copies et bailler quand j'ai fini (alors, accessoirement, il ne rentre pas ce soir), j'ai très mal au dos et c'est maintenant presque permanent, j'ai failli m'endormir sur le canap' ce matin à sept heures trente alors que j'y étais assise depuis deux minutes pour faire mon sac.... Et je sais plus quel jour on est.

Combien? Oui, oui, j'ai calculé, une cinquantaine d'heures de présence au lycée au minimum et une quinzaine d'heures à la maison. Sans parler du fait que je n'arrive plus à me sortir mes cours de la tête.

Oui, je suis en train de passer à côté de moi-même, et mon homme de moi s'éloigne, toujours plus. Nous sommes loin en ce moment. de plus en plus l'impression de vivre en collocation. J'arrive pas à lui accorder plus de temps. Nous étions au cinoche vendredi soir (la Chute, bouleversante) et chez Spö samedi soir pour un match d'impro (pas ébouriffant), mais nous ne partageons plus grand'chose. Il se couche tard et j'ai besoin de repos, mes journées à rallonges m'achèvent. Il se lève tard et j'aime prendre du temps pour être sure de ne rien oublier. Il a sans doute envie de sortir plus, de faire la fête et je n'en ai pas la force. Il ne me dit plus que je suis la plus belle femme du monde (et oui, en plus je suis devenue moche). Il me voit mais ne me regarde plus. cruelle impression de déjà-vu!

Puis toujours pesante en moi, cette absence et le film du petit corps sur le macadam, lourd et sans vie, il y a plus d'un mois. Elle me manque, beaucoup, tous les jours.

Je suis fatiguée. Tout ça me ressemble de moins en moins, mes choix ne sont plus mes choix, c'est pas ce que je veux pour moi. Je me regarde et je ne me vois plus. Comme lui. Je m'éloigne des gens qui sont importants pour moi, par manque de temps. Alors je pense sérieusement à une réorientation active des choses.

Parce que je n'ai pas envie de me réveiller dans quelques années sans oser me retourner.

14 mars 2006

Quand ça en devient physique - Suite du message à la prof d'anglais.

Dès le départ, je n'ai pas aimé sa façon de monopoliser une discussion, une personne, une pièce. J'ai d'emblée trouvé qu'elle parlait trop. Maintenant, je ne le dirais plus, c'est devenu un euphémisme. Au début, je pensais qu'elle optait pour cette attitude pour "se faire une place", arrivée après l'ensemble des profs, fallait qu'elle fasse un effort de communication. Là où j'ai commencé à m'inquièter, c'est quand elle a commencé à me suivre aux toilettes pour me raconter sa vie ou à prendre mon bras pour que je ne quitte pas la salle . Sa vie ? parlons en, c'est tout un poème. Elle en fait trois tonnes, Sous le soleil à côté, c'est platonique. Elle a des amours, des emmerdes, des exemples, des soucis, des anecdotes, des "faut que je te raconte", des amis partout qui ont tout fait-tout vu, des expériences extraordinaires, des "si tu savais". Un vrai scénario à rebondissements multiples. Puis pour suivre toujours sa vie à la seconde, parce qu'il ne faudrait pas perdre le contact en bossant trop, elle a son téléphone portable collé à l'oreille dès qu'elle ne trouve pas un interlocuteur sur place, ce qui lui donne toujours une bonne accroche, dès qu'elle raccroche pour raconter sa vie au pauvre bougre qui passait par là. "Tu sais pas ce qu'on vient de me dire au téléphone ? Nan, mais là, faut que je te raconte..."

Vous pensez que j'exagère, alors fixons le contexte actuel, sans en rajouter, juste pour l'exemple. Épisode 359: elle réalise que le type avec lequel elle vit depuis plusieurs mois (je ne saurais pas préciser la durée puisqu'elle change en fonction de l'interlocuteur) qui a les clés de son appart' profite de son absence pour faire des rencontres via sa connexion internet. Ce n'est qu'un détail dans la masse des péripéties dont elle nous inonde quotidiennement.

Puis s'il n'y avait que ça. J'ai développé une allergie. Je reste discrète sur les symptômes, mais ça devient gênant. Son parfum par exemple m'insupporte, je ne dois plus mettre ma veste sur le porte-manteaux si je veux éviter des nausées en rentrant chez moi le soir. La première fois où je m'en suis rendue compte, je rentrais à pieds et j'ai enlevé ma veste alors qu'il faisait moins dix pour ne pas être prise de haut-le-coeur. Puis il y a sa voix, mielleuse, enrobée, plastifiée avec des phrases à rallonges que Proust envierait. Elle marche comme elle parle, vite et trop. Ses talons claquent le sol, trop lourds, trop souvent, faisant ainsi résonner tout son poids dans les salles de cours en permanence.

Bien entendu, je ne dis rien. Je garde cet agacement qui enfle pour moi et je m'assieds dessus. Mais il s'est développé une sorte de réaction en chaîne auprès des autres profs. Nous ne sommes pas des langues de putes et il a donc fallu un certain temps pour que chacun se rende compte de la gravité de la situation. Mais maintenant, c'est efficace. Elle rentre dans une pièce, tout le monde en sort.

Je dois être celle qui a osé être la plus sèche avec elle, ses dérapages concernant son intimité me dérangent et je le lui fais savoir. Non pas que je sois choquée, c'est juste que je m'en bats de sa vie. Ce n'est pas parce que c'est ma collègue qu'elle en devient mon amie. Et pourtant il faut bien rester polie.


POURQUOI CERTAINS ONT BESOIN DE RACONTER LEURS VIES POUR SE SENTIR EXISTER ?

Arrêter de saouler vos collègues de travail, créez votre blog !

28 janvier 2006

ça m'énerve ça !

Puisque ça faisait longtemps, je m'adonne à une petite liste. De celles qui vous mettent presque de bonne humeur parce qu'on a l'impression d'avoir vidé son sac. Alors voilà la liste non exhaustive des petits détails qui m'agacent / me répugnent / me foutent hors de moi:

  • Le rire de Tête de Briques qui est en général accompagné de petits grognements et qui est souvent réservé au passage d'un mâle.
  • L'électricité statique, mes cheveux collés à mes joues en permanence. Le summum : quand j'enlève un pull.
  • La mauvaise foi (référence entre autres à ce type qui a fait marche arrière avec son gros 4/4 et dont la roue de secours est venue emboutir mon coffre).
  • Les gens qui n'écoutent pas.
  • Steevy.
  • L'hiver et son cortège d'ennui et d'ombre qui foutent le baromètre "motivation" à zéro.
  • Toutes les factures et les paperasses à règler qui laissent cette impression amère d'avoir toujours oublié quelque chose.
  • L'empâtement professionnel dans lequel je suis en train de patauger, trop difficile de faire le choix de partir et écoeurant de rester.
  • Les pique-assiettes qui vous font une tête de chien battu une semaine avant Nouvel An pour se faire inviter et qui se pointent avec un paquet de chips pour qu'on les rince et qu'on les gave toute la soirée, et que même après faut encore les ramener à l'autre bout du département.
  • Les gens qui crient, pour que tout le monde partage leur point de vue ou pour avoir l'impression d'exister
  • L'émission "ça va se savoir" sur RTL9, miroir de toute la bétise humaine.
  • Ma prof d'arabe, ses retards, ses absences, ses cours approximatifs
  • le téléphone en général, sous toutes ses formes. C'est le principe qui me dérange, être à disposition du premier venu qui peut vous "sonner" comme un domestique et interrompre tout ce que vous êtes en train de faire.
  • Les nanas qui se baladent le bide à l'air alors qu'il fait moins dix, juste pour qu'on voit dépasser les petits diamants de leur string.
  • Les changements d'heures dont je ne me remets jamais.
  • Les hommes politiques, petits, teigneux, qui font beaucoup de bruit, qui parlent de choses qu'ils ne connaissent pas et qui aiment inspirer la peur.
  • Les publicités du crédit agricole.
  • Faire la bise aux gens que je ne connais pas, et même faire la bise en général, rituel que je trouve profondément ridicule.
  • Les tiques.
  • Et gnagnagna, et gnagnagna...
23 décembre 2004

Ma tristesse

Oui, elle est morte. J'ai sans doute laissé passer trop de temps pour pouvoir en parler vraiment. Les trois premiers jours ont été cauchemardesques. Le quartier s'est teinté de noir et de brouillard. Je ne réalisais pas bien qu'elle n'était plus là, et qu'elle ne le serait plus jamais...

Il était sept heures et demi, un peu plus peut-être. Ma Whawha se montrait pressée de sortir. Dans ma routine, je ne lui ai pas mis sa laisse que j'ai gardée à la main, au cas où. Ma tête était déjà au lycée. Elle galopait sur le trottoir. Whawha était un très bon chien. Elle était très obéissante et restait toujours au pied. Elle ne descendait pas les trottoirs sans en avoir l'autorisation. Mais ce jour là, elle était pressée, je ne saurai jamais pourquoi. J'ai salué mes cousines que j'ai croisées et qui se rendaient au collège. Elle a sauté du trottoir, mais j'ai à peine eu le temps de la voir, il y avait un brouillard très épais. C'est ce même brouillard qui a empêché le type avec la grosse bagnole de voir Whawha. Il est passé dessus. Je crois qu'elle n'a pas crié. Je l'ai vue sur la route, roulée en boule. Je pensais, j'étais sure, qu'elle se relèverait. Mais elle a juste étendu ses pattes, ses petits coussinets vers le ciel et de sa gueule est sortie une flaque de sang très épais. Le type est sorti de la voiture et a dit "j'ai roulé sur quoi". J'ai répondu "mon chien". Il ma parlé, mais je ne saurais pas dire à quoi il ressemblait. Je criais sur ce chemin, que c'était mon chien, que c'était pas possible, qu'il fallait faire quelque chose, mais quoi... Puis je me suis agenouillée, j'ai mis ma main sur son ventre. Elle était encore chaude et je sentais son coeur qui partait, qui filait, qui battait trop vite. Je lui ai parlé, je lui ai dit que c'était un bon chien, qu'on l'aimait très fort et encore plein de choses dont je ne me souviens même pas. Elle ne vivait déjà plus. Un type est arrivé et m'a aidé à la mettre dans un sac poubelle. Y'avait là une jeune fille qui portait un classeur et qui m'a dit "je vais vous raccompagner chez vous, faut pas rester seule mademoiselle, vous avez quelqu'un chez vous?"... Oui, oui, il est là, il va m'aider, il saura quoi faire.

Neb homme de moi est sorti nu de la salle de bain quand je suis arrivée en criant. Il m'a crue quand il a vu le sac que j'avais posé sur le parquet et que je montrais en hurlant. Il est resté avec moi, a téléphoné à sa boîte pour dire qu'il irait pas bosser. Ensuite, tout s'est enchaîné. Appeler le véto, le lycée pour dire que je viendrai pas, aller à la voiture, appeler ma soeur, mon père, trouver du réconfort, quelqu'un qui saura me dire que ce n'est pas ma faute, que c'est une blague, qu'elle reviendra, filer chez mes parents, creuser un trou dans le sol gelé...

On l'a mise dans le trou avec une balle jaune et un petit mot écrit au feutre violet, pour qu'elle sache toujours qu'elle a été un très bon chien, même plus que ça, que je l'oublierai pas, jamais, qu'elle devait me pardonner... On a mis son petit corps au fond du trou après lui avoir enlevé son collier rouge et on a remis la terre par-dessus, avec ce bruit terrible que fait la terre sur un corps. Et moi, je criais et je pleurais que c'était un bon chien, ma Ninouche, mon Moïzi, ma petite Bécasse...

Depuis, y'a un vide, en moi et autour de moi. Je revois cette scène en boucle, avec des détails qui sont comme des coups de couteau. C'est la mort.

J'emmerde les gens qui me disent que putain, c'était qu'un chien et que j'ai qu'à en "acheter" un autre. J'emmerde ceux qui trouvent ça dingue de s'attacher autant à un animal. J'emmerde celui qui roule trop vite quand il y a du brouillard et qui aurait pu se choper une de mes deux cousines sous le capot au lieu de mon petit chien et qui aurait pas dit "j'ai roulé sur quoi?". J'emmerde ceux qui pensent que je pourrais être plus pudique avec mes sentiments. J'emmerde ceux qui veulent me coller un chiot dans les pattes pour Noël [je ne veux plus de chien, pas tout de suite, j'ai pas été capable de la sauver, je ne veux plus ça].

Je tiens à remercier Nin (Whawha), pour sa fidélité, pour sa présence toujours près de moi. Pour ces quelques années (six) que nous avons passées ensemble, souvent seules. Je pense à elle encore et toujours. Je voudrais croire qu'il existe un paradis des chiens (avec des nonos, des balles, des paniers rembourrés pour faire de longues siestes et des champs à perte de vue avec des lapins à courser), mais je ne crois déjà pas au paradis des humains. Je comprends l'intérêt de certains pour la religion, cette foi qui en fait va plus vers ceux qui nous quittent que vers un Dieu.

Il y a en moi une grande et profonde tristesse, mes yeux sont encore des plaies, et j'ai tant de culpabilité qui me pèse. Je voudrais prendre Whawha contre moi et lui dire à quel point je suis désolée. Je voudrais me souvenir de tous ces bons moments passés avec elle, et seulement de ça.

10 décembre 2004

On presse le pas!

On accélère encore le mouvement, déjà qu'on avait du mal à suivre. Les deux jours qui suivent, on se fait normalement plaisir, on pend sa crémaillère. Mais ce n'est pas que du plaisir... Faut être toujours dispo au téléphone, courir faire les courses (et comme par hasard, tout le monde à la même idée et en plus tout le monde remplit ses caddies avec des cadeaux), expliquer "c'est où?", mettre d'accord Machin et Bidule sur le "comment ils viennent", dire à Truc que c'est pas la peine qu'il arrive avec quinze packs de bière, (personne ne vomit demain soir, on a passé l'âge, on supporte maintenant), ranger, s'activer un peu parce que y'a aussi cours cet aprem', ne pas oublier Whawha dans toute cette histoire...

Hier j'ai encore pu dire que mon job, c'est décidément pas de la routine. Le matin, fin d'un cours, un élève, qui doit avoir à peu de choses près mon âge s'avance vers moi alors que je range mes affaires et que tout le monde a quitté la salle. "Madame... Je peux vous inviter au restaurant?". Je lève les yeux, il les chope au passage, droit fixé. "Euh, non, biensur que non, pourquoi tu veux m'inviter au restaurant, tu me vois déjà assez pendant la semaine non?"... Je fais passer sur le ton de l'humour. Il répond "non". "Quoi non?". "Je vous vois pas assez pendant la semaine". Je l'ai mis dehors de façon très énergique en disant que non, non, non, je ne voulais pas non plus de fleurs. Je mettrais bien ça sur le dos d'un bon gros pari entre potes, mais y'avait personne qui guettait dans le couloir et il avait l'air vachement sérieux... C'est tout de même flatteur...

 Puis dans l'aprem', une demoiselle m'appelle pendant un cours alors que tout le monde est occupé à déchiffrer une carte. L'air gêné et un peu rigolard aussi, elle finit par me dire "Madame, le prenez pas mal, mais vous avez un trou au cul"... "Pardon?". "Non, non, je veux dire, vous avez un trou dans votre pantalon au niveau des fesses...". Elle rouge comme une tomate. Moi sans doute de la même couleur. "Euh, merci de me le faire savoir, mais quelle est l'ampleur des dégats?". Pas grand chose parait-il, le velour qui se décolle au niveau du haut de la poche. Je pars comme si de rien n'était vers mon bureau que je ne quitte plus jusqu'à la sonnerie. J'ai claqué un bon fou-rire avec les collègues en leur racontant ça. Le trou est bien entendu minuscule, mais pourquoi leurs yeux traînent à ce niveau là, z'ont rien d'autre à faire, leur travail par exemple?...

23 octobre 2004

Effluves

Je relis le Parfum de Patrick Süskind. Je retrouve cette merveille d'écriture, ces mots qui reniflent. Chaque page me plonge dans un univers de senteur. Et ce personnage si peu attachant, Grenouille, anti-héros meurtrier me laisse le suivre depuis plusieurs dizaines de pages déjà. Je m'enfile à chaque lecture dans des ruelles  parisiennes qui puent la pisse et le cuir, la transpiration et la viande avariée.

J'aurais aimé être "nez".

14 juin 2004

Confiture framboise-groseille.

              Journée de "rien à faire", alors je traine, ici et ailleurs, je laisse des posts, des commentaires, je flane dans d'autres contrées, je me pose sur mon lit avec un livre, je me couche dans l'herbe du jardin. Cours ce soir, aucune envie. Encore à la campagne. Le vent qui entre par les portes et les fenêtres, qui soulève les voiles. J'écoute Idir et je respire. La journée d'hier aux puces m'a permis de passer du temps avec ma soeur. Nous avons beaucoup ri. Observé les gens, la diversité, les gentils et les méchants, les pressés du dimanche, les cons dans toute leur puissance aussi qui s'indignent car on refuse de leur vendre un carton de livres à un euro. Je reste sur l'image de cette dame au milieu de la foule de l'après-midi qui défile entre les stands de ce marché aux puces. Tout le monde marche, traine la patte. Elle roule, assise dans son fauteuil, poussée par un mari ou un ami. Eux deux respirent le bonheur. Ses yeux ont tellement ri qu'elle en a les marques. Je la trouve jolie car on voit son bonheur. Et tous ces cons debout qui ralent et s'engueulent et froncent les sourcils auraient bien besoin d'un bon pied au cul.

         La semaine repart. Eternel recommencement. Il n'en reste que trois maintenant avant ce mois de vacances. Je réfléchis de plus en plus à la signature du contrat pour l'année à venir. Je ne sais pas si c'est ma place, si j'arriverais à m'y épanouir. Faut encore que j'aille acheter de la confiture (dans cette petite boutique perdue dans la forêt où il font de la confiture avec tout) pour envoyer un pot à Nico qui me l'a demandé au téléphone l'autre soir. Gros pot framboise-groseille (pas très original pour le coup). Plus dans le colis le petit truc insolite qui devra rentrer dans le pot quand il sera vide. C'est le défi.

5 septembre 2015

Une nuit sous les étoiles.

Avec des amis.

Agiter de notre ivresse le silence de la nuit.

Et nous saouler de la beauté de l'immensité.

crépuscule2

étoiles

freesbee

lune

nuit-vallée

Et au petit matin,

se réveiller dans la rosée

et le regard encore endormi

Observer la nature fraiche s'étirer

aurore3

aurore4

brume

renard1

vignes

***

1 décembre 2010

Petit nuage.

Je n'avais même pas remarqué que la neige était tombée. Je suis partie dimanche matin après une semaine en suspension. Très peu de sommeil, des idées un peu floues mais toutes brillantes. Alors, quand il m'a demandé de le rejoindre à Nancy, je n'ai pas hésité. C'était évident, comme tout le reste. Je ne comprends pas bien d'ailleurs comment en quelques jours seulement, tout cela s'est imposé de façon si forte. Et je n'ai sans doute pas assez de recul.

Dimanche matin, je montais donc dans ma voiture pour me rendre à Nancy, à mi-chemin ou presque entre nous deux. Je franchissais un col étincelant et éblouissant de soleil et de neige. Et j'arrivais sur la place Stanislas pour y retrouver ce grand garçon un peu perdu comme moi. On savait sans trop savoir. C'était comme une première rencontre, mais... C'était comme si on se connaissait depuis si longtemps. Nous nous sommes installés à une toute petite table dans le Grand café Foy et nous avons parlé. Tout a été facile tout de suite. Tant de choses à nous dire, comme durant ces longs échanges téléphoniques qui avaient précédé. Une vraie curiosité réciproque et cette surprise à chaque fois de découvrir de nouvelles ressemblances. Puis pas seulement parler de nous, parler de tout, de rien, d'eux, de demain, d'ailleurs. Je ne sais plus comment sont venus les gestes. J'aimerais d'ailleurs m'en souvenir mieux. Très vite, nous nous sommes touchés, embrassés. Nous sommes allés manger ensemble, puis visiter le musée de L'École de Nancy. Installés ensuite dans un bar où les gens semblaient tous se connaître. J'ai discuté avec des inconnus autour de moi, je me sentais vraiment si bien. Toute la journée a été ponctuée d'échanges, de sourires, de simplicité... Avec lui et avec ces personnes rencontrées, une serveuse, un voisin de table... Et ces gens autour de nous qui semblaient croire eux aussi que nous nous connaissions depuis si longtemps. La complicité et la douceur. Après avoir parlé toute la semaine, des heures au téléphone, je savais qu'en allant là-bas, ça se passerait comme ça. Je me suis sentie si bien avec lui, tout était doux, tout était facile, sourire, cohérence.

Quand la nuit est tombée et qu'il a été question de faire la route dans l'autre sens, nous n'avions pas envie de nous séparer. J'avais aimé sa bouche, sa force, j'avais envie de rester contre lui. Nous avons fait n'importe quoi, nous avons roulé tous les deux jusqu'à chez moi. Franchi le col toujours enneigé. Et nous nous sommes retrouvés dans mon cocon, encore tout embarrassé du désordre de la semaine écoulé. Rien de raisonnable, rien de réfléchi, que de l'instinctif. Et pour une fois, pour quelques heures au moins arrêter de se méfier.

Puis lundi matin, école buissonnière. Je suis restée au lit avec lui, contre sa respiration trop forte de fumeur, dans sa chaleur. Il n'y avait rien eu de plus que des baisers et de la tendresse. Les circonstances nous ont obligés à nous limiter et c'est bien. Les circonstances (la distance) nous y obligeront encore.

Il est reparti lundi midi alors que je me décidais à partir en cours. Depuis, il a souvent et systématiquement les bonnes réponses à toutes les questions que je me pose. Il rassure mes doutes. Il me dit que juste, il est là, qu'on a le temps, qu'on est bien. J'aime à la fois sa façon de me bousculer, de foutre un grand coup de pied dans toutes mes certitudes et sa capacité à me rassurer. Il est comme moi. Déjà sans doute aucun, bien plus attaché mais certainement parce que la prise de risque lui fait moins peur qu'à moi. Il est prêt. Prêt à attendre. Et il est urgent d'attendre.

Lundi soir et hier soir, sa voix grave au téléphone. Toujours plus d'éléments, toujours plus de liens, de morceaux consolidés. De quoi devrais-je avoir peur ? Je ne peux m'empêcher de confronter, de comparer. La trouille de reproduire les mêmes erreurs, d'aller trop vite, de se tromper, de trébucher. De réaliser dans quelques semaines qu'il n'est pas celui que j'avais cru voir et reconnaître.

Puis tous ces doutes par rapport à l'engagement, toujours là, omniprésents, agacés par toutes ces remises en question Pourtant, il n'est encore question de rien, mais je me crispe quand je l'entends utiliser certaines formules, quand je lis en transparence dans ces mots des projets communs. Je ne peux pas voir loin. Je ne sais plus le faire.

Me voilà, toute égarée, toute cotonneuse, douce torpeur... Dehors la neige qui saupoudre mes réflexions... Il revient dimanche.

***

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Diane Groseille
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