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Diane Groseille
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30 mai 2006

Diane la chasseuse.

En attente. Aux aguets. Tous les matins, ouvrir mes mails, fièvreusement, ceux de l'ANPE, ceux des agences immobilières. Tout va changer. Et je guette, j'observe. Ce matin justement, quelques annonces intéressantes pour ce qui est du boulot . Pas de pronostic, il faudrait déjà que je me décide à envoyer un courrier. Parce que oui, curieusement, j'ai peur de trouver déjà la suite alors que je suis encore en poste. J'angoisse à l'idée de passer déjà des entretiens pour septembre qui, s'ils sont positifs me fermeront déjà toutes les portes qui sont en train de s'ouvrir. Il y a beaucoup d'annonces intéressantes, presque tous les jours, qui correspondent à mon profil qui titillent ma curiosité. Je suis en chasse, en construction d'un futur tout en hypothèses et en surprises.

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Hier soir, en rentrant, devant ma porte, je trouve ma soeur en larmes. Visiblement très fatiguée et qui a du mal à m'articuler son problème. Je suis pétrifiée à l'idée d'une mauvaise nouvelle, une disparition, un drame. Elle finit par m'annoncer entre deux sanglots un gros découvert qui lui semble insurmontable. Rien de dramatique, loin de là. Elle se frotte les yeux en essuyant ses joues comme un enfant qui a sommeil. Je la recueille, je lui fais une purée de carottes et une fricassée de champignons, elle s'est endormie tout de suite après. Je l'ai recroisée tôt ce matin, avec encore du chagrin dans la voix. Mais j'ai la solution.

Une photo de paquerettes pas du tout en adéquation avec le temps mais on fait avec ce qu'on a.

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20 mai 2006

J'ai joué au "Mille bornes".

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Rentrée hier soir. Erreintée. Les jambes creuses, la tête aussi. Depuis je dors, comme si j'avais fait un marathon. Je pense que j'ai poussé les limites très loin, tant pour la tête que pour le corps.

Départ jeudi matin, vers six heures. Le trajet commence mal puisqu'il faut traverser Bâle. Je ne comprends pas ce qui se passe dans cette ville (à vrai dire, je ne comprends pas ce qui se passe dans tout le pays pour ce qui est des voies de communication), elle est en travaux depuis que je la connais. Toujours aux mêmes endroits, la route est pleine de trous, des grues partout, des machines, des voies de déviation... Puis j'en sors. Après, c'est les routes suisses, les aires de repos suisses, les champs de colza et de blé suisses sous la pluie comme des patchworks géants... Mais aussi les travaux suisses, les bouchons suisses : autoroute limitée à une voie sur vingt kilomètres, j'ai eu le temps de regarder les vaches et elles ont eu le temps de me voir. Arrivée à Grenoble avec une heure et demi de retard. J'ai découvert un domaine universitaire énorme qui ne ressemble en rien à ce que j'ai pu connaître. Au milieu de ce fourmillement, j'ai vite trouvé ma salle et je me suis replongée dans les cours de didactique. J'arrivais pas à voir vraiment ce qu'on attendait de moi. Je suis effectivement restée comme deux ronds de flan devant le sujet qu'on m'a présenté quelques minutes plus tard. Il a eu une sorte de brouhaha dans l'amphi, mais tout le monde s'y est mis. Vers dix-sept heures, le plus dur étant passé, je suis sortie de l'amphi, ventre vide et tête engourdie. Comme un zombi, je suis remontée dans ma voiture (celle de Neb en fait) pour trouver mon lit pour la nuit. Des amis de Neb s'étaient proposés pour m'héberger, étant sur le campus, ça devait m'éviter de faire trop de route. Seulement, contexte particulier oblige (grève des transports et gros orage (merci Lully pour l'info)), j'ai mis une heure et demi pour les trouver. Arrivée chez eux, Mademoiselle m'accueille. Je la connais que très peu. Elle est dans un fauteuil roulant suite à un accident qui remonte à quelques années déjà. Son appartement est impressionnant. Elle m'annonce qu'elle est invitée chez des amis puisque je dois réviser. Son homme est absent et ne rentrera que tard dans la nuit. Je reste seule. L'agencement de l'appartement me met mal à l'aise (interrupteurs bas, pas de pieds aux meubles, salle de bain particulière...). Ce n'est pas le côté pratique qui me gène. C'est simplement parce que j'imagine que ce que je ressens là, elle doit le ressentir dès qu'elle est ailleurs. Je suis admirative pour tant de courage. Je me sens méprisable à côté, pour toutes les plaintes que je peux formuler qui n'ont pas lieu d'être. Je m'endors très tôt, dans un clic-clac aux draps violets, sous un sac de couchage rose fluo.

Le lendemain, garde-à-vous à cinq heures et demi. Douche chaude et c'est reparti pour la dernière ligne droite: cinq heures d'examen et le retour. Je suis surprise ce deuxième jour par la facilité des sujets d'examens, très proches des devoirs d'entraînement qui avaient été proposés par le CNED. La journée file à toute vitesse. Je rencontre quelques difficultés le matin pour faire un plan de commentaire qui tient la route, mon cerveau se bloque entre dix heures et onze heures moins le quart. J'ai aussi beaucoup de mal à écrire, non pas à formuler les idées, mais bien à les rédiger avec mon stylo. A part la manipulation assidue du stylo rouge, il ne m'arrive que très rarement de me servir encore de ma plume. Je ne mange pas à midi, le ventre noué, la tête comme une pastèque pour le seul examen qui se base uniquement sur des connaissances. Je le boucle en une heure au lieu de deux et je repars immédiatement après, impatiente d'être chez moi. Le retour s'est fait plus rapidement que l'aller. Passage dans ce tunnel magique de Chambéry, qui sent le pain grillé comme à l'aller. Une seule pause sur une aire d'autoroute de Lausanne (spécial dédicace aux moineaux du coin qui viennent taper la tchatche) et retour au point de départ vers huit heures et demi, après quelques zigzags incontournables dans Bâle. Essouflée, sale et vide...

Bilan plutôt positif en fait. Je suis fière de moi. Fière d'avoir su réaliser, construire ça par moi même, d'y être allée et d'avoir une impression positive au retour. Je pense avoir fait mon maximum. Résultats début juillet. Le plus dur maintenant, c'est de trouver la patience.

P.S. : Note pour plus tard, ne jamais laisser des coccinelles en chocolat au fond de son sac en été.

9 novembre 2005

Demain soir.

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Demain soir, sa voix.
La puissance de sa voix.
Leurs notes.
Des éclats dans le noir.
Et la lumière jaune.
La magie pour quelques minutes à peine.
Des frissons sans aucun  doute.
Déjà l'appréhension du moment où il faudra prendre la chemin du retour.
Des petits ressorts dans les jambes qui ont tendance à se mettre en marche à n'importe quel moment,
et qu'il faut encore maîtriser jusqu'à...
Demain soir.

3 novembre 2005

La réalité.

Ai passé ma journée à ne rien faire. Plutôt que de sortir, pourtant il faisait si beau. Et maintenant, la nuit est là, trop tôt, déjà. Cette nuit que je craignais tant, qui souffle en moi le sommeil et la morosité.

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J'ai regardé des photos sur internet, des photos d'ailleurs, de ce que je voudrais, pour rêver, des pierres chaudes et irrégulières, de la verdure, une lumière, une étincelle. Tout est si loin et si proche. Je me renseigne sur des formations futures qui me permettraient de réaliser : de rendre réel. Je m'égare. En traversant la ville ce matin pour rejoindre Neb au resto, c'est ces images que j'avais devant les yeux, fortes et lumineuses. C'était pareil hier soir alors que je me rendais à un cours particulier. Je ne vois pas ce qui se déroule devant moi, mes yeux sont ailleurs et cela fait naître une chaleur en moi. Plus le temps passe en plus les doutes s'effacent. Ce qui a été un fantasme prend forme. Et je ne vois plus l'avenir autrement.

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Puis quand je rêve ainsi, les projets concrets et quotidiens m'échappent. Je devais passer à la bibliothèque. Je pensais partir à travers champs avec mon vélo. Je voulais me promener dans les ruelles de ma ville pour fixer cette lumière si inhabituelle. Mais je n'ai rien fait. Pas envie d'affronter le regard, le dehors, ce dehors plein de gens. Envie d'être seule. Je me penche à la fenêtre, j'observe la vieille dame qui nourrit les chats du petit parc. J'écoute les bruits citadins. Je lis. J'oublie. Une idée glisse pour laisser place à une autre. Je respire.

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15 octobre 2005

Un bon conseil.

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Je suis à l'âge où l'on ne dort nulle part
Les seuls lits d'où je rêve sont des quais de gare
J'ai loué un placard pour mes robes d'hiver
J'ai tué les parents

Oh je veux partir sur la seule route
Où il y du vent
Je suis la jeune fille aux cheveux blancs

Mon amoureux dit qu'il ne me connaît pas
Il vit loin de tout
Il vit trop loin de moi
Sur le plus haut volcan que l'amour ait éteint
Il reviendra demain

Oh je veux partir sur la seule route
Où il y du vent
Je suis la jeune fille aux cheveux blancs

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11 octobre 2005

Le côté obscur du bureau.

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Hier soir, première fois depuis des années, je suis passée de l'autre côté du bureau. Ce que je me suis sentie mal ! J'ai pourtant occupé pendant des années les bancs d'écoliers, usé mes fonds de culottes, gravé les tables de mon nom pour la postérité. J'ai résisté bien plus que la moyenne aux soporifiques discours de profs. Même que le jour où on m'a dit que je pouvais m'arrèter, j'ai continué. Je traîne toujours dans ses salles qui sentent la transpiration, la réflexion et l'encre pour tableaux blancs. Je ne suis plus du même côté du bureau. Et pauvre de moi, hier soir, j'ai repris la place d'élève. Pas juste pour rigoler, pas par défi lancé par un élève cette fois. Un réel objectif que je me suis fixé et sur lequel je m'engage pour l'année. Des cours de langue qui vont me permettre de valider la mention FLE que je passe par le CNED. Pour ce qui est du choix de la langue, j'en parlerai plus tard. Abordons déjà l'énervement intense provoqué par celle qui avait ma place habituelle. On ne peut être que critique quand on connaît les ficelles.

Elle est assise à son bureau. Elle attend l'ensemble du groupe. Elle observe. Elle ne dit rien. Pas de contact. Puis le cours commence, à la minute. Elle se présente, avec un accent prononcé qui a son charme. Puis elle laisse chacun parler de soi et présenter les raisons de sa présence ici. Jusque là, tout va bien. J'attends la transmission du message. Je suis là pour apprendre, avide de savoir et de connaissances. Il va lui falloir le tableau, elle fouille les tiroirs du bureau et constate qu'elle n'a rien pour écrire. Je lui prète un de mes feutres. Elle commence à gribouiller son nom, qu'elle écrit dans sa langue. Elle continue à marmonner face au tableau, on ne comprend rien. Elle se retourne, demande de répeter. Personne. Elle continue. Elle aborde l'alphabet. Pas assez vite, pas ordonné. Elle commence puis réalise que ce n'est pas la méthode la plus claire, elle efface et recommence. Dix minutes plus tard, elle estime judicieux de nous rajouter des lignes. Effectivement, ça change tout. Elle barbouille avec ses doigts, essaye d'effacer avec la paume de sa main, laisse de longues traînées noires, elle râle et recommence son gribouillage. Le type à ma gauche s'énerve et rature son cahier tout propre-tout neuf qu'il avait acheté exprès. Elle note des lettres à côté de chaque signe, équivalent phonétique. Je lui parle de l'API, dont elle n'a jamais entendu parler. Je tombe des nues: une prof de langue qui ne connaît pas l'API. Je n'insiste pas car elle me regarde méchamment. Je voulais juste faciliter les choses. Une heure et demi comme ça. Arrive enfin la fin du cours. Elle nous annonce qu'elle ne peut pas nous donner les photocopies dont elle nous parle depuis le début parce qu'elle ne les a pas faites (bonne raison ceci dit). Une fois que tout le monde file, elle me redemande les raisons de ma présence qu'elle ne semble pas comprendre alors que je lui ai expliqué clairement. Mon voisin qui est en train de ranger ses affaires me regarde avec un grand sourire qui dit "courage" et s'éclipse. Je lui réexplique mais elle ne comprend pas. Je finis par me sauver, agacée et déçue. On va rire, je le sens...

24 septembre 2005

Tout est calme

Encore une nuit où tout est calme, pas un bruit, rien
A part vos souffles réguliers, à côté
Encore une nuit sans sommeil, sans sommeil, sans raison,
juste une floppées de choses un peu floues tout autour
Alors on sent très bien le bout du lit et les murs
Se resserrer, se refermer, sur on ne sait trop quoi
Alors on sent très bien nos mains, se crisper et se tendre
Se diriger, se refermer, sur on ne sait trop qui
Suit un lendemain sans histoire comme les autres
on regarde par la baie vitrée alentour
Pas de surprise, la mer est calme
On avait tort d'espérer voir un coup de vent se lever
Alors on sent rès bien le bout des choses se fendre
Puis s'effriter, puis s'écrouler, sur on ne sait trop quoi
Alors on sent très bien nos corps, se crisper et se tendre
Se rapprocher, puis s'effondrer sur on ne sait trop qui
L'après-midi se passe sans heurt, sans incident
Aucun risque de voir l'orage éclater
Alors on sent très bien la fin de tout approcher
Se déployer, puis effacer on ne sait plus trop quoi
Alors on sent très bien nos corps, se crisper et se tendre
se détacher, se diriger vers on ne sait trop où.

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12 septembre 2005

Mal aux dents.

Bougon. décidément. Pourtant le soleil revient et faudrait que je mette les contrariétés de la veille au placard. Je fais tout pour. J'écoute Bogaerts: "c'est des rhododendrons, ça sent bon". Je fais des efforts. J'ai souris aujourd'hui. Plein. A tout le monde. Pour rien. Juste pour y arriver au bout du compte sans y penser, pour y croire.

D'ailleurs P.  me fait sourire. Jaune. Lui aussi il a un gros nombril. Alors il demande aux gens "comment tu vas". Il demande tout le temps, plusieurs fois par jour. Mais la réponse, il s'en pête comme de l'an douze. C'est comme un trampoline pour parler de lui. Vous remarquerez d'ailleurs, les gens, quand on leur demande comment ils vont, répondent sans même y réfléchir "ça va". Par pudeur, par politesse par économie de temps. Parce qu'on se voit mal répondre, qu'en fait, non, ça va pas fort, personne ne nous écoute, on a les impôts à payer, cette facture de gaz, plus une tune pour le plaisir, la vidange à faire et qu'en plus on est constipé (ce ne sont bien sur que des exemples). C'est plus simple de répondre "ça va". C'est plus simple quand on a pas P. en face. Parce qu'avec P., il vaut mieux raconter sa vie avant qu'il ne le fasse, ou alors se sauver vite. J'opte de plus en plus souvent pour cette deuxième solution. Et pas seulement pour P. en fait. Je fuis les gens.

Puis, oui, tiens, j'ai mal aux dents. Et merde. Vaut mieux que je la ferme.

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5 septembre 2005

Le miracle de la clé.

porteElle est avec moi tous les jours: la clé. Je l'ai découverte il y a deux ans à peine, après une longue discussion avec un sage qui m'en vantait les mérites. D'abord un peu rétiscente et méfiante face à tant de facilité, j'ai fini par céder à la tentation et je me suis présentée au chaland qui m'a fait passer une épreuve très simple pour l'obtenir: un code à composer sur un boîtier. Et quel bonheur que de l'avoir toujours maintenant avec moi. Je ne pourrais plus m'en passer. Je sens sa présence dans ma besace, rassurante.

Parfois, dans la journée, je la fais glisser entre mes doigts, en parlant à d'autres personnes, sentant sous ma peau sa froideur. Toujours consciente de son incroyable pouvoir et de ma dépendance, je veille à en prendre grand soin et à la conserver toujours près de moi. C'est une arme merveilleuse et terriblement facile à manier.

Elle décuple ma force et me permet de valoriser mes savoirs et d'amplifier mes connaissances. Elle offre également la possibilité de dégainer l'arme de tranquilité au dernier moment face aux peuples turbulents et difficiles à maîtriser. Avec elle, je me sens toujours légère et prète pour les journées qui s'annoncent les plus difficiles. Je peux affronter les imprévus et faire preuve d'audace. Elle est ma force et mon courage. Elle m'est devenue indispensable, sans elle je serais perdue. Vive ma clé USB.

1 septembre 2005

été indien.

Le rythme est pris, malgré l'été qui s'étire et nous attire au dehors.
Première grosse journée hier avec huit heures de cours. On termine par trois heures sans pause.
Je sens que mes mercredis soirs seront "légume".
Puis hier soir, nous avons filé chez Jéjé à M. pour ses soucis informatiques.
J'ai du refuser de suivre d'anciens élèves sur une terrasse de café pour aller là-bas.
Drôle d'impression de se retrouver dans cette ville.
Passer sur ma place pleine de couleurs où les coups de cloches me plongent un instant dans ma vie d'avant.
On a mangé indien.
Maharadja.
Il paraît qu'indien vaut mieux que deux tu l'auras.
J'aime toujours autant. Les explosions des épices douces sur la langue.

Aujourd'hui, journée agréable de la semaine.
Pas d'école l'après-midi.
Je veux encore du soleil pour moi.

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30 août 2005

Sur les épaules.

C'est fait, c'est passé, comme un lundi. La pilule est avalée. J'avoue que j'aurais pu m'étouffer tellement j'avais pas envie d'y aller. Des nouvelles têtes, certains qui se font déjà remarquer, qui n'en font qu'à leur tête, des têtes de cons, des têtes de linottes ou têtes en l'air, pas de têtes de Turc, quelques têtes à claques, celles qui ne me reviennent pas, des belles têtes de vainqueurs, des têtes blondes, des têtes bien pleines mais pas seulement...

Puis moi, hier soir avec déjà la tête comme une pastèque et les pieds en compote. Dur de reprendre le rythme, dur d'insuffler la motivation, de se donner du courage, de trouver ça beau, d'avoir envie. Faut se dire que ça viendra. L'appétit vient en mangeant.

De leurs côtés, ils sont beaux comme des sous neufs, avec des cahiers tout propres (pas le moindre gribouillage en vue, les noms du petit copain ou du dernier groupe qu'ils kiffent grave n'ont pas encore leur place), des trousses qui sentent le neuf, pleines de cartouches pour gratter des feuilles et des feuilles, les dents qui brillent et l'haleine fraîche, le regard vif où se lit une soif de connaissance et une motivation débordante. Si seulement ça pouvait durer, au moins jusqu'à Noël...

Je vous en donnerai(s) moi des connaissances!

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21 juillet 2005

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

hkenDeux jours passés chez mes parents. L'impression d'une éternité. Cela faisait quelques temps que je n'y étais pas restée longtemps, seule surtout. Nos visites avec Neb se résument à quelques repas dominicaux. J'ai un peu tourné en rond. J'ai traîné là-bas, n'y trouvant plus vraiment ma place. Certes, il y a toujours ma chambre d'adolescente, mais je n'ai plus mes répères là-bas, ce n'est plus chez moi.

Curieusement, de nombreux souvenirs d'ado me sont revenus. Il y avait comme des fantômes de cette période qui filaient entre les murs de la grande maison.

Ado, j'étais une pourriture, une vraie peste, une rebelle, une casse-couille. Rejet systématique de toute forme d'autorité: les parents, les profs, la société (grand mot très péjoratif que l'on ne peut s'empêcher de dire avec du dégout dans la voix quand on a dix sept ans). Les grands classiques. On me disait "oui" et je disais "non", on me disait "noir" et je disais "blanc", on me disait "s'il te plaît" et je disais "merde".

  • Je repensais à toutes ces nuits où ma mère ne devait pas dormir en m'attendant. Elle se serait coupé un bras pour avoir un téléphone portable pour me joindre, mais ça n'existait pas à cette époque. Elle s'est fait tant de soucis.

  • Je repensais à toutes ces fois où je ne prenais pas le bus qui devait me ramener chez moi le soir, pour passer plus de temps à traîner avec les copains, autour d'une bière, à fumer sans se soucier de rien.

  • Je repensais à tout ces matins, dans la cour du lycée, où on se regardait avec un petit sourire en coin et où on filait avant la sonnerie pour ne pas assister à ces heures de cours mortelles.

  • Je repensais à ces amitiés qui semblaient alors infaillibles et qui se sont si vite éffilochées. Les grandes promesses "à la vie, à la mort", les projets farfelus qui font rêver, les ambitions de changer le monde. Ils sont tous loin maintenant, les projets comme les amis. Pas géographiquement pourtant, mais plus rien ne nous rapproche.

J'ai tellement changé, j'ai grandi, très vite en fait. La fin du lycée marquait l'entrée dans la vraie vie et la fin de la rébellion gratuite et facile. Une grande claque dans la gueule en fait. On ne lâche pas pour autant ses ambitions et ses projets, on réalise simplement mieux, ce que c'est en vrai: le loyer, les factures, les jobs, la vie à deux, le manque de temps, les retours dans la tronche, les fins de mois difficiles, les menus-patates... Les responsabilités.

Puis en fait, on devient adulte sans même sans rendre compte. On se réveille un matin, dix ans après, pour réaliser que le grand pas en avant est fait, qu'on est un grand, depuis longtemps déjà.

  • Je repensais au livre d'Alexandre Jardin, Le Petit Sauvage, et à son héros qui ne veut surtout pas grandir. Syndrôme de Peter Pan. Je ne voulais pas grandir non plus en fait...

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8 juillet 2005

Apesanteur.

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Une journée à rien faire. Ou plutôt à faire tout ces petits riens qu'on a jamais le temps de faire. Avec au-dessus de moi toute la journée l'idée qu'il faut en profiter, que tout peut s'arrêter comme hier, comme tous les jours. J'ai encore vu ces images et je les vois même quand la télé est éteinte. Ce sont toujours les mêmes images auxquelles il ne faudrait pas s'habituer. Et il y a des phrases autour de moi qui résonnent...


"c'est con à dire, mais ça devient banal"
"pff, encore"
"on n'est presque plus choqué, on s'habitue"
"tant que c'est pas chez nous"
"et ils vont de nouveau nous emmerder avec leur plan vigipirate"
.....

Puis demain ce sera déjà moins grave que hier. Les Anglais semblent forts, ils ne montrent pas cette douleur qui doit les gagner, ce serait reconnaître la force de l'autre. Qui au fait? Et pourquoi?

Je ne suis pas sortie. Et plusieurs fois dans la journée, j'aurais aimé. Aller à la bibliothèque, fouler les trottoirs de ma ville, zigzaguer dans les rayons des boutiques soldées où je n'achèterai rien, prendre mon vélo et me sauver hors de la ville.

J'ai repensé à cette réunion-bilan de fin d'année mercredi matin. Perte de temps. Ce n'était pas un bilan mais un monologue. J'ai été soufflée par la mauvaise foi de notre directeur face à la colère de P. qui a explosé vers midi et quart après quatre heures de blabla sans pause et une esquive soignée des VRAIS problèmes. Il m'a dégouttée. Il a fait une démonstration de force face au groupe qui était à vomir. Se braquer pour ne pas reconnaître ses erreurs. J'ai eu honte pour lui. Une fois l'orage passé, j'ai pris la fuite pour ne pas entendre les commentaires des autres collègues entre deux portes ou devant un lavabo. J'avais appuyé P. devant le groupe, car je trouvais ses revendications fondées et justes. J'ai aimé sa colère et l'explosion de ses mots contre les murs de la salle où, jusqu'alors nous somnolions tous. J'ai revu P. Et R. depuis, dans un contexte plus convivial, plus détendu, entre nous. Je sais qu'il a raison, que ses préoccupations sont vraies et fortes. Et il a réussi, sans le vouloir, à remettre réellement en cause ma présence au sein de cette équipe. La structure pédagogique est bonne, mais c'est notre direction qui n'a pas les n'a pas ciblé les bons points et nous ne sommes finalement que des pions au milieu de tout ça: Argent, Réputation et Carrière. Tête de Briques en particulier me répugne. Voilà plusieurs mois que je ne l'ai pas vu esquisser un sourire. Elle grogne presque avec les gens qui passent près d'elle. Elle ment, elle est vulgaire et hypocrite, sournoise et méchante. Je ne comprends pas comment cette femme peut occuper un tel poste en toute impunité. Mais la complicité qui grandit entre P., R. et moi me donnera peut-être le courage et la motivation pour continuer.

Ma décisison est cependant prise sur un autre plan. Je complète ma licence l'année prochaine par une mention FLE dispensée par le CNED et partenariat avec l'université de Grenoble. J'aurais mieux fait de faire ça tout de suite au lieu de partir vers ce DEA de littérature comparée qui ne m'est toujours d'aucune utilité, si ce n'est la porte ouverte vers une thèse plus tard.

Déjà dix sept heures. Neb va rentrer. Ce sont mes premières vraies vacances depuis que nous sommes installés ici. Je vois passer le temps autrement...

29 décembre 2004

Creep.

Je redécouvre ça, au détour d'une flânerie, et j'aime toujours autant. Hier soir, le Furet et sa copine avec son ventre avec un bébé dedans (et même que c'est un garçon) sont venus manger à la maison. Comme ça, invitation de dernière minute. Petite bouffe presque improvisée (carottes au lait de coco, filets de perche au gingembre sur lit de poireaux, salade tricolore et quinoa) où personne ne s'est senti mal à l'aise (mon impression en tous cas). Parlé de tout de rien, très peu de ce petit bébé qui allait naître. Elle a trouvé moyen de me dire à nouveau, alors que nos hommes s'étaient absentés, à quel point il n'avait pas souhaité ce bébé. Je trouve ça triste qu'elle insiste à ce point sur cette notion d'accident. J'espère simplement qu'ils sont maintenant heureux.

Tout cela pour dire que vers minuit, alors que nous savourions un bon whyski, j'ai mis ce disque de radiohead que je n'avais pas écouté depuis des mois... Trop bon. Et je me dis qu'il faudrait que je mette un post-it sur mon frigo pour penser à l'écouter plus souvent, c'est essentiel.

                             

29 juin 2006

Improvisation.

Une sortie de cours. Il a fallu expliquer encore aux élèves pourquoi j'ai décidé de partir. Certains sont déçus, d'autres vexés, se sentent abandonnés. Puis beaucoup s'en balancent. Je ferme la porte à clé derrière moi, je reproduis les mêmes gestes depuis trois ans. Il y a en moi ce soulagement de fin de journée quand j'avance dans le couloir en faisant claquer mes talons au sol. Une légerté. Je dépose mes clés au secrétariat, je discute encore avec le surveillant, qui me regarde comme s'il me voyait pour la dernière fois. C'est vrai, vendredi matin, je donnerai mes dernières heures de cours. Puis je sors dans la rue, la chaleur du bitume remonte le long de mes jambes nues. Je relève mes cheveux haut sur ma nuque. Chaleur étouffante depuis plusieurs jours. J'aime cette moiteur. La menace toujours suspendue au-dessus de nos têtes d'un orage. Quelque chose d'imminent. Mon téléphone vibre dans mon sac. Je suis conviée par R. à venir le rejoindre sur une terrasse. Encore les talons qui claquent au sol. Quelques centaines de mètres plus loin, je l'aperçois entouré d'élèves. Je m'installe avec eux, le temps d'une mousse, le temps de réaliser aussi que j'ai vraiment envie de rentrer chez moi et que leurs histoires de collants fillés et de pourboire pas laissé me passe très loin au-dessus. Je me lève pour partir et les élèves insistent pour me faire la bise "vous nous devez bien ça, on vous verra plus". Tournée de bisous pour tout le monde. R.vide sa bière et me raccompagne. Sur le chemin, il fait le clown, comme il a su le faire pendant trois ans.

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Il m'invite à boire encore une bière sur la terrasse en bas de chez moi, où nous avons maintenant nos habitudes tous les deux. Il me répète encore à quel point je vais lui manquer, le vide que va créer mon départ. "je sais, ça va pas être facile pour moi non plus". Nous reparlons de la mauvaise humeur permanente de notre collègue P. et des boulettes qu'il accumule en ce moment. Nous reparlons aussi de cet incident dans ma salle de cours mardi, un portable avait été volé et avant la sonnerie le directeur a obligé plusieurs personnes à fouiller les sacs. (J'avais été scandalisée par la pratique de celui qui nous met en permanence ces trente années d'expérience sous le nez et j'avais quitté ma propre salle de cours). Nous buvons une autre bière et encore une. Je suis étonnée de voir cette "endurance" que j'ai développée. Arrivent Neb homme de moi et Mat' qui me convient à une soirée resto improvisée avec la copine de ce dernier que je n'ai jamais vue. Encore une bière pour attendre que la méchante averse qui nous tombe sous le nez se calme. R. rentre chez lui. Sur le trottoir, les rigoles de l'averse mouillent mes doigts de pieds.

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Un peu plus tard, assise dans un restaurant avec les deux gaillards et Mademoiselle J. : le repas fut bon, mais les discutions inintéressantes se succèdent. Je m'ennuie encore. J'ai mal aux dents. La serveuse est jolie. Crême brûlée aux framboises en dessert. Un sourire, on décolle et la soirée se termine devant une émission du cultissime Jean-Luc. J'aime ces journées d'été où l'on ne prévoit rien et tout se tricote tout seul. Ce soir d'ailleurs, une surprise de départ me pend au nez. P. et R. m'ont simplement donné rendez-vous sur notre terrasse, je ne dois pas mettre de baskets et être disponible toute la nuit. J'aime les surprises. D'ici là, encore un gros chèque à faire au garage, un détour chez le dentiste et à la SPA.

1 juillet 2016

La déstruction.

Qu'il est difficile de dire, d'écrire, de crier la douleur intérieure.

Celle qui ne se voit pas, mais dont les mots/maux s'époumonent et hurlent au dedans.

Depuis un mois maintenant, à grand renfort de médicaments, on a soulagé ce mal, il est en sommeil, il se tait, je ne pleure plus, je ne dis rien, je dors beaucoup, mais je sais que la bestiole est toujours là, tapie dans l'ombre de mon apaisement.

Il y a quelques jours, une amie m'a signalé la diffusion d'une émission Dans les yeux d'Olivier, je l'ai regardé et des larmes ont coulé, en continu, durant toute la durée de ces témoignages. Ces gens, détruits, formulaient mes mots, mes blessures, ma démolition.

 

17 octobre 2015

Retour vers le futur.

Quelques mots retrouvés à l'état de brouillon, rédigés très vite, au printemps...

***

On m'apprend que Mc Fly est delà revenu dans le futur, tôt le matin.

Je surveille 4h de BTS blanc.

Je pédale dans les rues de la ville puis attache mon vélo, deux fois (à un grillage, à un socle), puis à chaque fois, je m'éloigne, je bascule mon trousseau de clé derrière moi pour biper et vérifier que mon vélo est bien fermé. Conclusion, je suis encore obligée de prendre ma voiture trop souvent.

Plus tard, je longe une terrasse de café. Des gens ont le temps. Souvent, je me serais dit que ces mêmes gens auraient pu m'impresssionner. Mais aujourd'ui, si j'avais eu le temps, je me serai installée là et comme eux, j'aurais pris le temps de siroter un truc frais, de consulter mes informations récentes (oui, parce que j'ai un smartphone tout neuf)

Finalement, je pars en cours, parce que je n'ai pas le choix, puis c'est une classe que j'aodore. Mais aujourd'hui, ils sont difficiles, très. Ils m'empoisonnent, ils crient, rient pour un rien, me prennent à partie. Ils me font penser à une classe de maternelle, or je n'ai jamais voulu travailler avec des petits.

Puis, il y a quelques minutes, j'assiste à une scène épouvantable. Devant mon bureau, une de mes élèves. D'habitude douce et souriante, se livre devant moi à un exercice démoniaque digne des meilleures scènes de l'Exorciste. Elle hurle, trépigne, pleure, ses yeux manquent de sortir de leurs orbites, elle bave, m'insulte, me menace, tourne plusieurs fois sur elle-même dans une espèce de tourbillon satanique, est prise d'un fou rire nerveux pour remettre des torrents de larmes par dessus et finit par quitter la salle en me traitant de connasse, dans un violent courant d'air haineux. De la drogue ? Un envoûtement ? Une scène d'impro ratée ? Rien de tout ça, je lui ai juste confisqué son téléphone.

J'ai encore des dizaines de copies à corriger pour demain.

Je réfléchis à la vie que j'aimerais avoir. A ce qui me plaît dans celle que j'ai.

***

J'apprends ce matin que Marty Mc Fly reviendra dans le futur Mardi.

2 juin 2014

Mieux, moins, moi.

On voudrait...

Moins d'écrans. A limiter, oublier, remplacer. Regarder ce qui n'est pas limité à quatre bords.

Manger moins, mieux.

Du sport, du yoga, s'essouffler, mieux connaître son corps, sentir ses muscles, ses articulations, ses poumons. Les airs, de l'air, mon air.

De rien.

Dormir, plus et encore, mieux. Lire, écrire, décomposer, créer, dessiner. De l'eau, des couleurs, des instantanés. A chaque moment, n'importe où, n'importe quand.

Parler, raconter, transmettre. Laisser une trace. Avoir le temps, le voler, le prendre, en priorité.

Rire et faire le vide. Ecouter, absorber, ce qui est autour, ce qui est dedans. Penser maintenant, ni hier, ni demain.

Et oublier parfois de respecter le programme, arrêter les exigences..

***

22 mai 2015

Ma poésie.


Fabrice Luchini : "Prenez conscience du miracle... par franceinter

La poésie serait la résonance (raisonnance) de certains monstres de la littérature avec nos petits vies. Je n'aime pas Luchini. Je n'aime pas sa voix. Je n'aime pas ses excès d'articulation qui se confondent dans des clapotis de salive. Je n'aime pas sa déclamation de "la" vérité et ses envolées lyriques. 

J'écoute pourtant ce matin.

Depuis hier, je cogne dans ma tête certaines idées. Certains mots. Rien à voir avec les siens. Et pourtant, il y a de l'écho. Pour une fois.

A propos de ma poésie. Celle que je cherche dans ma routine, celle de mon quotidien. Et je donnais à peu de choses près cette même définition. Ma poésie, celle qui m'appartient, peut être laide, peut être crue, peut être abrutie de clichés ou au contraire, échaper à toute règle et compréhension. Ma poésie est dans l'imperfections, dans l'instantané, dans le mouvement, dans la solitude, dans le vide.

Mais je la guète.

Je voudrais la représenter. L'écrire, la dessiner. Pour écrire, il faut vivre. Et vivre en grand laisse trop peu de temps pour écrire. Alors souvent, on laisse fuire certains moments, certraines images, certains mots. Ils ne s'écrivent pas, ils se vivent, et ils s'oublient. 

Je réalise que j'écris souvent dans ma tête, sur l'instant, perchée en équilibre. Puis j'accepte d'oublier. J'accepte car je n'ai pas le choix. Et tous les stratagèmes de petits papiers ou de carnets, toujours à portée de main, qu'on fourre dans un sac déjà trop plein de bricoles, ne permettent pas d'empècher cette fuite des mots et des idées.

12 juin 2014

Synesthésie.

La synesthésie (du grec syn, avec (union), et aesthesis, sensation) est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés.

Il y a quelques semaines, autour de la table garnie d'un restaurant exotique, un soir de semaine, il (ce même il dont il était question ici), me colle cette étiquette : "tu es synesthésique". Il a raison, et sans savoir le nommer, je le savais depuis toujours. Quelques exemples :

  • Depuis toute petite, dans ma tête, les prénoms ont des formes et des couleurs. La première fois que je m'en suis rendue compte, c'était en parlant d'une certaine Suzanne. Pour moi, ce prénom est orange et bouclé. Je peux l'affirmer avec évidence depuis que je sais parler. Je me souviens surtout de ma surprise en découvrant que les autres ne le voit pas.
  • La musique est colorée et peut avoir un goût. Je peux dire par exemple avec certitude que Where is my mind des Pixies est acidulé et que L'homme aux bras ballants de Tiersen est de plus en plus foncé et rouge.
  • Depuis que j'ai rencontré G., il y a plus de dix ans, je vois parfois des paysages en musique. Regarder des alignements de vignes en voiture me fait venir de la musique rythmée dans la tête.

Un jour, faut aussi que je parle de ma misophonie et plus sépcifiquement du fait que je pourrais égorger celui qui fait du bruit avec sa bouche...Mais sinon, je vais bien.


L'Homme aux bras ballants

20 août 2014

O Capitaine, mon capitaine !

Ô Capitaine ! Mon Capitaine !
Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Notre voyage effroyable est terminé
Le vaisseau a franchi tous les caps, la récompense recherchée est gagnée
Le port est proche, j'entends les cloches, la foule qui exulte,
Pendant que les yeux suivent la quille franche, le vaisseau lugubre et audacieux.
Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
Ô les gouttes rouges qui saignent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu, froid et sans vie.
Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Lève-toi pour écouter les cloches.
Lève-toi: pour toi le drapeau est hissé, pour toi le clairon trille,
Pour toi les bouquets et guirlandes enrubannées, pour toi les rives noires de monde,
Elle appelle vers toi, la masse ondulante, leurs visages passionnés se tournent:
Ici, Capitaine ! Cher père !
Ce bras passé sous ta tête,
C'est un rêve que sur le pont
Tu es étendu, froid et sans vie.
Mon Capitaine ne répond pas, ses lèvres sont livides et immobiles;
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a plus pouls ni volonté.
Le navire est ancré sain et sauf, son périple clos et conclu.
De l'effrayante traversée le navire rentre victorieux avec son trophée.
Ô rives, exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d'un pas lugubre,
J'arpente le pont où gît mon capitaine,
Étendu, froid et sans vie.
W. Whitman
11 août 2015

Les filantes.

Couchée, peau nue, à même le carrelage encore chaud du petit balcon, mes chiens allongés près de moi.

Au dessus, l'étendue fascinante, la voute scintillante.

Pas assez de voeux pour faire face à la déferlante.

berger

2 juillet 2014

Du bruit.

« "L’enfer, c’est les autres", écrivait Jean-Paul Sartre dans sa pièce Huis clos. Permettez-moi d’ajouter : "L’enfer, c’est le bruit des autres". On oublie souvent que Sartre triche avec la réalité sensorielle dans cette pièce. Inès, Estelle et Garcin, ces trois nouvelles recrues de l’enfer condamnées à vivre pour l’éternité dans un salon Second Empire, n’ont pas de paupières et subissent un jour perpétuel. Heureusement, dans la vraie vie, nous pouvons fermer les yeux sur le Laid, l’Atroce et l’Embarrassant et accorder à notre vue une nuit de repos. L’odorat, le toucher et le goût ne sont pas dépourvus de défense non plus. Quand surgit une pestilence, on se bouche le nez ; par pur réflexe, nos mains se dérobent au froid et au chaud extrêmes, et nous portons à la bouche ce que nous voulons bien manger. Mais l’ouïe, le plus vulnérable des sens, n’a guère de paupière pour monter la garde et échappe avec peine aux assauts du bruit. Comme défense ultime, on peut se boucher les oreilles, mais c’est là une arme peu commode, en particulier si l’on soupe avec des amis ou tient la main de sa bien-aimée.

On ne dira jamais assez la souffrance, le désarroi et la rancoeur causés par le bruit. Pourtant, le bruit est bien l’une des dernières calamités que l’on essaie d’enrayer, et les souffre-douleur du bruit passent pour des faiblards et des geignards incapables de faire face à la musique du monde moderne. Mais le vacarme assourdissant des autoroutes et des boulevards, le vrombissement turboréacté des avions, le tapage lancinant des boîtes de nuits et des bars, l’assommoir journalier du métro, le viol de l’intimité par la télévision et le système de son du voisin, le saccage du silence perpétré par des motocyclettes réveillant une ville endormie à trois heures du matin comptent parmi les plaies de la vie moderne qui empoisonnent l’existence à petite dose, vous déboussolent et vous assaillent sans rémission jusqu’à ce que de guerre lasse, vous cédiez à leur emprise funeste. Non, le bruit est un mal si géant, si monstrueux que se taire à son sujet est s’en rendre complice. Il introduit la chicane dans les ménages, stresse le travailleur, dépassionne les amants, énerve l’enfant, étourdit l’adolescent et accable le vieillard. Il écourte le sommeil, parasite les bons moments de la vie, déconcentre l’étudiant et le créateur. Le bruit agit comme cette ancienne torture chinoise qui consiste à arracher à la victime cent bouchées de chair. Il siphonne, par petites succions mortifères, votre sève intérieure, jusqu’au total écervellement. Le bruit, comme la cigarette, abrège les jours.

Notre siècle en a été témoin, chaque progrès technique s’accompagne d’un bruit nouveau. Notre amour du progrès nous a fait admettre le train, la voiture et l’avion, grands bailleurs de bruit qui ont pénétré nos villes et les soumettent à un siège sans répit. À ces bruits colossaux, le progrès technique a ajouté des bruits insidieux, qui se sont insinués dans les maisons : le roulement de la sécheuse, le gargouillement du lave-linge et du lave-vaisselle, le ronronnement du réfrigérateur, le grondement du micro-ondes, les voix et la musique vociférées par la télévision et les haut-parleurs. C’est la vocifération du monde. Pourvoyeuse de bruit, la technique se met aussi à son service et voit à l’amplifier. Nous sommes béats d’admiration devant les merveilles techniques produites par les ingénieurs du son, synthétiseurs, amplificateurs, hauts parleurs de grande puissance, toutes machines qui exaltent le son pur de studio et font la joie de décibelomanes.

Le cloaque sonore des villes

Même si nous disposons de machines sophistiquées pour reproduire et amplifier le son, nous vivons essentiellement dans une civilisation visuelle, où l’ouïe le cède à la puissance triomphatrice de la vue. À preuve, le chaos cacophonique des grandes villes, où la composition du paysage sonore est le dernier des soucis des urbanistes et des gouvernements. Si on cessait de voir nos villes, d’en admirer les façades et la géométrie, et si on les écoutait un peu plus, elles sonneraient comme de véritables égouts de bruits. Cloaques sonores à ciel ouvert où se déversent avec frénésie tous les déchets sonores de nos machines roulantes et volantes, les villes ont été le théâtre d’un vandalisme éhonté, de crimes contre l’ouïe, comme la construction de ces autoroutes qui ruinent à jamais la quiétude des quartiers environnants (pensons à la catastrophe sonore qu’a été l’autoroute Décarie à Montréal). La pandémie vacarmentielle des villes laisse au citadin peu de possibilités d’évasion. Tous les jours, il doit en subir l’épreuve, sur la route, dans le bus et dans le métro. Les rues où il flâne l’assomment de leur rumeur et s’il va au concert, il devra payer son furtif bonheur musical de l’affront du tintamarre urbain. Comme vraie voie d’évasion, il y a bien sûr la campagne. Cependant, les citoyens ne sont pas tous égaux devant le bruit. Les mieux nantis fuient le capharnaüm sonore avec leurs bruyants bolides pour se réfugier dans leur chalet en bordure d’un lac (qui parfois en été, devient lui aussi un enfer avec la surenchère tintamarrifère des hors-bord et des motomarines). Les moins bien nantis végètent dans des appartements mal insonorisés, construits à la hâte par des propriétaires heureux de profiter du laxisme du législateur pour s’enrichir à bon compte.

Le cloaque sonore n’est certes pas propre à la civilisation moderne. La Rome antique étourdissait ses habitants d’un infernal vacarme qui sévissait jour et nuit. Le jour, ses rues se remplissaient d’une animation intense ; s’y pressait une foule torrentielle, excitée par les cris des colporteurs et des gargotiers, où résonnaient les leçons récitées à plein vent par les écoliers et les marteaux des chaudronniers. La nuit, s’ébranlaient dans les rues sans lumière les convois des bêtes de somme et de leurs charretiers, auxquels les empereurs interdisaient de circuler le jour. Des poètes comme Martial et Juvénal ont plaint le triste sort du Romain que le transit incessant et le bourdonnement des rues condamnaient à l’insomnie. Avons-nous enregistré quelque progrès sonore depuis les Romains ?

Quand la musique se fait bruit

Les Romains, nous dira-t-on, ne possédaient guère de tourne-disque, de lecteur laser, ignoraient tout de la sophistication de nos salles de concert et n’avaient pas de radio ou de télévision pour décorer leur vie domestique. Au bruit qu’elle sécrète à grande échelle, la civilisation moderne offre un contrepoison, une musique rampante et omniprésente, qui joue à toute heure, en toutes situations. C’est la musique flatueuse des ascenseurs et des centres commerciaux, celle qui languit chez le cabinet de dentiste, celle qui nous afflige au téléphone faute de téléphoniste disponible, celle qui bourdonne dans les gymnases et défonce les tympans dans les discothèques ou tout simplement, celle qu’on laisse jouer chez soi, comme bruit de fond qui meuble nos pièces. La musique est aujourd’hui de moins en moins un acte volontaire ; elle est de plus en plus subie. La musique commerciale qui gouverne maintenant les lieux publics est une espèce de fluide insipide, jeté là pour tromper l’ennui de ces lieux ou pour masquer des rumeurs parasites. Composée pour créer une "atmosphère", elle enlève plutôt aux lieux qu’elle doit égayer leur vitalité. Au début des années 1960, l’historien américain Daniel J. Boorstin avait remarqué comment la civilisation de l’image poussait la musique à devenir une activité secondaire, servant à accompagner la relaxation, l’amour, le travail, la consommation, etc. La musique devient un "flot homogène et sans fin" qu’on n’écoute plus mais dont on se sert pour remplir nos vides.

Dans le monde désenchanté qui est devenu le nôtre, le peuple ne se presse plus à l’église pour entendre les choeurs psalmodier. Délaissée par ses fidèles qui jadis communiaient avec elle au son des Kyries et des Alléluias, la religion chrétienne entre en concurrence avec une pléiade de sectes et de thérapeutes patentés de l’âme pour capter l’attention d’un peuple incroyant, qui écoute dans son salon des chants grégoriens, des valses viennoises, du Reggae et du Western, Charles Aznavour, Elton John ou les Pet Shop Boys. Pendant des siècles, le christianisme avait enseigné que la spiritualité passait par une alternance de silence et de musique. La vie monastique avait porté à sa perfection cette règle de vie. Elle s’est perdue aujourd’hui. Le recueillement, la prière et le silence paraissent des pratiques surannées ; et la musique, émancipée du service religieux, ne connaît plus de mesure pour arrêter de jouer à toute heure grâce au miracle technique des ondes et de la stéréophonie.

Au temps de nos aïeux, le bruit était synonyme de scandale. C’était même la punition dont on affligeait tout membre de la communauté qui en avait enfreint la morale. Ainsi, dans les villages québécois au XIXe siècle, les jeunes gens faisaient devant la maison d’un veuf qui avait épousé une trop jeune femme ou des personnes aux moeurs douteuses un charivari monstre, dont le bruit entachait à jamais la réputation de la victime. Aujourd’hui, le charivari est partout, et la fréquentation des lieux décibelogènes comme les boîtes de nuit techno est devenue un signe de distinction sociale. Quant au scandale, eh bien !, cherchez-le.

Les temples de la sonocratie

Les archéologues qui étudieront dans quelques siècles notre civilisation seront peut-être frappés d’étonnement en tombant sur nos disques, nos appareils acoustiques et ces lieux vides le jour que sont les boîtes de nuit. Peut-être croiront-ils y reconnaître les vestiges d’une religion du bruit. En effet, les danses frénétiques au son du Rock’n Roll, du Dance Music, du Techno et du Rap dans l’atmosphère psychédélique des discothèques hyper-équipées et les méga-concerts dans les stades avec leurs idoles lascives déchaînant une foule en transe ont remplacé les messes comme occasion de communion collective avec la musique. En fait, ce n’est pas tant la musique qu’on célèbre dans ces grands défouloirs extatiques, que la puissance technique du son portée à son paroxysme par des appareils dont le perfectionnement n’a pas de terme et auquel les chanteurs, usant de tous leurs charmes, ajoutent une charge érotique qui subjugue les foules. Ainsi s’affirment les discothèques, les bars et les salles de concert comme les nouveaux temples du bruit, où s’engouffre une jeunesse sacrifiant d’emblée la virginité de ses oreilles au grand dieu Moloch crachotant ses décibels à travers des monolithes hurlants. Ce sont des équarrissoirs des sens, où s’amalgament les sensations et où tous les interdits sont levés. Le délire technique des décibels crée entre les danseurs un écran sonore qui empêche toute véritable communication de se nouer et anesthésie l’ouïe. Cet écran qui abolit la parole donne néanmoins libre cours aux fantasmes. Dans la masse indifférenciée des corps en sueurs assommés par le boum-boum, on joue à touche-pipi, à presse-nichons ou on décroche du monde en sniffant quelque poudre hallucinogène. Le plus souvent, la musique qui est jouée dans ces temples est d’une grande pauvreté. À preuve, pour en mousser la valeur, on la flanque de vidéoclips clinquants et sulfureux et on exhibe sur toutes les tribunes l’image sexy de l’idole. Asservie à l’image, la musique ne vaut que par sa stridence et sa capacité de remplir les tiroirs-caisses. Tous les vacarmistes et pétaradaires qui sévissent dans les boîtes de nuit, les hebdos culturels, les studios de télé et de vidéo vous diront qu’ils officient pour la jeunesse, dont ils soulagent le désarroi. Foutaise que tout cela. L’industrie du décibel est une entreprise beaucoup trop payante pour que l’on baisse le volume. Les gens "in" s’éclatent les oreilles dans des discos, enrichissent les sonocrates de leur argent de poche et se découvrent dans la trentaine des problèmes de surdité. Les gens "out" se mettent des bouchons, se font taxer de ringards ennuyeux et aspirent à l’inaccessible silence.

Le rêve impossible d'une écologie sonore

La souffrance causée par le bruit n’est rédemptrice de rien du tout. C’est un flot de non-sens qui enlaidit notre existence et anémie notre sensibilité. Le philosophe Schopenhauer écrivait : « Le bruit est la plus importante des formes d’interruption. C’est non seulement une interruption, mais aussi une rupture de la pensée ». Le bruit est plus que l’interruption de la pensée. C’est rien de moins que l’éclipse de l’humanité en nous. Consentir au bruit, que ce soit aux détritus sonores de nos machines ou à la musique « eau de vaisselle » des magasins ou à la fournaise sonore des prytanées du décibel, c’est consentir à la barbarie que notre civilisation technicienne tolère et encourage. L’enfer, c’est le bruit en nous autres.

Les martyrs du bruit sont plus nombreux qu’on croit. Ils souffrent en silence, comme des animaux blessés par l’outrageuse modernité de nos moeurs stridulantes. Bien sûr, les médias, qui sont à l’affût du moindre bruit, font peu de cas de leur malheur, et les scientifiques, si prompts à montrer les effets délétères du tabac ou des hamburgers trop gras, semblent négliger cette cause si universelle de stress. Les physiciens nous annoncent que bientôt la science mettra au point des machines anti-bruit, qui annuleront les effets des ondes décibelogènes. Les souffrances provoquées par la technique trouveront-elles un terme avec elles ? Pour avoir la paix, faudra-t-il se promener avec des scaphandres anti-bruit et fonder une association des victimes d’acharnement acoustique, qui intentera à tous les fouteurs de bruit de méchants procès ?

Quant à moi, j’estime que le paysage sonore est une dimension aussi importante de l’écologie que le paysage visuel ou la préservation des écosystèmes. Pour en être conscient, il faut tout d’abord muscler sa sensibilité, avoir le courage du silence et savoir dire non aux paillettes brûlantes du bruit. Alors, la vraie musique, celle qui est écoutée dans sa pleine mesure, qui arrive à point et qu’on a eu le temps de désirer, n’en sonnera que meilleure. »

Marc Chevrier

30 août 2008

Foutage de gueule.

Je vais la faire courte : ma sœur est institutrice (il faut dire professeur des écoles, je sais). Elle travaille depuis quatre ans maintenant. Pour cela, elle a bien entendu passer un concours qui lui a demandé un certain niveau d'étude (bac+3) suivi de deux années d'apprentissage dans une autre ville que la sienne. Elle s'est retrouvée entre ces deux années sur ce que l'on appelle une liste complémentaire et on l'a envoyée enseigner (sans avoir obtenu son concours et sans aucune expérience) dans un des villages les plus hauts de notre belle région, à plus de quatre-vingts kilomètres de chez elle, qu'il pleuve, qu'il neige, ou qu'il grêle. Elle a obtenu l'année suivante son concours et on lui a confié un poste à l'autre bout de la région, à cent vingt kilomètres de chez elle. N'étant nommée sur ce poste que pour un an, elle refuse de lâcher son appartement. Elle y passe finalement deux ans, pour être ensuite mutée (sans l'avoir souhaité bien sur) encore plus loin. Elle se décide à abandonner sa vie de citadine, à contre-coeur, pour aller s'installer dans un petit village voisin. Elle atterrit alors dans une école où ses collègues, en bons fonctionnaires, se contentent du minimum : pas moyen de mettre en place un projet qui empiéterait, ne serait-ce que quelques minutes, sur leur temps de repos, donc à seize heures, plus personne.

On en était resté là. Ce n'était que pour un an et il y a ensuite eu toutes ces histoires de mouvements. Elle ne passait qu'au troisième et nous apprenions début juillet via internet qu'il serait reporté fin août faute de temps (ou d'investissement de la part des gens responsables qui ont préféré partir en vacances). Mercredi matin, alors que ma sœur rentrait de deux mois de colo à l'autre bout de la France,  nous avons appris que les fameux résultats seraient encore reportés à vendredi. Nous sommes allées voir une liste des postes disponibles et nous sommes assises sur notre impatience.

Hier, la mauvaise nouvelle est tombée. Coup de téléphone, la soeur en larmes qui parvient à peine à articuler. Elle écope d'un poste de directrice d'une grande école. Pas de classes, pas d'élèves pour elle bien entendu. Rien que de la paperasserie et un bureau dans lequel elle va tourner comme un lion en cage. Est-il utile de préciser qu'elle n'a suivi aucune formation en la matière, qu'elle n'a aucune expérience et que ce n'est pas en deux jours qu'elle va s'improviser directrice ? Pour sans aucun doute se faire taper sur les doigts dès lundi et toute l'année par des collègues qui connaissent l'école depuis des années mais qui n'ont pas voulu du poste. Je passe les détails bien sournois, les réactions inacceptables de ses interlocuteurs qui n'en ont rien à foutre et l'état de déprime avancé dans lequel elle est... Il va falloir être là pour elle cette année.

Et moi, je sais une fois de plus pour quelles raisons je n'ai pas choisi l'éducation nationale !

***

15 avril 2008

Espace temps en rupture.

Cette semaine, j'affronte un géant, un monstre violent qui a comme unique but de me faire plier : ce monstre s'appelle Goliath et je suis le petit David qui voit se dresser devant lui le géant aux cinquante heures. Il a comme seul but de me trouver d'autres épreuves pour que je fléchisse : correction de plus de quatre-vingt copies, réunions soporifiques, journées de dix heures de cours, collègues exécrables envoyés pour me faire perdre mon sang froid, routiers pas sympas sur l'autoroute...

Hier, première tentative de déstabilisation de sa part, je l'avoue très intelligente. Tout semblait être modifié. Dès mon réveil, et tout au long de la journée, des éléments de mon quotidien avaient perdu de leur familiarité. Tout a commercé par la taille de mon chien qui  paraissait tout petit sur mon canapé dans l'obscurité du petit matin. Plus tard, j'ai eu l'impression sur mon trajet habituel qu'on avait coupé des arbres, la lumière n'était pas la même. La pédale de mon embrayage était plus souple que d'habitude. Cette route qui me mène tous les jours sur mon lieu de travail avait l'air d'être en pente, avec des montagnes au loin et j'ai aperçu ce village sur ma droite dont je n'avais jamais vu le clocher. Puis il y avait cet animateur radio, à l'élocution et aux expressions si étranges. J'ai trouvé sur mon lieu de travail que mes petites gâteaux n'avaient pas le même goût et que le temps de pause durait une éternité.  Je n'ai pas compris pourquoi dans l'après-midi cette classe d'habitude si  peu motivée redemandait du travail. Je n'ai pas compris pourquoi et comment je me suis retrouvée en train d'animer une réunion dont je n'avais pas été avisée et j'ai encore moins compris cette colère spontanée qui est sortie de moi juste après, face au responsable de cette situation. Hier soir, Neb s'est endormi avant moi, très tôt et ça non plus, je ne l'ai pas compris. J'ai eu du mal à trouver le sommeil alors que d'habitude, je tombe comme une masse.

Puis ce matin, tout était à sa place. Je retrouve ma réalité après une chute dans une faille spatio temporelle. Sans aucun doute la première épreuve du monstre dont je sors victorieuse. Ce n'est qu'un début. Mais peut-être que hier, ma réalité avait juste pris un jour de repos.

 

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Diane Groseille
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