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Diane Groseille
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17 mars 2007

Apostrophes.

Il y a des fantômes, des esprits qui passent ici et qui disparaissent.
Qui se manifestent, qui aiment, qui le disent, qui tissent sur ma toile,
puis qui s'évaporent....
C'est le principe.
Parfois, on regrette d'avoir pu s'attacher à leurs entités,
parce qu'ils sont si loin déjà.
***
Spéciale dédicace à Zim, Timbre, Seb, et tant d'autres,
qui sont peut-être toujours là,
muets,
dans la transparence et l'anonymat de mes statistiques...

porte_KB

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23 février 2007

Un jour, j'irai à New-york avec toi.

Dans ma ville, il y a la statue de la liberté.
Dans ma ville, l'eau est tellement mauvaise qu'en la buvant, on croit boire la tasse à la piscine.
Dans ma ville, les lampadaires dans la rue sont allumés nuit et jour.
Dans ma ville, il y a un maire qui aime bien avoir sa tête en première page, mais qui fait pas grand chose pour.
Dans ma ville, les gens n'aiment pas dire bonjour.
Dans ma ville, il y a un plan de circulation, qu'on dirait qu'ils l'ont fait exprès pour provoquer des bouchons.
Dans ma ville tout est cher.

... Mais...

Dans ma ville, il y a des maisons de poupées.
Dans ma ville, on est presque à la campagne.
Dans ma ville, il ne pleut que rarement.
Dans ma ville, il fait bon vivre... Malgré tout.

quai_de_la_poisonnerie

22 septembre 2006

Dans la lumière mouillée du matin.

Levée tôt ce matin.
Pris le chien sous le bras et suis partie.
Pourtant pas de travail, pas de cours en vue.
Besoin de liberté.
Dans les champs de maïs, dans la rosée.
Oublier un instant tout ce à quoi on donne de l'importance.
Retrouver la "vraie" importance.
Mon chien qui court.
La soleil qui s'étire en se levant.
La chaleur sur ma peau.

vapeurs

pr_cision

lu_mais

artifice

tresse

rosee

r_union

13 août 2006

Ailleurs.

basile_hic

" J'ai absorbé la lune, j'ai parlé trop vite et qu'est ce que cela a coûté ?

J'ai été parachuté de rayons de lune et j'ai navigué sur des étoiles filantes.

Peut-être seras-tu président, mais il faudra que tu distingues le bien du mal, ou dans le déluge tu construiras une arche, et tu nous emmeneras vers la lune... "

tasse_de_the


petits_painsUn matin froid et mouillé, longtemps que ça n'avait pas été aussi triste, comme un mois de novembre, quand on se dit que, ça y est, on avancera plus pendant quelques mois. Je passe en boucle des morceaux de Radiohead. Préparation du concert, comme une révision d'examen. Absorber les notes, les graver sur sa peau, s'en impregner profondément, charnellement.

Comme une nuit ce matin, un faux réveil, un mauvais départ. J'ai fait des petits pains, j'ai joué avec Lucien, je me suis occupé de mes plantes, j'ai laissé refroidir ma tasse de thé sur la table, distraite par "le Soleil de Satan". Neb homme de moi est parti tel un petit chaperon rouge chez sa grand-mère, lui tenir compagnie jusqu'à demain, elle est seule puisque le grand-père est à l'hopital.

J'ai des appartements plein la tête, de la lumière et des projets. Puis je me dis que ce n'est rien, rien que des murs et du béton, qu'il y a plus important. Sur Euronews ce matin alors que je me brosse les dents, encore ces images du Liban, et mes pensées vont vers Zim, et mon dentifrice a un  goût de sang et d'amertume...

         lu

11 avril 2006

De l'autre côté de la rue.

De l'autre côté de la rue, il y a des gens qui vivent au même étage que nous. Ils ont de toutes petites fenêtres carrées. Souvent, on voit de la lumière, le passage de corps en mouvement, en contre-jour. Et depuis samedi, leur fenêtre est restée ouverte, il pleut à l'intérieur depuis dimanche matin et il n'y a plus de lumière.

Alors, je m'inquiète, je réfléchis, je cogite chaque fois que je passe devant ma fenêtre en voyant la leur désespérement ouverte.

Et s'ils étaient morts tous les deux.

Samedi, journée ensoleillée et agréable, notre petit couple a décidé de rester dans le cocon bien douillet de son appartement. Vers quatorze heures, un désaccord se présente sur le choix du film à regarder. Madame, en pleine période de régles douloureuses et sous une violente poussée d'hormones se munit de sa poêle à frire et assomme violemment son mari d'un revers. Il meurt sur le coup. De désespoir et de culpabilité, elle avale trois boîtes de comprimés. Ils sont en train de pourrir dans leur appartement. Heureusement, leur fenêtre est restée ouverte.

.....

Samedi, journée ensoleillée et agréable, notre petit couple a décidé de profiter de la douceur et de sortir se balader. Ils ont ouvert la fenêtre avant de partir pour aérer leur appartement. Ils sont partis en forêt, y ont croisé un dangereux psychopathe qui les a enlevés, qui a cloué Madame à une planche en chène massif dans sa cave et qui force Monsieur à jouer aux échecs avec lui depuis.

.....

Samedi, journée ensoleillée et agréable, notre petit couple a décidé d'inviter les beaux parents pour dîner. Ces derniers arrivent en fin d'après-midi, et sont heureux de constater que leur fille et leur gendre se portent bien. On s'installe rapidement pour l'apéritif. Beau papa est sous antibiotiques mais il n'y avait plus pensé. Le traitement associé à une forte dose de pastis provoque rapidement des sueurs froides, il se sent mal, il voit trouble, il se lève et pris d'une soudaine pulsion incontrôlable, il étrangle sa femme et se jette sur son gendre qu'il tue avec la lampe offerte par une collègue de travail. Tout cela sous les yeux horrifiés de sa fille qu'il finit par tuer en lui plantant le couteau à pain dans le ventre. Il quitte l'appartement en laissant un carnage derrière lui. Il est à l'heure actuelle sur une plage de Normandie, son portable à la main, sur le point de se dénoncer à la police (qui n'a d'ailleurs pas encore pris connaissance du triple crime).

....

toile

Faut que je téléphone aux pompiers moi, non? Je suis fatiguée en ce moment, vous n'imaginez même pas...
[Horreur, il est 17h48, je viens de terminer ce message, je me lève, je vais boire un verre d'eau et en revenant, je passe devant ma fenêtre : la leur est fermée.]

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1 août 2006

Pour Zim.

Un petit mot à V., s'il passe toujours par ici,
pour lui faire savoir à quel point je pense à lui depuis quelques semaines.
Ce qui se passe au Liban me touche profondément.
Chaque jour, je regarde avec des larmes dans les yeux les images de ces civils menacés,
forcés de quitter leurs maisons,
les yeux paniqués des femmes et des enfants,
la peur sur les visages.
Et certaines images provoquent en moi une révolte, une rage, une haine,
une volonté de mordre, de frapper, de hurler.

liban0607313741
www.advalvas.be

21 juillet 2006

Petites canailles

Merci Stéphane pour cette réponse à une question que je voyais déjà tomber dans un gouffre.
Il s'agit effectivement de la série dont tu parles et que je connaissais sous le titre "Petites canailles".
Grâce à toi, j'ai retrouvé bien vite les images qui trottaient dans ma mémoire bégayante.

Little_Rascals

littlerascals2

pete

Et voilà Pete, le chien de la série
qui n'a de Lucien que ces petites taches sur les yeux et les oreilles
mais c'est bien à lui que je pensais.

3 avril 2006

Actualité.

Encore une nouvelle semaine qui débute. Plus que deux et j'ai droit à quelques journées de vacances. Après, ça sentira déjà la fin de l'année avec ces week-ends prolongés et ces soirées chaudes. Insouciance. Ma décision de quitter cet établissement est presque prise. A chaque fois que j'entends des collègues ou des élèves parler de l'année à venir, je ne me sens à peine concernée. Il y a quelques jours encore, l'idée de ne plus travailler aux côté de P. et R. m'était difficile. Mais le fait que ces deux idiots aient oublié mon anniversaire me prouve bien que c'est chacun pour son nombril (ils n'y ont d'ailleurs toujours pas pensé) et que je n'ai aucun regret à avoir. Une fois de plus, j'ai sans doute donné plus que je n'ai reçu. Puis c'est le fait de bousculer mes habitudes, de prendre le risque de tomber sur "moins bien"... Bien entendu, j'ai un peu peur. Mais je n'ai même pas trente ans alors il faut que ça se fasse maintenant. Après, je n'aurais plus le courage. Le cauchemar ? Me réveiller dans dix ans devant ce même tableau blanc un lundi matin. Je dois partir. Je veux mieux. Avenir flou.

double_reflet

Le week-end a été doux. Vendredi soir, petit resto avec la soeur et Neb homme de moi, avec même une bougie sur mon gâteau et les lumières qui s'éteignent. Samedi, une journée dans cette ville que je n'aime pas pour se rendre compte une fois de plus que je déteste ses habitants, leurs préoccupations futiles, leurs manières, leur façon de crier leurs conversations pour que tout le monde soit au courant, le fashion, les apparences, le clinquant. Heureuse de rentrer chez moi dans la soirée après un passage-sandwich chez la soeur. Puis hier, un détour dans une expo canine où j'ai eu les larmes aux yeux devant ce concours d'agility (petit chien qui galope pour obéir à son maître, qui aboie de joie, qui se faufile dans des tuyaux). Puis ensuite, une demi-heure de piscine et quelques dizaines de kilomètres à vélo, à contre-vent, avec du sel sur les joues.

24 mars 2006

Violet foncé.

Je ne suis pas allée travailler aujourd'hui. Ma tête semble squattée par un marteau-piqueur. Depuis hier après-midi, j'ai l'impression que des vers se tortillent derrière mes paupières, que quelque chose gonfle dans ma boîte crânienne et cherche à en sortir par n'importe quel moyen, que l'on tape constamment à l'intérieur. La lumière que j'aime tant d'habitude m'agresse et me repousse, me force à fermer les yeux.

Malgré tout, je suis sortie hier soir, pour fêter l'anniversaire de P., avec R., dans un petit restaurant charmant tout proche d'ici dont j'ignorais l'existence. J'ai du rentrer tôt car je n'arrivais plus à soutenir une conversation, les paroles des autres tables résonnaient jusque dans mes mains et je sentais ma tête battre. Les propositions de R. pour prolonger la soirée jusqu'au bout de la nuit m'auraient d'habitude tentée, mais hier soir, ma tête ne voulait pas. Je suis arrivée ici pour trouver un appartement vide, Neb homme de moi étant sorti de son côté. Envie de fracasser mon crâne contre les murs. Le sommeil s'est fait fuyant et je ne me sentais pas d'attaque ce matin pour les traditionnelles six heures de cours du vendredi. Trop faible, comme "occupée", pas moi même.

Alors depuis ce matin, je somnole, enveloppée dans ma couverture bleue, laissant filer autour de moi ces heures dont je compte normalement chaque minute.

Enfermée à l'intérieur.


violet_fonc_1

2 juillet 2006

Appel à inspiration.

J'ai craqué. Voilà plus d'un mois que je consulte quotidiennement les annonces-animaux. Whawha me manque cruellement et je pense tous les jours à elle. Aucune intention de la remplacer, elle est irremplaçable, mais il y a du temps et de l'affection à donner. Me voilà en "presque" vacances pour deux mois et c'est le moment idéal pour qu'un petit compagnon s'installe avec nous deux. Je traîne à la SPA depuis plusieurs semaines mais ce sont essentiellement de grands chiens et nous sommes encore en appartement jusqu'à fin août. Donc hier matin, alors qu'une courte nuit nous séparait d'une virée aux Eurocks, nous avons pris la route du Nord pour chercher un petit chien. Officiellement, c'était juste pour le voir. Mais bien entendu, nous sommes repartis avec lui.

Depuis, j'ai du mal à m'y faire. Mon coeur fait des bonds dès que je le vois, il est terriblement craquant, mais il est encore un inconnu pour nous et nous sommes des inconnus pour lui. Impossible en plus de se décider pour un nom à lui donner*. La petite boule de poil est couchée près de moi, il récupère de sa folle première nuit avec nous. Hier soir, invités pour la crémaillère de Jéjé, nous n'avons pu le laisser seul. Il est venu avec nous et l'ambiance délirante déclanchée par la victoire de l'équipe de France ne lui a plu que très moyennement. Puis de retour à la maison, nous pensions que la bête, épuisée par tant d'émotion tomberait dans un coin. Que nenni. Enfermé dans la salle de bain, il a passé des heures à couiner. Les premières nuits sont toujours difficiles, mais j'ai été obligée de mettre un mot d'excuse dans la boîte aux lettres des voisins (en profitant pour les inviter à prendre l'apéro) tellement la bête avait été tenace. Puis ce matin, dès le lever du soleil, Monsieur était au garde-à-vous. Je suis allée le promener, dans les détritus de la veille. Il a fallu contourner les tas de vomis et les bouteilles cassées. Il ne me reconnaît pas, dès que des talons claquent près de lui, il dévie de son chemin, prêt à suivre le premier passant. Il n'aime pas sa laisse, mais il est hors de question qu'il circule sans. Je culpabilise encore énormément au sujet de l'accident de Whawha et je me dis souvent que je n'ai pas été à la hauteur, je n'ai pas su la protéger. C'est ce qui m'a fait attendre si longtemps pour reprendre un chien (alors que tout le monde insistait) et c'est ce que je crains le plus pour cette nouvelle boule de poil : ne pas savoir lui apporter la protection qu'il mérite. Je le regarde dormir à mes pieds et je me fais la promesse intérieure d'être plus que vigilante : intraitable.

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* Un appel officiel vous ai fait pour nous aider dans cette quète délicate d'un nom pour ce chien. Pour vous aider, photo sur fond bleu de circonstance. Il faut que ce soir au plus tard, une décision soit prise, nous ne pouvons pas continuer à ne pas l'appeler.

24 juin 2006

Berceuse.

Je violone. Dans une heure, j'ai cours. Je ne dis pas grand'chose à ce sujet ici. Peut-être parce que les progrès n'ont vraiment rien de spectaculaires. Jusque là, le temps me manque cruellement pour travailler et c'est souvent dans l'urgence que je tente d'assimiler un geste et quelques notes. Sentiment de frustration parce que je suis bien consciente que c'est pour moi que je fais ça et que je n'ai personne d'autre à décevoir ou à impressionner que moi-même.

Pourtant, souvent, je me retrouve devant mon prof comme une gamine prise en faute, je baisse les yeux. Triste dilemme : devoir avouer que je n'ai pas travaillé suffisamment et passer pour une paresseuse (toutes les excuses que je peux avancer, aussi valables soient elles, me font toujours passer pour celle qui se défile) ou feindre une difficulté que le travail n'a pas su combler et passer pour la fille vraiment pas douée (ça fait des semaines que je me plante avec ces histoires de do dièse parce que je ne prends pas le temps de le revoir sérieusement). Les vacances arrivent et avec elles, du temps pour moi, pour mon instrument, pour être plus qu'une débutante, pour arrêter de courir.

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4 mars 2006

Des nuits, toujours des nuits.

L'ivresse des lumières. Encore.
Même si ça faisait longtemps, on oublie jamais vraiment.

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S'oublier une nuit, en devenir presque une autre.
Pour une fois, faire attention aux regards, un temps.
Drôle de jeu, sans importance, régles floues.

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Rentrer sans le vouloir, sans plus savoir,
dans la neige vierge,
dans une autre ville,
pleine de mystère.

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Exister à nouveau le lendemain, difficilement.

10 mars 2006

Il y a des accords de guitare.

Il y a ces images de marché parfumé et coloré qui donnent envie de printemps.
Il y a le ciel, plus clair le matin, plus tôt.
Il y a l'odeur de la javel sur ma peau, plus souvent.
Il y a les jours qui passent sans que je ne pose de questions.
Il y les clochettes des "autorues" tous les matins vers sept heures qui tintent dirait-on.
Il y a des promesses de voyages, d'ailleurs, même si ce n'est pas le bout du monde.
Il y a plus de sourires pour les collègues.
Il y a la neige qui a fondu, faisant des rigoles boueuses à tous les coins de rue.
Il y a le printemps qui arrive... Si je vous le dis !...

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10 avril 2006

Déjà la nostalgie.

Quand je tourne ma clé dans la serrure, quand j'efface le tableau blanc, quand je mets la date dans le cahier de texte, quand j'ouvre mon casier, quand je rentre mon code de photocopieuse, quand je donne la parole à un doigt levé, quand je passe ma main sur ce paquet de copies...

Je fabrique dejà des souvenirs. Tout ce que je touche est presque déjà inscrit dans le passé. C'est tout juste si je ne suis pas déjà émue en me disant qu'il ne me reste que quelques mois. Maintenant que ma décision est vraiment prise, il y a comme une réjouissance, un bouillonnement intérieur, la curiosté de la suite, l'effet surprise. Pas de réelle inquiétude, peut-être juste un peu d'appréhension. J'ouvre chaque jour mes mails avec un petit creux au ventre, peut-être pour découvrir l'offre qui correspond à ma future place.

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1 avril 2006

Page de liberté.

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Je me souviens souvent de cette période. Je voudrais la dessiner,  sous forme d'arabesques, en garder la saveur et les couleurs (huile de pin, bleu turquoise, chichis, beignets de banane et pina colada). Année 2000. Je suis seule. Pour la première fois de ma vie, je vis seule. En février, je me sépare de celui qui a occupé ma vie pendant cinq ans, celui avec lequel j'ai quitté le monde de l'enfance. Je suis passée du cocon familial à ses bras solides. Nous avons découvert côte à côte le monde des adultes, nouveau, anguleux et froid. On s'est blottis l'un contre l'autre et on a grandi. Puis cette rupture, douce et logique, me jette "pour de vrai" dans ce monde que je découvre alors d'un autre point de vue. Printemps 2000 : je flirte avec la liberté, la vraie, sans édulcorant.  Tout s'ouvre à moi, comme une évidence. Encore étudiante alors, le temps file sur moi  et l'espace se fait élastique. Je gambade, je sors de ma coquille, doucement, mais de plus en plus sûrement. Je me dévoile une assurance, un charme que je ne me connaissais pas. Des rideaux tombent, lourds et poussiéreux, et la lumière se fait sur ce que peut être ma vie. La jeune fille timide qui trouvait toujours moyen de se cacher derrière l'autre, qui est restée si longtemps "la copine de..." se forge une identité, un caractère. Je me laisse tenter par un sourire, un dialogue, un regard. Tout semble alors facile.

Puis en avril, ou peut-être en mai, je rencontre Lo, au fil de mes escapades. Une soirée chez des amis, il est là. J'ai beau le connaître déjà, savoir quelle est sa réputation, je tombe sous le charme de ses yeux bleus et de son sourire coquin. Il n'y a rien de sérieux là-dedans, mais il y a quelque chose de magique, quelque chose que je veux vivre sur le moment. Nous passons la nuit ensemble, je me souviens de ses mains sur mes joues, je me souviens que nous avions trop bu, tout est décousu, nous basculons sur le siège arrière d'une voiture, nos bouches soudées l'une à l'autre, le souffle coupé, la nuit est blanche et bousculée. Après un épisode étrange où ma voiture disparaît, nous faisons du stop. Le jour se lève, je suis allongée à ses côtés dans un petit lit, dans une pièce pleine de soleil qui respire les huiles essentielles et l'encens. La première vraie nuit de ma liberté. Je suis ce matin là heureuse comme jamais quand il me dit les mots qu'il a dû dire à tant d'autres, je veux juste les écouter et ne pas réfléchir. Je lis les poèmes niais qu'il m'écrit. Personne ne m'avait alors jamais écrit de poème. S'en suit une relation toute particulière de cinq mois. Particulière car c'est moi même que je découvre et non lui, qui n’est qu’un prétexte. Il n'est finalement pas grand'chose dans ces grands pas que je fais en avant, mais je ne m'en rends compte que bien plus tard.

Je me souviens de cette deuxième soirée à S. où il arrive avec une rose qu'il a cueillie dans un jardin. Je le trouve plus beau que jamais. Mes mains tremblent et mon ventre fait des tourbillons.

Je me souviens de ces longs trajets en train pour aller le rejoindre à l'autre bout de la région où il me présente sa famille rapiécée, ses frères et soeurs, j'apprends la souffrance qui se dissimule derrière le Don Juan . Je revois sa chambre plongée dans l’obscurité où je doute plus d’une fois.

Je me souviens de ces soirées "clandé" où nous arrivions tard dans la nuit avec tous ses amis, dans des prés humides saturés de musiques assourdissantes, où je ne ressens aucune crainte, je me sens plus que jamais moi même et m'endors dans les herbes hautes. Un matin aussi au réveil, trouver des corps endormis autour de moi, manger un champignon (vesse de loup ?) tout frais et cru qui poussait dans la rosée.

Je me souviens de ce trajet nocturne sur l’autoroute où nous avons du nous arrêter car un violent orage s’abattait sur nous. Nous avons fait l’amour dans la voiture, sur une aire d’autoroute.

Je me souviens de la "nouvelle". Il fait alors son service militaire. Il m'apprend un soir comme nous sommes enlacés qu'il a fait une demande avant de me rencontrer pour faire la suite de son service outre mer. La demande a été acceptée. Il doit partir pour la Martinique. Il me dit qu'il ne veut pas me laisser, chaque seconde près de moi est un bonheur, il me confie la décision. Je l'envoie là-bas sans réfléchir, je l'oblige à partir. Avant son départ, en juin, nous passons une dernière nuit dans un pré, les herbes hautes et les coccinelles. Je perds les clés de ma voiture dans ce fouillis d’herbes. Je ne sais plus comment je les ai retrouvées. Je le dépose ce matin là à six heures devant cette caserne, il me quitte pour quatre longs mois.

Je me souviens de la tristesse qui suit. Mais pas de solitude. Il y a tellement de personnes autour de moi. Chaque soirée est une surprise, il n’y a pas de limites. Tout le monde me semble ouvert. Il fait beau, il fait chaud, je suis légère et forte. Je travaille à l’époque dans un centre socio-culturel où j’encadre au quotidien une classe. Là aussi, tout semble plus facile, je vois plus de sourires sur le visage des gens que je croise. Puis je lui écris, presque tous les jours, des lettres qui m'enchaînent douloureusement à lui.

Je me souviens de cette perte de poids. Environ quinze kilos en deux mois. Je suis maigre me dit-on alors. Mais je ne m’en soucie pas, je ne le vois pas. L’euphorie de cette nouvelle vie me nourrit. Je cours, je ne dors que peu, je fume beaucoup, tout un tas d’éléments se greffent sur cette parenthèse estivale, des satellites gravitent en permanence autour de moi. Je me sens souvent ivre de liberté, le monde s’ouvre à moi, je prends des décisions que je n’aurais jamais su prendre auparavant. Mon corps me semble alors beau, noueux, sculpté. Je ne suis pas du tout affolée de voir les chiffres sur la balance passer en dessous de cinquante.

Puis vient le coup de tête. Un matin encore frais, je sors de chez moi en courant, je me rue dans une agence de voyage et je m’achète un aller-retour pour la Martinique avec de l’argent que je n’ai pas. Les quelques jours qui me séparent de mon envol me semblent éternels et pourtant plus fous encore que les précédents. Je vis la nuit, galopant de fêtes du vin en concerts. Je rencontre de nouvelles complicités qui ne dureront pas …

Je me souviens de ce concert en extérieur auquel je m’étais rendue avec l’ex et certains de ses amis. Je me souviens d’Alex qui débarque dans ma vie devant ce stand de chichis. Comme une évidence. Je ne sais plus comment le dialogue s’est amorcé. Je sens que je suis en sursis, que je vais partir. Je me sens invincible. Il me dit « t’es pas cap », je ne sais même plus de quoi il s’agit alors. On se lance, on passe une bonne partie de la soirée à discuter. Je le revois le lendemain. Nous passons plus de quarante huit heures non stop ensemble, entre balade au zoo sous une pluie battante, baby foot dans un bar perdu, petit déjeuner sur une terrasse, matinée au marché et nuit blanche à échanger. Mon départ est imminent. Je ne vois pas en lui un amant mais un complice. Je ne vois d’ailleurs pas ce qu’il attend de moi. En quelques heures, il me fait découvrir des artistes qui ne me quitterons plus comme Mathieu Boogaerts ou Clarika, ou encore Miossec que j’écouterai en boucle sur les routes martiniquaises et qui aura toujours pour moi des teintes créoles malgré ses origines bretonnes. C’est Alex qui me conduira à l’aéroport pour quitter la métropole après une énième nuit blanche. C’est là que je comprends quand il pleure dans mes bras tout ce qu’il n’a jamais jugé utile de me dire.

Je vis là-bas entre Saint Esprit et Fort de France les plus belles journées de ma vie. Je découvre l’île comme beaucoup de touristes ne l’ont sans doute jamais vue. Je crèche chez une institutrice qui est à cette époque là en métropole. Je traîne sur les marchés, dans les petits villages. Je partage avec Lo des heures inoubliables, même s’il n’est pas disponible aussi souvent qu’il le voudrait, il ne sait comment me remercier d’être venue. Je passe beaucoup de temps seule, sur cette île où la mentalité des gens peut paraître parfois déconcertante. Puis je m’adapte. J’y reste plusieurs semaines. Je m’habitue, je me sens comme chez moi dans cette petite maison. Je dépense sans compter. Je me sens plus libre et plus grande que jamais.

Je me souviens de cette soirée passée avec ses collègues dans un petit restaurant local, le rhum nous monte à la tête et Lo me suit aux toilettes à la fin du repas, me bouscule contre un mur et me fait l’amour violemment. Je revois encore maintenant sa peau bronzée, la forme de ses mains, ses cheveux ras devenus si clairs sous le soleil, nos ébats torrides, la sensualité de nos gestes et de ces moments uniques.

Puis, par la force des choses, je rejoins la métropole. Je suis perdue. Je suis alors directrice d’un centre de vacances. Beaucoup de responsabilités et trop de mal à trouver le rythme. Décalage horaire et manque de lui, je ne parviens pas à me réinstaller dans ma vie. Les nuits s’étirent sans que je ne parvienne à dormir, je suis éreintée dans la journée, je maigris encore. Mes proches s’inquiètent.

Il rentre en septembre. L’euphorie de l’été s’est évaporée et je me sens plus adulte. L’impression d’avoir fait durant cet été là une crise d’adolescence et d’inconscience tardive. Les retrouvailles sont merveilleuses, mais un avenir bouché se dessine à nous. Nous n’en parlons que peu. Il vient me rejoindre un soir après un week-end passé avec ses amis, quelques jours après son retour. Il se montre fatigué, lassé et grognon. Nous faisons l’amour mais il ne montre aucune tendresse. C’est en sortant de sa douche qu’il m’annonce sans me regarder dans les yeux avoir revu une jeune femme durant le week-end. Il ne veut plus continuer avec moi, elle est plus importante, vraiment, elle sera sans doute la femme de sa vie. Il avait dû dire la même chose à celle qui était avec lui avant moi. Il n’est pas méchant. Il rencontre juste la femme de sa vie tous les six mois.

Je m’effondre. Je ne comprends pas. Il part dans la minute, avec des larmes sur les joues. Les jours qui suivent sont durs, j’essaye de reconstruire, d’oublier, de tenir, de ne pas sombrer, de relativiser. Premier chagrin d’amour. Un vrai semble-t-il. Autour de moi tout le monde me dit « on t’avait prévenue ». Et moi qui pensais que j’avais su me mettre à l’abri, me préserver. Je réalise alors que toute cette force n’était qu’un leurre. Ce n’est que plusieurs mois plus tard que je saisis l’essentiel. Je n’étais pas amoureuse de lui, pas vraiment, pas au sens où je le croyais. C’est celle que j’avais eu le courage de devenir à cette époque là qui me plaisait, celle qui n’avait peur de rien, ouverte, forte et légère. Il n’avait été qu’un outil, certes un outil très agréable. Puis ce qui m’a profondément blessée, c’est la baffe, le sentiment d’échec, il n’a eu qu’à me taper sur les doigts pour me déséquilibrer. J’ai eu du mal à faire confiance par la suite, malgré les jeunes gens qui tournaient autour de moi. J’ai fait à mon tour tellement de mal, trop souvent, comme pour me venger. J’ai eu à rembourser énormément d’argent pour régler ce qui est à considérer comme un caprice. J’ai repris du poids, doucement, en reprenant un vie plus dans la norme. Puis on grandit. On se met une grande claque et on avance.

Il ne m’a plus donné de nouvelles pendant plusieurs années, si ce n’est un paquet de lettres écrites par ma plume qui m’est revenu quelques jours après son départ. J’ai appris quelques années plus tard qu’il était papa d’un petit garçon. Je l’ai revu un soir d’août, ce fut confus, étrange, ça ressemblait un peu à ça. Plus tard encore, j’ai su que sa copine l’avait lâché pour un type plus âgé que lui. Il m’a appelée à ce moment là, il y a deux ans environ. Je me suis juste dit « bien fait », je l’ai envoyé balader. La page est tournée après plusieurs années. Bien qu’il reste un personnage-clé dans ma mémoire, je ne le vois plus du même oeil, je connais les faiblesses et le fonctionnement.

Souvent je repense à cette période comme à une faille dans ma vie. Un nouveau début, un tremplin pour ce qui a suivi. Il s’y associe toujours une sensation d’importance et de liberté, de force et de légèreté. Quelque chose de magique.

lumi_res_rouges

30 mars 2006

Cucina.

La petite fille capricieuse et boudeuse de mardi va mieux, elle a vieilli,
elle s'excuse pour ses enfantillages,
elle a été ravie de voir tant de petits mots gentils de votre part.

Pour oublier toutes ces futilités
(la bétise des collègues et de leurs nombrils,
la méchanceté gratuite de cette vieille frustrée de Tête de Briques,
les contrariétés du quotidien, le rendez-vous chez le dentiste,
le dérapage d'un élève ce matin qui était à deux doigts de m'en coller une...)
... Soupir...
Inspiration
Expiration
... Elle a bidouillé tout l'après-midi dans sa cuisine.

Elle a bichonné ses herbes aromatiques,
Basilic, persil, ciboulette, etc...

pot_basilic

feuilles_de_tomates

Elle a fait des chaussons aux pommes.
Compotes de fruits, jolies, jolies, jolies...

compote_de_pommes

Aussi toujours et encore mes tulipes.

tulipes_encore

Elle a regardé pousser ses graines germées.

graines_germ_es

Et elle a même fait un pain à l'italienne, une "savate" comme ils disent,
mais elle ne peut pas encore vous le montrer, il est encore au four.

C'est bon d'être égoïste, un petit peu, comme ça, un jeudi après-midi.

19 décembre 2005

Rien de grave.

J'ai trouvé le livre sur les rayonnages d'Emmaüs. Le titre me disait quelque chose, mais je devais être tombée dans une faille spacio-temporelle au moment de tout le battage médiatique qui a accompagné sa sortie. Puis j'ai jamais été très "people". Alors, j'ai commencé à lire le fameux Rien de grave, un soir sur l'oreiller. Dès le départ, l'écriture me déplaît. Il y a cette façon qu'ont tous les auteurs qui se veulent "fashion" de prendre une certaine liberté avec la ponctuation. "Une virgule ? Pour quoi faire ?". Certains ont su en faire un jeu qui a son charme, chez elle, c'est fatigant. Puis il y a dès le départ quelque chose de lourd dans ces analepses récurrentes. "Je vous parle de moi, mais attendez, il faut aussi que je vous parle de moi avant". Puis plutôt que de commencer par le début, commençons par le milieu, ça n'en sera que plus compliqué. La complication, là aussi, peut trouver son charme chez certains, mais chez elle, c'est d'un ennui mortel. Je ne me décourage pas pour autant, je mets un point d'honneur à finir un livre que j'ai commencé, surtout lorsqu'il ne me plaît pas, j'ai toujours adoré l'effet de surprise "et si ça s'arrangeait sur la fin ?". L'effet de surprise n'est pas venu et j'ai traîné la lecture de ce récit insipide sur plusieurs soirées, m'endormant dessus régulièrement. L'héroïne était comme une compagne à qui on a envie de mettre des baffes, sa faiblesse, son manque de courage, sa sournoiserie, la voir ainsi passer à côté de sa vie et jouer les sales gosses capricieuses m'a dégoûtée au fil des lignes. Ce n'est que sur les dernières pages, alors que ça pue vraiment l'autobiographie que je me dis que l'héroïne Louise, pathétique et pitoyable, est sans aucun doute l'auteur, tant de lacheté ne pouvant être fictive. Quelques recherches sur le net confirment bien qu'il s'agit là de la fille de BHL qui a été larguée par son mari pour la belle Carla Bruni (histoire lamentable que je viens de lire, à peine camouflée par des pseudos). Et là, je me sens trahie, j'ai l'impression qu'on m'a fait gober un "Voici" ou un "Gala" caché derrière une couverture Stock. Beurk. Rien de grave, mais beurk quand même.

rien_de_grave

18 mars 2006

Se lever un samedi matin...

... Pour aller travailler, si l'on peut appeler cela comme ça : des gens vont défiler, par vagues, et nous allons devoir "vendre" notre formation. En espérant que l'information ait été bien faite, pour ne pas y aller pour rien du tout. De toute façon, je ne sais pas vendre, je ne sais que  transmettre.

Je bois du thé, pour réveiller mes sens. Couchée à deux heures après une soirée avec Spö et d'autres... et du mal à trouver le sommeil. Impatiente maintenant que cette journée se finisse et avec elle cette semaine que je prévoyais épuisante et qui a été pire. Tous les soirs, mes yeux se sont fermés avant que mon corps n'atteigne mon lit, souvent sans que je ne m'en rende compte, blottie sur un coin de canapé.


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... Puis il y a cette nouvelle qui reste en ligne et que personne ne commente. Je l'ai relue. Sans doute trop longue, sans doute mièvre. Je vais sûrement en venir à l'effacer.

16 mars 2006

Déformation.

Il est sept heures quand elle gare sa voiture sur la place sombre devant le bâtiment. Elle n'a pas envie d'y aller. Son patron lui a dit qu'elle était la mieux placée pour suivre cette formation, qu'elle sera aussi la plus apte à transmettre ensuite ce qu'elle aura appris à ses collègues, que de toute façon, en ce moment, elle ne croule pas sous les dossiers. Indemnités de déplacement certes mais aussi trajets à rallonges. Puis des horaires de dingues. Commencer à sept heures et demi, quelle idée ! Elle est en avance, elle cherche son regard cerné dans le rétroviseur, attache ses cheveux en un chignon haut, par des gestes mécaniques, elle passe du baume sur ses lèvres, regarde la nuit autour d'elle, ce matin d'automne froid et mouillé. Il faut quitter le cocon trop chaud de la voiture, se ruer dans ce grand bâtiment noir en se faufilant entre les gouttes et trouver la salle où elle va tuer les heures à venir. A contre-coeur, elle sort, étire ses jambes, ferme son manteau. Personne aux alentours, vraiment trop en avance. Les talons de ses bottes claquent sur le macadam et sa jupe un peu trop serrée l'oblige à faire de petits pas. La lourde porte d'entrée claque derrière elle et la laisse dans un silence de plomb obscur. Juste au-dessus d'elle le voyant lumineux "sortie". Elle se dirige vers les voix qu'elle entend au bout de ce long couloir, finit par trouver une porte entr'ouverte derrière laquelle un homme et une femme boivent du café dans des gobelets en plastique. Ils lui sourient tous les deux, "oui, oui, c'est bien ici", "en avance, vaut mieux ça que d'être en retard". Lui se présente après avoir tendu sa main moite comme étant le responsable de la formation et elle son assistante, tout en sourire jauni et cheveux gras. "Installez-vous, vous prendrez bien un café ?". Non, merci, elle ne boit jamais de café, et elle aimerait autant que les autres arrivent, qu’elle puisse se fondre dans la masse des participants, écouter d'une oreille, somnoler doucement et égarer ses pensées dans ce petit matin qui s'étire.

Quelques minutes plus tard, après de trop longs échanges de politesse avec les participants qui arrivent au compte goutte, elle s'installe enfin pour que commence la fameuse formation. Elle n'en attend rien. La fiche de présence passe autour des tables disposées en U, elle sort son bloc-notes, y met studieusement la date et un titre puis commence déjà à griffonner quelques fleurs naïves dans la marge. A peine installée dans une douce torpeur, elle sursaute presque quand, un quart d'heure plus tard, un jeune homme entre dans la salle comme propulsé de l'extérieur. Il s'excuse platement, se présente au reste du groupe avec des mots trop forts pour l'heure matinale, se faufile avec trop d'aisance pour s'installer en face d'elle. Il attire les regards de tous, même une fois assis. Son retard, mais aussi ses gestes souples dérangent. Elle l'observe, alors qu'il fouille son sac pour en extraire un portable et l'éteindre, elle remarque son petit sourire en coin, comme s'il était satisfait de son entrée.

Puis la matinée s'écoule, monotone et tiède. Elle se surprend à guetter celui qui se tient en face d'elle. Elle se surprend aussi à penser à plusieurs reprises à sa dernière nuit passée avec Manuel. Il est venu la voir avant de partir pour six mois à Berlin. Elle aurait aimé lui dire merde ce soir là, lui dire on s’arrête là, lui dire adieu, lui dire les mots qui mettent fin, les mots qui permettent de reconstruire après. Elle n'a pas su. Elle a couché avec lui, elle a dormi près de lui, et très tôt, il est parti. Elle pense à cette longue parenthèse qui s'ouvre alors, morne et hypocrite, jusqu'à son retour.

Midi arrive, une heure de pause durant laquelle elle compte arpenter les rues de la ville à la recherche d'un bistrot ou elle pourra manger un sandwich rapide. Elle ne pense à rien au moment où le jeune retardataire attrape sa main dans le couloir. "On se connaît non ?". Immédiatement déçue par la familiarité dont il fait preuve et par le peu d'originalité de son entrée en matière elle répond "non" avec un sourire et se dérobe. Soudain, son regard lui a paru moins certain, plus jeune, plus gauche. Elle se retourne quand même avant de franchir la porte qui donne sur le parking. Il est là, planté au milieu du couloir, immobile, la regardant partir. Elle passe malgré tout la porte pour rejoindre sa voiture sous une pluie battante. Une fois à l'abri dans l'habitacle, elle retire sa veste, détache ses cheveux pour les secouer. Puis soudain, elle sursaute : on tambourine sur sa vitre. C'est encore lui, sous la pluie, ses cheveux noirs gouttant devant son visage, qui lui parle en tapant sur la vitre, elle ne comprend rien. Tremblante et le coeur battant, elle lui fait signe de faire le tour et de s'installer. Il s'exécute et claque la porte derrière lui, et tout de suite ses paroles et son odeur emplissent la voiture. Ses yeux pétillent, il dit savoir, avoir trouvé, ce centre de vacances, il y a dix ans au moins, où elle était animatrice, il y était aussi, il se souvient même de son déguisement ridicule pour un jeu de piste, il avait quinze ou seize ans à l'époque, elle en avait à peine plus. Bien sur, elle y était, mais elle a tellement de mal à partager son enthousiasme sur le moment, dans ce contexte, surtout que son visage ne lui dit rien du tout. Un peu mal à l'aise, cherchant à mettre fin à son monologue, elle lui propose presqu’à contre cœur qu’ils mangent un morceau ensemble. Bien sur, il accepte et durant le trajet vers le centre ville, il ne cesse de conter ses souvenirs avec nostalgie. Ils trouvent une petite brasserie sur une place et s'installent à une minuscule table ronde nappée de rouge. Elle fume cigarette sur cigarette en l'écoutant parler. Après un kir, plus détendue, elle sourit alors à ses anecdotes qui la replongent dans cet été en pleine montagne, ses toutes premières sensations de liberté et de responsabilités. Elle remarque aussi les yeux rieurs de son interlocuteur, ses larges mains, sa bouche charnue, le petit espace entre ses dents. Elle lui trouve un charme qui la déstabilise : son assurance, son éloquence. Elle a peu d'appétit et préfère le regarder parler. Puis, en quelques mots, il lui dit sa vie du moment, les études qui l'ont mené dans la boîte où il est alors, son job, sa copine Elisabeth, ses projets. Tout cela avec beaucoup de simplicité, tellement naturellement en accompagnant parfois son rire d'une main qui vient frôler la sienne, comme pour mieux partager ses sentiments. Mais l'heure les bouscule hors du restaurant et ils se doivent de rejoindre l'austère bâtiment où cinq longues heures de formation les attendent encore.

Ils regagnent leurs places respectives. Il lui jette un regard complice avant que le responsable ne reprenne ses explications et ses hiéroglyphes au tableau. L'après-midi se montre élastique. Elle baille, gribouille sur sa feuille, fait une liste de courses dans une marge, regarde par la fenêtre. Alors que ses jambes lui semblent lourdes, presque anesthésiées et qu'elle se sent comme une éponge, elle se souvient pourquoi elle a souhaité écourter ses études, allant contre l'avis de ses parents qui lui promettaient une brillante carrière d'avocate. Incapable de tenir en place. Elle remarque le regard en face d'elle qui se fait parfois insistant. Elle ne parvient pas à le soutenir, ni à savoir si c’est celui du garçon de quinze ans ou celui de l’homme qu’il est maintenant. Et sur les derniers instants, juste avant que ne soit annoncée la fin de cette journée de formation, ce n'est plus de la complicité qu'elle lit dans ses yeux, mais quelque chose qu'elle ne parvient pas à expliquer.

Plus tard, alors que chacun quitte la salle, elle discute encore avec cette jeune femme qui était assise à sa droite, elle cherche à éviter un nouveau face-à-face qu'elle ne saurait comment gérer. Elle tente de se donner une contenance quand elle le voit finalement quitter la salle. Elle enfile son manteau, passe la main dans sa poche pour y sentir le paquet de cigarettes qui l'attend. Elle sort pour se retrouver dans une nuit profonde et froide. Plus de pluie, elle allume la cigarette qu'elle roule dans ses doigts depuis quelques secondes déjà, prend le temps pour rejoindre sa voiture, laisse le froid la dégourdir un peu. Elle fouille son sac pour y trouver ses clés et ne voit pas celui qu'elle redoutait arriver derrière elle. Il dit son prénom. Elle se retourne et sent immédiatement le parfum qui avait emplit sa voiture quelques heures plus tôt. Un mélange de tabac, son blouson en cuir, quelque chose de frais, de mentholé. Ses yeux ne sont plus rieurs et le silence qui les fige en dit long. Elle veut fuir et lui dit juste "oui ?". Il demande "je peux te suivre ?". La question lui semble à la fois déplacée de par les mots qui sonnent faux, et toute logique. Elle en comprend très bien le sens.  Sans avoir réfléchi à sa réponse, elle accepte. En fait, elle accepte plus ce que lui propose ses yeux. Un regard qui se montre presque dangereux. Impatient et cru. Elle se retourne, ouvre sa voiture, y monte et met le contact. Il s'installe à côté d'elle sans en demander l’autorisation. Les mots qui ont tant pesé à midi n'ont alors plus leur place. Elle démarre et quitte le parking, laisse sa voiture rouler dans les rues noires, ne sachant trop où aller. Elle n'ose tourner son visage vers son voisin, et pourtant elle a tellement envie de voir si ses yeux disent toujours la même chose. Il n’y a que cette chanson stupide à la radio, qui lui semble tourner en boucle.

Tout commence vraiment quand une main trop chaude se pose sur sa cuisse. La distance est cassée. Le pas est franchi. Impossible alors de faire marche-arrière. Sentant que son attention n'est plus à la route, elle gare sa voiture dans une ruelle sombre et étroite bordée de maisons anciennes, une rue en pente qui mène sur une place lumineuse. Aucune réaction de sa part pour le moment. Elle reste de marbre quand la main passe de sa jupe à ses bas, puis cherche à remonter sur l'intérieur de ses cuisses. Le contact sur le tissu est électrique, elle se sent explosive. Elle hésite encore à ce moment là entre le repousser et se laisser aller. Les doigts atteignent la bordure de dentelles épaisses, frôlent sa peau, elle sent son souffle sur sa joue. Il dit « j’arrête si tu veux, je ne crois pas que… », Mais ne parvient à finir sa phrase, elle happe sa bouche, la mord presque, l’aspire, leurs dents s’entrechoquent et leur souffles se mêlent, trop chauds dans l’air encore froid de la voiture. Leurs corps se cognent. Elle ne cesse de frissonner. Il a maintenant glissé ses doigts vers son sexe, sous le tissu, pour y trouver l’humidité qui trahit son désir. Elle écarte tant qu’elle peut ses jambes gênées par la jupe trop droite. Elle soulève ses fesses et la remonte sur sa taille, dévoilant ainsi des cuisses fines et fermes, gainées de bas noirs qui contrastent avec le blanc fragile de la chair. Il glisse son autre main dans la chaleur de son décolleté, avec une sorte d’urgence, des gestes précipités, trop rapides, il la griffe presque en cherchant les pointes érigées de ses seins. Elle se sent comme une poupée sous ses doigts, sous sa bouche. Il passe sa langue sur la peau de son cou, ouvre davantage son manteau et repousse les bretelles. Elle est débraillée, à moitié nue, les cuisses ouvertes aux doigts qui la fouillent, ses seins pigeonnant par-dessus son soutien-gorge offerts à la bouche charnue. Passive, elle se donne en fermant les yeux, attentive à toutes ces sensations. Il y a bien sur le désir qui monte en elle, comme une vague puissante, mais il y a aussi cette impression de transgression et cette crainte croustillante d’être vus par un passant. Les doigts de son amant du moment la fouillent encore, plus loin, plus fort, jouant de toutes les zones de plaisir, manipulant son sexe comme pour la rendre folle. Elle souffle des mots qu’elle n’entend pas, se montre vulgaire, en veut plus, encore et vite. Elle supplie et ce n’est plus elle qui parle, c’est son désir, trop fort. Elle le veut en elle, elle le veut fort, elle souhaite qu’il la prenne, violemment, sans aucun ménagement. Elle sent le levier de vitesse qui blesse son genou, la vitre froide contre laquelle sa nuque vient s’écraser. Elle voit dans la pénombre qu’il a sorti son sexe, dont elle devine les contours, dressé comme une déclaration, comme un aveu, qu’elle voudrait prendre dans sa bouche, dans son sexe, qu’elle aimerait remercier. Il se caresse doucement, tout en continuant à mordre sa peau, à torturer ses chairs. Elle glisse sa main vers cette promesse, mais il se dérobe, calle ses mains sous ses fesses, la soulève brusquement pour venir la placer à genoux sur lui. Sa tête cogne le plafond, dans le mouvement, elle croise son propre regard dans le rétroviseur, les cernes du matin ont fait place à une urgence, quelque chose d’animal. Elle se sent comme enivrée, coincée et obligée de se blottir encore contre ce corps, toujours habillé, qu’elle découvre. Elle parvient simplement à lui soulever son pull. Elle blottit ses bras nus dans son dos chaud. Elle ne parvient pas à capter son regard, il y a toujours cette urgence qui fait que le regard n’a pas son importance, comme les mots qui pourraient même tout gâcher de ce moment « parenthèse ». Elle s’empale sur lui, sentant ses mains chaudes soutenir ses fesses. Le contact est une fois de plus électrique. Elle se sent immédiatement emplie. Ses seins sont aspirés par une bouche gourmande, les mains chaudes se baladent maintenant sur tout son corps, rapides et agiles. Elle sent le plaisir interdit monter en elle. Elle écoute attentivement le souffle de son partenaire qui s’accélère. Et ce sont soudain ses yeux comme deux poignards qui viennent se planter en elle, elle ne les attendait plus, elle en est surprise : retrouver ce regard alors qu’il y avait entre eux deux une forme d’anonymat qui s’était installé en quelques minutes. Il est ému, il lui parait alors si fragile. Toute la violence du moment semble s’évaporer avec ce coup d’œil. Il cherche sa bouche et ses mains viennent encadrer son visage. Les gestes se font encore plus rapides, à la recherche d’un plaisir qui se laisse attendre. Il cogne en elle, mais ses yeux sont toujours là, qui semblent vouloir dire quelque chose. Puis elle explose, en fixant son regard, brusquement, sans aucun gémissement, crispée, recroquevillée sur son partenaire. Lui ne tarde pas à venir à son tour, enroulant ses bras si fort autour d’elle, le souffle court. Ils se blottissent dans l’écho de leur plaisir, l’un contre l’autre. Il soupire, fait glisser sa main dans ses cheveux. Puis elle s’éloigne rapidement, tentant de rejoindre son siège, un peu gênée, se rhabillant tant bien que mal. Il lui sourit. Elle remet le contact, constate que les vitres sont pleines de buées, sourit à son tour. Ils reprennent la route. Il lui propose un café avant que chacun ne rentre chez soi. Elle accepte de le suivre dans ce petit troquet sordide. Elle l’observe, touillant son café-crème, qui semble un peu perdu. Puis il paraît soudain interloqué, se met à rire et baisse les yeux. Intriguée, elle cherche à savoir. Il lui avoue alors qu’il vient de repenser à un petit détail très drôle. Il a gagné un pari… qui remonte à un soir de boom, dix ans en arrière : « embrasser la monitrice ». Il ne pensait pas aller aussi loin.


cigarette

22 juillet 2005

Poudre de Perlimpinpin.

nuit_couleurs

Dernier message avant une vraie fuite, celle-ci. Neb homme de moi et moi-même prenons la poudre d'escampette vers des cieux de tendresse et de découverte, d'évasion et de nouveauté. L'espace de quelques semaines. Il ne faudra surtout pas compter les jours. Il faudra rentabiliser chaque minute, broder des souvenirs merveilleux, pleins de paillettes et de soleil, qui nous permettront de survivre les jours sombres et sinistres d'hiver.

7 juin 2005

Evasion.

hkAujourd'hui, je me sauve. Mouais... En fait c'est plus simple, je reste à la maison, je m'évade de mon boulot. C'est une fuite derrière une vitre. Mal au dos, ça faisait longtemps. Y'a comme cette impression d'avoir dormi avec un gros caillou entre moi et le matelas. Deux jours que je râle comme un putois parce que j'ai mal. Je vais voir le toubib cet après-midi. Encore un autre. Depuis que nous avons emmenagé ici, j'ai pas su trouvé un médecin correct. Entre le psychopathe qui ouvre sa porte toutes les trente secondes pour parler avec les gens qui sont dans la salle d'attente et celui ou il faut justement attendre deux heures et demi dans la salle d'attente (sans que personne ne vienne vous parler ceci dit)... Je n'ai pas trouvé mon bonheur.

Et j'ai besoin d'évasion. Le rythme du boulot m'étouffe. C'est la fin, je le sais. Mais la fin est difficile: il y a toutes ces notes à remplir, les bulletins, les examens, et si peu de motivation dans les salles de cours... On tente encore avec le peu de souffle que nous avons encore de leur donner vie et envie.

Je ne sais pas. L'envie me manque. La motivation que j'avais au départ. Les étincelles de la passion. Certains ont soufflé dessus, comme des cons. C'était facile pour eux, ils savaient déjà comment ça se passait. Je veux autre chose. Quelque chose de concret. Ou la nécéssité d'être là est évidente, où l'on ne se demande pas pourquoi on est encore là en train de trimer, c'est une évidence. Pour certains, l'évidence est toujours là, ils savent ce qu'il veulent, c'est ce qu'ils voulaient dès le départ. Mais le contexte n'est pas le même... Alors je repense à ce projet, qui me pousse tous les jours...

18 juillet 2005

Quatre fois quatre.

C'est un lundi. La fraîcheur de l'orage qui vient de passer entre par la fenêtre grande ouverte derrière moi. Mon téléphone sonne et je ne réponds pas. Je bois du thé vert dans une tasse rose. Beaucoup. Et plus je bois et plus j'ai soif. J'écoute le dernier album de Gorillaz, même si ça ne colle pas à l'ambiance nonchalante, j'aime, c'est bon. Décalage. Je retrouve la voix bluresque (non, non, pas de faute de frappe) que j'aime tant. Je fais ce que je veux. Je vais d'un petit plaisir à un autre, je butine. J'ai commencé à lire quelques pages du fameux Da Vinci code de Dan Brown. Ouais, je suis une fashion victime. Non, en fait, c'est plutôt que je veux savoir de quoi ON parle. Parce que j'ai trouvé que là, vraiment, ON parlait trop. C'est le deuxième Nouvel Obs qui en fait sa couverture, alors il fallait savoir... Puis j'ai fait ma réserve de bouquins pour les semaines à venir, histoire de rattraper le temps perdu dans l'année. Tous les profs lisent l'été.

Les quatre jours qui viennent de filer ont été colorés. Il y a eu comme un souffle. Un couple d 'amis de Neb sont venus passer ces jours avec nous, ce long week-end qui vient s'inscrire dans les vacances. On a joué les touristes et avons exploré des coins de la région que nous n'avions jamais pris le temps de découvrir. J'ai bouffé plusieurs cartes-mémoire de photos que je n'ai pas envie de mettre sur le blog pour le moment. (Je vais d'ailleurs même virer celles qui y sont déjà, elles ne me semblent pas mûres).

De longues balades dans les rues des villages alentours, slalom entre les maisons à colombages et les petites rivières. De l'air. Quelques bonnes bouteilles de vin blanc et des tartes flambées à outrance. Zig zag aussi à travers la capitale européenne que j'aime si peu. Je ne me sens pas bien dans cette ville. Difficile d'expliquer pourquoi. C'est toujours au pied de la cathédrale que je ressens cette étrange émotion. Petit pion dans l'Histoire, le nez en l'air,  je trouve que ça sent la mort et la crédulité, à la fois fascinée et effrayée.

Une fête du vin, samedi soir. Une des plus connues. Celle où tout le monde se bouscule. A vrai dire, on ne pouvait même plus se bousculer tellement il y avait du monde. J'ai eu ma vague de nostalgie. C'était prévisible. C'était ma jeunesse. J'avais la certitude en y allant de tomber sur certaines personnes. Elles y étaient. Et je n'ai vraiment pas voulu m'attarder. Avec notre bouteille sous le bras, nous avons fui la foule pour les coteaux et les vignes, sous les étoiles et quelques lampions, d'où nous pouvions observer la fourmilière, tous les quatre, assis sur une couverture. Grande bouffée de bonheur. De simplicité. Vers une heure du matin, nous avons fendu la foule dans l'autre direction pour rejoindre la voiture. Tous ces visages connus sur notre passage. Pas envie de m'arrèter. Pas envie de discuter, pour entendre les mêmes rengaines hypocrites. Je suis une asociale. Pas de politesses après trois bouteilles de pinot. Un signe de la main et on se laisse porter par la foule. Il y a des traits du passé que j'ai voulu gommer. Trop de choses ont changé, c'est loin...

hohneckPuis le lendemain, réveil à huit heures pour une bonne rando dans les Vosges. Sur les vraies hauteurs, nos sommets, à 1300 mêtres. Une bonne trotte avec un bon dénivelé. Bonne rigolade et cette sensation de se dépenser, de se dépasser qu'il faudra renouveler durant les semaines à venir. Les lyonnais sont repartis hier soir, nous laissant un peu seuls dans notre grand duplex...

Encore une semaine de vacances en solo. Je file chez mes parents demain, prendre l'air de la campagne et trotter dans les collines.

25 juillet 2007

Mise à jour.

Quelques mises à jour enfin, rien de bien spectaculaire, mais on s'y met.

Ici,
,
par-ci,
et même par-là...

J'ai également mis à jour les liens dans la catégories "jambes" où vous pourrez découvrir quelques merveilleux blogs sur le Japon, l'Inde, et d'autres pays que j'aimerais vraiment découvrir...

Y'a encore du neuf à venir... Mais aussi beaucoup de boulot au jardin (remontage de bretelles de la part du proprio hier), le violon à travailler, et l'envie de ne rien faire...

feuillages


La paresse à l'Occidentale consiste à remplir sa vie d'activités fébriles,
si bien qu'il ne reste plus de temps pour affronter les vraies questions.

Sogyal Rinpotché.

N.B. : deux blogs en vacances tous les deux depuis le 12 juin, pas de news, où êtes vous ? En attendant, ils passent de *coeur* à *sourire*.

20 septembre 2010

Des vertes et des pas mûres.

Délicieux ! Il n'y a pas d'autre mot qui me vient pour décrire les quelques jours passés. Une chose est sure, je n'ai pas encore pris mon rythme de rentrée. Je me rends en classe en dilettante. Mes cours sont prêts, je fais bien mes devoirs mais je n'ai pas cette pression habituelle qui monte. Il y a une vraie douceur qui caresse ces dernières semaines estivales.

J'enchaine des sorties, de nouveaux projets, j'en reprends d'anciens, je remodèle, je motive les gens autour de moi. Tout est possible, on peut le faire. Je suis peu chez moi, je file à gauche et à droite, souvent sur les routes...

D'abord, mon escapade dans les Alpes. Une petite fuite en avant, et puis aussi en arrière, à y regarder de plus près. Pendant trois jours, l'insouciance d'être ailleurs, coupée de ma réalité. Et curieusement dans un univers qui m'est familier ou en tout cas qui l'a été. Retrouver des repères qui ne sont plus les miens. Comme j'ai déjà pu le dire j'ai joué à cache-cache avec moi-même, avec celle que j'ai été, qui a évolué là-bas et qui m'a poursuivie trois jours durant. Je ne pensais pas retourner là-bas, je ne m'y étais pas préparée, partie sur un coup de tête même si ça semblait prévu. Je ne m'attendais pas sur place à être ainsi bousculée par mon passé. L'accueil a cependant été des plus agréables. Comme si rien n'avait changé...

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Puis à mon retour, j'ai retrouvé mon grand courageux, l'homme à la déclaration (quel contraste avec les mille questions : le doute face à la détermination), celui qui semble bien décidé à ne pas lâcher le morceau (ici, le morceau c'est moi). Je pensais avoir fait le nécessaire pour le dissuader. Notre premier rendez-vous s'était très bien passé (bien loin cependant de mes divagations). Tout ce qu'il y a de plus classique, des verres bus, des politesses échangées, un peu de timidité partagée, beaucoup de sourires et de regards qui en disent long. J'avais accepté de le voir pour l'écouter. Je pensais que ça tournerait vite en rond et qu'au bout d'une demi heure, il serait content de mettre les voiles. Il est resté deux heures et demi. Je retrouvais des amis ensuite pour une nuit de bringue, je crois qu'autrement, il serait encore resté. Après cela, malgré nos différences évidentes, il a multiplié les messages, plus gentils, tendres et provocateurs les uns que les autres. Impossible de se méprendre sur ses intentions... Même si je n'arrivais pas à savoir jusqu'où il serait capable d'aller. J'ai pris ça pour un jeu. Certes dangereux, mais après tout, plus pour lui que pour moi... Je l'ai revu mardi dernier, un peu dans le gaz à cause du manque de sommeil et des vadrouilles des jours précédents. Puis deux évidences se sont imposées au grand jour : c'est un ancien élève / il me plait. Que faire de ça ? Le laisser venir ? J'ai repensé à la valse de Stéphane, et j'ai décidé de danser...

Alors, quand il m'a dit "samedi, un ciné, ça te dit ?". J'ai souris et j'ai dit oui. Et samedi, il était là, avec ses grands yeux bleus toujours rieurs mais timides. On a bu quelques bières et sommes allés à la deuxième séance. Je n'ai rien compris au film. Inception. Une histoire de rêves piratés en plusieurs dimensions. J'aurais pu comprendre, si je n'avais pas bu tant de bières et si je n'avais pas été à ce point perturbée. Parce qu'il y a eu de belles interférences, tout d'abord, il a pris ma main dans la sienne. C'était si évident et doux que je n'ai rien dit. Il la prise contre lui et a glissé ses doigts tout le long de mon bras. Je sentais sa respiration et tout était tellement doux. Impossible d'essayer de comprendre ce que Leonardo Di Caprio trafiquait devant moi. J'ai tourné la tête plusieurs fois pour croiser son regard qui me disait, "je m'en fous de tout le reste, tu peux pas m'en empêcher". Puis bien sur, sa bouche est venue frôler la mienne, son souffle, ses lèvres si...  Tellement... J'ai chaviré. J'avais dix-sept ans et tout pouvait s'effondrer, je m'en balançais. Que c'était bon ! Le film terminé, j'étais toute sonnée. Nous sommes allés chez moi, on a sorti Lu. On a fumé une cigarette et de retour à l'appartement, on s'est enlacés sur mon canapé comme deux adolescents qui profitent de l'absence des parents. Ses yeux étaient plus rieurs que jamais. De nous deux, c'était moi l'adolescente sans aucun doute. Une vague d'insouciance m'a ruiné le cerveau. Carpe Diem et rien à faire de tout le reste. Je lui ai proposé de dormir avec moi, ça aussi, c'était une évidence. J'en ai oublié qu'il avait été mon élève, qu'il était bien plus jeune, que nous n'avions que si peu en commun. J'avais envie de sa peau, de cette facilité qu'il me proposait, de toute cette tendresse gratuite, sans contre partie. Le petit matin est arrivé avec un appel de ma sœur qui devait débarquer vingt minutes plus tard et qui nous a sortis du lit en urgence. J'ai juste eu le temps de sauter dans un jeans, de l'embrasser encore sur le trottoir devant chez moi et il est reparti comme il était venu, me laissant les yeux cernés du bonheur d'une nuit presque blanche en sa compagnie.

Depuis, échanges de messages plus doux encore que les précédents. Je suis consciente, même si je ne parviens pas à prendre suffisamment de recul, qu'il ne peut rien y avoir de sérieux entre nous. Je sais également qu'il a des sentiments pour moi (je suis incapable de dire lesquels) ce que j'ai du mal à concevoir mais que je respecte. Et dans ce contexte là, je ne voudrais surtout pas le faire souffrir en profitant de la situation. Certains diront sans doute que c'est déjà fait. Alors, je lui ai dit tout ça. J'ai essayé encore de le décourager.De le prévenir en tout cas.  Mais il reste aussi "motivé", même en ayant entendu qu'il n'y aura rien de plus entre nous. Plusieurs fois par jour, je découvre de petits messages sur mon portable. Juste pour prendre des nouvelles, pour dire qu'il pense à moi, qu'il aimerait être dans mes bras. Et derrière ces flots d'eau de rose, je découvre que je n'ai jamais vécu ça. Cette période de séduction si classique, si cliché, je ne l'ai jamais connue. Il y a toujours eu plus de violence dans mes débuts d'histoire. Ici, je crois que c'est un début qui ne peut mener nulle part, mais ce gars me plait : sa spontanéité, son courage, son culot, sa peau, ses yeux, ses mains, sa bouche... Chut !

Alors, je valse !

***

27 septembre 2010

Lueur.

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***

A vouloir jouer avec le feu, on se brûle ! J'ai cette petite allumette qui crame entre mes deux doigts, je la regarde, sa lumière est si attirante, mais je sens déjà la chaleur qui va mordre ma peau. A l'instant, j'ai envoyé un message qui revenait à un souffle sec sur la petite flamme. Saura-t-elle résister ? Je veux me protéger, je crois que finalement, je suis plus en danger que lui. J'ai beaucoup à perdre et sans doute peu à gagner.

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Diane Groseille
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