Journée jaune de septembre. Je roule dans ma petite clio grise sur une nationale tranquille. Je viens de quitter mon ami-amant, mon Jules d'alors, mon copain-cochon. Il partait à son entrainement de boxe. Ce jour là, après une longue inquiétude, je me vois rassurée par une petite bande bleue sur un bout de plastique sur lequel j'ai fait pipi. Ouais, et l'hypothétique papa aurait été le Furet et non le Jules. Aïe. Et comment apprendre à celui qui a partagé 5 ans de votre vie que maintenant qu'il n'en fait plus partie, vous portez son enfant.

             Bref, je suis soulagée. Je roule, derniers jours de lumière avant la grisaille. Whawha sur la banquette arrière. Vite, une voiture se retrouve sur ma voie. Pas le temps, c'est le choc. Bruit. Violence. Force. Moi, contre elle. Je sens que je n'ai plus aucun contrôle. Mon véhicule est projeté en arrière et je vois l'autre voiture s'éloigner très vite de moi. Fumée. Longtemps après, quelques secondes, tout s'immobilise. Tout semble irréel. La voiture blanche est loin. Seulement alors, je pense, rapidement, que je ne pouvais pas réagir, que tout cela vient de se passer en une ou deux secondes. Que je ne suis pas morte. Whawha est sur mes genoux et elle a fait pipi. Ma cigarette est tombée au sol. Ca sent le plastique brûlé et l'essence. J'écrase ma cigarette. Je regarde autour de moi. Je suis en pleine voie. Machinalement, je tente de passer une vitesse pour me mettre de côté. Plus rien. Je ne comprends pas. Je sors de ma voiture. Whawha me suit. Plusieurs dizaines de mètres plus loin, la voiture blanche. Juste avant l'impact, j'avais eu le temps de voir le regard affolé d'une femme. Elle est dans sa voiture. Plus de vitres, plus de côté gauche en fait. Je lui demande si elle va bien. Elle me répond "genou" avant de perdre connaissance. Dans les minutes qui suivent, je me pose sur le trottoir. Je regarde autour de moi, bouche ouverte. Des voitures sont arrêtées, on vient vers moi, des hommes, des gendarmes, qui me demandent comment je vais, qui me disent de m'allonger, que l'ambulance va arriver. Quelle ambulance, pourquoi? Whawha chouine. Je compose le numéro du Jules. je dis, que je sais pas, que je peux pas repartir, voiture veut plus partir. Il dit: je viens.

           Soudain, je VOIS. Je vois ma voiture et je me demande comment j'ai pu en sortir. Ce qui était ma voiture grise. Elle est là-bas, dans une mare d'huile (zut, je venais de faire la vidange), le toît est déformé, les vitres sont explosées, le capot est ouvert et le moteur est sur la route. Les gendarmes me font souffler dans le ballon et, en peu de temps, le Jules est là, me prend dans ses bras mais je ne comprends pas trop pourquoi, c'est juste que je vais être en retard à mon cours. Puis je vois les pompiers et leurs grosses pinces qui découpent la voiture blanche. Et là, je vais voir tous ces gens sur le bord de la route et assez calmement, je leur dis que y'a Starac' à la télé et que c'est sans doute plus intéressant. Je ne veux pas monter dans l'ambulance, mais Jules insiste pour me conduire à l'hôpital. c'est là-bas que je saisis enfin ce qui vient de m'arriver. On me fait des radios mais je n'ai rien, juste le sternum fissuré. Je me dis que c'est pas grave. C'est le lendemain que j'ai su que des mois durant j'allais en souffrir. Puis en sortant de l'hôpital,dans cette fraîcheur de la nuit bientôt automnale, je pleure enfin, en comprenant que je suis vivante et que, ce que tout le monde m'a dit, j'ai beaucoup de chance.

           Ce n'est que 24 heures plus tard que j'arrive à savoir que cette dame est toujours en vie et qu'elle n'a que peu de blessures. On me fait savoir qu'elle était sous anti-dépresseurs, très forte dose, volonté d'oublier. Elle en a oublié qu'on roule à droite en France, et il y a donc eu un choc frontal à 90 km/h...