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Diane Groseille
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2 février 2008

Equation.

Paradoxe du mode ralenti/speed. Il y a une machine A, appelons la "moi" qui fonctionne normalement à cette période B de l'année en mode ralenti : concrètement, ça voudrait dire "grasse matinée, couverture, lecture, télé, sieste, balade au soleil entre trois et cinq, bons petits plats et dodo tôt". Prenons cette même machine A et exerçons sur elle une force x qui lui demandera de se lever à 5h30 tous les matins, d'enchaîner entre huit et dix heures de cours par jour, ce à plusieurs endroits différents avec une distance parcourue d'une moyenne de 120 kilomètres par jour et ceci sur une durée d de six mois non stop. Ajoutez à cette force x le poids de cent vingt copies en moyenne par semaine, et greffez sur la même machine la préparation des cours, la correction de manuscrits d'auteurs, une once de vie privée, de fiesta et de pratiques sportives et quelques moments d'écriture.

Calculez la probabilité de défaillance technique KO en tenant compte dans votre calcul des paramètres petages de plombs !!! et dépression nerveuse ?!ž“~.

main_de_fatma

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12 avril 2008

Hommage à un soleil couchant.

aime_cesaire

***


où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois
là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux
là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,
d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes
je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave 
de sa fragile queue de paon puis se déchirant 
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et 
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre 
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.


Aimé Césaire.

 

diamant_coucher

28 avril 2008

Diane G. fait le point.

Difficile de mettre tout cela à plat, d'être sincère. Rien ne va vraiment comme je l'aurais souhaité.

Pour commencer, il y a cette longue lettre écrite à mon directeur il y a quelques jours. Parce que je n'ai plus envie d'être transparente et de fermer ma bouche. Je fais un travail sérieux et conséquent dans ce centre de formation sans que personne ne s'en rendre compte, mis à part les élèves qui semblent être les plus exigeants, ce qui est un comble. Je suis en permanence en train de justifier le manque de sérieux de mes collègues auprès de mes élèves. L'autre jour encore, une classe de deuxième année m'avoue avoir joué de la faiblesse d'une collègue qui par manque d'autorité et par bêtise, les a laissés jouer au poker pendant ses trois heures de cours. J'ai failli tomber de ma chaise en l'apprenant. Même malaise imminent lorsque j'ai su que mes élèves avaient eu le droit de sortir fumer pendant leurs examens blancs. La lettre portait sur la prise en charge de certaines corrections qui ne correspondent pas à des heures de cours, sur l'absence de contrat correspondant à certaines missions, sur le manque de communication, le laisser-aller général depuis que notre PDG a décidé de virer notre responsable pédagogique pour économiser un salaire. Alors depuis, c'est la fête du slip et moi, je ne trouve plus ma place dans ce joyeux capharnaüm ! J'ai l'impression d'en faire trop. J'en suis à la création d'un site pour faciliter les recherches de mes étudiants, à l'animation d'ateliers de soutien, à l'encadrement de certains élèves en particulier, à l'initiative de la création d'une bibliothèque... Quand d'autres en sont à dire avoir perdu des copies pour ne pas les corriger, à arriver avec vingt minutes de retard, à lâcher les élèves une demi-heure avant la fin du cours, à écraser devant de grands dadets qui feraient pas de mal à une mouche puis à traiter les élèves de moins-que-rien en salle des profs... Peut-être bien que l'an prochain je partirai pour de nouveaux horizons, une fois de plus, histoire de voir autre chose, histoire de me rapprocher de chez moi, parce que je me dis que de toute façon, ce que j'ai pu investir dans ce centre est perdu pour eux et gagné pour moi....

Après ces constats et le silence qui a suivi cette lettre, j'ai décidé aujourd'hui de rester chez moi : école buissonnière de protestation personnelle. Je perds huit heures de cours et le salaire qui y correspond, mais ça leur fera les pieds. Je suis censée rendre les résultats de plus de quatre vingts copies d'examens blancs depuis vendredi, et comme je ne sais pas si ces corrections seront prises en compte (voilà un an que j'attends une réponse), je fais de la rétention de notes pour l'administration. Je rends les copies aux élèves (que je ne veux pas sanctionner juste avant leur examen) en sachant très bien qu'il sera impossible à l'administration de récupérer les notes auprès d'eux.

Et je traine aujourd'hui, comme quand j'étais gamine et que je disais être malade (et même que c'était pas vrai) pour avoir la chance d'être sous la couette quand tous se levaient pour aller travailler, et pour pouvoir trainer toute la journée devant les conneries à la télé. Je traine aujourd'hui. J'ai fait un pain, j'écoute Erika Badu, je vais rempoter les plantes aromatiques achetées au marché samedi matin, je soigne les coups de soleil de la veille. Endormie dans la jardin des parents à cause du petit coup de rosé de trop qui venait fêter le premier barbecue de l'année...

Puis pour finir la liste des choses qui ne vont pas comme on les souhaitait, il y a cette relation avec Neb qui bat de l'aile et dont je n'arrive pas à parler. Je ne trouve pas les mots pour dire l'échec, pour dire le mal que ça fait toute cette confiance qui part en miettes. Les mots qui sont là, comme une boule de rage qui ne veux pas sortir...

Alors, sans doute un nouveau virage. Sans doute beaucoup de nouveauté dans les mois à venir. Tabula Rasa.

vue_du_mont_saint_michel

28 avril 2008

Petit sac en cuir.

Il y a ces jours où on se sent vieille, et les charme du passé ne font plus leur effet. Ce qui avait tant plu a perdu de son efficacité. J'ai tant aimé étant plus jeune les vadrouilles en festivals, la musique qui se répercute dans la nature et dans la poitrine, les festivaliers crottés qui errent, une merguez, une bière, ou un pétard à la main, ces rencontres, ces surprises, ces nuits qui n'en finissent plus. J'aime moins aujourd'hui. Souvent fatiguée, souvent moins curieuse.

Alors quand on m'a offert ces deux places pour les Artefacts à Strasbourg pour mon anniversaire, j'ai souris. Un peu de nostalgie, un peu d'appréhension. Pas vraiment envie. Puis après une semaine impensable (David contre Goliath, David a gagné mais il était crevé), il me fallait trouver le courage d'aller errer dans le froid de ce festival qui se veut printanier. La fatigue me démotivait, même plus cette curiosité que j'avais encore l'an dernier. Pourtant, nous avons pris la route en début d'après-midi pour découvrir le nouveau lieu : le zénith de Strasbourg , une espèce d'énorme tuyau orange hideux. Sur le parking, j'ai ouvert mon petit sac en cuir et j'y ai fourré toute ma mauvaise humeur, ma fatigue et ma mauvaise foi.

Puis la découverte. A l'intérieur, le tuyau moche était très chaleureux. Nous sommes entrés dans une immense salle pleine de douceur et de convivialité. Nous sommes arrivés au milieu du concert d'Aaron, une espèce de Chris Martin français qui chante en anglais, des airs mélancoliques et de belles mélodies, une voix un peu magique accompagnée d'un violoncelle, des rythmes surprenants. Tout de suite sous le charme.

Il a été l'heure des premières bières, du goût doré qui coule dans les gosier et qui réchauffe les jours d'avril froids.

Plus tard, Renan Luce que j'attendais pourtant m'a déçue. Mon coup de coeur s'est évanoui. Il est arrivé avec une tête de zombie, des valises sous les yeux comme pour un départ au bout du monde ou un retour de gastro. Sa guitare semblait ramomo et malgré l'aide d'Europe 2 (Oh pardon, Virgin radio !) qui passe en boucle ses morceaux depuis des semaines, il n'a pas su mettre le feu au public venu tôt et nombreux pour le voir.

Puis merveilleux Dionysos, tout droit sorti d'un film de Tim Burton ou d'un asile psychiatrique. Il n'y a que sur scène que l'on peut être fou sans risquer de se faire enfermer. Personnage magique et bondissant qui nous a fait la surprise de venir accompagné de sa jolie Olivia et de ses airs de poupée. J'ai fait des sauts sur place pendant toute la durée du concert, sans trop savoir d'où provenait cette énergie insoupçonnée.

Nous avons zappé Grand Corps Malade, qui ne nous inspirait vraiment pas, et nous nous sommes dit que c'était sans doute le bon moment pour aller se chercher un petit truc à manger. Tout le Zenith avait eu la même idée et nous nous sommes retrouvés dans des files d'attente de plus d'une demi-heure pour les kebabs les plus dégoutants, les plus petits et les plus chers jamais mangés.

C'est avec les doigts puant les oignons et la faim au ventre (mais plus de sous ni de patience) que nous sommes allés savourer Cali. Une fin de toute beauté. Une sincérité et une chaleur pour cet homme qui transcende ses textes sur scène. Qu'il a été doux de se laisser porter par la force de ses mots, par son énergie brute.

Retour à la maison sans aucun regret. Le petit sac en cuir était vide au retour. Le contenu s'était évaporé.

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***

16 mai 2008

Le temps ralentit, me laisse des moments à moi,

Le temps ralentit, me laisse des moments à moi, des grasses matinées, des siestes dans le hamac sous le pommier, de la lecture... Les éclats de lumière se déplacent sur ma peau.

Mes week-ends sont plus longs que mes semaines, les cours qui me restent sont des plus agréables, même si l'ambiance dans mon centre de formation est tendue : la lettre envoyée à mon directeur a été transmise à l'équipe administrative sans que je ne le sache. Je découvre le talent caché de manageur de mon directeur, qui a fait preuve sur ce coup de beaucoup de tact !  Autant dire que je ne me suis pas fait des amis. Au moins, j'ai dit ce que j'avais à dire (contrairement à ceux qui distillent leur venin en douce en salle des profs) et cela semble avoir déjà des répercussions positives (retour de la communication, réunions pédagogiques enfin constructives...)

Mes étudiants ont passé jeudi après-midi leur examen et je suis soulagée car le sujet évalué avait été largement traité. Quelques retours positifs déjà de leur part... En cette fin d'année, la question du futur tourne en boucle. Vais-je rester dans cet établissement qui, pour le moment, a une réputation aussi lamentable que celle d'une maison de passe, à raison d'un plein à 72 euros par semaine (et c'est que le début !)... Ou vais-je à nouveau prendre un nouveau départ ? Rencontrer de nouveaux collègues, les règles d'un nouvel établissement où il faut se faire sa petite place.

Puis il y ces journées où l'on oublie, ça devient secondaire, les graines deviennent verdure, les fêtes de famille se succèdent, le soleil dore les épaules et les genoux, la lumière s'installe sur les journées. Il y a de beaux projets en vue : nos deux concerts de Radiohead approchent à grands pas, je ne compte pas les jours, mais les notes viennent me rappeler au quotidien que tout va aller très vite. Puis il y aura un séjour parisien un peu plus tard... Dans l'immédiat, une sieste, une balade en ville et un tour des musées de la ville plus tard... Enfin prendre le temps à nouveau.

***

aneth

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24 juin 2008

Quand les couteaux ne suffisent plus.

Neuf heures du mat', mon Lucien avance devant moi, lumineux dans le soleil, fier comme un pape sur les trottoirs déjà chauds de notre quartier. Le trajet est toujours le même, à gauche en sortant, arrêt au passage piéton, contournement de l'église, passage le long des hautes grilles noires du presbytère, ligne droite vers le canisite. Monsieur est attaché à ses petites habitudes. Tout à coup, une voix m'interpelle : "n'y allez pas avec votre chien, je viens d'appeler les flics". Je ne comprends pas tout de suite: une dame au loin sur le trottoir me fait de grands signes et essaye de m'expliquer ce que je ne tarde pas à comprendre finalement par moi même. Quelques mètres plus loin, une femme est assise à même le sol, ses jambes tendues, dans la boue, avec un petit corps de chien noir reposant sur ses cuisses. Un peu plus loin, un homme se tient debout et tout en observant la scène,  repousse son énorme molosse (le pléonasme est justifié) du  bout du pied. J'imagine malheureusement facilement ce qui vient de se passer, il y a quelques minutes à peine. Pas de laisse, pas de muselière pour celui qui vient d'attaquer et qui pourrait très bien récidiver. Plusieurs personnes se sont arrêtées, pétrifiées par le tableau que nous donne à voir cette femme, le visage penché vers son compagnon à quatre pattes qui vient d'être attaqué. Sa détresse, sa colère, son incompréhension arrivent jusqu'à moi. J'aimerais m'approcher, pour la réconforter, sachant à quel point le moment est difficile pour elle. Mais je ne veux pas courir de risque pour mon Lucien qui à son tour risquerait sa peau, puisque le fauve est toujours en liberté. Une voiture de police s'approche alors que je m'éloigne, bouleversée par ce que je viens de voir. L'idée bien sur me traverse : à quelques minutes près, ç'aurait pu être Lucien. Puis l'image de ces enfants qui jouent tous les jours sur les balançoires passe devant mes yeux, eux aussi auraient pu croiser le fauve.

L'histoire remonte à vendredi. Le lendemain, dans le journal, trois lignes, sur un individu interpelé dans notre quartier, avec un chien sans laisse et plusieurs couteaux sur lui. Pas un mot concernant l'agression dont ont été victimes cette femme et son chien. L'histoire m'a laissée triste et inquiète tout le week-end.

Hier, je croise une dame, que je connais bien, elle se promène souvent aux mêmes heures que nous avec un petit bouledogue français nommé Simon, Lucien le connaît très bien. Elle s'approche de moi, dit vouloir me parler, semble émue. Je comprends vite que c'était elle, ce matin là, assise par terre, je ne l'avais pas reconnue. En quelques mots qui ne peuvent être aussi forts que la scène qu'elle a vécue, elle retrace l'événement. Son chien était en laisse quand elle a vu apparaître le molosse au coin d'un buisson. Derrière lui, son maître à qui elle a demandé de tenir son chien et qui a répondu simplement que celui-ci était gentil et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. Elle n'a pas eu le temps de prendre Simon dans ses bras. Quelques secondes plus tard, il secouait le petit chien noir dans sa gueule comme un chiffon. Il l'aurait encore attaqué une fois ce dernier au sol. Elle m'annonce que son  chien est un miraculé, il est vivant, il a été réanimé par le vétérinaire malgré de cruelles morsures. Elle m'explique aussi que le propriétaire du chien a été emmené au commissariat et qu'il en est ressorti avec son chien le soir même. Je suis scandalisée et effrayée par cette situation. Elle cherche des témoins et ne savait pas que j'étais là ce jour là, elle voulait juste me mettre en garde. Elle glane des témoignages et envisage un procès qui servira peut-être d'exemple pour tous ces propriétaire de chiens qui considèrent leurs animaux comme des armes, comme un moyen d'intimidation. Depuis, la peur est là. Non pas que j'adhère à ce phénomène de mode qui consiste à entretenir par les mots, les images, les idées, un climat de violence, loin de moi cette volonté. J'aimerais juste qu'il n'arrive rien à mon Lucien.


tapis_rouge_2

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18 juin 2008

Retour vers le futur.

Il aurait fallu que je me rende là-bas pour un rendez-vous banal : une sombre histoire de cours qui n'aurait pas pu se régler autrement, ce genre de coïncidences qu'on aime pas. Je n'aurais pas pu y penser avant et pourtant... Arrivée largement en avance, un peu nostalgique et en même temps pleine d'appréhension, j'aurais fait les quelques pas qui m'auraient projetée dans mon passé... Et elle aurait été là, assise à la table ronde de l'entrée du bar, calée dans le coin, avec son verre de grenadine sous les yeux, une clope qui se consume dans le cendrier et son stylo glissant sur son éternel cahier clairefontaine.

Quand je me faufile à l'intérieur, elle ne semble pas faire attention à moi et continue à noircir sa page de lignes appliquées. Je sais qu'elle m'a vue parce que je la connais très bien. Je reconnais son pull bleu marine bien trop grand pour elle, aux manches élimées,d'avoir été trop porté, son jean troué au genou droit, son chech gris enroulé autour de ses épaules. Je saurais même dire quel parfum elle porte, sans avoir à m'approcher d'elle. Accoudée au bar, je prends le temps d'observer ce corps que je connaissais par cœur et qui m'a échappé avec le temps : la longueur de ses doigts qu'elle trouve boudinés, ses cheveux longs attachés en chignon par un simple élastique, la maigreur de ses membres qui semblent si fragiles et qu'elle ne voit pas, sa peau encore marquée de l'adolescence. J'ai envie de m'approcher bien sur, mais comment va-t-elle me recevoir ? Je ne sais pas si l'idée est bonne et je décide finalement de commander un verre et de rester au bar dans le brouhaha de cette fin d'après-midi. Au fond de la salle quelques personnes jouent aux fléchettes. Elles aussi, je les reconnais, ce sont ses amis. Si elle savait comme les choses vont changer en quelques mois, comme ces personnes  qui lui semblent immuables vont s'éloigner. Son air détaché me fait sourire car je sais que ce n'est qu'une carapace et qu'à l'intérieur, ce ne sont que doutes et trouilles. J'aurais tant de questions à lui poser, tant de mises en garde à lui chuchoter à l'oreille, j'aimerais soudain la protéger puisque je sais tout ce qui va suivre pour elle. Je voudrais lui éviter ses fréquentations qui lui feront du mal, ces gens qui ne lui apporteront rien ou qui la pousseront à faire de mauvais choix.  Et je me dis alors que non, elle a eu besoin de ça, ça l'a construite, ça lui a permis d'être plus forte, de faire de meilleurs choix par la suite. Alors qu'on pose un thé sous mes yeux et que l'heure de mon rendez-vous approche, je croise son regard, froid mais curieux.

***

1994

Parking Eurodisney, 1995.

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Lundi après-m' : le printemps, dehors les magnolias en fleurs, encore la fraîcheur dans l'air mais cette impression comme chaque année que je me réveille, je m'étire et la vie me revient. Je suis venue me recroqueviller ici. J'ai encore séché une demi-journée, quelques heures volées à passer ailleurs, là où je sens que je peux exister.  P. était dans la cour en début d'après-m', avant que la sonnerie ne retentisse,  il est venu vers moi, ses yeux bleus rieurs, ses boucles blondes, ses mains enfoncées dans ses poches, ensemble nous avons passé la grille du lycée, petits pas vers une après-midi de liberté et d'insouciance, avec nos amis.  Maintenant, je suis installée dans ce bar, à cette table qui est comme un repère, comme une sécurité. Tant de souvenirs ici en quelques mois seulement, impression d'éternité et de stabilité.  Les filles sont allées en cours, elles n'ont pas voulu venir cette fois. J'ai cette émotion qui fourmille en moii : il peut se passer quelque chose à chaque instant, il pourrait me prendre dans ses bras, il pourrait me regarder pour de vrai, il pourrait me dire ces mots que je me murmure tous les soirs en m'endormant. J'ai cette certitude que je ne suis plus une enfant, que la vie s'ouvre à moi, que j'en écris enfin la musique et les paroles. J'observe mon verre de grenadine, les volutes de sirop qui y tournoient et se confondent aux volutes de ma cigarette posée dans le cendrier. Le futur n'a aucune importance, c'est chaque moment qui compte. Carpe diem.

Depuis tout à l'heure, je couvre mon cahier des mots de ma vie pendant que les garçons jouent aux fléchettes. Je les observe, j'aime les voir rire et évoluer en gestes lents et souples. J'aime sentir le regard de P. sur ma peau. Regard circulaire. Il y a cette femme au bar qui semble émue. Je ne l'ai jamais vue ici. Elle souffle sur son thé et joue avec les clés de sa voiture, nerveusement. Nos regards se croisent.  J'observe quelques détails, la forme de son visage et sa façon de se tenir, un peu enfantine, pas vraiment sure d'elle. Ses yeux sont à peine maquillés et semblent fatigués, quelques rides marquent le temps sur son visage, ses cheveux ondulent sur ses épaules. Elle attend de toute évidence quelqu'un qui ne vient pas et je lis dans ses gestes l'envie de partir, la gêne. Je remarque ses ongles soignés, les bagues qu'elle porte, les arabesques que dessinent ses mains autour de sa tasse, la hauteur des talons de ses bottes, sa façon de croiser ses jambes sur le tabouret. Je ne sais pas pourquoi son image me fascine rapidement. Je trouve qu'elle me ressemble.

r_veuse___16_ans


4 juillet 2008

Liste sans titre.

  • Radiohead J-1. Les affaires sont déjà prêtes, en bonne fétichiste, j'ai classé mes albums dans une pochette noire et j'ai épinglé nos billets dans le couloirs de l'entrée, ce qui me permet de les admirer lors de mes nombreux passages.
  • Entretien réussi hier. Je commence le 25 aout, voilà un bon complément à mon emploi du temps qui me permettra d'éviter des va-et-vient dans tout le département.
  • Ingrid est resplendissante. Je suis heureuse pour elle et sa famille. c'est un beau message d'espoir. C'est simplement dommage qu'elle soit l'objet de récupérations médiatiques et plus encore, politiques.
  • Résultats des examens de mes élèves ce matin : de très bonnes et de très mauvaises nouvelles, quelques grosses surprises ! Ensemble vraiment mitigé...
  • Une jolie tunique verte en soie qui me transporte tout droit dans les années 70.
  • Les derniers bulletins remplis il y a quelques heures et envoyés, bon débarras !
  • De nouveaux voisins qui ont l'air sympa même s'ils défoncent la porte dès leur arrivée parce qu'ils n'ont pas la bonne clé.
  • L'été, l'été, l'été...

nuages_lourds
***

16 septembre 2007

Les yeux cernés, des poussières dans les cheveux.

coeur

Week-end festif. Avec le soleil qui vient nous narguer pour nous rappeler son absence des deux derniers mois. Comme un ultimatum. Maintenant ou jamais.

Encore une fois la braise du barbecue, les rires et se coucher dans l'herbe avec une coupe de crémant. Encore une fois oublier le lendemain et les heures qui passent. Encore une fois le vent dans la figure et les rayons qui griffent les joues.

Plus tôt, danser, les cheveux dans les yeux, l'ivresse sous la peau. Puis revoir ceux qui se sont faits fantômes. Et se dire que, tant pis si on les voit moins. Pour eux.

Je rêve d'un petit bocal magique qui pourrait enfermer cette insouciance précieuse qui semble alors si évidente. Je sais qu'elle va filer, se laisser remplacer par cette anticipation permanente. Je comprends par moments seulement le vrai sens du Carpe diem, c'est comme une succession de photographies : un instant, un lieu, rien d'autre, à savoir savourer.

21 août 2007

Tempus fugit.

Ces temps ci, il fait un temps à ne pas mettre le nez dehors, un temps de chien.
Alors, je passe le temps, sans emploi du temps, j'ai du temps à moi.
Je perds ou je gagne mon temps?
Un gain sans doute, puisque la plupart du temps, le temps c'est de l'argent.
Je prends mon temps, car dans quelques temps reviendra la fuite du temps.
Le temps file et pourtant le temps nous manque toujours.
C'est dans l'air du temps de dire que les temps sont durs.
Le temps nous presse,
toujours cette peur de ne pas y arriver à temps,
cette trouille qui nous obsede à temps plein.
Si seulement on pouvait se contenter de chaque chose en son temps.
On a jamais le temps, mais l'avait-on dans le temps ?
Au temps pour moi, j'en mets du temps...
Avec le temps va, tout s'en va.

pierres_jaunes

23 août 2007

?

Petit détour de deux heures dans les vignes... D'habitude, je ne pense pas à grand'chose, je marche, je vide.

Et cette pensée soudain, qui m'a déjà effleurée plusieurs fois cet été, et qui s'impose à moi comme une évidence, comme une grande claque dans ma tronche :

"à quoi bon écrire quotidiennement un blog ? "

Que de temps perdu pour si peu ! Les retours se font rares et n'ont d'ailleurs jamais été bien nombreux et même en faisant abstraction de l'échange virtuel qu'ils pourraient représenter, quel intérêt direct pour moi ? tant de personnes que j'avais crues importantes sont parties comme elles sont venues ! Tant de paroles fortes se sont évaporées sitôt écrites ! Considération profondément égoïste, mais soudain, les trois années passées à prendre tant de plaisir, à voir le blog comme un miroir, comme un lieu de réflexion et de mémoire me semblent bien futiles. La pensée en est restée la, entière, violente et froide. Je n'ai pas voulu la brusquer, la décortiquer. Elle reste là, immobile, elle me regarde.

Sur ce, je pars boire une bière en ville avec la question au dessus de ma tête.

pression

10 septembre 2007

Cascades.

torrent

J'écris comme Eddie me le recommande. Sans penser au reste, juste par envie, égoïstement, sans chercher l'écho des mots, sur la vague. De toute façon, ce soir, trop fatiguée pour réfléchir. Retour en classe aujourd'hui. Curieusement, ce matin, à cinq heures, j'ouvre les yeux automatiquement, avec une angoisse sourde dans le ventre. Rentrée des classes. Pourtant, j'ai repris les cours depuis fin août, mais aujourd'hui, c'était l'officielle, celle qui signe vraiment la fin des vacances. Une seule semaine de congé avant mi-juillet. Comme une ligne droite. Endurance en vue. A huit heures, j'accueillais les premiers élèves et l'angoisse comme chaque année s'est évaporée à ce moment là. Ce qui semblait difficile, ce qu'on ne pensait plus savoir faire revient comme si c'était instinctif, naturel. Et en regardant en arrière, les heures de doute qui ont précédé, je me suis trouvée ridicule. Peut-être que c'est mieux d'avoir tant de travail devant moi, plus il y en a, plus j'avance, sans forcément chercher une issue de secours.

Et les mots fluides viennent à nouveau à moi. Les sourires. Les moments de réflexion. Voir toute cette bonne volonté qui va s'en doute s'évanouir pour certains dans les virages des mois à venir.  Sentir le parfum du papier neuf, les voir caresser les pages de leurs blocs vierges et triturer leurs nouveaux stylos pas encore mâchouillés.

Retour à la case départ, comme chaque année.

7 septembre 2007

Etat d'âme.

Chape de plomb au-dessus de ma tête depuis deux jours. Impression d'anesthésie générale. L'année se profile, de plus en plus difficile. Les semaines vont s'enchaîner jusqu'à mi juillet sans aucun moment de répit.

Bien sur, je reviens ici.

Comme une évidence après ce qui n'a pas été de la réflexion. Au contraire. Oublier un temps que ce non-lieu existe. Mais il existe. Il fait partie de moi. Intégralement. Pendant quelques jours cependant, j'ai oublié de mettre systématiquement des mots sur tout ce que je peux vivre. J'ai seulement vécu. Veni, vidi.

Bien sur, je reviens ici.

Lire vos commentaires, dans lesquels vous avez essayé chacun de me donner votre propre définition du blog. Mais mon problème n'était pas dans la définition. Il était dans la finalité. Il l'est toujours d'ailleurs. Pourquoi partager. Pourquoi avoir envie de donner ce qui est à moi. Est-ce que ce don valorise où dégrade ce que je suis ? Est-ce vraiment utile ? Ai-je trouvé ici des solutions, un mode de pensée ? Je ne crois pas. Le partage est d'ailleurs tout relatif. Les remarques laissées sont souvent consensuelles, pas de véritable échange. Et tant passent et regardent, mais ne disent mot.

Bien sur, je reviens ici.

Je suis un peu perdue face à quelque chose qui était finalement inscrit en moi depuis le début. Un leurre. Celui d'être lue. Mais le blog n'est qu'un passage, une zone de standby. Lost in translation. On sait que l'essentiel n'est pas là. Et soyons franc, on voit dans chaque lecture bloguesque un miroir de soi-même, de ce qu'on aurait aimé écrire ou vivre, de ce qu'on ne voudrait pas devenir. On jalouse ou on méprise, mais c'est toujours dans un rapport profondément narcissique.

Bien sur je reviens ici.

Comme on reviendrait chez un ami qui a déçu, mais il n'en reste pas moins un ami.

petit_coin_perdu

21 septembre 2007

Vacations de vocations.

retro

Un message de Lucinette me fait réfléchir sur mon métier, mes choix et ma situation. J'enseigne depuis maintenant presque dix ans. J'ai eu l'occasion d'intervenir dans des contextes très différents, auprès de publics variés. J'ai toujours su m'adapter mais rarement je n'ai vraiment réfléchi à ce choix.

Fille d'insit', j'ai appris à lire et à écrire très tôt. J'ai lu mon premier livre à l'âge de sept ans et les Oui Oui et autres Félicie m'ont vite déçue, je me suis attaqué aux bouquins de ma mère. Je me souviens en particulier de Viou d'Henri Troyat. A mon entrée en classe de sixième, j'ai fait la rencontre de la femme qui allait être ma prof de français sur les quatre années à venir. Elle avait la réputation d'un dragon, rigoureuse et exigeante. Elle est très vite devenue pour moi un modèle et aujourd'hui encore, lorsque je doute quant à mes réactions ou mes méthodes de travail, c'est à elle que je me réfère. Elle a su faire naître en moi l'amour de notre langue, tant par sa richesse que par sa technique. Je pense souvent à elle. Elle est aujourd'hui à la retraite et est repartie vivre dans son Sud natal. Il y a quelques semaines, mon frère m'a annoncé la mort de son mari. J'ai envie de lui écrire pour lui dire tout ce qu'elle m'a transmis.

Après mes années au collège, je n'ai plus trouvé face à moi d'enseignants aussi passionnés et passionnants. J'ai eu mon bac au rattrapage, de justesse, plus intéressée à l'époque par les turpitudes de ma vie sentimentale que par un avenir professionnel lointain et flou. Puis je suis partie en fac, par la force des choses, sans vraiment savoir si c'était ce que je voulais, choisissant la spécialité "lettres" une fois arrivée devant le bureau des inscriptions. L'université a été une expérience originale. J'y ai découvert l'autonomie, la liberté et les joies du travail dans l'urgence. J'ai réalisé aussi quelle chance j'avais de pouvoir me contenter de très peu de travail grâce à des facilités de mémorisation et de compréhension. J'y ai rencontré des professeurs arrivistes et carriéristes, mais très peu intéressants. A l'exception peut-être d'un prof de littérature comparée qui a su éveiller en moi une certaine curiosité. C'est lui qui a dirigé mes recherches sur les années qui ont suivi et pour la petite anecdote, il vivait à une centaine de mètres du domicile de ma prof de français au collège, alors que ma ville universitaire se situait à une centaine de kilomètres.

Il a fallu songer à un moyen de financer mes études qui allaient tirer en longueur. Je ne voyais pas de concrétisation professionnelle aux abstractions qu'on me transmettait dans ces amphis bondés. J'ai trouvé en 1998 un poste dans un centre socio culturel, j'étais alors quotidiennement référente d'un groupe de sixièmes à la sortie de leurs cours. Ça a duré trois ans et j'ai cumulé ça à des cours particuliers: mes premières expériences d'enseignement. Puis, toujours étudiante, j'ai fais mes premiers remplacements pour l'éducation nationale : particulièrement déçue par ce que j'ai pu y découvrir, comme j'ai déjà pu le dire plus tôt, mais heureuse de m'en être rendue compte avant de foncer tête baissée vers un CAPES, alors considéré comme la voie royale, seule vraie porte de sortie pour une filière si abstraite. Tout ça, c'était parce qu'il fallait faire quelque chose et parce qu'être toujours étudiante me coûtait cher. Ce n'était pas une vraie vocation, je passais un peu à côté de ma vie professionnelle, mes préoccupations et l'essentiel étaient ailleurs. J'ai plongé dans cet univers par défaut.
Puis arrivée au niveau DEA, j'étais consciente que cette addition d'années d'études ne me mènerait concrètement à rien. J'ai été profondément déçue par l'attitude du jury de ma soutenance qui ne cherchait qu'à me faire poursuivre une thèse pour obtenir des subventions. J'ai alors passé un entretien professionnel par hasard, au lendemain d'une soirée aux Eurocks de Belfort, pas vraiment réveillée, sans réelle conviction et j'ai appris un mois plus tard que j'étais prise en tant que formatrice. Et sans l'avoir vraiment décidé, je suis passée officiellement du statut d'étudiante à celui d'enseignante. J'ai basculé dans un monde qui devait au départ simplement me permettre de subvenir à mes besoins et dans lequel je suis toujours aujourd'hui. Me voilà bien loin des idéaux de Lucinette qui faisait déjà la classe à ses peluches étant petite. Tout s'est fait simplement, sans que je n'aie jamais de choix à faire.

Aujourd'hui, j'aime ce que je fais, vraiment, et j'ai eu la chance de pouvoir toujours faire mes choix, ce qui n'aurait pas été le cas si je m'étais tournée vers un CAPES. J'enseigne de façon polyvalente, je jongle, je m'épanouis et j'y prends un vrai plaisir. Je gagne bien ma vie, mieux qu'un enseignant classique et j'ai la chance de pouvoir aménager mon emploi du temps. J'ai su trouver dans un univers qui n'était pas forcément le mien au départ un confort de travail et un véritable échange avec mes étudiants : les avantages sans les inconvénients. Malgré ce bilan très positif, je ne pense pas passer ma vie dans le monde de l'éducation. L'appel d'un projet qui me tient à coeur depuis mes quinze ans résonne toujours en moi : une ferme, des animaux, la nature, la convivialité, la transmission des savoirs, et pourquoi ne pas envisager, plus concrètement un jour, une formule qui me permettrait de cumuler mon rêve de toujours et mon métier actuel qui m'apporte une vraie satisfaction ?

21 octobre 2007

Ne pas compter les heures qui s'enroulent et qui meurent.

Visionnage d'un navet hier soir, Trente ans sinon rien, avec Jennifer Gardner. Rien de spectaculaire, une comédie américaine qui laisse entrevoir dès les cinq premières minutes une fin moralisatrice ... Mais une question en transparence, qui me trotte dans la tête depuis des semaines, floue, imperceptible, et qui trouve ses mots et ses contours hier soir.


Votre vie du moment correspond elle à l'image que vous vous en faisiez étant enfant ?


Comment imaginiez vous votre vie d'adulte quand vous aviez treize ans ? Quelle définition aviez vous de ce mot, "adulte" ? Souvent, dans un flash de ma vie quotidienne, au volant de ma voiture, devant mes étudiants, dans mon jardin... je m'imagine plus jeune, adolescente, et transportée comme par magie dans ce moment... La capacité de voir plus loin, ce que nous réserve le futur. Et j'en reviens à cette réflexion, déjà formulée ailleurs ce matin : nos vies sont construites, par nos choix, nos prises de risques, notre volonté, elles ne sont pas le fruit du hasard, sauf si vous laissez celui-ci prendre le volant...

tag

13 octobre 2007

A l'envers, à l'endroit.

Doit-on se courber encore et toujours pour une ligne droite ?
Prière pour trouver les grands espaces entre les parois d'une boîte
Serait-ce un estuaire ou le bout du chemin au loin qu'on entrevoit
Spéciale dédicace à la flaque où on nage, où on se noie
 
Autour des amandiers fleurissent les mondes en sourdine
No pasaran sous les fourches caudines


Noir Désir, à l'envers, à l'endroit, 2001.

main_dans_la_main

Il y a deux jours, en traversant un passage piéton :
me dire qu'à force de me regarder de l'extérieur
pour savoir quelle image je peux renvoyer de moi même,
j'en ai oublié de m'installer dedans
pour savoir qui je suis vraiment.

28 septembre 2007

Bonne humeur.

J'aime quand ça se réveille, quand les yeux des gens traînent encore le long des murs, sur les trottoirs, quand le soleil écrase les feuilles mouillées au sol.
J'aime quand je sais que j'ai mon temps, quand je sais qu'il n'y a rien après.
J'aime quand je sens le froid de l'automne qui me dit que c'est un nouveau départ.
J'aime ensuite lire, tranquillement, avec ma tasse de thé, ces mots qui résonnent en moi.
J'aime cette impression de satisfaction du travail qui commence, qui avance, qui construit lentement de petites cathédrales de projets en moi.
J'aime cette indépendance définitivement acquise aujourd'hui et ce souffle de liberté qui gonfle en moi quand j'en prends conscience.
J'aime sentir que tout est devant, et tout est pendant.
J'aime écrire vite, ici ailleurs, en me laissant bousculer par des idées trop pressées, éphémères.
J'aime cette idée nouvelle de pouvoir partager dès lundi cet amour des mots qui ronfle et ronronne en moi depuis que j'ai sept ans.
J'aime penser à ce qui s'est passé hier, comme c'était doux et fluide.
J'aime avoir l'impression que chaque moment est un cadeau.
J'aime attacher mes cheveux en chignon, monter sur la balance et constater que j'ai perdu quelques kilos, puis sourire parce que je sais que ça n'a pas d'importance.
J'aime sentir l'odeur de la soupe de légume qui monte des étages inférieurs par ma fenêtre encore entrouverte.
J'aime l'idée d'aller marcher plus tard dans les rues de ma ville, sans but, parce que j'ai appris à apprécier de nouveau ça.
Et vous, belle journée sans soleil ?

pesey_nancroix

15 octobre 2007

Mes nuits sont plus belles que vos jours.

Un petit garçon hier soir au journal de 20h, tout ému par la caméra et par l'attention qu'on lui porte, à propos du violon qu'il découvre grâce à son école :

"ça me fait des frissons, et aussi ça me fait faire des rêves..."

Moi aussi, j'ai sept ans, et mes rêves sont plus fous que jamais, plus vivants et plus pénétrants... Et sans doute que la légèreté de cet instrument et le rapport sensuel que j'entretiens avec lui ne sont pas anodins... Mais il y a aussi toute ces pépites de jeu, ces pellicules de fantaisie et ces paillettes de folie qui ne trouvent pas assez de place dans mes journées, elles doivent occuper mes nuits...

tibo_et_lu

13 octobre 2007

Enfin les couleurs...

14 octobre 2007

Si le temps ne m'était pas compté...

  • Je répondrais à Bruno pour lui faire savoir à quel point son message m'a touché (ce sera bientôt chose faite).

  • J'apprendrais mes kanji japonais avec plaisir, et sans doute encore d'autres alphabets, d'autres langues.

  • J'écrirais des lettres à mes amis, et même à ceux qui ne le sont pas.

  • Je ferais des compotes, des confitures et des conserves pour aligner des bocaux sur des étagères.

  • Je lirais tout ce qui me tombe sous la main, les Courrier international que je n'ai pu que feuilleter, les bouquins qui m'attendent sur ma table de nuit.

  • Je me laisserais guider par la curiosité qui souvent me ronge et que je n'ai pas le temps de satisfaire.

  • J'irais explorer ma ville avec mon appareil photo, explorer les gens, souvent, comme si j'étais invisible.

  • Je mettrais des couleurs dans la chambre d'ami toujours blanche.

  • Je me ferais des grasses matinées sans mauvaise conscience, à m'étirer sous la chaleur de ma couette, à ouvrir un oeil pour voir le jour et repartir à la recherche de ce rêve si doux.

  • J'apprendrais à vous connaître un peu mieux.

  • Je taperais tous ces posts qui traînent encore dans des tiroirs poussiéreux de mon cerveau et que je ne prends pas le temps de mettre à plat, malgré leurs importances.

  • Je passerais des heures dans mon jardin à regarder pousser le vert.

  • Je partirais des journées entières gambader en forêt, pour finalement être bousculée chez moi par la nuit tombée.

  • Je prendrais le temps de découvrir les gens autour de moi. Ces gens que je croise tous les jours et qui pourraient faire partie de ma vie.

bougies_chemin_e

J'ai deux freins dans ma vie : le temps et le regard. Difficile de mettre des mots sur ce que cela représente pour moi, mais je mène enfin en ce moment une lutte sanglante contre ces deux ennemis, qui n'en seront probablement plus lorsque j'en aurais fini. Plusieurs grands pas en avant se font dans ma vie merveilleuse du moment. Je n'ai pas le souvenir d'avoir été aussi à l'aise par rapport à mes choix, mes envies, mon reflet. Pas envie de le crier trop fort de peur que ça m'échappe. Alors chut!

1 novembre 2007

Brûler mes os, faire transpirer mes sentiments.

Jour férié, jour anesthésié. Je suis sortie tôt, pour courir avec Lu, dans les rues des alentours, dans les quartiers ouvriers, petites maisons alignées. Tout était encore endormi, quelques lueurs derrière les carreaux et ce jour qui ne veut pas se lever. Deviner les gens attablés devant leur petit dej', savourant l'idée de n'avoir rien à faire aujourd'hui. Ma respiration-buée se fondant dans le brouillard trop épais et Lu, langue pendante, qui fait chauffer ses coussinets sur le bitume. Courir, chercher la limite, sentir l'air presque acide dans ma poitrine.

Puis rentrer à la maison, qu'on trouvait froide ce matin et qui est si chaude par rapport au dehors. Boire une tasse de thé debout, en étirant les gambettes et regarder d'un oeil les infos, prendre une douche brûlante. Savoir, comme les autres, qu'aujourd'hui je ne compterai pas les minutes. Neb est parti pour la journée, histoire de famille, anniversaire à fêter. Aucune envie de l'accompagner, plus envie de faire des efforts ou des compromis pour des gens que je n'aime pas, que je ne respecte pas (lui par exemple). Alors aujourd'hui, je suis seule, avec mon Lu roulé en boule dans son panier, avec mes mots qui vont trouver leur place ici (après dix jours de silence) et ailleurs, avec des images qui vont défiler*, des univers, le froid dehors, un pain qui gonfle dans le four, le temps...

feuilles_mortes

*Pas le choix faut y'aller, session de rattrapage.

12 novembre 2007

Pêle mêle.

J'ai une cuisine magnifique depuis hier, nouveaux éléments installés.
Lu est loin et c'est mieux pour lui.
Demain et mercredi, neuf heures de cours, donc dix-huit en tout.
Puis ça continue...
Encore un atelier ce soir, et la passion n'est plus vraiment là, par contre demain soir, impro !
Les heures filent.
Toujours moins de lumière...
Fatiguée et mal au dos.

vallee_climont
(Pendant mon absence, il est beaucoup question de fromage de chèvre ici)

4 novembre 2007

A quel point je déteste le dimanche soir.

J'ai tout préparé pour mes cours, je sais que la semaine va être douce et agréable, je sais que le travail ne me fait pas peur, bien au contraire, on a couru ce matin, dans un soleil éclatant dans les feuilles jaunes, on a trainé cet après-m', confort de couverture, calin et chaleur, on va manger des paupiètes de saumon avec du riz complet, Lucius est là, bien au chaud avec nous, un bon film ce soir à la télé, ma mailleure amie au resto l'autre soir, un appart' rangé et douillet, de la sérénité, et pourtant...

... Il me reste cette impression de toujours : je déteste le dimanche soir. Cette idée que c'est la fin de quelque chose, qu'on aurait pu en profiter plus.

verre_vide

22 décembre 2007

Désormais.

soleil_fatigu_e

Il y a ce soleil, lointain qui réchauffe les yeux et la tête.
Il y a ceux qui sont devant les caméras, toujours et encore.
Il ya deux semaines de vacances que je n'osais plus attendre.
Il y a l'esprit de Noël.
Il ya Neb dans son bain.
Il ya le givre partout qui fait un manteau blanc.
Il y a mon père sans lunettes désormais.
Il y a un chien blanc sur un tapis rouge.
Il y a cette merveilleuse reprise de Clocks.
Il y Will Smith qui m'a tiré des larmes pendant plus d'une heure.
Il y le repos, le souffle qui revient, les yeux qui se ferment.

22 novembre 2007

Sourde.

Il y a des mots qu'on aime pas entendre, qu'on ne veut pas entendre. On a beau les aimer tous, les mots, leurs contrastes, leur magie, leur capacité à exprimer la magie qui sommeille. Mais là, non, ceux-là, on ne veut pas les entendre. "Nodule", "kyste", "mammographie". Et on imagine déjà ceux pires encore qui pourraient suivre : "biopsie", "tumeur", "opération". Et il y en a d'autres, qu'on ne veut même pas prononcer, et encore moins écrire. Il y a quelques années déjà, leur obscurité avait résonné dans la bouche d'une inconnue, dans une pièce trop blanche et trop froide. Puis la quiétude était revenue. Pourvu que.

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Diane Groseille
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