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Diane Groseille
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25 mars 2007

Hypocondriaque.

Cette semaine, une personne qui m'est à la fois très proche (par les liens du sang) et très lointaine (par ce que nous partageons) a été hospitalisée. Au départ, il s'agissait de problèmes intestinaux. L'intéressé avait déjà fait des analyses dont il attendait les résultats, mais il faut savoir que l'intéressé a un gros problème non pas intestinal, mais des "boyaux de la tête". C'est à dire pour faire simple qu'avant l'ombre d'un résultat, il était déjà persuadé de mourir d'un cancer généralisé dans la semaine. Ses nerfs ont lâché, torrent de larmes 24h/24 et son médecin qui est une flèche a décidé pour rassurer tout le monde de le faire entrer en clinique. Brillante idée qui n'a fait que conforter mon proche dans ses délires d'agonie. Toute la famille a eu droit au récit indirect du néant de maladie, de l'attente angoissante, histoire de bien en faire des tonnes. Pour finir, le verdict est tombé en fin de semaine, pas la moindre trace de maladie, même pas une petite chiasse. Et ce après coloscopie, analyse de sang, d'urine, échographie et autres examens plus poussés les uns que les autres (ceci additionné à quatre jours en clinique, bravo la facture sécurité sociale). Puis notre flèche de médecin (histoire de bien enfoncer le "malade" dans l'idée cette fois d'un complot interplanétaire pour lui dissimuler sa terrible maladie) lui colle deux bonnes semaines d'arrêt. Qui lui seront bien utiles pour cogiter et pour réussir au bout du compte à ses créer une véritable belle grosse maladie, un truc bien costaud.

Je ne suis pas allée le voir. J'ai eu des nouvelles par mail, sans en demander...

Parce qu'avant les résultats, je connaissais la chute de l'histoire.
Une histoire pas drôle parce que derrière le protagoniste, il y a une femme et deux filles.
Parce qu'il y a dix ans déjà, il était sûr qu'il allait mourir dans la douleur et le désespoir.
Parce que je suis persuadée que tout vient de la tête,
et qu'il va l'obtenir sa maladie incurable et exceptionnelle qu'il tricote depuis des décennies.
Parce que de nombreuses personnes qui sont vraiment malades savent se montrer fortes, dignes et courageuses.

la_vie

Je n'ai pas peur de la mort. Je sais qu'elle est là, au-dessus de nos têtes. Je ne l'oublie jamais. Je vis avec elle, je l'ai déjà vue en face mais je n'en ai pas peur. J'ai plus peur de celle de mes proches, du vide que ça laisserait, égoïstement. Mais la mienne arrivera bien assez tôt, pour que je ne la craigne et ne me pourisse la vie en l'attendant.

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16 mars 2007

Eclairages V.

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maudfontenoy

J'ai partagé les derniers jours l'émotion, la satisfaction de cette femme qui a su, pour la beauté du geste, passer quatre mois en mer, par tous les temps, bravant les tempêtes et la fureur de l'océan, pour avancer, pour progresser, pour sortir si grande de cette aventure, pour aller au bout de son rêve, pour dire à tous ceux qui pensait que c'était impossible "je l'ai fait".

dans_l_ombre

Je regarde navrée toutes les chaînes de télévision relayer ce feux d'artifice spectaculaire.

Dans la soirée, des feux de bengale rouge ont embrasé les 300 kilomètres de la nouvelle ligne à grande vitesse TGV-Est. A 20h00 précises, des torches placées tous les 100 mètres, allumées par tronçons de 3 km toutes les deux secondes, ont été allumées. La totalité de la ligne a été éclairée en 3 min 20 secondes, les illuminations se propageant à plus de 5000 km/h, faisant de ce spectacle le plus long et le plus rapide feu d'artifice du monde, selon ses organisateurs.
 
Au passage de la lumière, trois spectacles pyrotechniques ont été déclenchés sur des ouvrages de la ligne: le viaduc de l'Ourcq (Seine-et-Marne), la passerelle de la gare Champagny-Ardenne (Marne) et le viaduc de Jaulny  (Meurthe-et-Moselle).
 
L'ensemble du budget consacré à l'inauguration a été évalué à environ un million d'euros par les organisateurs.

France 2

...

Faudra pas s'étonner de payer des billets la peau du cul*.
Imaginons tout ce qu'on aurait pu faire avec ce blé parti en lumière de fumée mégalo...

*ça en fait même déjà fuir certaines...

23 mars 2006

Tableau blanc.

Gros clash avec ma prof lundi soir. Voilà six mois que je suis ses cours et son incompétence cette fois ci m'a poussée hors de moi. Et ça m'a fait du bien ! Comme à chaque fois, elle n'a pas de feutre pour écrire au tableau, elle se pointe les mains dans les poches, elle prétexte une grippe pour excuser son manque d'énergie et la fainéantise qui lui colle le cul sur sa chaise. Elle passe son temps à renifler et à se racler la gorge (pour faire plus vrai sans doute). Mais là où je sors de mes gonds c'est quand elle nous apporte pour la Xeme fois ses éxplications vaseuses concernant la conjugaison. Voilà quatre mois que j'essaye d'y comprendre quelque chose et qu'elle me baragouine des règles, s'attaquant en même temps aux marques du féminin, du pluriel, du passé et du futur. Alors, jusqu'à maintenant, je me disais que j'allais bien finir par comprendre, mais cette fois (alors que nous n'étions plus que quatre dans la salle, contre dix-huit en début d'année) j'ai gueulé après avoir constaté que personne autour de moi ne comprenait rien. Jusqu'à présent, elle me répondait systématiquement que j'étais trop logique et je ne devais pas chercher à comprendre. Faut pas me prendre pour une idiote. Madame nous met des mots de vocabulaire bidon au tableau, elle ne fait pas la différence entre un verbe et un adjectif (dans la phrase "le soleil brille", "brille" est un adjectif) et on se fait enguirlander quand on ne comprend pas son charabia. J'attends un minimum de préparation et de connaissances de la part d'une personne qui se considère comme enseignante. Alors, gros coup de gueule, sur ses approximations, sur son manque de pédagogie, sur ses incompétences, ses retards et ses absences. Je lui ai gentiment expliqué devant tous les autres (trois) que j'étais là dans le but de faire valider un examen dans moins de deux mois, que j'avais un rapport à écrire sur ses cours et que pour le moment, ça ressemblait plus à du babillage qu'autre chose. J'ai rajouté qu'en tant qu'apprenants, nous avions des attentes et que c'était de son devoir de les entendre et d'y répondre, et qu'elle nous devait un minimum de respect. Madame s'est montrée très susceptible, elle s'est vexée comme un vieux pou et du haut de ses grands chevaux m'a dit que je n'étais pas là pour préparer un doctorat et que si je n'étais pas satisfaite, elle ferait en sorte que mes cours soient remboursés. Ah non ma grande, le fric, je m'en fous, il faut que j'aille au bout du mon année, alors tu vas me faire le plaisir de m'apprendre comment on conjugue ces putains de verbes... Si je pouvais ouvrir un bouquin, ce serait déjà fait, mais mon rapport doit porter sur la pédagogie et non sur le contenu... Et pour le moment, je n'ai pas la moindre heure de cours construite, et aucune trace de pédagogie. Je désespère.

cours_arabe

30 septembre 2005

Rayons.

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Le vent en pleine face.
Les cuisses qui chauffent.
Attendue quelquepart.
Le regard sur la ligne d'horizon.
Esquive de passants.
Tiens, ça sent les artichauts.
"Attention ma petite Dame".
Les feuiiles se détachent.
Oranges et jaunes.
Elles viennent croustiller au sol.
Une saison qu'on aime ne pas aimer.
Pédale ma grande, pédale...

27 septembre 2005

Oui, j'écoute?

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Trajet entre ici et là-bas. Puis plus tard.

Une fille moche sur un vélo, très moche qui pédale vite, avec la tête en avant, même les dents (aérodynamique) fait "aïe" très fort en passant à côté de moi.

Un type habillé en noir, tout noir, chic, arrêté sur un trottoir, se dandine, me regarde en parlant dans son téléphone portable et dit avec un sourire niais "bisou bisou bisou". Il ne me voit pas.

Un vieux monsieur qui marche derrière moi, vouté, je viens de le doubler (clignotant), il passe la deuxième et marmonne "ùschmeuleuhhhh...greuuuuuuuuuuuugnnnnnnnn" dans l'effort qu'il fait pour se mettre à mon rythme, vexé...

Une dame assise sur un banc avec elle-même. Elle raconte plein de choses à elle-même qui a l'air très intéressée d'entendre tout ça.

Une femme sur un vélo vient droit vers moi et articule des mots. Je les vois sortir de sa bouche mais je ne les entends pas. Jusqu'à ce qu'elle passe à côte de moi "oui, de la purée et une tranche de jambon". Elle parle à son petit garçon assis derrière elle, tellement petit que je ne le voyais pas de devant.

Gérald Genty dit "bonjour, je vais prendre une entrecôte avec une sauce... à l'échalotte". Vous remarquerez l'intonation qui peut surprendre le cuisinier.

Une jeune fille dans une salle de cours. Après la sonnerie, embêtée, elle enroule ses cheveux autour de son doigt, elle se tortille près de mon bureau. "Madame, je voulais vous dire, je suis désolée pour mon attitude d'hier, je suis allée trop loin, ce n'est pas une façon de faire, ça ne se reproduira pas et j'espère que vous accepterez mes excuses"... Mouais, excuses acceptées, mais l'avertissement sera envoyé malgré tout. Rares excuses, il faut s'en réjouir.

La secrétaire qui s'est fait des mèches oranges dire "et il croit quand même pas que je suis à sa disposition".

Un jeune homme croisé, ses yeux souriants dans les miens "bonjour". Cette fois-ci, c'était pour moi, mais j'ai pas ralenti pour autant.

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2 juin 2005

Journée.

      

Un Mercredi. Twenty one.

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  1. Réveil six heures avec ce titre dont je ne me souviens jamais le nom, mais j'ai l'impression que c'est le même tous les matins. Vive NRJ
  2. Douche trop chaude
  3. Corrections de copies pour la forme
  4. Vélo jusqu'au boulot dans la fraîcheur du matin et je remarque qu'il y a des mésanges partout
  5. Encore corrections avant la sonnerie: rentabilité
  6. Premier cours: RAS
  7. Deuxième puis troisième cours: impression d'être pète-sec dans le vide
  8. Retour-maison pour manger vite fait
  9. Re-vélo
  10. C'est là que ça se gâte
  11. Et plus vraiment envie, "mais qui a encore envie à ce stade là"
  12. Quatrième cours, sont chiants, juste un peu, ça permettra d'établir un contraste évident par la suite
  13. Récrée minable: deux minutes cinquante et une chrono, pas le temps de faire pipi à cause des photocops' pour le groupe suivant
  14. Cinquième cours. LE groupe suivant: tout un poème. Se sont battus pendant la récrée. Nicolas qui s'est faché avec Charlotte (son ex) parce que maintenant il sort avec sa demi-soeur, ou un scénario dans le genre (z'ont une vingtaine d'années quand même les gens!). La miss vole contre un mur et se racle tout l'avant bras. Ils terminent dans le bureau de Tête de brique puis, tout penauds, devant le mien, pour finir par me foutre un dawa d'enfer dans le cours puisque les règlements de compte ne pouvaient logiquement pas s'arrèter là.
  15. Fin de la journée en matière de cours... Ouf
  16. R. et P. et H. et moi nous retrouvons sur la fameuse terrasse, en plein soleil, face à une mousse très fraîche qui vient nous féliciter pour notre patience
  17. Neb homme de moi rejoint le mouvement
  18. Quelques mousses plus tard, je reprends mon vélo pour rentrer. En descendant le vélo à la cave, je m'étale dans les éscaliers. Aïe. Et mes mains toutes sales, pleines de poussières et toutes froides. Le vélo sur moi.
  19. On se dépêche, parce qu'il faut aller voir ce film. PAPA. Je laisse mes talons. Je me glisse dans mes sandales. Et ça valait le coup de se dépêcher... J'ai des larmes dans les yeux souvent et je ris, beaucoup. A la fin du film, j'ai perdu mes sandales, elles ont glissé sous le sièges de devant.
  20. De retour à la maison. Les fenêtres sont ouvertes parce que la chaleur de la journée est étouffante. Bêtement, on allume la télé, comme une pause, et on tombe sur cette série "Clara Beller", "Sarah Keller", "Laura Kieffer"? A vrai dire, je m'en fous, mais je trouve ça pitoyable. Dites-moi que les femmes ne s'identifient pas à ça. La pauvre pimbèche trentenaire qui pense que sa vie ne sera qu'un échec tant qu'elle n'aura pas trouvé L'homme (je pensais qu'on en avait fini avec ce connard de Prince Charmant) qui leur fera un bébé (parce que tant que ces connes n'auront pas de bébé, elles ne seront pas de vraies femmes). C'est pas la réalité ça. Ou alors pour les pincées du cul parisiennes  qui tiennent  à tout prix à rentrer dans ce moule de Briget Johns. La phrase que je retiens de cette demoiselle qui joue la fameuse Clara-Sarah-Laura "je me rends compte que le couple parfait n'éxiste pas". Bravo ma grande. T'auras fallu combien d'épisodes pour en arriver à cette conclusion. Mon Neb homme de moi et moi, on le sait depuis toujours.
  21. Alors, comme c'était ridicule, je suis montée me coucher et je me suis endormie sur "La nostalgie de l'ange". Je sais plus de qui est le livre, mais je vais le retrouver tout de suite pour m'endormir sans aucun doute dessus.
Good Song ou Sweet Song, Blur in Think Tank.
blur

 

10 juin 2005

La tarte aux cerises.

 
img_62482Elle me trotte dans la tête cette tarte aux cerises. Pas de gourmandise pour une fois. Même écoeurée. J'ai regardé l'autre soir l'émission "2025, le Futur en face". Je n'ai pas appris grand-chose. Je m'attendais même à un scénario plus "catastrophe" que ça. Je pense franchement que ce qui nous attend est pire. J'ai apprécié cependant le discours tenu par les quelques invités après le docu-fiction (z'adorent faire des docu-tout-ce-que-tu-veux maintenant... Fiction, drama, réalité...). Pour une fois, on ne passe pas de pommade, pour une fois, on dit les choses telles qu'elles sont. J'entends encore notre Jean-Luc national qui tente d'édulcorer certaines réponses.

J'en viens à ma tarte aux cerises. Parfaite métaphore de la merde que nous bouffons. Oui, nous, je n'ai pas la prétention de me mettre à l'abri... Pour ceux qui ont râté ça, petit résumé de la tarte aux cerises: Plan large, un jeune homme qui a une trentaine d'années en 2025, se trouve face à une journaliste, il lui raconte son souvenir de la tarte aux cerises que sa gentille môman lui achetait quand il était petit dans le supermarché du coin (parce qu'elle avait pas le temps de la faire). Il explique à la journaliste que dans cette tarte, il y avait de la farine, chargée de pesticide, du beurre, chargé aussi de pesticides que la vache avait mangés, des oeufs, blindés de toutes les saloperies dont la poule avait été gavée, sans parler de toutes les merdes qui avaient été pulverisées sur les cerises. On apprend rapidement que le type en question est stérile, à cause de ce qu'il bouffe depuis qu'il est gosse. c'est une fiction. C'est pas de la science-fiction. Le type en question aurait cinq ans aujourd'hui.

Alors moi, depuis ce soir, je suis encore plus méfiante. Je savais déjà tout ça. mais la réalité a pris un visage. Et ce n'est pas celui de la tarte aux cerises.
6 mars 2006

Parenthèse blanche

village_neige

Au début, on ne fait pas trop attention, on se dit que ce ne sont que quelques flocons. Puis c'est finalement le regard des autres, qui se tourne en permanence vers le ciel qui vous réveille, alors qu'ils feraient mieux de regarder où ils mettent les pieds. Les commentaires tournent tous autour de ça, près de la photocopieuse ou de la machine à café. Pour une fois qu'on a quelque chose de vrai à se dire, et qu'on a l'impression de partager l'événement. "Tous dans la même galère". Ce sont ceux qui veulent absolument en rajouter qui me font le plus sourire, comme si c'était la fin du monde. "Tu te rends compte qu'on aurait tous pu mourir". C'est vrai, ça fait trois jours que ça ressemble à l'apocalypse. L'Alsace sous plusieurs dizaines de centimètres de neige... début mars. Un bon coup de pied au cul à la routine, toutes les petites habitudes du quotidien bouleversées.


Prendre le train au lieu de la voiture car on tape tous les trottoirs, une vraie patinoire,
se retrouver coincée à la gare parce que tous les trains ont du retard,
ne pas pouvoir reprendre sa voiture même au retour pour les deux kilomètres restants
car elle est cachée sous une masse de neige et qu'elle patine tout ce qu'elle peut,
se rétamer les fesses par terre à tous les coins de rues (j'ai trouvé LA nouvelle discipline où j'excelle),
recevoir des amis qui ont été assez loufoques pour venir à pieds pour ne pas avoir à prendre la route,
faire deux heures de cours à une classe de dix élèves au lieu des 25 attendus.

autre_plan_te


Il y a une euphorie qui émane de tout ça, une sorte de contrariété du quotidien qui me fait sourire, une parenthèse dans la réalité.
C'est le fait de savoir que ce n'est qu'éphémère qui rend tout cela magique, exceptionnel.


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Il y aura eu ces longues balades en solitaire dans la neige vierge et fraîche, avant que Neb homme de moi ne revienne hier soir. Il fallait en profiter, il fallait garder des images.

2 décembre 2005

28 novembre : concert de Coldplay 2.

Le matin déjà, la tension est forte. Je me réveille avec ce son dans les oreilles et je fais un bond de mon lit, la voix de Chris Martin à 6h30 et le compte à rebours est vraiment lancé : on compte "en heure". Chaque minute qui s'écoule n'est plus qu'attente. Comme une gamine à qui on a promis un tour de manège. Devant mes classes dans la journée, trop souvent l'idée me traverse, scintillante et électrique et elle colle sur mon visage un sourire niais que mes élèves ne comprennent pas. "Vous êtes de bonne humeur aujourd'hui Madame !". Ils ne croient pas si bien dire. Tellement pire que ça. Une bombe à retardement. Arrivent 16 heures, sortie de la salle de classe en trombe, je balance mes pochettes de documents sur le bureau, et je pars en courant. Tête de Brique qui me dit juste dans le couloir "et tache d'être à l'heure". J'écoute pas. En sortant du lycée, je me retourne en me disant que quelques heures seulement me séparent de ce lieu, mais quelles heures ! Je rejoins le Pooh et mon frère devant la gare, nous montons dans la voiture déjà chargée de vivres et de friandise pour la route. Neb homme de moi saute dans la voiture cinq minutes plus tard et nous partons pour quatre heures de route, direction la Halle Tony Garnier de Lyon.

Un trajet sans encombre malgré une excitation croissante. On comble notre impatience avec des Schoko bons et des Cola Biz. Le Pooh crie à côté de moi dès qu'apparaît un panneau indiquant les bornes nous séparant de Lyon. Entrée dans la ville. Pas la bonne sortie, mais on se débrouille. A 21 heures, nous sommes dans la salle, chaude, trop grande, un peu vide (concert pas complet, un des seuls de la tournée). Il y a ces grandes tribunes perdues tout au fond, un brouhaha calme. On se boit une bière bien méritée, juste le temps de dire ouf et les lumières s'éteignent. La batterie de "Square one" dans toute sa puissance, tout ça pour ça, mais tellement fort que finalement on regrette presque que ça commence, ça va finir trop vite. La machine est lancée, les images resteront longtemps, plus belles et claires encore qu'à Mannheim. Pendant une heure et demi, les notes s'enchaînent, il ne faut pas penser à la suite, c'est juste beau, ce moment. Parfois ma main dans celle de Neb, parfois le bras du Pooh autour de mon cou, je regarde les yeux de mon frère qui s'illuminent. C'est bon d'entendre Chris Martin parler français, c'est même bon de l'entendre planter son intro de "Trouble" et d'enchaîner sa boulette d'un merveilleux "shit!", c'est bon de voir le groupe soudé, de voir Chris courir à l'autre bout de la salle. On attend chaque morceau mais pas la fin. Il faudrait que ça dure. On profite de chaque seconde. On se regarde, on se sourit. "Fix you" et la petite ampoule viennent clore cette merveille.

Et c'est le retour : improbable retour. On se décide à passer par la Suisse pour éviter de payer les trente euros de péage, ça nous ajoute une demi-heure de trajet mais nous ne sommes plus à ça près. Entrée sur le sol suisse et là, c'est le drame : tempête de neige. L'autoroute est couverte par endroits de plusieurs centimètres qui nous poussent à rouler au pas. Cela s'accompagne de brouillard, de vent et de chutes de neige très épaisses. Nous osons à peine nous relayer sur les aires d'autoroutes par peur de rester enlisés et de ne pouvoir repartir. La fatigue se fait sentir et les kilomètres défilent si lentement au compteur. La voiture glisse sur la route et nous fait de belles frayeurs. Je me souviens de ce moment en particulier où tout le monde a fini par somnoler à force de fixer la route et ses violents flocons. Je suis au volant, la route est déserte depuis si longtemps, X&Y tourne en boucle, je me dis que nous n'arriverons jamais. Puis les roues patinent, je vois le compte tour qui s'emballe et je me dis que nous allons rester là, sur cette route morte, à attendre le jour. Pas possible, je suis responsable de tout le monde, je dois réagir, coup de volant, accélération, on repart, ni vu, ni connu.

Arrivée chez nous vers sept heures. Nous avons mis presque huit heures pour rejoindre le bercail (le double de l'aller). Je suis épuisée et j'irais volontiers me blottir sous ma couette pour calmer toute ces émotions si je n'avais pas six heures de cours en vue. Alors, douche froide, vêtements chauds et c'est parti. Au garde-à-vous, mardi matin, à huit heures et demi, j'étais donc face à ma classe, comme un bon petit soldat, avec des jambes en coton et un sourire encore plus niais que la veille sur le visage. Je me permets le pléonasme : souvenir mémorable !

halle_tony_garnier

6 novembre 2007

Feu rouge.

Ras le bol des Parisiens, des Lyonnais, des Suisses et des Allemands qui se croient seuls sur la route.
Ras le bol des nanas qui se remaquillent dans leur rétro et quittent leur voie sans même s'en rendre compte.
Ras le bol des colleurs de cul qui ne respectent pas les distances de sécurité.
Ras le bol des routiers qui pensent être tout seuls et qui attendent pour déboiter à 80 que j'arrive justement à 130.
Ras le bol des propriétaires de grosses BM, porsches et autres maserattis qui pensent qu'avoir un max de fric les dispense de respecter le code de la route.
Ras le bol de ces parents qui laissent leurs gosses sans ceinture à la place du mort.
Ras le bol d'attendre que mami remarque que la voie de droite est libre depuis une demi-heure pour se rabattre.
Ras le bol de tous ces gens qui pensent que les retros et les clignotants sont en option.

feu_rouge


Ras le bol de passer trop de temps sur la route, d'y perdre de l'argent, ma patience et ma courtoisie.

***

2 octobre 2007

Comme ta bouche est immense quand tu souris.

Hier, prise de tête avec mon employeur. Foutage de gueule. Prise pour une imbécile, je déteste. J'en ai tremblé de colère. Prise de tête sur l'autoroute aussi où, comme tous les jours, un quinze tonnes me sort sous le nez à 90 km/h. Dans la soirée, mieux. Premier atelier d'écriture : un groupe sympa et de belles plumes, de quoi créer ensemble, partager, avancer. Ma réflexion sur les mots  prend du sens, enfin, vraiment. Aujourd'hui, rencontre de nouvelles classes, très réceptives, très motivées. Pourvu que ça dure. Beaucoup de travail en vue, des tas de copies s'entassent déjà un peu partout. J'aime. Je lutte pour rester organisée, pour ne pas foutre en l'air tout mon classement à la première urgence. Rencontre de nouvelles personnes. Des liens se tissent. Je me sens à l'aise, plus forte que les derniers mois. Beaucoup de sourires, envie de rire même.

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28 mars 2007

Vingt-neuf.

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Ce matin, devant le passage à niveaux, ce petit garçon sur son vélo bleu. Son pied gauche calé sur sa pédale, avec une impatience propre à l'enfance. Il est juste devant le pare-chocs de ma voiture et je lis sa fougue sur son corps, sur ses doigts tout crispés sur son guidon. Il va foncer dès que la barrière se relèvera, et si elle se relève avant qu'il n'ait eu le temps de compter jusqu'à vingt, il aura une bonne note à son contrôle de maths, celui pour lequel il n'avait pas du tout révisé. Les barrières se lèvent. Et moi je comptais avec lui, sans savoir...

Et moi je compte pour qui ? Aujourd'hui en tout cas, je compte. Je ne sais pas pour qui, mais... Je compte jusqu'à 29 aujourd'hui. Vingt-neuf printemps. Vingt-neuf vingt-huit mars. Et une année de plus qui a filé derrière moi sans que je ne la voie passer. Un chiffre pas bien joli d'ailleurs. Un peu bâtard. Juste avant le trente, et impaire de surcroît. Je suis une grande fille, mais je suis toujours une enfant, parce que je compte aussi en attendant que les barrières se lèvent...

7 septembre 2006

Festival d'automne, festival fashion.

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Plus d'une semaine a passé et c'était sans doute le temps nécessaire pour laisser toutes les émotions se décanter. Il y a donc douze jours,  nous nous rendions au festival Rock en Seine de Paris. C'était bien entendu pour Radiohead que nous nous lancions dans ce périple et l’excitation nous avait déjà pris au ventre une semaine avant le départ. Nous avions appris quelques jours auparavant que nous ne pourrions avoir accès au camping qui était complet. Ce point avait déjà éveillé notre curiosité : comment un festival peut ne pas prévoir un camping accessible à tous ses festivaliers. Pas découragés pour autant, nous nous étions équipés de couettes et de couvertures avec l'intention courageuse de dormir dans notre voiture. Sans nous douter un instant de ce qui nous attendait sur place : un festival parisien.

Premier jour. Surprise en arrivant sur place après avoir récupéré le frangin à la gare de Lyon. Pour accéder au festival, on franchit un portail somptueux en fer forgé, et on roule sur un dédale pavé qui serpente dans un jardin à la française. On se gare et on accède au festival après une gentille promenade à travers une forêt de conte de fée. Nous ne savons où poser nos bouteilles de bières en arrivant devant l'entrée-public. Il y a d'habitude un alignement de canettes, mais là, rien, et nous on ne veut pas salir. On a du mal à trouver nos repères et ça ne s'arrange pas une fois sur le site. Nous avons l'impression tenace d'être entrés dans une soirée privée, un peu fashion, un vernissage ou une soirée tendance, un truc people quoi. Tout sauf un festival. J'exagère à peine. Quand je vais à un festival, je mets mon jean et mes baskets, un T-shirt confort et un pull autour de la taille. Je pense aux bons moments que je vais passer, mais aussi, aux pauses-pipi qui tiennent de l’exploit Kho Lanta (petites cabines en plastique puant la mort), au coup de froid quand vient la nuit, aux coups de chaud devant une scène. Les parisiennes se rendent à un festival comme elles se rendraient à un défilé de mode ou sur les Champs Elysées. Et quelle originalité ! Nous n'avons pu compter les lunettes de mouches et les talons compensés, les jupettes à volants et les dos-nus. Ceci dit, le parisien n'est pas mieux : T-shirt moulant et couleurs flashys, lunettes de Magnum dans ses meilleurs épisodes. J’insiste sur l’importance des lunettes, alors que le soleil a boudé une bonne partie du festival. Et notez d’ailleurs chers provinciaux que les lunettes se portent même la nuit, il pourrait y avoir des flashs, ne sait on jamais ! On se sent un peu décalés dans ce contexte, ça pue la consommation et le m'as-tu-vu. En quelques heures fleurissent sous nos yeux les T-shirts du festival, toutes les couleurs et toutes les tailles, mais il fallait l'avoir, l'acheter à tout prix. Question de prix d'ailleurs souvent à l'honneur. Pour l'exemple, trois euros cinquante juste pour se garer. Tout juste s'il ne faut pas payer pour aller pisser. D'ailleurs, de ce côté là, ça ne semble pas vraiment au point. Parisiens, les cabines plastiques sont has been, il serait temps de se mettre à l'algeco ! La patience de ma vessie après plusieurs bières étant plus que limitée, j'ai pour habitude d'aller chez les hommes, pour faire plus vite, parce que c'est souvent libre puisqu'ils ont la chance de faire pipi debout (je suis jalouse) et je ne suis d'habitude pas la seule à opter pour cette solution de secours. Loin de moi l'idée de court-circuiter qui que ce soit... Et bien je me suis fait gronder plusieurs fois, par des garçons qui trouvaient inacceptable que je puisse pénétrer leur territoire. Je leur ai fait savoir que je ne prenais pas leur place, et que s'il y avait urgence de leur côté, ils resteraient prioritaires, mais non, ils ne rentrent pas là dedans, c'est juste par principe. J'en déduis que le parisien, en plus d'être fashion, ne fait pas caca. Et ceci dit, je précise bien pour ceux qui pouvait émettre un doute, je n’avais aucune intention « voyeuse », c’était juste un gain de temps.

Parlons musique, même si ce n'est pas facile. Comme beaucoup, nous étions là pour voir Radiohead et nous faisions partie de ces prudents qui avaient pris des pass deux jours pour être tranquilles. Alors le premier jour, musicalement, on a fait les touristes. Pour ne pas rentrer dans les détails, c'est Patrice qui m'a le plus touchée. Une belle énergie, une espèce de douceur et de cohérence dans sa musique. Pas de pluie le premier jour. Drôle d’impression cependant de voir tout le monde quitter le site après le concert trop court de DJ Shadow. Pas un seul rappel, tout semble chronométré et la foule se rue de façon bien disciplinée sur la sortie dès la dernière note jouée. A peine moyen de boire encore une bière.

Après hésitation, nous décidons de ne pas aller claquer notre argent dans les lieux "tendance" de Paris, nous avions eu notre dose. Nous regagnions notre voiture, qui allait être notre petit nid pour la nuit. Bien moins confortable que ce que nous avions pu espérer. Avons dormi recroquevillés sur nous-même, réveillés toutes les heures par deux abrutis (spéciale dédicace) qui insistaient pour planter leur tente au beau milieu du parking, ce qui n’était pas pour plaire à la police municipale qui zonait. Le jour s’est levé sous la pluie, ce qui nous a paniqué pour la suite des événements. Certes, nous avions prévu K-way, sacs poubelle et autres protections en cas de déluge, mais l’éventualité de devoir attendre plusieurs heures sous la pluie nous contrariait. Dans l’attente du meilleur, nous sommes allés déambuler dans les rues parisiennes. Métro et gambettes, parce qu’il était hors de question de sortir la voiture et de repayer trois euros cinquante pour se garer. Avons fait des provisions pour la soirée, avons mangé une pizza, avons traîné à la FNAC (monstrueuse FNAC des Halles, un géant au ventre gargouillant qui vous attire à lui). Pour l’anecdote, j’ai aussi bu la bière la plus chère de ma vie. Les parisiens ne s’en offusqueront pas, mais ici, avec quatre euros quatre vingt, j’en bois deux.

Nous avons regagné le site vers seize heures, avons squatté par terre une petite heure, mangé des crocodiles, bu et fumé. Des amis savoyards sont venus nous rejoindre. Nous nous sommes préparés psychologiquement à l’épreuve de patience qui nous attendait. Puis, courageux, nous avons fendu la foule, jusqu’au plus près de la scène, jusqu’à ne plus pouvoir bouger, jusqu’à avoir du mal à respirer. Et c’est là que mon envie de faire pipi s’est manifestée. Juste là, au début de tout. Je l’ai ignorée soigneusement pendant les heures qui ont suivi, car il était hors de question que je ne laisse ma place à quelqu’un d’autre pour quelque raison que ce soit (pas même une implosion de vessie). Les premiers mouvements de foule se sont fait sentir au début du concert de Beck. Merveilleux moment où les marionnettes prennent la place du groupe sur le premier titre « Loser ». Un petit jeu qui a duré tout le temps du concert, superbement orchestré, avec beaucoup d’humour. Vidéos et jeux de scène, déguisements et parodie. Un très bon moment, à en oublier que des milliers de personnes poussent derrière moi pour se rapprocher de la scène. Le concert s’achève, chacun pense pouvoir souffler un peu, mais personne ne bouge, chacun reste bien campé sur ses positions. Nous ne sommes plus qu’une masse compacte qui attend. Je suis fatiguée par une nuit sans repos, pas les kilomètres parcourus dans la journée, mais je ne bronche pas. Mon frère mange toujours des crocodiles, il me sourit, me parle, discute avec deux cinglés qui parlent de Lac Vert me semble-t-il. Je vacille un peu, mais personne ne s’en rend compte, ils me soutiennent sans le savoir. Je sens le souffle de cette jeune femme derrière moi sur ma nuque, je sens l’haleine de mon voisin, j’écoute les commentaires de droite et de gauche, je ne dis plus rien, en mode « éponge » pour ce qui va suivre. Une odeur de terre mouillée remonte du sol, âcre, forte, quelque chose de proche de la betterave pourrie. Une terre malmenée, étouffée par des milliers de pieds qui se bousculent. Les miens ne touchent plus le sol lorsque le concert commence. Je reste vers Neb, l’accrochant du bras, mais tous les autres sont emmenés comme par un flot loin de moi, devant ou derrière, je ne les vois plus. C’est un souffle énorme qui vient de la fosse lorsque Radiohead jouent les premières notes d’Airbag. Et je voudrais que ce moment s’arrête, que chaque moment de ma vie soit le début d’un concert de Radiohead. Il y a une bombe lumineuse qui s’allume en moi et qui va battre pendant presque deux heures. Je ne vois pas toujours tout, mais parfois, fermer les yeux et sentir tout mon corps vibrer sous les bass me permet de voir mieux. Je n’ai pas envie d’en faire la play list ou d’entrer dans les détails, c’est un tout, un moment magique et parfait, toute douleur, toute faiblesse s’efface. Je suis pleine, entière et unique à ce moment de ma vie. Comment expliquer. J’ai oublié tout le reste, je ne vis que ce moment, chaque seconde qu’ils me donnent. Des gens chantent, ou essayent, des paroles étouffées montent parfois de cette masse, les lumières nous rendent vivants. Puis la fin arrive. Je le sais, c’est Karma Police. Je le sens, nous pourrons hurler tant que nous voudrons, ils ne reviendront plus.

Nous quittons le site, je suis sonnée, par la fatigue et l’émotion. Oui, je peux vraiment parler d’émotion. J’ai presque eu du mal à me reconnaître. Sensation indescriptible. Nous avons repris la route cette nuit là, refusant d’abord l’idée de passer une nouvelle nuit dans la voiture. Puis, éreintés, nous avons finalement dormi sur une aire routière à quelques dizaines de bornes de Paris, le cœur gros, parce que le « après », on ne voulait pas trop y penser, et pourtant, on y était déjà. Le retour en Alsace s’est fait sous des trombes d’eau glacée, pour nous plonger définitivement dans cette ambiance automnale et triste.

9 août 2006

Intégration.

J’ai un problème d’intégration
Un don certain pour l’imperfection      
Un jour sur deux une grosse tête de con
Et j’contrôle pas toujours mes pulsions
J’ suis pas un robot multifonctions
J’ai pas de raisons de me jeter du pont
Bébé j’suis pas un de tes héros de films d’action
Et on n’a pas forcément la même opinion
On n’a pas que des atomes crochus
Je t’ai plu puis  t’es plus éblouie
Déçue tu t’ai dis quel peigne cul
On s’est perdu de vue et tu es partie dans la rue
Pis on a rangé ça dans le tiroir de notre vécu
C’était pas Disneyland et pis c’est tant mieux
Quand c’est trop mielleux souvent c’est douteux
Ça mène au foireux à trente fous furieux
Mais j’suis pas blaser j’aime encore ce jeu

Et j’taime bien quand même et tu m’aimes bien quand même ho
J’taime bien quand même et tu m’aimes bien quand même et
J’m’aime bien quand même et tu t’aimes bien quand même et
Tu t’aimes bien quand même et j’m’aime bien quand même
Qu’est ce qu’on s’aime quand même ho yé
Qu’est ce qu’on s’aime quand même ho yé
Qu’est ce qu’on s’aime s’aime s’aime s’aime s’aime
quand même

On doit vivre avec nos frustrations
On est tous dépendant du pognon
Ya un grave problème de pollution
On peut l’régler mais non
Pis c’est pas tout les jours drôle comme facile à chanter
Ça donne envie d’se barrer
D’se battre ou bien d’pleurer
J’ai du mal à respirer
Vénère comme un nouveau né
Pour m’exprimer j’ai l’habitude de brailler
Ça m’pose un problème de communication
A mes proches un problème de compréhension
C’qui nous mène à cette situation
Où l’on perd toute motivation
J’ai un problème d’intégration
Peu d’résistance à la pression
Mais j’demande aucune compassion
Pour mes problèmes de digestion

Et j’taime bien quand même et tu m’aimes bien quand même ho
j’taime bien quand même et tu m’aimes bien quand même et
J’m’aime bien quand même et tu t’aimes bien quand même et
Tu t’aimes bien quand même et j’m’aime bien quand même
Qu’est ce qu’on s’aime quand même ho yé
Qu’est ce qu’on s’aime quand même ho yé
Qu’est ce qu’on s’aime s’aime s’aime s’aime s’aime quand même

On s’aime quand même

Et j’taime bien quand même et tu m’aimes bien quand même ho
J’taime bien quand même et tu m’aimes bien quand même et
J’m’aime bien quand même et tu t’aimes bien quand même et
Tu t’aimes bien quand même et j’m’aime bien quand même
Qu’est ce qu’on s’aime quand même ho yé
Qu’est ce qu’on s’aime quand même ho yé
Qu’est ce qu’on s’aime s’aime s’aime s’aime s’aime quand même

On s’aime quand même...


Anis, Intégration.

groseille

6 octobre 2005

Les goûts et les odeurs. Un peu de vulgarité noyée dans la masse...

Je vis dans un immeuble de porcs.

escaliers

J'aimerais trouver les mots pour vous décrire l'odeur dégagée par les paires de godasses que mes voisins laissent devant ma porte* . J'aimerais leur coller le nez dedans. J'aimerais subtiliser les dites godasses et les foutre par la fenêtre (ou les refourguer à Emmaüs, c'est mieux).
J'aimerais aussi leur faire bouffer les mégots qu'ils écrasent dans la cage d'escaliers après avoir parfumé l'immeuble à la gitane.
J'aimerais vider les sacs poubelles qu'ils entreposent dans les couloirs devant leurs entrées.
J'aimerais leur coincer les doigts dans les portes qu'ils laissent ouvertes en permanence.
J'aimerais leur faire avaler par petits morceaux le disque de la compilation techno ignoble qu'ils écoutent en boucle.
J'aimerais bâillonner leurs filles qui gueulent dans les couloirs, qui sont habillées comme des Spice girls, qui ne savent pas sourire et qui se croient dans la Star'Ac (ça chante à tue-tête dans les escaliers, à vous ébouriffer un chauve).
J'aimerais étrangler l'autre truie qui se parfume supermarché, qui se maquille comme une pute et qui traite ses filles de pouffiasses (dixit). J'aimerais leur servir sur une assiette les détritus qu'ils laissent dans les escaliers.
J'aimerais leur foutre un bon pied au cul avec le sourire quand ils ne disent pas bonjour, comme s'ils avaient trois balais mal placés.

J'aimerais le même appart', tout pareil, mais avec pas de voisins.



* je me souviens à ce sujet d'une époque où Canal + donnait la possibilité de regarder des films et de gratter des odeurs en même temps... Rien à voir, mais ça vient de me revenir... Je ne peux pas mettre sur mon blog des petites cases à gratter qui dégagent des odeurs

2 septembre 2013

L'hôtel.

Je change de route, je bifurque à travers champs. Pourtant, je la connais cette route, ses sinuosités et ses rebonds. Alors, les herbes hautes et les talus m'égarent. Puis arrive cette plage, que j'aperçois sous les feuillages. Je connais ce village depuis que je suis enfant et je ne savais pas qu'il y avait une plage ici. Je m'approche et se dessine sous mes yeux un grand bâtiment, de bois et de béton, sur le rivage. Sans trop savoir pourquoi et comment, j'y pénètre. Aux étages, c'est un dédale de chambres et de salles d'eau, des pièces collées, agglutinées les unes aux autres, toutes reliées comme des cellules vivantes. Et au bout, j'aperçois une lumière et des éclats de voix. C'est une grande terrasse qui donne sur l'océan (en pleine montagne ?). Des vagues fortes déferlent en contre bas et des gens s'amusent sur cette plate-forme de bois. Des verres qui tintent, des gens qui dansent, une piscine trop petite dans laquelle la chaleur me fait plonger. Certaines personnes présentes me sont connues, des élèves, des amis. On m'explique que c'est nouveau, tiens, tu ne savais pas, on ne me dit jamais rien à moi... Réveil.

plage

24 septembre 2014

La fin du journal.

J'ai fait une rentrée exceptionnelle. De très bonnes classes, un emploi du temps qui se goupille bien et une ambiance de travail détendue. J'ai pris un rythme très appréciable, je me sens motivée dans beaucoup de domaines : l'écriture, le sport, la vie associative, la culture. Je relis par hasard hier mes inquiétudes laissées ici les mois passés et elles me semblent gommées, comme par magie...

Il y a quelques jours, en travaillant avec une de mes classes préférées, je retombe sur ces quelques lignes du Journal d'Anne Frank, les dernières...

"Je ne supporte pas longtemps qu’on fasse à tel point attention à moi, je deviens d’abord hargneuse, puis triste et finalement je me retourne le coeur, je tourne le mauvais côté vers l’extérieur, et le bon vers l’intérieur, et ne cesse de chercher un moyen de devenir comme j’aimerais tant être et comme je pourrais être, si... personne d’autre ne vivait sur terre."

enfant-course

Et je reconnais sous ces mots si justes (si pertinents pour une enfant de treize ans) la méfiance et la douleur qui m'animaient il y a quelques mois encore. "Si personne d'autre ne vivait sur terre". J'avoue avoir souvent silencieusement, pour moi même, évoqué cette idée. Presque honteusement, je me suis imaginé quelle serait mon attitude si je n'avais à composer avec le regard de l'autre, avec tous ces codes, toutes ces règles, avec cette peur constante du jugement. Aujourd'hui, peut-être ponctuellement seulement, je me sens plus forte. Et je suis justement à l'aise avec l'idée de tous ces autres qui vivent et gravitent autour de moi. Réconciliée avec mon image, mon estime de moi...

19 février 2013

Des mots qui n'ont jamais été dits.

13 octobre 2010

Sans contrainte, on tourne en rond.

Des hauts des bas. Semaine difficile et pourtant creuse. Je n'ai qu'une quinzaine d'heures de cours. Mais elle est plombée par le week-end qui arrive. Trois représentations de la pièce que j'encadre depuis un an. Ce qui devrait me faire plaisir et pourtant ça me contrarie au plus haut point. Parce que je n'ai pris aucun plaisir à travailler avec ce groupe. Ce qui devait être de la mise en scène s'est avéré être du babysitting. Il y a encore une semaine, le rôle principal ne connaissait pas son texte. Et qu'il est délicat de taper sur les doigts d'un monsieur de cinquante cinq ans ! Hier soir, je suis restée consternée devant ce qu'ils m'ont présenté en guise d'acte I. Aucun naturel, des décrochages en permanence, des incohérences, une crispation palpable et une mise en scène réduite à peau de chagrin. Je ne peux m'empêcher de me demander à quoi j'ai servi pendant un an. Mais comment travailler la mise en scène avec des comédiens qui tiennent leurs bouquins en permanence et semblent déchiffrer certaines répliques. J'y retourne ce soir pour la générale, je ne serai pas rentrée avant tard dans la nuit.

Heureusement demain soir, je m'accorde un break dans cette semaine contrariante : sortie mensuelle avec mes deux fêtards. Je sais qu'avec eux, j'oublie tout. Le temps d'une soirée, c'est insouciance et fous rires en chaine. La pression fait descendre la pression.

Pression de cette vie sentimentale qui n'en est pas une. D'un côté, le corps, de l'autre côté l'esprit. Un homme-enfant qui a su éveiller tant de sensualité face à un complice de longue date qui parle exactement la même langue que moi et qui a le même monde. Avec le premier, je n'arrive pas à parler et je ne m'imagine pas dans les bras du second. Paradoxe. N'est-il pas possible de me mixer les deux pour obtenir l'homme idéal ? Pour le moment, statu quo. Rien ne bouge vraiment. Je me rapproche du second alors que le premier s'éloigne, mais rien n'est joué. Je n'ai d'ailleurs pas envie de jouer. Puis pour clore le chapitre "midinette", l'homme aux mille questions qui erre toujours dans les parages laisse peser sur moi des regards qui en disent bien trop long et que je ne suis d'ailleurs pas la seule à remarquer.

Pression de mon compte en banque. Je suis ruinée. Les indemnités ASSEDIC que j'espérais toucher cet été ne m'ont pas été versées. J'ai vécu trois mois sur les réserves. Les salaires du mois de septembre ont à peine comblé le vide. Je travaille moins que l'an passé et pour la vacataire que je suis, cela signifie avant tout "salaire réduit". Il faut que je comble les blancs dans mon emploi du temps pour que mon banquier ne me tombe pas dessus. Puis j'ai la taxe d'habitation à régler, les charges de l'appart', les pneus à changer et la révisions des 60 000 qui arrive au galop. Faudrait aussi que j'aille chez le coiffeur, que je change la cartouche de mon imprimante, que je développe certaines photos de cet été et dans quinze jours, Tine et moi avons prévu une escapade à Prague... Mais sinon, je gère !

Pression de cette vie qui file trop vite. Toutes ces choses que je voudrais faire* et pour lesquelles je ne prends pas le temps. J'ai beaucoup de mal à rester chez moi les derniers temps et lorsque le cas se présente, je suis d'une inefficacité ébouriffante. Je galope et je ne sais plus m'arrêter. Il y a toujours des éléments qui semble me bousculer, me rattraper, me culpabiliser. Difficile d'expliquer cette perception du temps et des choses si particulière en ce moment, comme une déformation de mon environnement, je suis tombée dans une faille spatio-temporelle.

Pression des gens autour de moi, que je voudrais soutenir davantage et pour lesquels je ne trouve plus les mots. Le Pooh surtout qui est rongée par ses envies de maternité au point que cela en devienne obsessionnel. Elle ne vit plus, les seules échéances qui jalonnent encre sa vie sont celles des rendez-vous chez les différents médecins qui distillent un espoir vicieux et aléatoire. Je voudrais qu'elle s'éloigne de tout ça, qu'elle retrouve sa joie de vivre, que ces nuages noirs quittent son ciel. Parfois, au bout du fil, j'entends dans sa voix la mélodie de cet enfant à venir et toute la force de ses attentes. Mais trop de fois, sa voix se fait lointaine et étouffée.

Je clos cette réflexion du jour avec cette citation issue de Winnie l'ourson (hommage au Pooh), "il n'y a pas d'urgence, nous y arriverons un jour"...

boule_osier

***

* [ arrêter de fumer - trier tous mes fichiers photo - reprendre plus que sérieusement le yoga - m'occuper de mon balcon  sur lequel fanent toutes mes plantes estivales - trier les piles de paperasse dans mon bureau - faire du parapente - ranger mon garage - mettre en vente les objets qui y trainent - passer plus de temps avec Lu - me remettre à la cuisine - faire un sport de combat - repeindre le bureau - aller à la piscine - dessiner - terminer le carnet de voyage de cet été - prévoir des escapades futures - Lancer de nouveaux projets de théâtre - Contacter les organismes de formation BAFA - Écrire des lettres - Écrire une pièce de théâtre - Faire du vélo - Lire - Faire de la pâtisserie - Faire des cadeaux - envisager mon futur professionnel sous un autre angle - ... ]

8 septembre 2010

Aux frontières du réel.

Tout commence par quelques mots sur un écran, tard dans la nuit. Un ancien élève avec lequel j’ai gardé contact qui prend de mes nouvelles, comme il le fait souvent depuis que je ne suis plus sa prof. Puis au milieu des mots anodins se glissent des remarques. A mon sujet. Agréables et qui en disent long. Pas toujours très fines, ça se veut justement « rentre dedans ». Des compliments évidents. Devant la gratuité des éléments, je me permets de creuser pour essayer de comprendre. Puis arrive l’aveu. Je lui plais, depuis toujours. Il me trouve intéressante, charmante. Il se dit « intéressé ». Je m’arrête à cette déclaration soudaine, avec le sourire niais que peut provoquer une telle surprise, quand il surenchérit en me demandant s’il est possible qu’on se voie. Bien entendu, la demande me surprend plus encore. Il veut mieux me connaître, il veut savoir où il en est. Il avance des arguments que je démolis un à un et tout ça se transforme très vite en un jeu auquel je le découvre très fort. Il a une belle stratégie et semble sure de lui. Derrière le gamin de vingt-cinq ans que je connaissais, insouciant et fantasque, je découvre un garçon déterminé qui a de toute évidence bien cogité son sujet. Le dialogue s’étale sur des heures, durant lesquelles je fume cigarette sur cigarette. D’abord amusée, je me retrouve vite inquiète. Ce que je prends au départ pour des boutades et de la provocation s’avère être en fait très sérieux. Bien entendu, le fait que je réagisse et que je ne mette pas immédiatement fin à cet échange lui a sans doute donné encore du courage. J’aurais surement du ne pas entrer dans son jeu. Mais c’était flatteur, c’était doux. C’était dangereux aussi parce que ce n’est pas n’importe qui. Il reste un ancien élève, certes majeur et libre de ses actes et paroles, mais le rapport entre nous s’est toujours limité à une salle de classe. Au fil de ses mots, je repense à ses sourires, à sa voix, à ses yeux. Et je repense également avec amusement à ce rêve fait il y a des années qui m’avait tant perturbée. Lui, un couloir plongé dans l’obscurité, ses mains sur ma peau, sa bouche sur la mienne. Comme tous mes rêves, beaucoup de réalisme et des images qui me poursuivent plusieurs jours. Je me souviens avoir été troublée en arrivant dans sa salle de classe et avoir soigneusement évité son regard les jours qui ont suivi.

Je n’ai jamais envisagé mes élèves comme des relations potentielles. Lorsque j’entre dans une salle de cours, je ne suis qu’une enseignante, la femme s’efface. Je me plais à dire que je suis asexuée. Pourtant, mes élèves ne sont pas des enfants et nous n’avons souvent que quelques années d’écart. Il y a déjà souvent eu des précédents, des déclarations faites devant la classe pour fanfaronner, des numéros de téléphone accompagnés de smileys griffonnés au bas d’une copie et même une demande en mariage faite genou au sol. Mais jamais rien de plus sérieux. Il m’est également souvent arrivé de voir des élèves en dehors d’une salle de cours. J’ai même tissé avec certains des liens d’amitié forts. Là, les choses semblent différentes. Il annonce haut et fort la couleur, ne tente même pas le guet-apens. Il joue franc-jeu. S’il m’avait simplement proposé d’aller boire un verre, parce qu’il est parfois de passage dans ma ville et qu’il veut me donner des nouvelles, j’aurais bien entendu vu les choses sous un autre angle. C’est courageux de sa part, mais avec le peu de recul que j’ai, je me dis qu’il y a peut-être simplement un défi derrière tout ça : toucher la prof inaccessible. Et je remets en question la sincérité.

Et que veut-il au final ? J’ai du mal à imaginer comment cela pourrait tourner. Une banale histoire de corps ? Une amourette ? Une vraie relation ? Aucune de ces propositions ne me semble envisageable. Pourtant, le trouble est là. C’est un beau garçon, très grand et fort, aux yeux bleus rieurs. J’ai souvenir de quelqu’un d’affirmé et de cultivé. Et j’arrive volontiers à imaginer à quel point il peut être plaisant d’être dans ses bras.

J’ai fini par céder. Je le vois ce soir. Un défi pour moi aussi, lui laisser la possibilité de dire ce qu’il a à dire. Voilà où j’en suis. Angoissée comme pour un rencard. C’est un rencard. Très particulier.

Puis ce qui m’amuse dans cette histoire, c’est le parallèle avec ce que j’ai osé faire il y a deux mois à peine : avouer à quelqu’un qu’il me plait. Le sentiment de difficulté, de prise de risque est encore tout frais pour moi. Surtout que dans mon cas, ça se termine par une belle gamelle. Du coup, je respecte son audace. Je ne veux pas lui claquer la porte au nez sans même lui laisser une chance. Puis, ce qui me plaît, c’est le contraste avec la trituration de cerveau que je viens de subir. C’est direct, il y a même quelque chose de violent dans la façon de faire. J’apprécie la spontanéité, le culot. J’apprécie qu’on me bouscule après tous ces silences et ces non-dits.

A propos de la gamelle, j’ai vu hier soir l’homme aux mille questions. Soirée anodine dans un bar après mon cours de théâtre. Je les rejoins tard, je suis alors agitée de questions intérieures. Et comme ça doit se voir comme le nez au milieu de la figure, on me questionne. Je réponds, malgré la présence autour de la table de Nam et de l’homme aux mille questions. Après tout, je ne leur dois rien, la boucle est bouclée, court circuit pour tous les deux. A mes mots, le premier sourit. Il me taquine, me cherche, se montre grossier, s’énerve pour des détails et finit par partir fâché sans dire au revoir. Le deuxième reste silencieux, bouche bée et prétexte finalement une grosse fatigue pour rentrer chez lui. Après leurs départs, ceux qui restent s’interrogent sur ces réactions. Personne ne sait vraiment ce qu’il y a eu avec l’un et l’autre. Pas grand-chose au final, mais quelques éléments qui leur auraient permis de comprendre peut-être ces réactions. Oui, parce qu’il parait qu’avant mon arrivée, tout ce petit monde était en pleine forme. Je ne m’attendais pas à ça. Peut-être un hasard, mais les yeux de l’homme aux mille questions m’ont interrogé. Comme s’il me disait « Déjà ? Tu es passé à autre chose ? Tu n’essayes même pas de te battre ? Ce n’était que ça pour toi ? ». Peut-être que l’interprétation que j’en fais est bien exagérée mais c’est comme ça que je l’ai perçu, je l’ai senti déçu. Et je me suis moi-même étonnée, finalement cette surprise me permet de passer à autre chose. Même si ça n’aboutira probablement à rien, je réalise que ça me permet de tourner une page.

Puis je lui en veux. Non pas que je cherche une vengeance, mais je n’ai aucune raison de le ménager compte tenu de ce qu’il m’a fait. Ce sentiment va sans doute s’estomper très rapidement et j’espère que plus tard, nous pourrons en reparler, mettre les choses à plat. Saura-t-il un jour me dire pourquoi il a joué à ça. Je ne perçois aujourd’hui les relations entre homme et femme que comme un jeu. Je ne parviens plus à y voir quelque chose de sérieux : futilités, doutes, enjeux trop personnels. Chacun ne pense qu’à ses intérêts ou a quelque chose à se prouver. Les notions de partage et d’échange, de découverte et de respect de l’autre semblent avoir disparu.

Alors voilà, à dix-huit heures, c’est dans cet état d’esprit que je vais m’avancer timidement vers mon lieu de rendez-vous, sous un ciel bas et pesant. Partagée entre le cynisme de celle qui n’y croit plus et la boule au ventre de celle qui sait que tout peut arriver. Remember, tout est possible !

petits_colis

15 mars 2010

De surveillance.

copies

Depuis la rentrée, comme il m'a supprimé de nombreuses heures de cours, mon employeur juge sympathique et généreux de me confier la surveillance des examens blancs (payée demi-tarif hein, parce que faut pas abuser non plus). Alors, sur chaque session, je me colle des heures durant dans ces grandes salles silencieuses et je guette. Au début, j'avais sérieusement l'impression d'y perdre mon temps, mais au final, je parviens à trouver cela très intéressant.

Bien entendu, ça me permet de faire tout ce que je ne prends que rarement le temps de faire, ou ce que je fais d'habitude trop vite. Corriger des copies, répondre à mon courrier, renvoyer des mails, finir ce livre posé sur ma table de nuit depuis de longues semaines... Tout cela d'un seul œil, l'autre étant rivé en permanence sur les tricheurs potentiels.

Mais c'est également un spectacle fascinant : observer ces élèves qui sont les miens en pleine concentration. Eux d'habitude si volatils et nonchalants, qu'il est satisfaisant de les voir en pleine recherche de performance. On en verrait presque la fumée s'échapper de leur oreilles, ça tourne à plein régime.

J'aime les voir arriver tôt le matin et installer sur leur table leurs petites bouteilles d'eau, leurs briques de jus de fruit, leur sgâteaux secs et autres barres chocolatées. Et au milieu de tous ces éléments soigneusement alignés, ils semblent également déballer toute leur bonne volonté, comme une concentration d'ingrédients pour réussir. Puis il y a ceux pour qui tout cela ne suffit pas et qui vont y ajouter une touche de chance ou de superstition : petits grigris, peluches installées à côté d'une trousse et dont le regard en plastique veillera sur des heures de travail.

On leur rappelle les règles incontournables : pas de portable, pas de coup d'œil furtif sur la copie du voisin, pas d'échange quel qu'il soit . Il y en a toujours un pour demander à partir de quelle heure ils pourront sortir. Puis, la machine est lancée avec le cérémonial de  l'enveloppe de kraft décachetée. Distribution des sujets.

Pendant les minutes qui suivent, c'est la découverte : les fronts lourds se penchent sur des énoncés qui semblent pondus pour les torturer. Les sourcils se froncent, les ongles sont rongés frénétiquement, les mains se frottent et les jambes semblent agitées de spasmes. Les premiers stylos commencent à gratter. On chiffonne un brouillon par ici, on barbouille du typex par là, on rature sauvagement au dernier rang.

Les heures passent. Chacun est sur sa lancée, dans son monde de réflexion, échafaudant mentalement la structure de son devoir, perdu dans ses pensées. On commence à bailler, à s'étirer, les paupières se font lourdes et la concentration fout le camp. Certains s'accordent une pause, grignotant un biscuit, rêvassant un instant, le regard perdu dans le vide, d'autres piquent même du nez. Je n'interviens pas, ils doivent gérer leur temps. Et j'avoue que ce spectacle me plait. Parfois, je vois dans cette réflexion intense apparaître leurs visages d'enfants : celui qui va mâchouiller son stylo, celui qui va tirer la langue en s'appliquant, l'autre qui enroule autour de ses doigt une mèche de cheveux, inlassablement...

Puis vient le moment où les premières copies sont rendues. Certains qui ont fini depuis un moment, déjà remballé toutes leurs affaires, attendent l'heure autorisée de sortie, les bras croisés. Ils s'échappent dès que c'est possible. Le premier suscite toujours un regard des autres, à la fois admiratif ( "il a déjà fini, mais comment a-t-il fait ?") et soupçonneux ("s'il sort déjà, c'est qu'il a rien capté au sujet !" ). Progressivement, la salle se vide. Les derniers regardent leur montre et semblent paniqués par le temps qui passe. Puis vient le fatal "posez vos stylos, c'est l'heure !". La salle se vide, on les entend faire des commentaires en sortant, échanger sur ce que chacun a pu faire.

Finalement, j'aime ces moments : c'est une telle rupture dans ce que j'ai l'habitude de faire. Il y a quelque chose de doux à les observer ainsi...

cours_et_smarties

15 avril 2010

Mélancolie aigre douce.

Je cumule. Y’a des semaines comme ça. Celles où tout vous file entre les doigts et où les objets qui paraissent animés d’une intelligence malsaine semblent déterminés à vous gâcher la vie.

J’ai rayé l’écran de mon appareil photo, j’ai cassé ma machine à pain, j’ai le phare droit de ma voiture qu’est fusillé, j’ai pris trois éclats sur le pare-brise rien que cette semaine, dont un qui part en étoile et qui semble déjà « plus gros qu’une pièce de deux euros », parait que j’ai une fuite sur le balcon et ma voisine se plaint de problèmes d’infiltration, mon PC plante en permanence, mon téléphone portable se coupe quand bon lui semble, en particulier quand je suis en ligne.

J’ai pris cinq kilos cet hiver. Je mange des raviolis en boîte et je me goinfre de chocolats de Pâques sous prétexte que faut bien les finir. Je me fâche avec les gens, en particulier ceux qui seraient en mesure d’assurer la pérennité de mon poste l’an prochain. Je suis débordée par des copies, des bulletins, des livrets scolaires, des rapports à corriger… Je traine. Putain de procrastination. Je me retrouve à travailler dans l’urgence et à rendre des éléments en retard.

Et pire que tout. J’ai repris la clope. J’avais arrêté en octobre 2002, après un accident de voiture. J’avais eu peur et on m’avait dit que j’avais eu beaucoup de chance. Je pensais alors que c’était dommage de gâcher cette chance qui m’était donnée avec la cigarette qui me dégoutait profondément. J’ai arrêté très facilement, l’aversion et l’inquiétude aidant. Je pensais être à l’abri car plus de sept années avaient filé. Puis je ne sais pas ce qui s’est passé. Je n’ai pas réfléchi. Tout a commencé par quelques bouffées tirées sur la cigarette d’une autre pendant des soirées un peu arrosées, puis par une cigarette taxée avec interdiction de l’allumer moi-même. Puis en début de semaine, j’ai acheté un paquet. Comme un zombie, je me suis rendue dans le bureau de tabac le plus proche. Je me regardais faire de l’extérieur, comme si ce n’était pas vraiment moi qui faisais ça. J’ai été étonnée du prix qu’on m’a annoncé mais j’ai payé. Personne n’aurait pu m’en empêcher : c’est une histoire entre moi et cette autre que pensais endormie et qui s’est réveillée. Tout est revenu très vite : la cigarette qu’on fume le matin au réveil, celle si douce qui vient clore un repas, ou encore celle que l’on fume au volant de sa voiture. Accompagné d’un plaisir parfois, mais aussi très souvent d’un écœurement rapide. Je voudrais croire que je vais arrêter très vite, que ce n’est, une fois de plus qu’une mauvaise chute. Je ne sais pas. J’ai honte de moi. Vraiment. Pas même par rapport aux autres, mais pour moi-même. J’avais écrasé un démon qui revient.

***

cigarette_dessin

27 août 2010

Voilà où j'en suis.

boucle

Presque un mois et demi que Diane Groseille se tait. Pourtant, elle est toujours là.

Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage et s’est retourné plein d’usage et raison. Mais je ne vais pas vivre entre mes parents le reste de mon âge. Au contraire, bien au contraire.

Assise sur la moquette bleue et moelleuse d’un appartement avec vue sur l’Océan Atlantique, je pianote sur le clavier de mon netbook les quelques mots que je n’ai pas pu écrire depuis des semaines. Devant moi, un écran de télévision carte postale diffuse un reportage sur la naissance de la musique pop. Je retrace les dernières semaines sur fond de Beatles, de Bob Dylan et de Stones.

Je mettrai fin dans quelques jours à peine à un mois de vadrouille intense. Moi qui craignais de voir se reproduire cet été le néant affreux de l’an dernier, j’ai finalement construit, avec culot et peut-être même inconscience, un été de surprises et de nouveautés, radicalement différent du précédent.

Le mois de juin tout d’abord a été celui de toutes les festivités. Je n’ai rien refusé et j’ai ainsi multiplié les sorties, les rencontres, les fiestas en tout genre. Aux côtés de mon groupe d’impro, mais aussi avec Tine, le Pooh et d’autres. J’ai souvenir en particulier de ce festival plein de spontanéité avec quatre improvisateurs dans le vent, où chacun a su se lâcher et danser et chanter jusqu’au bout de la nuit. Avec cette impression de symbiose et de facilité. Il y a eu aussi ces nombreuses soirées à gauche à droite, celles aussi où j’aurais aimé me dédoubler pour être à deux endroits en même temps et même celles où j’ai su me multiplier pour profiter au maximum de chaque instant. Malgré ce vent de folie, j’appréhendais l’arrivée de l’été. Je savais que beaucoup allaient mettre les voiles vers d’autres horizons et je m’imaginais déjà seule et abandonnée, livrée aux idées noires qui apparaissent dans le vide.

D’abord, j’avais eu l’idée de faire du wwoofing dans une ferme avec des chèvres. Je voulais de l’air et de la solitude. Je voulais quelque chose de nouveau, quelque chose que je n’avais jamais vécu et dont je pourrais tirer un vrai enrichissement. Puis le temps a passé, je n’ai pas su m’informer. Ces longues semaines de printemps enfin arrivé ont filé si vite que le début du mois de juillet est venu sans que je n’aie aucune possibilité à l’horizon. Autour de moi, on me demandait avec scepticisme ce que j’allais faire de ces deux mois de vacances bien mérités. Je lisais le doute dans les yeux de mes interlocuteurs à l’annonce de mes projets. Et moi-même, je finissais par ne plus y croire. Puis un soir, ma sœur m’a parlé de colonies de vacances. Bien sur, c’était une option. Depuis 2003, plus de jolies colonies de vacances pour moi. Ma relation avec Neb avait définitivement fermé cette porte. Puis je pensais avoir passé l’âge. J’ai cependant très rapidement jeté un œil curieux sur un site de petites annonces. Et perdues au milieu de nombreuses offres classiques, quelques propositions ont su attirer mon attention. J’ai passé quelques coups de fils innocents, envoyé quelques CV sans vrai espoir et un jeudi soir, alors que je venais de donner mes dernières heures de cours, on m’annonçait que je partais le samedi matin pour trois semaines à travers l’Europe de l’Est. En urgence, j’ai dévalisé le Décathlon, j’ai fourré dans un sac à dos les affaires qui me tombaient sous la main, j’ai réglé les factures qui trainaient sur mon bureau, Lu a été casé chez mon frère pour être par la suite rapatrié chez mes parents. J’ai pris un billet de train et je suis partie.

Le samedi suivant, à 5h37, je montais dans un train sans savoir vraiment où il me menait, mais ça n’avait pas d’importance, parce que j’y allais. J’ai passé trois semaines à travers l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la République Tchèque, l’Autriche. Je suis partie dans des pays qui paradoxalement ne m’attiraient pas plus que ça. Pays souvent sources de préjugés et qui m’ont montré un visage que je ne présageais pas : moderne, courageux, souriant. Ce périple s’est effectué avec sept jeunes de quinze à dix-sept ans. Un petit groupe magique (on aurait du les choisir qu’on aurait pas fait aussi bien). Impossible cependant d’expliquer en détails ce que cela a été de joie, de surprise et de découverte. Je me suis dit à plusieurs reprises que j’étais devenue celle que j’avais voulu être et que je n’imaginais pas pouvoir devenir. Plus de limites, plus de peur, tout devenait possible.

Je suis rentrée vendredi dernier à minuit. Samedi soir, je repartais en pleine nuit avec Tine pour une traversée de la France qui allait nous mener à l’autre extrémité de l’Europe : la pointe Bretonne et sa fraicheur immuable. Celle qui n’a pas changé depuis mon enfance, celle synonyme pour moi de vacances depuis que je suis toute petite. Rien ne lui arrive à la cheville. Je retrouve le kouing aman, le caramel au beurre salé, les cartes postales écrites sur la plage, les balades dans les ruelles de petits villages fleuris d’hortensias et de roses trémières, les fars aux pruneaux, et les phares sans pruneaux, la bruine, ces paysages que l’on croit reconnaitre et qui peuvent se métamorphoser au moindre coup de vent.

Dans deux jours, je serai de retour chez moi. Difficile de m’imaginer dans ma région, dans ma ville, dans mes meubles après un mois d’errance. Ni tout à fait la même, ni tout a fait une autre. Sans aucun doute grandie et sereine quant à ce qui va suivre. Humble aussi d’avoir vu et appris tant de choses, grâce à ces gens rencontrés, ces pays traversés dont je me suis imprégnée.

Côté cœur (mais c’est de quel côté au juste ?), rien de nouveau sur ma planète. Enfin, tout reste possible car même dans ce domaine, je ne me suis pas reconnue. Depuis de longues semaines, pour ne pas dire des mois, j’étais sous le charme (je le suis toujours) d’un garçon (faut-il dire un homme ?) de mon entourage proche. Tout me plaisait en lui et je me reconnaissais (pourquoi l’imparfait d’ailleurs puisque c’est toujours le cas et que d’ailleurs je le trouve parfait). Il est celui que je ne cherche plus, il me plait. Alors, un soir, ou plutôt une nuit, disons même au petit matin, l’ivresse des heures passées aidant, je lui envoie un message. Il dort à ce moment là à quelques mètres de moi, dans une autre pièce et je viens de le quitter. Je sais que nous allons nous retrouver à notre réveil, je veux qu’il sache ce que j’ai sur le cœur, dans la tête ou ailleurs. Prétérition, je ne peux lui dire ces mots que je ne parviens à formuler et je lui dis que j’aimerais lui parler. Tout cela reste mystérieux, pour lui comme pour moi. Les mots ne viennent pas, il ne veut de toute évidence pas que je les dise. Le petit jeu dure quelques jours. Je sais que lui avouer mes impressions présente deux risques : la réciprocité qui demanderait à ce que l’on s’engage ou l’indifférence qui me laisserait un goût amer et qui en plus risquerait de gâcher la complicité très forte que nous avions jusqu’alors. J’ai finalement tenté le coup, pleine de franchise et très directe bien que je ne puisse nommer avec précision les sentiments que j’ai pour lui. Je lui trouve ce petit grain de folie que je trouve rarement et qui me séduit tant, je lui trouve ce charme unique qui fait de lui quelqu’un de si particulier. Il a finalement répondu ne pas savoir où il en était, avoir besoin de temps pour se trouver, ne pas savoir de quoi sera fait son futur (mais qui le sait ?). Exactement les mots que j’aurais pu moi-même choisir dans pareilles circonstances. Cette réponse arrivait le 22 juin. Il partait alors pour un périple un peu mystique de trois semaines. Je faisais de même deux semaines plus tard. Un voyage à la recherche de soi-même. Un voyage à travers lequel on s’oublie au profit de l’autre et de l’instant dans l’espoir de finalement mieux se retrouver.

Durant mes longues trottes à travers les rues des capitales européennes, le long du Danube ou sur le Pont Charles, sur les plages de galets ou sur les sentiers hongrois, dans les rues bourgeoises de Vienne ou sur les trottoirs chargés d’histoire de Cracovie, je me suis surprise à penser à lui, un clin d’œil, imaginer sa bouche, penser à ses yeux, une fraction de seconde à chaque fois provoquant un petit sourire à l’intérieur. Pourtant, sa réponse est négative et connaissant sa détermination, elle le restera, mais je ne sais expliquer ce qui provoque malgré tout cette petite étincelle. Peut-être la satisfaction d’avoir osé lui dire ce que je voulais exprimer. Impression de force.

Je rentre dimanche. Neb débarque lundi. Mardi au plus tard. Il m’a annoncé ça alors que j’étais encore sur les routes. J’ai cru comprendre sans y prêter trop attention qu’il passerait la semaine chez moi. Je suis heureuse de le voir. J’aimerais juste que ce ne soit pas trop dur, que les choses soient claires. J’aimerais qu’il ait compris tout ça sans que j’aie besoin de le lui dire. Et il y a comme un pressentiment. Ses sentiments sont-ils toujours les mêmes ? Pense-t-il que nous avons encore quelque chose à faire ensemble ? Un bout de chemin, une nuit, un futur ? Pour ma part, je le répète, la boucle est bouclée. Je l’apprécie beaucoup, mais ça ne va pas plus loin et je ne peux effacer toutes les déceptions vécues, subies, douloureuses.

La rentrée va arriver à pas de géants. Aucune certitude quant à ce qui m’attend. J’aimerais ne plus travailler à M. parce que les choses s’y sont mal passées cette année, et parce que cela me demande beaucoup de temps (la route, les classes surpeuplées, les copies à corriger dans des délais très courts). J’aimerais pouvoir accorder plus de temps à mon Lu, au théâtre, à des loisirs, du sport... L’an passé a été trop difficile : impression récurrente de passer à côté de moi-même, de m’oublier.

Voilà où j'en suis après des semaines de désertion de blog. Voilà où j'en suis après des mois de doutes. Voilà où j'en suis et je n'y suis déjà plus.

3 juin 2010

Presque.

presque (adv.): à peu près, mais pas tout à fait. Quasi.

perles_et_cie

C'est le mot qui me sort par les yeux en ce moment. Je ne peux plus l'entendre. Demander à un élève qu'a le pif en l'air s'il a fini son travail, et lui de prendre un air concentré et de me répondre "presque". Je l'entends dix fois par jour. Je n'aime pas cet adverbe, cette approximation, cette suffisance qui se cache derrière. On laisse transparaître l'idée qu'on en aurait déjà fait assez. On se contentera de ça.

"Presque" est à l'image de certains de mes élèves. Ils sont trop nombreux à être "presque" quelque chose. Superficiels et pas tout à fait. Presque motivés, presque surs de savoir ce qu'ils font là, presque attentifs, presque studieux.

Pour ma part, j'essaye d'être entière, d'être à 100%, et je ne parle pas forcément ici de la performance mais de la façon d'être, alors cette superficialité me dérange. On ne la retrouve pas qu'au niveau du travail, elle est partout : dans les relations entre les personnes, dans la transmission de l'information, dans le langage. On se contente d'un "pas tout à fait". D'un "quasi". Les exigences disparaissent et laissent place à un "à peu près" qui se généralise.

Je n'aime pas "presque". Et si aujourd'hui, je peux paraître un peu réac' avec de tels propos, c'est parce que j'ai moi aussi pu être "presque" les derniers temps. Presque bien dans mes pompes, presque pas fatiguée, presque à l'heure, presque sure de savoir où je vais. Je suis finalement moi aussi victime de la presquitude. Et aujourd'hui, j'ai envie de certitude et de plénitude.

***

8 décembre 2010

Audere est facere.

Des larmes tout à l'heure, assise dans ma voiture, au téléphone avec ma mère. Sa voix grésille dans mon oreille. Les mots ne se veulent pas méchants mais me blessent. Je viens de me garer et elle me fait la leçon, sur mon départ prévu ce week-end chez Neb. Elle ne comprend pas que je puisse entretenir avec lui de bonnes relations, elle ne trouve pas ça normal. J'en viens à argumenter, à me défendre, à me justifier. Je déteste ça. Que souhaite-t-elle ? Que nos relations soient froides et distantes, qu'on ne se parle plus, qu'on s'insulte ou qu'on se manque de respect ? J'ai vécu cinq ans avec lui, cinq années de ma vie à ses côtés. Il veut voir Lu, j'ai envie de passer du temps avec lui maintenant qu'il va mieux. En quoi cela est-il étrange !

Plus tôt, quelques minutes seulement, c'était ma sœur qui me rappelait que samedi soir, j'étais à l'ouest, que fallait peut-être que je remette les pieds sur terre. Je suis fatiguée, aucun doute là dessus. J'ai été désagréable et complètement à côté de la plaque. Je m'en suis voulu sur le moment et le lendemain encore. Et les derniers jours, les dernières semaines sont des poids sur mes épaules. Endurance. Encore, de nouveau, toujours trop de choses. Et cette sensation d'urgence permanente qui peut me faire vibrer parfois, vague d'adrénaline, mais qui est aussi tellement souvent source de grandes pages de fatigue. Mon rythme est difficile à suivre. 

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Pourtant, ça peut aussi être tout doux. Je viens de passer trois jours aux côtés de Gab. Trois jours de simplicité et de tendresse. Pas de projets, pas de promesses, pas de prises de têtes. Juste du partage, sur le moment. Aucune projection dans le futur. Les inquiétudes qui ont précédé son arrivée se sont évaporées dès que je l'ai vu. Petit instant de flottement et ensuite, tout fut évident. Impression récurrente de le connaître depuis très longtemps.

Il est arrivé dimanche en fin d'après-midi et est reparti ce matin. Au milieu, il a fallu aussi que j'aille bosser, souvent sans avoir préparé quoi que ce soit, les mains dans les poches, la tête pleine de lui. Il m'a accompagnée lundi soir pour mon atelier théâtre. Nous avons aussi fait de longues grasses mat' sous la couette, il m'a invité au resto hier soir... Il était là, doux, attentionné, incroyablement tendre. Il m'a donné beaucoup, de lui, de ce qu'il est, d'éléments de réponses pour mieux le comprendre. On n'attend rien l'un de l'autre mais on se reconnait.

J'ai été émue souvent par ses gestes, ses paroles. Quand il est resté silencieux prêt du petit couffin de Delphine, pendant notre atelier théâtre, lui prenant simplement sa minuscule main pour la rassurer en l'absence de sa maman. Quand, hier soir, perché sur son tabouret de bar, il a parlé d'un de ses amis qui est sur le point de perdre sa femme à cause d'un cancer et que des larmes ont empli ses yeux. Quand son doigt est venu se poser sur la couverture de mon carnet orange. Quand il m'a dit "tu me plais... Beaucoup". Quand il n'a pas fait la vaisselle, parce que merde, on est pas un couple. Quand on s'est engueulé "pour de faux" en pleine rue, en se balançant des noms d'oiseaux. Quand j'ai trouvé à midi en rentrant sur la table du salon ses mots, son écriture ronde et régulière, pour me faire savoir que je le rendais heureux.

Il a juste semblé inquiet quand il a été question se revoir et que je lui ai dit "je ne sais pas, peut-être". C'était évident pour lui, ça l'est peut-être moins pour moi. Aujourd'hui, ma liberté est des plus précieuse et je ne crois pas avoir la volonté de la remettre en question. Certes, il ne me demande rien de tel, mais ça pourrait venir si vite...

***

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Diane Groseille
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