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Diane Groseille
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2 mai 2015

Lu.

truffe

 

Il est minuit. Nous avons derrière nous une journée pleine de soleil. Nous avons profité de la plage et du soleil. Nous sommes arrivés ici il y a deux jours. La journée a cependant été entachée par les vomissements de Lu. Mon ami chien est souvent sujet à des difficultés digestives et nous le fait d'ailleurs souvent savoir par toutes sortes de gaz plus surprenants les uns que les autres. Mais là, ça devient inquiétant. Très inquiétant. Nous sommes sur le point d"aller nous coucher. Je me dis que demain, il faudra que j'aille chez la vétérinaire s'il ne va pas mieux. je me dis ça en me brossant les dents et lorsque je rejoins ma chambre, je trouve Lu sur mon lit (dont l'accès lui est interdit) et il a vomi deux gros tas qui sont posés devant lui. Il me regarde avec de tout petits yeux noirs qui disent "aide-moi". Je me rhabille rapidement. Avec C., nous consultons des pages internet, nous passons un ou deux coups de fil. J'hésite quelques minutes (ça me semble une éternité), puis nous décollons. A une demi-heure de route, nous trouvons devant une clinique vétérinaire une adorable jeune femme blonde à la peau mate qui nous reçoit en souriant. Elle parle à Lu, le fait monter sur une petite table d'examen. Comme d'habitude, celui-ci se laisse faire, très conciliant. Je vois ses yeux qui me disent encore "aide-moi". Mes gestes se veulent rassurants pour lui. Je pense d'ailleurs que la véto va juste lui donner de quoi faire cesser ses vomissements, mais après lui avoir palpé le ventre, elle décide de faire une radio. Pour cela, je dois m'équiper d'une armure pour l'aider à tenir Lu qui se montre très docile. J'espère que cet épisode va nous rassurer, ça ne peut pas être grave. Mais quelques minutes suffisent à laisser apparaître l'image en noir et blanc. Une énorme masse blanche se dessine sur un fond noir, au milieu des contours de Lu en gris clair. Le jeune fille me dit très simplement, sans détour que c'est "très mauvais" et qu'elle "appelle le chirurgien de garde". Je vois le regard inquiet de C. qui sort fumer une cigarette, les yeux perdus de Lu que je prends contre moi, tout contre moi, en lui murmurant des choses importantes à l'oreille. Cela ne prend que quelques minutes avant de voir une femme plus âgée, le chirurgien, dans l'encadrement de la porte. Elle parle tout de suite à Lu, l'examine et confirme ce que nous savions déjà. Il faut opérer. Elle ajoute que c'est une opération importante et qu'une anesthésie est toujours risquée, surtout sur un chien de neuf ans. "Puis on ne sait pas ce qu'on va trouver à l'intérieur". La jeune fille a préparé la salle d'opération, elle nous dit que ça va durer une petite heure, qu'il faut que nous rentrions chez nous, qu'elle nous appellera. Elle nous accompagne à la porte avec Lu dans les bras. Je le laisse derrière cette porte qui se ferme. Une heure interminable débute, je compte les minutes. L'écran de mon nouveau téléphone semble m'indiquer un temps ralenti. Nous faisons la route dans l'autre sens, jusqu'à notre bel appartement de vacances qui soudain, dans cette nuit noire et inquiétante, n'a plus du tout le même charme et a perdu tout son exotisme. C. reste à mes côtés pour partager ces trop longues minutes. Nous parlons, nous échafaudons des hypothèses, sur le "avant" et le "après". On mise, on fait des pronostics. Je suis sure qu'il ne peut rien lui arriver. Ce chien est mon ami, mon compagnon, il partage ma vie, je parle sa langue, il est fort. Le téléphone sonne. Les premières paroles, je ne les écoute pas. La politesse me passe au-dessus, je cherche simplement à mesurer dans chaque intonation la gravité de la situation, le dénouement. Tout va bien. Il n'est pas encore réveillé, mais l'opération s'est bien passée. Elles ont trouvé un bouchon de sable dans son intestin. Mon champion du monde des abrutis a mangé du sable et jouant avec une balle le jour même sur la plage. Il en a mangé au point de boucher son système digestif.

Aujourd'hui tout va mieux. Nos vacances se sont articulées autour de la convalescence du dog, sans pour autant être compromises, il a fallu aménager notre temps autour de ses médicaments, de son repos, de nos inquiétudes.

J'ai mesuré, une fois de plus, à quel point ce que l'on estime de stable et de solide autour de nous est fragile, éphémère. Lu n'est qu'un chien. Mais il est une amitié, il est une compréhension, il est une présence. Ce n'était pas son heure. C'était juste un signal. Bon chien !

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29 juin 2015

A l'aube des promesses.

Ma fin d'année scolaire s'accompagne comme chaque année de multiples angoisses. Certaines, raisonnées, sont dues à ces perpétuelles incertitudes et aux difficultés financières déjà présentes qui vont sans doute s'accentuer sur les trois mois à venir. D'autres, plus tacites et sourdes sont de l'ordre du rapport au corps, à la perfection, au temps, au désir, à l'enfantement... Des constantes pour moi, comme pour tant d'autres. Je réfléchis beaucoup les dernières semaines à cet empoisonnement et aux solutions qui s'offrent à moi. Je veux regarder devant et je vois comme chaque année ces longues semaines comme tant d'opportunités. Voilà quelques projets pour mon été, parce qu'il est doux de les écrire, comme des promesses que l'on se fait à soi-même :

  • Dessiner : aquarelle, croquis
  • Lire des livres (une pile qui tient de plus en plus difficilement en équilibre au pied de mon lit)
  • Lire le journal
  • Ecrire (carnet de voyage, blog, feuilles volantes, cartes postales, lettres d'amour ou d'amitié)
  • Développer mes connaissances en photo, participer à des concours, faire des sorties thématqiues, ressortir mon Diana
  • Faites quelque chose qui m'effraie
  • Me relaxer, méditer, prendre conscience du moment (j'entame la lecture fascinante du livre de Christophe André, je me trouve face à des évidences lumineuses)
  • Cuisiner (des tentatives nouvelles, pâtés et laits végétaux, nature comestible, agar-agar...)
  • Faire du yoga, travailler ma souplesse et mon équilibre, si possible, dehors...
  • Marcher, au moins une heure par jour
  • Danser
  • Courir
  • Nager
  • Faire l'amour
  • Ne rien faire
  • Boire des tisanes (j'ai encore hier cueilli de la mélisse sur le bord d'un canal)
  • Aider mon homme à faire évoluer son projet
  • M'éssayer à la céramique
  • Jongler
  • Visiter des musées de la région
  • Faire venir le cinéma à la maison, grace à notre vidéo-projecteur
  • Faire du vélo
  • Passer une journée au lit
  • Multiplier les soirées avec les amis, soirées cocktails, balade nocturne, nuits à la belle
  • Faire des balades avec les chiens de la SPA
  • Faire de l'Affut
  • Lire des articles ou des textes en italien et en anglais
  • "Photographier" des sons
  • Aller au théâtre, notamment , parce que ça fait des années que j'en ai envie
  • Prendre soin de moi, et des gens qui m'entourent, en multipliant des petites attentions simples
  • Coudre
  • Faire de l'Origami
  • ...

ciel

Je trouve par hasard cette illustration qui résume les contraintes satisfaisantes que je tente de me fixer au quotidien :

journée

23 septembre 2014

Chronique de la violence ordinaire.

Un fait divers "ordinaire" : quatre adolescentes en agressent une cinquième dans un parc à Nancy. Elles ont si peu de jugeote qu'elles partagent la vidéo sur laquelle on les identifie clairement, fières et souriantes. Traînée de poudre : elles sont mises en garde à vue et les réseaux sociaux s'enflamment.

***

Début des années 90. La fin d'une année scolaire, du soleil, un banc qui surplombe ma verte vallée. Dans mon dos, mon collège que je viens de quitter plus tôt que prévu car un prof est absent. J'ai onze ou douze ans. Mes amies viennent de partir, leurs parents ont pu les chercher. Je crois que j'attends ma mère, ou le bus ou les grandes vacances, ou l'amour. Insouciance, mon univers est encore celui où tout le monde est gentil, où la méchanceté gratuite n'existe pas, où mes codes moraux correspondent à ceux dictés par Charles Ingalls. Puis l'incident. Trois filles arrivent. Elles doivent avoir treize ou quatorze ans mais je les perçois alors comme des références. Elles me parlent de mon regard, de mon insolence. Et de ce banc sur lequel je suis assise et qui est le leur. Ça me parait crédible. Je me lève, je m'excuse, je ne savais pas. Je me sens toute petite et toute merdeuse. L'une d'elle me bouscule, elle me demande si j'ai peur. Bien sur, j'ai peur. Elle me demande si j'ai du fric ou des clopes. Elle veut vérifier dans mon sac. Elle me dit de ne pas la regarder. Puis elle crie "mais regarde moi quand je te parle". Toutes rient et se moquent de moi. Une autre m'approche et me gifle. Je me souviens être surprise car ça ne fait pas ce bruit net et clair que l'on entend dans les films. C'est une claque molle, silencieuse mais douloureuse qui résonne pourtant dans mon oreille. Elle est ratée, au cinéma on aurait sans doute refait la prise. Pourtant elle est efficace : je me sens humiliée, écrasée. Jusqu'à ce jour, personne n'avait touché ainsi mon visage. Elles finissent par partir, me laissant sonnée, engourdie de honte et d'incompréhension.

Je rentre chez moi, je ne me souviens plus comment. J'ai honte, mais j'en parle à mes parents. Ils sont en colère et je ressens alors une culpabilité. Comme si ma faute avait été de me laisser faire. Je ne sais plus quelles furent les suites de l'histoire. J'imagine que ma mère-poule en a parlé au principal et qu'elle m'a ensuite conseillé de rester accompagnée. Je me souviens surtout que mes parents ont tout fait pour que la situation ne vire pas au drame, me faisant comprendre que ce n'était pas très grave, que ça pouvait arriver, qu'il fallait que j'apprenne à ne pas me laisser faire.

Au début des années 90, y'avait pas de facebook, pas de twitter, pas d'articles en ligne. J'ai grandi sans "revoir" ces images, elles ne persistent que dans ma mémoire, je suis la seule à les avoir vues et je ne les ai donc pas lues dans les yeux de tous ceux que j'ai croisés ensuite. L'anecdote, certes douloureuse, s'est limité aux cercles des personnes concernées et la blessure s'est refermée. Ce souvenir est aujourd'hui inscrit en moi, mais je ne l'assimile pas à un traumatisme, je dirais même qu'il m'a permis de me construire, de me méfier, de comprendre que le monde des bisounours n'était bon que pour la télé.

***

Aujourd'hui, je me sens mal en lisant un article sur le sujet et en visionnant malgré moi la vidéo qui l'accompagne. Non pas que ça ravive de mauvais souvenirs, mais je me sens un peu sale, je pense que ça ne me regarde pas, je n'apporte aucun soutien à cette jeune fille triste en apprenant ce qu'elle a vécu et en visionnant sa détresse, comme un passant qui ne ferait rien. Je ne me reconnais pas dans ce "pseudo soutien" qui semble s'organiser inutilement et j'imagine que ce que souhaite cette frêle jeune fille blonde est simplement qu'on efface toute trace de cet épisode. Un droit à l'oubli. Et je suis écoeurée de voir ce déchaînement de violence et cette surenchère de haine dans les commentaires qui suivent l'article. On parle de rétablir la peine de mort, de raser le crâne de la coupable en place publique ou de la pendre, on mobilise les foules pour aller lui régler son compte chez elle, on l'insulte, la traite de grosse vache, de grosse truie (qu'est-ce que sa silhouette vient faire là-dedans ? Est-ce que ça accentue sa méchanceté ?)... Cette jeune fille semble condenser toute la méchanceté du monde et en devient une icône éphémère du mépris, petite image sur laquelle on peut cracher toute sa colère de façon définitive et radicale, exutoire de ce sentiment d'injustice et de trahison. Pourquoi vouloir répondre à la violence par la violence ? Bien entendu, elle respire la bêtise et la méchanceté, elle mérite d'être punie et de prendre conscience de ses actes, mais pourquoi imaginer que se comporter comme elle pourra régler la situation ? Triste, je referme la fenêtre de cet article. Inquiète aussi. Un peu moins confiante et souriante que je ne pouvais l'être avant ma lecture... Et c'est peut-être ça qui m'effraye le plus, au-delà de toute cette violence, c'est cette perte de confiance en l'humanité.

banc

***

25 juin 2014

Petite soirée entre amis.

Tu te retrouves dans un jardin pour une petite fiesta. Tes amis sont là, des gens que tu aimes beaucoup et qui comptent pour toi. Tu retrouves aussi certaines personnes que tu n'as pas vues depuis dix ans. La soirée s'annonce joyeuse et animée : un apéro, des salades, une belle terrasse. Tu ris, tu bois, tu te régales. Tu évoques des souvenirs déjà évoqués cent fois, de ceux qui deviennent presque mythiques, il font partie de la légende. La nuit tombe et les conversation parfois t'échappent un peu, plusieurs personnes parlent en même temps et les fil de discussion se mélangent. Mais tu entends très bien ces paroles. "De toute façon, dans cette société, faut être arabe pour s'en sortir, eux ils ont droit à tout, nous rien ! Si ça ne tenait qu'à moi, la solution serait évidente...". Tu as bien entendu. Ce cliché mille fois entendu et déformé vient de trouver écho dans la bouche d'un proche. Et jamais tu n'aurais imaginé cela possible. Tu te dis que 25% des électeurs sur les Européennes ont choisi le FN, ça fait un sur 4 et vous êtes 5 autour de la table. Tu t'étais pourtant toujours dit que ces électeurs, tu ne pouvais pas les connaître, ce sont les autres, ceux qu'on ne voit pas. Lycéenne, tu t'es battue contre ces idées, tu as vécu avril 2001 et aujourd'hui encore, tu essayes de véhiculer autour de toi la tolérance et la réflexion. Et ce soir, ces idées sont assises à ta table...

apéro

2 juin 2014

Une sieste.

Allongée. Pièce obscure, rideaux tirés. Dehors, le vent se lève annonçant l'orage qui mettra fin à de longues heures trop chaudes. J'entends le bruit de la rue, de cette journée de semaine, moteurs et klaxons, voix sur un trottoir, échanges de banalités, cris aigus et excités de cour de récréation à deux patés de maison. Toute cette compote de bruits est étouffée par les voilages et les ombres de la chambre. Ici, presque le silence. Et qu'il est doux et précieux, alors que le dehors court pour répondre aux urgences du quotidien, aux injonctions de la ponctualité, aux exigences sournoises de la bienséance, de se laisser aller à la somnolence d'un moment creux, suspendu.

olivier-volet

***

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1 décembre 2012

Un temps, un samedi.

Une petite pièce sombre, loin de chez moi, la lumière de la table de chevet. Les volets sont fermés pour ne pas laisser entrer la lumière du jour, insignifiante, fade, éteinte. Blottie sous la couette, je me protège du temps qui passe sans moi. Entre deux semaines trop denses, trop longues, trop pleines, j'arrête le temps en lisant en quelques heures Capri et moi de Philippe Fusaro. Il se projete sur une terrasse baignée de soleil et de chaleur à Capri. J'en fais de même. Et j'imagine, le temps de ce samedi, premier jour de décembre, une autre vie que la mienne, insulaire, solaire, ouverte sur le ciel. Un instant seulement.

27Toujours ici, je suis.

5 septembre 2015

Cette vérité, notre honte.

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Mais non, cet enfant n'est pas mort ! Mais non, il dort, il se repose, son corps est simplement là, posé sur le sable, avec ces beaux habits de petits garçons qui va faire sa première rentrée des classes. Il va se lever, sourire et partir à l'école, comme tous les autres. Les enfants ne meurent pas, pas comme ça. Mais non, ce n'est pas possible, un enfant de trois ans ne peut pas venir s'échouer sur une plage au XXIeme siècle, sous les yeux noirs des appareils photos...

Mais non, je ne vis pas dans ce pays, je ne vis pas dans ce monde, je ne suis pas de ces hommes, des ces femmes, de ces politiques, de ces occidentaux, de cette humanité qui n'en a que le nom. Je ne vis pas dans un monde où les frontières sont des lignes de démarcation, des murs parfois, des barbelés, où par peur, chacun se protège en fermant les yeux, où les hommes crèvent et ce monde s'enfout.

Et si pourtant. Et toi, pauvre conne, tu fais quoi, tu écris, tu n'as que tes mots, alors tu les tripotes un peu, ici, ailleurs, dans cette vaste vitrine de plaisanteries que sont nos écrans, qui nous laissent croire que non, on n'est pas de ces monstres qui regardent tout ça sans rien dire. On pleure, on crie. On se donne une contenance, on s'indigne, on "partage", on "aime" même, crétins que nous sommes, quand les mots nous manquent.

Et pourtant, je n'ai pas d'armes, j'ai des lamres, des mots creux, mon silence, mon respect et ma peine, qui viennent se serrer tout contre ceux de tous les autres, qui deviennent murmures fracassants, gênants, malsains, sur les réseaux sociaux, sur les chaînes de télé, à la Une des journaux, sur les blogs... A quoi bon, une indignation de plus, qui dans les vagues molles de notre société de mass média, viendra s'échouer morte, sur une plage, pour laisser place à une nouvelle focalisation, un autre scandale, plus dégueulasse, plus cru, plus éphémère.

J'ai honte, honte d'être là, assise, sans rien faire. Honte de ne pas trouver les mots justes, les actes forts et sensés. Je lis depuis des semaines les articles qui me permettent de comprendre. Je laisse faire, je suis de tous ces silencieux lâches. Je pense à tous ceux qui ne sont pas sur cette photo. Tous ceux qui souffrent, qui hurlent, qui se battent, qui s'épuisent, qui se meurent, dans notre silence.

2 janvier 2016

L'amnésie de la force bête.

Il y a quelques semaines...

Un dimanche soir, je rentre chez moi après avoir passé un très beau moment avec des amis à construire l'imaginaire autour de manala et de lait chaud dans le cadre d'un atelier d'écriture. La tête pleine d'ailleurs et de belles images, j'allume la télé, impatiente. Je reste debout sur place, dans mon salon, encore emballée dans mon manteau, dans mon écharpe, dans mes certitudes. Les mots dégueulasses que déverse l'écran plat me coulent sur la tronche, des larmes, des désillusions.

***

Je vis dans une région, un pays qui a fait ses choix avec ses peurs. Cette même peur qu'ont souhaité nous insuffler ces fanatiques il y a quelques semaines. Je vis entourée de gens qui pensent que la haine, le rejet et l'isolement peuvent être des solutions. Je vis dans un monde qui répond à l'extrêmisme par l'extrêmisme. J'ai honte. Oui, encore. De ce déversement de colère et d'hostilité. J'ai honte de vivre dans une région où un citoyen sur deux ne s'est pas exprimé. Dans un pays dans lequel les jeunes générations semblent souffrir d'amnésie. Ce sont deux rapports à la peur qui s'affrontent. La phobie qui écrase tout raisonnement. L'absence de peur de ceux qui se taisent. Les choix que nous ne faisons pas aujourd'hui influeront sur l'attractivité économique, les budgets des lycées, des transports, le développement durable, l'aménagement du territoire... Notre quotidien. Mais nous ne choisissons pas.

***

Quelques heures plus tard, je suis debout dans un cimetière, dans la lumière froide et bleue de ce mois de décembre. Ma famille autour de moi, nous saluons ma grand mère dont le petit corps léger et trop fatigué pour continuer a été mis dans une boite  en bois au fond d'un trou. Nous jetons des roses multicolores dans le trou avant de tourner les talons et de la laisser là. Elle a connu toute sa vie ces peurs qui animent aujourd'hui majoritairement nos choix. Elle a connu la peur du manque, la peur de l'occupant, la peur de mourrir, la peur de perdre sa liberté. Elle a traversé la France de part en part pour fuir cette peur. Elle a connu la libération de Paris, elle a applaudi des hommes sur des chars qui criaient la victoire. 

***

Nos choix aujourd'hui sont amnésiques. Nous oublions les dérives du passé, nous oublions que ce sont nos choix, par jeux de domino, qui nous mènent au pire. J'aime les gens, j'aime leur diversité,  leurs différences qui font notre richesse. Je veux continuer à les aimer alors que je ne suis pas d'accord avec une bonne partie d'entre eux. Je veux croire en l'espoir. Je voudrais dire à ceux que je croise de ne pas avoir peur, de se montrer confiants et forts.

***

coeur

 

 

19 juin 2015

Passe ton bac d'abord

Cette année encore, j'ai suivi et guidé des lycéens dans leur préparation au bac. J'ai donc guetté d'un oeil les sujets et je leur ai trouvé cette année une certaine profondeur. Non pas que les autres années, ils sonnaient creux, mais je les ai trouvé plus forts. J'y ai entendu un écho aussi avec mes questionnements personnels (dont certains ont déjà largement été évoqués ici)...
  • Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ?
  • Suis-je ce que mon passé a fait de moi ?
  • Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ?

bras-bienveillance

 
6 septembre 2015

Mon frère triste, Mon frère libre.

J'ai un frère.

On le dit "petit" car il a dix ans de moins que moi. Mais il est bien sur plus grand que moi.

Il est loin, mais si proche. Il est inscrit en moi, comme ma soeur, comme mes parents. Il est toujours là quelque part. Ces dix ans qui nous séparent ne sont rien. Nous avons le même âge, nous avons le même sang.

Aujourd'hui, mon frère a mal. Il y a quelques semaines, mon téléphone a sonné. Après plusieurs tentatives pour se parler, j'entends enfin sa voix. Je comprends dès les premiers mots que ça ne va pas. Je n'entends pas son sourire habituel. Il m'annonce une rupture. Voilà sept ans qu'il partageait sa vie avec la plus belle fille du monde. Une jolie brune, silhouette parfaite, bonne humeur, gentillesse. La formule idéale. Je tombe des nues. L'an dernier, il avait déjà fait un choix similaire. Après un trimestre de tentatives vaines, il avait fait le choix irraisonné aux yeux de certains de démissionner de l'éducation nationale.

Aujourd'hui, il est libre. Il a défait tous les liens. Il lui reste des amis, et nous, sa famille. Pour le reste, il avance sans filet, sans attache. Il prend des risques. il a laissé derrière lui le confort de la vie de couple, du charmant appartement coquet, du contrat de fonctionnaire, de la petite vie bien sage. Il avance sans savoir vers quoi il va et il ouvre de nouvelles portes.

J'ai eu peur pour lui. Je me suis inquiétée de le voir prendre de tels virages. Mais je crois qu'il voit juste. Je crois qu'il a compris. Je crois qu'il a le courage de vivre.

rapace

20 octobre 2015

Trébucher.

L'un de mes élèves, un adorable jeune homme de 27 ans qui prépare un concours, vit dans un immeuble récent, à quelques centaines de mètres de chez moi. Lorsque je vais le voir, je prends les escaliers pour rejoindre rapidement son appartement au deuxième. Et ce depuis des mois. Puis chaque fois, je trébuche. Toujours entre le premier et le deuxième. Au même endroit. Prise dans ma course, les premières fois, je n'y ai pas prêté attention. Car cela ne provoquait pas non plus une chute lamentable, mais juste une petite hésitation de parcours, un vacillement, une projection trop rapide en avant à cause de la pointe de ma chaussure entrant en contact avec la moquette d'une marche.

Une marche. toujours la même.

La dixième, la quinzième fois peut-être, j'ai trouvé que la coïncidence était suffisamment étrange pour que je m'y intéresse. Oui, il me faut du temps pour percuter. Un jour donc, après cette énième perte d'équilibre vite contrôlée, je me suis figée dans mon mouvement, et j'ai pris le temps de repartir en arrière, de redescendre de trois marches... Pour me rendre compte que cette marche, celle-ci, toujours la même et jamais une autre, est tout simplement plus haute que les autres. Vraiment. Quelques centimètres peut-être, mais qui font toute la différence dans l'élan d'une journée de cours.

Une marche. Toujours la même.

Je suis en ce moment, sur ces dernières semaines de ma vie professionnelle, dans l'énergie contrariée par une marche un peu trop haute. Qui me fait vaciller. Je bute, j'oscille, je doute.

Reste à identifier la marche. Et à ne pas chuter.

escalier

***

16 juin 2014

De ces jalousies qui renforcent.

Il y a quelques semaines, je refermais le livre de Maelys de Kerangal après l'avoir boulotté en quelques heures. Réparer les vivants. Une écriture dense, fluide, spontanée, familière, qui me laisse crispée et chargée d'ondes positives. Certains passages transmettent une tension si forte que les larmes gonflent dans la gorge. Je referme ce livre sur la route, entre Cannes et Colmar, dans une voiture lancée à vive allure sur les autoroutes suisses. Je suis contaminée par cette évidence de l'écriture. Sylvie Testud et Gamines m'avaient laissée il y a quelques années avec la même énergie. Contagion. De ces livres qu'on aimerait avoir écrits. Qui nous laissent jaloux. De ces pages si fluides qu'elles nous imprègnent les doigts de talent. J'ai voulu en savoir plus sur elle. Elle a 46 ans, je le découvre sur sa page wikipédia. Et en lisant ces quelques informations se dessine sur mon visage un sourire rassuré. "Ça va, il me reste dix ans pour en faire autant..."

***

"La rue est silencieuse, elle aussi, silencieuse et monochrome comme le reste du monde. La catastrophe s'est propagée sur les éléments, les lieux, les choses, un fléau, comme si tout se conformait à ce qui avait eu lieu ce matin, en arrière des falaises, la camionnette peinturlurée écrasée à pleine vitesse contre le poteau et ce jeune type propulsé tête la première sur le pare-brise, comme si le dehors avait absorbé l'impact de l'accident, en avait englouti les répliques, étouffé les dernières vibrations, comme si l'onde de choc avait diminué d'amplitude, étirée, affaiblie jusqu'à devenir une ligne plate, cette simple ligne qui filait dans l'espace se mêler à toutes les autres, rejoignait les milliards de milliards d'autres lignes qui formaient la violence du monde, cette pelote de tristesse et de ruines, et aussi loin que porte le regard, rien, ni touche de lumière, ni éclat de couleur vive, jaune d'or, rouge carmin, ni canson échappée d'une fenêtre ouverte, ni odeur de café, parfum de fleurs ou d'épices, rien, pas un enfant aux joues rouges courant après un ballon, pas un cri, pas un seul être vivant pris dans la continuité des jours, occupé aux actes simples, insignifiants, d'un matin d'hiver : rien ne vient injurier la détresse de Marianne, qui avance, tel un automate, la démarche mécanique et l'allure floue. En ce jour funeste."

clavier

25 novembre 2014

Les gens.

"On est tous le con de queqlu'un"

Pierre Perret

*

La semaine dernière, c'était la journée de la gentillesse (Du latin gentilis (« de la famille, de (la) race »), dérivé de gens (« race, tribu, nation, famille »)). On a tous rencontré quelqu'un qui a su caser le bon mot " ça veut dire que 364 jours dans l'année, tu peux être méchant" (notez que cet argument marche aussi pour la journée de la femme, de la lutte contre le tabagisme, du refus de la misère, y'a juste à adapter un tant soi peu). On nous fait savoir qu'on doit être gentil avec les gens.

Les gens (masse informe, indéfinie et envahissante) sont omniprésents. Les gens, ce sont ceux qu'on ne connaît pas. Mais notre monde est construit de telle sorte que sans les connaître, ils sont toujours là autour de nous et que sans le vouloir, on partage de petits bouts de notre quotidien avec eux. Les gens ont tous les torts. Les gens sont cons, les gens sont faux, les gens sont radins, les gens sont fous, les gens sont méchants, les gens sont hypocrites, les gens sont jaloux, les gens sont mauvais, les gens sont des moutons, les gens sont dangereux...

J'ai vu des gens qui laissaient leur gosses brailler dans les rayons d'un supermarché. Je connais des gens qui trient même pas leur déchets. Parfois, les gens n'ont pas de scrupules à ne pas mettre leur clignotant dans les ronds-points. Les gens croient qu'ils sont tout seuls sur la route. Les gens me rendent dingues au cinéma quant ils font du bruit avec leur pop corn. Les gens sont incapables de te décrocher un sourire. Les gens qui parlent fort au téléphone dans un lieu public sont vraiment sans gène.

Les gens sont différents de moi. Les gens profitent du système. Les gens n'ont pas honte d'être pauvres. Les gens aimeraient que tout leur tombe tout cuit dans le bec. Les gens sont des menaces. Les gens sont des assistés. Les gens viennent d'ailleurs. Je ne comprends pas les gens. Je n'aime pas les gens. J'ai peur des gens. Il faudrait supprimer les gens.

Les gens, c'est les autres.

Mais tu es les gens. Je suis les gens.

main-blanche

11 juillet 2014

Le contact.

C'était en décembre, une salle de danse pour y faire du théâtre (d'autres font de la danse sur des scènes de théâtre). Un parquet flottant, de grands miroirs et une vingtaine de personnes autour d'un comédien pour découvrir de belles choses. Pendant deux jours, on a travaillé le corps, la voix, l'espace, les masques, l'énergie. Beaucoup de magie est née entre ces quatre murs et le temps a semblé s'écouler différemment, comme prisonnier d'une bulle.

Ce qui me reste des mois plus tard, au-delà du sourire de ce comédien - petit elfe, personnage enfant/androgyne plein de charme - c'est un exercice. Des bases on ne peut plus simples : il s'agit pour deux personnes de se rejoindre en traversant la salle. L'exercice se fait en commun, tous les binômes sont séparés et se rejoignent à des rythmes différents. Le moment de la rencontre est chorégraphié, on se regarde, on s'enlace, l'un des deux glisse au sol, puis en marche arrière, chacun rejoint sa place. Une fois l'exercice réalisé, le comédien a souhaité qu'un binôme se mette en scène sous les yeux des autres. Et Charlotte et moi nous sommes avancées. Je ne connaissais pas Charlotte et je ne la connais toujours pas. C'est une fille bien plus jeune que moi, plus petite, avec un corps fin et noueux, très féminin, de grands yeux sombres et inquiets, un nez pointu. Le comédien a mis de la musique et nous avons commencé le jeu. Soudain, sous le regard de nos spectateurs, une intensité bien différente s'est construite. Les gestes se voulaient plus vrais et plus précis encore, les regards sincères. Et le corps de Charlotte, à plusieurs reprises, avec force est venu s'écraser contre le mien. J'ai réfléchi plus tard au fait que jamais on n'enlace un inconnu dans la vie de tous les jours. Connaît-on vraiment quelqu'un qu'on a jamais serré dans ses bras ? Dans la contexte du théâtre et de l'improvisation, je suis "poussée" au contact physique avec des corps que je ne connais pas très souvent...

Il y a quelques jours, sur un trottoir de ma ville, j'ai aperçu le corps de Charlotte. Je l'aurais reconnu parmi des centaines, sa démarche un peu voûtée, la façon d'avancer ses bras avant son buste. Je n'ai pus l'interpellé, enfermée que j'étais dans l'habitacle de ma voiture, mais j'ai ressenti quelques secondes, la chaleur et la force de son étreinte.

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11 février 2015

Le mauvais jour sale.

Allez, debout ! Yeux collés. Pas le temps. Jamais le temps. Étouffement. Suffocation mentale. Radar. Un pied devant l'autre. Une douche très chaude. Trouver des vêtements. Rien à foutre que ce soit joli. Chauds et confortables. Je voudrais m'habiller avec une couette. Boire un thé. Faudrait l'aromatiser à la cocaïne. Sortir, s'éjecter du cocon. Trop tard. Encore. Pressée. Comme poussée dehors par un gros coup de pied au cul. Découvrir ses cernes dégueulasses dans l'ascenseur, miroir taché, lumière crue qui semble crier. Cette simple gueule dans la glace justifierait d'aller se recoucher tout de suite. Sur mon arrêt de travail, on écrirait "3 jours d'AT - Motif, gueule à faire peur". Un personnage cruel s'amuse toutes les nuits à dessiner autour de mes yeux des lignes sombres, des poches gonflées de tout ce temps qui me manque, de ces mots que je n'ai pas le temps de dire. Chaque matin, je masque les ombres, maquillée comme à la craie. Mais on avance. Une porte s'ouvre sur le dehors. Et ça crie encore dedans. De petites pointes de glace mouillée viennent griffer mon visage. Le froid monte du sol. S'installer au volant de la voiture. Tout est froid et dégueulasse. Révoltant ou décourageant. Tout ce qui vient du dehors me pousse au dedans. Le volant qu'il faut bien tenir cisèle mes doigts. Le ciel est un plafond bas, un couvercle sur la vie. Et l'autre à la radio qui répète depuis des jours Je ne tiens pas debout, le ciel coule sur mes mains.

C'est une journée criblée de contrariétés et d'imprévus. De ces imprévus qui frappent dans le dos et déstabilisent. Rien ne marche. Ordinateur, câbles, accès à internet, vidéo projecteur, ... Tout semble s'être ligué contre moi. Les yeux de mes collègues me renvoient le reflet de ma mauvaise humeur et de ma pâleur. Je me voudrais transparente, légère, inexistante, éteinte. En mode Off. mais je suis là, lourde, dans le passage, incompétente, maladroite. Inscrite dans une journée que je voudrais gommer. Les heures passent. tout semble concentré sur une idée. Finir. Rentrer. Dormir. Le champs de vision se rétrécit. On écoute moins. On entend pas. Et tout ce qui vient s'ajouter à la longue liste des incidents et du moche ne compte même plus. Les épisodes de la journée s'emboitent mal. Chagement de lieu, changement d'heure, mêmes constats. Que l'impatience comme certitude.

Dans la rue, je regarde sur le trottoir d'en face une femme qui vient de finir un beignet dégoulinant de confiture. Elle en a plein les doigts. Elle se débrouille pour sortir de son sac un paquet de mouchoirs. Elle en extirpe un, s'essuie. Le jette au sol. Fait pareil avec un deuxième. Puis un troisième. Elle s'éloigne, satisfaite. Les paroles s'étranglent dans ma gorge. "Hé, espèce de grosse vieille dégueulasse, ça te trouerait le cul de ramasser la merde que tu laisses derrière toi ?". Je m'étouffe avec mon silence, aussi dégeulasse que son geste. Alors que d'autres renoncent, je descends deux enfers plus loin. Je ne dis rien. Je ne dis rien non plus quand ces étudiants me toisent et me provoquent. De ces seuls étudiants cette année avec lesquels le courant ne veut pas passer, les connexions ne se font pas. On ne parvient pas à travailler ensemble. Seule classe sur quatorze. Une question d'alchimie peut-être... Ou de bétise. Je ne dis rien, encore. Silence pendant ce conseil de classe à midi où la colère de certains se mesure au tic-tic de leur bic sur la table. Se taire encore en découvrant que le repas de midi commandé par ma directrice contient du jambon (je ne mange plus de viande depuis deux ans). Et ne rien manger jusqu'au soir, parce que pas le temps de commander autre chose. En voiture à nouveau, plus tard, cette femme qui me fait une queue de poisson, son fils est assis à sa droite, un petit garçon de moins de dix ans. Je suis obligée de faire un écart, pour qu'elle ne tape pas ma carrosserie. Je klaxonne. Son majeur se lève, droit et fier, blanc dans la pénombre qui tombe trop tôt.

Ces journées sont elles programmées ? Provoquées peut-être par une espèce d'élan de faiblesse, une contagion de négatif. Pour que tout ce qui peut être décourageant se précipite sur nous en même temps ?

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* ça ne tient pas debout, sur mes pieds le ciel revient *

13 février 2015

Se lever et dire la paix.

J'étais dans une voiture, sur la route, sur le point de m'insérer sur une voie rapide. J'ai trouvé le silence pesant, j'ai allumé la radio. En entendant les faits égrenés par cette voix féminine qui disait toute la gravité en appuyant chaque consonne, j'ai dit "encore", c'était mon premier mot. Ensuite, je suis restée presque muette, longtemps, de longues heures, de longs jours. Est-ce que je me souviendrai toute ma vie de ce 7 janvier, comme de ce 11 septembre 2001, où devant France 3 je voyais la fumée noire et opaque trouer un ciel bleu ?

Plus tard, j'ai eu peur, bien sur. Je me suis sentie seule et triste. Basculer dans un silence mental solitaire et incompréhensible.

Le dimanche 11 janvier, je suis allée marcher avec Gab. Je me suis demandé où étaient tous ces gens les derniers mois, alors qu'autour de nous l'islamophobie, l'antisémtisme et la xénophobie sous toutes ses formes alimentaient le débat public. Je me suis demandé où j'étais, moi, pourquoi j'étais restée silencieuse, pourquoi j'avais laissé faire ça. 

Gab m'a dit ce jour là sa méfiance, là où il ne voulait pas se réjouir trop vite. Je lui en ai voulu de gâcher avec ses mots ce moment si particulier, où pouvait naître un espoir fou et violent. Je ne voulais pas entendre de projections "demain", pour n'écouter que cette voie unique et forte. Mais je savais, intimement, que nous n'étions pas tous un seul. Ce même jour, j'ai passé une bonne partie de l'après-midi à me saouler d'images du monde entier, hypnotisée par des messages de tristesse mêlée de colère et d'espoir. Les slogans et les visages hagards ont défilé sur mon écran, miroir de moi-même, laissant filer de longues heures oisives et creuses. J'ai essayé de comprendre ce qui ne s'explique pas vraiment.

Plus que jamais, je comprends "l'amour qui peut sauver le monde". Je crois, avec force, que c'est notre seule solution.

La semaine suivante, j'ai souhaité évoqué le sujet avec une de mes classes dont la séquence en cours portait sur l'image? C'est sous cet angle que j'ai lancé le débat. Depuis mercredi 7 janvier, des questions avaient forcément été posées par plusieurs étudiants, qui dans l'ensemble connaissent mal, voire pas du tout Charlie Hebdo. Mais ce matin, c'était un peu différent. Très vite, les propos tenus sont affirmatifs, radicaux et écoeurants. Effrayants. Les idées s'éloignent vite de la question de la liberté d'expression et du pouvoir de l'image et malgré ma volonté de recentrer le débat, certains s'égarent. Lorsque la difficulté de l'intégration est évoquée par certains, on y répond par les termes "expulsion", ou pire encore "désintégration". Ce n'est même pas un amalgame maladroit qui est fait alors mais une imbrication volontaire et systématique. Les paroles sont nourries de peur et de haine.

Plus d'un moi s'est écoulé. Qui est encore vraiment Charlie ? Chacun est redevenu un autre, indifférent, silencieux.

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J'étais là tu vois,
lui à côté de moi,
on avait 6 ans,
on jouait comme des enfants
au docteur, au docteur
j'étais là je voyais sur son corps
les plais, les marques, les bleus,
j'en croyais pas mes yeux, mes yeux
Et lui qui m'disait j'suis un dur tu vois mes brûlures, là sur mes bras
j'lai sens pas, j'lai sens pas.
J'étais là j'ai rien dis
et puis j'suis partie de chez lui,
si j'y suis retournée? plus jamais, plus jamais
J'étais là comme lui, j'avais 15 ans à peine
on était dans la cave chez ses parents,
je l'aimais tant, faut dire qu'il était beau
mais il se piquait mon héros à l'héro
J'étais là quand sa mère est venue nous dire
ça y est on l'enterre lundi, lundi
J'ai pleuré bien sûr oui j'ai pleuré
puis j'ai recommencé à traîner dehors, dehors


J'étais là en octobre 80,
après la bombe de Copernic,
oui j'étais à la manif, avec tout mes copains
J'étais là, c'est vrai qu'on n'y comprenait rien,
mais on trouvait ça bien, ça bien.
Oui j'étais là pour aider pour le SIDA,
les sans papier, j'ai chanté, chanté
Sûr que j'étais là pour faire la fête
et j'ai levé mon verre à ceux qui n'ont plus rien
encore un verre, on n'y peut rien
j'étais là devant ma télé à 20H,
j'ai vu le monde s'agiter, s'agiter
j'étais là, je savais tout de la Somalie
du Bangladesh et du Rwanda, j'étais là
J'ai bien vu le sort que le NORD réserve au SUD
bien compris le mépris,
j'étais là pour compter les morts.
J'étais là et je n'ai rien fait
et je n'ai rien fait
j'étais là pourtant j'étais là et je n'ai rien fait
je n'ai rien fait

*

Zazie

19 juillet 2014

Se reposer.

On sait qu'on est en vacances quand le temps n'a plus d'importance...

Ne pas regarder l'heure avant treize heures, manger le repas "de midi" quand certains en sont déjà à leur repas "du soir", s'endormir n'importe où et n'importe quand, lire, regarder autour...

Une maison en Bretagne, dans le coeur des terres, au milieu des champs. Et presque se réjouir d'un ciel voilé et menaçant comme prétexte pour aller se blottir sous la couette avec un bon livre...

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19 septembre 2014

Coquilles & bourdons.

" Retirez le Q de la coquille, vous avez la couille et ceci constitue précisément une coquille "

Boris VIAN

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Il y a quelques semaines, alors que poussée par un souffle créatif et motivée, je reprenais les rênes de ce blog, m'est tombé sous le nez un commentaire dur mais juste, me rappelant à l'ordre et à la rigueur en listant des erreurs. Honte à moi : on relève dans ces pages des coquilles, des bourdons, voire un mépris pour cette chère et respectée langue française. Je présente mes excuses les plus plates et les plus consternées à cette lectrice et à tous ceux qui se sont reconnus dans la colère de son commentaire. Non mais c'est vrai, qu'est ce que c'est que cette "soit-disant" prof de lettres qui prend sans doute un malin plaisir à saquer de son stylo rouge ou d'un bon mot chaque écart de ses étudiants et qui n'est pas foutue de se relire ? Comment imaginer un instant que vos chères têtes blondes aient un avenir assuré et solide avec une telle enseignante ? Trêve d'ironie, la remarque était justifiée et elle a eu sur moi l'effet d'une douche froide. Mes bonnes intentions de régularité et d'assiduité en étaient refroidies. Depuis, les mots ont repris leurs distances. Et ma réflexion s'est souvent portée sur cette colère : aucune indulgence pour les maltraitances de la langue française. Et c'est au quotidien que je le mesure sur les réseaux sociaux et dans les commentaires d'articles en ligne. On passera volontiers sur la haine, l'intolérance ou même la bêtise, on trouvera des excuses à l'approximation, aux données erronées, aux insultes en tout genre. Mais pas de pitié pour la faute de frappe ou d'orthographe ! Il y a donc là encore du respect pour cette pauvre langue et ses défenseurs aujourd'hui, investis d'une mission honorable sont légion, parcourant inlassablement blogs, forums et autres pages à la recherche de l'honteuse coquille ! Je veux y voir de l'espoir : on ne peut en toute impunité massacrer notre verbe !

***

29 mai 2014

Ecrire.

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Je voudrais vous parler, longtemps, avec des mots qui ne seraient pas seulement des mots, mais qui conduiraient jusqu'au ciel, jusqu'à l'espace, jusqu'à la mer. J'entends ce langage, cette musique, ils ne sont pas étrangers, ils vibrent autour, ils brillent autour, sur les rochers et sur la mer, ils brillent au centre des villes, même dans les yeux des passants.
Comment parler? Les mots de cette musique viennent d'un pays où le langage n'existe pas, où le langage est scellé, enfermé en lui-même, est devenu comme la lumière, visible seulement de l'extérieur. J'attends le moment, j'attends le moyen. Cela va venir, cela arrive peut-être. Au bord des nuages, comme sur une dune de sable, un petit garçon inconnu est assis et regarde à travers l'espace (...)
Il est assis dans le ciel, comme sur une dune de sable, devant la mer, devant l'espace, et il regarde. Qui est-il? Je ne sais pas encore. Il n'a pas de nom. Il n'est pas encore tout à fait né (...)
Il n'a pas encore de nom. Peut être qu'il n'en aura jamais. Peut-être qu'il est né avec la musique, un jour, la musique libre des mots. C'est un enfant mystérieux, un enfant qui n'appartient à personne (...)

Écrire seulement sur les choses qu'on aime. Écrire pour lier ensemble, pour rassembler les morceaux de la beauté, et ensuite recomposer, reconstruire cette beauté. Alors les arbres qui sont dans les mots, les rochers, l'eau, les étincelles de lumière qui sont dans les mots, ils s'allument, ils brillent à nouveau, ils sont purs, ils s'élancent, ils dansent ! On part du feu, et on arrive dans le feu.
Je ressens le désir du réel. Trouver ce qui existe, ce qui entoure, sans cesse dévorer des yeux, reconnaître le monde. Savoir ce qui n'est pas secret, ce qui n'est pas lointain, le savoir non avec son intelligence, mais avec ses sens, avec sa vie.
Je ressens ce désir de réel avec tant de force qu'il me semble parfois que tous les autre désirs s'évanouissent. Je voudrais ouvrir les portes, les fenêtres, abattre les murs, arracher les toits, ôter tout ce qui me sépare du monde.
Je voudrais vivre dans un endroit tel que je pourrais voir sans cesse la mer, le ciel, les montagnes. J'ai faim et soif de chaleur, de vent, de pluie, de lumière. Les villes des hommes me gênent, les mots de hommes me gênent. Ils font obstacle à mon désir comme s'ils dressaient un écran devant le monde. Je voudrais retrouver les pays où personne ne parle, les pays de bergers et de pêcheurs où tout est silencieux, dans le vent et la lumière."


J.M.G. Le Clezio, L'inconnu sur la terre

27 septembre 2015

Des envies de rentrée.

  • Marcher, aller à la piscine, courir peut-être...
  • Me relaxer, faire du yoga, méditer, même s'il est difficile de prendre ce temps là, il doit apparaître dans les priorités
  • Reprendre le violon (et ça semble compromis pour le moment)
  • Dessiner, dans la rue, dans des cafés, dans des musées, même en cours, ... Dessiner des gens, des moments, des sensations, des paysages. Ne plus bloquer, surtout pas par perfectionnisme, excès d'exigence. Faire.
  • Aller voir des spectacles, encore et encore. De tout. Même des choses auxquelles je ne suis pas habituée. Faire face aux a priori. Se laisser habiter par l'inspiration.
  • Continuer l'impro, continuer à insuffler des choses nouvelles, à oser, même face à l'impossible. Chercher davantage de partenariats, d'échanges, provoquer des rencontres...
  • Planifier des vacances : anticiper les "trous" d'emplois du temps et prévoir des virées (tout près dans les régions voisines ou plus loin : capitales européennes, nature lointaine)
  • Devenir Greeters
  • Cuisiner
  • Lire un peu tous les jours
  • Préserver mes temps de sommeil, m'aménager des siestes sans culpabilité
  • Continuer à visiter des musées
  • M'accorder du temps avec mon homme, avec mes chiens, avec ma famille, avec mes amis
  • Anticiper pour pouvoir profiter de l'instant
  • Relativiser
  • Écrire, encore, toujours, m'en tenir à cette belle régularité qui me satisfait
  • ... Et puis me fixer moins d'objectifs, pour avoir plus de chances de les atteindre....

roue

***

23 septembre 2015

Journal de corps.

Voilà des semaines, des mois, que je me dois, c'est inscrit quelque part, de parler de mon corps. De lui parler sans doute. Parce que le dialogue a été rompu. Ou peut-être bien que même il n'y a jamais vraiment eu de dialogue. Il y a bien sur les exigences que j'ai envers lui et les douleurs qu'il me répond. Mais pas de véritable communication. Or moi, mon corps, nous nous approchons de la quarantaine. Et c'est peut-être les nombreuses années qu'il m'aura fallu pour comprendre, doucement, progressivement, parfois dans la souffrance, que ce n'est pas juste une boîte, pas juste une enveloppe. C'est un tout.

Parler de mon corps, parler avec lui, c'est accepter de le voir vieillir. Accepter que beaucoup de facilité est déjà derrière nous. Accepter que tout ce temps, il m'a envoyé des messages que je n'ai pas toujours su ou pas toujours voulu entendre.

Aujourd'hui, il change. En partie parce qu'il m'échappe, il s'inscrit dans le temps. En partie, parce que je le souhaite, me tournant davantage vers lui, à l'écoute. J'intègre donc une nouvelle catégorie, pour celui jusque là sourd et muet. Pour un dialogue, des questions, de moi à lui, de moi à moi.

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18 août 2015

Mes toutes petites victoires.

Je lis souvent, comme un petit plaisir, les mots rassurants et bienveillants de Christie. J'y trouve récemment ses modestes victoires. De ces petits billets qui font du bien. Il y a ces petits pas que l'on fait, que l'on oublie, mais qui sont autant de satisfactions. Je veux en permanence garder les yeux sur mes exigences, mes projets, ce qu'il reste à faire, tout ce que je n'ai pas encore accompli. Je me fais aujourd'hui le cadeau de regarder par dessus mon épaule, de me régaler, de me féliciter de ce que j'ai fait. Petites actions ridicules ou vraie réussite personnelle... Alors que la page d'une autre année scolaire se tourne, qu'est-ce que j'ai su faire de bien les derniers mois...

  • Me mettre à l'aquarelle, prendre le courage du "moche", du "raté", de l'ébauche, de ce trait qui mentalement est parfait et qui vient saloper une belle feuille blanche
  • Accueillir la petite Maïdi dans nos vies, lui faire une place, lui permettre d'évoluer et constater qu'elle nous a adoptés
  • Faire avancer avec fougue et force mon groupe d'impro, le voir s'épanouir, s'éclater, avec ses individualité, ses solitudes, ses tempéraments, en faire une entité, une cohérence. Et voir chacun gagner en force, en indépendance.
  • Tisser des liens plus forts, plus vrais avec des amis, partager avec eux, leur laisser une place plus grande, leur faire confiance, accepter leurs erreurs, leur distance. Garder ce lien, le nourrir, le consolider.
  • Prendre mon temps avec Gab, lui laisser le temps dont il a besoin, accepter ses différences, ses silences, ses peines. Savoir aussi que je lui fais du bien : ma présence, mes envies, mes idées, ma tendresse.
  • Ne plus manger de viande et avancer progressivement vers une alimentation encore plus raisonnée (je ne parle pas de "raisonnable", ni de "restriction", mais bien de raisonnance, au sens de raison et peut-être même de résonance). Moins de produits laitiers, des aliments plus variés et goûteux. Et de la créativité.
  • Savoir, tout doucement, petit à petit, développer l'indulgence de moi-même, me montrer bienveillante avec ma propre personne. savoir regarder en face ces montagnes d'exigences de perfection, et ponctuellement, leur tourner le dos, consciemment. C'est fragile pour le moment, c'est tenu et rare, mais j'arrose cette petite plante pour lui donner la vigueur qu'elle mérite
  • Tout doucement, écouter mon corps : son équilibre, sa souplesse, sa fatigue. L'atelier cirque suivi ces derniers mois m'y a aidé...
  • ...

Et ce matin, tout particulièrement grosse victoire : un petit pas vers une nouvelle vie. Je me décide enfin après un été d'attente, à envoyer balader cet employeur qui se moque de moi depuis bien trop longtemps... Je perds de nombreuses heures et même si ça semble insignifiant, ça va me forcer à me propulser vers l'indépendance !

4

 

11 février 2015

... Mais à part ça tout va très bien.

Définition

Avoir un petit souci, un tracas.

Prononciation

p'tite crotte su'l coeur

Nota bene

Légèrement enfantin.

- See more at: http://www.wikebec.org/avoir-une-petite-crotte-sur-le-coeur/definition/#sthash.5ixaQbFg.dpu

coucher-de-soleil2

p'tite crotte su'l coeur
p'tite crotte su'l coeur

Journée de lumière froide. Après deux heures de cours tôt ce matin, je suis libre toute la journée. Alors je prends le temps de mettre à jour, d'écrire, de dire. J'écoute aussi, je relativise, je cherche le sourire. Dans l'après-midi, aller traîner dans les vignes, dégourdir les muscles. Avec mes trois poilus. Prendre le soleil et plisser les yeux de tant de lumière. Puis à notre retour, nous nous sommes vautrés sur le canapé, dans la luminosité de notre petit appartement, un roïbos et de la chaleur, nous nous sommes lu des nouvelles du recueil de Ray Bradburry ... Mais à part ça tout va très bien, notamment Sur la route et Qui se souvient de Sacha

...

On attend la douceur. On se ménage de petits moments de répit. On se décourage pas. On avance.

14 novembre 2014

Le quart d'heure meurtrier.

"Cette semaine, nous avons commémoré la Grande Guerre. Nous avons hissé des drapeaux, nous avons fleuri des monuments, allumé des flammes, écouté les fanfares, baissé un peu les yeux, et pensé à eux, nos poilus courageux. Des dîners mondains aux comptoirs de tous les bars de France et de Navarre, la der des ders devait logiquement remporter la palme des sujets les plus abordés. Et puis, un événement, un cataclysme, est venu fracasser notre quotidien à coups de flash spéciaux sur nos télés, d'alertes sur nos portables, d'appels hystériques de nos proches...

La France entière s'est figée : un 11 Septembre hexagonal allait en quelques secondes bouleverser nos vies et éclipser le 11 Novembre du calendrier. Nabilla Benattia venait de se faire arrêter pour avoir poignardé son compagnon. Il s'est alors passé ce qui se passe toujours quand un pays, un peuple, a rendez-vous avec son destin. Nous nous sommes sentis unis, paralysés par la nouvelle, mais unis dans l'adversité. C'est toute la France qui s'est fait poignarder par sa poupée vivante qu'elle avait elle-même fabriquée. Chucky Benattia, prions pour toi !
"Truc de ouf !"

Oublié, les mots mous de François tentant désespérément le temps d'une émission de réveiller une libido populaire en hibernation. Disparu, la menace imminente de la plus grande épidémie du siècle. Même le ralliement de François Fillon à la longue liste des personnalités éclaboussées par la grosse soupe à scandales n'y aura rien changé. Comme à Dallas en 63, le temps s'est arrêté, et tout le monde se souviendra de ce qu'il ou elle était en train de faire ce 7 novembre 2014. "Tu as vu ?!", "Tu as entendu ?!", "C'est l'hallu !", "Truc de ouf !"... Le téléphone arabe français s'est mis en branle et la twittosphère a explosé, nous allions désormais devoir vivre dans une nouvelle ère, celle de l'après-"7 Novembre".

Alors que je tâtonnais comme tout le monde dans l'épais brouillard de cette nouvelle vie a surgi du passé un fantôme... Venu me demander des comptes... Il m'a dit qu'il s'appelait Lazare, comme la gare... Et qu'il voulait comprendre pourquoi son pays lui préférait cette Nabilla qui n'avait ni médaille militaire ni faits de guerre. Lazare Ponticelli, notre dernier poilu français, me demandait de lui expliquer Nabilla... C'est l'histoire d'une fille qui entre dans la postérité grâce à une phrase. Je lui parle du "Allô", du shampoing, du buzz... Mais Lazare ne comprend pas.
Humains de laboratoire

Je lui raconte Moundir, Diana, Steevy, Loana, Stefan, Rudy, Marie, FX, et les autres... Petits soldats d'une nouvelle télévision, chair à canon de la guerre des chaînes. Je lui explique cette jeunesse sacrifiée sur l'autel de la célébrité. La cruauté des concepts d'émissions, le sadisme des stratégies, les délations, les éliminations, l'avilissement des cerveaux, l'humiliation partout diffusée ! J'explique ces hordes de jeunes et de moins jeunes qui s'affament sur des îles, mangent des vers ou des souris, s'enferment avec des serpents, se roulent dans la fiente et le vomi, tripotent des inconnus dans l'obscurité et s'isolent de leurs proches pour nourrir leurs névroses aux yeux de tous...

Je lui confesse notre fascination collective à observer ces humains de laboratoire en train de se mettre en scène dans le seul but d'exister un peu. Lazare s'assoit, abattu, terrassé par mon exposé. Il me dit que, dans les tranchées, personne n'avait de shampoing... Mais qu'ils avaient un devoir. Il me raconte son obscurité, sa peur, ses compagnons éliminés les uns après les autres, et la voix... Pas celle de Secret Story, celle de la survie qui te maintient debout dans cette funeste loterie. Il me parle de l'absurdité de la guerre, la sienne, et les autres... De la bêtise humaine, qui ne connaît pas de limite. Il était venu pour râler un peu, parce que là-haut, avec les potos, ils aiment bien quand on pense à eux, et que là c'était vraiment l'occasion. Mais il n'avait pas mesuré l'ampleur des dégâts, ici bas. Il repart, affligé par cette troisième guerre mondiale, celle contre la connerie.

Nabilla est en prison. Les poilus ne sont plus. Et je crois qu'on est devenu fou.

À Lazare Ponticelli, et tous ses camarades. Merci. Et pardon."

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Bérengère Krief

6 août 2015

Un peu de lac, trop vite, trop peu.

Accompagner mon ami Clément pour de longues heures de route en Suisse.

L'écouter parler à de charmants animateurs radio.

Dévaler les rues de Lausanne pour quelques minutes au bord du lac.

Puis prendre la route du retour.

Pour ne rentrer que tard le soir et casse crouter encore ensemble, sous les étoiles.

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Diane Groseille
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