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Diane Groseille
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25 octobre 2008

Tranchant.

Une dame d'une quarantaine d'années, ce matin, à la caisse d'un grand supermarché de ma ville. Elle semble énervée. Elle enchaine des mouvements secs. Elle grommelle d'abord puis très rapidement, ses mots deviennent clairs pour toutes les personnes autour d'elle. "Mais quelle conne, mais c'est pas possible d'être conne à ce point, mais tu le fais exprès ma parole, pauvre conne ! Nan, mais j'te jure..." Et de continuer, tout en rangeant ses courses dans ses sacs. Elle s'adresse tout naturellement à sa fille, rouge de honte, qui baisse les yeux à ses côtés. Une heure après, je suis toujours outrée par ces mots, qui semblaient vides de sens pour la mère et qui paraissaient des couteaux aiguisés pour la fille. Je suis choquée par l'impact de tels mots dans ce lieu, par les regards des gens autour de moi qui comme moi, ont assisté à la scène, pétrifiés. Comment est-il possible d'avoir tant de mépris pour ses propres enfants ?

cordages
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8 décembre 2008

Abstraction.

Correction de copies depuis des heures. Des sujets d'examens blancs. Des sujets que je corrige avec beaucoup de soin et de respect parce que mes élèves ont passé quatre heures sur ces sujets. Ils se sont donné du mal, ils ont rongé leurs stylos et fatigué leurs cerveaux. Je consacre plusieurs heures à chaque classe, annotant chaque copie de plusieurs lignes d'une écriture appliquée et rouge qui doit leur venir en aide, mettant en évidence chaque petite faute pour leur éviter de la refaire. Mais parfois, je deviens dingue, je pète un câble, je suis hors de moi. Certaines copies me poussent hors de moi-même, enragée, comme une espèce de Hulc au stylo rouge bavant.

C'est le cas pour Laura qui a jugé utile de mettre de la couleur partout mais qui ne sait pas faire une phrase. Pas une seule phrase dans son devoir n'a de sens. Pas en français en tout cas, peut-être dans une autre langue. Et je me demande comment la réflexion peut se faire dans sa jolie tête si elle n'est pas en mesure de formuler une idée sur le papier.

C'est le cas pour Hugo qui n'a sans doute rien écouté durant les douze dernières semaines puisqu'il a fait un truc qui lui a certainement demandé beaucoup de temps mais qui n'a absolument rien à voir avec ce qui est évalué à l'examen. C'est pas faute d'avoir répété et répété ! Idem d'ailleurs pour Pierre, Mathieu et Luc. Sans doute plus doués pour les évangiles. Et avec votre esprit !

Je ne parle même pas de la compréhension des documents, je parle juste de l'écriture et du respect des consignes. Que faire avec des étudiants qui préparent un BTS, qui ont tous plus de vingt ans et qui ne savent pas lire un énoncé ? Que faire pour eux ? Ma question est sincère et sérieuse. Pour certains, ils n'ont pas le niveau qu'avaient mes CAP il y a trois ans.  Je suis un peu perdue. Je me demande comment ils en sont arrivés là. Heureusement, certaines classes relèvent le niveau mais j'avoue qu'aujourd'hui, je suis dans le flou. Et ce site internet que j'avais créé pour mes élèves et qui ne sert visiblement que de tiroir de secours à des profs en mal d'inspiration ou avec un baobab dans la main (j'ai retrouvé mes pistes sur d'autres sites, dans des listes et sur des forums, de la part de personnes qui n'ont bien entendu pas jugé utile de préciser leurs sources, s'appropriant ainsi mes idées). Admettons, je ne travaille pas pour la gloire, mais j'avais osé espérer pouvoir intéresser davantage des étudiants qui ne se montrent curieux de rien.

Sur ce (message abstrait et sans doute aussi insipide par contagion que les dix copies que je viens de corriger), j'aime ce que je fais, énormément, malgré des coups de gueule aussi spontanés qu'inutiles... Et je suis heureuse ! Bonne nuit !

ciel_rose_et_bleu

NB : demain, journée de dix heures de cours, mais ensuite, deux jours de week-end en pleine semaine. C'est pas du bonheur ça ?

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20 novembre 2008

Jingle bells.

Passer à côté de soi-même et se regarder, presque admirative. Être à l'extérieur plus qu'à l'intérieur. Rentrer essoufflée et fière du travail accompli, des savoirs et des compétences transmis. Lutter pour garder les yeux ouverts sur le trajet, toujours le même, avec en plus maintenant, la difficulté de la nuit. Écouter de la musique, des morceaux en boucle qui résonneront dans quelques mois comme ceux de cette période, de ces jours qui manquent de lumière.

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L'autre jour, j'ai vu sur la ligne de la Forêt Noire cette lumière rose orangé si particulière. Il était sept heures du matin, je roulais vers  une journée de dix heures de travail. J'aurais aimé attendre le soleil qui allait briller franchement, mais je n'ai pas pu. Et quand j'ai fait le même chemin dans l'autre sens le soir, j'ai profité de la même lumière indirecte au-dessus de la ligne des Vosges. Cette journée était la première sans la lumière du jour. La première d'une longue série qui va nous mener jusqu'au mois de mars. Heureusement ponctuée de pauses, de repos, de dimanches en forêt, de samedis sous la neige. Curieusement, cette année, ça me perturbe moins. Je me respecte, je n'essaye pas de lutter contre ce sommeil si naturel, instinctif qui accompagne cette période. Je fais mon maximum pour m'y sentir bien, pour ne pas me "contrarier".

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Sourire, partager, faire de son mieux. Dormir, préparer une soupe de légumes, du bon pain, faire une sieste. Corriger des copies, encore et encore : l'encre rouge et fluide comme du sang qui file sur les marges. Trouver les bons mots, ceux qui sauront être efficaces, ceux dont ils se souviendront. Faire des listes, pour ne pas oublier, s'organiser, feuilleter plusieurs fois par jour mon agenda, sentir sous mes doigts son cuir boursoufflé et rassurant, l'écouter me dire ce qui va suivre, plus tard, demain, que ça ira, que même si c'est long, j'y arriverai. Me faire des salades de fruits et les savourer en dix minutes à midi, comme autant de bonne conscience et de vitamine C.

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Mon frère est amoureux. Ça me fait plaisir de le savoir heureux. Il a décidé de partir rejoindre sa chère et tendre en Australie. Elle vient de partir pour quelques mois. Il veut en profiter avec elle. Il avait peur que je critique sa décision. Il avait peur des réactions autour de lui. Je ne peux que l'encourager. J'y vois mon escapade aux Antilles il y a huit ans, sur un coup de tête Je crois savoir ce qu'il trouvera là-bas. Et même si ça ne se passe pas comme il l'imaginait, il ne regrettera jamais cette décision. Ma sœur va moins bien, je me fais souvent du souci pour elle. Elle est triste, souvent, elle se sent seule, elle qui a tellement besoin de se sentir entourée. J'aimerais être plus présente pour elle, mais nous sommes loin et occupées, chacune de notre côté.

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Penser aux cadeaux. Faire des économies aussi pour la chèvre, comme l'an dernier. Faire des colis, pour ma filleule, même si je n'ai aucune nouvelle de sa maman et que c'est sans doute mieux ainsi. Écrire des lettres, des mails. S'inquiéter pour des collègues hospitalisés. Penser à la santé, parce que c'est important, se dire qu'ils devraient être plus attentifs, se soigner, respirer.

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Noël approche, je suis cette année, plus encore que les précédentes, agacée de voir le déferlement de niaiseries, de publicités., de décorations kitchs.  Et comme chaque année, l'ouverture de nos marchés de Noël alsaciens va encore accentuer le ridicule de la situation. L'esprit de Noël qu'on essaye de nous vendre à grand renfort de jingles et d'images nappés de joie de vivre m'écœure.

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Écrire toujours, aligner des mots dans des petits carnets, sur des pages virtuelles, sur des enveloppes déchirées, sur des coins de photocopies. S'envelopper dedans comme dans des couvertures lourdes et rassurantes.

route_rose

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22 novembre 2008

It would be easy.

Deux jours seule. Neb est parti tôt ce matin dans ces lointaines montagnes pour y festoyer avec de vieux amis, soirée nostalgie qu'ils disent ! Quand j'ai su qu'il allait partir, je me suis dit que ce serait l'occasion de passer du temps avec ma sœur, ou avec mes parents, mais finalement, je reste seule et ça me fait du bien. J'avais besoin de tranquillité et de repos et ce serait presque parfait si la voisine du dessous n'avait pas décidé de faire un nettoyage de printemps... Ou peut-être qu'elle déménage... En tout cas, elle déplace des meubles depuis trois bonnes heures.

Quoi qu'il en soit, Lu et moi nous retrouvons ici, dans un cocon bien chaud. Et il nous en faudra plus pour nous gâcher la journée.  Dehors les flocons tourbillonnent depuis le lever du jour. Et même s'ils ne tiennent pas au sol, ça n'a aucune importance, je suis au quatrième étage, la tête dans les nuages, je ne m'en rends pas compte.  Parachute de Coldplay me replonge dans mon loft d'étudiante, il y a des années, dans ces nuits d'écriture sans fin. L'écriture me démange aujourd'hui, j'ai déjà fait glisser de longues lignes.

Je prends le temps de réfléchir. Je pense à tout ce que m'apportent mes élèves les derniers temps. Je pense à toute cette motivation qui m'agite, qui me donne envie de me lever le matin. Je pense à cette sensation si légère et agréable à la fin de chaque journée. Et même si la femme que je suis s'efface les dernières semaines derrière l'enseignante, j'ai au moins ça, cette force qui me guide. Souvent, elle est là en transparence dans mes journées et parfois comme un éclat de soleil derrière un nuage, comme une évidence. Tout cet optimisme est sans doute dû à la semaine merveilleuse qui m'attend : elle se réduit à deux matinées de cours et mon atelier théâtre. C'est suffisamment exceptionnel pour me rendre joviale !

Demain, Lu et moi partirons pour quelques heures en forêt. Besoin d'air, de savoir qu'il y a encore de la lumière, même si déjà il fait nuit et qu'il n'est que cinq heures et demi. 

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corback

PS. : Je tenais aussi à préciser que j'adore les blogs BD, mais que c'est juste chiant à mourir de les voir se transformer quand ces messieurs-dames prennent la grosse tête et ne nous parlent plus que de leurs nouveaux concepts marketing et de tous les gadgets qu'ils ont à nous refourguer. Un blog reste un blog non ?

1 avril 2009

Herbe tendre.

Nous sommes comme fous. Ses doigts s'enroulent autour des miens. Le souffle court, il m'embrasse pour la troisième fois. La première fois, il me l'avait demandé : "je peux t'embrasser ? ". Nous courons, nous dévalons une pente d'herbe. Nous nous arrêtons encore, mon dos s'appuie contre un grillage. Ses mains glissent sous mes vêtements, naturellement. Je sens la douceur de ses cheveux blonds trop longs sur ma joue. Je sens l'évidence de ce moment, l'importance et l'émotion. Il me regarde dans les yeux quand...

Cinq heures trente. Chanson de merde que beugle mon radio-réveil. Tout était si réel quelques secondes auparavant que je mets un bon moment avant d'identifier la pièce, ma maison. Je me lève et tout semble recouvert d'un voile gris. J'attaque une journée de cours. Et tout au long de la journée, j'ai l'impressiopn de sentir sous mes pieds nus l'herbe tendre.

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29 octobre 2008

La claque.

Chaque fois ça me fait pareil. J'ai beau le savoir à l'avance, m'y préparer mentalement, me dire que ça va aller, que je suis grande maintenant, que je ne dois plus avoir peur, que ça ne me fera plus rien.

Chaque fois ça me fait pareil. Une grande claque dans ma gueule. Un coup de barre en fer dans les tibias. L'impression que tout s'écroule, qu'on a tout changé et que je ne pourrai jamais m'en sortir.

Chaque fois ça me fait pareil. Envie de dormir, de rester sous la couette, de ne me réveiller que dans très très longtemps, quand tout ça sera fini.

Chaque fois, ça me fait pareil. Le changement d'heure, je ne m'y fais pas !

arbre_de_nuit
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6 mai 2009

Quota.

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Juste pour aujourd'hui :

  • Onze heures de cours: quatre le matin à C., quatre l'après-midi à M., trois en soirée à S.
  • Une déclaration par personnes interposées
  • Trente copies corrigées
  • Quinze minutes perdues avec une collègue qui m'a raconté du vide
  • Un plein de diesel
  • Quinze euros de courses rapides
  • Quelques centaines de sourires
  • Un moment où je me suis dit "je vais mieux"
  • Un coup de fil de ma sœur
  • Cent kilomètres parcourus
  • Vingt cinq livrets scolaires remplis
  • Trois mails envoyés, une vingtaine lus
  • Une dizaine de fiches bilans d'interventions remplies
  • Un conseil de classe inutile avec une vieille grue
  • Dix minutes d'énervement avec la même grue qui s'écoute parler
  • Deux nouvelles personnes rencontrées : Hélène et Didier.
  • Deux fous rires justifiés, merci Michael et Alessandra
  • Deux écoutes de In Rainbow de Radiohead, une vers le Sud, une vers le Nord
  • Une promesse que je découvre non tenue
  • Un barbecue avorté : trop froid et fatiguée
  • Les cinq dernières minutes d'un match de foot
  • Quelques minutes de précieux dialogue neutre avec Neb
  • Un épisode de Dr House devant lequel je me suis endormie

Par contre

  • Pas assez de sommeil, ni grasse mat', ni sieste, même pas le temps de finir mon rêve.
  • Pas de promenade de Lucien (il est sorti, mais pas avec moi, ne contactez pas la SPA)
  • Pas de projets
  • Pas d'envie si ce n'est solitude et repos
  • Pas le temps de manger

Demain, encore quelques heures et je souffle : écriture, rangement, cuisine, jardinage, siestes, balades... Besoin de décomposer le temps.

21 juillet 2009

Cogito Ergo Sum.

Je suis une entité. Je suis une terrienne. Je suis une humaine. Je suis une européenne. Je suis une Française. Je suis une Alsacienne. Je suis une habitante de ma ville.

Je suis une personne. Je suis une femme. Je suis une adulte. Je suis une trentenaire. Je suis une citoyenne. Je suis une électrice.  Je suis une voisine. Je suis une propriétaire. Je suis une employée. Je suis une collègue.

Je suis une consommatrice. Je suis une cliente. Je suis une patiente. Je suis une spectatrice, une téléspectatrice, une lectrice. Je suis une internaute. Je suis une ménagère de moins de cinquante ans. Je suis une écolo. Je suis une adulescente. Je suis une midinette. Je suis une fan de Coldplay, de Radiohead, du Japon, des films d'horreur, de la photographie et de tant d'autres choses. Je suis une touche-à-tout.

Je suis une fille. Je suis une sœur. Je suis une nièce, une filleule, une cousine, une petite-fille. Je suis une amie. Je suis une confidente. Je suis une copine. Je suis une ex'.

Je suis une enseignante, une prof, une formatrice. Je suis une vacataire. Je suis une animatrice d'atelier de théâtre. Je suis une donneuse de leçons. Je suis une photographe. Je suis une cuisinière. Je suis une boulangère. Je suis une jardinière. Je suis une "écrivaine". Je suis une violoniste.

Je suis une caractérielle, une emmerdeuse, une chieuse. Je suis une curieuse. Je suis une gourmande. Je suis une paresseuse. Je suis une grosse dormeuse. Je suis une égoïste. Je suis une timide. Je suis une intellectuelle. Je suis une indécise. Je suis une casanière. Je suis une frustrée. Je suis une maniaque. Je suis une romantique. Je suis une niaise. Je suis une trouillarde.

Je suis UNE.

Unité. Article indéfini féminin singulier. Plus indéfinie que jamais, malgré les efforts fournis plus haut. Et définitivement singulière et à accorder au singulier.

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Clavicule

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22 juin 2009

Grand écart.

En cette fin d'année rendue difficile par des paramètres imprévus et indépendants de ma volonté, je suis fatiguée. Ma tête et mon corps sont fatigués.Parfois, il y a comme des déconnexions dans mon quotidien. Réactions machinales et ridicules.

L'autre jour, par exemple, je trainais sur des sites de vente par correspondance : les soldes approchent et je cherche à repérer des vêtements sympas pour cet été. Alors que les pages virtuelles se tournent sous mes yeux, je me rends compte que ce dont j'ai vraiment besoin pour pouvoir porter ces vêtements est une belle paire de jambes. Sur chaque photo, ce qui me plait n'est pas le vêtement mais les longues jambes galbées et halées. Je réfléchis deux secondes : quel site me proposerait une belle paire de jambes et à quel prix ? * Déconnexion.

Trajet en voiture, il y a peu. La chanson diffusée à la radio me plaît et naturellement, je tourne le petit bouton de mon poste et je savoure le son. Et je me dis, très spontanément qu'il faudrait penser à installer le même petit bouton sur la vie, sur chacun de nous, comme ça, quand il y a des moments qu'on aime bien, on peut les intensifier, monter le volume et permettre aux autres autour d'en profiter. A l'inverse, les moments de douleur pourraient être tus. Déconnexion.

Et tout à l'heure devant la télé, cerveau en veille, je veux changer de chaine et je prends ma calculatrice à ma droite qui a servi à faire ma déclaration d'impôts. Il m'a fallu quelques secondes, la regarder, pour me rendre compte que je ne pourrai pas changer de chaine, même avec beaucoup de bonne volonté. Déconnexion.

Je passe beaucoup de temps à ne plus penser, volontairement, je vide ma tête de toute la gymnastique mentale de l'année. Et alors me viennent des mécanismes spontanés de pensée originaux, voire absurdes. Aussi ridicule que cela puisse paraître, ça me fait "avancer le crâne". Je réfléchis indirectement à ces gestes du quotidien, vides de sens et chargés de symboles si on les observe de plus près. Et j'ai l'impression de me libérer. Un peu. Et je trouve dans ces gestes de banalité des réponses que je n'attendais pas.

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[* Projet piscine, le stade nautique va me permettre de nager en plein air, cette fois-ci, il va falloir s'y tenir. Je marche déjà, je traine mon Lu sur des chemins de campagne que nous foulons d'un pas rapide, malgré quelques arrêts pour grappiller des cerises.]

25 août 2009

Grandes vacances.

Ma sœur et mon frère sont partis à l'autre bout de la France pour deux mois. Comme ce fut le cas sur les dernières années, ils s'échappent dès que l'école est finie vers les colonies de vacances. Cette année, ma sœur occupe le rôle de directrice et mon frère l'accompagne pour y jouer les personnels de service. Ce départ est toujours un moment difficile pour moi. Nous sommes très proches et l'idée de ne pas les voir si longtemps me peine, plus encore cette année, alors que le géant de la solitude me tourne autour comme un vautour.

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Ce fut cette fois-ci l'occasion de repenser à nos vacances d'enfants. Les souvenirs de ces moments d'insouciance m'ont transportée, bercée vers des univers définitivement révolus. Je garde de cette période une impression de toute puissance. La magie découlait tout d'abord de la lumière. Déjà à l'époque, j'étais fascinée par les opportunités que proposaient ces journées à rallonges : tellement plus de possibilités et de liberté qu'en hiver. C'est en particulier à la tombée de la nuit, alors qu'on est déjà en sursis par rapport à l'heure limite qui avait été donnée, que se réalisaient les plus belles bêtises. La maison de mes parents, située à l'orée d'une forêt nous ouvrait des portes mystérieuses vers des mondes qui semblaient ne pas exister le reste de l'année. Des fontaines d'eau glacée trônaient à chaque coin de rue, des fruits sucrés et juteux nous pendaient sous le nez et les arbres tortueux nous appelaient pour la constructions de cabanes secrètes. Nul besoin à l'époque de télévision, d'ordinateur ou même de courant. Il n'y a guère qu'Intervilles et Les Dents de la mer (traumatisme diffusé la veille des départs en bord de mer) qui m'aient laissé un souvenir du petit écran. Nous vivions à l'ère de la simplicité, dehors toute la journée, les jambes égratignés par les ronces, des croutes plein les genoux, crasseux mais le sourire jusqu'aux oreilles.

Aujourd'hui, j'aimerais des étés aussi simples, des évidences de bonheur, des impressions d'éternité. Cette année en particulier, rien n'a la saveur de l'insouciance, je ne parviens pas à oublier un instant tout ce poids sur mes épaules, toute cette douleur, et tout en devient terne et fade...

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1 décembre 2009

Birdy Nam.

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Derniers jours lourds d'événements et d'émotions, de retournements de situation.

Pour reprendre les choses depuis le début, appelons le protagoniste Nam et situons les principales étapes d'une histoire qui n'en est pas vraiment une. Je connais Nam depuis trois ans. C'est quelqu'un que j'ai toujours connu en colère : une crispation froide et difficile à cerner. L'an dernier, j'apprends qu'il s'est séparé de la fille qui vivait à ses côtés depuis six ans. Je le découvre alors fragile et différent Cet été, alors que je suis en pleine dépression, je me force à voir du monde. Je suis chez mes parents absents, j'organise une soirée : j'envoie des mails à gauche à droite, je passe des coups de fil. Beaucoup sont en vacances. Nous nous retrouvons une petite dizaine autour d'un barbecue. Je suis éteinte, assommée par les médicaments et je m'en veux de m'être imposé cette mascarade. Tout le monde m'avait dit que ça pouvait me faire du bien. Je me sens plus seule encore, coupée de tout et impatiente de voir tout ce petit monde repartir. Il est là, il entre un peu plus dans mon univers. Quelques jours plus tard, un mail. Nam me propose d'aller boire un verre. Il dit vouloir me connaître mieux. Jusque là, nous n'avions que des rapports que l'on peut qualifier de professionnels. Je réponds oui, peut-être, à l'occasion. Mais rien ne se fait malgré de nombreuses relances, je trouve toujours de bonnes excuses pour remettre ça à plus tard.

Début octobre, alors que tout le monde semble s'enfoncer dans une déprime saisonnière, je me remets doucement sur pieds. Nous passons un week-end en montagne avec tout notre groupe et il me reparle de ce fameux verre. Je lui dis oui, et cette fois-ci, nous arrêtons une date. On se voit quelques jours plus tard, dans le café situé au pied de l'immeuble dans lequel j'ai vécu huit ans. Ce soir là, je le trouve distant, nerveux, égocentrique, il me parle de lui, trop, et parvient à me transmettre son angoisse. Il me parle aussi d'un voyage à venir, me demande comme ça, si je serais prête à le suivre, sur un coup de tête.

Par la suite, il y a des mails. Il éveille ma curiosité. Il me fait des compliments. Il joue à me provoquer et à me séduire. Il me propose de passer une soirée avec lui dans une ville de l'autre côté de la frontière. Je ne la connais pas, j'ai envie de le suivre. Nous passons là-bas un très bon moment. Je le découvre plus détendu, naturel et spontané, il me fait partager ce qu'il aime, des endroits, des idées... Deux jours plus tard, il me dit être de passage dans ma ville. Nous nous retrouvons sur des tabourets de bar à siffler des bières les unes après les autres. Je réalise qu'il ne tient pas l'alcool. Il m'embrasse, plusieurs fois. Nous finissons chez moi, il n'est bien entendu plus en état de rentrer chez lui. Il passe la nuit dans mon lit à me ronfler dans les oreilles. Au petit matin : impression d'avoir dormi avec une tronçonneuse. Lui est malade, il fait une migraine carabinée, il en vomit et je dois l'emmener chez le médecin. Je réalise qu'il ne tient vraiment pas l'alcool : il a tout oublié de la veille ! Quelques jours plus tard, il est de passage en train, il rentre d'une conférence sur S. et je sors d'un conseil de classe. Nous nous retrouvons au même endroit, je le sens fatigué et angoissé. Il a quelques chose à me dire, mais n'y parvient pas. Il boit trop et trop vite, se crispe davantage et finit même par se montrer agressif. Comme la fois précédente, nous finissons la soirée chez moi et alors qu'il s'endort sur mon canapé, il m'appelle par le prénom de son ex. J'en ris beaucoup. Il me parle mais ce qu'il articule n'a ni queue ni tête. Je passe une nuit blanche car il ronfle comme un sonneur et je ne parviens pas à trouver le sommeil. Au petit matin, nous faisons l'amour, il se montre maladroit et brutal, je déteste ça. Je pars ce jour là en cours, sonnée et j'attaque une journée de boulot pleine de points d'interrogation. Je décide finalement de mettre fin à cette mise en scène stupide. Tout cela me fait finalement sourire : cet homme aura été capable de cumuler sur deux rendez-vous tellement d'erreurs... J'officialise ma décision un soir, en sortant de cours, devant un thé à la menthe. Il dit vouloir savoir ce que je lui reproche. Un mail part le lendemain dans lequel je liste tout : ses maladresses, ses fautes de jeu, son indécision, ses trous de mémoire, la sensation désagréable d'être son jouet. Je pense alors vraiment que "l'histoire" s'arrête là. Mais je reçois trois jours plus tard une révélation : un message qui met en lumière beaucoup de choses. il m'apprend que depuis fin septembre, il n'est pas seul. Il a rencontré une femme. En lisant ce message, je suis prise d'un fou rire que j'ai du mal à maîtriser. La cerise sur le gâteau ! Puis je repasse en mémoire toutes ses bourdes, toutes ses hésitations : je comprends. Il me dit que bien entendu, quand il était venu me chercher, les premières fois, il était seul. Qu'il m'a vue distante et froide. Qu'à contre cœur, il a lâché l'affaire. Elle s'est trouvée sur sa route et il s'est trouvé bien avec elle. Quand, revenue à moi-même, je suis venue à lui, il s'est d'abord dit que tout cela n'était pas raisonnable, que c'était trop tard. Mais il a voulu savoir quand même : ce que ça aurait pu être, ce qu'il avait perdu. La suite est évidente.

Ce qui me fait beaucoup rire dans un premier temps me froisse finalement. Je lui répète alors que je préfère que tout cela cesse. Et cette fois-ci, c'est par peur d'y perdre des plumes. Il se pointe après avoir sauté en urgence dans un train jeudi soir. Il a plein de choses à me dire : il veut continuer à me voir. Il dit avoir besoin de mieux me connaître. Il souhaite que les ponts ne soient surtout pas coupés. Je dis non et il repart comme il est venu, en courant vers son train.

Et la balle est revenue dans mon camp. Comme un boomerang. Il y a d'abord eu ce silence puis mes mots et toute la réflexion qui a suivi. Je pensais que c'était mieux ainsi. C'était peut-être le cas. Vendredi, nous nous sommes vus à midi car il avait oublié des affaires chez moi. Il a voulu que nous prenions le temps de parler. Nous sommes allés manger japonais, très vite car je reprenais les cours tôt. Mais ce fut une coupure dans cette journée trop rapide. Des tables basses laquées, des coussins à même le sol. J'ai vraiment apprécié. Je lui ai réitéré ce jour là mes propos de la veille, ma volonté de couper les ponts pour me protéger. Il m'a dit encore à quel point il est bien avec moi.

La suite se fait dans la virtualité des mails. Certains à travers lesquels j'ai même pu lire son sourire. Il me propose de l'accompagner à une expo d'art contemporain. Je ne veux pas. Les heures passent, je ne réponds pas. Vendredi soir, je retrouve mon cocon douillet après une semaine de course. Pas de Lu, maison vide sans lui, il est chez mes parents, je préfère le savoir au grand air alors que j'aligne des journées de plus de huit heures de cours. Je m'endors sur le canapé en repensant à Nam.

Samedi matin, je suis réveillée par le téléphone : ma mère en larmes. Le chat est mort. Il avait quinze ans. Une crise cardiaque. Quelques heures plus tard, j'ai ma sœur au téléphone. Je comprends à sa voix guillerette qu'elle n'est pas au courant. Je le lui dis, tout de suite. Plus de voix, elle raccroche. Et débarque chez moi. Elle me fait appeler notre frère, elle ne se sent pas de le faire, ma mère non plus. Les heures qui suivent sont larmoyantes. J'ai allumé une petite bougie sur la table du salon et ma sœur la fixe avec ses yeux humides. Je finis par la motiver pour aller se balader. Nous trainons en ville. Dans un rayon, je trouve deux exemplaires d'occas' de La nuit des temps de Barjavel et des Voleurs de beauté de Bruckner. Deux livres que j'ai adorés. Dans la soirée arrivent les cop's pour une désormais traditionnelle soirée de gonzesses : bonne bouffe, crémant à volonté et blind test...  Depuis quelques mois, je me suis rapprochée d'elles, nous aimons nous voir, nous soutenir, échanger et rire. On se lâche et je n'avais pas imaginé cet été que les choses puissent devenir aussi simples. La joie d'être ensemble gomme un peu la tristesse de la journée. Je leur parle de Nam car elles sont de bon conseil. Elles me mettent en garde.

Bien sur, je devrais me méfier mais ça faisait si longtemps que je n'avais pas eu droit à de petits bonheurs si évidents. Malgré toutes les tensions et les erreurs qu'il a pu commettre, malgré la situation plus que difficile, les moments passés avec lui sont doux et simples. En particulier depuis qu'il joue la carte de la sincérité, bien sur. Et je me dis que tout cela pourrait me convenir. Je ne veux de toute façon pas d'engagement, rien de sérieux après ce que je viens de vivre. Il est vrai que je déteste l'idée qu'il mente à cette fille, bien que je ne la connaisse pas du tout. Je me dis que peut-être un  jour, c'est moi qui serai à sa place, c'est à moi qu'il dissimulera des vérités. Mais j'aime sa façon d'être, sa façon de voir le monde comme un tissu de possibilités. J'aime sa prise d'initiative et sa maturité (même si la situation qu'il se/nous fait vivre n'en est pas la meilleure illustration)...

Je décide finalement de ne pas me mettre de barrière. Il veut me voir, il veut mieux me connaitre : je serai là, opportuniste, à prendre ce qu'il y a à partager en tachant de me protéger et de ne pas fondre comme un sucre d'orge.

Dimanche, après un repas familial chez les parents, je m'éclipse pour l'accompagner finalement à cette exposition. J'y passe encore un délicieux moment. Sa compagnie est juste évidente. Il n'y a plus aucune tension, les choses semblent naturelles. Nous parlons, nous rions. Nous choisissons nos toiles préférées. Je reste émue devant celle ci et rêveuse devant cette autre. Nous évoluons dans les couloirs feutrés de cet immense labyrinthe. Nous nous séparons, nous nous retrouvons. Je l'observe. Plus tard, nous marchons dans les rues de la ville de S., celle que j'ai tant de mal à apprécier. Je lui explique d'ailleurs pourquoi. Nous pénétrons dans la cathédrale, je m'y sens toujours si écrasée. Je crois que c'est une première vraie soirée où nous sommes réellement nous mêmes. plus de jeu, plus de règles. Passage dans un bistrot, puis petit restaurant d'habitués. Nous rentrons en voiture, il s'endort durant le trajet et j'en profite pour caresser ses mains chaudes. Je suis censée le déposer à la gare mais nous passons finalement la nuit ensemble. Hier matin, douceur du réveil avec lui. Nous faisons la route ensemble jusqu'à M. Sur le trajet, je me dis que j'ai l'impression (sans doute fausse) de très bien le connaître. Pourtant je sais si peu de lui. Ce matin, c'est encore avec lui que je me suis réveillée. Dans son lit cette fois et un peu tard.  Mais nous parlions depuis six heures et je n'ai pas vu le temps passer. Course dans les rues de la ville pour être à l'heure.

Je suis consciente que tout cela pourrait très vite devenir compliqué et douloureux. D'autant plus qu'il part au bout du monde avec elle dans deux semaines et ce pour un mois. Sans doute que cela nous permettra d'y voir plus clair. A lui comme à moi. Chacun de nous pourra sans doute savoir plus précisément ce qu'il veut. Pour le moment je sais surtout ce que je ne veux pas. Pas de promesses. Pas de précipitation. Pas d'engagement. Et je ne veux surtout pas qu'il prenne la décision de la quitter pour moi, ce qu'il pourrait regretter par la suite.

A côté de ça, il y a d'autres personnes. Ceux qui reviennent à la charge. Ceux qui sont encore en période d'approche. Ceux qui n'osent pas et qui regrettent. Des prétendants. Il est amusant de voir le contraste avec les douleurs de cet été. La fermeture, ce devait être écrit sur mon visage, tout mon corps devait exprimer ce mal-être.

Puis je me sens mieux aussi professionnellement, tellement mieux que l'an passé. J'ai rencontré la semaine dernière mes nouvelles classes, celles qui miraculeusement viennent compléter mon emploi du temps. Je vais faire cette semaine plus de quarante-cinq heures. Et paradoxalement, ça ne me fait pas peur. Je ne connais plus la fatigue de l'an passé, j'ai des trésors d'énergie dont je ne connais pas l'origine.

J'aime finalement le virage que j'ai pris. Je pensais tout cela impossible. J'ai retrouvé de la force et je n'ai plus peur de vivre.

***

"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait"

Mark Twain.

20 juillet 2009

Force d'inertie.

Vacances.
Les journées semblent enfin ralentir.
L'espace-temps m'échappe pourtant.
Je me sens essoufflée, comme après une course.
Retour de quelques jours de vadrouille :
deux jours en Italie,
deux jours dans les Alpes,
deux jours avec le Pooh.
Et me réhabituer ensuite à la solitude.
Les mots sont là, toujours, mais si difficiles à articuler.
Des centaines de phrases en  attente,
trop périlleuses à formuler, trop douloureuses.

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***

NB : je me décide enfin à répondre à vos nombreux commentaires, laissés en attente, comme tout le reste. Merci à vous tous d'être là.

26 octobre 2009

Le sourire de Mona Lisa.

Je suis assise devant eux : une dizaine d'élèves, de ceux avec lesquels j'aime vraiment travailler. Ils écrivent calmement, ils retranscrivent tout ce qui a été dit avant la pause, je les surveille car c'est un travail personnel. Je me sens sereine, j'ai cette impression du travail bien fait, d'avoir dit ce qu'il fallait dire, d'avoir fait comme il fallait. Il y a ma tasse de thé à ma droite et des stylos éparpillés sur la table. Je rêve, je m'égare un instant de la salle de cours, je respire dans ma tête, une grande bouffée d'air frais. Je ne sais pas où j'en suis exactement de mes pensées quand le regard d'un élève me rappelle à ma réalité. Je l'interroge sur la raison de cette insistance. Il me répond avec un sourire naïf "vous ressemblez  la Joconde !". Et tous les autres de lever la tête et de confirmer dans un brouhaha joyeux.

A mon tour d'afficher un sourire naïf... Énigmatique diront certains...

Mona_Lisa

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19 novembre 2009

Zombies.

Peu de sommeil les derniers temps. Je repense à la marmotte que j'étais l'an passé. Je me couchais parfois dès mon retour du boulot pour ne me réveiller que le lendemain matin, toute pâteuse. Cette année, je ne suis pas fatiguée, je suis portée par une énergie inconnue. Par contre, mes nuits sont toujours si agitées. Les antidépresseurs me collent des sueurs froides impressionnantes. Je me réveille en sursaut, trempée jusqu'à l'os et glacée.

Cette nuit, j'ai évolué dans un monde étrange. J'étais accompagnée de nombreuses personnes dont je me sentais proche et responsable. Nous étions obligés de fuir et de nous méfier de nous-même. Je ne sais pas pourquoi, mais certains d'entre nous pouvaient devenir des dangers pour les autres et nous étions alors obligés de les abandonner. C'était la nuit. Je me souviens avoir couru, être passée de maison en maison, avoir sauté du haut de balcons, prise de vertiges douloureux, même en rêve, m'être heurtée à des portes closes. Je me souviens également de la peur, si réelle.

Ce matin, j'ai tapé sur mon réveil lorsqu'il a sonné, sans m'en rendre compte je l'avais éteint. Je me suis rendormie. J'ai tout de même su être à l'heure et sans même paniquer. Pas besoin de sauter de mon balcon.

L'autre jour, j'ai rêvé qu'on me coupait les cheveux. Et cette idée m'avait paniqué bien plus encore que l'idée de fuir.

cheveux_longs

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11 août 2009

Tout au bout.

regard_noir

Impression de cauchemar permanent.

Je passe un été affreux. Mes yeux constamment baignés de larmes, comme deux cicatrices brûlantes, mon corps secoué de sanglots. Je ne sais plus où j'en suis. Je vais mal. Je ne me reconnais plus. J'ai perdu toute ma force, toute ma confiance, toute ma volonté, toutes mes envies. Je suis une loque. Je ne parviens pas à voir un intérêt quelconque à ce qui m'entoure, à ce qui m'attend. Tout ce qu'il y avait de stable et de réussi dans ma vie semble s'être effondré. Désagrégé. Petits morceaux par petits morceaux. Les décisions que je pensais être justes perdent de leur sens, sur tous les plans. Je me décompose.

Ma vie professionnelle d'abord. Les joies de la vacation se sont retournées contre moi mi-juin lorsque mon employeur principal m'a annoncé qu'à la rentrée, ce serait 50% d'heures en moins. Ils ont décidé de grouper des sections pour faire des économies et faut bien que quelqu'un les subisse. Moi. Je me retrouve avec deux options. Soit accepter cette proposition et me retrouver avec deux autres employeurs et un emploi du temps-gruyère que je ne parviendrai pas à combler et des revenus insuffisants pour payer seule les traites de l'appartement. Soit lâcher complètement ce système et décoller vers autre chose. Je ne sais pas quoi : le théâtre, du coaching, une ferme, l'étranger, ...

Ma vie sentimentale représente le plus bel échec que j'aie à mon palmarès. Impossible de trouver les mots pour décrire justement ce désastre. Neb et moi sommes séparés depuis le mois de mars. Rien ne semble se reconstruire. Ni pour moi, ni pour lui. Lui n'a pas avancé d'un pouce. Il veut à la fois s'éloigner de moi et laisse entendre qu'il tient toujours à moi. De mon côté, c'est la confusion totale. Je suis consciente qu'il a été et qu'il est toujours un complice. Cinq ans de vie commune ne s'effacent pas d'un revers de manche. Je sais qu'il me connait. Mais je regrette amèrement tout ce que j'ai voulu construire avec lui, tout ce qu'il a gâché. Je ne le respecte plus, je ne lui fais plus confiance. Et je ne parviens pas un instant à imaginer que je puisse un jour à nouveau faire confiance à quelqu'un. C'est une blessure douloureuse et béante. Je souffre de le savoir si puéril, si loin de ce que j'avais imaginé. A un instant, je m'étais dit que cette rupture lui ferait du bien, qu'elle lui permettrait de revoir ses priorités. Au contraire, il a coulé plus encore qu'avant. Il mène une vie décousue, n'a pas plus d'objectifs qu'il n'en avait sur notre dernière année de vie commune, il vit de petits jobs qui suffisaient peut-être lorsqu'il touchait encore les ASSEDIC. L'entreprise dont il parle depuis des mois n'a toujours pas vu le jour, à l'écouter le système est compliqué et présente des lourdeurs administratives mais je pense surtout qu'il ne s'est pas donné les moyens, une fois de plus. Et dans ce contexte plus que fragile, il envisage de partir en vacances. Mais tout cela ne me regarde plus, il faut que je me fasse à cette idée. Difficile de laisser quelqu'un dans une telle merde alors qu'on s'est fait du soucis pour lui pendant des années. Lui ne s'inquiète pas, c'est le principal. Aujourd'hui, je lui en veux. Et je m'en veux. J'aurais aimé, comme dans un monde parfait, garder avec lui des contacts d'adultes, qui échangent sur leur évolution. Mais ça ne peut pas fonctionner comme ça. Il ne peut pas être là quand j'ai besoin de lui. Je ne veux plus qu'il le soit d'ailleurs. Il n'est pas la personne vers laquelle je dois me tourner. Je dois définitivement m'éloigner de lui. "Nous" ne veut plus rien dire, nous n'avons pas d'avenir commun, six mois se sont écoulés depuis notre rupture et rien n'a changé (je dirais même que la personne qu'il est devenu depuis me déçoit encore plus). Je ne peux pas continuer à compter sur lui, à accepter qu'il vienne ici quand bon lui chante, qu'il décide quand arriver et quand repartir, qu'il change d'attitude comme de chemise. Je me dis que je lui ai tant parlé, tant de fois, et mes mots sont allés se perdre dans le néant, pas pris au sérieux, pas compris. Je m'attache à lui comme à une bouée, mais j'ai tort, parce que je sais nager. Il ne m'a rien apporté, je m'attache à ce que j'ai voulu construire, à cette stabilité qui est déjà brisée.

Ma vie familiale aussi est ébranlée par un événement récent. Gros clash la semaine dernière. Particulièrement perturbant. Me voilà paumée. Plus encore qu'avant. Mon père, qui jusqu'à maintenant était pour moi une référence solide et fiable est entré dans une colère noire pour des raisons qui me sont toujours inconnues et qui je l'avoue m'effrayent. J'ai juste fait l'erreur d'être sur son chemin à ce moment là et les mots qu'il a pu me lancer au visage comme des centaines de petits cailloux me restent encore aujourd'hui sur le cœur. Un coup de plus qui vient couler mes certitudes et ma confiance. Un coup qui a même représenté celui de trop.

Puis pour finir, ma santé. Toutes les analyses ont été effectuées, y compris les plus désagréables. On ne me trouve rien. Pas la moindre trace d'infection, de microbes, de bactérie qui pourraient être responsables de ce dysfonctionnement. Et pourtant, malgré le repos du premier mois de vacances, je continue à souffrir. Des crampes, des nausées, des aigreurs, des diarrhées. Bien sur, tout cela a modifié considérablement ma façon de vivre. Et je me demande si au final, ma façon de vivre, de percevoir ma vie du moment ne modifie pas considérablement ma façon de digérer. Pendant des semaines, je n'ai pas voulu entendre parler de ce foutu stress, je ne voulais pas croire qu'il puisse à lui seul être responsable de mon état. Cela voulait dire que je ne contrôlais plus rien. Aujourd'hui je finis par me faire à cette idée. Je fais des crises d'angoisse comme je n'en avais plus faites depuis des années : je manque d'air, je sanglote, je ne parviens plus à relativiser quoi que ce soit, je ne contrôle plus mes émotions. J'ai l'impression d'avoir quinze ans, bouffée par les hormones, incapable de me maîtriser. Je pensais qu'en vieillissant, tout cela n'arriverait plus. Je pensais qu'on devenait solide avec le temps. Dans ces cas là, je me dégoutte.

Tous ces éléments remettent complètement en question la notion de confiance. Je ne sais plus quelle place je dois occuper, comment je dois me comporter. Alors petit à petit, j'ai fermé des portes, j'ai refusé des sorties, je n'ai pas répondu à des messages... J'ai peur des autres. L'idée de voir du monde me perturbe. Je me suis refermée sur mon petit appartement, celui que j'ai choisi, aménagé, partagé avec Neb, celui où il faudra que je finisse par trouver ma place. Mes sorties se résument à de longues balades avec Lu dans la montagne, à m'en épuiser, à chercher à m'étouffer de grand air et d'horizons libérateurs. Je vais à la piscine, j'y fais des longueurs qui me vident la tête, qui perdent mon souffle. Je dors énormément et souvent mes réveils sont contrariants parce que ma réalité me décourage. J'ai l'impression de faire une allergie à ma vie. Je me sens la fragilité d'une coquille d'œuf. J'essaye de me reconstruire tout doucement, je me fixe des défis : sortir faire une balade en ville, m'assoir seule à la terrasse d'un café, aller au marché... Rien d'insurmontable, me frotter aux autres, aux gens, pour ne pas finir totalement misanthrope, gloutonnée par ma solitude. J'ai aimé vivre seule, j'ai aimé ne dépendre de personne, construire seule. Aujourd'hui, je suis épuisée et trop fragilisée pour y voir de la force. J'ai perdu quatre kilos en une semaine. Je ne sais plus qui je suis, je ne me reconnais plus, plus rien à quoi me raccrocher.

Bien entendu, ça me coûte de mettre des mots sur tout cela. Petit roman de ma médiocre existence des derniers mois. Désolée pour les longueurs, le fatalisme, les mots qui sonnent faux, la sensiblerie, la lâcheté qui transpirent dans ce message.

Triste bilan. Dans mon bulletin de mauvaise élève, ils auraient pu inscrire : "A touché le fond, et continue à creuser". Le mot dépression a été utilisé pour la première fois la semaine dernière. Je suis allée voir mon médecin hier, je prends des médicaments, je n'avais plus assez de force.

***

21 novembre 2009

Comme un chat.

Minuit.
La table d'une brasserie bruyante.
Lui en face de moi.
Il me tient la main.
Ses yeux pétillent.
Nous ne devrions pas être là.
Nous transgressons des règles.
Il me dit : "tu as les yeux verts !".

Je souris.

Quatre jours plus tôt,
deux tables plus loin,
un autre garçon m'avait dit :
"tiens, tu as les yeux verts !"

arc_en_ciel_d_eau

***

26 février 2013

Quinquagénaire.

Lundi dernier, ma mère, le souffle coupé au téléphone, m'annonçait le décès de ma cousine. Elle avait quelque 50 ans. C'est le cancer qui l'a emportée, vite, sans laisser le temps à ses proches de s'habituer à l'idée, sans lui laisser le temps de se familiariser avec cette nouvelle. Je ne peux m’empêcher de penser que dans quinze ans, j'aurai moi-même cinquante ans. Quinze ans. C'est l'âge que j'avais quand j'ai fumé ma première cigarette, c'est la durée de ma carrière d'enseignante, c'est les années que j'ai partagées avec la plupart de mes amis... Où en serai-je dans quinze ans ?


***


J'ai cinquante ans. Je vis sur les hauts plateaux ardéchois, dans une toute petite maison de pierres. Je m'y suis installée il y a dix ans, fatiguée par la vie que j'avais alors choisie. J'ai vendu mon appartement et tous les biens que j'avais pour ne garder que l'essentiel. J'élève aujourd'hui un troupeau de chèvres, une cinquantaine de têtes de bétail, toute seule. Ma maison accueille très souvent des amis ou de la famille qui, lassés de la ville et de ses rythmes infernaux, viennent chez moi trouver un peu de calme. Ils viennent m'aider, cultivent avec moi mon jardin d'herbes aromatiques, font de longues balades avec mes chiens, m'accompagnent sur le marché vendre mon miel et mon fromage le jeudi matin, se reposent... Mais ils ne s'attardent pas, ils restent quelques jours et repartent courir, le cœur calme, la tête pleine de bonnes résolutions quant aux moyens de se préserver. Je les vois repartir avec le petit pincement au cœur de ne pas savoir quand je vais les revoir, mais c'est aussi un soulagement que de retrouver ma solitude. Leur présence m'est douce et agréable, mais elle me confronte aussi à mes difficultés à vivre avec les autres. Ici, mes journées sont bien remplies et je ne ressens aucune peine au fait d'être seule. Je passe l’essentiel de mes journées au dehors, été comme hiver, avec mes bêtes. J'aime sentir l'air sur ma peau, le plus souvent possible. Je me heurte à la rigueur des éléments, à la difficulté d'avoir sous ma responsabilité des vies, parfois malades, parfois souffrantes. La vie que j'ai choisie est aussi très physique mais je ne ressens plus la fatigue que j'ai pu ressentir dans ma vie d'avant, ce n'est plus une fatigue nerveuse, c'est une fatigue du corps qui ne connaît pas les angoisses de l'urgence, du rapport à l'autre et les obligations de l'anticipation systématique. Je vis au jour le jour, reproduisant des gestes mécaniques avec l'amour de mes bêtes et du travail bien fait.  J'ai également pris le temps d'approfondir ma pratique du yoga et je joue du violon tous les jours. Je me sens sereine, en paix avec moi même, en accord avec la nature qui m'entoure et les choix que j'ai faits.

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J'ai cinquante ans. Cela fait cinq ans qu'est sorti mon premier roman. C'était un peu une surprise, j'avais écrit ces pages presque par hasard, très inspirée mais n'imaginant pas un instant ce que cela pouvait ouvrir comme portes. Dès son apparition dans les librairies, Azimuth s'est très bien vendu. Mon éditeur qui s'était d'abord montré hésitant m'a vite encouragée et l'année suivante, je lui proposais un recueil de nouvelles intitulé Attends, attends, dont les excellentes ventes m'ont permis d'arrêter d'enseigner. Il a été difficile de faire ce choix et pour ne pas prendre de décision trop radicale, j'ai décidé de continuer pendant une période de six mois de transition à mi-temps. Puis j'ai finalement mis fin définitivement à ma carrière de formatrice pour ne me consacrer qu'à l'écriture. Malgré les exigences de mon nouveau métier, je n'ai pas souhaité déménager à Paris, comme on me le suggérait. Je suis restée dans ma région pour mettrre un peu à distance la folie de la vie médiatique, j'ai mis en location mon petit appartement et je vis aujourd'hui dans un grand duplex du centre-ville, dont les baies vitrées et une grande terrasse donnent sur les toits. J'écris toujours, tous les jours et c'est peut-être aujourd'hui ma plus grande addiction. Les revenus assurés par mes différents bouquins me permettent même d'écrire aux quatre coins du monde. Je file souvent, sur un coup de tête, respirer la liberté et l'air d'un autre continent, m'imprégner d'une ville. Je m'y installe alors comme si j'y vivais, prenant le temps d'observer, de dessiner les particularités des habitants, le folklore du lieu. Je n'ai pas vraiment d'attache. Je multiplie les conquêtes, ne souhaitant plus m'engager auprès de qui que ce soit. Seuls quelques amis et ma famille ont encore de l'importance pour moi. Ils sont les derniers auxquels j'accorde ma confiance. Après le succès et la médiatisation de mes livres, les "amis" autour de moi se sont multipliés et avec eux les déceptions, les trahisons. Aujourd'hui, je dirais que je suis simplement prudente et que j'entretiens volontiers des relations superficielles, sans rien en attendre.

petits-bateaux***

J'ai cinquante ans. Je vis avec ma famille dans une grande ferme dans la montagne. Ma famille est le centre de toutes mes préoccupations. J'en ai fait ma plus grande satisfaction en supprimant de ma vie tout ce qui m’empêchait de profiter pleinement de sa présence. Je suis mère que trois enfants, une fille et deux garçons. A leurs côtés, je suis une femme heureuse. Je les regarde grandir avec beaucoup de fierté. Mon mari et moi avons fait de notre maison un lieu d'accueil et de partage. Nous y recevons des artistes, des écrivains, des comédiens. Le corps de ferme que nous avons racheté il y a dix ans a été transformé pour pouvoir accueillir des troupes, pour les loger et leur permettre de donner des représentations. Nous avons également aménagé une partie de l'ancienne grange en galerie où des artistes de la région peuvent exposer. Très vite, nos projets ont trouvé des interlocuteurs et ont pu voir le jour. Aujourd'hui, notre maison est un lieu multiculturel reconnu dans toute la région. Nous avons les dernières années développé notre activité sur de nouveaux créneaux. Le premier étage construit dans la grange est depuis peu composé de trois chambres d'hôtes que nous avons installées et décorées pour que les gens s'y sentent comme chez eux. Nous produisons une bonne partie de ce que nous consommons et nous proposons également de restaurer nos visiteurs, autour d'une table bien garnie des légumes de notre potager, du pain fait-maison et des fruits du verger. Dans ce contexte, nos enfants grandissent et semblent s'épanouir.

rideau-rouge***

J'ai cinquante ans. Je suis enseignante. Je vis dans un appartement dont je suis vraiment propriétaire depuis l'année dernière seulement. J'ai enfin fini d'en payer les traites. Je vis seule mais mes jours sont peuplés d'amis et ma famille est toujours très présente. Mon métier a bien évolué et me demande beaucoup de mon temps : j'ai repris il y a huit ans la direction d'un centre de formation dans lequel je continue d'enseigner. J'ai fait de l'étudiant la priorité de nos formation, laissant les enjeux financiers au second plan, mais cette politique semble aujourd'hui payante. J'ai composé mon équipe pédagogique d'enseignants avec lesquels j'évolue depuis des années, dans un climat de confiance et d'affinités. Puis j'ai lancé il y a bien longtemps déjà une troupe d'improvisation théâtrale qui, du statut d'assoociation est devenue professionnelle et embauche aujourd'hui à l'année une dizaine de salariés. Nous tournons dans la région et multiplions les interventions auprès d'entreprises, sans laisser pour autant nos spectacles de côté. Certains membres ont aujourd'hui embrassé une carrière de comédiens et commencent à se faire une vraie place dans le monde du spectacle. Je me vois vieillir avec parfois le regret de ne pas avoir fondé une famille mais la satisfaction de me lever tous les matins pour travailler, dans un contexte que j'ai aujourd'hui pleinement choisi.

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Voilà ce que pourrait être ma vie dans quinze ans. Ce sont des idéaux, pas des utopies. Ma vie sera peut-être aussi une combinaison de toutes ces vies... Ou toute autre.

***

J'ai cinquante ans. J'ai arrêté de fumer il y a plus de quinze ans. Mais je suis malade. Il y a trois mois, je suis sortie du cabinet de mon médecin traitant avec cette information : je présente les signes cliniques d'un cancer de la langue et de la gorge stade 4...

fumée

17 novembre 2009

Les blessures.

C'est un truc que tu ne voulais pas. Tu voulais te protéger parce que les blessures sont encore là. Tu avais ton armure pourtant. Tu ne voulais pas que ça puisse arriver. Puis un jour, tu pensais être assez forte, rétablie, tu t'es dit alors "pourquoi ne pas jouer ?" Et très vite, les vieilles douleurs sont ressorties. Tu as commencé à trembler, à attendre, à espérer. Pour le moment, simplement un rappel. C'est pas grand chose mais ça peut faire bien mal. Souviens-toi. Tu ne te méfies jamais assez.

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12 janvier 2008

Arc-en-ciel.

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Le boîtier est arrivé sous le sapin à Noël. Un des deux disques a été écouté trop vite ce soir là dans le brouhaha alcoolisé, puis bousculé dans le retour à la maison, au fond d'un panier. Il y a eu un départ, il y a eu un retour, puis il y a eu une rentrée, ce lundi matin trop terne où pour accompagner un trajet vers des heures de cours, j'ai glissé la galette blanche dans le lecteur de ma voiture. Ma voiture qui est devenue une bulle, l'habitacle une oreille.

C'est arrivé comme une force, une évidence, comme une enveloppe chaude et sensuelle. C'est devenu bousculant, parfois, surprenant. A sept heures et demi ce matin là, j'arrivais dans la salle des profs, un peu sonnée, toute pleine de cette chaleur, incapable de répondre à certaines questions de mes collègues, ailleurs et forte.

Depuis, ils tournent en boucle. Le noir a bien sur remplacé le blanc, et je suis contente de les avoir découverts dans cet ordre. Le blanc est irrégulier, rugueux, comme un alignement de cailloux de tailles et de couleurs différentes. Le noir a cette fluidité, ces harmonies qui hypnotisent et qui se répondent. J'ai tout de suite aimé Last Flowers. J'ai tout de suite retrouvé la logique de Reckorner et de Jigsow falling into place. J'ai été fasciné par All I need. Par ces puissances de basse, par ces désaccords évidents, par ces messages déconcertants. J'ai été bouleversée par la voix de Thom Yorke, par le plaisir évident du groupe qui transparaît dans chaque morceau, par ces rires et ces petits sons qui apparaissent parfois, comme une complicité. C'est comme un calque qui est venu se greffer sur ma vie cette semaine, comme un filtre, lui donnant cet éclairage orangé et intense. C'est comme des centaines de petites billes qui viennent rouler en moi à chaque fois, les unes contre les autres.

Plus il m'emplit, plus j'aimerais revenir au moment de la première écoute, de la découverte naïve. Je m'étais fait la même réflexion pour Hail to the thief. Les premières notes sont de grands sourires qui prennent toute leur force dans le temps.

On me dit souvent que Radiohead est un groupe pour dépressifs, que leur musique est chargée de tristesse, de mélancolie. Je n'ai jamais trouvé autant d'espoir dans de la musique, autant de puissance. Ils transcendent des émotions en leur donnant le relief que j'aimerais donner à mes mots au quotidien.  Ils prennent du noir pour en faire de la couleur. In rainbows.

Et au loin, comme un objectif après lequel plus rien n'aura d'importance, le 6 juillet à Arras, et quelques jours avant Werchter. Parce que Nîmes et Paris sont complets, et parce que si je m'écoutais je ferais toutes les dates...

Et la puissance des sonorités à venir trouve déjà dans ma poitrine une résonance tremblante et troublante.

in_rainbows_blanc

Reckoner 03:18 et le silence.

6 janvier 2008

Compte à rebours.

  • J'ai fait des lessives,
  • j'ai fait le grand ménage,
  • j'ai rangé mon linge,
  • j'ai remballé le sapin,
  • j'ai imprimé des photos pour les vingt ans de mon frère,
  • j'ai regardé d'un oeil distrait quelques épisodes de Prison break, parce que pas le temps faut y aller.
  • j'ai traité toutes les photos de ces quelques jours de liberté pour les mettre en lignes,
  • j'ai préparé ce devoir blanc pour demain,
  • j'ai commencé à lire ce manuscrit d'un ex-collègue, correction difficile et détaillée,
  • j'ai enfin envoyé ma nouvelle et tous les documents que j'avais promis aux participants de l'atelier d'écriture,
  • j'ai revu mes cours, trié quelques copies égarées,
  • j'ai guetté sur internet l'ouverture des ventes du Werchter festival pour compléter notre virée Radiohead à Arras.
  • j'ai enregistré ma semaine à venir dans un coin de mon cerveau,
  • j'ai envoyé des mails et passé des coups de fil pour mettre en place les heures de cours particuliers (je cumule maintenant  quinze heures en plus de mon emploi du temps habituel)
  • j'ai soigneusement rangé mes souvenirs et mes lumières de vacances dans un petit tiroir de ma tête tout douillet et accessible, pour pouvoir en piocher un si besoin est,
  • je me suis plongée dans l'univers sensuel et un peu magique de Murakami
  • j'ai téléphoné au garage, à l'assureur, au dermato...
  • j'ai écouté ces merveilleux morceaux de In Rainbow
  • il me reste encore pour ce soir à trier ma paperasse, à préparer mon courrier, à écrire quelques cartes de voeux, ces magnifiques cartes commandées sur le site MSF, il me reste à faire le vide, parce que demain...

... Demain commence une longue ligne rouge et droite qui va me mener jusqu'à mi-juillet, alors j'ai voulu faire le maximum les derniers jours, comme si j'allais rester en apnée pendant six mois, passant encore à côté de ma vie. Lu est restée chez mes parents, au vert, parce que demain, sans doute, Neb prend le large et va se mettre au blanc. Je vais rester seule pour affronter cette difficile semaine de lancement.  J'ai cette boule dans la gorge, parce que, oui, j'aime mon travail, mais j'aime aussi ma vie, et quand je travaille, je n'ai plus le temps de vivre. Pas le temps faut y aller.

caillou

13 janvier 2008

Chien blanc & poissons surnaturels.

Dernier jour seule, Neb rentre ce soir, dans la nuit. Curieux cette douce solitude paradoxale. Il me manque mais j'aime avancer seule. La semaine a filé, agréable et motivante. J'ai des images normandes derrière moi et l'énergie du boulot qui me transportent alors tout va bien. C'est juste le premier pas qui a compté.

Les réveils seuls sont encore des tortures, et durant les minutes qui suivent, je baigne dans une zone-frontière. C'est encore le cas ce matin : des couleurs et des lumières trop précises, des regards me poursuivent plusieurs longues minutes dans la lumière de la réalité.

Du soleil aujourd'hui, beaucoup de travail en vue (bulletins, correction de copies, lecture d'un manuscrit, mise à jour de sites, correspondance...). Lu est avec moi depuis hier, je suis allée le chercher chez mes parents, il y avait passé la semaine et m'avait beaucoup manqué aussi. Ce fut l'occasion puisque j'y étais seule pour une fois, d'une longue conversation avec mon père. Constructive et efficace. Quand j'ai quitté la maison dans la soirée, il m'a serrée contre lui et j'imagine, compte tenu de la rareté du geste et du caractère du personnage que cela correspond à quelque chose de très fort pour lui.

cordages

9 janvier 2008

Je suis un adverbe.

Bien. Trop. Évidemment. Affreusement.
Mes matins sont des cauchemars, devant mes yeux qui ne veulent pas s'ouvrir, des images sombres grésillent.

moussue

Mes yeux sont, cette nuit dans mon rêve, ouverts. Je viens de les ouvrir, comme un réveil intérieur, trop tôt.

Je suis pieds nus, sur un tout petit rebord, le visage face à un mur. Je sens le vide derrière moi, la vase sous mes pieds. La pierre devant moi est verte et gluante. Le mur devant, l'humidité et le vide derrière. Et je sens cette angoisse qui gonfle, immobile. Je me dis très fort dans ma tête qu'une fois de plus, bien sur, ce n'est qu'un rêve, mais la panique s'empare de moi, elle se faufile dans ce silence. Cette peur du vide. Il est derrière mais je ne me suis toujours pas retournée. Je le sens seulement. Et ma tête pivote pour découvrir l'horreur. Mon horreur.

Un cri strident dans mon ventre.

Je suis toujours sur le rebord mais derrière moi, je vois maintenant ce rectangle, plusieurs mètres plus bas : un rectangle d'eau vert sombre et autour, quatre murs qui l'encadrent, très hauts, recouverts de cette matière visqueuse. Un ciel gris et loin, trop haut. Plus loin, j'entends le ressac de l'océan, derrière les murs, où suis-je ? Je ne vois que ce rectangle dans la lumière blafarde, et sa profondeur, les abîmes, le néant. Ce rebord si petit ne me permet pas de me retourner, je ne peux pas bouger, je calcule mes gestes alors que mon corps me dit de fuir et l'angoisse me ronge. Mes mains se plaquent, mes ongles griffent le mur mais je suis prisonnière. Je veux crier mais ma bouche ne s'ouvre pas, elle ne s'ouvre pas, elle ne veut pas s'ouvrir, je crie comme bâillonnée par une main invisible et verte.

Et quand mes yeux s'ouvrent, ma bouche aussi. Je suis assise dans mon lit, hurlant de terreur, une bête qui me crispe et reste en moi pendant de longues minutes avant de me laisser épuisée, en larmes, à peine rassurée par ma réalité.

saint_malo

27 janvier 2008

Un mardi.

5h32 : Réveil toujours difficile, les cauchemars me poursuivent longtemps, sous la douche et dans la préparation de mes affaires, au radar.

6h58 : Engagée sur l'autoroute pour les quarante kilomètres qui me séparent de mon lieu de travail, engagée dans ma journée, file ininterrompue de camions sur la voie de droite, brouillard.

7h36 : Premier thé de la journée, je me brûle un peu la langue, comme toujours. Salle des profs obscure, je viens de loin et je suis toujours la première, la photocopieuse à côté de moi ronronne, s'échauffe pour son travail à venir.

8h21 : Retardataires de ma première classe de la journée qui n'ont pas pu se garer, un parking a été supprimé devant l'établissement, certains se garent très loin et arrivent tout essoufflés, tout penauds en franchissant la porte de savoir qu'il y a un remontage de bretelles en vue.

10h05 : Une pause. Entre deux paquets de photocopies anticipées sur les jours à venir, le ton monte sensiblement avec un collègue qui trouve que les quotas d'immigration représentent peut-être la solution. Je suis trop touchée pour réagir sereinement.

12h40 : Sandwich quatre saveurs devant un paquet de copies pour la classe de l'après-midi, le stylo rouge file sur la feuille, dessinant des arabesques furieuses entre les lignes d'hésitation.

13h28 : Grosse altercation de deux élèves, une fille et un garçon, dans les couloirs alors que je rejoins ma salle de classe. Je suis surprise par la violence des cris, le contenu des propos, les menaces. J'assiste à la scène du haut d'un escalier, pétrifiée par tant de haine, je ne parviens pas à bouger pour intervenir, comme toutes les personnes présentes qui restent bouches bées devant le spectacle : elle, collée au mur par la force des paroles qui lui volent en plein visage. Un collègue les sépare alors que la violence devient physique. J'apprends par la suite que c'est une histoire de rumeur lancée, ou de secret dévoilé, sordide et minable. J'en reste tremblante de longues minutes, avec beaucoup de difficultés pour prendre mon cours, alors que les élèves en face de moi ont déjà tourné la page de ce qui semble être pour eux une banalité.

14h30 : Remise de notes d'examens blancs. Elles sont mauvaises, j'aimerais qu'il en soit autrement mais la méthode n'a pas été appliquée. Des regards tristes et découragés , presque blasés accompagnent mes paroles jusqu'à la fin du cours.

16h33 : Conseil de classe. Comble de la journée, les deux délégués sont les personnes de l'altercation observée plus tôt. Le problème semble avoir été traité par la direction, mais la violence qui les oppose est palpable dans la pièce. Parfois, un regard entre eux fait presque jaillir un arc électrique.

17h45 : Je rejoins ma salle de théâtre dans le centre ville et la nuit est déjà tombée. J'aime y arriver tôt pour m'imprégner du lieu, les parquets qui craquent, les miroir qui couvrent le mur du fond, la résonance des hauts plafonds. Ce soir nous travaillons en musique, j'installe le poste et écoute certains de mes morceaux préférés en attendant l'arrivée du groupe.

20h02 : Travail du cri, de la pose et de la force de la voix. De circonstance au regard de la journée passée. A force de leur faire entendre leurs erreurs en les reproduisant, la fatigue qu'ils imposent à leur voix trop serrées, j'en viens à railler la mienne.

21h58 : Restaurant chinois, avec les mêmes personnes puisque nous en sommes à notre dernière séance de premier semestre. Je les découvre sous un autre jour, sous leur vrai jour. Ils sont eux-mêmes alors que je leur demande d'être autres en permanence.  Je perçois des regards complices, j'ai la chance d'avoir eu des personnes particulièrement intéressantes pour cet atelier.

23h07 : Retour, quarante kilomètres dans l'autre sens, en pilote automatique, sur une route trop droite.

1h11 : Réfugiée sous ma couette, je repasse les images de la journée comme tous les soirs, et je prends le temps de programmer mentalement la journée à venir. Elle vient trop vite...


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14 janvier 2008

Words don't come easy.

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Parfois l'envie d'écrire se fait si évidente que les mots se bousculent et que je pourrais arrêter sur le champs les activités en cours pour mettre sur le papier ce qui risquerait de s'envoler. Mon carnet brun a d'ailleurs toujours sa place dans mon sac, pour les urgences que je griffonne à la va-vite, sur un coin de table.

Parfois, comme en ce moment, je me trouve ridicule à continuer à mettre des mots ici, sur ces pages jaunes et virtuelles. J'ai cette image de la gamine avec son carnet rose et je me dis que j'ai passé l'âge de plier ainsi devant ce phénomène de mode, qui passera peut-être, sans doute avec le temps. Et quand nous serons vieux, nous dirons, nostalgiques : "tu te souviens, j'étais jeune et con, je roulais à l'essence, je regardais Ruquier à la télé et je tenais un blog".

Parfois, j'ai envie de remettre les mots sur le papier, pour toujours, juste pour moi. Envie de sentir la plume griffer le papier, envie de plus de sincérité, besoin d'aller au fond des choses, de l'encre plein les doigts.

Parfois, je veux donner aux gens que j'aime, juste par les mots, sans parler. Laisser une lettre sur une table de nuit, un papillon de papier sur un pare-brise, un mail dans une boîte sûrement vide, une carte de voeux à quelqu'un que je n'ai pas vu depuis des années.

Parfois, je voudrais vivre sans écrire, arrêter de réfléchir, de chercher les mots qui collent aux moments, et vivre pleinement chaque instant.

***

20 février 2008

Il y a certaines choses qui ne s'achètent pas, pour tout le reste...

Elle est omniprésente, tous les jours de ma vie.
Je sais que toute petite, elle était déjà là, j'ai souvenir de certaines de ses ritournelles.
Aujourd'hui, elle est toujours là, trop fidèle, trop présente.
Je la croise à tous les coins de rue.
Elle vient chez moi aussi, parfois même pour me réveiller le matin.
Les derniers temps, je trouve qu'elle hausse le ton, comme si elle avait peur qu'on ne l'écoute plus.
Elle m'a souvent fait rire, fait réfléchir aussi
mais j'avoue que les derniers temps elle m'agace.
Elle est même parvenue à me faire détester certains morceaux que j'adorais.

Ce qui m'agace, c'est sa capacité à être partout, à monopoliser le dialogue.
Je n'aime pas l'idée qu'elle devienne une source de référence, qu'elle impose des codes.
Je n'aime pas savoir que tout le monde la connaît,
qu'elle sait se faufiler dans les têtes de chacun, y compris dans la mienne.
Je n'aime pas le fait de me sentir "cerveau disponible" à cause d'elle...

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sors de ma vie !

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Diane Groseille
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