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Diane Groseille
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31 juillet 2015

Pourquoi j'aime un film...

J'ai lu il y a quelques jours déjà cet article très intéressant... Qu'est ce qu'un bon film ?

Puis plus récemment, cet autre qui questionne : à quoi sert le cinéma ?

Ils m'intéressent car ils viennent rejoindre nombre de mes réflexions du moment. Depuis quelques mois maintenant, je me livre à un marathon cinématographique. Je ne saurais dire comment j'ai vraiment sombré dans cette "déviance". J'ai toujours aimé le cinéma. J'ai toujours aimé basculer dans des univers, j'ai toujours aimé qu'on me raconte des histoires mais depuis quelques temps, c'est devenu bien plus. C'est une vraie dépendance, une "addiction". Je peux me morfaler plusieurs films par jour et le manque est ressenti quand je ne peux le faire.

Bien que souvent inquiète face aux écrans (la télévision, les smartphones, les ordinateurs...), j'ai sur les dernières années appris à me réconcilier avec les quatre bords plats du film, ces lignes qui délimitent une autre vie. Je fais entrer ce cadre chez moi, le plus souvent possible. Depuis l'an passé, c'est grâce à un videoprojecteur que je savoure. Mais j'aime aussi me blottir sous la couette pour visionner égoïstement un film.

En vrac, sans vraie réflexion en amont, voilà les raisons pour lesquelles je peux aimer un film* :

Je vibre plus fort, je chante à l'intérieur, je dessine les histoires, je dialogue avec les personnages... Je sais que le cinéma me nourrit, me guide, donne du sens.

psychose

*J'accompagne chaque élément de la liste d'un film représentatif de l'idée... Un parmi des centaines...

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20 juillet 2015

Des abeilles.

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Joli et très original cadeau d'anniversaire.

J'ai eu la chance cet été de suivre une formation apicole de deux jours en banlieue parisienne. J'ai adoré découvrir ou redécouvrir les mystères de la vie des abeilles. J'ai aimé les regarder évoluer, travailler, petites ouvrières infatigables. J'ai projeté et imaginé une vie ou je pourrais travailler à leurs côtés....

***

18 août 2015

Une certaine frugalité.

La Cigale, ayant chanté
   Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j'en suis fort aise :
Et bien ! dansez maintenant.

bouton-d'or

 

Je n'ai plus d'argent. Je suis à sec.

C'est pas faute d'avoir bossé. Comme la fourmi, (une fourmi du Nord qui aurait un problème de saison, sans doute une question de dérèglement climatique (ou hormonal)) j'ai travaillé tout l'hiver, levée à cinq heures trente, courageuse, voire téméraire, faisant face à la nuit, à la fatigue, à la mauvaise humeur de mes étudiants... pour mettre des petits sous de côté, pour pouvoir, comme chaque année, assurer mes arrières pour les longs mois d'été durant lesquels aucun centre de formation ne me propose de travail. Mais cette année, comble de La Fontaine, je suis une fourmi schizo qui devient cigale, quelle injustice ! Plus une graine, plus un kopeck, plus une thune, comme si j'avais chanté tout l'hiver, allez comprendre ! Je danserai bien maintenant, mais le coeur n'y est pas...

Voilà quelques mois maintenant que le constat est fait ! Un tour de passe passe de Lu qui change le sable en bouchon a contribué à couler le budget déjà bien fragile... Parce qu'être propriétaire, ça coûte un bras, et un bras de fourmi, ça pèse pas bien lourd, moins encore quand il s'agit d'un ravalement de façade à financer, et plus rien du tout quand le syndic' détourne une partie des fonds de travaux...

Alors après avoir chialé un peu quand même (oui, ça m'en a tiré des larmes, de pas avoir été capable de faire mieux, de pas avoir su anticiper, d'avoir fait tant d'efforts pour faire face finalement à cette montagne d'inquiétudes), j'ai pris ma misère en patience. Les lettres de la banque et les remontrances de mes créanciers surmontées, je relativise et y voit du positif. Oui, vraiment.

Je me dis, avec force de persuasion, que le bonheur, c'est bien peu de choses. Et, bravant courageusement la mécanique bien rodé de l'imaginaire collectif, je fais le choix (enfin, bien forcée quand même), de revoir mon mode de consommation. Consommer moins, consommer mieux.Et aller vers une vie plus simple.

A vrai dire, cela faisait quelques temps déjà, peut-être bien dix ans, que cette réflexion était enclenchée et que je ne me sentais plus soumise aux diktats de la grosse machine. Les temples de la consommation ne m'attirent plus depuis un bail, la publicité m'agace plus qu'elle n'exerce sur moi son pouvoir de persuasion et je ne vois pas dans les marques les références absolues qu'on veut bien nous faire gober. Mais pour aller plus loin, la frugalité exige encore davantage de réflexion.

Car oui, il s'agit bien de frugalité. Les consonances du mot sont charmantes et d'ailleurs on le voit fleurir un peu partout. A ce sujet, deux articles, que je trouve riches et justes, dont la lecture ouvre le champs des possibles :  "J'ai testé la vie sans argent" et "La Tentation de la frugalité" issu de l'intéressant Clé

J'ai donc mentalement listé pour moi, à mon échelle, sans prétention pour commencer, des choses que je pouvais envisager à moindre frais, des petites modifications. Je vois finalement derrière ce coup dur, une nouvelle opportunité de repenser notre façon de consommer et de vivre. Il ne s'agit plus cette fois de consommation au sens classique, mais davantage de mon rapport aux loisirs qui, de plus en plus, sont objets de consommation.

  • Acheter moins, acheter mieux : penser chaque achat dans sa globalité : "En ai-je vraiment besoin ? Que deviendra cet objet, ce produit, ce vêtement ?". Établir un rapport au bonheur et au besoin. "Est-ce que ça me rendra vraiment heureuse  ?" Dans cette optique, nous avons par exemple opté comme plusieurs de nos proches pour des paniers de fruits et légumes issus de la biodynamie locale. Rien n'est à jeter, tout se consomme et peu de ces produits n'ont d'impact carbone. Nous découvrons de nouveaux légumes et nous cuisinons au fil des saisons.
  • Réparer, raccommoder, recoller, repenser les objets au lieu de les jeter.
  • Repenser le bonheur, les loisirs, les sentiments, le partage comme des valeurs (que la publicité, la société ont transformé en biens de consommation). Partager avec des amis peut se faire (et nous l'avons testé maintes fois cet été) autour d'un pique nique
  • Ramasser : alors là oui, petit délire perso issu d'une réflexion assez récente. En balade avec mes deux chiens, je suis étonnée de tout ce qu'on peut trouver au sol : des objets jetés, boudés, perdus, oubliés. Certains abîmes ou hors d'usage, mais la majorité intacts. Parfois des objets insolites. Récemment,  m'est venue l'idée de les récupérer, de les nettoyer, de les "désinfecter" même et de leur trouver un rôle, une place, aussi décalée soit elle. Leur donner une seconde vie.

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Je suis étonnée alors que je mets en application quelques unes de ces idées de voir le regard de mes proches, de mon entourage changer. On se trompe souvent quant aux motivations, quant au sens. On voit derrière ces choix un panel de raisons auxquelles je ne m'attendais pas : radinerie, loufoquerie, délire new age, écologie de comptoir... Ça me semble juste une évidence, une cohérence. Je me sens en accord avec moi même et mes choix.

Sans doute que je n'invente pas grand chose ici, si ce n'est rien du tout, le mouvement de la Décroissance agit et réfléchit dans ce sens depuis des années. Mais j'adopte tout doucement ce nouveau sens. Petit à petit, je me sens consomm'actrice et je veux raisonner, tout comme ma façon de m'alimenter, ma façon d'acheter.

Je finis cette réflexion avec la bande annonce du très beau Into the Wild. Qu'on se rassure, je ne compte pas finir mes jours dans un bus...

***

31 décembre 2015

Tzara.

Visite hier de l'exposition de l'ingénieur de la spontanéité, Tristan Tzara au musée d'art moderne de Strasbourg : ouverture du champs des possibles, stimulation de créativité, réflexions autour de l'écriture, du dessin, de l'improvisation...

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« Ce que nous voulons maintenant c’est la spontanéité. Non parce qu’elle est belle ou meilleure qu’autre chose. Mais parce que tout ce qui sort librement de nous-mêmes sans l’intervention des idées spéculatives, nous représente. Il faut accélérer cette quantité de vie qui se dépense dans tous les coins. L’art n’est pas la manifestation la plus précieuse de la vie. L’art n’a pas cette valeur céleste et générale qu’on se plaît à lui accorder. La vie est autrement intéressante. »
«Conférence sur Dada», Tristan Tzara.

29 juin 2015

Tom et l'autofiction.

Mes vacances débutent officiellement dans quelques heures. Demain midi exactement. Le mois de juin fut difficile, comme chaque année. Je ne sais pas trop l'expliquer. C'est toujours une tension que de travailler en pointillés. J'ai eu beaucoup de temps pour moi, sans trop savoir comment l'utiliser. Parce qu'il y a toujours cette attente, que je ne sais pas gérer. Je me retrouve épuisée par mon impatience.

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Durant ces longues journées de juin, souvent vides, je prends plus de temps pour lire. Et j'ai des projets de lecture bien trop ambitieux pour cet été. Dans les stocks de mon homme, en tant que dame de compagnie lors de dernières expositions, j'ai picoré des dizaines de livres qui s'entassent au pied de mon lit.

Je lis en ce moment Tom est mort de Marie Darieussecq. J'ai acheté ce livre sur des puces, à 1€, un jour de grand soleil, dans un des plus beaux village de France, en vue des vacances à venir, parce que le titre était simple, la couverture était blanche.

Je suis entrée très vite dans ces mots. Une femme écrit dans un cahier dix ans après la mort de son fils. Elle livre ses réflexions, naturelles et authentiques, crues et violentes. Elle décortique le vide laissé par la mort, par l'accident, elle parle du néant qui suit, de la difficulté de vivre sans l'enfant. Je lis les premières pages et j'interromps ma lecture. Un peu sonnée, je me sens voyeuse dans cette lecture bouleversante, face à tant d'intimité, d'impudeur, de souffrance. Il faut que je vérifie si ce récit si "vrai" l'est vraiment. Il me faut quelques secondes pour qu'un moteur de recherche me livre le mot "autofiction". Bien sur, je poursuis ma lecture, mais je suis dérangée. Ce petit Tom qui n'est plus, n'a en fait jamais été. Je me sens un peu trahie. On m'a sali le fameux pacte autobiographique...

Je pense à Tom et me vient cet autre Tom, le Tom de Xavier Dolan, lui aussi fasciné par la mère, lui aussi objet de fiction dans ses propres films.

Je réfléchis beaucoup à l'importance d'écrire pour soi, d'écrire sur soi... Et je lis...

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24 juin 2014

Les Crados.

Message virtuel d'une vieille réac' à la jeunesse :

Lycéen, que tu sois fluo, plâtré, blond décoloré, coiffé/décoiffé, hipster ou autre, tu soignes ton style et tu penses que jeter tes détritus de bouffe (paquets de chips, canettes et autres boîtes de pizza) dans les buissons fait de toi un(e) rebelle glamour et chic. Saches qu'aux yeux de beaucoup, ce geste revient à faire caca en pleine rue ! Alors, sexy ?

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12 octobre 2014

De la vigne.

Un week-end pour moi. La bonne conscience qui veut que j'avance sur mes projets polymorphes est en pleine lutte avec ma procrastination glandeuse qui pourrait me clouer au canapé deux jours durant. Première journée écoulée, je suis malgré tout satisfaite de l'avancée des choses...

Cette nuit fut réparatrice. De celles où je me réveille blottie dans une position identique à l'endormissement.

Des images de vignes aux couleurs chaudes et saturées me restent sous les yeux. Des coteaux qui dominent la ville, des amis avec moi, ou des connaissances qui deviennent alors des amis (un ancien élève par exemple). Une boutique dont la devanture vend/vante toutes sortes de produits étalés sur des tissus. Une attente. Je pense que je n'ai pas pris mon violon alors que j'ai cours, que c'est dommage. Mon appareil photo, extension de moi-même, est bien là, mais il ne m'obéit plus vraiment* : un papillon très bleu qui contraste fortement avec tout ce décor de feu se pose sur l'objectif et je tente vainement d'en capter l'image.

Plus tard/tôt, je suis sur mon vélo, nue comme un ver, et je pédale sur des artères très fréquentées (axe routier, voie d'insertion d'autoroute). Je me dis alors que je n'ai sûrement pas le droit de monter sur l'autoroute à vélo (mais je ne m'inquiète pas de ma non-tenue). Je me retrouve dans un garage ou un parking souterrain et je veux m'habiller. Des gens me croisent, leurs regards insistent sur mon corps, ils rient. On vient me chercher. On me mène dans un petit local vitré, on m'impose des explications, maintenant qu'on m'a trouvée. Je réalise vite que ça n'a rien à voir avec ma nudité mais qu'il s'agit d'une faute que j'ai commise. Je ne sais plus laquelle. Un crime ? Un meurtre. Je pense à chercher mes chiens, ils sont seuls, il faut que je les aide, je ne peux pas les oublier. Lucien est là, comme souvent, un soutien, une présence.

Plus tard/tôt, je suis dans une chambre, couchée dans un lit et plusieurs personnes que je connais très bien sont là autour de moi (lui entre autres). Je suis recouverte d'épaisseurs de draps blanc éclatant. Entre alors une soigneuse. Elle soulève les draps pour accéder à mon intimité. Je supplie les gens dans la pièce de ne pas bouger, j'ai si peur qu'ils me voient ainsi. Pourtant, l'idée de traverser la ville nue sur un vélo ne me dérangeait pas, il me semble que je militais pour quelque chose, qu'il y avait une revendication saine.

Noter mes rêves les derniers temps me fait du bien. Je vide mon esprit et je sollicite ma mémoire. Je m'apprète maintenant à aller travailler, débarrassée d'une bonne partie de ces constructions nocturnes.

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*il filme alors qu'il n'a jamais eu cette fonction et je cherche longtemps comment rétablir ce que je connais. Il est dans mes rêves un prolongement de mon corps, un troisième oeil, une mémoire. dans mes rêves seulement ?

25 mai 2015

Episodes.

Chaque année, le programme de mes étudiants de BTS change. Je prends un plaisir certain à faire, à partir du mois de février (date d'annonce du BO), des recherches plus ou moins poussées dans le but de construire une progression cohérente pour mes étudiants. Depuis quelques semaines, je connais le nouveau thème de l'an prochain : "je me souviens". Trois mots. Vaste question, problématique aux mille secrets, étendue d'eau aux vaguelettes clignotantes.

La question me taquine des réponses personnelles. Me viennent des paroles, des lieux, des lumières, des rencontres, des fragments. Tout ce qui compose le "avant" et qui construit le présent. Puis aussi ces questions inscrites en chacun de nous : comment fonctionne la mémoire ? Tant de souvenirs sont effacés, pourquoi certains, si insignifiants, restent-ils ?

Alors que j'évoque ce fameux nouveau thème avec certains de mes étudiants, l'un d'eux me parle d'une information qu'il dit avoir entendue concernant les mécanismes du souvenir. On se souviendrait des souvenirs : on ne se souvient pas vraiment du moment vécu, mais de toutes les fois où s'en est souvenu. Et à chaque fois, on aurait ancré le souvenir un peu plus profondément dans notre mémoire, en modifiant peut-être certains détails, en n'en retenant qu'une partie. Je ne parviens pas à trouver confirmation, mais l'affirmation viendrait expliquer certaines lacunes...

Souvent, je constate que les souvenirs des autres ne sont pas les miens. Excellent exemple : ma sœur, avec laquelle j'ai sans aucun doute un patrimoine de souvenirs communs conséquent, me livre souvent des détails qui lui sont restés, avec beaucoup de précision. Je suis concernée, j'étais là, mais je n'en ai pas la trace. A l'inverse, certaines choses me restent avec certitude, mais elle ne s'en souvient pas... pourquoi ?

Et bien sur, dans ma quête de réponses, de pistes, d'idées, je passe par Perec et son Je me souviens. Et je le trouve toujours aussi percutant, là où d'autres verront du néant, du creux, du vacant.

Alors, comme lui, je décide, avec cette apparente désorganisation, de lister ce qu'il reste quand les évidences sautent. Un moment, une minute. Une image, un message.

  • Une journée d'été, devant l'église du village. Une cérémonie. Toute la famille est présente. Un baptême ? Un mariage. J'ai quelques années. Ma sœur porte une robe jaune pâle avec de larges poches, et de petites socquettes blanches. Elle fait la moue.
  •  La petite chambre rue des frères lumières, le ficus, le chinois et la lame. Ma soeur se coupe avec un couteau à bout rond.
  • Les montagnes corses, une tente igloo sous une pluie d’orage qui s'éternise. Neb et moi, lisant le journal, alors que les gouttes crépitent sur la toile.
  • La rue Charles Grad. A quelques dizaines de mètres de mon appartement actuel. Petite enfance, alors que je venais rendre visite à mes grands parents. L'appartement, au rez-de-chaussé, sentait toujours l'eau de Cologne et la lavande. La petite cuisine donnait sur des jardins, un évier blanc et éclatant de lumière sous la fenêtre.
  • Le jardin au printemps, la recherche des œufs de Pâques dans les herbes hautes. La lumière si particulière dans la rue, contraste sur le mur sombre de Violette.
  • La cave de la salle des fêtes avant le spectacle. Effervescence. Odeur de moisissures et d'alcool. Nous sommes déguisés, la scène nous attend. Nous traînons dans les couloirs, le trac y traîne aussi. Nous sirotons des oranginas, bouteille en verre avec une paille.
  • Le mercredi après-midi de catéchisme, on se retrouve chez Madame F., dans son salon, pour parler de Dieu, de la bible, de comment il faut aimer son prochain. On prépare la communion. J'ai sept ou huit ans. Ce qu'il me reste, c'est cette odeur fétide, infecte, insupportable, qui emplit l'air de sa maison, et qu'il me faut endurer, des heures durant.
  • La terrasse de Rimbach, Christophe, la nuit, un soir d'été, il me prend dans ses bras. Nous avons bu, nous avons parlé, mais ce qui reste, c'est ce mouvement de nos corps qui viennent se chercher. C'est une parenthèse qui aurait pu s'ouvrir, mais il est rentré se coucher. je suis restée sur cette terrasses, dormir à la belle étoile, ma chaleur sur le carrelage froid.
  • Ma mère est assise dans un fauteuil de notre salon, il fait nuit, c'est l'hiver, elle épluche une orange, sa bouche fait une petite moue.
  • Un chemin sombre, la nuit dans la forêt. Nicolas et moi, en Ardèche. Les jeunes que nous encadrons doivent dormir. Nous sommes là, sous les arbres, nous nous embrassons, pour la première fois.
  • Je suis dans ma voiture, au volant, ma sœur est assise à côté de moi. Je lui avoue, parce que j'ai besoin de le dire, que je vois deux hommes en même temps.
  • Sur la même route, presque au même embranchement, trois ou quatre ans plus tôt. je suis à la place du passager, mon père roule. Son téléphone sonne. J'apprends que je passe le rattrapage du bac.

{Je réalise en parcourant mentalement mes souvenirs et en leur trouvant ici une place que derrière l'apparente facilité de l'exercice de Perec, il y a un vrai enjeu. Mes souvenirs sont finalement plus des sensations que de vrais moments. Il me reste des couleurs, des sons, un toucher, une note de musique, un cliché plus qu'un vrai déroulé d'action. Il me reste des notions, des impressions répétées, confirmées, plus qu'une mémoire du moment}

{En me prêtant à l'exercice, je trouve également confirmation de la "thèse" de mon élève : ce qui me reste, c'est ces souvenirs que j'avais déjà pris le temps d'évoquer (pour moi-même, car il sont synonymes de moments joyeux / avec d'autres parce qu'ils font rire, parce qu’ils marquent...). Je me souviens de mes souvenirs. C'est une photographie, ou des épisodes sur lesquels j'ai déjà pu écrire qui me reviennent en premier. Je préserve ici l'ordre dans lequel je les note, pour aller plus avant dans le jeu de la recherche. Quelle part d'invention, de modification, de fiction se greffe sur ces souvenirs sans doute mille fois ressassés ?}

{Je tente de poursuivre en faisant l'effort d'aller vers ces éléments sournois, ces images isolées, ces phrases, des pages qui sont toujours là, sans qu'elles n'aient forcément de sens, sans que je puisse expliquer pourquoi elles sont restées}

  • Dans la cour du lycée, on me tend quelque chose à fumer. J'ai 15 ans, je tire quelques bouffées, curiosité.
  • Un restaurant en Vendée, le long de la route côtière, des vitres immenses pour ne pas perdre un instant de la vue. Mon frère est tout petit. Je sens mes parents heureux, attentifs à tout notre bonheur.
  • Un autre restaurant, sombre et terne, des tables en bois. L'impression que le sol de ce restaurant est plus bas que le niveau de la route qui passe juste devant. Les fenêtres étroites laissent entrer un jour malade. Ma mère ce jour là raconte une blague. Ce doit être drôle car tout le monde rit. Je suis choquée de l'entendre utiliser des termes grossiers qu'elle n'utilise jamais. Non pas que je ne connaisse pas ces mots, ils sont courant dans la bouche de mon  père, mais pas dans la sienne.
  • Première visite chez Anna en Italie. Les murs sont blancs de chaux, elle y a accroché des centaines de clés anciennes (je reproduirai trente ans plus tard, sur le mur de mon appartement). J'ai un souvenir d'une maison bohème, des canapés couverts de tentures, des dalles de carrelage couleurs brique, peu de décoration, beaucoup de lumière, une maison suspendue sur une colline. J'y retourne des décennies plus tard. Je ne reconnais pas cette maison dont chaque surface plane est alors recouverte de bibelots.
  • Mes parents se sont absentés quelques jours et nous ont confiées moi et ma sœur à des amis. Ils n'ont pas d'enfants et veulent bien faire avec nous. Je me souviens que ce soir là, je ne mange pas ou peu. Dans la nuit, ma sœur et moi couchons dans un clic-clac. J'ai faim et je pense à ces sandwichs ignobles que l'on nous donne lors des excursions scolaires. J'ai tellement faim que même cette image me met en appétit, jusqu'au petit matin.
  • Les bords du lac de Lausanne, les tribunes d'un cinéma en plein air. Mon amie J. Ma "meilleure amie", nous fumons des cigarettes dans le soleil couchant. Je nous dessine dans un petit carnet, naïvement, avec des traits volontairement enfantins. Nous écrivons notre amitié sur un cahier, sur les bords d'un paquet de cigarettes. Un jeune homme qui doit avoir notre âge, plus bas dans les gradins, attire mon attention, ses cheveux sont longs et blonds. 
  • Dans le jardin de l'autre grand mère, sous de grands arbres qui font un peu de fraîcheur pour soulager l'été. Elle nous donne des glaces qu'elle a fait en écrasant des fruits dans du lait, dans de petits bocaux en verre qu'elle a placés au congélateur. La glace est très dure et nous aimons gratter ses bords pour satisfaire notre gourmandise impatiente.
  • Méribelle. Une station de ski en plein été. Hors saison. Je suis adolescente, nous logeons dans un tout petit appartement dont les fenêtres donnent sur des étendues vertes à perte de vue. Un soir, nous regardons la télé, je suis couchée en culotte sur un lit, mon ami B. est près de moi.
  • A propos de B., je me souviens à la même époque de siestes sur le canapé de ses parents. Enlacés, nous ne nous posions pas de questions.
  • Quelque part en Bretagne, R. et moi faisons le tour de la région en stop, nous sommes à peine majeurs, nous savourons le goût nouveau de la liberté, de cet amour naissant, de cette solitude conjuguée. nous nous sentons adultes sans l'être vraiment, nous avons l'impression de parcourir le monde.
  • Des cardamines, un pré, un jour de fête en famille, dont je me suis échappée pour parcourir cette nature printanière. Ce souvenir est celui que je considère comme le plus heureux car souvent, il me revient. Je me demande aussi souvent si, tel quel, il a vraiment existé.

{Comment se fait-il que ceux là restent ? Où sont passé tous les autres ?}

{Quels sont les éléments déclencheurs : comment expliquer que ponctuellement, sans raison, ils reviennent, ils refont surface}

{Souvenirs dénaturés ? Corrompus ? Après avoir listé ici, à la recherche de transparence et de sincérité, je me demande s'ils sont authentiques, si la tête n'est pas une fabrique de potentiel à se souvenir}

{Ma mère depuis quelque temps, depuis qu'elle a le temps, passe des heures à chercher dans le passé. D'abord par des recherches de généalogie poussée, elle invoque nos ancêtres pour faire figurer leurs noms sur des belles feuilles de papier épais. Puis aussi, comme moi, elle écrit : ses souvenirs de jeunesse, les souvenirs de sa mère. Puis elle nous raconte énormément de choses (souvent plusieurs fois, avec les mêmes mots, sans doute ces mêmes mots qu'elle a utilisés après les avoir longuement cherchés pour écrire ces mêmes souvenirs). Je vois dans ces "exercices" la dénaturation évoquée plus haut. A force de vouloir se souvenir, elle a sélectionné, digéré puis ruminé ces mêmes épisodes. Que sont-ils alors devenus ? Des espèces de cartes postales d'un instant ? Puis je pense forcément à ses parents, mon grand père décédé en 2001 avait perdu des pans entiers de sa mémoire : il ne savait plus qui étaient ses proches mais se souvenait de plein de petits détails du quotidien. Ma grand-mère, aujourd'hui en maison de retraite a elle aussi perdu progressivement ses repères, le présent d'abord (l'heure qu'il est, est-ce qu'elle a déjà mangé...) puis le passé...}

{La lumière est souvent présente dans ces bribes, est-ce que, comme pour une photographie, elle est ce qui fixe un instant ?}

{Récemment, j'ai vu le très beau Still Alice avec une Julianne Moore exceptionnelle. Il fait forcément écho à Se souvenir des belles choses. Et l'un comme l'autre inquiètent}

***

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Je choisis d'illustrer ces réflexions avec cette flamme, photographie d'une torche suédoise un soir de Noël, il y a des années.

Cette flamme est à l'image du souvenir. Ephémère mais vive.

***

Je laisse à l'état d'ébauche ces réflexions, je les partage pour venir sans doute les compléter par la suite.

 

22 septembre 2015

Des amis.

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Un après-midi d'été, tout occupée à tambouiller, j'ai écouté le podcast de cette émission sur l'amitié, sur l'amour. Qu'est ce qu'aimer ? Quelles sont les frontières ? Qui est l'ami, l'amoureux, l'amant ? Des témoignages amusants, pertinents, forts...

Je n'ai pas toujours eu d'amis. J'ai connu des périodes de ma vie où ils étaient absents, ou peu nombreux, ou distants. Sur ces périodes, peut-être que moi-même j'étais absente, éparpillée, distante.

Enfant, j'ai beaucoup trainé dans les jupes de ma mère. Je me fiais à ceux que je connaissais déjà, les voisins, les copains d'école. Mais je n'ai jamais su aller vers les autres. Je crois que ma mère me transmettait une espèce de crainte. Pourtant nous étions très entourés, mes parents étaient très impliqués dans des projets associatifs, il y avait toujours du monde. Il y a quelques jours, j'ai repensé à ça, alors que j'étais installée dans un parc pour un concert avec des amis, justement. L'une de ces amies était là avec son petit garçon, un adorable petit gars, métis, très poli, très calme. Il a mangé sa salade de riz, sagement installé sur son plaid, a écouté les discussions obscures des adultes et quand sa maman lui a dit "tu peux aller jouer maintenant", il a bondi, comme s'il attendait ce signal, et s'est précipité vers le petit groupe d'enfants qui jouaient là, un peu plus loin. Je demande à sa mère "tiens ? Il les connaît ?". "Non pas du tout" me répond-elle naturellement. Et pourtant, comme la plupart des enfants, en quelques secondes, il adoptait leurs codes, leurs jeux, leurs prénoms... Je n'ai jamais su faire ça, d'où me venait alors cette crainte ?

Je me souviens de ma peur, jeune collégienne qui entrait en 6eme, de ne connaître personne. Dans ma classe. Dans la cour. A la cantine. Y penser m'empêchait parfois de dormir et quand je sombrais dans le sommeil, il était agité de rêves angoissants. Pourtant j'étais entourée. Mais l'idée que mes amis puissent être absents me paniquait.

Plus tard au lycée, j'ai perdu de vue mes amis du collège. Il a fallu se faire de nouveaux amis. Cela m'a demandé des mois et des efforts considérables. J'ai souvent perçu les autres comme extrêmement différents de moi. J'ai négocié avec mes parents pour ne plus manger à la cantine, tant l'idée de devoir me tourner vers des inconnus me dérangeait. J'ai alors erré pendant des mois, solitaire, dans les bistrots du coin, dans les salles d'étude, à lire, à écrire, en mangeant froid, dans l'attente de la reprise des cours de l'après-midi. Puis au printemps de mon année de seconde, j'ai enfin su créer des liens, taisant ma méfiance. Ce sont d'ailleurs les autres qui ont fait cette démarche, qui sont venus vers moi, qui ont su m'apprivoiser.

En fac, c'est le même scénario qui s'est reproduit, encore. J'étais partie pour une ville nouvelle, pour suivre celui que j'aimais alors. Je me sentais seule et toujours différente. Je me limitais à des échanges polis dans le cadre des cours. Rarement, j'allais boire un verre avec quelqu'un ou je sortais au cinéma. J'étais alors très tournée vers ma vie de couple, premier amour fusionnel. Il a fallu que cette relation prenne fin pour que je créé à nouveau, par la force des choses, un réseau, des relations, qui sont devenus des amis. Là aussi, ce sont eux que j'ai fini par laisser venir vers moi, ils ont fait cette démarche de venir me chercher...

J'ai souvent perdu des amis. Souvent par la force des choses. Enfant, adolescent, on change si vite. Parfois aussi, parce que je me suis sentie trahie. D'autres fois, sans raison, sans comprendre et c'est peut-être le plus dur.

Aujourd'hui, je peux dire sans me tromper que j'ai des amis. Beaucoup. Des personnes sur lesquelles je peux compter. Des relations qui ne sont pas artificielles. Ma vie sociale est épanouie, plus qu'elle ne l'a jamais été. Je suis moins méfiante, et je crois que c'est simplement car j'attends moins de ces relations. Je prends mes amis comme ils sont, avec leurs différences, leurs erreurs, leurs défauts. Et je crois qu'il savent en faire de même.

Parfois, j'ai eu des "coups de foudre amicaux". Oui. Une personne rencontrée dans un contexte où rien ne se prêtait à l'amitié. Une rencontre rapide, une relation qui aurait pu être superficielle ou éphémère. Pourtant l'alchimie opère. Un rire, une façon de se positionner, un regard, l'amorce d'un dialogue... peuvent suffire à établir une curiosité, un intérêt, le point de départ de la confiance. Ce fut le cas avec Karim, en 2009. Je vivais une rupture, il était sur le point de se marier. J'ai été invitée à la cérémonie. C'est grâce à lui que j'ai rencontré Gab.

Mon ami est pour moi celui qui me respecte, celui qui me soutient, celui qui rit des mêmes choses que moi, celui qui peut se moquer de moi, celui qui écoute, celui qui donne, celui qui partage. Il est précieux. Il est un cadeau. Il est une richesse.

***

6 juin 2015

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

Cheveux attachés, assise sur un banc, mains plaquées sur le bois, dos droit. Attente.

Souvent les derniers temps, je n'ai pas mon âge.

Souvent les derniers temps, je suis bien plus jeune.

 

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I

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,

Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !

- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !

L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;

Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -

A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon

D'azur sombre, encadré d'une petite branche,

Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond

Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.

La sève est du champagne et vous monte à la tête...

On divague ; on se sent aux lèvres un baiser

Qui palpite là, comme une petite bête...

III

Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,

Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,

Passe une demoiselle aux petits airs charmants,

Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,

Tout en faisant trotter ses petites bottines,

Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...

- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.

Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.

Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.

- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire... !

- Ce soir là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,

Vous demandez des bocks ou de la limonade...

- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans

Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

 

Arthur Rimbaud - 29 septembre 1870

13 février 2015

Le lecteur.

Une salle de classe, quinze élèves, des têtes baissées sur des copies qui viennent d'être distribuées et qui seront ramassées. Un contrôle de lecture sur le livre de Philippe Claudel, La petite fille de Monsieur Linh. Une vingtaine de questions simples pour qui a lu. La première, un cadeau, pour y répondre, on n'avait même pas besoin d'ouvrir le livre (que je suis gentille et bienveillante !) : il faut me donner le nom de l'auteur. Un élève lève la tête et avec toute sa sincérité me beugle " Mais Madame, vous aviez pas précisé qu'il fallait lire la couverture !"

Je fais un métier formidable.

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2 avril 2014

Ménage de printemps.

J'ai changé le fond, un peu la forme. Puis j'ai comme d'habitude envie de revenir écrire plus souvent. Mais je trouvais le "lieu" un peu poussiéreux. Alors j'ai mis de l'ordre et du frais. Puis m'est venue l'idée de trier mes "liens". Toute cette colonne de droite sur laquelle je cliquais frénétiquement fut un temps. Drôle d'impressions... De constater que certaines pages n'ont pas changé, qu'elles continuent à avancer, ou qu'au contraire, elles se sont éteintes, épuisées. J'ai supprimé une bonne partie. Ça m'a fait comme de jeter de vieille boîtes pleine d'une correspondance passée. Je laissais ces liens inactifs ici, comme tous ces objets que je garde (ticket de métro, places de concert, mots doux sur une serviette en papier...), comme une trace de mémoire.

J'ai commencé à écrire ici il y a dix ans cette année. Le format était alors révolutionnaire. Mais dépassé aujourd'hui, par les réseaux sociaux et toutes ces communautés virtuelles bien plus avant-gardistes. Pourtant, je veux maintenir Diane en vie. Je lui trouve presque un charme et peu désuet.

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4 avril 2015

Nous entendons dans les rêves ce que dit la matière...

Mes rêves sont, les derniers temps rassurants, épais et très heureux.

***

Il y a deux jours :

Je vole, c'est une évidence, je vole !

Sur ma tête, un chapeau de soleil, aux larges bords. Dans mes mains, de longs crayons en bois souple. Le sol s'éloigne sous mes pas. Je me dis, comme à chaque fois, que c'est facile. Et je me demande encore pourquoi je ne vole pas plus souvent. La sensation est si agréable.

Je survole des lieux qui me sont familiers, ceux de mon enfance. Les personnes que je vois en contre bas de mon vol, sont mes amis qui me sourient. Ils ne peuvent pas voler mais ne semblent pas étonnés que je le fasse.

Plus tôt, dans le même rêve, je faisais la fête dans une grande maison de bois construite sur une petite crique, au dessus d'une plage. Mon père, des amis très proches, du rire, de l'insouciance.

***

Cette nuit, l'endormissement est difficile, je me suis coincé un nerf en faisant des acrobaties hier soir, lors de mon atelier du jeudi. Je peine à trouver une position confortable, le sommeil se fait attendre... Pourtant, dans la nuit, je voyage.

Je suis dans une rue de M. Une rue que je traversais souvent autrefois, lorsque je vivais encore là-bas. Dans cette rue se trouvait le garage où je laissais ma voiture. J'ouvre une porte, cette même porte qui menait à mon emplacement de parking. A l'intérieur, tout a changé. De petits espaces sont aménagés, de très petits espaces (sans doute quelque chose à voir avec les "capsules" des hotels japonais). Des gens sont installés et jouent, ou regardent la télévision. Certains dorment, ou font l'amour. Je me joins à certains, j'échange du plaisir, naturellement. Je retrouve d'ailleurs Rémi, un camarade de classe que je n'ai pas vu depuis des années. Nous faisons l'amour dans l'une de ces petites alcôves.

Je déambule ensuite dans des couloirs, je descends des escaliers et je me retrouve dans un hall désert, dont les baie vitrées donnent sur la nature. Une nature vierge et sauvage. J'avance dans cet espace et les vitres sont maintenant autour de moi. A ma gauche, je découvre une forêt majestueuse et sombre, de grands sapins bleus. A me droite, ce sont des prairies à perte de vue, très lumineuses. Et devant moi, alors que je m'avance vers la dernière vitre, je découvre une pinède. de grands arbres parasol donc les troncs secs et noueux dessinent des courbes irrégulières. Au sol, plusieurs bassins d'eau pure et profonde appellent à la baignade...

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eau

Voler encore. Toujours de l'eau, encore ces eaux rassurantes, apaisantes.

23 août 2015

Encore le temps.

Je relis avec le sourire cette note écrite durant la course hivernale. L'idée même d'avoir alors un peu de temps pour moi était un fantasme. Je viens de passer mon après-midi pluvieuse dans ma cuisine. J'y ai fait des expériences, des tentatives : mon premier fauxmage, du gomasio, une rectte de haricots mijotés, une purée de céleris... J'ai aussi rangé, trié, mélangé, goûté. Gabriel a travaillé dans la chambre bleue, maintenant, il lit. Le soleil de ce matin a vite laissé place à la pluie et la fraîcheur (un temps de rentrée m'a dit Gab)... Et au temps pour soi : lecture d'un article, écriture d'une note rapide, écoute d'une émission de radio...

Dans quelques jours seulement, déjà, je reprends les cours. En douceur, avec quelques heures pour commencer. Mais tout va aller très vite, comme chaque année, avec pas mal de nouveautés. A bien regarder derrière moi, les quelques semaines écoulées ont été joyeusement remplies, de lumière, d'amitiés, de partage, de découverte, de nouvelles expériences... de tout ce que mes trop pleines journées d'hiver ne me permettaient pas de faire...

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***

24 septembre 2015

I think I'm allergic to morning.

Course du matin. Sensation dégeulasse quand tu sautes de ton lit et que tu sais que de toute façon, il va falloir faire des choix : tu ne pourras pas tout faire avant de partir bosser. Priorités : la douche, trouver des fringues correctes, rassembler les affaires de cours qui te seront indispensables. Tu oublies l'idée même de ton thé et de la lecture des infos que tu t'accordes d'habitude. Passer par la case maquillage, cheveux nattés en accéléré. Ton homme est assis dans son fauteuil avec son café et il te regarde, l'oeil vide, galoper dans tout l'appart', presque dérangé dans sa quiétude matinale. Il daigne te déposer à la gare, parce que franchement, sinon, c'est pas possible.

Mais que s'est il passé ? Où es-tu tombée dans une faille temporelle ? Quelques heures semblent s'être évaporées entre le premier clignement de paupières et les pieds au sol. Pourtant, tu as bossé tard, tu as fait en sorte d'anticiper, pour ne pas trébucher. Mais ça foire. Tu le vois bien. Et les journées qui commencent comme ça te foutent en rogne. Tu te détestes, tu te maudis, tu te foutrais des baffes.

Arrivée sur le quai de la gare, sur lequel tu n'as pas mis les pieds depuis des années, tu râles intérieurement contre la SNCF et les aller-retours à 20 boules, tu te brûles en lapant le thé de ta thermos, tu désespères en pensant aux 8 longues heures de cours qui t'attendent et tu t'englues définitivement dans ta mauvaise humeur quand tu réalises que tu n'as ni trousse, ni agenda, ni repas de midi, parce que tout est resté à la maison.

Putain de rentrée difficile. Note pour plus tard : S'ORGANISER MIEUX !

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10 septembre 2015

L'autre bord.

J'écris de plus en plus, de mieux en mieux. Je ne parle pas forcément de la qualité, car je n'ai pas la prétention de bien écrire, mais je pars vers de nouveaux formats et je m'impose plus de régularité. J'ai opté cet été pour un journal en ligne. J'y note ce que je fais au quotidien, un vrai journal de bord : les faits, les constats, des traces, une mémoire, l'évidence. Je m'accorde chaque jour quelques minutes pour lister mécaniquement et objectivement tout ce qui s'est passé dans ma journée. La base. Mais je ne l'avais jamais fait, pas sous cette forme en tout cas. Plus jeune, il y a quelques années encore, j'écrivais dans un cahier, sans savoir m'y tenir au jour le jour. Puis plus le temps passait, plus cela devenait fastidieux et décourageant. Ce nouveau journal existe donc en ligne, il m'est accessible rapidement et je me limite à l'essentiel pour que ce soit facile. Je recense également chaque jour de petites idées positives, mes efforts et la satisfaction qui en résulte.

J'y vois à la fois l'outil et la récompense. Il m'impose de tenir mes objectifs puisqu'ils apparaissent là noir sur blanc (les écarts, les oublis, la nonchalance aussi, par la force des choses). Il est aussi satisfaction quand je peux y noter, toujours noir sur blanc, la réussite qui découle de ces exigences, mes petites victoires personnelles.

J'aime et j'ai toujours aimé l'idée de me transmettre à moi même, comme un cadeau pour plus tard, de créer du souvenir, de produire de la fidèlité.

Il reste cependant en "off", à l'état de brouillon, pour que je ne me censure pas, par peur d'être lue par des gens qui se reconnaîtraient, qui me reconnaîtraient. Rien de secret, juste toujours cette même peur de tronquer la réalité à se savoir observée. Je peux ainsi nommer les personnes, nommer les lieux et accéder à une vraie transparence. Et Diane reste là, en vitrine, pour tous ses états d'âmes, pour détailler des impressions, des critiques, des images. Elle reste celle qui s'arrête et qui regarde.

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17 octobre 2015

Le lapin blanc.

Tant travailler

Trop longtemps tâtonner

Autant t'en tamponner

Tutoyer les tensions

Tant de thé pour tenir

Temps dégoûtant

Instant distant

Entêté clignotant

Tâter l'ereintant

...

Pierre, poids, poing.

***

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Etre pressé :

  • Avoir été comprimé, tassé, avoir subi l'effet d'une pression : Fromage à pâte pressée.
  • Être urgent : Ce travail n'est pas pressé.
  • Avoir quelque chose d'urgent à faire, manifester de la hâte : Je vous quitte, je suis pressé. Marcher d'un pas pressé.
  • Avoir hâte de : Je ne suis pas pressé de le voir.

***

L'automne est venu vite. Fort. Et avec lui, ce rythme si dur.

Je relis ces "envies de rentrée", postées il y a quelques jours à peine et je m'en agace, je m'en indigne. J'ai dessiné non pas des envies, mais ce tableau parfait de cet automne que j'aimerais vivre, tout en sachant déjà qu'il me sera lointain, voire inaccessible.

J'ai pris cet été la décision difficile de me séparer d'un de mes employeurs. Les dernières années, dans ce centre, la mauvaise foi, le manque de transparence et l'enseignement dans des conditions lamentables m'avaient découragée. Mais ce choix fait et tout le soulagement digéré, il a fallu faire face à la réalité et retomber sur mes pattes. Très vite, j'ai retrouvé un autre centre de formation pour remplacer : autre cadre, autre public, nouvelles tensions, appréhensions, réorganisation. Je bouffe une énergie et un temps incroyable pour faire en sorte d'être à la hauteur et pourtant, je me sens fragile et bousculée tout le temps.

C'est légitime et fondé. J'enchaine des semaines à plus de 35 heures de cours (48 cette semaine) et ce aux quatre coins du département. Je rencontre chaque jour de nouvelles têtes, je ne sais plus où j'ai garé ma voiture, je mange rarement à midi, je suis déjà envahie de paquets de copies, de photocopies et de mauvaise conscience. J'évolue en permanence dans un passé contrarié et imparfait que je tente de recomposer et un futur à la fois fuyant et trop proche.

L'autre jour, à 11h, un de mes collègues me piste dans les couloirs, il tient dans ses mains à bout de bras ma thermos dans laquelle il a joliment shooté alors qu'il prenait ma relève dans une salle de classe. Résultat : inondation de thé sous le bureau du prof. Je me précipite dans la dite salle pour éponger le sol, devant mes nouvelles élèves amusées. L'anecdote est drôle, mais je ressors de cette classe avec une boule dans la gorge et une vraie envie de chialer. Cette flaque de thé au sol est à l'image de ma fatigue nerveuse : liquide, brulante, incontrôlable.

Et je relis ces "bonnes" résolutions. Et je me dis que c'est déjà bien d'arriver à avancer. Je me sens seule. Je me sens loin. Injonctions de perfection qui me piquent les yeux.

 

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***

28 juin 2014

De l'espoir.

Cette année, pour faire face à un emploi du temps fragile, j'ai accepté beaucoup d'heures de cours particuliers. Cela faisait longtemps que mes centres de formation me proposaient assez d'heures pour ne pas avoir besoin de compléter. J'ai donc retrouvé les derniers temps les joies du face à face, mais aussi le plaisir de l'analyse littéraire, la plupart de mes élèves préparant le bac français. Une demoiselle en particulier m'a émue cette année. Issue d'un quartier populaire non loin de chez moi, elle a fait des efforts de travail et de régularité comme j'en avais rarement observés. Méticuleuse et dotée d'un très bel esprit d'analyse, elle souffre en revanche de gros problèmes d'expression. Nous avons tout fait pour qu'elle soit prête malgré tout. Hier, elle passait son oral et m'envoyait en fin de journée ce message d'espoir :

"Je crois que m'en ai bien sortie, si j'aurais pas eu cours avec vous, je pense pas que j'aurais réussi".

Bon, ben, voilà... On va croiser les doigts maintenant...Et pour finir sur une réflexion autour de ce même bac français, je vous propose (si lecteurs ici il y a encore) l'intitulé de la dissertation :

"D'où provient, selon vous, l'émotion que l'on ressent à la lecture d'un texte poétique ? Vous répondrez à cette question en vous fondant sur les textes du corpus ainsi que sur les textes et oeuvres que vous avez étudiés et lus".

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7 juillet 2014

Le fil.

Je reprends le fil.

J'ai repris l'écriture ici de façon régulière et motivée. C'est une de mes belles satisfactions du moment. Avec celle du dessin. Ces envies créatrices naissent souvent en moi et nourrissent un souffle. C'est très égoïste. D'ailleurs ces mots ici ne doivent parler que trop peu à mes lecteurs qui se sont sans doute perdus avec le temps et qui restent maintenant des fantomes silencieux. J'ai ce besoin de solitude en ce moment pour faire face à mes angoisses, mes inquiétudes. Pour ne pas les faire porter par d'autres, je m'isole. La foule, le bruit, les regards, et même parfois la présence de Gab me pèsent. J'ai longtemps vu ces épisodes comme de la faiblesse, j'apprends depuis peu à y voir une force brute, une base de moi-même à ne pas contrarier, à écouter.

Pourtant, je vis une période que tout le monde attend : ces quelques heures qui précèdent le saut à pieds joints dans les "grandes vacances", on trépigne, on s'impatiente. J'en suis à mes toutes dernières heures de cours, le compte à rebours est lancé depuis longtemps. Mais mes dernières semaines ne ressemblaient à rien, un morceau de gruyère avec des trous partout. Heureusement, j'ai ajouté quelques cours particuliers et des corrections qui sont venus mettre un peu de beurre dans les épinards. J'ai beaucoup de mal avec ce rythme qui n'en est pas vraiment un, je crois que je préfère définitivement travailler beaucoup. Attendre ces quelques rares heures qui traînent me laisse inactive, vide. Et je suis toujours un peu angoissée à cette période de l'année, car je quitte certains centres de formation sans certitude d'y revenir en septembre. La rentrée à venir s'annonce difficile, plusieurs centres ont déjà parlé de restrictions budgétaires et de sections qui n'ouvriront pas. Je vais essayer progressivement de travailler à mon compte en me créant un statut d'auto-entrepreneur, mais c'est bien plus compliqué que ce qu'on dit ! La création du statut prend quelques minutes, certes, mais c'est après que ça se complique ! Puis il me faudra prospecter les entreprises et mettre en place des outils de com' efficaces que je ne connais que très mal pour le moment. Un monde nouveau, des portes à ouvrir...

Un mois et demi de "vacances" se profile (les guillemets ici rappellent que ce sont surtout plus de cinq semaines sans salaire, oh joie de la vacation !). Nous irons sûrement en Bretagne la semaine prochaine. On avait envie d'une destination un peu plus lointaine et exotique, mais on veut partir avec les chiens et c'est donc plus simple. On prendra une location pour être autonomes. La région nous a semblé évidente, nous l'aimons tous les deux depuis notre enfance.

Gab de son côté voit son activité devenir de plus en plus rentable. Je l'accompagne dans ses démarches en faisant vivre ses pages internet et en le soutenant sur les salons auxquels il peut participer. J'aime beaucoup partager avec lui ces moments là. L'idéal serait à long terme de trouver une solution d'entreprise qui cumulerait nos deux activités, de façon cohérente. Toujours mes idées de ferme, de lieu de vie un peu magique, pour partager et prendre le temps. Pour le moment, ça nous semble complètement utopique. Les contours de notre vie à deux sont parfois flous, nous vivons ensemble depuis le mois de septembre et nous tâtonnons parfois encore, si attachés que nous sommes à nos libertés et à ce schéma à inventer... C'est toutefois bien le bonheur qui ressort de cette expérience nouvelle... Nous nous sommes également bien habitués à la présence de notre nouvelle demoiselle-chien, Lu et elle s'entendent à merveille, elle est propre et supporte très bien de rester seule. Pas de grosse bêtise pour le moment, on croise les doigts. Il est doux d'avoir une nouvelle petite vie à nos côtés.

Pour les jours à venir, je me souhaite donc de savoir lâcher prise, de gommer mes inquiétudes stériles et de me laisser porter par ce souffle renaissant...

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6 octobre 2014

Le présent, c'est maintenant.

Odeurs de tarte aux pommes qui s'emmèlent dans l'air un peu trop frais. Gab et moi venons de passer trois jours dans son appartement, maintenant presque vide. Voilà près d'un an qu'il vit avec moi et qu'il vide ici le lieu de toutes traces du passé. Nous sommes venus passer quelques heures dans ce que nous nous amusons à considérer comme une "maison de campagne" ou "une résidence secondaire". Il y a aussi quelque chose du camping puisque les placards sont désertés. Nous repartons cet après-midi. Je me dis, comme je me le suis dit les trois dernières fois, que c'est peut-être la dernière fois. J'aime en tout cas ce lieu particulier qui est celui de nos premières fois, il a été une rupture avec mon quotidien pendant des mois, quand éreintée par des semaines trop longues, je sautais dans ma voiture pour venir me réfugier ici après deux longues heures de route, comme un sursis de douceur et de tendresse. Nostalgie agréable et sereine. Aujourd'hui, je suis installée au soleil (il diffuse sa lumière d'automne par la baie vitrée), mon ordinateur posé devant moi, sur une planche et deux tréteaux, Georges Ezra et Agnès Obel sur France Inter. Penser à tous les projets autour de la scène, à toutes ces envies d'écriture. Avoir le temps avant un départ et se sentir juste simplement bien.

*

* Quelques images de la ville jaune *

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jardins

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pont

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rive

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11 février 2015

Homme ou bête ?

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Avoir davantage pitié des bêtes que des hommes, c'est pas très bien vu chez les hommes. C'est considéré comme une sorte de désertion, de trahison, voire de perversion ou d'infirmité mentale. Mais bon dieu, nous sommes hommes par hasard. Tant mieux, j'aime bien comprendre le monde. Et c'est justement parce que je suis homme que je puis transcender cet instinct grégaire, irréfléchi, purement animal qui fait se serrer les coudes aux hommes, les incite à diviniser l'homme par-dessus toute créature. Réflexe spontané, réflexe normal. Normal chez une oie, chez un phoque, chez un hareng. Un homme devrait aller plus loin. C'est parce que j'essaie d'être vraiment, pleinement homme, c'est-à-dire une bête avec un petit quelque chose en plus, que je mets sur un pied d'égalité ce qui est homme et ce qui ne l'est pas.

M'emmerdez pas avec votre St François d'Assise, j'ai pas de paradis à gagner. Mon amour des bêtes est bien autre chose qu'un attendrissement devant le mignon minet, bien autre chose qu'une lamentation devant les espèces, j'm'en fous, je ne suis pas collectionneur d'espèces, des millions d'espèces ont disparu depuis que la première lave s'est figée. Seuls m'intéressent les individus. Mon horreur du meurtre, de la souffrance, du saccage, de la peur infligée fait de ma tranche de vie une descente aux enfers. Nous tous, les vivants, ne sommes-nous donc pas des passagers de la même planète ? L'homme n'a pas besoin de ma pitié : il a largement assez de la sienne propre. S'aime-t-il le bougre ! la littérature, la religion, la philosophie, la politique, l'art, la publicité, la science même n'intéressent les hommes que lorsqu'ils les mettent au premier plan, tous ne sont qu'exaltation de l'homme, incitations à aimer l'homme, déification de l'homme. Les bêtes n'ont pas, si j'ose dire, la parole. Elles n'ont pas d'avocat chez les hommes. Elles ne sont que tolérées. Tolérées dans la mesure où elles sont utiles, ou jolies, ou attendrissantes. Ou comestibles. Les hommes les ont ingénieusement classées en animaux « utiles » et animaux « nuisibles ». Utiles ou nuisibles pour les hommes, ça va de soi. Les chinois ont patiemment détruit les oiseaux parce qu'ils mangeaient une partie du riz destiné aux chinois.

De quel droit les chinois sont-ils si nombreux qu'il n'y a plus de place pour les oiseaux ? Du droit du plus fort, hé oui ! Voilà qui est net ! Ne venez plus m'emmerder avec votre supériorité morale. Ni avec vos bons dieux, faits à l'image des hommes, par les hommes, pour les hommes. Si les petits cochons atomiques ne mangent pas l'humanité en route, il n'existera bientôt plus la moindre bête ni la moindre plante « nuisible » ou « inutile ». Le travail est déjà bien avancé et le mouvement s'accélère. La mécanisation libèrera -peut-être - l'homme du travail « servile ». Elle a déjà libéré le cheval : il a disparu. On n'a plus besoin de lui pour tirer la charrue, il n'existe quasiment plus à l'état sauvage, adieu le cheval. Oui, on en gardera quelques-uns, pour jouer au dada, pour le tiercé, pour le ciné, pour la nostalgie. L'insémination artificielle a déjà réduit l'espèce « boeuf » à ses seules femelles. Un taureau féconde -par la poste- des millions de vaches. Oui, on s'en garde quelques-uns pour les corridas, spectacle d'une « bouleversante grandeur » où l'homme, intelligence « sublime », affronte la bête, les yeux dans les yeux ... oui, on se garde quelques faisans, quelques lapins, quelques cerfs ... pour la chasse. On se garde quelques éléphants pour que les petits merdeux aillent les voir dans les zoos, et quelques autres dans des bouts de savane pour que les papas des merdeux aillent y faire des safaris-photos après le déjeuner d'affaires. Pourquoi je m'énerve comme ça ? Parce que je les voudrais semblables à ce qu'ils se vantent d'être, ces tas : un peu plus, un peu mieux que les autres bêtes. Mais non, ils le sont, certes, mais pas assez. Pas autant qu'ils croient. A mi-chemin. Et à mi-chemin entre ce qu'est la bête et ce que devrait être l'homme, il y a le con. Et le con s'octroie sans problème la propriété absolue de la Terre et de tout ce qui vit dessus, et même l'univers entier, tant qu'une espèce plus forte ou plus avancée techniquement mais tout aussi con ne l'aura traité lui-même comme il traite ce qui lui est « inférieur » « inférieur ». Rien que ce mot ! Il y a même toute une hiérarchie ....

François Cavanna

7 juillet 2014

Un ailleurs.

Aujourd'hui, des nouvelles d'Asie. Nam est parti il y a des mois déjà. Après une méchante dépression, il a mis les voiles. Il fait un tour du monde. Ponctuellement, il nous envoie des messages, détaillés, alimentés de longues descriptions de ses errances, ses questionnements, ses découvertes, ses surprises, ses rencontres. Chaque lecture est une petite évasion, piquetée de couleurs vives, de parfums forts. Il joint également des photos. Je suis toujours ébahie devant ce corps que je connais si bien au bout du monde, dans des cadres si exotiques. Et c'est à chaque fois de l'admiration (de la jalousie peut-être) pour ce courage d'être parti, à l'aventure, vers l'inconnu. J'aimerais être capable de laisser derrière moi mes repères que je pense solides, mon confort et mes habitudes. Je pars vers une autre vie, construite, mais qui offrira sans aucun doute son lot de surprises...

***

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Le Loup et le Chien


Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
" Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
" Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

La Fontaine, Les Fables, Livre I

22 mai 2015

A la perfection.

Il y a des femmes parfaites, elles existent.

Dans la lumière, la femme parfaite éclate d'une beauté simple. Elle dégage un charme bouleversant. Sa présence est un enchantement.

Elles a le mot juste / le pli du vêtement impeccable / le sourire émail diamant / le parfum envoûtant / la silhouette de rêve / l'idée qui fait tilt / le temps de tout faire / l'énergie positive / la force de caractère / l'humour adapté / une connaissance approfondie de l'actualité et du monde qui l'entoure / une intelligence à toute épreuve / une beauté simple mais éclatante / une créativité exceptionnelle / un don pour la cuisine / ...

Les enfants de la femme parfaite sont parfaits. Obéissants et drôles, ils sont attachants sans être envahissants.

Le compagnon de la femme parfaite est parfait. A eux deux, ils vivent le parfait amour, respirent la joie de vivre, il est évident qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Jamais de tension, leur complicité et leur amour sautent aux yeux.

La femme parfaite est une parfaite collègue. Elle est serviable et efficace. Ses compétences sont toujours sollicitées et on loue son à-propos.

La femme parfaite est une amie parfaite. Elle n'oubliera jamais un anniversaire. Elle trouve les mots les plus doux pour réconforter et a de formidables capacités d'écoute et d'empathie. Elle sait valoriser et aimer ses proches qui se sentent toujours bien à ses côtés.

La maison de la femme parfaite est parfaite. Décorée avec goût, elle est toujours rangée, chaque chose est à sa place. Tout est pensé pour que ce soit évident. Ça sent bon et c'est propre et lumineux. On s'y sent bien immédiatement.

Les défauts de la femme parfaite ? Elle est gourmande (mais peut toujours se le permettre), elle se dit timide (mais lorsqu'elle est là, on ne voit et n'entend qu'elle), elle est perfectionniste (allons bon !)... Puis la femme parfaite sait être imparfaite quand il faut, juste comme il faut : elle sait surprendre avec le décalage, elle sait être là où on ne l'attend pas, nonchalante ou agaçante, juste ce qu'il faut...

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Mon principal défaut ? Vouloir être la femme parfaite...

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19 juin 2015

Entre deux heures de cours...

Une salle des profs dans laquelle je passe en coup de vent. Odeurs de café, de papier, de parfums trop prononcés. Je me faufile vers la photocopieuse, par miracle disponible, urgence de ces pauses qui n'en sont pas. Trois collègues discutent. L'une d'elles m'apostrophe "Tiens, c'est pas toi qui va nous dire le contraire hein... Savent plus écrire nos jeunes". Et là, il se passe quelque chose de grave. Je me retourne, mon corps s'avance vers eux et des mots sortent de ma bouche, machinalement. Je m'écoute à peine parler, j'ai l'impression de réciter, du "appris par coeur". Et entre les ronflements réguliers de la photocopieuse, je m'entends vaguement prononcer ces formules qui tant de fois ont fait écho entre ces mêmes murs et dans toutes les salles des profs du monde. "C'est de pire en pire", " Y'a plus de jeunesse", "Et tout ça, c'est à cause d'internet et de tous ces écrans"... Puis je récupère le paquet tout chaud de copies que la machine vient de cracher et en remontant quatre à quatre les escaliers vers ma salle de cours, je m'arrête. Je stoppe net. C'est bien moi qui ai dit ça. Facilement. Parce que justement, c'est plus facile. C'est plus facile que le discours que je tiens habituellement, plus complexe, raisonné, réfléchi.

Ça y est, je suis devenue une vieille prof.

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2 février 2015

Lyon, dans le coton.

Deux jours trop courts à Lyon, une fin de novembre, dans le coton. Deux jours coincés et bousculés dans un calendrier chargé à bloc. C'est un groupe de potes qui vont faire du théâtre. Qui vont rencontrer un autre groupe de potes, sur une scène. On part tôt, le samedi, vers le Sud.

On arrive en début d'après-midi après des heures d'autoroute. On étire ses bras, ses jambes, ses idées. Gab est avec moi, ça me fait plaisir qu'il m'accompagne. Avant notre spectacle, nos hôtes nous proposent une visite de cette ville. Elle est alors écrasée de brouillard. A une semaine de la fête des lumières, elle est éteinte. On se faufile dans les traboules, on hume l'humidité des murs et les parfums de pralines roses. On trébuche sur les pavés séculaires, sur notre fatigue souriante. Ça papote, ça piaille et certains écoutent à peine les explications de notre guide Julien, passionné par sa ville, fier de nous dire ce qu'il aime. Plus tard, au moment de rejoindre la salle de spectacle en banlieue, nous trouvons les grilles du métro fermées. Un meeting du FN est organisé dans la ville, des manifestations fourmillent sur tous les grands axes. Après évaluation de la situation, la seule solution qui s'impose à nous est la marche. Nos pas se font alors plus pressés, la déambulatoin touristique est remplacée par l'urgence de rejoindre notre scène, à une heure à pieds. Sur notre chemin, des vitrines explosées, des arrêts de bus brisés, des gens qui errent, inquiets de toute cette violence, d'autres qui courent ou qii crient avec leur téléphone.

On finit par rejoindre le lieu de la représentation. Le soir, fatigués, on souffle sur notre créativité pour qu'elle prenne. On sautille, on partage, on rit. Ce jour là, en mangeant des bonbons, alors que l’émoustillement nous engourdit le corps, je ressens plus que jamais, très fort, les liens d'amour qui me lient à cette troupe. C'est presque physique, c'est presque palpable. On est très heureux d'être ensemble, de vivre ça les uns avec les autres. Après une attente un peu trop longue, arrivent  les lames de parquet noir, les projecteurs, l'improvisation, le jeu. On erncopntre ces autres comédiens comme s'ils étaient des amis, comme si nous les connaissions de longue date. On donne à ceux qui sont confortablement installés du rire, des mots, des histoires. Deux heures durant. Puis, un peu engourdis, nous rejoignons notre chambre d'hotel, draps blancs et frais pour border cette journée.

Le dimanche, on s'égare seuls dans les rues de la ville. Les amis ont déjà pris la route du Nord. Gab et moi, on s'installe dans un petit troquet, un bouchon, pour y déguster des quenelles. Il fait chaud, notre petite table est coincée sous l'escalier, les murs sont jaunes, Gab sourit. Dans la voiture au retour, Gab roule, et je lis Tout s'est bien passé d'Emmanuèle Bernheim. Des larmes coulent sur mes joues et je pense à mon père. Je dis à Gab que ce livre est bien, qu'il devrait le lire, et je le surprends à lire quelques lignes volées. Je ris.

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Diane Groseille
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