mafalda2

Ce fut mon premier job. Avec toutes les animations commerciales et autres colonies de vacances. Prof de cours particuliers. Et j'ai toujours adoré ça : aller chez les gens, découvrir les élèves dans leurs univers, trouver la faille et la combler, le mieux possible, avec un ciment de mots et de confiance...

Puis, sur les trois dernières années, j'ai plus pu. Ou alors si peu. Triste. Parce qu'avec quarante heures hebdomadaires dans un lycée, c'est plus possible.

Et ce fut un grand bonheur lorsque je pris, il y a un an, la décision de démissionner. Et dès septembre, j'ai repris contact avec ces organismes qui m'ont très vite remise en relation avec des parents, des lycéens, des jeunes en rupture de scolarité. J'ai aussi trouvé certains élèves par les petites annonces. J'ai été surprise de voir à quel point la demande avait augmenté en trois ans. Je refuse des cours presque chaque semaine, surtout en ce moment, à l'aube des examens. J'ai une dizaine d'élèves qui viennent compléter un emploi du temps irrégulier, et qui me proposent malgré eux une régularité. J'aime...

  • J'aime découvrir une personne dans son monde, au milieu de ses objets, dans les odeurs de sa maison, sous les posters de sa chambre.
  • J'aime l'élève, le jeune seul, entité unique, électron libre, ce qu'on a beaucoup de mal à percevoir dans un "groupe-classe".
  • J'aime les parents qui veulent être là, mais pas trop, qui sont souvent un peu gênés, comme s'ils devaient eux aussi reconnaître une faiblesse : "on a pas pu l'aider".
  • J'aime le thé qu'on me sert, même s'il est amer, les petits gâteaux laissés sur un coin de table par une maman pressée, le petit panier de fraises avec lequel je repars parfois, les petits pains d'épices.
  • J'aime la satisfaction d'un élève qui voit ses résultats remonter, ses fragilités renforcées, et qui m'annonce la dernière bonne note avec un grand sourire.
  • J'aime le "tu" qui apparaît parfois à la place d'un "vous" et qui n'aurait sans doute pas pu s'échapper dans une salle de classe.
  • J'aime être autre chose qu'une prof, être aussi une confidente, une référence.
  • J'aime avoir un chat sur les genoux, qui vient s'installer pour suivre un cours de grammaire.
  • J'aime m'installer sur un bureau trop petit, sur une nappe "toile cirée" dans la cuisine, après avoir poussé les miettes du petit-déjeuner, sur une table de salle à manger immense qui ne sert que les jours de fête, sur la terrasse, dans le jardin ou sous le sapin de Noël...
  • J'aime me sentir utile.

Et la maîtresse, quand elle pose une question, elle ne connaît pas toujours la réponse.

N.B. : Je redécouvre Mafalda qui a éveillé en moi une certaine philosophie et qui m'a posé des questions qu'aucune maîtresse ne m'avait jamais posées.