Un lundi après-midi, alors que la journée semblait des plus banales et que ma vie était en mode "routine", j'ai reçu un mail. Un de ceux qui vous mettent une gifle si violente que votre tête fait trois tours sur elle-même. Gab, par trois lignes froides et sèches, m'annonçait que tout était fini entre nous.

Depuis un an et demi, nous avions su inventer une philosophie et la vie qui va avec. Comment croire qu'il est possible de trouver celui à qui ça peut convenir : vivre seul et pourtant s'aimer fort, vivre libre et pourtant partager autant, être loin et pourtant si proches. Avec lui, c'était possible. Puis soudain, au mois d'avril, j'ai évoqué plus. J'ai eu envie de savoir si c'était possible. J'ai parlé de partager davantage, de se donner plus. Il a sans doute entendu "maison", "gosses", "mariage"... Rien de ce que j'avais dit mais entre ce qu'on dit et ce que l'autre entend, parfois des goufrres se creusent. Puis sont arrivées quelques discussions houleuses, quelques remises en question qui traduisaient nos peurs respectives. Rien d'affolant à mes yeux, des ajustements. La semaine qui a précédé ce message, il m'a même dit que tout irait bien, qu'il voulait me savoir heureuse.

Après ce message, il y a eu, le jour même, quelques éclats de voix qui se voulaient définitifs au téléphone puis deux semaines de silence. Deux semaines de torture. Deux semaines où j'ai lutté contre toute cette tempête. On a beau se regarder d'au-dessus et se dire que c'est pathétique, que ce n'est qu'un chagrin d'amour stupide, ça dévaste. Je mes uis sentie blessée comme je ne crois pas l'avoir été avant par une personne. J'ai réalisé au bout de quelques jours à quel point il était important pour moi, toute cette chance que nous avions. J'ai compris que je ne pouvais pas accepter ça comme ça, je ne devais pas me résigner. Et j'ai décidé de me battre. Pour lutter, j'ai écrit. J'ai trouvé dans l'écriture la force d'y croire. J'ai trouvé la patience et les réponses à mes questions. J'ai trouvé le courage de retisser un lien.vJ'ai compris que la soumission serait de me taire et de baisser les bras.

Deux semaines après, je lui envoyais un message qui rétablissait une communication. Nous avons pu nous parler au téléphone. Une conversation d'une demi-heure où j'ai donné toute la force de ce que j'avais en moi, calmement, sereinement, en gommant toute cette violence qui se manifestait. Nous nous sommes revus trois jours plus tard, sur cette place baignée de soleil, dans cette ville que je n'aime toujours pas. Terrain hostile pour rencontre du troisième type. Puis finalement, tout s'est bien passé. J'ai reconnu celui que je connaissais depuis plus d'un an et que je considérerais alors presque comme mort. J'ai tout de suite retrouvé sa tendresse. Il s'est dit très touché par mon discours, par mon amour, par ma compréhension de la situation.

La semaine suivante, je me rendais chez lui sur sa demande. Ce qui devait simplement nous permettre de discuter, de mettre à plat nos divergences, a finalement permis de nous rapprocher, de racomoder ce qui avait été déchiré. J'ai retrouvé celui que je connaissais, sa franchise, son rire, notre complicité. Nos corps se sont retrouvés aussi. Et pour la première fois depuis que nous nous connaissons, j'ai eu envie de faire des promesses, j'ai eu envie qu'il m'en fasse.

Aujourd'hui, tout semble très fragile, mais je ne me suis pas battue et débattue pour rien. J'aurais au moins compris sa décision et je crois que cela nous a rendus plus forts. Je ressens beaucoup de respect pour lui malgré cette blessure qu'il m'a infligée. Je devrais peut-être me sentir mal, trahie, soumise, mais ce n'est pas le cas. Je pense que nous avons gagné beaucoup. Bien sur, la peur est très présente, elle peut encore tordre mon ventre. J'ai besoin d'être rassurée. Je sais aujourd'hui plus que jamais qu'une vie à deux reste avant tout une vie seule et que l'autre ne peut pas répondre à toutes nos questions, à toutes nos exigences. 

Alors qu'une page semble s'être tournée, je suis bouleversée de constater, une fois encore, à quel point les mondes que nous élaborons sont fragiles...

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zz_ écrire est à publier le 15-09