Diane Groseille

vendredi 16 mars 2012

L'élasticité temporelle.

L'avantage avec les journées qui ressemblent à des semaines,

c'est qu'en rentrant chez soi le soir,

on a l'impression d'être en week-end.

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crayons-de-couleur

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vendredi 3 février 2012

Gla-gla.

Froid de canard. Ou de chien selon Lucien. Mais que c'est bon ! Je trouve ça sain, naturel, légitime. Et je souris de voir les chaines de télé comme l'an passé étonnées de faire le constat des saisons. Et derrière ce constat, il y a la bonne excuse pour se blottir chez soi. J'ai aimé sur cette semaine légère prendre le temps de siester sous une couverture, bien au chaud, avec mon Lu comme bouillotte. Et lui et moi nous échappons parfois à travers le givre, la neige et cet air glacé. Moi, emballée dans des couches épaisses de vêtements et lui, juste équipé son pelage blanc, partons le long des chemins désertés par les habituels promeneurs. Hier, j'ai cru perdre quelques doigts alors que nous affrontions un vent violent et pétrifiant.

vitraux

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mercredi 11 janvier 2012

Ça s'en va et ça revient.

Huit heures, pointe le jour. Impressions printanières. Dans l'aigu du chant des oiseaux, dans la douceur de l'air.

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La facilité de retour. Et moi qui ne saisis toujours pas ces va-et-vient d'humeur. Perrpétuelles inconstances.

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Un banc.

Petit texte datant de juin 2011, mis en ligne aujourd'hui seulement.

"La semaine dernière, assise en plein soleil, de traviole, un pied sous les fesses, un livre d'Annie Ernaux à la main, je savoure un moment d'attente. Je constate alors que ces journées que je perçois souvent comme étant chargées ne sont qu'une succession de moments d'attente et que si l'on devait mettre bout à bout les vrais moments d'efficacité, on pourrait réduire la journée de moitié. J'attends ce jour là mes amis d'impro, devant la salle de théâtre. J'observe des scènes amusantes.

Cette petite fille d'abord qui arrive dans l'allée. Du haut de ses sept ou huit ans, le bidon en avant, elle beugle "Célia". Son cri qui se veut grave reste sans réponse ce qui de toute évidence l'agace fortement. Mais elle prend un air détaché, se baisse pour faire son lacet, se relève, crie encore une fois, crache par terre comme un vieux et part à la rencontre de la sourde avec une démarche de cow-boy.

Plus tard, quelques minutes à peine, une femme passe. Elle traîne un petit caba à roulettes derrière elle et semble chercher au sol quelque chose qu'elle a perdu. Elle me fait penser à Lu, la truffe basse, qui ne sait pas où il va.

Petit groupe d'enfants équipés d'énormes sacs d'écoles, comme des papillons qui se bousculent, ils entrechoquent leurs ailes et elurs cris.

Deux femmes voilées marchent lentement en s'appuyant sur deux poussettes, se parlant sans vraiment s'écouter. Sont dessinés sur leurs visages les soucis du quotidien, la fatigue et la lassitude.

 Mes amis arrivent, souriants, au compte-goutte, avec l'énergie et l'envie de partager ces deux heures que nous construisons chaque semaine ensemble, laissant nos préoccupations derrière nous le temps de rire et d'improviser."

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Géographie de l'enfance.

L'image la plus forte correspond à celle de la façade de la maison des voisins, le matin tôt, un jour d'été. Elle est alors encore plongée dans l'obscurité et je sais dire exactement à quelle sensation ça correspond. Je suis obligée de passer devant cette maison qui cache le soleil le matin, notamment pour aller chercher le pain à la boulangerie, pendant les grandes vacances. Et ce tronçon de rue que je traverse alors a conservé la fraîcheur de l'aurore et fait même un peu frissonner les jambes nues.

Certains lieux de mon enfance ont, je pense, à l'image de ce mur couvert de lierre, construit mon orientation, ma perception de l’espace d'adulte.

Plus tôt encore, alors que j'étais bébé, j'étais gardée dans une maison perdue au milieu de champs de maïs. Ces mêmes champs reviennent souvent jouer les décors de mes rêves. Jaunes, à perte de vue, dégageant une chaleur noyée de soleil.

Je me souviens de ce restaurant de fruits de mer, en Vendée. Ambiance un peu glauque, grandes baies vitrées donnant sur l'océan gris, déco kitsch. Avant de voir la mer, en regardant dehors, c'est un long parking que l'on voyait. Tout autour, de petites maisons identiques en construction sortaient de terre comme des champignons. Dans la même région, je me souviens de cette petite maison en brique construite comme des dizaines d'autres, qui nous a accueillis, moi et ma famille, quelques années de suite. Des amis de mes parents, propriétaires de ce petit logement avec mini terrasse et mezzanine, nous prêtaient les clés du paradis quelques jours en été. En ouvrant la porte-fenêtre, nous arrivions sur un petit chemin de gravier qui menait au camping municipal. Et tous les soirs, une musique forte nous rappelait à quel point les gens s'y amusaient. 

Mon collège aussi, grand bâtiment pour une toute jeune fille, fut le lieu de toutes les angoisses, matérialisées par de longs couloirs sans fenêtres, par des escaliers interdits à certaines heures, par des salles de classes définies par des codes couleurs, par des temples réservés aux adultes qui semblaient les protéger de nous. Je me souviens du terrain de basket en contre-bas qui nous accueillait sur les derniers jours avant les grandes vacances, des salles de langues isolées dans un autre bâtiment, de la cantine carrelée, bruyante et froide. De cette toute petite salle magique au fond d'un couloir dans laquelle nous nous rendions exceptionnellement pour y regarder un film, privilège des vacances qui approchent. Ce bâtiment qui changeait de visage au fil des saisons a recueilli mes sensations d'adolescente en ses murs.

Aujourd'hui, mon regard est attiré par ces souvenirs d'enfant. Les photos que je prends cherchent parfois à reconstruire ces souvenirs gravés quelque part, qui ne restent qu'à l'état de mémoire friable. La lumière a souvent joué un rôle majeur dans la perception de ces espaces.

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vendredi 6 janvier 2012

Bouclettes noires.

Je traverse une vie faites de cycles, de recommencements, de progression et de régression, de noir et de blanc. Est-ce récent, ou suis-je simplement en mesure de l'observer depuis peu ?

Trois semaines de doutes et d'angoisses, de "plus envie", de confiance en soi à zéro. Trois semaines à ne plus supporter le regard des autres, à redouter le moindre dialogue, à sursauter à l'arrivée de quelqu'un.

Tombée dans un trou, j'ai à nouveau regardé les autres d'en-dessous, toute petite et faible, avec cette impression qu'on pouvait m'écraser à chaque instant les doigts, le corps, le coeur.

Puis un matin, se réveiller, s'étirer et trouver tout ça si facile à nouveau.

J'observe les boucles, ces lignes de vie qui me mènent inlassablement, ponctuellement et sans raison vers ces périodes de peur. Peur des autres et de soi-même. Peur de ne plus savoir remonter la pente à chaque fois. Pourtant je le sais maintenant, que ce n'est que passager. Mais le doute s'installe à chaque fois.

Depuis hier matin, je vais mieux à nouveau. Mais j'ai traversé le tempête. Celle qui me ramène toujours un peu vers mon été 2009, vers le gouffre.

 

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vendredi 23 décembre 2011

Réveil.

Diane peut se réveiller alors que je suis épuisée. Je mets fin dans moins d'une heure à quatre mois de travail intense. En moyenne 32 heures de cours par semaine, je vous laisse imaginer le travail que cela représente. Je suis debout tous les matins avant 6 heures et je rentre le soir en laissant mon cerveau dans une salle de classe. Je vois arriver ces neuf jours de pause comme une libération, mais je reste consciente qu'ils vont filer vitesse V. Et il faudra ensuite ré-attaquer pour six mois. Finalement, la loque que je suis a quand même envie de nuancer et est fière de pouvoir affirmer qu'elle s'en sort pas trop mal compte tenu des difficultés que cela représentait.

Diane va peut-être avoir à nouveau un peu de temps de venir s'exprimer ici. Et peut-être même qu'elle pourrait mettre fin à cette espèce de délire schizophrène inutile...

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dimanche 18 décembre 2011

La grosse sieste.

Diane groseille s'est endormie. Je pourrais vous pondre un truc bien poetique avec des références à Morphée ou à Rimbaud mais en fait non, allons droit au but : elle a pioncé comme un gros sac, épuisée de me voir galoper dans tous les sens. Elle m'a laissé toute la place pour aller faire son gros roupillon dans son coin. Et j'avoue que les derniers temps, je pensais même plus à elle, débordée que j'étais par mes objectifs, mes priorités. J'aurais pu aller la réveiller, la bousculer un peu, histoire qu'elle vienne ici proposer quelques mots, mais ça ne m'est même pas passé par la tête.

Je me demande aujourd'hui ce qu'elle devient, si elle sait toujours écrire, si elle a toujours quelque chose à dire. Je vais lui faire un signe, un petit câlin du matin et nous verrons bien...

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mardi 30 août 2011

Fil de saisons, bobine de temps qui passe.

Une salle de cours retrouvée. Des élèves en plein examen blanc, ça attaque sévère. Six heures de travail derrière moi, des trombes d'eau au dehors et je m'accorde un temps de repos avec l'éciture de quelques mots sur les pages de Diane. Deux saisons de silence et je repasse par ici, cette vie virtuelle en pointillés se poursuit, comme celle réelle que j'ai laissée filer les derniers mois.

Les semaines ont roulé comme de petits cailloux ronds. Il y a eu cette fin d'année des plus douloureuses. Crise d'angoisse violente pour des clopinettes et fatigue accumulée au point d'exploser. Les larmes ont coulé souvent et je ne trouvais pas les mots pour expliquer cette matière visqueuse et sombre qui coulait alors en moi. J'ai reconnu à certains moments cette obscurité qui s'était emparée de moi deux ans plus tôt. Je me suis retrouvée face à face avec elle. Je me suis battue pour ne pas la laisser s'installer à nouveau dans ma vie.

Ensuite, il y a deux mois très particuliers. Dès la fin de mes cours, j'ai jeté quelques affaires dans un sac à dos et je suis partie trois semaines en Grèce pour y vadrouiller avec une vingtaine de jeunes. La fatigue toujours là, des appréhensions et du mal à m'affirmer : au final, une formule bien différente de mon séjour en 2010. Des souvenirs d'eau bleu turquoise, de pierres blanches, de rues crasseuses à Athènes, d'îlots paradisiaques. De belles rencontres, mais aussi de belles prises de bec. Au retour et aujourd'hui encore, des questions sans réponses autour de ces difficultés à communiquer.

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Puis mon mois d'aout est celui du repos et du partage. Gab et moi, tranquilles, virevoltant entre siestes crapuleuses, lectures à l'ombre d'un bel arbre, balades en montagne et bons repas. Beaucoup de temps passé avec mon Lu aussi et ma solitude retrouvée.

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Puis sur les dernières semaines, les doutes qui s'installent méchamment. Mon emploi du temps de rentrée était des plus flous et il l'est toujours. J'ai appris les derniers jours à composer avec, à avancer sans trop savoir où je vais exactement. Je récupère cette année de nouvelles classes dans de nouveaux centres de formation. J'avais pour objectif de ne plus travailler à M., mais je ne cumulerai finalement pas assez d'heures pour me permettre ce caprice. Il va falloir continuer les aller-retours et accepter ce qu'on veut bien me donner.

Côté famille, j'ai eu beaucoup de peine pour mon frère, pris cette année dans les pâles géantes de l'éducation nationale, se retrouvant, tout jeune-bébé enseignant, à 500 kilomètres de chez lui, à se débattre pour la première fois, seul, devant des classes de lycée professionnel. Je l'ai entendu dire dimanche dernier "je veux pas être prof !". Il a en fait passé un concours "pour voir" et s'en retrouve titulaire, presque par accident. Bien sur, il doit y aller, savoir à quoi ça ressemble, se faire une idée. Mais je tremble pour lui, je sais quelles claques on peut se prendre en pleine face les premiers temps. Et c'est mon petit frère, faut pas lui faire de mal...

Gab me faisait remarquer à juste titre à quel point je compare. Ma rentrée avec la précédente, mon séjour en Grèce avec celui de l'an passé, l'expérience de mon frère avec la mienne... Et je réalise à travers cette remarque simple mais pertinente, à quel point ma vie est faite de cycles. Ma vie de prof d'abord qui impose un rythme et un éternel recommencement. Mes mécanismes de réflexion finalement qui sont sans doute calés sur mon mode de vie et qui semblent parfois tourner en rond. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas peur et j'avance avec une énergie retrouvée vers des mois de découverte...

 

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mardi 23 août 2011

Retour.

Pour ceux et celles qui sont passés me dire que mon silence était long et pesant, sachez que je suis toujours là...

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... Et que j'ai des tas de choses à raconter !

J'arrive...

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