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Diane Groseille
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8 juin 2007

Sit down.

Beaucoup d'heures de cours derrière moi,
j'ai plus compté celles qui sont venues se greffer sur un emploi du temps déjà saturé.
Le début de semaine a été beau.
PUIS.
Trois jours qu'on nous annonce des orages très violents qui ne viennent pas.
Trois jours que je me trimable des migraines à me taper la tête au mur.
A cause d'une crêve carabinée que m'a refilée Neb.
Même failli tomber dans les pommes.
Suis allée en classe parce que c'était semaine d'examen.
Nez qui coule en permanence et cette envie d'éternuer qui me lache pas,
même un élève pour me dire "vous pleurez M'dame ?"
Tête de cadavre, yeux rouges et cernes de momie.
Et cette chaleur qui rend tout poisseux, même les gens, même les mots.
Puis y'a des moments dans ces cas là,
on se dit que même les objets nous en veulent :
ils prennent un malin plaisir à disparaître
à claquer sous nos doigts ou a se mettre juste derrière nous
histoire qu'on ne puisse pas faire autrement que marcher dessus.

Alors quand une semaine comme ça touche à ses dernières heures, on dit ouf, merci.

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18 novembre 2007

J'te donne la plume.

Il y a des jours où on écrit en sachant qu'on ne trouvera pas les mots, parce que c'est un peu éteint dedans, et dehors aussi d'ailleurs. On regarde des foutaises à la télé, on mange des sucreries, on écoute pas tout ce qu'on nous dit, on ne fait pas ce qu'on avait prévu : ce gâteau au chocolat et aux poires, ces copies à corriger... On trouve que tout est plus difficile que quand il y a de la lumière.

4 octobre 2007

Les neiges du Kilimandjaro.


Une Vérité Qui Dérange BA FR
envoyé par PeteRock

J'ai été bouleversée il y a quelques jours par les constats faits par Al Gore dans Une vérité qui dérange. On m'en avait parlé et j'avais attendu pour le voir. Pas vraiment envie, je savais que, oui, ça me dérangerait, comme tout le monde, dans mes habitudes, dans mes responsabilités, dans ma prise de conscience. Comme beaucoup, j'aurais aimé fermer les yeux sur ce qu'on nous y annonce : un réchauffement climatique, la fonte des calottes glacières qui va encore aggraver le réchauffement, une montée des eaux, un dérèglement des saisons, un bouleversement qui va accentuer encore les inégalités, une extinction d'espèces, d'écosystèmes, un avenir noir. Je savais déjà presque tout ce que contenait ce film. Les tableaux, les chiffres et le charismatique Al viennent appuyer ce qu'on sait déjà sans pouvoir réagir. Parce que mon problème est là : comment est-il envisageable suite à un constat de la sorte, de poursuivre une vie normale ? Ce n'est pas une blague, il s'agit bien de notre avenir, pas de science fiction. Comment est-il possible de ne pas se tourner vers des actes quotidiens plus raisonnés, vers une politique qui respecterait le principe de précaution et encouragerait le développement durable. Pourtant, ce n'est pas ce qui se passe.

Je suis à mon échelle déjà prudente : sur mes choix de consommation (produits locaux, minimum d'emballages, commerce équitable s'il faut choisir des produits qui viennent de loin, produits écologiques qui n'ont qu'une incidence réduite sur mon environnement), sur ma façon de me déplacer (voiture propre, et dans la mesure du possible, choix de cours à proximité, vélo et marche pour les petits trajets), sur mes habitudes (couper l'eau et l'électricité quand ce n'est pas utile, s'assurer de la bonne isolation de mon appartement, consommer des produits de mon jardin...), sur le respect du monde dans lequel je vis. Je me dis aussi que savoir, c'est agir, donc j'essaye de garder toujours une oreille dressée, j'essaye de comprendre. Je n'ai pas la prétention d'être l'écocitoyen modèle, loin de là, et pourtant, je voudrais l'être. Je voudrais que tout soit possible, que tout soit fait pour que cette machine ignoble qui est en route ralentisse et qu'on minimise ainsi les dégâts. Ce n'est pas du tout ce qui se passe. Les politiques prennent des décisions dérisoires qui font sourire dans un tel contexte, l'argent garde le pouvoir. Et les alter-mondialistes et autres partisans de la décroissance comme Serge Latouche qui proposent des solutions plus réalistes et efficaces à mes yeux ne sont pas entendus, voire jugés comme des soixanthuitards sur le retour, dangeureux parce qu'ils touchent à nos privilèges, à nos acquis. Leurs propositions sont considérées utopiques et je pense qu'ils sont les seuls à tenir une solution. Alors, où va-t-on ?

J'imagine un futur à long terme où les privilèges que nous considérons comme des richesses ne représenteront plus rien. Les inégalités seront creusées encore davantage mais elles toucheront encore plus directement nos besoins vitaux. J'imagine de la panique, de l'égoïsme, de la tristesse, de la peur. Des regrets aussi. De ne pas avoir écouté et réagi plus tôt. J'ai peur.

4 juillet 2007

Envies.

Voilà presque les vacances qui s'avancent devant moi.
Encore huit heures de cours.
J'ai bouclé il y a quelques minutes la correction du roman.
Gros soulagement, impression de légèretés comme après la correction de plusieurs paquets de copies.
Il aura laissé en moi ces tournures alambiquées et grandiloquentes,
ces clichés permanents et ce message si loin de mes valeurs.

Un rayon de soleil enfin, la pluie nous laisse un répit.
Envie d'écriture plus profonde, plus sérieuse.
Envie d'évasion, par les mots, par les routes, par les airs.
Enfin possibles...

21 juin 2007

Rentabiliser une matinée

  • Promener le chien sous un pluie battante et se marrer de le voir raser les murs pour éviter les gouttes.
  • Faire un pain à l'italienne
  • Corriger trois paquets de copies.
  • Prendre une douche fraîche
  • Faire tourner deux machines
  • Laisser un message ici
  • Passer le balai
  • Regarder la pluie et les éclairs au dehors
  • Faire une tarte aux brocolis pour midi
  • Préparer les cours de cet après-midi
  • Regarder un épisode de Beverly Hills
  • Boire deux tasses de thé vert Orient
  • Arroser mes plantes qui ont déjà été saucées cette nuit
  • ...
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7 mai 2007

The winner takes it all.


Je ne veux pas parler
De ce par quoi nous sommes passés
Bien que ça me blesse
C'est désormais de l'histoire ancienne
J'ai joué toutes mes cartes
Et c'est ce que tu as fait également
Rien à ajouter
Plus d'as à jouer
 
Le gagnant remporte tout
La perdante se fait toute petite
Outre la victoire
C'est sa destinée
 
(...)
J'ai trouvé normal
De me construire une barrière
De me construire un foyer
Pensant qu'à cet endroit je serais forte
Mais j'ai été stupide
De suivre les règles du jeu
 
Les dieux peuvent jeter les dés
Leur esprit est froid comme de la glace
Et quelqu'un ici-bas
Perd quelqu'un de cher
 
Le gagnant remporte tout
La perdante doit tomber
C'est simple et évident
De quoi devrais-je me plaindre ?
 
(...)
Mais que puis-je dire ?
Il faut suivre les règles
 
Les juges décideront
Les gens comme moi suivent les règles
Les spectateurs
Gardent toujours profil bas
Le jeu vient de reprendre
Un amant ou un ami
Une chose grande ou petite
Le gagnant remporte tout
 
Je ne veux plus parler
Si ça te rend triste
Et je comprends bien
Que tu n'es venu que pour me serrer la main
Toutes mes excuses
Si ça te chagrine
De me voir si tendue
Et ne croyant plus en moi
 
Mais tu vois
Le gagnant remporte tout
Le gagnant remporte tout...

ABBA, The winner takes it all,1980.


***
Toute ressemblance avec une situation réelle serait fortuite.
Je retombe, comme par hasard ce matin sur ce tube qui me fait,
en l'occurrence,
bien sourire... Jaune.

Depuis ce matin, comme par hasard, des sirènes dehors,
en continue, comme pour annoncer une victoire
que nous allons subir pendant cinq ans.

[Accessoirement, je tiens juste à préciser que j'adore ABBA,
et que tous vos commentaires concernant la pertinence de ce choix
et de sa valeur musicale sont vains,
j'adore,
je persiste et je signe]
27 avril 2007

La peste et le colèreux.

Me voilà coincée.
Oui, bien sur, je vais voter pour elle.
Sans espèrer qu'elle sorte.
Et pourtant si, il le faut.
Ce ne peut être qu'elle.
Impossible que ce soit lui.
Où sont mes idées, mes convictions.
Qui sont ces deux clowns qui veulent juste s'asseoir dans un beau fauteuil rouge.
Les yeux de Ségolène sont faux, elle les baisse, je ne la crois pas.
Les yeux de Nicolas renvoient de la haine.

Vraiment perdue,
avec un choix qui est déjà fait.

18 avril 2007

Ah si j'étais riche...

... Je suis riche. Pas de gros lot euromillions, pas de compte en banque qui déborde loin de là. Pas de maison de campagne ou de voiture de luxe. Une vie confortable, à peine au-dessus de la moyenne à force d'efforts. Mais je suis pourtant vraiment riche. Mes dix plus grandes richesses, par ordre d'importance :

  • Mon libre arbitre, ma liberté de pensée et d'expression et je crois que par les temps qui courent, même dans notre pays, ce sont de vraies richesses.
  • Ma santé et celle de ma famille. Pas de soucis en vue et on croise les doigts.
  • Ma famille, et mon Neb homme de moi. Les liens qui nous unissent, cette confiance et cette complicité qui (malgré toutes les petites irrégularités que présentent ces relations) sont une vraie force.
  • Mes amis. Ces gens que je peux compter sur les doigts des deux mains et sur qui je peux vraiment compter.
  • Cette capacité à sentir les choses, irrationnelle, presque au delà des mots (je ne les ai d'ailleurs jamais trouvés ici pour exprimer ça). Un parfum, une note, un souffle, un goût qui peuvent se métamorphoser en feu intérieur. Tous mes souvenirs qui sont comme des briques de moi-même.
  • Les mots, ceux que que je vais utiliser pour transmettre des savoirs ou des compétences, pour transmettre des émotions, pour mieux les comprendre aussi moi-même souvent. Ces mots qui sont le miroir de ma sensibilité, mais aussi de mon éducation, de mon instruction, de ma culture, transmises par mes parents.
  • Mon ambition, mes projets, mes envies, aussi utopiques soient-ils, qui me portent chaque jour.
  • Mon Lucien, tout ce qu'il peut m'apporter de surprise et de joie.

Plus concret pour les deux derniers :

  • Mon appartement, qui appartient toujours à ma banque pour le moment et pour les vingt cinq années à venir, mais auquel nous faisons prendre de la valeur tous les jours et qui représente un vrai investissement, pour les projets à long terme.
  • Mon violon, et ce que j'ambitionne d'en faire.

Et vous, quelles sont vos richesses ?

6 février 2007

A titre de rappel.

Je tenais juste à informer mes chers lecteurs que les photos présentes sur ce blog
sont les miennes et qu'elle ne sont pas libres de droit.
Je sais bien que la Toile vous permet de les exploiter comme bon vous semble,
moi même, je me permets parfois l'utilisation un tant soit peu frauduleuse de quelques photos,
de tout récents béguins, par exemple.

Je pourrais me contenter d'être flattée
en découvrant mes images ailleurs, mais ce n'est pas le cas.
Et je suis toujours surprise de constater
que ceux qui se permettent d'utiliser mes photos
ne prennent même pas la peine de me le signaler,
à défaut de m'en demander l'autorisation.

Certes, ce ne sont pas des chefs-d'oeuvre,
mais voilà, ce serait sans doute une toute petite preuve de respect
dans l'immense indifférence de cette virtualité,
que de me faire part de votre choix avant.
A bon entendeur !

29 décembre 2006

Presque le dernier jour.

Ce matin, en marchant à travers la ville bleu glacé pour me rendre à un cours particulier, j'ai fait le point sur la situation.

Toujours beaucoup de cartons, toujours obligés de faire des pas de cigogne pour évoluer à travers notre appartement. C'est un agacement de chaque seconde, on ne sait plus où trouver nos affaires, ni où les ranger, et les travaux continuent. Mon père vient nous aider régulièrement. Nous trouvons doucement nos repères dans le quartier qui nous plaît beaucoup.

Je me disais tout ça en traînant les pieds dans les graviers. Regards circulaires autour de moi. Presque personne dans ce froid que l'on attendait plus. Seules les cheminées qui fument me laissent deviner la présence de vies, chacun est bien blotti chez lui, dans l'attente de la fin des festivités, en essayant d'ignorer la rentrée déjà trop présente. Comme une trêve. Nous reprenons le deux, comme beaucoup. Mais c'est une nouvelle parenthèse qui s'ouvre. Plein de projets déjà, la piscine à reprendre, le vélo, des promenades plus fréquentes avec Lu. Non, ce ne sont même pas de bonnes résolutions. Juste des activités laissées en suspend durant les mois d'attente de la signature.

Je ne suis finalement pas allée à cette session de formation. J'avais trop de détails à égler ici, trop de cartons à vider, à trier. Besoin de repos aussi, après cette course nerveuse. Pas envie d'attaquer le mois de janvier sur les rotules. Mes yeux vont mieux. Je suis allée consulter un ophtalmo à S. qui m'a diagnostiqué quelques petits soucis qui seront vite réglés.

Des achats encore prévus demain matin, pour la suite des travaux. Un déplacement à S., ville aux mille fantômes. Puis un repas chez mes parents, avec leurs amis du Sud. Rien de planifié pour le réveillon, plusieurs invitations (le Pooh, ma soeur, l'Amie...) mais pas de vraies motivations.

Je suis à nouveau un peu perdue avec Neb. Il est loin de moi. Je ne le lui dis plus, ça lui est égal. Il doit le savoir.

3 décembre 2006

Une course horizontale.

Il y a ce rêve encore cette nuit, il y a trop de rêves toutes les nuits. Un sommeil agité où je cours après des fantômes, après moi-même, où je panique, où je m'effraye, où je hurle. Chaque matin, je pourrais m'installer sur le divan de Freud qui se frotterait les mains de tant de symboles. Je n'ai pas besoin de chercher loin pour les voir. Mon vertige, le trou de l'évier, toujours des orifices noirs et étroits pas lesquels je dois me faufiler, et ces hauteurs, suspendu, la chute, ces rails métalliques dans un ciel sans sol...

Neb ne rêve pas, dit-il. En tous cas, il ne s'en souvient pas. Par contre il ronfle. Et ça non plus il ne s'en souvient pas. Et le matin, trop tôt, à cause d'un rêve qui me laisse en sueur, à cause de ma vessie qui crie "il est l'heure", à cause de mon voisin ronfleur, je quitte mes draps, avec cette impression d'avoir fait une course, un exploit sportif. Et avec ces sensations persistantes, si réelles, inscrites en moi pour la journée...

25 octobre 2006

Veuillez attacher vos ceintures.

Départ prévu pour demain matin à l'aube. Les valises se remplissent. J'ai du mal à y croire. J'ai cherché mon passeport ce matin. Je suis ressortie de la préfecture en courant, avec un sourire jusqu'aux oreilles. Je pense que je n'y croirai qu'au débarquement à Fort de France. Le programme s'annonce chargé : plages de sable blanc, mais aussi noir, pina colada, cascades, coups de soleil, coquillages et crustacés. J'en trépigne d'impatience. Prochain poste dans plus d'une semaine, toute bronzée et regonflée.

21 octobre 2006

Trois mots magiques puis tant de contrariété.

Tout commence là. Je l'observe. Il range ses affaires. Nous venons de passer trois heures dans la même salle. Trois élèves seulement pour les quatre dernières heures de la semaine. Une semaine longue et difficile, à cause des déplacements et du nombre trop important d'heures de cours, mais tellement enrichissante. Pas facile de faire passer quelque chose quand le public est fatigué, quand ce sont les dernières minutes d'une semaine trop longue, pour eux comme pour moi, quand il ne sont que trois et que je compte trop sur leur participation, leur générosité. Mais pourtant, nous avons ri, nous avons échangé, nous avons avancé vers nos objectifs. Et là, nous arrivons au bout de cette semaine, il range ses affaires, j'en fais de même. Ma tête est déjà dans la voiture qui va me ramener chez moi. Quarante minutes me séparent encore de mon week-end bien mérité, de mes parents qui viennent dîner. Quarante minutes que je vais passer sur la route, à slalomer entre les poids lourds, longue file indienne du vendredi soir. Il avance vers moi alors que je ne suis presque plus là. Il me dit juste avec un grand sourire "Restez la même". Trois mots. Qui explosent en moi et qui me collent un sourire pour la demi-heure à suivre.

La suite est moins agréable. Tout va trop vite. Mes parents arrivent pour nous ramener le chien qui a passé quelques jours chez eux. Je n'ai pas eu le temps de faire à manger, je viens de renter. Nous décidons d'aller au restaurant. "J'aurais pu faire à manger". "T'embête pas, tu dois être crévée". Je dévale déjà les escaliers, sur les pas de mes parents, quand j'entends Neb derrière moi qui m'appelle. La clé est restée coincée dans la serrure. "Pas grave" je me dis, on va règler ça en deux temps trois mouvements. Que nenni. Elle est bien coincée. Pas moyen de la faire bouger. Il est 20 heures. Nous prévenons les proprios et partons malgré tout dîner. Nous dormons à contre-coeur chez les parents pour éviter de payer un serrurier le prix fort.

Ce matin, juste un peu de mauvaise humeur de circonstance, mais pas de panique, on pensait trouver une solution. Après avoir essayé pied-de-biche, lubrifiant et autres stratagèmes, nous avons capitulé et fini par appeler le fameux serrurier. L'homme est arrivé, silencieux, le visage fermé d'un expert, sa mallette à la main. Il a commencé à trifouiller autour de la dite clé, à l'aide de pinces et d'outils plus étranges les uns que les autres. Nous étions trois autour de lui à attendre le coup de baguette magique qui allait forcément nous permettre de rentrer chez nous. Mais le verdict est tombé, avec un joli accent maghrébin : "pas moyen, c'est une serrure de sécurité, même le meilleur des cambrioleurs n'y arriverait pas, il faut appeler les pompiers". Rire nerveux et sceptique de l'assistance. Moment de doute. Bon, s'il n'y a pas d'autre solution. Ils sont arrivés, beaux comme des dieux, dans leur camion rouge, avec sirène et gyrophares. Dès l'instant où ils sont sortis de l'engin, comme au ralenti, une foule de badauds s'est massée autour d'eux. Ils ont sorti leur grande échelle qu'ils ont hissée jusque devant la vitre de la cuisine. Un des deux héros est monté, a poussé la fenêtre, sans casser mes pots de plantes aromatiques qui se tenaient derrière. Puis le serrurier lui-même a du monter avec sa petite mallette parce que le pompier n'avait pas de baguette magique. Après plus de deux heures, la porte était ouverte, complètement défoncée. Bilan : soixante-cinq euros pour le déplacement du magicien, une porte dans un état lamentable, pas de nouvelles des proprios qui doivent être en vacances (comme bons retraités qui se respectent à cette époque de l'année), vingt euros refilés à un copain de mon père qui est venu poser une serrure de fortune, provisoire, gratuit pour les généreux pompiers, qui sont partis comme ils sont venus, sous le regard admiratif de la foule en délire, lâchant un dernier sourire "émail diamant" en prenant le virage. Je passe sur le cours de violon annulé qui sera facturé malgré tout et sur les cours de Lucien qui sont aussi tombés à l'eau.

Dépités, Neb et moi avons passé une journée creuse, à nous inquiéter, à attendre, à observer, à douiller. Mais la cerise sur le gâteau est arrivée plus tard. Alors que nous envisagions de rattraper un peu du temps perdu, et de prévoir les derniers détails liés au départ en Martinique (prévu jeudi), nous nous sommes soudain retrouvés face à un affreux doute. Ma carte d'identé est périmée depuis avril. Neb me rassure "la Martinique est un département français, personne ne t'en tiendra rigueur". Appel tout de même pour être rassurés à Air France. Et là, panique : impossible de monter dans un avion de la compagnie sans une carte d'identité, même pour un vol national, dixit la gentille demoiselle du bout du fil. Tout s'effondre. Pas d'assurance annulation. Le prix du billet pour ma pomme et une semaine d'affreuse solitude en perspective, à penser à mon homme qui se dore la pilule à l'autre bout du monde, sous les palmiers qui auraient du être les miens. Vite, trouver une solution. La seule, objectivement, qui se présente à nous est celle du passeport que la préfecture pourrait nous délivrer en urgence. Mais je bosse lundi et mardi, de huit heures à dix-huit heures. Il va falloir ruser, rien n'est gagner. Ce soir, nous allons essayer d'oublier tout ça, l'espace d'une soirée-ravioli... To be continued...

18 octobre 2006

Fluidité.

Il y a denouveau les tableaux noirs. La craie qui vient fondre sur la surface verte, s'écraser tendrement. Les lettres qui tournent comme tant d'arabesques. Les mains blanchies et moites qui viennent se frotter au pantalon. Petite satisfaction du quotidien. Mes salles de classes sont des scènes de théâtre. Une complicité, un partage se met doucement en place. J'aime. Je découvre de nouvelles personnes. Ils ont tous tant à m'apporter.

25 septembre 2006

Un kleenex et trois kilos de merde.

Un peu perdue hier soir. Un peu fatiguée ce matin. Ai pleuré comme une madeleine. Me suis vidée de toutes ces angoisses. Pour tout ce que j'encaisse depuis des semaines : Faire semblant d'aller bien avec lui. Accepter l'agressivité de ma soeur. Ne pas être écoutée. Prendre des risques. Ne pas voir plus loin que "la semaine prochaine". Avoir peur mais ne pas le dire. Ne pas le dire. Ne pas le dire.

Nous fêtions hier l'anniversaire de ma mère. J'ai fait à manger pour les dix personnes présentes. Je voulais que ce soit parfait. C'était bien. Tout le monde a ri. Il y avait autour de cette table des gens que j'aime beaucoup. Le soleil qui n'était pas prévu sur nos cartes de visite s'est même pointé en fin d'aprèm'. Belle balade dans les prés, dans la lumière descendante. Mais la nuit venue, un gros coup de barre m'est tombé sur les épaules. Il fallait rentrer chez nous, en laissant Lucien derrière nous puisque la semaine à venir est très chargée. Mes cours n'étaient pas prèts (et ne le sont toujours pas d'ailleurs) et j'avais juste envie de fermer les yeux et de tout oublier. En montant dans la voiture des larmes chaudes ont coulé sur mes joues et ne m'ont pas lachée durant tout le trajet. L'occasion de vider mon sac à Neb. De lui dire tout ce que je ne veux plus dire. De lui dire à quel point la semaine à venir peut être décisive.

Mal dormi cette nuit. Angoissée par cette nouvelle semaine. Par ces nouvelles classes encore. Réveillée ce matin avec les yeux gonflés et le coeur toujours gros. Mettre un mouchoir dessus et avancer. Garder les états d'âmes pour plus tard. En espérant qu'on les oubliera au fond du panier.

29 août 2006

Chut, ça commence, oublie que tu existes, absorbe...

in the next world war
in a jackknifed juggernaught
i am born again
in the neon sign
scrolling up and down
i am born again

in an interstellar burst
i am back to save the universe

in a deep deep sleep
of the innocent
i am born again
in a fast german car
i'm amazed that i survived
an airbag saved my life
in an interstellar burst
i am back to save the universe


Airbag, Radiohead.

21 août 2006

On avance, on avance, on avance...

Matinée de pré-rentrée un peu ridicule. Je me rends joyeusement dans mon ancien établissement pour préparer une rentrée à laquelle je ne participerai pas. Mais dans la logique de mon directeur, puisque je fais partie de son personnel enseignant jusqu'au 31 août, je me dois d'assister à cette réunion, même si cela est parfaitement inutile et incohérent. Alors il ne faudra pas s'étonner si dans la matinée, je balance des boulettes sur mes futurs ex-collègues, si je pique du nez vers dix heures et demi ou si je fais ma liste de courses pendant qu'on parle du règlement intérieur pour la quinzième fois. Par contre, lundi prochain, c'est une autre paire de manches : ma première classe, quatre heures de suite, il va falloir bétonner tout ça.

Autre bonne nouvelle (oui, c'est une période faste), nous avons trouvé l'appartement que nous cherchions. La période de préavis de l'actuel a été prolongée et nous n'aurons donc pas de soucis avec les formalités qui traînent. Il ne s'agit pas d'un bijou, ni de quelque chose d'idyllique, il s'agit juste d'un appartement au calme, avec deux balcons (un Est et un Ouest) pour mes plantes, beaucoup de lumière, deux chambres, une petite cuisine agréable et de la place... Et maintenant, je dois aller voir pour la troisième fois mon banquier et j'angoisse parce que c'est un véritable exercice de style : garder un air digne et intelligent alors que je ne comprends pas un mot sur deux quand il me parle.

9 août 2006

Aujourd'hui. Fade.

Je roule mes cheveux sous mes doigts. Aujourd'hui, du neuf, et en même temps, ça n'avance pas. Des visites qui ne correspondent pas... Ces journées d'été sont comme autant de papillons noirs qui m'échappent. Hier encore, toute la journée des orages qui se succèdent sur nos têtes comme des chagrins trop lourds. L'impression d'attendre. Trop souvent mes journées filent comme la précédente, anonymes, sournoises, la météo est fade et mon canapé se fait trop confortable. Mon homme travaille et ma motivation a déclaré forfait. Je me souviens trop souvent de l'été dernier, les idées fourmillaient et nous avons trotté des semaines durant dans les alpages. Cette année, je suis fatiguée, un peu curieuse de ce qui me pend au nez, mais comme déjà découragée.

Ce soir, des amis, une douce présence imprévue dans mon appartement. Ils mangent, boivent et rient. Puis il est question de sortir, vers onze heures. Je ne veux pas, ça ne m'inspire pas. Sortir, c'est être regardée, et je n'aime décidément pas mon image les derniers temps. Un peu trop ronde (alors que certains me diront maigrichonne), regard fuyant, cachée derrière des méches trop longues qui viennent boucler près de mes yeux. Et je regarde trop justement, trop d'importance accordée à ce que je renvoie. Pourtant, je ne suis pas comme ça. Je n'aime pas ça.

Souvent, en passant près d'une terrasse, des gens qui rient, et je me dis que je rate quelque chose, qu'ils sont bien. Il faudra expliquer ce sentiment. Vouloir être partout à la fois, ne plus savoir profiter de ce qu'on est maintenant. Et celui beaucoup plus profond encore qui court sous ma peau certains soirs, comme un serpent froid... Il faudra...

7 août 2006

Merci.

Il ya ceux qui sont là depuis le début.
Il y a ceux qui me font sourire, qui ont de superbes idées (réponse au mail prévue pour bientôt).
Il y a ceux qui ont osé, et qui se serait sans doute pas manifestés sans mes menaces.
Il y a ceux qui reviendront, et qui reconnaissent que ça fait partie du jeu.
Il y a ceux qu'on imaginait même pas, qui se disent "fan de moi" et que j'aimerais mieux connaître...
Même ceux qui se disent "accro".
Il y a ceux que je connais depuis peu et que j'aime découvrir.
Il y a ceux que je ne connaissais pas du tout, bonne surprise.
Il y a ceux qui ne sont pourtant pas loin.
Il y a ceux qui s'intéressent à mon futur.
Il y a ceux qui jonglent avec les mots.
Il y a ceux dont les photos sont touchantes, depuis longtemps.
Il y a ceux qui constatent le même silence.
Il y a vous tous, et c'est bon de vous savoir là
et même que parfois, c'est plus si virtuel que ça...

3 mars 2006

Lui, tellement important.

Et je ne suis pas encore couchée, du mal à trouver les lettres justes pour faire des mots, et pourtant, ça me fait rire. Je suis rentrée avec R. dans la nuit et la neige. Je suis arrivée ici, recouverte d'une couche épaisse et blanche, trainant mes pieds au sol. Je pense à Neb, si fort, le seul homme de moi.

15 janvier 2006

Effrayant.

Je regarde à l'instant le témoignage sur Sept à Huit de cette prof
poignardée dans sa salle de cours
par un élève à qui elle avait demandé de retirer son blouson.
C'est une enfant que je vois dans son regard et dans ses larmes.
C'est de la désillusion, de l'incompréhension et de la peur que je sens dans sa voix.
C'est moi aussi qui suis concernée par ce qu'elle a vécu.
Moi comme tous les autres qui tous les jours se retrouvent dans une salle de classe.

Plusieurs fois déjà le conflit est né.
Les regards deviennent pesants, trop direct, noirs.
Plusieurs fois les mots sont devenus trop lourds et menaçants.
Quelques fois j'ai eu peur, mais je ne l'ai pas montré pour ne pas perdre la face.
Plusieurs fois j'ai imaginé ce type de scénario.

Je n'ai pas vraiment peur.
Je ne pense pas être vraiment exposée.
Mais tout de même les questions se bousculent.
Le laxisme.
L'éducation.
Les risques.
L'autorité.
Le futur: le mien, le leur.
L'envie qui fout le camp.

6 juin 2006

Un rayon.

Dimanche fut une journée magnifique. Nous sommes allés chez mes parents pour une fête exceptionnelle : la majorité du frérot. Une vingtaine de personnes invitée. Ma mère avait chouiné pour faire appel à un traiteur. J'ai crié au scandale quand j'ai vu que les entrées seules coûtaient déjà douze euros. Après quelques discussions bien animées, ma soeur et moi avons eu autorisation de nous occuper du repas. Je dis bien "autorisation", pas "champ libre". Alors ce fut une journée "service", préparation de la table (bouquets de blé vert et de marguerites, petites vignettes souvenir avec photo du djeun's bien kitsch), mise en place du repas, les petits plats dans les grands, les mains dans la vaisselle jusqu'à dix-huit heures et toujours une petite coupe de quelque chose posée sur un coin de table. Le temps, heureusement, était avec nous et tout le monde a pu se poser dans le jardin sous un soleil d'avril pour le dessert. Qu'il est bon de se retrouver tous ensemble ! Je crois que c'est la première fois que je savoure (en pleine conscience de la chance que j'ai) un  moment pareil. Assise au soleil, silencieuse dans le brouhaha des conversations, dégustant une coupe bulleuse. Il ne manquait que la grand-mère qui est à l'hôpital (rien de grave, je crois d'ailleurs qu'elle sort aujourd'hui). La journée s'est achevée sur une petite note "balade en bord de rivière", histoire d'oublier que tout le monde était pompette et de digérer l'excès. Neb et moi sommes rentrés vers onze heures et sommes tombés comme des masses devant une émission sans importance. Encore hier, alors qu'un ciel de plomb avait de nouveau remplacé le soleil, j'ai passé une bonne partie de ma journée à dormir.

***

Week-end prolongé qui s'achève. Je pars travailler. J'ai du mal à croire que j'y vais encore. J'envoie des courriers, je scrute, ma tête est déjà ailleurs et pourtant il faut assumer jusqu'au bout. J'annonce ce matin à une classe un peu particulière mon départ. Trois classes de première année sont déjà au courant. Avec celle de ce matin, ça s'annonce moins facile. Des liens forts se sont tissés, beaucoup de mots trop énervés depuis le début de l'année, beaucoup d'explications aussi.

30 mai 2006

La berlue.

Je crois que je vois mal, petits soucis de vue.
Ce ne peut être que ma vue.
Parce que ça ne semble pas impressionner ou perturber le pingouin qui présente la météo :
demain, il va neiger.
Oui, demain, le 31 mai.

Cet après-midi, comme des héros,
R. et moi nous sommes installés en terrasse d'un café,
dans des rafalles de vent glacé,
sous des nuages noirs et menaçants.
Le thermomètre de ma voiture m'annonçait dix degrés (oui 10°C).

1 janvier 2006

Emportée.

C'était trop réel pour être faux et trop fou pour être réel, mais je sais que plusieurs fois quand même, je me suis dit "ça ne peut pas être vrai, réveille toi". D'abord, il y a eu cette course dans cette ville que je ne connaissais pas, une matinée lumineuse comme un printemps, mais je suis perdue alors que je dois me rendre sur mon lieu de travail, je suis attendue. Le même travail que dans la réalité, j'ai même mon emploi du temps en tête. La ville semble pauvre, on reconstruit des maisons, des routes, des voies ferrées, je traverse des terrains vagues sur lesquels des motos font crisser leurs pneus. Je demande ma route mais tout le monde me dit que c'est tellement loin. "Avenue de la République". Pourquoi ? Je finis par arriver, avec une heure de retard. Tête de Briques est là. Elle ne dit rien. Je vois P. et L. en train de recoller des lames de bois sur la voie ferrée.  Je croise V. (débordée comme d'habitude) et G. qui me demande sur le trottoir où j'en suis avec les bulletins. Je quitte l'établissement tout de briques rouges pour me rendre avec ma classe dans un établissement annexe. Moi et ma classe de deuxième année traversons cette voie ferrée. Je vois cette lumière rouge et clignotante qui me fait dire à mes élèves de ne pas bouger. Ils ne bougent plus. Mais elle est restée sur la voie. Elle portait une tunique blanche sur laquelle se posaient ses longs cheveux noirs. Elle a disparu dans le vent bruyant du train. Réveil en sursaut.

27 mars 2006

Phage et Vore sont dans un bateau.

L'autre jour, durant un cours de deuxième année, une petite parenthèse étymologique s'est ouverte. Je ne sais plus comment nous en étions arrivés là. Les mots suffixés en -phage et en -vore. Une liste rapide se dessine au tableau, je mets en évidence les suffixes en rouge. Les réponses fusent : "omnivore, phytophage, herbivore, sarcophage...". Explications brèves car c'est hors-sujet et que je suis déjà en retard avec cette classe. Le programme, toujours le programme. Je pose une dernière colle : "Comment appelle-t-on celui qui mange son semblable ?". Ils cherchent tous, très concentrés, conscients de connaître la réponse, quand soudain mon champion du monde dans le fond de la salle gueule le mot. "Holocauste". Il résonne étrangement dans la salle de cours à ce moment là. Tous les regards perplexes se tournent vers lui. Bien entendu, tous attendent ma réaction car ce n'était pas du tout le mot qu'ils cherchaient dans leurs petits tiroirs de mémoire. Je pose gentiment mon feutre rouge, et je m'installe pour écouter les explications qui vont accompagner cette réponse saugrenue.
" - Explique moi ce qui te laisse penser que c'est la réponse à ma question.
   - Ben j'ai vu un film où les gens y devaient tous se bouffer dans la jungle, et ça s'appelait Cannibal Holocaust, c'était vraiment gore."
Finalement, il a fallu élargir la parenthèse, au détriment du fameux programme, pour des explications qui s'imposaient vraiment.

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Diane Groseille
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