J'attends cette petite vibration à l'intérieur parce qu'enfin on respire, j'attends les parfums entêtants des fleurs fraîches, j'attends le soleil qui chauffe la peau et réchauffe le dedans, les longues promenades en forêt, les terrasses en sortant du boulot, les flâneries... Mais pour le moment rien. En avril, ne te découvre pas d'un fil. Alors, comme la renaissance annuelle n'arrive pas, mon job me gonfle, j'ai envie de dormir tout le temps, c'est le come back de la marmotte...
Y sont toujours les mêmes ces bétisiers, les mêmes gags au moins cinq fois dans l'année. Puis fallait que ça retombe ce soir. Journée de visites d'appart', rien trouvé et je dirais même que certains proprios devraient avoir honte. Y'a eu un coup de coeur, mais c'était vraiment trop petit et trop cher.
Alors ce soir, avec des jambes en béton et du coton dans la tête, je me colle devant ce bétisier, et ben même que ça me fait rire tellement je suis fatiguée. Et pire que ça, j'apprends à l'instant que ce brave Cauet n'aime pas la chasse. Et tout d'un coup je lui trouve une lueur (je sais pas de quoi, mais une lueur), voilà que nous avons un point commun. Et là, l'est vraiment tant que j'aille me coucher.
[Feu d'artifices dehors qui n'en finit pas d'éclairer le ciel et de retentir].
Petit texte datant de juin 2011, mis en ligne aujourd'hui seulement.
"La semaine dernière, assise en plein soleil, de traviole, un pied sous les fesses, un livre d'Annie Ernaux à la main, je savoure un moment d'attente. Je constate alors que ces journées que je perçois souvent comme étant chargées ne sont qu'une succession de moments d'attente et que si l'on devait mettre bout à bout les vrais moments d'efficacité, on pourrait réduire la journée de moitié. J'attends ce jour là mes amis d'impro, devant la salle de théâtre. J'observe des scènes amusantes.
Cette petite fille d'abord qui arrive dans l'allée. Du haut de ses sept ou huit ans, le bidon en avant, elle beugle "Célia". Son cri qui se veut grave reste sans réponse ce qui de toute évidence l'agace fortement. Mais elle prend un air détaché, se baisse pour faire son lacet, se relève, crie encore une fois, crache par terre comme un vieux et part à la rencontre de la sourde avec une démarche de cow-boy.
Plus tard, quelques minutes à peine, une femme passe. Elle traîne un petit caba à roulettes derrière elle et semble chercher au sol quelque chose qu'elle a perdu. Elle me fait penser à Lu, la truffe basse, qui ne sait pas où il va.
Petit groupe d'enfants équipés d'énormes sacs d'écoles, comme des papillons qui se bousculent, ils entrechoquent leurs ailes et elurs cris.
Deux femmes voilées marchent lentement en s'appuyant sur deux poussettes, se parlant sans vraiment s'écouter. Sont dessinés sur leurs visages les soucis du quotidien, la fatigue et la lassitude.
Mes amis arrivent, souriants, au compte-goutte, avec l'énergie et l'envie de partager ces deux heures que nous construisons chaque semaine ensemble, laissant nos préoccupations derrière nous le temps de rire et d'improviser."
Un mois de silence mais je suis toujours vivante. Tempête de copies, précipitations de bulletins et tornades de conseils de classes. Tout ça ponctué d'allées et venues de Gab, de séjours chez lui mais aussi d'impro, de sorties, de réveils "galère", de journées de cours sans fins. Mais je survis, même si parfois j'ai l'impression d'étouffer. Puis je compte les jours jusqu'au printemps et ason changement d'heure, pour récupérer enfin de la lumière.
Je pourrai en dire plus mais... C'est en accéléré que je vous livre tout ça, une fois de plus bousculée par le temps. Je m'arrêterai bientôt ici à nouveau...
Cliquer trois fois. Créer un
fichier. Mettre les trois lettres de son prénom en titre. Gab.doc. Donner du
sens rien qu’avec ces actions simples. Il existe avec la création de ce
fichier. Il existe par les mots. Il existe sans doute bien plus que d’autres.
Samedi soir, alors que je me rendais
chez ces amis que je n’avais pas vus depuis des mois, je crois que je savais.
Je savais que ça n’allait pas se limiter à quelque chose d’anodin. Je ne
sais pas pourquoi. Je m’étais faite belle, j’avais mis cette petite jupe qui
tourne un peu, mes bottes à talons qui font mes jambes plus longues, j’avais
mis un peu plus de noir sur mes yeux. Pourtant, rien ne laissait présager ça. Je
ne le connaissais pas, je l’avais entr’aperçu il y a un an et demi, lors de ce
mariage, alors que je couvais déjà ma dépression. Je venais de me séparer de
Neb et la tempête grondait. Je crois que mon attention alors était toute centrée
sur cette petite boule de tristesse acide que je voulais faire taire et qui me
ravageait l’intérieur.
Samedi soir, il était là. J’ai
découvert un grand garçon franc, bourré de charme et d’humour. Intéressant et
intéressé. Respectueux de tout ce que l’on pouvait dire autour de lui. Taquin mais
sans être lourd. Plein de finesse. Il n’est pas beau, mais dégage quelque chose
qui m’a plu dès les premières minutes. Et la soirée file, trop vite à mon goût.
Je vois nos hôtes fatigués et avec ce constat approche le moment de se quitter.
Lorsque je sors de leur appartement, il reste derrière moi, je vois son sourire
dans l’entrebâillement de la porte et je me dis, alors que je dévale les
escaliers qui me mènent à ma voiture, que je ne le reverrai jamais.
Samedi soir, je rentre chez moi
et envoie à mes deux amis un petit mail de remerciement dans lequel je leur
fais savoir que j’ai adoré faire la connaissance de leurs amis. Le lendemain, je reçois un lien facebook qui
me suggère de devenir «amie» avec lui. Je ne clique pas, je ne veux
pas me précipiter. Je réfléchis devant mon écran lorsque dans mes mails,
quelques secondes plus tard seulement il me demande en «amie».
Ridicule, bien sur, mais mon cœur s’emballe, je pousse de petits cris de joie
seule dans mon appartement. Et après ? Super
ma grande, t’es «amie» avec lui sur facebook, quel pas en avant !
Puis je me dis que c’est toujours mieux que rien, qu’au moins toutes les portes
ne sont pas fermées. C’est avec un sourire et une espèce de sérénité
inexplicable que je me rends chez mes parents avec ma Tine pour le déjeuner
dominicale. Puis la journée file. Dans la soirée part ce petit message anodin pour
Gab dont j’ai déjà parlé lundi. Il n’attendait pas de réponse mais en espérait
une…
Lundi, huit heures de cours et
dans la soirée, mes traditionnelles deux heures de théâtre me permettent de lâcher
toutes les tensions, de partir dans la création. Nous nous retrouvons comme
toujours autour d’un verre et d’un bon petit plat après notre atelier. Ce soir
là, une fois de plus, l’ambiance est bonne, les rires fusent, la bonne humeur
est palpable. J’aime ce groupe, malgré les déceptions qui peuvent être
occasionnées. Je sais que je suis exigeante avec eux, je sais que je ne dois
pas en attendre trop. Et l’Homme aux
mille questions, à ma droite ce soir là, qui prend ma main, qui me dit que
je sens la vanille, qui pique un fard alors que je le regarde juste dans les
yeux et qui m’encourage à boire encore et encore dans son verre, pour savoir à
quoi je pense… Je quitte la périphérie de M. avec ces doutes toujours à son
sujet.
Hier, il répond. Qu’il n’était
pas rentré chez lui, qu’il est désolé d’avoir tardé, qu’il est ravi d’avoir de
mes nouvelles, que je peux passer le voir quand je veux. Il vit à trois heures
de route de chez moi. Je ne réponds pas tout de suite. Hésitante sur le contenu
à apporter à ma réponse, je laisse finalement passer de longues heures de
cours. Mon prétendant, celui qui m’avait embrassée vendredi soir m’appelle
mardi midi. Il me dit qu’il veut me voir, qu’il est disponible en début de
soirée. L’envie n’est pas là, mais je cède.
Après quatre heures de
surveillance, je le rejoins dans un café dont je n’aime pas l’ambiance et la
luminosité crue. Lorsque je m’approche de lui, il attrape ma bouche et m’embrasse.
Je n’aime pas. Un de ces baisers de vieux couple. Manque plus que le «t’as
passé une bonne journée chérie ?». Très peu pour moi. Nous passons
quelques heures ensemble. Nous flânons dans les allées du marché de Noël qui
vient de s’installer dans le centre ville de M. Un vin chaud, quelques sourires
et nous nous installons dans un café où nous mangeons quelques tapas. Je n’ai
pas faim, je regarde l’heure, impatiente de rentrer, je n’avais pas l’intention
de passer la soirée à ses côtés et le fait qu’il m’ait un peu forcé la main m’agace
sans que je ne m’en rende compte. Je me sens nerveuse et je ne parviens pas à m’expliquer
pourquoi. J’ai pourtant toujours aimé les moments passés avec lui. Installés l’un
en face de l’autre, alors que je lui parle avec conviction et fougue de ma
vision de l’enseignement, ses doigts viennent glisser sur mon bras puis sur ma
main. Je ne sais expliquer à quel point ça m’a crispée. J’en avais des envies
de violence. Et je ne sais expliquer pourquoi. Incapable. Il me raccompagne à
ma voiture et m’embrasse encore. Je n’aime pas ça. Toujours pas. Je n’aime pas
ses lèvres, je n’aime pas ressentir ce néant en moi quand elles se posent sur
ma bouche, juste un contact mouillé. Il me dit, alors que je manque de lui
claquer la porte sur les doigts, qu’on peut se voir dimanche soir. Je botte en
touche, je bosse le lendemain, je ne pourrai pas venir à M. Et lui de trouver
la solution miracle : il peut dormir chez moi. Aïe. L’éventualité me met
face à la réalité : je ne veux pas de lui dans mon lit, je ne veux pas de
lui dans ma vie, comment ai-je pu imaginer le contraire ? Je réalise qu’il
n’a d’ailleurs jamais trouvé de « nom » ici… Je fais le trajet de
retour avec ces questions qui volent comme de sales mouches dans habitable de
ma voiture. Et je déteste alors son odeur qui semble figée sur mes lèvres, sur
ma peau, indélébile. Dès mon retour, je me fais couler un bain. Je retrouve le
calme de mon appartement, j’allume mon PC, je mets l’album de J. Tillman découvert
il y a peu. Je me détends, je chasse de mon esprit ces idées.
Puis au détour d’un passage rapide
sur facebook, il est là. Gab. Sa connexion déconne mais pendant près de deux heures,
il m’envoie des messages. Peu de cohérence dans ce que je parviens à comprendre
entre deux interruptions, mais tant d’acharnement. Il veut me parler, il veut
me connaître, mieux, un peu au moins. Comme tout cela est compliqué, je lui
laisse mon numéro et il m’appelle. Et cela se poursuit par deux bonnes heures
au téléphone. Sa voix est tendre, calme, posée et enrouée. J’aime. Je pourrais
l’écouter pendant des heures. Je l’écoute pendant des heures. Et je parle
beaucoup aussi, et facilement je me confie à celui que je ne connais finalement
pas. La confiance est évidente. Nous réalisons que nous avons de nombreux
points communs. Cette passion pour la littérature et l’écriture, pour le théâtre.
Une longue vie de couple derrière nous et une joie retrouvée avec la liberté
qui a suivi, précieuse aujourd’hui. Il me pose des questions, indiscrètes, mais
qui ne me gênent pas. Je raccroche le téléphone vers une heure du matin, avec
un sourire simple sur le visage. Je vais me rouler en boule sous ma couette et
j’ai du mal à trouver le sommeil. Je lui en ai trop dit, je n’aurais pas du…
Ce matin part un petit mail pour
lui faire savoir mes regrets de m’être confiée si facilement, de lui avoir dit
de moi tant de choses que je ne dis pas habituellement, de lui avoir fait
savoir mes doutes, mes craintes, de lui avoir montré mon obscurité. Je me dis
que sans doute pour tant de franchise, je vais être sanctionnée. Je reçois dans
la matinée alors que je suis face à une classe qui quitte la salle pour partir
en pause deux petits messages silencieux qui viennent crier dans ma tête. Le
premier dit merci, ne t’inquiète pas, j’ai aimé. Le deuxième dit encore à quel
point nous sommes pareils. Et je mets alors un masque pour ne pas afficher ce
trop plein de bonne humeur qui m’inonde.
Dans quelques minutes, je vois
notre ami commun. Nous nous retrouvons pour aller boire un verre. Ce sera l’occasion
de tâter le terrain, de savoir si je dois me méfier ou si mon impression de
confiance est la bonne...
L'année est lancée. Comme l'année dernière à la même époque, je suis fatiguée. Alors que cet automne, mes journées paraissaient élastiques et mon énergie un puits sans fond, je suis aujourd'hui lourde et mes pattes trainent au sol. J'ai pourtant essayé depuis janvier d'anticiper au maximum, pour ne plus travailler dans l'urgence. Je corrige mes copies le plus tôt possible, je prépare mes cours, je fais un travail bien plus sérieux et approfondi que sur les premiers mois de cette année scolaire. Sans doute qu'il me faudra quelques semaines encore pour en tirer un réel bénéfice. Sans doute que la lumière qui va revenir, les journées qui vont se faire plus longues et plus belles vont m'aider à retrouver cette force.
L'an dernier à la même époque, je trébuchais. Je lis en ce moment le livre de Philippe Labro intitulé Tomber sept fois, se relever huit. Il y parle de sa dépression. J'avais acheté ce poche en 2009, cherchant alors des réponses à mes questions, des témoignages de ce que je vivais moi-même, des paroles rassurantes. Quelqu'un capable de dire ce que je vivais moi-même, muette. J'étais alors tellement à côté de moi-même que je ne l'avais pas ouvert. Je crois que j'ai bien fait. Ce qu'il y dit est désespérant, même pour quelqu'un qui est fort départ. Je baigne à la lecture de ses mots dans cette noirceur qui m'étouffait alors. Je retrouve tout ce néant. Dès les premiers pages, les premières lignes, il décrit ces mêmes douleurs, ces mêmes symptômes que jamais alors je n'avais eu l'idée d'attribuer à une dépression : les sueurs nocturnes, le sommeil qui se veut omniprésent, l'anéantissement de toute envie... Lui aussi a mis un certain temps avant de nommer le mal. Pourtant, on a tous entendu le mot, on connait sa signification. Mais le jour où un tel phénomène vous arrive sur le coin de la tronche, pas un instant vous n'imaginez qu'il puisse s'agir de ça.
Aujourd'hui, je pense que tout cela est bien derrière moi, mais comme tout rescapé, je sais que je ne suis pas à l'abri. Alors souvent, je guette, je m'observe, je crois déceler des signes avant-coureurs, ceux que je n'avais justement pas voulu voir en 2009. Récemment, j'ai été amenée à parler de tout ça, bien plus que je ne l'avais fait auparavant. Gab a lui-même traversé plusieurs dépressions. Il est d'ailleurs toujours sous traitement. Ce qui pourrait me faire peur. Ce n'est pourtant pas le cas.
Plus le temps passe et plus je me dis que c'est est un garçon exceptionnel. Il est celui qui pense comme moi. Peut-être que cela se retournera contre moi à un moment, mais pour l'heure, je me retrouve pleinement dans ce que nous vivons. Je vais encore le voir ce week-end, trois jours chez lui, en espérant cette fois éviter la grippe et le lumbago. Les débuts se vivent souvent à l'horizontal, de désir et d'eau fraiche (je suis incapable de parler d'amour). Mais les premiers temps passés, si l'on ne partage rien d'autre, ça s'essouffle et durant trois jours, j'ai envie de partager avec lui.
Mes craintes le concernant ? Son rapport au travail, son rapport à la folie, sa lenteur, dans la réflexion, dans l'action. Mais comme pour le moment rien ne nous engage, ces peurs ne sont presque pas les miennes. Je les regarde avec distance. je nous regarde avec amusement...
Parfois, le
destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu
modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la
sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête
change son rythme aussi. C'est sans fin, cela se répète un nombre
incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort,
juste avant l'aube. Pourquoi ? Parce que cette tempête n'est pas venue
d'ailleurs, sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien
d'autre. Elle vient de l'intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu
puisses faire, c'est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et
te boucher les oreilles afin d'empêcher le sable d'y entrer, et la
traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il n'y a pas de soleil,
il n'y a pas de lune, pas de repère dans l'espace ; par moment, même le
temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os
broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête que tu dois
imaginer.
Mon oncle est parti. Après un an d'un cancer contre lequel il n'a pas pu lutter. J'ai encore pu le voir samedi. Il n'était plus que l'ombre de lui-même, sédaté, dans un lit jaune, il ne nous a pas reconnues, ma sœur et moi. J'ai vu l'effort dans ses yeux pour trouver la dignité et la lucidité. Heureusement pour lui, tout ça, c'est terminé.
Et je suis en colère plus que triste. Une colère amère et muette. Je ne parviens pas à trouver les mots. Elle se nourrit de mes peurs les plus obscures. Elle trouve sa force dans ce sentiment d'injustice. Et ça en devient physique, une envie de cogner, de sortir toute cette rage et ces sanglots douloureux.
La copie de l'élève que j'ai sous le nez est tellement nulle que j'ai
envie de la réduire en confettis, il a fait n'importe quoi, puis cette
classe qui ne réagit pas, sont tout ramomos, je suis fatiguée, mes
cheveux puent la clope alors que je les ai lavés ce matin, je fume trop
et aussi, ils me saoulent à faire des travaux avec plein de bruits
stridents dans la rue pendant que mes étudiants "essayent" de
travailler, et j'ai chaud, et j'ai vu la météo à midi et parait qu'il
va faire froid, et même que le dernier jour où il fait beau et que je
pourrai en profiter, je suis enfermée entre quatre murs. Putain,
aujourd'hui c'est l'automne, d'abord j'aime pas, c'est froid et mouillé
et on nous enlève des minutes de soleil. Puis tout le monde trouve
utile d'afficher une tronche d'enterrement de circonstance, moi la
première. Je suis furax... L'été est passé trop vite, chez moi c'est le
souk, les cours ont repris et y'a toutes ces choses que je voulais
faire et que j'ai pas pris le temps de faire. Et encore ces paquets de
copies et ce tableau excell à remplir pour demain et à renvoyer par
mail et j'ai envie de dormir juste en y pensant, ou peut-être de
pleurer...
Je crois que je suis en colère... Mais en fait non, j'ai juste mes règles.
Et puis quand je réfléchis deux secondes, tout ça j'y pense plus. La
vie est trop simple en ce moment. Ce soir, je plaque tout et je monte à
S. manger chez mon frérot, et je m'en fous de tout le reste parce que
je suis en week-end.
Un rendez-vous timide et des mots tendres depuis. Toujours plus précis, et moi qui sais que je dois le freiner dans son élan, pour qu'il n'ait pas mal. Je ne veux pas, je ne dois pas lui laisser l'espoir de quelque chose qui n'arrivera pas.
Un voyage prévu. Anodin et simple à mes yeux. Mais qu'il aura fallu justifier autour de moi. Et je réalise à travers ça que je m'en balance de ce que peuvent dire les gens, de ce qui est conventionnel.
Puis un retour dans les alpages. Un retour en arrière alors que pourtant je vais de l'avant. Et dans ces murs, dans ces rues, dans ces paysages, je cherche celle que j'ai été, avec peut-être même un peu de mépris, de supériorité. Comme un autocollant qu'on colle et qu'on décolle.
Reprise des cours. Reprise de la structure. Se retrouver cadrée à nouveau par des horaires, des priorités, des objectifs. Peut-être qu'il était temps. La semaine passée n'a été que temps perdu et insouciance. Besoin de projets concrets à nouveau. Je retrouve mes repères. Je remarque, amusée, qu'enseigner est un réflexe. Des semaines que je ne me suis pas retrouvée ici et je reprends en quelques secondes mes marques, mes attitudes, l'inflexion de ma voie et ma répartie. Les objectifs aussi, si importants : mener tout ce petit monde à l'examen et faire en sorte qu'ils soient les mieux armés.
Armée, pour ma part, je pensais l'être avec mes médicaments. Je les ai pris consciencieusement durant de longs mois. le rituel de la petite pilule blanche du soir. Celle qui assure la stabilité, la constance et l'équilibre. Puis cet été, il y a eu tous ces mouvemnts, moi catapultée ailleurs, dans d'autres sphères, victime de failles spatio-temporelles. Puis les petits pilules blanches sont restées fourrées au fond mon sac de rando. Je me souviens de la course de ce samedi matin, dans les rues parisiennes, juste avant mon départ pour l'Europe de l'Est. Et je me revois entrant dans une pharmacie, petite moi, surmontée de cet énorme sac au sommet duquel culminait mon sac de couchage. Et la tête hilare du pharmacien constatant que j'avais du mal à passer la porte de son officine. Je venais me procurer la plaquette de "stabilité", la sécurité que je m'octroyais depuis presque un an. Puis ensuite, tout est allé si vite. J'ai du prendre mon traitement quatre ou cinq fois, épisodiquement. Trop fatiguée le soir et trop pressée le matin, je remettais toujours à plus tard le moment de gober la gélule miracle. Puis finalement, je ne les ai plus prises, emportée par cet élan d'euphorie, de nouveauté et de découverte. Je craignais un peu le retour, les conséquences. Bien que l'arrêt ait été progressif, il s'est fait sans aucun avis ou suivi médical.
Voilà plus d'un mois que je suis à nouveau naturelle: plus d'artifices, plus de chimie magique. Et aucune différence remarquable. Peut-être plus de difficultés à me motiver pour certaines activités, mais les projets, les envies et le dynamisme sont toujours là. Je repense à ce reportage vu par hasard il y a quelques semaines : on y montrait des souris gavées d'antidépresseurs. Elles pédalaient comme des hystérique dans leurs roues. Dans la cage voisine, celles qui n'étaient pas traitées se décourageaient très rapidement et allaient se reposer. Il est peut-être temps que je ralentisse mon pédalage, tout simplement. Le reportage , paradoxalement, voulait mettre en évidence l'inefficacité des antidépresseurs et allait même plus loin en démontrant qu'ils pouvaient être à l'origine de suicides. Je n'ai pas tenu à approfondir le sujet. Aucune envie d'être influencée. Je savais juste que ça avait eu sur moi une certaine efficacité, peut-être la fameuse béquille dont m'avait parlé le médecin. Peut-être juste de l'auto-suggestion, effet placebo ou autre. Quoi qu'il en soit, j'arrivais à nouveau à avancer.
Aujourd'hui, je vais bien. J'essaye de ne pas penser à un risque de rechute. J'essaye de positiver et de me dire que je suis à nouveau moi-même et que peut-être même, je l'ai toujours été, au delà de cette crainte d'artificiel.
De retour, après trois semaines de vadrouille. J'arrive chez moi cette nuit comme une invitée. Rien n'a bougé malgré notre locataire apprenti jardinier estival. Pourtant la maison semble changée, plus grande, comme ailleurs. Le courrier est empilé sur le meuble de l'entrée, des journaux, des enveloppes qui me rappellent à ma réalité, la rentrée dans une vingtaine de jours qui va me projeter dans dix mois d'une nouvelle course : je sais qu'elle sera plus sereine cette année. Déjà des réunions en vue, un planning, des épreuves blanches à prévoir... Des idées ont trotté dans ma tête, des envies, des nouveaux projets de mots, de partage. Je pense que pour tous les profs, les bonnes résolutions se prennent à la rentrée et non le 1er janvier. Décalage temporel.
Des centaines de photos à trier et à traiter.
Paperasse à régler.
Jardin de balcon à rafraichir.
Prendre soin de moi, je ressemble à une vagabonde tannée par le soleil.
Voiture à poser au garage pour ce fameux voyant qui a stressé nos vacances.
Petit colis surprise à concocter pour frère et sœur si loin vers l'Océan.
Préparer la semaine qui vient : du monde tout le temps, des potes, de la famille.
Peindre le mur de la chambre d'amis en bleu lavande.
Cette nuit, tard, je me réveille quand il vient se coucher. Et je ne parviens pas à retrouver le sommeil. Fait rarissime pour être souligné puisque je dors d'habitude comme un loir et une fanfare tzigane aurait du mal à me réveiller. Pendant une heure, je me tourne et me retourne dans le plumard, cherchant vainement le numéro du marchand de sable pour au moins lui envoyer un SMS. Rien à faire. Je me suis levée, et c'était sans doute pas la chose à faire. Constat d'échec : oui, je suis bien réveillée.
Et les mots trottaient dans ma tête. Des mots auxquels je ne veux pas donner vie. Des mots pour dire ce que je ne veux pas dire ici, ce que je ne veux pas concrétiser. Et pourtant, c'est tellement là, partout autour de moi.
Encore une nuit où je suis en hauteur, toujours des rêves trop forts qui pompent mon énergie, qui ne veulent pas me laisser redescendre. Encore une nuit où je vole, le plus beau des rêves. Mes jambes sont légères, le reste de mon corps les accompagne, et c'est cohérent, comme toujours. Encore une nuit où c'est la même sensation de bonheur et de plénitude, de voir d'au-dessus, sous un angle différent, privilégié. Encore une nuit où tout est simple, parce que je ne vis que de mes instincts et de mes envies, et non de ce que m'impose la société. ... Encore un matin où le réveil sonne à cinq heures et demi et où je me sens lourde, mes pieds collés au parquet.
Un matin comme tous les autres
Un nouveau pari
Rechercher un peu de magie
Dans cette inertie morose
Clopin clopan sous la pluie
Jouer le rôle de sa vie
Puis un soir le rideau tombe
C'est pareil pour tout l'monde
Rester debout mais à quel prix
Sacrifier son instinct et ses envies
Les plus essentielles
Mais tout peut changer aujourd'hui
Et le premier jour du reste de ta vie
Plus confidentiel
Pourquoi vouloir toujours plus beau
Plus loin plus haut
Et vouloir décrocher la lune
Quand on a les étoiles
Quand les certitudes s'effondrent
En quelques secondes
Sache que du berceau à la tombe
C'est dur pour tout l'monde
Rester debout mais à quel prix
Sacrifier son instinct et ses envies
Les plus confidentielles
Mais tout peut changer aujourd'hui
Et le premier jour du reste de ta vie
C'est providentiel
Debout peu importe le prix
Suivre son instinct et ses envies
Les plus essentielles
Tu peux exploser aujourd'hui
Et le premier jour du reste de ta vie
Non accidentel
Oui tout peut changer aujourd'hui
Et le premier jour du reste de ta vie
Plus confidentiel
Etienne Daho, le premier jour.
***
Aujourd'hui c'est officiel : je commence autre chose. Depuis minuit, je ne suis plus salariée de ce lycée. Depuis minuit, c'est le début d'autre chose. Autre chose qui a déjà commencé, en avant première mercredi après-midi. Prise de contact avec une de mes nouvelles classes. Du bonheur: effectif réduit, attention, motivation et prise de notes. Que de nouveauté ! Je pense pouvoir ranger très rapidement le képi de gendarmette que j'avais sur la tête depuis trois ans. Mais restons vigilant... L'équipe me semble sympa, décontractée. J'en saurai plus mardi, je rencontrerai tous mes collègues.
Pour ce qui est de notre futur appartement, le compromis que nous avions signé tombera finalement à l'eau. L'idée de verser une somme si importante à l'agence nous fait vomir. Nous ne sommes pas en confiance avec eux, ils nous prennent pour des bleus, leurs dents rayent le parquet et leurs sourires sentent la naphtaline. Puis le mot "amiante" qui apparaît à plusieurs reprises dans le dossier n'est vraiment pas pour nous rassurer. On va retirer nos billes. Sans doute tenter le coup auprès de particuliers, maintenant qu'on en sait plus sur la procédure, c'est moins risqué...
Spö est rentrée de son périple estival. Elle est déjà venue passer une soirée ici. Tout semble rentrer dans l'ordre. L'été touche à sa fin. Chaque élément reprend sa place. Quelques entretiens d'embauche, encore. Des réponses positives de certaines boîtes qui viennent de rouvrir leurs portes, sous lesquelles ils ont du trouver mon CV. Un éventuel poste de FLE à l'horizon. J'en serais ravie. Des cours particuliers à la pelle. Peut-être de la formation BAFA. Et même des corrections CNED.
Un dialogue tout l'après midi, imprévu et loin d 'être anodin. Sans doute l'aboutissement de ce carnet, de ce journal virtuel. Un jeune homme dont je tairai le nom puisqu'il n'a aucune importance ici, avec lequel j'entretiens une correspondance depuis presque un an, grâce à ce blog. Des mots lourds et profonds, mais simples et justes, qui sont échangés depuis des mois, spontanément et ponctuellement, et qui sont venus aujourd'hui effacer largement le gris de la journée. Il m'a fait savoir à quel point ma virtualité avait su avoir un impact sur sa vie, il me l'a fait savoir pendant des heures, goutte à goutte, sincèrement. Je veux le remercier encore ici, puisque c'est le "lieu" de notre rencontre, de la naissance d'une amitié, d'une relation forte et vraie. Le remercier pour les verres de martini en sa compagnie, pour son point de vue sur Lucini, pour sa jolie voix et pour les promesses.
Everything is in its right place. Merci Zim. Tu existes pour de vrai, moi aussi et bientôt ici.
Je pars en visite, une bonne partie de la journée. J'ai mis mes petites baskets rouges parce qu'une bonne trotte à travers la ville va s'imposer. Je vais rencontrer des agents immobiliers, tous plus mielleux les uns que les autres, sur leur 31, avec leurs sacs pleins de clés qui font gling-gling. Je vais déambuler dans de "grands" appartements. Certains vides, avec tout cet espace qui résonne au moindre son. D'autres encore meublés, avec des magnet's sur le frigo et des bibelots plein les commodes. Certains neufs, qui puent encore la peinture et où certains outils ont été oubliés dans des coins obscurs. D'autres anciens avec des traces pâles de tableaux sur des murs jaunis et des gribouillis sur la tapisserie. Je vais me rendre dans des quartiers que j'aime bien, calmes, arborés... Et dans d'autres plus difficiles, en bordures de route ou en périphérie de ville.
Je vais m'imprégner d'ambiances. M'évertuer à nous imaginer vivre entre ces murs, le jour, la nuit, en été, en hiver. Entendre dans ma tête les voix des gens que j'aime éclater dans ces lieux. Me voir travailler, faire la cuisine, prendre ma douche, regarder un bon film, faire l'amour, faire la grasse matinée... Tellement de paramètres à prendre en compte. La lumière surtout. Mais aussi la vue, le quartier, le balcon, la plomberie, l'électricité, les charges, la proximité du centre, de la gare... Casse-tête chinois.
La journée d'hier avait quelque chose de définitivement estival. Mes cheveux sont encore impregnés de l'odeur du feu de bois. Ce fut quelques heures d'éternité figées dans la lumière et la douceur de l'herbe. Ivresse aussi en discontinu dans les veines. Comme ces journées où l'on a quelque chose à fêter, mais là, c'était gratuit. Juste le bonheur d'être ensemble, de rire, de jouer, de partager. Absence de ma mère qui a pris le train pour le Sud, seule. Et la maison parait vide, un peu désorganisée. Tout semble plus facile quand elle est là. Puis les amis de Spö, Kronk, et toujours Boucle d'Or : tout semble intact, comme il y a plus de deux ans, dans chaque regard. Mais rien ne se dira, ni les regrets, ni les envies, jamais.
Difficile de reprendre aujourd'hui. Y'a comme une incohérence. Le goût de la veille qu'on aimerait garder dans la bouche. Toutes ces têtes qu'on a pas envie de revoir. Cette sensation bien ancrée à l'intérieur qu'on y va plus pour faire semblant, pour jouer un rôle, mais que personne n'est plus dupe. Comme une marionnette. Puis le compte-à-rebours est maintenant lancé.
Aujourd'hui, je vais être directe, je m'adresse à vous et je pousse une gueulante. Je m'adresse plus précisément à ceux qui passent sans doute tous les jours, ou même seulement une fois la semaine. A ceux qui viennent gonfler mes statistiques de "visiteurs déjà connus". Il y en a beaucoup. Vous revenez je le sais, je vous vois. Alors aujourd'hui, je vous parle.
A toi là-bas, le blondinet un peu timide. A toi, les yeux-noisette avec le sourire coquin. A toi, Mademoiselle, "je le ferai demain, j'ai encore le temps". A celle qui se ronge les ongles pendant qu'elle lit. A toi, qui te dit que c'est pas la peine... A ceux qui pensent qu'il est inutile de laisser un commentaire sur un blog.
Je vous vois, comme mes élèves les plus discrets, qui se collent sur la rangée du fond, près du radiateur de préférence, pour avoir une chaleur, comme un réconfort, et qui jamais, pas même sous la contrainte, voire la torture, ne lacheront un mot pendant mes cours... Pour vous c'est pareil, et aujourd'hui, je voudrais vous lire, comme j'aimerais entendre mes élèves. Même si ce que vous avez à dire n'est pas transcendant, je veux voir un signe de votre passage, un signe de vous, même très discret. Si vous saviez comme c'est important pour moi, d'avoir ce retour, d'avoir ces quelques lettres. Même si je n'écris pas toujours pour vous...
Parce que ce matin, moi, j'ai besoin de vous, de vos mots vers moi. Entretien d'embauche à neuf heures. Et pas des moindres. Rien à voir avec la mauvaise blague de la dernière fois. Un vrai entretien pour un job en or... Merde à moi !
Absence prolongée de ce lieu virtuel. Diane Groseille, s'est effacée durant une dizaine de jours. Partie vers la fraîcheur de "plus haut vers le Sud". Dans la famille de Neb homme de moi. Il s'est souvent montré difficile avec ses proches. Eux n'ont pas toujours été agréables non plus. Et ma position prise en tampon dans des conflits non déclarés n'a pas été évidente. J'ai joué de la diplomatie et des sourires forcés à plus d'une reprise, et pourtant je n'ai pas pour habitude de mettre de l'eau dans mon vin. Alors certains matin, quand eux ou lui se sont montrés vraiment lourds, des mots on fusé. Ils sont inquiets pour nos projets, et se montrent comme des "mères poules" face à des décisions et des choix qui nous appartiennent. Je n'ai pas été couvée, on m'a toujours encouragée à prendre des risques, à assumer mes conneries, à avancer toute seule. Alors j'ai eu du mal à ne pas réagir quand on m'a traitée comme une enfant gâtée qui fait un caprice.
A propos de décision, tous les choix à venir vont être décisifs. Nouvelle maison, nouveau job. Quelques belles opportunités qui se dessinent. Ce qui pourrait me paniquer par moment aurait plus tendance à me chatouiller le ventre d'excitation...
Bref, si ce n'est ça, très souvent durant les quelques jours écoulés ailleurs, l'écriture s'est imposée, par des images ou des situations. De retour ici, je commence à nouveau à écrire ailleurs. Là aussi, des prises de risques. Plus intimiste voire complêtement personnel, et pas de retour puisque plus rien à voir avec un blog. Je reste là, mais peut-être un peu moins ponctuelle dans mes mots...
Quelques nouveautés. Petit dépoussièrage de printemps qui s'impose. J'ai commencé par rajouter quelques photos dans mes albums et je vais m'empresser de faire un tri dans mes liens dont on me me signale que certains ne sont plus valides.
J'en rajoute un au passage. Un petit nouveau qui se lance dans l'univers blogesque de canalblog, avec des mots chargés de sensualité. Il fait preuve de courage aussi, pour se lancer dans ce monde maintenant saturé. Diane Groseille avait nettement moins de mérite à ses débuts. A suivre de près.
Puis je lance une nouvelle catégorie que j'intitule "Dixit". Pour toutes ces phrases de mon quotidien qui tombent dans l'oubli et qui méritent pourtant leur petite minute de gloire. Premier exemplaire de la catégorie à paraître avant la fin de la journée si la forêt ne me retient pas trop longtemps dans ces branchages bourgeonnants.
Il me reste une trentaine d'heures de cours. Et quelques centaines de copies d'examen. Trente-cinq degrés dans la journée d'hier, j'ai eu du mal à tenir sur mes deux jambes, je suis pas passée loin des trente-six chandelles. Malgré tout, je me rends au boulot, aussi courageuse que les sept nains "eh oh, eh oh". Je me mets sur mon trente et un et je vais donner mes six heures de cours entre quatre murs. Je freine des quatre fers mais il ne reste que quelques dizaines d'élèves qui viennent cuire dans les salles de cours moites. Bonne ambiance même s'ils ont deux de tension.
Dans deux jours, ma lettre de démisssion part et nous avons envoyé le préavis pour l'appartement en début de semaine : pas une, pas deux, l'accusé de réception est déjà revenu. Sinon, j'ai passé trois plombes sur un morceau de Beethoven au violon qui ne veut vraiment pas passer. Et hier soir, l'ami R. et sa fille sont venus manger UNE pizza faite maison. Je me suis aussi un peu fâchée cette semaine avec l'autre collègue P. qui sort des méchancetés toutes les cinq minutes, il me semble un peu agressif et il ferait mieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Je lui ai règlé son affaire en deux coups de cuiller à pot en lui disant ses quatre vérités. Il m'a reçue cinq sur cinq et est venu s'excuser dès le lendemain...
La vie continue. Et je compte les heures qui me séparent des vacances... Trois petits tours et puis s'en vont...
Un peu absente les derniers temps. Un peu à côté de moi même. Comme si je me regardais vivre d'au-dessus. Le préavis est posé pour l'appartement, la semaine prochaine, c'est celui du boulot qui tombe. Tout va vite. Cette semaine, il faut rentrer toutes les notes des examens, remplir tous les bulletins. Puis les deuxièmes années s'en vont. Les bringues s'enchaînent. Rythme difficile à suivre. Puis très bientôt, tout sera fini. Je fermerai une dernière fois derrière moi la porte.
Un matin comme un autre. Ou peut-être pas. Grosse prise de bec avec Neb hier soir. Retour d'une terrasse qui n'était plus ensoleillée depuis des heures. Le clash ne porte pas sur ce qu'il fait, mais sur ce qu'il est et ce qu'il attend. Ou ce qu'il n'attend peut-être plus. Jusque tard dans la nuit, on cherche des explications à ce que nous sommes devenus si vite l'un pour l'autre. On se regarde et on se demande s'il est encore possible de faire marche-arrière. Plus le temps passe et moins je vois de futur envisageable en commun. Au quotidien, j'avance en mettant un mouchoir dessus. Je ne veux pas voir que ses ordinateurs sont plus importants que moi, je ne veux pas voir que tout est déjà acquis depuis longtemps, que plus rien n'est à prouver, qu'il n'y a plus de séduction. Je ne veux pas savoir que je ne suis déjà plus grand'chose pour lui, si ce n'est un rempart à une solitude qu'il craint.
Alors voilà le soleil de retour. Avec une ribambelle de questions. Il est parti ce matin en s'excusant, encore et encore, comme à chaque fois que l'on parle de séparation. Pour la première fois hier soir, lorsque le mot a été balancé, je n'ai pas eu peur.