Don Juan des bacs à sable.
Le petit nicolas
Uploaded by kequy
Ce matin, toute guillerette, je me suis rendue à mon cours de violon, fière de savoir jouer "par coeur" ce morceau de Mendelssohn que m'a collé mon prof la semaine dernière. Je le connaissais sur le bout des doigts, sans ouvrir ma méthode et même cette petite note qui accrochait encore ce matin, j'avais réussi à la passer.
Quand je suis arrivée, je lui ai collé la méthode sur les yeux, j'ai commencé à jouer et dès la deuxième note il m'a arrêtée, parce que je jouais un fa dièse au lieu du fa bécar. Et la note apparaît une douzaine de fois dans le morceau. Toute la mélodie que j'avais en tête était fausse. Toute ma fierté est partie en fumée. Je l'aurais un jour, je l'aurais...
En deux jours, un peu par hasard, je revois ces deux films, si semblables, si forts :
Un été en Louisiane (the man in the moon)
et
My Girl
J'avais souvenir d'images, d'univers, de jupes qui tourbillonnent, de tubes motown, de plongeons dans l'eau sombre un jour de grande chaleur, de mains qui glissent sur le bois poli, de premiers baisers, de secrets doux comme du velours. J'avais souvenir de films légers et enfantins. Ils sont tous deux lourds d'émotions et de drame. On en ressort fort et déstabilisé à la fois.
A deux minutes du départ pour neuf heures de cours.
Fatiguée.
Insomnie.
Trop de vent cette nuit, dans mon lit, dans ma tête, dans mon ciel.
Mais ce matin, avec Lucien dans le vrai grand vent,
je me suis dit... il a fallu que je me dise,
que c'est si bon d'être vivante.
Mise à jour et nouvelles photos sur petit nid.
Je vous préviens parce que c'est le début
et que vous n'êtes pas encore habitués,
mais après faudra vous débrouiller tout seuls,
comme des grands,
non mais oh !
Pour ceux qui ne connaissaient pas encore,
un site de dons, pour éviter de jeter tout,
Parce que ça peut toujours servir à quelqu'un,
rien ne se jette, tout se recycle...
ça s'appelle Conso récup'
et ça vaut le détour...
Si vous faites vite, vous aurez peut-être encore la possibilté de tomber
sur cette annonce de don d'un ami qui s'appelle Piaf.
Toi aussi, donne tes amis quand ils ne te servent plus à grand'chose, ça fera des heureux...
Je ne veux pas parler |
| De ce par quoi nous sommes passés |
| Bien que ça me blesse |
| C'est désormais de l'histoire ancienne |
| J'ai joué toutes mes cartes |
| Et c'est ce que tu as fait également |
| Rien à ajouter |
| Plus d'as à jouer |
| Le gagnant remporte tout |
| La perdante se fait toute petite |
| Outre la victoire |
| C'est sa destinée |
| (...) |
| J'ai trouvé normal |
| De me construire une barrière |
| De me construire un foyer |
| Pensant qu'à cet endroit je serais forte |
| Mais j'ai été stupide |
| De suivre les règles du jeu |
| Les dieux peuvent jeter les dés |
| Leur esprit est froid comme de la glace |
| Et quelqu'un ici-bas |
| Perd quelqu'un de cher |
| Le gagnant remporte tout |
| La perdante doit tomber |
| C'est simple et évident |
| De quoi devrais-je me plaindre ? |
| (...) |
| Mais que puis-je dire ? |
| Il faut suivre les règles |
| Les juges décideront |
| Les gens comme moi suivent les règles |
| Les spectateurs |
| Gardent toujours profil bas |
| Le jeu vient de reprendre |
| Un amant ou un ami |
| Une chose grande ou petite |
| Le gagnant remporte tout |
| Je ne veux plus parler |
| Si ça te rend triste |
| Et je comprends bien |
| Que tu n'es venu que pour me serrer la main |
| Toutes mes excuses |
| Si ça te chagrine |
| De me voir si tendue |
| Et ne croyant plus en moi |
| Mais tu vois |
| Le gagnant remporte tout |
| Le gagnant remporte tout... ABBA, The winner takes it all,1980. *** Toute ressemblance avec une situation réelle serait fortuite. Je retombe, comme par hasard ce matin sur ce tube qui me fait, en l'occurrence, bien sourire... Jaune. Depuis ce matin, comme par hasard, des sirènes dehors, en continue, comme pour annoncer une victoire que nous allons subir pendant cinq ans. [Accessoirement, je tiens juste à préciser que j'adore ABBA, et que tous vos commentaires concernant la pertinence de ce choix et de sa valeur musicale sont vains, j'adore, je persiste et je signe] |
J'aime les gens.
J'aime regarder les mamans qui essuient les mains de leurs enfants dans la rue.
J'aime voir le sourire d'une vieille dame quand elle traverse un passage piéton devant ma voiture.
J'aime entendre les gens de ma région parler en dialecte, souvent fort et avec des éclats de rire.
J'aime aussi, au détour d'un rayon de supermarché, entendre les sonorités exotiques et mielleuses d'autres pays.
J'aime les plus jeunes, leur façon de s'exprimer, les efforts qu'ils peuvent faire pour entreprendre, pour être accepter et reconnus.
J'aime ceux qui essayent, alors que tout le monde leur dit que c'est pas la peine.
J'aime ceux qui travaillent, avec leur corps, avec leurs tripes, avec leurs coeur.
J'aime voir la patience, le calme, la tranquillité, l'humilité et la discrétion de certains.
J'aime aussi les coups de gueule justifiés, la révolte qui gronde pour certains, la force de dire merde et d'affirmer les choses bien haut.
J'aime ceux qui se battent, pour une liberté, pour un idéal, pour une utopie.
J'aime ceux qui protègent, qui aident, qui, sans aucune révolte, avancent avec les plus faibles.
J'aime Hugues. Il vit dans mon quartier, il est originaire de la Réunion et il parle avec tout le monde. Le samedi matin, il se fait beau, parce que dans mon quartier, il y a le marché. Et Hugues, il va voir tout le monde, il parle avec tout le monde, il aime tout le monde. L'autre jour encore, il me disait comme il était triste parce qu'ici, les gens se sentent si vite agressés, le prennent pour un SDF, un mendiant, un voleur, un violeur. Hugues veut juste parler avec les gens, il est à la retraite, c'est peut-être sa seule richesse.
J'aime cette femme qui vient tous les soirs au lycée, mettre de l'ordre dans les salles de classes et dont le sourire, dont les éclats de voix laissent oublier le voile qu'elle porte et qui pourrait encore (peut-être plus que jamais) déranger certains.
J'aime les gens, avec leurs forces et leurs faiblesses. Avec leurs couleurs, leurs différences, leurs identités. J'aime la richesse de notre culture, faite de toutes ces différences. J'aime voir, derrière le regard de chacun, son passé, ses richesses, ses paysages et ses parfums.
Bien sur, parfois, je les aime moins. Quand ils laissent leurs poubelles dans les escaliers, quand leurs méchants chiens viennent attaquer mon Lucien, quand ils roulent comme des cons, quand ils frappent leurs gamins en pleine rue. Mais ce ne sont que des détails comparés à ce souffle qui émane de chacun de nous.
J'aime voir comment le visage fermé et craintif d'une personne peut s'ouvrir quand on lui donne un sourire, ou un mot gentil.
Hier, les français ont choisi un président qui ne me représente pas (ma personne, mon métier, mes idéaux). Un président qui n'aime pas les gens, qui fait gonfler la peur, l'indifférence, le mépris et la violence en chacun de nous. Des sentiments qui l'animent d'ailleurs lui-même. Depuis hier soir, je baigne dans l'incompréhension et l'écoeurement. Je regarde mon prochain (dans la rue, dans mon immeuble, partout...) en me demandant, de quoi avait-il si peur pour en venir à ça ? Et je me demande surtout où ce choix va nous mener ?
Mardi 14 août 2001. Chaleur. Insouciance. Grande liberté. Avec le fantôme qui n'en est pas encore un à l'époque. On traîne nos guêtres dans les allées de l'amphithéâtre qui reçoit ce soir là Frank Black. Nous sommes des habitués du lieu. Les concerts ne sont pas encore trop chers à l'époque et il faudrait être fou pour ne pas profiter de toutes les têtes d'affiche qui défilent pendant quinze jours. Le vin coule à flots, c'est de circonstance. Chaque soir, nous transgressons nos limites, nous errons sans retenue aucune au milieu des stands, croisons des gens dans le même état, discutons, de tout, de rien, avec un sourire niais, ivresse et convivialité. La quinzaine touche à sa fin et nous sommes ce soir là le cul sur le béton à siroter nos verres de blanc, cherchant la prochaine connerie à faire. Lui, il est là depuis peu, mais pour de vrai. C'est un peu magique, un peu étrange. Nous avons toujours les mêmes mots, on parle vraiment la même langue. C'est à ce moment là, alors qu'on me ressert un rêve/verre, qu'arrive ce que je ne pensais pas possible, les premiers accords de "la plus belle chanson du monde". Je me lève, ivre de bonheur et pas seulement. Je saute sur place pour voir, en sachant très bien que ça ne me permettra pas d'entendre mieux. Jules me prend la main et m'entraine vers la scène, slalomant entre les spectateurs et les rambardes de sécurité. Je me cogne violemment à l'une d'elles mais ça ne m'arrête pas. Nous arrivons devant la scène et immobiles après la course, le souffle coupé, nous nous ouvrons à cette musique magique qui doit à ce moment là couler dans nos veines. L'instant dure quelques minutes, mais nous transporte pour le reste de la soirée, et pour les jours à venir.