vendredi 1 juillet 2016

Abeille, petit insecte capable de fabriquer du ciel*.

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* Pef, Dictionnaire des mots tordus

Posté par Diane Groseille à 11:24 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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samedi 17 octobre 2015

Le lapin blanc.

Tant travailler

Trop longtemps tâtonner

Autant t'en tamponner

Tutoyer les tensions

Tant de thé pour tenir

Temps dégoûtant

Instant distant

Entêté clignotant

Tâter l'ereintant

...

Pierre, poids, poing.

***

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Etre pressé :

  • Avoir été comprimé, tassé, avoir subi l'effet d'une pression : Fromage à pâte pressée.
  • Être urgent : Ce travail n'est pas pressé.
  • Avoir quelque chose d'urgent à faire, manifester de la hâte : Je vous quitte, je suis pressé. Marcher d'un pas pressé.
  • Avoir hâte de : Je ne suis pas pressé de le voir.

***

L'automne est venu vite. Fort. Et avec lui, ce rythme si dur.

Je relis ces "envies de rentrée", postées il y a quelques jours à peine et je m'en agace, je m'en indigne. J'ai dessiné non pas des envies, mais ce tableau parfait de cet automne que j'aimerais vivre, tout en sachant déjà qu'il me sera lointain, voire inaccessible.

J'ai pris cet été la décision difficile de me séparer d'un de mes employeurs. Les dernières années, dans ce centre, la mauvaise foi, le manque de transparence et l'enseignement dans des conditions lamentables m'avaient découragée. Mais ce choix fait et tout le soulagement digéré, il a fallu faire face à la réalité et retomber sur mes pattes. Très vite, j'ai retrouvé un autre centre de formation pour remplacer : autre cadre, autre public, nouvelles tensions, appréhensions, réorganisation. Je bouffe une énergie et un temps incroyable pour faire en sorte d'être à la hauteur et pourtant, je me sens fragile et bousculée tout le temps.

C'est légitime et fondé. J'enchaine des semaines à plus de 35 heures de cours (48 cette semaine) et ce aux quatre coins du département. Je rencontre chaque jour de nouvelles têtes, je ne sais plus où j'ai garé ma voiture, je mange rarement à midi, je suis déjà envahie de paquets de copies, de photocopies et de mauvaise conscience. J'évolue en permanence dans un passé contrarié et imparfait que je tente de recomposer et un futur à la fois fuyant et trop proche.

L'autre jour, à 11h, un de mes collègues me piste dans les couloirs, il tient dans ses mains à bout de bras ma thermos dans laquelle il a joliment shooté alors qu'il prenait ma relève dans une salle de classe. Résultat : inondation de thé sous le bureau du prof. Je me précipite dans la dite salle pour éponger le sol, devant mes nouvelles élèves amusées. L'anecdote est drôle, mais je ressors de cette classe avec une boule dans la gorge et une vraie envie de chialer. Cette flaque de thé au sol est à l'image de ma fatigue nerveuse : liquide, brulante, incontrôlable.

Et je relis ces "bonnes" résolutions. Et je me dis que c'est déjà bien d'arriver à avancer. Je me sens seule. Je me sens loin. Injonctions de perfection qui me piquent les yeux.

 

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***

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vendredi 19 juin 2015

Entre deux heures de cours...

Une salle des profs dans laquelle je passe en coup de vent. Odeurs de café, de papier, de parfums trop prononcés. Je me faufile vers la photocopieuse, par miracle disponible, urgence de ces pauses qui n'en sont pas. Trois collègues discutent. L'une d'elles m'apostrophe "Tiens, c'est pas toi qui va nous dire le contraire hein... Savent plus écrire nos jeunes". Et là, il se passe quelque chose de grave. Je me retourne, mon corps s'avance vers eux et des mots sortent de ma bouche, machinalement. Je m'écoute à peine parler, j'ai l'impression de réciter, du "appris par coeur". Et entre les ronflements réguliers de la photocopieuse, je m'entends vaguement prononcer ces formules qui tant de fois ont fait écho entre ces mêmes murs et dans toutes les salles des profs du monde. "C'est de pire en pire", " Y'a plus de jeunesse", "Et tout ça, c'est à cause d'internet et de tous ces écrans"... Puis je récupère le paquet tout chaud de copies que la machine vient de cracher et en remontant quatre à quatre les escaliers vers ma salle de cours, je m'arrête. Je stoppe net. C'est bien moi qui ai dit ça. Facilement. Parce que justement, c'est plus facile. C'est plus facile que le discours que je tiens habituellement, plus complexe, raisonné, réfléchi.

Ça y est, je suis devenue une vieille prof.

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dimanche 12 avril 2015

Avril, sans fil.

{ Mode brouillon / idées en vrac on }[ Plusieurs semaines que je me fais à nouveau discrète. La réflexion autour du sens et de l'enjeu de l'écriture ici (et ailleurs) est récurrente. A mon "retour" l'an passé, j'y avais vu, pleine de motivation et d'espoir, l'opportunité d'échange, de partage. Mais les quelques pages laissées ici sont souvent restées solitaires, rares ont été les réactions. Puis moi non plus, je n'interragis pas. L'identité "Diane Groseille" reste cloisonnée à ces pages blanches que je noircis. Alors souvent, depuis quelques temps, j'écris ici, mais laisse le message à l'état de brouillon, sans y réfléchir vraiment. Comme si je préférais le garder au fond d'un tiroir, projet à remodeler, plutôt que de l'exposer en vitrine. Car c'est bien cela dont il s'agit : une vitrine. On me regarde et on me lit de l'extérieur, mais la vitre me sépare de ceux qui passent ici, curieux passants silencieux. Encore les Quatre bords]

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L'automne fut des plus doux et des plus simples. Je commençais cette année de travail exceptionnelle, à la rencontre de classes formidables. Tout semblait facile et l'énergie était une évidence. Janvier et février furent très difficiles, sombres, écrasés et tendus : une bonne claque après les vacances de Noël, une de celles qu'on ne voit pas venir. Début mars, nous avons pris le large pour retrouver de l'air, pour sortir de ce cadre épuisant. Et nous voilà déjà fin avril. Ces années scolaires qui me semblaient des siècles il y a peu filent maintenant si vite. Le temps de tourner une page. Le temps de corriger une copie.

J'ai justement terminé hier soir mon traditionnel marathon de correction. Chaque année, sur la même période, il s'agit de corriger en quelques jours seulement des dizaines, que dis-je, des centaines de copies d'examen blanc, de les faire remonter dans les bulletins. A cela s'ajoutent en général les copies dont je n'ai pas encore pu me débarrasser. Et comme chaque année, je dois condenser tout ça sur quelques jours, nuits courtes, fatigue, tension. Hier soir, à onze heures, je validais mes dernières remarques sur mes derniers bulletins, laissant échapper un cri de victoire.

Il me reste maintenant deux jours et demi de cours avant de filer pour la tout aussi traditionnelle semaine entre filles dans le Sud. La tradition s'est installée il y a quatre ans : a quatre, nous descendons pour une dizaine de jours sur la Riviera, dans un appartement magique, des terrasses, vue sur le bleu de la mer, farniente, jeux, siestes, apéros. Une parenthèse turquoise d'insouciance et de nonchalance...

Les autres années, ces deux "traditions" précédemment évoquées se chevauchaient et je partais donc souvent avec plusieurs paquets de copies et ma mauvaise conscience sous le bras. Cette année, c'est légère et détendue que j'aborde ces dernières journées de travail, ma tête déjà un peu en vacances, pleine de vent salé et de grains de sable.

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Mon corps, ces derniers temps, me questionne beaucoup. Je chute moins, il semblerait que j'ai retrouvé le sens de l'équilibre, peut-être grâce à mes ateliers du jeudi soir. Mais j'interroge souvent ma carcasse. J'ai fêté mes trente-sept ans il y a quelques jours. Cet hiver, j'ai eu l'impression d'avoir pris dix ans. Mon visage est plus marqué, des lignes sombres cerclent mes yeux. La fatigue est parfois plus installée, indécrottable. Je m'ébroue comme mon Lu pour m'en débarrasser, mais elle est incrustée à mes chairs. La vieillesse.

Je me pose aussi beaucoup de questions liées à une volonté d'avoir un enfant. La question est vaste, étendue, sournoise. On la contourne, on ne l'affronte pas, mais elle se représente à nous, souvent. Il faudra l'évoquer ici de façon plus... Sérieuse. Un jour, plus tard.

Puis comme je l'ai déjà évoqué ici, ma silhouette est source d'une réflexion bien ancrée.

Alors, face à toutes ces questions, j'ai changé mes habitudes. J'envisage d'ailleurs de confirmer/compiler tout cela dans un "journal de corps", car ces réflexions sont importantes. L'on pourrait y voir une simple fascination égocentrique pour mon image, mais c'est bien plus que cela. C'est même autre chose. C'est que voilà, à bientôt quarante ans (il m'en aura fallu du temps) je comprends que c'est moi. Je saisis à quel point cette enveloppe est importante. Bien plus qu'une enveloppe, une entité : je suis mon corps, il me parle et je dialogue avec lui. Je l'écoute, calmement, même quand ses messages sont douloureux. J'apprends de lui, beaucoup. { Mode brouillon / idées en vrac off }

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vendredi 13 février 2015

Le lecteur.

Une salle de classe, quinze élèves, des têtes baissées sur des copies qui viennent d'être distribuées et qui seront ramassées. Un contrôle de lecture sur le livre de Philippe Claudel, La petite fille de Monsieur Linh. Une vingtaine de questions simples pour qui a lu. La première, un cadeau, pour y répondre, on n'avait même pas besoin d'ouvrir le livre (que je suis gentille et bienveillante !) : il faut me donner le nom de l'auteur. Un élève lève la tête et avec toute sa sincérité me beugle " Mais Madame, vous aviez pas précisé qu'il fallait lire la couverture !"

Je fais un métier formidable.

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mardi 6 janvier 2015

Après Noël.

Deux semaines qui semblent s'être condensées en une petite sieste, douce et confrotable. Ce matin, je m'étire, je m'ébroue et on repart pour six bons mois de travail. Et comme d'habitude, avant de basculer dans cette parenthèse endolorie, j'avais tout un tas de projets. Je repars ce matin, avec l'impression de n'avoir fait que trop peu, de m'être prélassée, ponctuant cette "hibernation" de quelques balades, de quelques rencontres.

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lundi 10 février 2014

La salle des profs.

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Salle des profs : groupe nominal étendu composé d'un nom commun féminin singulier et de son complément, nom commun masculin pluriel. Le complément introduit par l'article partitif "des" (contraction de "de les") marque ici l'appartenance. La salle est aux profs. Cette appartenance est à comprendre comme un titre de propriété, elle exclut de fait logiquement tous ceux qui ne sont pas profs. On notera aussi l'opposition significative dans le groupe nominal entre singulier (l'unité "la salle") et le pluriel ("des profs")

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La salle des profs est un écosystème. Les éléments le constituant développent un réseau d'échange d'énergie et de matière permettant le maintien et le développement de la pédagogie et de la discipline. La salle des profs est un écosystème très particulier composé principalement d'individus enseignant mais qui précisément, n'enseignent pas lorsqu'ils s'y trouvent. Des individus d'autres types peuvent interagir avec eux ponctuellement et bousculer les hiérarchies établies. On notera par exemple l'intervention souvent perturbante du chef d'établissement ou encore les passages rapides de surveillants ou de CPE. Les enseignants y interagissent et établissent une hiérarchie qui peut être changeante et cruelle. La salle des profs est le plus souvent délimitée par quatre murs mais peut à l'occasion comprendre des annexes (type salle informatique ou espace détente) dans lesquelles la hiérarchie peut être aussi bousculée ou remise en question temporairement. On assiste souvent au sein de cet écosystème à des influences de domination ou de soumission et, cas fréquent et cyclique, à des parades de séduction. Il arrive ponctuellement que cet écosystème soit le lieu d'humilition de certains individus ou encore de violences verbales, voire (rares cas observés) physiques.

Dans la salle des profs, le tutoiement est de rigueur, le port de cartables et autres trieurs est imposé, le stylo rouge est dégainé plusieurs fois par jour, certains individus ont même envisagé la greffe. La plupart des individus présente des similitudes, mais ils se distinguent quand même sur certains points et correspondent à une typologie particulière. Notons la présence de plusieurs espèces particulières dans cet environnement, ci-dessous, une classification sommaire :

La pie : même si vous ne l'avez pas vue, vous savez qu'elle est là. Elle signale sa présence par un flot ininterrompu de paroles, souvent inconsistantes et presque toujours sans interlocuteur identifié. Son seul objectif : combler le silence et le vide par ses babillages. Aucune connaissance des notions de respect et de politesse. Qualités d'écoute inexistantes.

Le paresseux : animal de l'ordre des fonctionnarus faineantus, invertébré proche du mollusque, il saura par contre se montrer étonnamment vif au moment de la dernière sonnerie de la journée et vous donner l'heure précise puisqu'il n'est pas question qu'il perde une seconde de son temps pour du travail supplémentaire. On identifie sa tanière aux tas de copies en phase de biodégradation qui s'y accumulent. Notez qu'il vaut mieux brosser l'animal dans le sens du poil car il est souvent syndiqué et pourrait bien se montrer contrarié.

Le cochon : c'est à son oeil brillant et à ses regards en coin que vous identifierez cet énergumène. Il ne manque jamais le décolleté de la jeune TZR ou la jupe cigarette de l'assistante d'éducation. Méfiez-vous, il semblerait qu'en période printanière, il laisse traîner ses grosses paluches.

Le vieux singe : il est toujours là, il guette les entrées et les sorties, commente chaque déplacement et semble avoir pris racine dans l'écosystème. Son casier (qu'on peut considérer comme un nid) contient tous les éléments indispensables à sa survie : petits gâteaux secs (DLUO juillet 1993), stencils, tisane d'épilobe bio... Il saura vous dire tout ce qui se passe et peut même vous proposer un arbre généalogique et de rares images d'archive du lieu et de certains spécimens qui y évoluent encore, tels des fossiles. En voie d'extinction. Nota bene : il peut vous apprendre à faire des grimaces. 

La dinde : on reconnaît cet individu à ses gloussements et à sa naïveté. Dans un premier temps, cette espèce peut sembler attachante, mais il faut se méfier, elle peut vite se transformer en parasite ou vous voler dans les plumes sans que vous ne compreniez pourquoi. A noter : on observe des comportements identiques chez la morue et la buse (qui peut être trois à elle seule les bons jours).

La vipère : attention, spécimen dangereux, sournoise par excellence, elle vous mordra quand vous vous y attendrez le moins, juste après vous avoir dit "bonjour" ou "merci pour le café". Elle sait aussi cependant très bien cacher son jeu et préférera distiller son venin en votre absence, ce qui ne manquera pas de vous empoisonner la vie. L'attaque est souvent gratuite et cruelle. Comportement proche de celui de la teigne.

Le caméléon : peu impliqué dans la vie de l'écosystème, il fera tout pour s'y fondre discrètement et en éviter les vicissitudes, il sait filer et adopter des tenues de camouflage. On le remarque au fait qu'on ne le remarque pas. Il est même parfois difficile de le nommer.

Le blanc bec : titulaire depuis peu de l'agrégation, le blanc bec est un volatile qui aime à souligner qu'il a été tri-admissible, qu'il envisage "un retour aux fondamentaux" et une «révolution culturelle de l'essentiel». En cas de doutes, on peut l'identifier avec certitude à l'utilisation d'un jargon pédagogique particulier, notamment les formules "il faut savoir que" et "force est de constater" ou encore des termes tels que "didactisation", "sémiologie" ou "apprenant". Curieusement, avec le temps, cette espèce peut évoluer en blaireau.

 

 

 

Posté par Diane Groseille à 10:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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