vendredi 13 novembre 2015

Tuer.

Battue, foutue, exténuée

Tu tues tout

Tu tues ton foetus, sorte de tumeur

Tu évacues tes vétustes tuyaux, tubes et utérus

Tunnel éteint

Tu tutoies le tumulte brut

Inutile statue sans but

Aux seins pointues, dévêtus

Tu chuttes, tu buttes

Upercute de pute

Tueuse. 

***

tunnel

On m'impose une semaine d'arrêt de travail. Je passe par trois phases. La première, les complications : il va falloir prévenir mes différents employeurs qui vont râler, sans aucun doute et il va falloir par la suite rattraper tous ces cours. Phase deux, on comprend à la tête du médecin que c'est non négociable, que c'est utile, qu'elle ne cèdera pas, on se soumet alors et on se dit qu'on va forcément s'emmerder. Troisème phase, on liste mentalement tout ce qu'on n'a jamais le temps de faire (ces satanaées listes à rallonges dont on ne voit jamais le bout et qui pourrissent la conscinece de tout moment de repos) et on se dit donc, mais oui, allons bon, pourquoi pas...

 

Puis on m'a injecté ce poison, dans la fesse droite. Et je n'avais pas imaginé à quel point il allait m'être impossible de travailler...

 

On ne m'avait pas dit la tristesse à venir. Sur le moment, je n'avais pas compris le deuil. Je n'avais pas mesuré la vie qu'il fallait saluer, laisser s'en aller, chasser.

On ne m'avait pas prévenu que j'allais manger sans fin, sans faim, pour remplir ce vide intersidérale que mon corps creuse dans mon ventre, ce trou noir, ce néant.

On ne m'avait pas signalé que mon corps allait saigner, autant, tellement, par vagues, par morceaux, par torrents de larmes noires.

On ne m'avait pas prédit la douleur. Les crampes fourbes et prolongées, élastiques de souffrance. Les pliures de l'âme au coeur du corps. Origami d'uterus pour faire des formes que personne ne reconnaîtra jamais.

On ne m'avait pas avertie pour l'attente, les longueurs, les vides, le non espoir, le silence.

On ne m'avait pas évoqué les hormones. Les montagnes russes d'émotions. Les crises de suffocation à s'en étrangler avec des sanglots et des cris. Une pelote de nerfs qui te tricote des angoisses. Un sac de noeud de merde.

On ne m'avait pas informée qu'il me fallait prendre ce temps, cette douleur, ces efforts, pour tuer.

Posté par Diane Groseille à 08:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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jeudi 4 décembre 2014

Si tu avais le temps...

Hibernation : nom féminin (zoologie). Etat d’hypothermie régulée, durant plusieurs jours ou semaines qui permet aux animaux de conserver leur énergie pendant l'hiver. Durant l’hibernation les animaux ralentissent leur métabolisme jusqu’à des niveaux très bas, abaissant graduellement la température de leurs corps et leur taux respiratoire, et puisent dans les réserves de graisse du corps qui ont été stockées pendant les mois actifs.

***

hibernation-300x300

... Tu dormirais des journées entières, te levant pour te nourrir, t'étirer longuement, aller faire pipi... Tu dessinerais, des heures durant, au crayon, à l'aquarelle, installée sur un coin de trottoir, une table de bistrot, une souche d'arbre pour prendre le temps de regarder... Tu écrirais, aussi pour dépeindre ce monde qui te plaît tant, que tu aimes, de plus en plus... Tu passerais des journées en pyjama, à ne rien faire, blottie dans les vêtements superposés qui gardent la chaleur de la nuit... Tu rédigerais de longues lettres, à tes amis, à celui que tu aimes, à ta famille, laissant filer une plume noire sur une feuille blanche et tout juste rugueuse... Tu danserais dans ton salon, de longs instants, interminables, sur des musiques dont tu ignores le nom, pour puiser dans ton corps une énergie sauvage et libre, qu'on ne contrôle pas, qui explose dans des mouvements laids... Tu lirais plus, beaucoup plus, attaquant cette pile de promesses installées sur ta table de chevet... Tu regarderais des films, de ces films qui projettent dans des univers nouveaux, inconnus, impressionnants... Tu cuisinerais, manipulant des ingrédients, des épices, des matières, expérimentant de nouveaux goûts, de nouvelles textures... Tu t'inventerais des épisodes de pauses sous une couette épaisse, coupée du monde, silencieusement... Tu n'attendrais rien... Pas même le printemps, pas même la lumière... Si tu avais le temps, cette saison serait presque douce, serait presque chaude...

Posté par Diane Groseille à 23:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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