samedi 21 novembre 2015

Mettre du doux dessus*.

Alors que partout semblent s'insinuer la peur, l'angoise, la tristesse, je veux me réjouir, je veux me rassurer, je veux me réconforter. Il nous faut continuer, face aux deuils, face à la douleur et l'incompréhension, nous avons le devoir de nous reconstruire, d'être forts, d'être heureux. On m'a dit des dizaines de fois de prendre soin de moi. Je ne suis pas très douée pour ça. Mais j'essaye.

J'ai lu le projet de cette enseignante qui a demandé à ses élèves, pour les rassurer, pour les consoler, de chercher à lister ces petites "forces" personnelles. J'aurais aimé proposé cela à mes élèves. Pour faire peur à la peur.

Voilà mes petits pansements de bonheur. Sparadrap d'espoir. Comme les petits bisous qu'on fait sur les bobos.

  • Câliner. Même s'il n'est pas simple de retrouver la sérénité du corps après cette bataille intérieure.
  • Passer du temps au chaud, couverture moelleuse, thé et petits gâteux.
  • Partager du temps en famille, ensemble, manger, rire, se serrer, se sentir, se reposer, savourer ces moments précieux de calme, d'apaisement, de chance.
  • Lire. Je terminais hier soir Le Remplaçant d'Agnès Desarthe. Je me réjouis déjà de commencer l'un des nombreux autres livres qui prennent la poussière sur ma table de chevet. 
  • Se fondre dans des fictions. S'imprègner par exemple, plusieurs soirs de suite, de la narration magique des Star Wars sur grand écran. Et découvrir (après le monde entier ou presque) ces jeux de filiation. Retenir son souffle près de 40 plus tard, alors que Dark Vador avoue "je suis ton père".
  • Faire des caresses aux chiens, en prenant le temps, de les regarder, de sentir leur pelage, leur chaleur. Sentir Lu pousser mon dos ou mon ventre avec sa tête, manifester son affection.
  • Vivre des soirées avec les amis, à rire comme des imbéciles, pour si peu, mais pour de vrai. Même si c'est court, même si la fatigue se fait sentir trop tôt, les batteries se rechargent.
  • Regarder des séries. Entrer dans des univers et accompagner des personnages. J'avais commencé, il y a des mois déjà Walking Dead : j'ai couru et tremblé avec eux, j'ai aimé les questions soulevées par le scénario, bien au-delà de la simple thématique des morts vivants (notre rapport au progrès, à la société, à la nature, au temps). J'ai beaucoup aimé plus récemment le joli Enlightened avec Laura Dern, chargée d'espoir et de naïveté. Puis je trouve une vraie poésie dans les images de Rectify, dans ses silences, ses doutes, ses ambivalences.
  • Cuisiner, de ces recettes qui exigent patience et concentration, de celles que l'on remet toujours à plus tard car on manque de temps.
  • Dormir, siester, grasse matiner, sommeiller, s'assoupir...
  • Écrire. Des mots sur des maux. Soulagement.

lu-couverture1

[* J'entends cette expression "mettre du doux dessus" dans la bouche d'un artiste parsien qui colle des dessins sur les lieux des attentas, des dessins naifs, un message d'espoir]

Posté par Diane Groseille à 15:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mercredi 11 février 2015

Vertige bleu.

Je suis dans une salle de cours, il me semble que c'est arrivé il y a longtemps. Élèves agréables, contenus inconnus. Puis soudain, nos cinq sens brutalisés. On déverse dehors dans un fracas puant des tonnes de déchets, objets non identifiés. On entre dans la salle et on nous demande de la quitter au plus vite. Un danger ? On se rassemble dans la rue (une rue familière, à côté de chez moi). On attend.

Plus tard, nous réalisons que l'école a été transformée en parking souterrain. En y entrant, je comprends devoir payer mon emplacement. J'évolue dans des galeries sombres puis je me retrouve dans une salle de théâtre, un hémicycle à ciel ouvert, avec des gradins en pierre. Je m'installe, je reconnais des amis, ceux de ma troupe de théâtre. On vient nous expliquer sur scène que c'est notre nouvelle salle, qu'il faudra la partager avec une autre troupe. Je réalise à ce moment que je tiens dans mes mains une petite peluche de lion orange. Son visage est cerclé de plastique et sa fourrure est synthétique. Je tente de le manger mais ses poils m'étouffent, je suffoque. Je cherche de l'eau et je trouve en haut des gradins une fontaine faite de grosses pierres blanches. Je me dis que l'eau n'est peut-être pas potable, je repense alors au monticule de déchets infectes et  puants... Et je déglutis. Et je sens le pelage de cette affreuse peluche qui m'étrangle. Je manque d'air. Je finis par l'avaler. Au bas des gradins, je retrouve C. et C. qui attendent pour payer. Oui, il faut aussi payer pour ressortir.

Plus tard, je marche avec mes deux chiens sur un chemin de montagne. Tout est calme, blanc et beau. Puis, arrivant sur un carrefour, je vois un attroupement. Une personne est blessée au sol. Une femme debout parle de clavicule cassée. Je ne regarde pas, je ne veux pas gonfler les rangs des voyeurs déjà présents, je poursuis mon chemin en choisissant de partir à gauche, sur une petite voie étroite qui descend. Mais il me faut quelques pas seulement pour me rendre compte que sous mes pieds, le sol se dérobe. Il semble couvert de neige, mais sous mes pas, je vois du vide, matérialisé par un ciel bleu et impeccable. Je glisse, vers le néant bleu clair. Je peux juste me raccrocher au chemin. Je murmure pour appeler une des femmes présentes auprès du blessé. J'ai peur que seule ma voix me fasse tomber. Elle s'approche de moi et chuchote elle aussi comme si nous étions sur le point de désamorcer une bombe. Elle porte une combinaison violette, et son visage rond est entouré de cheveux courts et bruns qui font comme un soleil. Je lui dis que mes chiens sont avec moi. Elle me répond en souriant qu'il n'y a pas de soucis s'ils sont en laisse. Elle s'accroche aux jambes d'une autre femme et à elles deux, elles m'extirpent du vide qui semble vouloir m'avaler. Je me retrouve debout et m'empresse d'appeler mes chiens. Je vois s'approcher ma petite demoiselle-chien, mais Lu ne revient pas...

neige

Réveil à 5h30, sueur. Impression de lourde fatigue. Mais soulagement en ouvrant la porte de ma chambre, de trouver mes deux amis-chiens frétillant dans le couloir.

Posté par Diane Groseille à 12:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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lundi 2 juin 2014

Une sieste.

Allongée. Pièce obscure, rideaux tirés. Dehors, le vent se lève annonçant l'orage qui mettra fin à de longues heures trop chaudes. J'entends le bruit de la rue, de cette journée de semaine, moteurs et klaxons, voix sur un trottoir, échanges de banalités, cris aigus et excités de cour de récréation à deux patés de maison. Toute cette compote de bruits est étouffée par les voilages et les ombres de la chambre. Ici, presque le silence. Et qu'il est doux et précieux, alors que le dehors court pour répondre aux urgences du quotidien, aux injonctions de la ponctualité, aux exigences sournoises de la bienséance, de se laisser aller à la somnolence d'un moment creux, suspendu.

olivier-volet

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Posté par Diane Groseille à 17:18 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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