vendredi 6 mai 2016

"Je ne vois personne".

canapé

***

Quand on souffre, on se perd, on coule, on est pris dans le courant, on essaye de s'accrocher aux branches, pour ne pas sombrer complètement. On est seul, contre tous, contre soi-même. On entend à peine le soutien, les échos des paroles apaisantes, le murmure de ceux qui veulent aider se perd dans la douleur. .

Pourtant, autour de moi, des dizaines de bonnes volontés. Les mots se trouvent réconfortants. Je veux bien admettre que je suis "malade", et que ça se soigne. Je concède. Parce que c'est plus simple à accepter que l'échec. Alors, de loin me vient cette multiplication de "guides". Et chacun y va de son "bon" conseil. Ça commence en général par "tu vois quelqu'un ?"...

... Arrive ensuite un patchwork des plus colorés...

 

"J'ai vu un accupuncteur, quelqu'un de merveilleux, je me suis sentie très fatiguée tout de suite après et ensuite, tout allait mieux"

"C'est une kinésiologue, tu verras, elle est très efficace"

"Repose-toi, dors, ça va passer tout seul"

"Il m'a manipulé, je ne lui ai même pas parlé et il m'a dit que tout ça remontait à 7 ans, quand j'ai rompu avec mon ex, il dit que je porte encore cette culpabilité physiquement"

"Seroplex, c'est radical"

"Il faut que tu te fasses suivre"

"Je fais de la danse intuitive, ça a changé ma vie"

"Il te faut une psychanalyse, une vraie"

"Les accords toltèques, c'est bouleversant"

" Un psychiatre, je te dis, les psychologues, c'est pas remboursé"

"Attaque, va aux prud'hommes, bats-toi, ça va te permettre d'extérioriser toute cette colère. Le reste, c'est des foutaises"

"Ne fais rien, plus rien, attends, prends le temps"

"Ma soeur a vu un sophrologue fantastique, il l'a conseillé sur son alimentation, son sommeil et depuis elle n'est plus la même"

"Il a vu un type qui fait de la médecine chinoise, rien que des plantes, c'est sensationnel"

"T'as essayé l'homéopathie ?"

"Moi, j'ai fait une détox sévère et je suis passée au cru, tu sais, il parait que tout vient du ventre, on est ce qu'on bouffe"

"Y'a dix ans, j'ai fait Compostelle, je me suis retrouvé. Marche, y'a que ça de vrai"

"Et sinon, je connais une somatothérapeute, tu veux son adresse ?"

***

Face à ce torrent de bonnes volontés, je me suis perdues dans mon torrent de désespoir. Plutôt que de choisir, pendant de longues semaines, je n'ai rien fait. J'ai boudé les antidépresseurs que m'avait prescrits mon médecin et je n'ai contacté personne. JE N'AI VU PERSONNE. J'ai complètement bloqué sur l'idée de "me faire suivre" et de "voir quelqu'un". Sans doute trop de clichés associés à toutes ces notions. D'un côté, le stéréotype du psy classique et moi sur un divan, de l'autre, une espèce de belle soupe de développement personnel à tendance "dérive sectaire" qui ne m'attire pas du tout. Dans le doute, on est con, on s'abstient. Et quand on constate que, oh merde, ça passe pas tout seul, et bien il faut bien prendre une direction. Un remplaçant de mon médecin m'a aiguillée vers le millepertuis qui d'après lui avait fait ses preuves à fortes doses. Puis j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai eu la chance de trouver un psy prêt à me prendre dans un mois et demi (il semblerait que ce soit proche du miracle) et remboursé par la sécu. J'ai pas fait grand chose, mais ça m'a semblé insurmontable. maintenant, j'attends.

***

J'ai relu les mots abandonnés ici il y a 7 ans, alors que je vivais ma première dépression. J'y vois toute l'innocence de cette première rencontre avec la bestiole. Je n'avais alors pas voulu la nommer, pendant des mois, j'ai voulu croire à autre chose : simplement ce corps trop lâche qui me lâche. Puis il a fallu admettre, je tombais de la hauteur de mes certitudes. Moi ? Forte et courageuse ? Dépressive ? Je me suis alors soignée à "grands coups" d'antidépresseurs (doses de cheval pour état inquiétant). Les mots ont manqué, on a masqué les maux. Je me suis jetée à corps et à esprit perdus dans une nouvelle vie, celle sans Neb, parce qu'il fallait reconstruire. Mais sans doute que les bases étaient fragiles. Le chimique a permis de se relever, aveugle. Sur les mois, et même les années qui ont suivi, j'ai souvent été guettée par cette peur de la rechute. Elle me scrutait, je l'apercevais souvent dans un geste, une émotion, une fatigue. Puis j'ai arrêté de me questionner, j'ai avancé, les yeux fermés.

En regardant dans le rétro, elle a toujours été là. Je crois, qu'une dépression est une bestiole qui vous suit. Elle attend la faille pour se jeter sur sa proie. Je regarde les sept années écoulées et je crois que des dizaines de fois, j'aurais pu basculer, j'ai douté, je me suis battue sans le savoir. Je me souviens de la Grèce en 2011, où si fatiguée, je partais sur les Cyclades pour m'y perdre. La bestiole avait sans doute trouvé sa place dans mon sac à dos. Je me souviens de ces hivers interminables durant lesquels j'ai douté de tout, elle était là, dans le manque de lumière et de confiance. Je me souviens de cette rupture avec Gab en 2012, démunie, épuisée, anéantie. Bien sur qu'elle était là, la bestiole.

Aujourd'hui, elle ne se cache pas, elle m'a eue. J'ai perdu. Elle est installée à côté de moi sur ce banc en bois au moment même où j'écris ces quelques mots, elle me sourit, satisfaite.

 

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lundi 25 avril 2016

Des maux & mes pas - La pénombre.

 

montagnes1Un matin, le vent. Fin novembre.

Si un film existait sur ma vie des derniers mois, on y verrait des images en boucle. La nuit, la pluie, toujours les mêmes gestes, les mêmes trajets. La clé sur le contact, mes pas dans les couloirs, lumière artificielle, un stylo rouge sur une copie qui gribouille à l'infini, les réveils automatiques et cauchemardesques. Pas de visage. Pas de regard. Pas de paroles.

J'ai d'abord cru à une période de fatigue, à cette simple difficulté, légitime, à faire face à un emploi du temps ingérable, impossible. Souvent, on me demande comment j'arrive à en faire autant, comment je fais. Alors quand je peine, je me dis d'abord que bien sur, c'est normal. Puis c'est l'hiver, la lumière s'éteint, je pars le matin dans la nuit, je reviens sans avoir parfois vu un rayon de soleil, mon travail de la journée éclairé par des néons.

Le travail, mon métier, est devenu torture. Non seulement il a perdu de son sens, mais il me fait mal. Il me tiraille, il me pousse hors de ma propre vie, il exige de moi ce que je ne peux plus, des heures et des heures d'efforts, construction de cours, élaboration de supports, bulletins, validation de notes, commentaires remarques individuelles, remarques générales, retours de mails, présence sur les conseils de classes... La barque est trop pleine. La barque peine. La barque coule.

Souvent, alors que je tente de mettre en relief mes maux, de les comprendre, je veux voir un sens à l'accident / l'incident récent. Car je cherche des explications cohérentes et raisonnées à ce qui ne peut l'être complètement. Je souffre encore beaucoup de ce que je considère comme un échec : la perte de ce petit être qui n'était pas encore vraiment une vie, un truc en devenir. J'ai repris le travail vite, pour anesthésier tout ça, pour éviter de cogiter, parce qu'il fallait que ça aille mieux. Je regarde d'au-dessus cette année 2015. Une année bien difficile. Beaucoup d'inquiétudes (l'opération de mon Lu, mon nouveau job), beaucoup de choix difficiles (quitter un employeur, en "adopter" un nouveau, créer une boîte), beaucoup de peine (le deuil en exponentiel, des séparations autour de nous, de celles qui ne nous appartiennent pas mais qu'on subit en voyant une personne chère s'éloigner), beaucoup de drames (individuels, collectifs), beaucoup de tensions. Puis peu de repos, peu d'exotisme, pas de "vacances", pas de recul...

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Un matin, le vent - Janvier.

Je suis déjà debout depuis trois bonnes heures, j'ai déjà corrigé deux paquets de copies, j'ai parcouru en voiture, en pilote automatique, les quelque 50 kilomètres qui me séparent de mon lieu de travail du jeudi. Comme souvent le matin, pas assez reposée, pas assez objective, j'ai pleuré au volant, dans cet habitacle, seule cellule où, semble-t-il, je me retrouve un peu moi-même. J'ai garé ma voiture, loin, pour ne pas payer toute la journée, et je traverse cette ville dans la pénombre, chargée de mes sacs (de toute cette organisation lourde et embarrassante, de tout ce poids, de toutes ces questions, de toute cette perte de sens). Mais j'avance. Avec cette certitude "si tu avances, tu ne tombes pas". Je suis sur le trottoir, à l'arrêt, je regarde les lignes au sol et le petit bonhomme rouge en face, bras et jambes tendues. Je suis le petit bonhomme rouge devant ces lignes tracées au sol. Il fait toujours nuit. Il fait nuit dans ma vie. Le flot continu des voitures, les lignes persistantes tracées par la lumière des phares mouillés. Au loin, une sirène, stridente, du bleu découpé dans le champ de vision, et sans m'en rendre compte, je fais deux pas sur la route. Un. Deux. Et sans m'en rendre compte, je dis, à voix haute me semble-t-il "arrêtez-moi". Dans ma tête, ça prend le sens de "arrêtez ça". Une voiture fait un écart, je recule, je remonte sur le trottoir, où j'attendais et je réalise ma bêtise, le ridicule de la situation. Je crois que je me suis dit, un instant, que c'était une solution pour ne pas affronter ma journée et celles qui allaient suivre. Il ne s'est rien passé. J'ai fait ensuite les pas lourds qui me séparaient de mes salles de classe et j'ai assuré les heures de cours de cette longue journée et de celles qui devaient suivre.

Mes journées de cours ressemblent à des gouffres dans lesquels je me jette chaque matin. Parfois, sérieusement, en claquant la porte derrière moi, très tôt, je ne suis pas tout à fait sure de rentrer le soir. Et j'ai souvent le sentiment en poussant ma porte le soir que plusieurs jours se sont écoulés, que mes heures se sont étirées, souffrantes, malades. Je reviens creuse, vidée, épuisée, VIEILLIE. Je me suis dit l'autre soir que chaque journée était comme cette péripétie du film Interstellar de la planète "eau" sur laquelle on reste quelques minutes et dont on revient pour réaliser que de très longues années se sont écoulées...

 

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Seules pistes d'éveil ou du moins de maintien d'une certaine stabilité : manger et dormir. La bouffe est une drogue. Moi qui n'ai jamais faim avant midi, je me réveille en ce moment très tôt, mue par une faim animale. En morfalant, j'ai l'impression de remplir un vide, un néant de sens, une faille. Je me "récompense", je me "console". Leurre. Mon corps en est devenu détestable, boudiné dans ses complexes, dans une enveloppe grasse de malaise. Ficelé dans mes fringues, à en avoir mal (physiquement et moralement). Et je pourrais dormir constamment. Le sommeil est un refuge même si j'ai l'impression qu'il ne soulage plus. J'en manque, mes nuits sont si courtes et agitées que je me réveille courbaturée, crispée, douloureuse. Lorsque je peux vraiment me "reposer", mes nuit sont ponctuées d'angoisse, de rêves fous, de courses, de cris. Tout ce que je cherche encore dans mes nuits, c'est l'oubli. Mon corps est une boule de colère cimentée de lassitude.

***

Un matin, le vent - Mi-mars.

Lundi, 5h30. Comment en suis-je arrivée là ? Je ne m'en rends pas compte, mais j'ai travaillé tout le week-end, à l'exception d'une sortie au théâtre le samedi soir (et encore, j'y suis allée parce que les billets étaient pris, que des amis nous attendaient, sans quoi, je ne me serais pas arrêtée de travailler - j'y ai trainé ma mauvaise conscience). Je ne voyais pas ces alignements d'heures à corriger des copies, à valider des notes, à préparer des cours. Je ne voyais pas tout le travail accompli. Je ne voyais pas que j'enchainais une semaine de plus de trente heures de cours avec un week-end de près de vingt heures de travail. Je voyais CE QUI RESTAIT A FAIRE. Beaucoup trop. Hier soir, tard, j'ai posé mon stylo rouge. Autour de moi, la table du salon toute encombrée de copies, des tasses de thé, des mouchoirs parce que j'ai encore pleuré, des restes de tablettes de chocolats, carburant artificiel. A vrai dire, toutes les surfaces planes autour de moi étaient recouvertes de copies, de feuilles de cours, de fichiers d'examen, de photocopies... Statique, dans ma tête je courais. J'ai vu qu'il était tard, je savais que j'avais besoin de sommeil, parce que le jour qui allait suivre comprenait 8 heures de cours et 4 heures d'ateliers théâtre - ajoutons à cela une heure et demi sur la route, des copies, encore des copies, et une demi heure à midi pour relier deux centres de formation. J'ai fais les calculs. Je me suis brossé les dents. Je me suis couchée. Et là, dans le noir, les sanglots ont explosé, encore, mais plus fort. Étouffant, j'ai suffoqué dans mes larmes. Parce que là, couchée, ma tête travaillait toujours, elle composait la journée du lendemain, elle préparait les jours à venir, elle envoyait les mails en retard, elle faisait des listes. Je savais que même en me levant 4 heures plus tard, c'est à dire très tôt, je ne parviendrais pas à tout faire. Alors je me suis relevée. J'ai bien pensé, "arrête ça, c'est pas sérieux, c'est même ridicule, tu as besoin de dormir". Mais je me suis bien relevée. Et j'ai travaillé, encore, j'ai senti toute la nuit mes cervicales qui ont crié, mon dos qui gémissait, qui craquait, mes yeux piquaient, et les sanglots encore que j'ai étouffés pour ne pas manquer d'air.

Et soudain, j'en suis là, je pose un regard sur l'horloge. Lundi, 5h30. Je sais que je n'ai toujours pas fini. Je m'engueule intérieurement : comment m'y suis-je pris pour ne pas être capable de faire plus, plus vite, mieux. Je m'en veux tellement. Je pleure, lourdement, nerveusement, douloureusement, je m'entends gémir tellement je souffre. Et je comprends que je ne peux plus, que ce n'est plus possible. Que ça ne fera qu'un échec de plus à ajouter à toute cette liste qu'est ma vie insensée. Je pense d'abord à prendre la journée. Mais Gab quand il se lève me dit d'aller voir le médecin. J'entends ces mots dans sa bouche depuis des mois, mais je ne les comprends pas, et je suis persuadée que je peux aller au bout. Que je dois.

Autour de moi, j'ai entendu souvent ce mot si laid, "burn out". Il est "tendance", on le cuisine à toutes les sauces et les médias s'en délectent. On m'a dit de faire attention, on m'a parlé d'un collègue, d'un ami, d'une connaissance qui s'était fait tacler sans le voir venir par cette grosse bête sournoise et vicieuse. Burn out. Brûlé dehors. Au contraire, de mon côté, je me sens éteinte dedans. Exctinct in. Plus envie de rien. Ce qui me fait vibrer habituellement, mes catalyseurs, mes vecteurs de force, sont à l'arrêt. Plus de motivation, aucune, une impression de fatigue dégueulasse qui me colle à la peau, qui me coupe la respiration, qui ralentit la circulation de tous mes fluides. Écrire, dessiner, faire la cuisine, enseigner, partager, jouer, se projeter, imaginer, raconter : autant de motivations éteintes. Asphyxiées. Insensées.

Je vais voir le médecin dans l'après-midi. Je suis là, mais je suis absente. Ce n'est pas vraiment moi. Je vois cette femme, lourde, lâche, écrasée qui tente de trouver des mots pour dire ce qu'elle nie depuis des mois. Il me parle immédiatement d'arrêt de travail. Je lui dis que ce n'est pas possible. Il répond que ce n'est pas négociable. Bien sur, j'y avais pensé. Mais mes employeurs, que vont-ils dire, que vont-ils faire ? Et mes étudiants, je ne peux pas les laisser comme ça... Je lui explique un peu, vaguement, comment ça se passe. Je lui parle de cette femme en particulier, ma directrice depuis septembre, qui me détruit, qui exige tant. Celle par qui tout a perdu son sens. Il murmure, mais je l'entends bien, le mot "connasse". Puis il me dit que je ne dois rien à ces gens, que si je suis "dans cet état là", c'est à cause d'eux. Il dit aussi le mot dépression.

 

***


Un matin, le vent - Fin avril

Comment écrire quand on ne respire plus ?

Alors, elle est là, elle est de retour. Dépression. J'ai mis des semaines à la nommer et à l'accepter, à la regarder dans les yeux, mais je ne doute plus aujourd'hui. Tous les voyants sont au rouge. Je retrouve mes peurs passées, que je croyais effacées. Les indices sont là : les sueurs nocturnes, l'absence d'envie(s), la peur des autres, du dehors, du regard, la perte totale de confiance, l'estime de soi en berne, le dégoût, la honte, la faiblesse. La terreur parfois, souvent.

Je voudrais voir partout des explications à l'état dans lequel je suis aujourd'hui, mais tout est flou. J'ai peur de ce qui suivra. Écartelée entre un passé triste et un avenir effrayant. Deux seules certitudes, écrites en moi : la culpabilité (de ne pas faire plus, de ne pas faire mieux) et l'échec qui est présent partout où mes yeux se posent... J'ai le sentiment de devoir m'excuser de tout, tout le temps, je ne me sens plus légitime nulle part. Cabossée, abîmée, courbaturée. J'ai couru derrière une vie idéale : je serais forte, j'aurais le temps de faire tout, je tiendrais mes objectifs, je serais exemplaire, parfaite. Or, aujourd'hui, le moindre petit objectif semble trop compliqué, inaccessible. J'ai le sentiment d'être seule, incapable. Je m'en veux, je m'en veux tant. De ne pas y arriver. De ne pas être plus efficace. De ne pas être plus forte. J'ai une telle volonté de bien faire, de répondre à toutes ces exigences et je me sens si seule face à ces montagnes d'objectifs, qu'un gouffre se creuse, toujours plus profond entre ce que je voudrais faire en tant qu'enseignante / femme / amie et la réalité de la vie qui est la mienne.

Je suis en arrêt depuis un mois. Les crises d'angoisse sont récurrentes. Plus de souffle, le ventre en vrac, l'agitation. Je suis incapable de me concentrer, même sur ce que j'aime habituellement*. Je n'ai plus de désir (dans tous les sens du terme). Je suis épuisée, je me sens cassée, démolie.

Nous sommes partis en Sardaigne la semaine dernière. C'était programmé de longue date et le médecin m'a dit que ça me ferait du bien. Qu'il est étrange de se retrouver sur des plages paradisiaques et si lumineuses avec cette masse noire à l'intérieur et ce boulet d'angoise qui ralentit chaque geste.

On me dit que ça va passer, on me dit qu'avec le temps, tout va s'arranger. J'entends mille fois cette putain de phrase "t'as touché le fond, tu vas remonter". Je suis collée au fond.  JE ME MANQUE.

 

* L'écriture de ces queqlues lignes m'a demandé des mois. A l'état de brouillon, ce texte a été remagné, supprimé, réécrit et trituré des dizaines de fois. Je suis désolée de ce que je livre ici de désolation et de noirceur.

 

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samedi 21 novembre 2015

Mettre du doux dessus*.

Alors que partout semblent s'insinuer la peur, l'angoise, la tristesse, je veux me réjouir, je veux me rassurer, je veux me réconforter. Il nous faut continuer, face aux deuils, face à la douleur et l'incompréhension, nous avons le devoir de nous reconstruire, d'être forts, d'être heureux. On m'a dit des dizaines de fois de prendre soin de moi. Je ne suis pas très douée pour ça. Mais j'essaye.

J'ai lu le projet de cette enseignante qui a demandé à ses élèves, pour les rassurer, pour les consoler, de chercher à lister ces petites "forces" personnelles. J'aurais aimé proposé cela à mes élèves. Pour faire peur à la peur.

Voilà mes petits pansements de bonheur. Sparadrap d'espoir. Comme les petits bisous qu'on fait sur les bobos.

  • Câliner. Même s'il n'est pas simple de retrouver la sérénité du corps après cette bataille intérieure.
  • Passer du temps au chaud, couverture moelleuse, thé et petits gâteux.
  • Partager du temps en famille, ensemble, manger, rire, se serrer, se sentir, se reposer, savourer ces moments précieux de calme, d'apaisement, de chance.
  • Lire. Je terminais hier soir Le Remplaçant d'Agnès Desarthe. Je me réjouis déjà de commencer l'un des nombreux autres livres qui prennent la poussière sur ma table de chevet. 
  • Se fondre dans des fictions. S'imprègner par exemple, plusieurs soirs de suite, de la narration magique des Star Wars sur grand écran. Et découvrir (après le monde entier ou presque) ces jeux de filiation. Retenir son souffle près de 40 plus tard, alors que Dark Vador avoue "je suis ton père".
  • Faire des caresses aux chiens, en prenant le temps, de les regarder, de sentir leur pelage, leur chaleur. Sentir Lu pousser mon dos ou mon ventre avec sa tête, manifester son affection.
  • Vivre des soirées avec les amis, à rire comme des imbéciles, pour si peu, mais pour de vrai. Même si c'est court, même si la fatigue se fait sentir trop tôt, les batteries se rechargent.
  • Regarder des séries. Entrer dans des univers et accompagner des personnages. J'avais commencé, il y a des mois déjà Walking Dead : j'ai couru et tremblé avec eux, j'ai aimé les questions soulevées par le scénario, bien au-delà de la simple thématique des morts vivants (notre rapport au progrès, à la société, à la nature, au temps). J'ai beaucoup aimé plus récemment le joli Enlightened avec Laura Dern, chargée d'espoir et de naïveté. Puis je trouve une vraie poésie dans les images de Rectify, dans ses silences, ses doutes, ses ambivalences.
  • Cuisiner, de ces recettes qui exigent patience et concentration, de celles que l'on remet toujours à plus tard car on manque de temps.
  • Dormir, siester, grasse matiner, sommeiller, s'assoupir...
  • Écrire. Des mots sur des maux. Soulagement.

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[* J'entends cette expression "mettre du doux dessus" dans la bouche d'un artiste parsien qui colle des dessins sur les lieux des attentas, des dessins naifs, un message d'espoir]

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La conjugaison des deuils.

Un samedi matin. Le même samedi matin.

Ce matin, je me suis levée, j'avais l'impression de ne pas l'avoir fait , vraiment, depuis de longs jours. Ce matin, j'ai senti un peu de force, une semaine après, j'ai envisagé de faire le ménage, de cuisiner, de reprendre une vie, ma vie, parce qu'il faut. Ce matin, une fois encore, plus fort encore, on découvre l'horreur, la haine, la mort. En me couchant la veille, quelques informations m'étaient déjà arrivées aux oreilles, quand somnolente et épuisée, j'avais préféré aller me coucher, comme pour me protéger de tout ça, comme si à mon réveil, tout cela aurait pu ne pas exister. Gab était resté devant les écrans, une bonne partie de la nuit.

Nouvelle prise de sang la veille. J'ai su que mon injection faisait effet. Le travail de suppression opère. On a quand même prolongé mon arrêt de travail de dix jours. Parce que je suis faible, physiquement et psychologiquement. La gynéco de l'hopital m'a dit que je n'étais pas prête à affronter ma vie. J'ai besoin de "reconstruire" avant, dit-elle. Je rencontre une psychologue, face à laquelle les larmes coulent. Je me sens un peu moins vide, un peu plus légère. Comme en janvier, je passe de longues minutes, de longues heures à me saouler de ces images qui tournent en boucle, à en devenir insignifiantes, comme un mauvais alcool que l'on boit sans soif pour essayer de mieux comprendre et qui incontournablement, provoque la nausée. Plus tard, télé éteinte, déconnexion, solitude. Je ne veux plus entendre les commentaires des tous ces journalistes qui tricotent toute cette violence, surenchère de scoops et exhibition d'emotions mises en scène. Je ne veux plus lire la bêtise crasse des statuts de certains de mes "amis", ceux qui composent mon "réseau social" et qui se précipitent sur des conclusions folles, irréfléchies, dangereuses. L'obscurité s'empare avec la terreur de tous les médias.

Je suis là, enfermée dans mon cocon, dans MA douleur. Je suis chez moi, petit appartement chaud, douillet, coupé du monde. Je me réfugie à l'intérieur. On me dit ne pas sortir, de ne pas me confronter au dehors. C'est là-bas, dans cette ville, dans ces rues. Ce pourrait être l'inconnu, mais c'est à quelques mètres de l'appartement des parents de Gab, des rues que je connais bien, des immeubles familiers. Je repense à notre marche cet été pour traverser la capitale, ville-village. Je repense à cet esprit Paris.

Plusieurs personnes m'ont parlé de deuil. J'ai d'abord été surprise par ce mot. Je crois en effet qu'il me faut oublier cette petite vie qui a commencé à exister. Il s'agit de faire le deuil d'un être qui n'existe pas encore, le deuil d'un futur qu'on a déjà projeté, le deuil de tous ces espoirs qui avaient commencé à trouver un sens. Il faut dire au revoir à quelqu'un qu'on a jamais rencontré. La mort est alors partout, trois jours de deuil national. C'est soudain chez nous que ça arrive. Nos morts, nos innocents. Mais nos cadavres valent-ils plus que ceux de Syrie, que ceux de Palestine, que ceux du Liban ? Et si oui, sous quel prétexte ? Notre culture ? Notre "civilisation" ? Parce que nous sommes un pays occidental, civilisé, loin de ces "sauvages" qui s'entrertuent de toute façon depuis des millénaires et pour qui la violence est devenue une forme de quotidien, la routine de la mort.

On me dit sans arrêt que maintenant, "ça va aller". Je pense et repense cette formule. Je panse et repanse mes plaies. Une aberration de la langue française. Verbe "aller" + verbe "aller". Alors que j'ai l'impression de faire du sur place, de n'aller nulle part. Mais qui va où ? Qui est "ça" ? Moi ? Rien ne va. Le terrorisme est l'emploi de la terreur à des fins politiques, religieuses, idéologiques ou crapuleuses. Terreur. La peur semble être partout. Même pas peur ? Oui, nous voudrions le scander, l'écrire et le crier. Mais elle est bien là, dans la voix de mes proches au téléphone, dans le regard de Gab, dans les choix que nous allons faire sur les prochains jours...

Je me tais, j'écrase. Je garde les mots qui se mélangent en moi. Je ne réponds pas aux mails, aux textos, aux coups de fil. Ou alors rapidement, poliment, simplement. pour dire que je suis toujours là, que je fais ce que je peux.. Je reste évasive car je manque de mots face aux maux. Partout les mots, partout le verbe comme arme pour faire face à l'incompérhension. Le langage pour dire la douleur. Les paroles de la Marseillaise qui sont sont un appel à la guerre. Puis le silence national, face à la mort. Une minute partagée, sur les places publiques, les chaînes de télé, dans les salles de classes.

***

J'en oublie un peu mon nombril, mon corps (et ce que je n'ai pas tout a fait terminé d'écraser en moi) vers lequel je suis tournée depuis huit jours, et je regarde dehors, autour, au-delà. Je n'ai pas envie d'ajouter cette peine à celle dont je dégouline déjà, je n'ai pas envie de multiplier mon incompréhension à celle des autres, je ne veux pas créditer ceux qui souhaitent la division, je veux me soustraire et toute cette injustice exponentielle à la mienne. Mais tout est là, tout se conjugue. L'individuel et le collectif.

Je conjugue et je superpose ces mots, ces morts, ces deuils. Ils ont en commun l'inconnu et l'innocence. On a tué des entités que je ne connaissais pas, injustement. Mais dans les deux cas, c'est un peu de moi qui a été tué. Un peu de mon espoir, de ma joie de vivre, de mon insouciance. Et tout cela dans toute cette lumière, cette chaleur, cet automne qui n'en finit pas de flamboyer.

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mardi 22 septembre 2015

Des amis.

champs

Un après-midi d'été, tout occupée à tambouiller, j'ai écouté le podcast de cette émission sur l'amitié, sur l'amour. Qu'est ce qu'aimer ? Quelles sont les frontières ? Qui est l'ami, l'amoureux, l'amant ? Des témoignages amusants, pertinents, forts...

Je n'ai pas toujours eu d'amis. J'ai connu des périodes de ma vie où ils étaient absents, ou peu nombreux, ou distants. Sur ces périodes, peut-être que moi-même j'étais absente, éparpillée, distante.

Enfant, j'ai beaucoup trainé dans les jupes de ma mère. Je me fiais à ceux que je connaissais déjà, les voisins, les copains d'école. Mais je n'ai jamais su aller vers les autres. Je crois que ma mère me transmettait une espèce de crainte. Pourtant nous étions très entourés, mes parents étaient très impliqués dans des projets associatifs, il y avait toujours du monde. Il y a quelques jours, j'ai repensé à ça, alors que j'étais installée dans un parc pour un concert avec des amis, justement. L'une de ces amies était là avec son petit garçon, un adorable petit gars, métis, très poli, très calme. Il a mangé sa salade de riz, sagement installé sur son plaid, a écouté les discussions obscures des adultes et quand sa maman lui a dit "tu peux aller jouer maintenant", il a bondi, comme s'il attendait ce signal, et s'est précipité vers le petit groupe d'enfants qui jouaient là, un peu plus loin. Je demande à sa mère "tiens ? Il les connaît ?". "Non pas du tout" me répond-elle naturellement. Et pourtant, comme la plupart des enfants, en quelques secondes, il adoptait leurs codes, leurs jeux, leurs prénoms... Je n'ai jamais su faire ça, d'où me venait alors cette crainte ?

Je me souviens de ma peur, jeune collégienne qui entrait en 6eme, de ne connaître personne. Dans ma classe. Dans la cour. A la cantine. Y penser m'empêchait parfois de dormir et quand je sombrais dans le sommeil, il était agité de rêves angoissants. Pourtant j'étais entourée. Mais l'idée que mes amis puissent être absents me paniquait.

Plus tard au lycée, j'ai perdu de vue mes amis du collège. Il a fallu se faire de nouveaux amis. Cela m'a demandé des mois et des efforts considérables. J'ai souvent perçu les autres comme extrêmement différents de moi. J'ai négocié avec mes parents pour ne plus manger à la cantine, tant l'idée de devoir me tourner vers des inconnus me dérangeait. J'ai alors erré pendant des mois, solitaire, dans les bistrots du coin, dans les salles d'étude, à lire, à écrire, en mangeant froid, dans l'attente de la reprise des cours de l'après-midi. Puis au printemps de mon année de seconde, j'ai enfin su créer des liens, taisant ma méfiance. Ce sont d'ailleurs les autres qui ont fait cette démarche, qui sont venus vers moi, qui ont su m'apprivoiser.

En fac, c'est le même scénario qui s'est reproduit, encore. J'étais partie pour une ville nouvelle, pour suivre celui que j'aimais alors. Je me sentais seule et toujours différente. Je me limitais à des échanges polis dans le cadre des cours. Rarement, j'allais boire un verre avec quelqu'un ou je sortais au cinéma. J'étais alors très tournée vers ma vie de couple, premier amour fusionnel. Il a fallu que cette relation prenne fin pour que je créé à nouveau, par la force des choses, un réseau, des relations, qui sont devenus des amis. Là aussi, ce sont eux que j'ai fini par laisser venir vers moi, ils ont fait cette démarche de venir me chercher...

J'ai souvent perdu des amis. Souvent par la force des choses. Enfant, adolescent, on change si vite. Parfois aussi, parce que je me suis sentie trahie. D'autres fois, sans raison, sans comprendre et c'est peut-être le plus dur.

Aujourd'hui, je peux dire sans me tromper que j'ai des amis. Beaucoup. Des personnes sur lesquelles je peux compter. Des relations qui ne sont pas artificielles. Ma vie sociale est épanouie, plus qu'elle ne l'a jamais été. Je suis moins méfiante, et je crois que c'est simplement car j'attends moins de ces relations. Je prends mes amis comme ils sont, avec leurs différences, leurs erreurs, leurs défauts. Et je crois qu'il savent en faire de même.

Parfois, j'ai eu des "coups de foudre amicaux". Oui. Une personne rencontrée dans un contexte où rien ne se prêtait à l'amitié. Une rencontre rapide, une relation qui aurait pu être superficielle ou éphémère. Pourtant l'alchimie opère. Un rire, une façon de se positionner, un regard, l'amorce d'un dialogue... peuvent suffire à établir une curiosité, un intérêt, le point de départ de la confiance. Ce fut le cas avec Karim, en 2009. Je vivais une rupture, il était sur le point de se marier. J'ai été invitée à la cérémonie. C'est grâce à lui que j'ai rencontré Gab.

Mon ami est pour moi celui qui me respecte, celui qui me soutient, celui qui rit des mêmes choses que moi, celui qui peut se moquer de moi, celui qui écoute, celui qui donne, celui qui partage. Il est précieux. Il est un cadeau. Il est une richesse.

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samedi 15 août 2015

L'été du dedans, l'été du dehors.

Matinée de frais, après de très longues journées de canicules, subies péniblement dans mon appartement sous les toits. L'impression de respirer de nouveau, de sortir d'une espèce de torpeur.

Cet été est véritable. On y cherche la fraîcheur de l'eau, la douceur des soirs qui s'étirent au dehors lorsque le feu du soleil a enfin voulu se cacher, l'ombre d'une façade, le calme d'une forêt ombragée, la climatisation d'un supermarché en plein après-midi...

M'ont encore traversée cet été ces impressions de dichotomie : le dedans / le dehors.

Hier encore, petite fille, l'été était synonyme de liberté. Gamines de la campagne, dès le saut du lit, ma soeur et moi nous précipitions au dehors pour y passer de longues journées de jeux. L'extérieur était notre liberté, espace sans limite, sans contour, sans règles : nos règles, nos jeux, nos délimitations... Et ce n'est qu'à la fin du jour, alors que les premiers réverbères s'allument, alors que les cris se font moins vifs et que la fatigue commence à se faire sentir, qu'éreintées, les genoux croûtés, les jambes griffées par les ronces, nous retournions au bercail pour s'y endormir devant Intervilles ou les Dents de la mer...

Aujourd'hui, le dehors de l'été, c'est les promenades, la nature sans cesse découverte et redécouverte, dessinée, photographiée, les longues heures à marcher, à parler avec Gab, les siestes dans les jardins. Mais le dehors parfois effraie, bêtement. C'est le dehors de la ville, c'est le dehors de la rencontre, de l'autre, du regard. Le dedans protège, isole, coupe du temps, de tout : on s'y vautre dans l'oisiveté. Le dedans a su protéger aussi les derniers temps de la chaleur. Volets fermés, c'est une journée d'obscurité qui s'impose pour ne pas étouffer.

Dimanche soir, autre et nouvelle vision du dehors. Un dehors agressif et concret, une autre réalité. Après une soirée avec C. et B., à regarder 2001 l'Odyssée de l'espace sur le grand écran de mon salon, je suis sortie sous une pluie battante avec mes deux chiens pour le petit pissou du soir. Je mes suis faufilée entre les gouttes et sous l'auvent de la banque, éclairée par les néons blancs crus, j'ai découvert une jeune Fleur, petite demoiselle, trempée jusqu'à l'os, à ses pieds, un sac, un chien roulé en boule. Je passe une première fois devant elle. Les deux chiens et moi bouclons notre habituel tour de quartier nocturne et lorsque nous repassons devant elle, je m'arrête, je lui demande si elle a faim. Elle me dit oui. Je lui propose de monter avec moi. Elle me suit, petit animal craintif et fatigué. Mes amis entre temps se sont couchés. Je l'installe dans mon salon et lui sors du pain, du fromage, des fruits. Elle hésite, elle mange. Elle parle peu, moi non plus, je n'ai que peu de choses à lui dire. Je lui propose une douche, elle me répond avec un sourire qui en dit long sur le luxe de ma proposition. Fleur dort dehors depuis des semaines, elle m'avoue n'avoir que peu mangé et ne s'être lavé depuis des jours. Elle est arrivée dans la région il y a trois jours, elle ne sait pas où aller. Pendant qu'elle occupe la salle de bain, par réflexe, je déplace dans ma chambre les quelques rares objets qui ont un tant soit peu de valeur (appareil photo, ordinateur, à vrai dire, je n'ai pas d'objets de valeur). En le faisant, je me dis que c'est bête, qu'elle m'inspire confiance... Quand elle me rejoint, elle me dit qu'elle va y aller, elle ne cesse de me remercier. Je lui dis que si elle le souhaite, elle peut rester et dormir sur le canapé. Ses yeux s'illuminent. Je mesure à la lumière de son regard l'angoisse qu'est le dehors pour elle. Elle a vingt ans, pas plus, elle est une jeune femme seule, elle dort dehors. 

Le lendemain, après avoir déjeuné avec moi et mes amis, elle est partie, avec un petit sac de nourriture et son jeune chien. La porte a claqué derrière elle. Elle laissait alors ce dedans protecteur pour un dehors inconnu, pour une ville hostile pour ce qu'elle est, pour un futur sans aucune certitude. Plus que jamais, j'ai vu mon dedans comme une chance, un luxe, une richesse, une base. Depuis, souvent je pense à elle, la solitude de son corps menu DEHORS.

rue

Posté par Diane Groseille à 13:23 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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