mardi 18 août 2015

Une certaine frugalité.

La Cigale, ayant chanté
   Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j'en suis fort aise :
Et bien ! dansez maintenant.

bouton-d'or

 

Je n'ai plus d'argent. Je suis à sec.

C'est pas faute d'avoir bossé. Comme la fourmi, (une fourmi du Nord qui aurait un problème de saison, sans doute une question de dérèglement climatique (ou hormonal)) j'ai travaillé tout l'hiver, levée à cinq heures trente, courageuse, voire téméraire, faisant face à la nuit, à la fatigue, à la mauvaise humeur de mes étudiants... pour mettre des petits sous de côté, pour pouvoir, comme chaque année, assurer mes arrières pour les longs mois d'été durant lesquels aucun centre de formation ne me propose de travail. Mais cette année, comble de La Fontaine, je suis une fourmi schizo qui devient cigale, quelle injustice ! Plus une graine, plus un kopeck, plus une thune, comme si j'avais chanté tout l'hiver, allez comprendre ! Je danserai bien maintenant, mais le coeur n'y est pas...

Voilà quelques mois maintenant que le constat est fait ! Un tour de passe passe de Lu qui change le sable en bouchon a contribué à couler le budget déjà bien fragile... Parce qu'être propriétaire, ça coûte un bras, et un bras de fourmi, ça pèse pas bien lourd, moins encore quand il s'agit d'un ravalement de façade à financer, et plus rien du tout quand le syndic' détourne une partie des fonds de travaux...

Alors après avoir chialé un peu quand même (oui, ça m'en a tiré des larmes, de pas avoir été capable de faire mieux, de pas avoir su anticiper, d'avoir fait tant d'efforts pour faire face finalement à cette montagne d'inquiétudes), j'ai pris ma misère en patience. Les lettres de la banque et les remontrances de mes créanciers surmontées, je relativise et y voit du positif. Oui, vraiment.

Je me dis, avec force de persuasion, que le bonheur, c'est bien peu de choses. Et, bravant courageusement la mécanique bien rodé de l'imaginaire collectif, je fais le choix (enfin, bien forcée quand même), de revoir mon mode de consommation. Consommer moins, consommer mieux.Et aller vers une vie plus simple.

A vrai dire, cela faisait quelques temps déjà, peut-être bien dix ans, que cette réflexion était enclenchée et que je ne me sentais plus soumise aux diktats de la grosse machine. Les temples de la consommation ne m'attirent plus depuis un bail, la publicité m'agace plus qu'elle n'exerce sur moi son pouvoir de persuasion et je ne vois pas dans les marques les références absolues qu'on veut bien nous faire gober. Mais pour aller plus loin, la frugalité exige encore davantage de réflexion.

Car oui, il s'agit bien de frugalité. Les consonances du mot sont charmantes et d'ailleurs on le voit fleurir un peu partout. A ce sujet, deux articles, que je trouve riches et justes, dont la lecture ouvre le champs des possibles :  "J'ai testé la vie sans argent" et "La Tentation de la frugalité" issu de l'intéressant Clé

J'ai donc mentalement listé pour moi, à mon échelle, sans prétention pour commencer, des choses que je pouvais envisager à moindre frais, des petites modifications. Je vois finalement derrière ce coup dur, une nouvelle opportunité de repenser notre façon de consommer et de vivre. Il ne s'agit plus cette fois de consommation au sens classique, mais davantage de mon rapport aux loisirs qui, de plus en plus, sont objets de consommation.

  • Acheter moins, acheter mieux : penser chaque achat dans sa globalité : "En ai-je vraiment besoin ? Que deviendra cet objet, ce produit, ce vêtement ?". Établir un rapport au bonheur et au besoin. "Est-ce que ça me rendra vraiment heureuse  ?" Dans cette optique, nous avons par exemple opté comme plusieurs de nos proches pour des paniers de fruits et légumes issus de la biodynamie locale. Rien n'est à jeter, tout se consomme et peu de ces produits n'ont d'impact carbone. Nous découvrons de nouveaux légumes et nous cuisinons au fil des saisons.
  • Réparer, raccommoder, recoller, repenser les objets au lieu de les jeter.
  • Repenser le bonheur, les loisirs, les sentiments, le partage comme des valeurs (que la publicité, la société ont transformé en biens de consommation). Partager avec des amis peut se faire (et nous l'avons testé maintes fois cet été) autour d'un pique nique
  • Ramasser : alors là oui, petit délire perso issu d'une réflexion assez récente. En balade avec mes deux chiens, je suis étonnée de tout ce qu'on peut trouver au sol : des objets jetés, boudés, perdus, oubliés. Certains abîmes ou hors d'usage, mais la majorité intacts. Parfois des objets insolites. Récemment,  m'est venue l'idée de les récupérer, de les nettoyer, de les "désinfecter" même et de leur trouver un rôle, une place, aussi décalée soit elle. Leur donner une seconde vie.

boutons

Je suis étonnée alors que je mets en application quelques unes de ces idées de voir le regard de mes proches, de mon entourage changer. On se trompe souvent quant aux motivations, quant au sens. On voit derrière ces choix un panel de raisons auxquelles je ne m'attendais pas : radinerie, loufoquerie, délire new age, écologie de comptoir... Ça me semble juste une évidence, une cohérence. Je me sens en accord avec moi même et mes choix.

Sans doute que je n'invente pas grand chose ici, si ce n'est rien du tout, le mouvement de la Décroissance agit et réfléchit dans ce sens depuis des années. Mais j'adopte tout doucement ce nouveau sens. Petit à petit, je me sens consomm'actrice et je veux raisonner, tout comme ma façon de m'alimenter, ma façon d'acheter.

Je finis cette réflexion avec la bande annonce du très beau Into the Wild. Qu'on se rassure, je ne compte pas finir mes jours dans un bus...

***

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mardi 25 novembre 2014

Les gens.

"On est tous le con de queqlu'un"

Pierre Perret

*

La semaine dernière, c'était la journée de la gentillesse (Du latin gentilis (« de la famille, de (la) race »), dérivé de gens (« race, tribu, nation, famille »)). On a tous rencontré quelqu'un qui a su caser le bon mot " ça veut dire que 364 jours dans l'année, tu peux être méchant" (notez que cet argument marche aussi pour la journée de la femme, de la lutte contre le tabagisme, du refus de la misère, y'a juste à adapter un tant soi peu). On nous fait savoir qu'on doit être gentil avec les gens.

Les gens (masse informe, indéfinie et envahissante) sont omniprésents. Les gens, ce sont ceux qu'on ne connaît pas. Mais notre monde est construit de telle sorte que sans les connaître, ils sont toujours là autour de nous et que sans le vouloir, on partage de petits bouts de notre quotidien avec eux. Les gens ont tous les torts. Les gens sont cons, les gens sont faux, les gens sont radins, les gens sont fous, les gens sont méchants, les gens sont hypocrites, les gens sont jaloux, les gens sont mauvais, les gens sont des moutons, les gens sont dangereux...

J'ai vu des gens qui laissaient leur gosses brailler dans les rayons d'un supermarché. Je connais des gens qui trient même pas leur déchets. Parfois, les gens n'ont pas de scrupules à ne pas mettre leur clignotant dans les ronds-points. Les gens croient qu'ils sont tout seuls sur la route. Les gens me rendent dingues au cinéma quant ils font du bruit avec leur pop corn. Les gens sont incapables de te décrocher un sourire. Les gens qui parlent fort au téléphone dans un lieu public sont vraiment sans gène.

Les gens sont différents de moi. Les gens profitent du système. Les gens n'ont pas honte d'être pauvres. Les gens aimeraient que tout leur tombe tout cuit dans le bec. Les gens sont des menaces. Les gens sont des assistés. Les gens viennent d'ailleurs. Je ne comprends pas les gens. Je n'aime pas les gens. J'ai peur des gens. Il faudrait supprimer les gens.

Les gens, c'est les autres.

Mais tu es les gens. Je suis les gens.

main-blanche

Posté par Diane Groseille à 23:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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