jeudi 10 septembre 2015

L'autre bord.

J'écris de plus en plus, de mieux en mieux. Je ne parle pas forcément de la qualité, car je n'ai pas la prétention de bien écrire, mais je pars vers de nouveaux formats et je m'impose plus de régularité. J'ai opté cet été pour un journal en ligne. J'y note ce que je fais au quotidien, un vrai journal de bord : les faits, les constats, des traces, une mémoire, l'évidence. Je m'accorde chaque jour quelques minutes pour lister mécaniquement et objectivement tout ce qui s'est passé dans ma journée. La base. Mais je ne l'avais jamais fait, pas sous cette forme en tout cas. Plus jeune, il y a quelques années encore, j'écrivais dans un cahier, sans savoir m'y tenir au jour le jour. Puis plus le temps passait, plus cela devenait fastidieux et décourageant. Ce nouveau journal existe donc en ligne, il m'est accessible rapidement et je me limite à l'essentiel pour que ce soit facile. Je recense également chaque jour de petites idées positives, mes efforts et la satisfaction qui en résulte.

J'y vois à la fois l'outil et la récompense. Il m'impose de tenir mes objectifs puisqu'ils apparaissent là noir sur blanc (les écarts, les oublis, la nonchalance aussi, par la force des choses). Il est aussi satisfaction quand je peux y noter, toujours noir sur blanc, la réussite qui découle de ces exigences, mes petites victoires personnelles.

J'aime et j'ai toujours aimé l'idée de me transmettre à moi même, comme un cadeau pour plus tard, de créer du souvenir, de produire de la fidèlité.

Il reste cependant en "off", à l'état de brouillon, pour que je ne me censure pas, par peur d'être lue par des gens qui se reconnaîtraient, qui me reconnaîtraient. Rien de secret, juste toujours cette même peur de tronquer la réalité à se savoir observée. Je peux ainsi nommer les personnes, nommer les lieux et accéder à une vraie transparence. Et Diane reste là, en vitrine, pour tous ses états d'âmes, pour détailler des impressions, des critiques, des images. Elle reste celle qui s'arrête et qui regarde.

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vendredi 22 mai 2015

Ma poésie.


Fabrice Luchini : "Prenez conscience du miracle... par franceinter

La poésie serait la résonance (raisonnance) de certains monstres de la littérature avec nos petits vies. Je n'aime pas Luchini. Je n'aime pas sa voix. Je n'aime pas ses excès d'articulation qui se confondent dans des clapotis de salive. Je n'aime pas sa déclamation de "la" vérité et ses envolées lyriques. 

J'écoute pourtant ce matin.

Depuis hier, je cogne dans ma tête certaines idées. Certains mots. Rien à voir avec les siens. Et pourtant, il y a de l'écho. Pour une fois.

A propos de ma poésie. Celle que je cherche dans ma routine, celle de mon quotidien. Et je donnais à peu de choses près cette même définition. Ma poésie, celle qui m'appartient, peut être laide, peut être crue, peut être abrutie de clichés ou au contraire, échaper à toute règle et compréhension. Ma poésie est dans l'imperfections, dans l'instantané, dans le mouvement, dans la solitude, dans le vide.

Mais je la guète.

Je voudrais la représenter. L'écrire, la dessiner. Pour écrire, il faut vivre. Et vivre en grand laisse trop peu de temps pour écrire. Alors souvent, on laisse fuire certains moments, certraines images, certains mots. Ils ne s'écrivent pas, ils se vivent, et ils s'oublient. 

Je réalise que j'écris souvent dans ma tête, sur l'instant, perchée en équilibre. Puis j'accepte d'oublier. J'accepte car je n'ai pas le choix. Et tous les stratagèmes de petits papiers ou de carnets, toujours à portée de main, qu'on fourre dans un sac déjà trop plein de bricoles, ne permettent pas d'empècher cette fuite des mots et des idées.

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mardi 23 septembre 2014

Chronique de la violence ordinaire.

Un fait divers "ordinaire" : quatre adolescentes en agressent une cinquième dans un parc à Nancy. Elles ont si peu de jugeote qu'elles partagent la vidéo sur laquelle on les identifie clairement, fières et souriantes. Traînée de poudre : elles sont mises en garde à vue et les réseaux sociaux s'enflamment.

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Début des années 90. La fin d'une année scolaire, du soleil, un banc qui surplombe ma verte vallée. Dans mon dos, mon collège que je viens de quitter plus tôt que prévu car un prof est absent. J'ai onze ou douze ans. Mes amies viennent de partir, leurs parents ont pu les chercher. Je crois que j'attends ma mère, ou le bus ou les grandes vacances, ou l'amour. Insouciance, mon univers est encore celui où tout le monde est gentil, où la méchanceté gratuite n'existe pas, où mes codes moraux correspondent à ceux dictés par Charles Ingalls. Puis l'incident. Trois filles arrivent. Elles doivent avoir treize ou quatorze ans mais je les perçois alors comme des références. Elles me parlent de mon regard, de mon insolence. Et de ce banc sur lequel je suis assise et qui est le leur. Ça me parait crédible. Je me lève, je m'excuse, je ne savais pas. Je me sens toute petite et toute merdeuse. L'une d'elle me bouscule, elle me demande si j'ai peur. Bien sur, j'ai peur. Elle me demande si j'ai du fric ou des clopes. Elle veut vérifier dans mon sac. Elle me dit de ne pas la regarder. Puis elle crie "mais regarde moi quand je te parle". Toutes rient et se moquent de moi. Une autre m'approche et me gifle. Je me souviens être surprise car ça ne fait pas ce bruit net et clair que l'on entend dans les films. C'est une claque molle, silencieuse mais douloureuse qui résonne pourtant dans mon oreille. Elle est ratée, au cinéma on aurait sans doute refait la prise. Pourtant elle est efficace : je me sens humiliée, écrasée. Jusqu'à ce jour, personne n'avait touché ainsi mon visage. Elles finissent par partir, me laissant sonnée, engourdie de honte et d'incompréhension.

Je rentre chez moi, je ne me souviens plus comment. J'ai honte, mais j'en parle à mes parents. Ils sont en colère et je ressens alors une culpabilité. Comme si ma faute avait été de me laisser faire. Je ne sais plus quelles furent les suites de l'histoire. J'imagine que ma mère-poule en a parlé au principal et qu'elle m'a ensuite conseillé de rester accompagnée. Je me souviens surtout que mes parents ont tout fait pour que la situation ne vire pas au drame, me faisant comprendre que ce n'était pas très grave, que ça pouvait arriver, qu'il fallait que j'apprenne à ne pas me laisser faire.

Au début des années 90, y'avait pas de facebook, pas de twitter, pas d'articles en ligne. J'ai grandi sans "revoir" ces images, elles ne persistent que dans ma mémoire, je suis la seule à les avoir vues et je ne les ai donc pas lues dans les yeux de tous ceux que j'ai croisés ensuite. L'anecdote, certes douloureuse, s'est limité aux cercles des personnes concernées et la blessure s'est refermée. Ce souvenir est aujourd'hui inscrit en moi, mais je ne l'assimile pas à un traumatisme, je dirais même qu'il m'a permis de me construire, de me méfier, de comprendre que le monde des bisounours n'était bon que pour la télé.

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Aujourd'hui, je me sens mal en lisant un article sur le sujet et en visionnant malgré moi la vidéo qui l'accompagne. Non pas que ça ravive de mauvais souvenirs, mais je me sens un peu sale, je pense que ça ne me regarde pas, je n'apporte aucun soutien à cette jeune fille triste en apprenant ce qu'elle a vécu et en visionnant sa détresse, comme un passant qui ne ferait rien. Je ne me reconnais pas dans ce "pseudo soutien" qui semble s'organiser inutilement et j'imagine que ce que souhaite cette frêle jeune fille blonde est simplement qu'on efface toute trace de cet épisode. Un droit à l'oubli. Et je suis écoeurée de voir ce déchaînement de violence et cette surenchère de haine dans les commentaires qui suivent l'article. On parle de rétablir la peine de mort, de raser le crâne de la coupable en place publique ou de la pendre, on mobilise les foules pour aller lui régler son compte chez elle, on l'insulte, la traite de grosse vache, de grosse truie (qu'est-ce que sa silhouette vient faire là-dedans ? Est-ce que ça accentue sa méchanceté ?)... Cette jeune fille semble condenser toute la méchanceté du monde et en devient une icône éphémère du mépris, petite image sur laquelle on peut cracher toute sa colère de façon définitive et radicale, exutoire de ce sentiment d'injustice et de trahison. Pourquoi vouloir répondre à la violence par la violence ? Bien entendu, elle respire la bêtise et la méchanceté, elle mérite d'être punie et de prendre conscience de ses actes, mais pourquoi imaginer que se comporter comme elle pourra régler la situation ? Triste, je referme la fenêtre de cet article. Inquiète aussi. Un peu moins confiante et souriante que je ne pouvais l'être avant ma lecture... Et c'est peut-être ça qui m'effraye le plus, au-delà de toute cette violence, c'est cette perte de confiance en l'humanité.

banc

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lundi 7 juillet 2014

Le fil.

Je reprends le fil.

J'ai repris l'écriture ici de façon régulière et motivée. C'est une de mes belles satisfactions du moment. Avec celle du dessin. Ces envies créatrices naissent souvent en moi et nourrissent un souffle. C'est très égoïste. D'ailleurs ces mots ici ne doivent parler que trop peu à mes lecteurs qui se sont sans doute perdus avec le temps et qui restent maintenant des fantomes silencieux. J'ai ce besoin de solitude en ce moment pour faire face à mes angoisses, mes inquiétudes. Pour ne pas les faire porter par d'autres, je m'isole. La foule, le bruit, les regards, et même parfois la présence de Gab me pèsent. J'ai longtemps vu ces épisodes comme de la faiblesse, j'apprends depuis peu à y voir une force brute, une base de moi-même à ne pas contrarier, à écouter.

Pourtant, je vis une période que tout le monde attend : ces quelques heures qui précèdent le saut à pieds joints dans les "grandes vacances", on trépigne, on s'impatiente. J'en suis à mes toutes dernières heures de cours, le compte à rebours est lancé depuis longtemps. Mais mes dernières semaines ne ressemblaient à rien, un morceau de gruyère avec des trous partout. Heureusement, j'ai ajouté quelques cours particuliers et des corrections qui sont venus mettre un peu de beurre dans les épinards. J'ai beaucoup de mal avec ce rythme qui n'en est pas vraiment un, je crois que je préfère définitivement travailler beaucoup. Attendre ces quelques rares heures qui traînent me laisse inactive, vide. Et je suis toujours un peu angoissée à cette période de l'année, car je quitte certains centres de formation sans certitude d'y revenir en septembre. La rentrée à venir s'annonce difficile, plusieurs centres ont déjà parlé de restrictions budgétaires et de sections qui n'ouvriront pas. Je vais essayer progressivement de travailler à mon compte en me créant un statut d'auto-entrepreneur, mais c'est bien plus compliqué que ce qu'on dit ! La création du statut prend quelques minutes, certes, mais c'est après que ça se complique ! Puis il me faudra prospecter les entreprises et mettre en place des outils de com' efficaces que je ne connais que très mal pour le moment. Un monde nouveau, des portes à ouvrir...

Un mois et demi de "vacances" se profile (les guillemets ici rappellent que ce sont surtout plus de cinq semaines sans salaire, oh joie de la vacation !). Nous irons sûrement en Bretagne la semaine prochaine. On avait envie d'une destination un peu plus lointaine et exotique, mais on veut partir avec les chiens et c'est donc plus simple. On prendra une location pour être autonomes. La région nous a semblé évidente, nous l'aimons tous les deux depuis notre enfance.

Gab de son côté voit son activité devenir de plus en plus rentable. Je l'accompagne dans ses démarches en faisant vivre ses pages internet et en le soutenant sur les salons auxquels il peut participer. J'aime beaucoup partager avec lui ces moments là. L'idéal serait à long terme de trouver une solution d'entreprise qui cumulerait nos deux activités, de façon cohérente. Toujours mes idées de ferme, de lieu de vie un peu magique, pour partager et prendre le temps. Pour le moment, ça nous semble complètement utopique. Les contours de notre vie à deux sont parfois flous, nous vivons ensemble depuis le mois de septembre et nous tâtonnons parfois encore, si attachés que nous sommes à nos libertés et à ce schéma à inventer... C'est toutefois bien le bonheur qui ressort de cette expérience nouvelle... Nous nous sommes également bien habitués à la présence de notre nouvelle demoiselle-chien, Lu et elle s'entendent à merveille, elle est propre et supporte très bien de rester seule. Pas de grosse bêtise pour le moment, on croise les doigts. Il est doux d'avoir une nouvelle petite vie à nos côtés.

Pour les jours à venir, je me souhaite donc de savoir lâcher prise, de gommer mes inquiétudes stériles et de me laisser porter par ce souffle renaissant...

fil

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Posté par Diane Groseille à 16:04 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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