samedi 5 décembre 2015

Lettre au passé simple.

Je t'écris parce que tu es toujours là. Ceux qu'on a aimé sont toujours là. Le coeur n'est pas une petite pièce qui ne peut accueillir qu'une personne à la fois et où l'un remplacerait l'autre. Je crois que quand on a donné son amour, qu'on l'a conjugué, il existe toujours quelque part. Mon amour pour toi est toujours là. On oublie pas, comme tu dis, malgré les blessures et le temps qui passe.

Je sais qu'aujourd'hui, tu vis ta vie, loin et autrement. Je crois qu'elle te plaît cette nouvelle vie que tu as construite après nous, il y a des années déjà. Je veux croire que tu vas bien. Je quémande parfois, ponctuellement, de tes nouvelles. Je n'ai plus beaucoup de place maintenant dans cette nouvelle existence, alors je me fais toute petite, je pose juste une ou deux questions, pour obtenir quelques bonnes ondes de ta part, quelques mots rassurants.Nous avons su garder ce contact, ce fil entre nous n'est plus tendu et très solide, mais je sais que tu es toujours là, connecté, réactif.

Tu as été ma famille, comme j'ai été la tienne, comme tu aimais à le dire. Nous nous sommes aimés vraiment et tu es toujours l'un des miens. Je ne peux te le dire ainsi, ça n'aurait pas de sens. Et si peut-être parfois tes lectures s'égarent toujours ici, j'en doute bien sur, tu ne seras certainement pas surpris de lire ces mots car tu sais, je crois, à quel point tu comptes encore pour moi. Différemment, comme un ami, comme un frère, comme un lien. Un amour du passé.

baie

***

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dimanche 6 juillet 2014

Inquiétude.

L'inquiétude est ma matière grise.

Elle est cette tension qui me brise.

Elle s'insinue où jamais on ne l'attend,

Dans les interstices de chaque instant.

 

Elle est irritation, comme l'étiquette d'une chemise,

La lanière d'une sandale, la poignée d’une valise,

Et sans prévenir elle devient douleur ou sang.

Elle fait du passé et du futur le présent,

Pour écraser le moment.

 

Incantation de craintes,

Chant de lamentation.

brouillard1

«S’inquiéter, c’est comme prier pour ce qu’on ne veut pas»

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mercredi 4 juin 2014

Le téléphone jaune.

Ou

Chronique d'une époque déconnectée.

téléphone

 

2000. Je travaille sur mon mémoire. A propos d'elle, entre autres. Postmodernisme et érotisme. Je cogite, je tourne les idées et les retourne. Je vis seule depuis peu. Dans mon grand loft au cinquième étage. J'ai une "vie de barreaux de chaise" comme dit alors ma mère. Je sors, je traine la nuit, dans des bars, dans des boîtes, avec des gens que je connais à peine, avec d'autres que je connais trop. Ensuite, je peux passer une semaine enfermée chez moi à travailler, à regarder la télé et à manger des coquillettes, à boire du café et à fumer. Je peux dormir toute la journée et travailler la nuit entière, sous la lumière crue de mon bureau. Les paramètres Espace/temps me bouleversent.

Dans mon appartement, il y a une poutre et sur cette poutre, j'ai fixé mon téléphone jaune. Mon seul téléphone. D'autres ont déjà à l'époque fait l'acquisition d'un "portable", entrant dans une révolution qui les dépasse déjà. Moi, je n'en veux pas. Lorsque je sors de chez moi, on ne peut plus me joindre. Je deviens un életron libre, coupé de toute connexion. C'est un choix, j'organise la vie autrement. C'était avant. C'est une équation que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre.

Alors, parfois, lorsque j'attends un appel important, j'évite de sortir. Ou alors je sors vite. Je m'organise pour faire ce que j'ai à faire à l'extérieur le plus vite possible, mission commando. Et je rentre ventre à terre vérifier si on a appelé, si on a laissé un message.

Septembre. J'attends son appel. Ça fait trois jours que je n'ai pas bougé. Tout mon apparetment gravite autour du combiné jaune, il en devient le centre. L'idée même de prendre une douche et de ne pouvoir le décrocher s'il sonne me panique. Je me souviens que lorsqu'il m'appelle, sa voix est lointaine, éteinte, blanche. Il m'annonce qu'il viendra peut-être, je sais déjà, intimement, que tout basculera. Ce jour là, lorsque je raccorche le combiné sur son socle, un clic déclenche en moi une colère, une rage physique. Ce n'est pas à lui que j'en veux, c'est à moi, et à ce petit boitier jaune dont j'attendais tant. Je m'en veux d'avoir cru...

Un autre jour de cette même année. Le téléphone jaune sonne. Une voix de femme que je ne connais pas. Cest elle, l'auteur des écrits que je décortique depuis des mois. Elle me pose des questions, des dizaines. Je suis rongée par la timidité, l'émotion, l'incrédulité. Nous échangeons longuement et je lui promets de lui envoyer mon travail losrqu'il sera fini. Après avoir reposé le combiné jaune, des centaines d'autres questions me viennent. Jamais plus pourtant je n'entendrai le son de sa voix.

2000. Je commençais ma vie d'adulte. Quelques mois plus tard, je faisais l'acquisition d'un "portable" et internet entrait dans ce même petit appartement, me connectant à d'autres, à des personnes que je ne rencontrerai jamais. Aujourd'hui, je n'ai plus de téléphone fixe. Et je vis dans un monde dans lequel les gens téléphonent dans la rue, dans les trains, dans les supermarchés et choisissent le plus souvent de se "connecter" à d'autres lointains plutôt qu'à ceux qui sont juste à côté d'eux. Pour ma part, je résiste toujours, dans une moindre mesure, je refuse les tablettes et autres smartphones. Je choisis encore souvent de regarder les gens autour de moi, de croiser leur regard, quand ils veulent bien lever les yeux de leurs écrans.

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vendredi 23 mai 2014

Dix années d'écriture.

Il y a dix ans exactement :

Je débute ici. C'est ici que ça recommence. Je n'ai que peu de temps maintenant, j'en aurai plus ce soir. Je suis face à la bécane du taf. Va falloir que je file donner mes cours ailleurs. J'avais envie de balancer quelques mots sur la toile avant cette nuit, juste pour voir mes lettres au milieu de tant d'autres. Ce qui me fait peur ici, c'est cette profusion. Jamais connu ça sur le papier. Le temps me presse. Plus tard.

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