vendredi 13 février 2015

Le lecteur.

Une salle de classe, quinze élèves, des têtes baissées sur des copies qui viennent d'être distribuées et qui seront ramassées. Un contrôle de lecture sur le livre de Philippe Claudel, La petite fille de Monsieur Linh. Une vingtaine de questions simples pour qui a lu. La première, un cadeau, pour y répondre, on n'avait même pas besoin d'ouvrir le livre (que je suis gentille et bienveillante !) : il faut me donner le nom de l'auteur. Un élève lève la tête et avec toute sa sincérité me beugle " Mais Madame, vous aviez pas précisé qu'il fallait lire la couverture !"

Je fais un métier formidable.

livres3

Posté par Diane Groseille à 13:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


vendredi 27 juin 2014

Une journée de puces.

cahiers

lecteur2

lecteur3

livre1

Deux jours sur un trottoir, pour y vendre des livres. Deux jours sous le soleil d'une grande ville, la poussière sèche soulevée par les passages lents, ni vraiment dedans (pas de murs, pas de toit), ni vraiment dehors (un espace limité par le bord de la route, les limites du stand, cette ligne de pavés). Une attente. De l'acheteur, du moment d'un repas pris sur un coin de table, de la prochaine pause pipi, de la fin. Mais aussi le temps qui s'étire, qui s'effiloche comme un tissu déchiré. Et au-dessus de nous le disque de l'église qui temporise. Alors, prendre le temps. Ouvrir un livre, parmi les milliers exposés ici. Toutes ces couvertures bien alignées qui cachent des univers de mots. Sous chaque dos cartonné se recroqueville une histoire, un effort, un monde. Alors parfois feuilleter, sans perdre de vue le stand et gloutonner juste quelques lignes, sorties de leur contexte, les laisser ensuite se fondre et se diluer dans une imagination qui pour une fois n'a pas besoin de se concentrer sur un cadre. Puis c'est ça, hors cadre, avec ce temps qui fait des fils, on a de la place. On regarde les gens aussi, on leur imagine une vie, une identité, des envies et leurs frustrations. On les voit jouer la comédie du dehors, celle qui impose une image. On peut prendre le temps de voir aussi comment ils sont vraiment, ces stries de lumière qui passe à travers le masque. On a envie de les dessiner, et d'ailleurs, on le fait, sur un petit bloc, papier trop fin. On capte le mouvement d'une jupe, un regard derrière d'épaisses lunettes, une barbiche, des bras croisés trop serrés. Ce sont tous des lecteurs, une espèce de communauté qui se reconnaît. Qu'il lise de la BD ou de l'esothérisme, qu'il soit bibliophile ou fan de Marc Levy, le lecteur partage quelque chose avec tous les autres lecteurs. Cet amour de l'objet, celui qu'on va ouvrir, renifler, caresser, celui qui nous fait des promesses... Il est en quête de la "bonne" promesse, de ce petit livre qui, pour quelques euros saura lui donner satisafaction. On discute aussi, on s'écoute, on commente, on chipote, on réfute, on concède, on rit. On attend. A la fin des deux jours, la peau tannée et les jambes crayeuses, on remet chaque univers non adopté dans un carton, jusqu'à la prochaine fois...

Posté par Diane Groseille à 20:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,