lundi 29 juin 2015

Tom et l'autofiction.

Mes vacances débutent officiellement dans quelques heures. Demain midi exactement. Le mois de juin fut difficile, comme chaque année. Je ne sais pas trop l'expliquer. C'est toujours une tension que de travailler en pointillés. J'ai eu beaucoup de temps pour moi, sans trop savoir comment l'utiliser. Parce qu'il y a toujours cette attente, que je ne sais pas gérer. Je me retrouve épuisée par mon impatience.

table-de-chevet

Durant ces longues journées de juin, souvent vides, je prends plus de temps pour lire. Et j'ai des projets de lecture bien trop ambitieux pour cet été. Dans les stocks de mon homme, en tant que dame de compagnie lors de dernières expositions, j'ai picoré des dizaines de livres qui s'entassent au pied de mon lit.

Je lis en ce moment Tom est mort de Marie Darieussecq. J'ai acheté ce livre sur des puces, à 1€, un jour de grand soleil, dans un des plus beaux village de France, en vue des vacances à venir, parce que le titre était simple, la couverture était blanche.

Je suis entrée très vite dans ces mots. Une femme écrit dans un cahier dix ans après la mort de son fils. Elle livre ses réflexions, naturelles et authentiques, crues et violentes. Elle décortique le vide laissé par la mort, par l'accident, elle parle du néant qui suit, de la difficulté de vivre sans l'enfant. Je lis les premières pages et j'interromps ma lecture. Un peu sonnée, je me sens voyeuse dans cette lecture bouleversante, face à tant d'intimité, d'impudeur, de souffrance. Il faut que je vérifie si ce récit si "vrai" l'est vraiment. Il me faut quelques secondes pour qu'un moteur de recherche me livre le mot "autofiction". Bien sur, je poursuis ma lecture, mais je suis dérangée. Ce petit Tom qui n'est plus, n'a en fait jamais été. Je me sens un peu trahie. On m'a sali le fameux pacte autobiographique...

Je pense à Tom et me vient cet autre Tom, le Tom de Xavier Dolan, lui aussi fasciné par la mère, lui aussi objet de fiction dans ses propres films.

Je réfléchis beaucoup à l'importance d'écrire pour soi, d'écrire sur soi... Et je lis...

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vendredi 13 février 2015

Le lecteur.

Une salle de classe, quinze élèves, des têtes baissées sur des copies qui viennent d'être distribuées et qui seront ramassées. Un contrôle de lecture sur le livre de Philippe Claudel, La petite fille de Monsieur Linh. Une vingtaine de questions simples pour qui a lu. La première, un cadeau, pour y répondre, on n'avait même pas besoin d'ouvrir le livre (que je suis gentille et bienveillante !) : il faut me donner le nom de l'auteur. Un élève lève la tête et avec toute sa sincérité me beugle " Mais Madame, vous aviez pas précisé qu'il fallait lire la couverture !"

Je fais un métier formidable.

livres3

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mercredi 11 février 2015

Homme ou bête ?

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Avoir davantage pitié des bêtes que des hommes, c'est pas très bien vu chez les hommes. C'est considéré comme une sorte de désertion, de trahison, voire de perversion ou d'infirmité mentale. Mais bon dieu, nous sommes hommes par hasard. Tant mieux, j'aime bien comprendre le monde. Et c'est justement parce que je suis homme que je puis transcender cet instinct grégaire, irréfléchi, purement animal qui fait se serrer les coudes aux hommes, les incite à diviniser l'homme par-dessus toute créature. Réflexe spontané, réflexe normal. Normal chez une oie, chez un phoque, chez un hareng. Un homme devrait aller plus loin. C'est parce que j'essaie d'être vraiment, pleinement homme, c'est-à-dire une bête avec un petit quelque chose en plus, que je mets sur un pied d'égalité ce qui est homme et ce qui ne l'est pas.

M'emmerdez pas avec votre St François d'Assise, j'ai pas de paradis à gagner. Mon amour des bêtes est bien autre chose qu'un attendrissement devant le mignon minet, bien autre chose qu'une lamentation devant les espèces, j'm'en fous, je ne suis pas collectionneur d'espèces, des millions d'espèces ont disparu depuis que la première lave s'est figée. Seuls m'intéressent les individus. Mon horreur du meurtre, de la souffrance, du saccage, de la peur infligée fait de ma tranche de vie une descente aux enfers. Nous tous, les vivants, ne sommes-nous donc pas des passagers de la même planète ? L'homme n'a pas besoin de ma pitié : il a largement assez de la sienne propre. S'aime-t-il le bougre ! la littérature, la religion, la philosophie, la politique, l'art, la publicité, la science même n'intéressent les hommes que lorsqu'ils les mettent au premier plan, tous ne sont qu'exaltation de l'homme, incitations à aimer l'homme, déification de l'homme. Les bêtes n'ont pas, si j'ose dire, la parole. Elles n'ont pas d'avocat chez les hommes. Elles ne sont que tolérées. Tolérées dans la mesure où elles sont utiles, ou jolies, ou attendrissantes. Ou comestibles. Les hommes les ont ingénieusement classées en animaux « utiles » et animaux « nuisibles ». Utiles ou nuisibles pour les hommes, ça va de soi. Les chinois ont patiemment détruit les oiseaux parce qu'ils mangeaient une partie du riz destiné aux chinois.

De quel droit les chinois sont-ils si nombreux qu'il n'y a plus de place pour les oiseaux ? Du droit du plus fort, hé oui ! Voilà qui est net ! Ne venez plus m'emmerder avec votre supériorité morale. Ni avec vos bons dieux, faits à l'image des hommes, par les hommes, pour les hommes. Si les petits cochons atomiques ne mangent pas l'humanité en route, il n'existera bientôt plus la moindre bête ni la moindre plante « nuisible » ou « inutile ». Le travail est déjà bien avancé et le mouvement s'accélère. La mécanisation libèrera -peut-être - l'homme du travail « servile ». Elle a déjà libéré le cheval : il a disparu. On n'a plus besoin de lui pour tirer la charrue, il n'existe quasiment plus à l'état sauvage, adieu le cheval. Oui, on en gardera quelques-uns, pour jouer au dada, pour le tiercé, pour le ciné, pour la nostalgie. L'insémination artificielle a déjà réduit l'espèce « boeuf » à ses seules femelles. Un taureau féconde -par la poste- des millions de vaches. Oui, on s'en garde quelques-uns pour les corridas, spectacle d'une « bouleversante grandeur » où l'homme, intelligence « sublime », affronte la bête, les yeux dans les yeux ... oui, on se garde quelques faisans, quelques lapins, quelques cerfs ... pour la chasse. On se garde quelques éléphants pour que les petits merdeux aillent les voir dans les zoos, et quelques autres dans des bouts de savane pour que les papas des merdeux aillent y faire des safaris-photos après le déjeuner d'affaires. Pourquoi je m'énerve comme ça ? Parce que je les voudrais semblables à ce qu'ils se vantent d'être, ces tas : un peu plus, un peu mieux que les autres bêtes. Mais non, ils le sont, certes, mais pas assez. Pas autant qu'ils croient. A mi-chemin. Et à mi-chemin entre ce qu'est la bête et ce que devrait être l'homme, il y a le con. Et le con s'octroie sans problème la propriété absolue de la Terre et de tout ce qui vit dessus, et même l'univers entier, tant qu'une espèce plus forte ou plus avancée techniquement mais tout aussi con ne l'aura traité lui-même comme il traite ce qui lui est « inférieur » « inférieur ». Rien que ce mot ! Il y a même toute une hiérarchie ....

François Cavanna

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samedi 19 juillet 2014

Se reposer.

On sait qu'on est en vacances quand le temps n'a plus d'importance...

Ne pas regarder l'heure avant treize heures, manger le repas "de midi" quand certains en sont déjà à leur repas "du soir", s'endormir n'importe où et n'importe quand, lire, regarder autour...

Une maison en Bretagne, dans le coeur des terres, au milieu des champs. Et presque se réjouir d'un ciel voilé et menaçant comme prétexte pour aller se blottir sous la couette avec un bon livre...

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vendredi 27 juin 2014

Une journée de puces.

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Deux jours sur un trottoir, pour y vendre des livres. Deux jours sous le soleil d'une grande ville, la poussière sèche soulevée par les passages lents, ni vraiment dedans (pas de murs, pas de toit), ni vraiment dehors (un espace limité par le bord de la route, les limites du stand, cette ligne de pavés). Une attente. De l'acheteur, du moment d'un repas pris sur un coin de table, de la prochaine pause pipi, de la fin. Mais aussi le temps qui s'étire, qui s'effiloche comme un tissu déchiré. Et au-dessus de nous le disque de l'église qui temporise. Alors, prendre le temps. Ouvrir un livre, parmi les milliers exposés ici. Toutes ces couvertures bien alignées qui cachent des univers de mots. Sous chaque dos cartonné se recroqueville une histoire, un effort, un monde. Alors parfois feuilleter, sans perdre de vue le stand et gloutonner juste quelques lignes, sorties de leur contexte, les laisser ensuite se fondre et se diluer dans une imagination qui pour une fois n'a pas besoin de se concentrer sur un cadre. Puis c'est ça, hors cadre, avec ce temps qui fait des fils, on a de la place. On regarde les gens aussi, on leur imagine une vie, une identité, des envies et leurs frustrations. On les voit jouer la comédie du dehors, celle qui impose une image. On peut prendre le temps de voir aussi comment ils sont vraiment, ces stries de lumière qui passe à travers le masque. On a envie de les dessiner, et d'ailleurs, on le fait, sur un petit bloc, papier trop fin. On capte le mouvement d'une jupe, un regard derrière d'épaisses lunettes, une barbiche, des bras croisés trop serrés. Ce sont tous des lecteurs, une espèce de communauté qui se reconnaît. Qu'il lise de la BD ou de l'esothérisme, qu'il soit bibliophile ou fan de Marc Levy, le lecteur partage quelque chose avec tous les autres lecteurs. Cet amour de l'objet, celui qu'on va ouvrir, renifler, caresser, celui qui nous fait des promesses... Il est en quête de la "bonne" promesse, de ce petit livre qui, pour quelques euros saura lui donner satisafaction. On discute aussi, on s'écoute, on commente, on chipote, on réfute, on concède, on rit. On attend. A la fin des deux jours, la peau tannée et les jambes crayeuses, on remet chaque univers non adopté dans un carton, jusqu'à la prochaine fois...

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lundi 16 juin 2014

De ces jalousies qui renforcent.

Il y a quelques semaines, je refermais le livre de Maelys de Kerangal après l'avoir boulotté en quelques heures. Réparer les vivants. Une écriture dense, fluide, spontanée, familière, qui me laisse crispée et chargée d'ondes positives. Certains passages transmettent une tension si forte que les larmes gonflent dans la gorge. Je referme ce livre sur la route, entre Cannes et Colmar, dans une voiture lancée à vive allure sur les autoroutes suisses. Je suis contaminée par cette évidence de l'écriture. Sylvie Testud et Gamines m'avaient laissée il y a quelques années avec la même énergie. Contagion. De ces livres qu'on aimerait avoir écrits. Qui nous laissent jaloux. De ces pages si fluides qu'elles nous imprègnent les doigts de talent. J'ai voulu en savoir plus sur elle. Elle a 46 ans, je le découvre sur sa page wikipédia. Et en lisant ces quelques informations se dessine sur mon visage un sourire rassuré. "Ça va, il me reste dix ans pour en faire autant..."

***

"La rue est silencieuse, elle aussi, silencieuse et monochrome comme le reste du monde. La catastrophe s'est propagée sur les éléments, les lieux, les choses, un fléau, comme si tout se conformait à ce qui avait eu lieu ce matin, en arrière des falaises, la camionnette peinturlurée écrasée à pleine vitesse contre le poteau et ce jeune type propulsé tête la première sur le pare-brise, comme si le dehors avait absorbé l'impact de l'accident, en avait englouti les répliques, étouffé les dernières vibrations, comme si l'onde de choc avait diminué d'amplitude, étirée, affaiblie jusqu'à devenir une ligne plate, cette simple ligne qui filait dans l'espace se mêler à toutes les autres, rejoignait les milliards de milliards d'autres lignes qui formaient la violence du monde, cette pelote de tristesse et de ruines, et aussi loin que porte le regard, rien, ni touche de lumière, ni éclat de couleur vive, jaune d'or, rouge carmin, ni canson échappée d'une fenêtre ouverte, ni odeur de café, parfum de fleurs ou d'épices, rien, pas un enfant aux joues rouges courant après un ballon, pas un cri, pas un seul être vivant pris dans la continuité des jours, occupé aux actes simples, insignifiants, d'un matin d'hiver : rien ne vient injurier la détresse de Marianne, qui avance, tel un automate, la démarche mécanique et l'allure floue. En ce jour funeste."

clavier

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samedi 1 décembre 2012

Un temps, un samedi.

Une petite pièce sombre, loin de chez moi, la lumière de la table de chevet. Les volets sont fermés pour ne pas laisser entrer la lumière du jour, insignifiante, fade, éteinte. Blottie sous la couette, je me protège du temps qui passe sans moi. Entre deux semaines trop denses, trop longues, trop pleines, j'arrête le temps en lisant en quelques heures Capri et moi de Philippe Fusaro. Il se projete sur une terrasse baignée de soleil et de chaleur à Capri. J'en fais de même. Et j'imagine, le temps de ce samedi, premier jour de décembre, une autre vie que la mienne, insulaire, solaire, ouverte sur le ciel. Un instant seulement.

27Toujours ici, je suis.

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