samedi 5 septembre 2015

Cette vérité, notre honte.

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Mais non, cet enfant n'est pas mort ! Mais non, il dort, il se repose, son corps est simplement là, posé sur le sable, avec ces beaux habits de petits garçons qui va faire sa première rentrée des classes. Il va se lever, sourire et partir à l'école, comme tous les autres. Les enfants ne meurent pas, pas comme ça. Mais non, ce n'est pas possible, un enfant de trois ans ne peut pas venir s'échouer sur une plage au XXIeme siècle, sous les yeux noirs des appareils photos...

Mais non, je ne vis pas dans ce pays, je ne vis pas dans ce monde, je ne suis pas de ces hommes, des ces femmes, de ces politiques, de ces occidentaux, de cette humanité qui n'en a que le nom. Je ne vis pas dans un monde où les frontières sont des lignes de démarcation, des murs parfois, des barbelés, où par peur, chacun se protège en fermant les yeux, où les hommes crèvent et ce monde s'enfout.

Et si pourtant. Et toi, pauvre conne, tu fais quoi, tu écris, tu n'as que tes mots, alors tu les tripotes un peu, ici, ailleurs, dans cette vaste vitrine de plaisanteries que sont nos écrans, qui nous laissent croire que non, on n'est pas de ces monstres qui regardent tout ça sans rien dire. On pleure, on crie. On se donne une contenance, on s'indigne, on "partage", on "aime" même, crétins que nous sommes, quand les mots nous manquent.

Et pourtant, je n'ai pas d'armes, j'ai des lamres, des mots creux, mon silence, mon respect et ma peine, qui viennent se serrer tout contre ceux de tous les autres, qui deviennent murmures fracassants, gênants, malsains, sur les réseaux sociaux, sur les chaînes de télé, à la Une des journaux, sur les blogs... A quoi bon, une indignation de plus, qui dans les vagues molles de notre société de mass média, viendra s'échouer morte, sur une plage, pour laisser place à une nouvelle focalisation, un autre scandale, plus dégueulasse, plus cru, plus éphémère.

J'ai honte, honte d'être là, assise, sans rien faire. Honte de ne pas trouver les mots justes, les actes forts et sensés. Je lis depuis des semaines les articles qui me permettent de comprendre. Je laisse faire, je suis de tous ces silencieux lâches. Je pense à tous ceux qui ne sont pas sur cette photo. Tous ceux qui souffrent, qui hurlent, qui se battent, qui s'épuisent, qui se meurent, dans notre silence.

Posté par Diane Groseille à 20:05 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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