mercredi 11 février 2015

Le mauvais jour sale.

Allez, debout ! Yeux collés. Pas le temps. Jamais le temps. Étouffement. Suffocation mentale. Radar. Un pied devant l'autre. Une douche très chaude. Trouver des vêtements. Rien à foutre que ce soit joli. Chauds et confortables. Je voudrais m'habiller avec une couette. Boire un thé. Faudrait l'aromatiser à la cocaïne. Sortir, s'éjecter du cocon. Trop tard. Encore. Pressée. Comme poussée dehors par un gros coup de pied au cul. Découvrir ses cernes dégueulasses dans l'ascenseur, miroir taché, lumière crue qui semble crier. Cette simple gueule dans la glace justifierait d'aller se recoucher tout de suite. Sur mon arrêt de travail, on écrirait "3 jours d'AT - Motif, gueule à faire peur". Un personnage cruel s'amuse toutes les nuits à dessiner autour de mes yeux des lignes sombres, des poches gonflées de tout ce temps qui me manque, de ces mots que je n'ai pas le temps de dire. Chaque matin, je masque les ombres, maquillée comme à la craie. Mais on avance. Une porte s'ouvre sur le dehors. Et ça crie encore dedans. De petites pointes de glace mouillée viennent griffer mon visage. Le froid monte du sol. S'installer au volant de la voiture. Tout est froid et dégueulasse. Révoltant ou décourageant. Tout ce qui vient du dehors me pousse au dedans. Le volant qu'il faut bien tenir cisèle mes doigts. Le ciel est un plafond bas, un couvercle sur la vie. Et l'autre à la radio qui répète depuis des jours Je ne tiens pas debout, le ciel coule sur mes mains.

C'est une journée criblée de contrariétés et d'imprévus. De ces imprévus qui frappent dans le dos et déstabilisent. Rien ne marche. Ordinateur, câbles, accès à internet, vidéo projecteur, ... Tout semble s'être ligué contre moi. Les yeux de mes collègues me renvoient le reflet de ma mauvaise humeur et de ma pâleur. Je me voudrais transparente, légère, inexistante, éteinte. En mode Off. mais je suis là, lourde, dans le passage, incompétente, maladroite. Inscrite dans une journée que je voudrais gommer. Les heures passent. tout semble concentré sur une idée. Finir. Rentrer. Dormir. Le champs de vision se rétrécit. On écoute moins. On entend pas. Et tout ce qui vient s'ajouter à la longue liste des incidents et du moche ne compte même plus. Les épisodes de la journée s'emboitent mal. Chagement de lieu, changement d'heure, mêmes constats. Que l'impatience comme certitude.

Dans la rue, je regarde sur le trottoir d'en face une femme qui vient de finir un beignet dégoulinant de confiture. Elle en a plein les doigts. Elle se débrouille pour sortir de son sac un paquet de mouchoirs. Elle en extirpe un, s'essuie. Le jette au sol. Fait pareil avec un deuxième. Puis un troisième. Elle s'éloigne, satisfaite. Les paroles s'étranglent dans ma gorge. "Hé, espèce de grosse vieille dégueulasse, ça te trouerait le cul de ramasser la merde que tu laisses derrière toi ?". Je m'étouffe avec mon silence, aussi dégeulasse que son geste. Alors que d'autres renoncent, je descends deux enfers plus loin. Je ne dis rien. Je ne dis rien non plus quand ces étudiants me toisent et me provoquent. De ces seuls étudiants cette année avec lesquels le courant ne veut pas passer, les connexions ne se font pas. On ne parvient pas à travailler ensemble. Seule classe sur quatorze. Une question d'alchimie peut-être... Ou de bétise. Je ne dis rien, encore. Silence pendant ce conseil de classe à midi où la colère de certains se mesure au tic-tic de leur bic sur la table. Se taire encore en découvrant que le repas de midi commandé par ma directrice contient du jambon (je ne mange plus de viande depuis deux ans). Et ne rien manger jusqu'au soir, parce que pas le temps de commander autre chose. En voiture à nouveau, plus tard, cette femme qui me fait une queue de poisson, son fils est assis à sa droite, un petit garçon de moins de dix ans. Je suis obligée de faire un écart, pour qu'elle ne tape pas ma carrosserie. Je klaxonne. Son majeur se lève, droit et fier, blanc dans la pénombre qui tombe trop tôt.

Ces journées sont elles programmées ? Provoquées peut-être par une espèce d'élan de faiblesse, une contagion de négatif. Pour que tout ce qui peut être décourageant se précipite sur nous en même temps ?

tunnel

* ça ne tient pas debout, sur mes pieds le ciel revient *

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lundi 12 janvier 2015

Mon hiver orphelin.

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