samedi 6 juin 2015

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

Cheveux attachés, assise sur un banc, mains plaquées sur le bois, dos droit. Attente.

Souvent les derniers temps, je n'ai pas mon âge.

Souvent les derniers temps, je suis bien plus jeune.

 

lunettes-bières

 

 

 

I

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,

Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !

- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !

L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;

Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -

A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon

D'azur sombre, encadré d'une petite branche,

Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond

Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.

La sève est du champagne et vous monte à la tête...

On divague ; on se sent aux lèvres un baiser

Qui palpite là, comme une petite bête...

III

Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,

Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,

Passe une demoiselle aux petits airs charmants,

Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,

Tout en faisant trotter ses petites bottines,

Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...

- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.

Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.

Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.

- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire... !

- Ce soir là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,

Vous demandez des bocks ou de la limonade...

- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans

Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

 

Arthur Rimbaud - 29 septembre 1870

Posté par Diane Groseille à 19:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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samedi 4 avril 2015

Nous entendons dans les rêves ce que dit la matière...

Mes rêves sont, les derniers temps rassurants, épais et très heureux.

***

Il y a deux jours :

Je vole, c'est une évidence, je vole !

Sur ma tête, un chapeau de soleil, aux larges bords. Dans mes mains, de longs crayons en bois souple. Le sol s'éloigne sous mes pas. Je me dis, comme à chaque fois, que c'est facile. Et je me demande encore pourquoi je ne vole pas plus souvent. La sensation est si agréable.

Je survole des lieux qui me sont familiers, ceux de mon enfance. Les personnes que je vois en contre bas de mon vol, sont mes amis qui me sourient. Ils ne peuvent pas voler mais ne semblent pas étonnés que je le fasse.

Plus tôt, dans le même rêve, je faisais la fête dans une grande maison de bois construite sur une petite crique, au dessus d'une plage. Mon père, des amis très proches, du rire, de l'insouciance.

***

Cette nuit, l'endormissement est difficile, je me suis coincé un nerf en faisant des acrobaties hier soir, lors de mon atelier du jeudi. Je peine à trouver une position confortable, le sommeil se fait attendre... Pourtant, dans la nuit, je voyage.

Je suis dans une rue de M. Une rue que je traversais souvent autrefois, lorsque je vivais encore là-bas. Dans cette rue se trouvait le garage où je laissais ma voiture. J'ouvre une porte, cette même porte qui menait à mon emplacement de parking. A l'intérieur, tout a changé. De petits espaces sont aménagés, de très petits espaces (sans doute quelque chose à voir avec les "capsules" des hotels japonais). Des gens sont installés et jouent, ou regardent la télévision. Certains dorment, ou font l'amour. Je me joins à certains, j'échange du plaisir, naturellement. Je retrouve d'ailleurs Rémi, un camarade de classe que je n'ai pas vu depuis des années. Nous faisons l'amour dans l'une de ces petites alcôves.

Je déambule ensuite dans des couloirs, je descends des escaliers et je me retrouve dans un hall désert, dont les baie vitrées donnent sur la nature. Une nature vierge et sauvage. J'avance dans cet espace et les vitres sont maintenant autour de moi. A ma gauche, je découvre une forêt majestueuse et sombre, de grands sapins bleus. A me droite, ce sont des prairies à perte de vue, très lumineuses. Et devant moi, alors que je m'avance vers la dernière vitre, je découvre une pinède. de grands arbres parasol donc les troncs secs et noueux dessinent des courbes irrégulières. Au sol, plusieurs bassins d'eau pure et profonde appellent à la baignade...

***

eau

Voler encore. Toujours de l'eau, encore ces eaux rassurantes, apaisantes.

Posté par Diane Groseille à 19:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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