samedi 21 novembre 2015

La pensée molle.

Je pourrais me révolter encore ici et maintenant contre toute cette haine, être en colère face à tant d'injustice, crier la révolte et l'incompréhensionn qui m'animent. Mais ce n'est pas l'objet des propos qui vont suivre (et ça ne veut pas dire que je ne suis pas touchée, bouleversée, révoltée, bien sur).

Ma question aujourd'hui est toute autre, bien que centrée aussi, indirectement sur les faits récents : quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi rumeurs en tout genre sont aujourd'hui relayées par tous, y compris les médias eux-mêmes et le rectorat de Strasbourg (qui diffuse par mails des hoax du type "nous sommes tous Paris") ? Pourquoi fleurissent sur nos profils des articles de plusieurs mois, voire années, sortis de leur contexte ? Pourquoi l'on utilise à tort et à travers les images et l'émotion comme des armes de désinformation massive ? Et pourquoi, au XXIeme siècle, alors qu'on n'a jamais eu accès à une telle masse d'information, s'entête-t-on, par paresse, par bêtise ou par perversion à baigner dans un tel obscurantisme ? Je ne condamne rien, je questionne, sérieusement...

Mon quotidien professionnel repose sur des objectifs concrets :  développer la curiosité des étudiants dans le sens d’une culture générale ouverte sur les problèmes du monde contemporain (questions de société, de politique, d’éthique, d’esthétique) & développer le sens de la réflexion (précision des informations et des arguments, respect de la pensée d’autrui, formation à l’expression d’un jugement personnel). Comme disait l'un de mes formateurs il y a plus de dix ans, notre rôle est de "fabriquer la tête" des élèves. Il entendait par là que nous avions la responsabilité de leur apprendre à réfléchir par eux-mêmes, à se servir de leur cerveau comme d'un outil et non d'une éponge. Pour moi, un étudiant qui a réussi est celui qui sait penser, qui sait se forger une opinion (même si elle n'est pas la mienne, justement et surtout si elle n'est pas la mienne, ce qui voudrait dire qu'il auara su s'opposer à moi et trouver son idée) et qui saura s'appuyer sur des faits concrets, qui saura se justifier, qui saura faire ses choix d'adulte dans une monde qu'il "comprend"...

Il me semble donc incroyable, effrayant de constater aujourd'hui une telle passivité face à une situation si grave. C'est en ce moment précisément que nous nous devons d'être vigilants. Mais l'information aujourd'hui se consomme comme n'importe quel produit de base. Elle se fond dans les mécanismes obscures du marketing, on nous la vend comme un paquet de cacahuètes ou une eau de toilette. Elle est à la fois objet de consommation, de divertissement, de culte. Elle est pourtant au coeur de nos sociétés, omniprésente, sans que l'on sache réellement la respecter et la comprendre. Et elle peut devenir, si l'on n'y prête pas attention, celle qui se retourne contre nous : manipulation, censure, propagande.

Notre sensibilité nous pousse aujourd'hui à panser nos plaies avec le partage. Des vagues d'émotions déferlent sur l'information (des présentateurs qui versent des larmes en rendant hommage à des collaborateurs tués, des images sur des bandes son de violons et de piano, des témoignages de rescapés), ce qui est normal et sain. Nous avons besoin de cette catharsis. Mais cela ne nous dispense pas de réfléchir. Or aujourd'hui, On se retrouve à "partager" en un clic lent, lâche, facile. On diffuse, sans le réaliser, on partage, sans l'avoir mesurer. On se retrouve maillon d'une chaîne informative fragile. On mélange, on dilue, on mixe tous ces bons sentiments avec la peur. On en fait un blougi boulga indigeste d'information populaire indigeste. Internet devient cette entité, qui réagit et qui "pense" d'une seule et même voix, d'un seul et même clic. Tout cela, ce mécanisme de la pensée molle est facilité voire renforcé par des idées préchiées par des partis extrémistes qui diffusent leur bouillie, par la simplification des faits, la manipulation des contextes, le vecteur "peur", idées tellement évidentes à relayer pour qui ne les "mastique" pas, ne les digère pas, ne les compare pas, ne les confronte pas , aux faits, à sa pensée, à celles des autres. On gobe, on picore des titres formatés, les yeux fermés, aveugles.

Comment accepter qu'aujourd'hui nous véhiculions ainsi l'erreur, la rumeur, la bêtise, tel que nous l'aurions il y a des siècles, incultes et illettrés sur des places de marché  ? Aujourd'hui, tous les outils sont à notre disposition, écrans démocratrisés, nouvelles accessibles en temps réel au point d'en devenir envahissantes parfois ?

Je veux cependant terminer cette réflexion avec de l'espoir. Parce que oui, au-delà de toute cette force bête qui semble surgir dans les commentaires des articles de presse, dans les lignes de nos statuts, dans le choix de nos images, il y a de la joie, du rire, de l'envie, de la lumière. J'ai du mal à croire que cette unité qu'on nous présente aujourd'hui comme une solution, une force, puisse ne pas s'éssouffler. Mais il y a bien sur, une force libre, réfléchie, multiple et active, celle qui ne se mettra pas à genoux, celle qui intelligement saura avancer, contrer et vivre (à tous les niveaux, de toutes les façons), celle qui sait penser face à tant de bêtise. Je rêve d'une société qui saurait réagir d'un même cri dissonant, dans lequel on entendrait l'idée réfléchie de chacun, lumineuse.

fil

***

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vendredi 13 novembre 2015

Tuer.

Battue, foutue, exténuée

Tu tues tout

Tu tues ton foetus, sorte de tumeur

Tu évacues tes vétustes tuyaux, tubes et utérus

Tunnel éteint

Tu tutoies le tumulte brut

Inutile statue sans but

Aux seins pointues, dévêtus

Tu chuttes, tu buttes

Upercute de pute

Tueuse. 

***

tunnel

On m'impose une semaine d'arrêt de travail. Je passe par trois phases. La première, les complications : il va falloir prévenir mes différents employeurs qui vont râler, sans aucun doute et il va falloir par la suite rattraper tous ces cours. Phase deux, on comprend à la tête du médecin que c'est non négociable, que c'est utile, qu'elle ne cèdera pas, on se soumet alors et on se dit qu'on va forcément s'emmerder. Troisème phase, on liste mentalement tout ce qu'on n'a jamais le temps de faire (ces satanaées listes à rallonges dont on ne voit jamais le bout et qui pourrissent la conscinece de tout moment de repos) et on se dit donc, mais oui, allons bon, pourquoi pas...

 

Puis on m'a injecté ce poison, dans la fesse droite. Et je n'avais pas imaginé à quel point il allait m'être impossible de travailler...

 

On ne m'avait pas dit la tristesse à venir. Sur le moment, je n'avais pas compris le deuil. Je n'avais pas mesuré la vie qu'il fallait saluer, laisser s'en aller, chasser.

On ne m'avait pas prévenu que j'allais manger sans fin, sans faim, pour remplir ce vide intersidérale que mon corps creuse dans mon ventre, ce trou noir, ce néant.

On ne m'avait pas signalé que mon corps allait saigner, autant, tellement, par vagues, par morceaux, par torrents de larmes noires.

On ne m'avait pas prédit la douleur. Les crampes fourbes et prolongées, élastiques de souffrance. Les pliures de l'âme au coeur du corps. Origami d'uterus pour faire des formes que personne ne reconnaîtra jamais.

On ne m'avait pas avertie pour l'attente, les longueurs, les vides, le non espoir, le silence.

On ne m'avait pas évoqué les hormones. Les montagnes russes d'émotions. Les crises de suffocation à s'en étrangler avec des sanglots et des cris. Une pelote de nerfs qui te tricote des angoisses. Un sac de noeud de merde.

On ne m'avait pas informée qu'il me fallait prendre ce temps, cette douleur, ces efforts, pour tuer.

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mardi 19 mai 2015

Un épisode de ma vie de prof.

Il y a quelques minutes, j'ai assisté à une scène épouvantable. Devant mon bureau, une de mes élèves. D'habitude douce et souriante, elle s'est livrée devant moi à un exercice démoniaque digne des meilleures scènes de l'Exorciste. Elle a hurlé, trépigné, pleuré, ses yeux ont manqué de sortir de leurs orbites, elle a bavé, m'a insultée, m'a menacée, a tourné plusieurs fois sur elle-même dans une espèce de tourbillon satanique, a été prise d'un fou rire nerveux pour remettre des torrents de larmes par dessus et a fini par quitter la salle en me traitant de connasse, dans un violent courant d'air haineux. De la drogue ? Un envoutement ? Une scène d'impro ratée ? Rien de tout ça, je lui ai juste confisqué son téléphone.

ADOHEUREUX-MIX_ET_REMIX-COURINTERN

Posté par Diane Groseille à 09:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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