samedi 2 janvier 2016

Faire passer la pilule.

piluleIl y a maintenant près de deux mois, je sortais de l'hopital avec de bien mauvaises nouvelles. Je suis restée à la maison pendant plus de deux semaines, dans un petit cocon de sécurité et de douceur, le temps de faire disparaître cette graine de bébé dans mon ventre, cette graine d'espoir dans ma tête. Gab m'a bichonnée, il a coffré ma peine de sa tendresse, à l'étouffer. Nous avons pris soin l'un de l'autre et nous avons pu "tourner la page". J'ai repris le travail avec motivation et énergie. J'ai repris ma place dans ma vie.

Mais depuis, sur injonction du médecin, je reprends la pilule. Le methothrexate est présent dans mon corps trois mois et serait toxique pour une petit bébé qui voudrait s'y installer. Il faut donc impérativement se protéger, de ce que nous souhaitons pourtant.

Voilà presque trois ans que je ne la prenais plus. Bien sur, il y a l'envie d'avoir des enfants, mais il y avait aussi ce refus de cette dose chimique quotidienne, de ce muselage hormonal. Alors, quand aux urgences, après m'avoir annoncé que je devais tuer cette grossesse, le médecin me demandait de reprendre la pilule, j'ai étranglé des larmes.

Mais, contre toute logique, tous les soirs, je gobe de nouveau, comme je l'ai fait des années durant auparavant, cette petite pilule, petit morceau de poison qui vient souvent se loger dans ma gorge si je ne la bouscule pas d'une gorgée d'eau pour la noyer. Se coincer comme pour faire savoir qu'elle ne veut pas passer.

Elle s'appelle Optilova. Romantique ! On dirait le nom d'un sex toy, ou d'un aphrodisiaque. Rien de tout cela. Une plaquette avec des pilule blanches et d'autres roses, à prendre en continu quotidiennement. Comme le petit chocolat du calendrier de l'avent, sauf que ça dure plus longtemps et que ça n'a pas de goût.

Je commence la troisième plaquette. Je termine ce mauvais cycle. Et puis on pourra repasser aux choses sérieuses.

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samedi 21 novembre 2015

La conjugaison des deuils.

Un samedi matin. Le même samedi matin.

Ce matin, je me suis levée, j'avais l'impression de ne pas l'avoir fait , vraiment, depuis de longs jours. Ce matin, j'ai senti un peu de force, une semaine après, j'ai envisagé de faire le ménage, de cuisiner, de reprendre une vie, ma vie, parce qu'il faut. Ce matin, une fois encore, plus fort encore, on découvre l'horreur, la haine, la mort. En me couchant la veille, quelques informations m'étaient déjà arrivées aux oreilles, quand somnolente et épuisée, j'avais préféré aller me coucher, comme pour me protéger de tout ça, comme si à mon réveil, tout cela aurait pu ne pas exister. Gab était resté devant les écrans, une bonne partie de la nuit.

Nouvelle prise de sang la veille. J'ai su que mon injection faisait effet. Le travail de suppression opère. On a quand même prolongé mon arrêt de travail de dix jours. Parce que je suis faible, physiquement et psychologiquement. La gynéco de l'hopital m'a dit que je n'étais pas prête à affronter ma vie. J'ai besoin de "reconstruire" avant, dit-elle. Je rencontre une psychologue, face à laquelle les larmes coulent. Je me sens un peu moins vide, un peu plus légère. Comme en janvier, je passe de longues minutes, de longues heures à me saouler de ces images qui tournent en boucle, à en devenir insignifiantes, comme un mauvais alcool que l'on boit sans soif pour essayer de mieux comprendre et qui incontournablement, provoque la nausée. Plus tard, télé éteinte, déconnexion, solitude. Je ne veux plus entendre les commentaires des tous ces journalistes qui tricotent toute cette violence, surenchère de scoops et exhibition d'emotions mises en scène. Je ne veux plus lire la bêtise crasse des statuts de certains de mes "amis", ceux qui composent mon "réseau social" et qui se précipitent sur des conclusions folles, irréfléchies, dangereuses. L'obscurité s'empare avec la terreur de tous les médias.

Je suis là, enfermée dans mon cocon, dans MA douleur. Je suis chez moi, petit appartement chaud, douillet, coupé du monde. Je me réfugie à l'intérieur. On me dit ne pas sortir, de ne pas me confronter au dehors. C'est là-bas, dans cette ville, dans ces rues. Ce pourrait être l'inconnu, mais c'est à quelques mètres de l'appartement des parents de Gab, des rues que je connais bien, des immeubles familiers. Je repense à notre marche cet été pour traverser la capitale, ville-village. Je repense à cet esprit Paris.

Plusieurs personnes m'ont parlé de deuil. J'ai d'abord été surprise par ce mot. Je crois en effet qu'il me faut oublier cette petite vie qui a commencé à exister. Il s'agit de faire le deuil d'un être qui n'existe pas encore, le deuil d'un futur qu'on a déjà projeté, le deuil de tous ces espoirs qui avaient commencé à trouver un sens. Il faut dire au revoir à quelqu'un qu'on a jamais rencontré. La mort est alors partout, trois jours de deuil national. C'est soudain chez nous que ça arrive. Nos morts, nos innocents. Mais nos cadavres valent-ils plus que ceux de Syrie, que ceux de Palestine, que ceux du Liban ? Et si oui, sous quel prétexte ? Notre culture ? Notre "civilisation" ? Parce que nous sommes un pays occidental, civilisé, loin de ces "sauvages" qui s'entrertuent de toute façon depuis des millénaires et pour qui la violence est devenue une forme de quotidien, la routine de la mort.

On me dit sans arrêt que maintenant, "ça va aller". Je pense et repense cette formule. Je panse et repanse mes plaies. Une aberration de la langue française. Verbe "aller" + verbe "aller". Alors que j'ai l'impression de faire du sur place, de n'aller nulle part. Mais qui va où ? Qui est "ça" ? Moi ? Rien ne va. Le terrorisme est l'emploi de la terreur à des fins politiques, religieuses, idéologiques ou crapuleuses. Terreur. La peur semble être partout. Même pas peur ? Oui, nous voudrions le scander, l'écrire et le crier. Mais elle est bien là, dans la voix de mes proches au téléphone, dans le regard de Gab, dans les choix que nous allons faire sur les prochains jours...

Je me tais, j'écrase. Je garde les mots qui se mélangent en moi. Je ne réponds pas aux mails, aux textos, aux coups de fil. Ou alors rapidement, poliment, simplement. pour dire que je suis toujours là, que je fais ce que je peux.. Je reste évasive car je manque de mots face aux maux. Partout les mots, partout le verbe comme arme pour faire face à l'incompérhension. Le langage pour dire la douleur. Les paroles de la Marseillaise qui sont sont un appel à la guerre. Puis le silence national, face à la mort. Une minute partagée, sur les places publiques, les chaînes de télé, dans les salles de classes.

***

J'en oublie un peu mon nombril, mon corps (et ce que je n'ai pas tout a fait terminé d'écraser en moi) vers lequel je suis tournée depuis huit jours, et je regarde dehors, autour, au-delà. Je n'ai pas envie d'ajouter cette peine à celle dont je dégouline déjà, je n'ai pas envie de multiplier mon incompréhension à celle des autres, je ne veux pas créditer ceux qui souhaitent la division, je veux me soustraire et toute cette injustice exponentielle à la mienne. Mais tout est là, tout se conjugue. L'individuel et le collectif.

Je conjugue et je superpose ces mots, ces morts, ces deuils. Ils ont en commun l'inconnu et l'innocence. On a tué des entités que je ne connaissais pas, injustement. Mais dans les deux cas, c'est un peu de moi qui a été tué. Un peu de mon espoir, de ma joie de vivre, de mon insouciance. Et tout cela dans toute cette lumière, cette chaleur, cet automne qui n'en finit pas de flamboyer.

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mercredi 11 novembre 2015

Le poison.

C'est avec une ligne rose claire, tout juste parallèle à une autre plus foncée, que tout débute. Ça se passe un vendredi matin, il y a quelques jours, à 5h30. J'en réveille mon Gab pour lui montrer le bâtonnet sur lequel je viens de faire pipi. Je lis dans l'obscurité de notre chambre son sourire et ses gestes tendres. La journée n'est que douceur et espoirs nouveaux. Dans l'après-midi, je me rends chez mon médecin pour une confirmation, il me prescrit une prise de sang que je fais dans la foulée. Le samedi matin à 9h, une voix monocorde me confirme au téléphone que je suis enceinte.

Les temps qui suivent sont chargés de rêves tout doux et de projets qu'on osait pas dessiner jusqu'alors.

Voilà deux ans et demi que nous attendions ce petit "miracle". On en était arrivés à faire ces fameuses analyses pour vérifier que tout était bien à sa place. On en était arrivés à se dire que peut-être ce n'était plus possible. On en était arrivés à se faire une raison. On avait même eu cette discussion, il y a quelques semaines à peine, nous nous étions dit qu'elle était belle notre vie, qu'elle avait du sens, que si ça devait être comme ça, nous saurions faire en sorte que ce soit beau quand même, parce que ça l'a toujours été.

Alors quand soudain, contre toute attente, c'est là, c'est réel, on trace les lignes du futur. On se plaît à se projeter. Une annonce à la famille pour Noël, quel joli cadeau ! Des petits travaux, une place à faire dans l'appartement, une réorganisation de notre lieu de vie. Un prénom. Un bébé d'été puis une vie à trois. Puis on pense à peine au boulot, et à tous ces soucis qui épuisent depuis la rentrée : c'est secondaire. Gab est plein d'espoir. Je veux pourtant être plus prudente. Je sais que les trois premiers mois, à mon âge plus encore, sont jalonnés de risques. D'autant plus que ce qui m'a poussé à faire ce test, c'est le conseil téléphonique de ma gynéco alors que je l'appelais inquiète pour des signes étranges, des choses inhabituelles, des pertes brunâtres. Mais on me dit que tout va bien, mon médecin me dit même avec un sourire radieux "mais ce n'est pas une maladie Madame"... Gab chasse mes soucis avec son déferlement de bonne humeur.

Puis il me faut prendre soin de moi. Je commence à glaner des informations : ce que j'ai le droit de manger, ce qu'il me faut éviter, les conseils à suivre, les habitudes à prendre. J'abandonne le thé pour les tisanes, j'oublie les fromages au lait cru, je tire déjà un trait sur les sushis (seules chairs animales que je mange encore, mon pêché mignon). Je me renseigne sur des achats de vêtements, mes seins gonflent déjà et je me dis que mes pauvres soutien-gorges ne les soutiendront plus longtemps.

Puis vient ce matin là. Je me rends à l'un de mes cours. Je gare ma voiture de l'autre côté de ce grand axe que je traverse de quelques foulées. Je galope pour avoir le temps de préparer ma classe. J'arrive en salle des profs, je ne veux pas écouter les douleurs sourdes. Je monte dans ma salle de classe et j'acceuille mes élèves. Je ne veux pas sentir ces crampes, ces signaux forts au creux de mon ventre. Je ne veux pas sentir ce qui coule entre mes jambes. Je suis bien décidée à tenir le coup. Je m'aveugle en donnant un cours rythmé et énergique, je sollicite les échanges avec mes élèves, je me plonge dans les questions de méthode et les objectifs du concours.

Mais à midi, l'évidence est là, il faut se rendre aux urgences. Je passe à la maison et Gab me rassure encore "tu ne sais pas, on verra bien". mais j'ai tu depuis de longs jours ce que je sais : quelque chose ne tourne pas rond.

...

Nous avons attendu de très longues heures dans une petite salle sinistre. La lumière vive de cette belle journée d'automne s'est éteinte progressivement, laissant place aux néons agressifs des plafonniers. A 16 heures, la douleur claquait dans ma tête et dans mon ventre, alors qu'on me fouillait l'intérieur et qu'on m'annonçait une grossesse extra uétrine. Il a fallu la confirmer avec une prise de sang. Encore deux heures à attendre. J'ai refusé de rester sur place, dans ce cadre affreux. Nous sommes rentrés, comme des zombies, faisant fi des consignes des médecins et des infirmières. Nous avons parlé si peu, nous avons pleuré. A notre retour, la jeune médecin s'est appuyée sur les taux sanguins pour confirmer et nous expliquer que nous avions le choix entre une injection toxique pour tuer le foetus et une opération chirurgicale. Des inconvénients dans les deux cas. Nous avons choisi le poison, qui semble être moins intrusif. Qui semble oui... Elle m'a laissée, encore, dans la salle d'attente. J'aurais voulu déchiqueter les magazines poisseux posés là, qui avaient été feuilletés par toute l'agoisse qui a défilé ici. Quelques minutes plus tard, j'ai vu repasser le médecin dans le clouoir, je l'ai suivie et je suis rentrée dans son bureau derrière elle, elle était seule, par chance. J'ai voulu être sure qu'elle ne se trompait pas, qu'on allait pas tuer mon bébé pour rien. Elle m'a montré, les chiffres, la place de ce bébé qui n'a pas su sortir de ce couloir où il était resté bloqué, les signes, mes pertes brunes (évidentes à ses yeux mais que ni ma gynécologue, ni mon généraliste n'avaient jugé utile de prendre au sérieux). J'ai pleuré sur son bureau, mais j'avais besoin de l'entendre. On m'a fait une injection dans la fesse droite. Cette vieille infirmière qui m'a piquée, m'a demandé si j'avais déjà des enfants. Non. Mon non a été suivi d'un silence gêné. je comprendrais dans les jours qui suivraient, en le disant à quelques personnes autour de moi, par la force des choses, que cette question se voulait rassurante, l'interlocuteur se raccroche à ça. Si au moins j'ai un enfant, j'ai déjà quelque chose, mais je n'ai rien. Et cette vieille femme et son silence maladroit m'ont révoltée. j'ai eu envie de lui demander de se taire, sa politesse et son empathie m'ont donné la nausée.

Nausée. Les trois jours qui suivent sont cauchemardesques. Je dors, je pleure, je suis épuisée. Quand j'ouvre les yeux, c'est pour voir cette réalité si moche : je suis en train de tuer le premier bébé (et peut-être le seul) que j'ai accueilli dans mon ventre. La douleur physique est violente. Un écrasement, une destruction intérieure. Le peu de temps où je suis éveillée, je m'abrutis de séries, de films, je fais défiler devant mes yeux des histoires, peu importe lesquelles, pas la mienne. Je m'étouffe, je me noie. Je me blottis dans la douleur de mon Gab, dans ses espoirs éteints, soufflés. Nous conjuguons nos peines. Il est très présent pour moi, prend soin de nous en nous préparant de bons petits plats, de la chaleur et du réconfort. Il me parle, il m'écoute, il me connecte à cette réalité et nous parvenons à la voir progressivement moins laide qu'elle ne l'est.

J'en suis au jour 5. Je commence à sortir la tête de l'eau. Je suis en arrêt pendant 5 jours encore (une semaine en tout). Je n'imagine pas ce qu'aurait été cette semaine s'il avait fallu aller travailler. Je me suis noyée à l'intérieur, je n'auaris jamais trouvé la force. Je suis allée hier faire la première prise de sang, les résultats semblent bons, le taux est nettement descendu, ce qui veut dire que ce petit morceau de bébé est bien en train de mourir en moi, le poison le tue. Mais il faudra encore attendre plusieurs semaines pour en être à zéro. Tous les soirs, il me faut à nouveau gober une petite pilule contraceptive, pour éviter de tomber enceinte sur les trois mois à venir, parce que je suis "toxique". J'ai su d'ailleurs que ce poison, le méthotrexate, qui coule dans mes veines est une forme de chimiothérapie qui tue les cellules. Le liquide sera présent dans mon organisme de longs mois.

J'ai terminé hier soir le roman Nagasaki d'Eric Faye. L'histoire d'une femme qui vit dans l'appartement d'un homme sans que celui-ci ne le sache. Elle se blottit dans un placard à son insu et sort en son absence pour se faire du riz ou lui voler un yaourt dans son frigo. Il s'en rend compte au niveau de la bouteille de jus de fruits qui baisse. Puis parvient finalement à la chasser. Et à regretter cette présence.

J'ai chassé cet intrus dans mon petit placard, celui qui s'était installé au mauvais endroit et qui ne pouvait pas rester là. Je l'ai chassé. Je suis vide. Empoisonnée.

bras-bienveillance

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mercredi 23 septembre 2015

Journal de corps.

Voilà des semaines, des mois, que je me dois, c'est inscrit quelque part, de parler de mon corps. De lui parler sans doute. Parce que le dialogue a été rompu. Ou peut-être bien que même il n'y a jamais vraiment eu de dialogue. Il y a bien sur les exigences que j'ai envers lui et les douleurs qu'il me répond. Mais pas de véritable communication. Or moi, mon corps, nous nous approchons de la quarantaine. Et c'est peut-être les nombreuses années qu'il m'aura fallu pour comprendre, doucement, progressivement, parfois dans la souffrance, que ce n'est pas juste une boîte, pas juste une enveloppe. C'est un tout.

Parler de mon corps, parler avec lui, c'est accepter de le voir vieillir. Accepter que beaucoup de facilité est déjà derrière nous. Accepter que tout ce temps, il m'a envoyé des messages que je n'ai pas toujours su ou pas toujours voulu entendre.

Aujourd'hui, il change. En partie parce qu'il m'échappe, il s'inscrit dans le temps. En partie, parce que je le souhaite, me tournant davantage vers lui, à l'écoute. J'intègre donc une nouvelle catégorie, pour celui jusque là sourd et muet. Pour un dialogue, des questions, de moi à lui, de moi à moi.

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jeudi 30 avril 2015

Le temps d'une traversée.

piscine-6

L'eau turquoise du bassin porte mon corps. Mes jambes se déplient, une poussée de mes pieds contre le carrelage bleu m'allonge sur les milliers de vaguelettes. Je suis sur le dos et ce ne sont que quelques battements qui me déplacent, légère, oubliée par la gravité. Les yeux vers le ciel, bleu net. Il se découpe dans la frange vert foncé des pins parasols. Une petite lune claire sourit dans l'azur. Deux larges goélands fendent d'une diagonale l'immensité. Sur le bord, en tournant à peine la tête, je devine mes amis sur les canapés, mon chien couché sur les dalles chaudes, le jus de mangue orange vif posé sur la table basse. Je suis sourde de paix, je ne perçois que les vibrations régulières de l'eau sur les bords du bassin.

pins
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dimanche 12 avril 2015

Avril, sans fil.

{ Mode brouillon / idées en vrac on }[ Plusieurs semaines que je me fais à nouveau discrète. La réflexion autour du sens et de l'enjeu de l'écriture ici (et ailleurs) est récurrente. A mon "retour" l'an passé, j'y avais vu, pleine de motivation et d'espoir, l'opportunité d'échange, de partage. Mais les quelques pages laissées ici sont souvent restées solitaires, rares ont été les réactions. Puis moi non plus, je n'interragis pas. L'identité "Diane Groseille" reste cloisonnée à ces pages blanches que je noircis. Alors souvent, depuis quelques temps, j'écris ici, mais laisse le message à l'état de brouillon, sans y réfléchir vraiment. Comme si je préférais le garder au fond d'un tiroir, projet à remodeler, plutôt que de l'exposer en vitrine. Car c'est bien cela dont il s'agit : une vitrine. On me regarde et on me lit de l'extérieur, mais la vitre me sépare de ceux qui passent ici, curieux passants silencieux. Encore les Quatre bords]

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L'automne fut des plus doux et des plus simples. Je commençais cette année de travail exceptionnelle, à la rencontre de classes formidables. Tout semblait facile et l'énergie était une évidence. Janvier et février furent très difficiles, sombres, écrasés et tendus : une bonne claque après les vacances de Noël, une de celles qu'on ne voit pas venir. Début mars, nous avons pris le large pour retrouver de l'air, pour sortir de ce cadre épuisant. Et nous voilà déjà fin avril. Ces années scolaires qui me semblaient des siècles il y a peu filent maintenant si vite. Le temps de tourner une page. Le temps de corriger une copie.

J'ai justement terminé hier soir mon traditionnel marathon de correction. Chaque année, sur la même période, il s'agit de corriger en quelques jours seulement des dizaines, que dis-je, des centaines de copies d'examen blanc, de les faire remonter dans les bulletins. A cela s'ajoutent en général les copies dont je n'ai pas encore pu me débarrasser. Et comme chaque année, je dois condenser tout ça sur quelques jours, nuits courtes, fatigue, tension. Hier soir, à onze heures, je validais mes dernières remarques sur mes derniers bulletins, laissant échapper un cri de victoire.

Il me reste maintenant deux jours et demi de cours avant de filer pour la tout aussi traditionnelle semaine entre filles dans le Sud. La tradition s'est installée il y a quatre ans : a quatre, nous descendons pour une dizaine de jours sur la Riviera, dans un appartement magique, des terrasses, vue sur le bleu de la mer, farniente, jeux, siestes, apéros. Une parenthèse turquoise d'insouciance et de nonchalance...

Les autres années, ces deux "traditions" précédemment évoquées se chevauchaient et je partais donc souvent avec plusieurs paquets de copies et ma mauvaise conscience sous le bras. Cette année, c'est légère et détendue que j'aborde ces dernières journées de travail, ma tête déjà un peu en vacances, pleine de vent salé et de grains de sable.

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Mon corps, ces derniers temps, me questionne beaucoup. Je chute moins, il semblerait que j'ai retrouvé le sens de l'équilibre, peut-être grâce à mes ateliers du jeudi soir. Mais j'interroge souvent ma carcasse. J'ai fêté mes trente-sept ans il y a quelques jours. Cet hiver, j'ai eu l'impression d'avoir pris dix ans. Mon visage est plus marqué, des lignes sombres cerclent mes yeux. La fatigue est parfois plus installée, indécrottable. Je m'ébroue comme mon Lu pour m'en débarrasser, mais elle est incrustée à mes chairs. La vieillesse.

Je me pose aussi beaucoup de questions liées à une volonté d'avoir un enfant. La question est vaste, étendue, sournoise. On la contourne, on ne l'affronte pas, mais elle se représente à nous, souvent. Il faudra l'évoquer ici de façon plus... Sérieuse. Un jour, plus tard.

Puis comme je l'ai déjà évoqué ici, ma silhouette est source d'une réflexion bien ancrée.

Alors, face à toutes ces questions, j'ai changé mes habitudes. J'envisage d'ailleurs de confirmer/compiler tout cela dans un "journal de corps", car ces réflexions sont importantes. L'on pourrait y voir une simple fascination égocentrique pour mon image, mais c'est bien plus que cela. C'est même autre chose. C'est que voilà, à bientôt quarante ans (il m'en aura fallu du temps) je comprends que c'est moi. Je saisis à quel point cette enveloppe est importante. Bien plus qu'une enveloppe, une entité : je suis mon corps, il me parle et je dialogue avec lui. Je l'écoute, calmement, même quand ses messages sont douloureux. J'apprends de lui, beaucoup. { Mode brouillon / idées en vrac off }

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vendredi 11 juillet 2014

Le contact.

C'était en décembre, une salle de danse pour y faire du théâtre (d'autres font de la danse sur des scènes de théâtre). Un parquet flottant, de grands miroirs et une vingtaine de personnes autour d'un comédien pour découvrir de belles choses. Pendant deux jours, on a travaillé le corps, la voix, l'espace, les masques, l'énergie. Beaucoup de magie est née entre ces quatre murs et le temps a semblé s'écouler différemment, comme prisonnier d'une bulle.

Ce qui me reste des mois plus tard, au-delà du sourire de ce comédien - petit elfe, personnage enfant/androgyne plein de charme - c'est un exercice. Des bases on ne peut plus simples : il s'agit pour deux personnes de se rejoindre en traversant la salle. L'exercice se fait en commun, tous les binômes sont séparés et se rejoignent à des rythmes différents. Le moment de la rencontre est chorégraphié, on se regarde, on s'enlace, l'un des deux glisse au sol, puis en marche arrière, chacun rejoint sa place. Une fois l'exercice réalisé, le comédien a souhaité qu'un binôme se mette en scène sous les yeux des autres. Et Charlotte et moi nous sommes avancées. Je ne connaissais pas Charlotte et je ne la connais toujours pas. C'est une fille bien plus jeune que moi, plus petite, avec un corps fin et noueux, très féminin, de grands yeux sombres et inquiets, un nez pointu. Le comédien a mis de la musique et nous avons commencé le jeu. Soudain, sous le regard de nos spectateurs, une intensité bien différente s'est construite. Les gestes se voulaient plus vrais et plus précis encore, les regards sincères. Et le corps de Charlotte, à plusieurs reprises, avec force est venu s'écraser contre le mien. J'ai réfléchi plus tard au fait que jamais on n'enlace un inconnu dans la vie de tous les jours. Connaît-on vraiment quelqu'un qu'on a jamais serré dans ses bras ? Dans la contexte du théâtre et de l'improvisation, je suis "poussée" au contact physique avec des corps que je ne connais pas très souvent...

Il y a quelques jours, sur un trottoir de ma ville, j'ai aperçu le corps de Charlotte. Je l'aurais reconnu parmi des centaines, sa démarche un peu voûtée, la façon d'avancer ses bras avant son buste. Je n'ai pus l'interpellé, enfermée que j'étais dans l'habitacle de ma voiture, mais j'ai ressenti quelques secondes, la chaleur et la force de son étreinte.

freehugs1

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