samedi 5 décembre 2015

Lettre au passé simple.

Je t'écris parce que tu es toujours là. Ceux qu'on a aimé sont toujours là. Le coeur n'est pas une petite pièce qui ne peut accueillir qu'une personne à la fois et où l'un remplacerait l'autre. Je crois que quand on a donné son amour, qu'on l'a conjugué, il existe toujours quelque part. Mon amour pour toi est toujours là. On oublie pas, comme tu dis, malgré les blessures et le temps qui passe.

Je sais qu'aujourd'hui, tu vis ta vie, loin et autrement. Je crois qu'elle te plaît cette nouvelle vie que tu as construite après nous, il y a des années déjà. Je veux croire que tu vas bien. Je quémande parfois, ponctuellement, de tes nouvelles. Je n'ai plus beaucoup de place maintenant dans cette nouvelle existence, alors je me fais toute petite, je pose juste une ou deux questions, pour obtenir quelques bonnes ondes de ta part, quelques mots rassurants.Nous avons su garder ce contact, ce fil entre nous n'est plus tendu et très solide, mais je sais que tu es toujours là, connecté, réactif.

Tu as été ma famille, comme j'ai été la tienne, comme tu aimais à le dire. Nous nous sommes aimés vraiment et tu es toujours l'un des miens. Je ne peux te le dire ainsi, ça n'aurait pas de sens. Et si peut-être parfois tes lectures s'égarent toujours ici, j'en doute bien sur, tu ne seras certainement pas surpris de lire ces mots car tu sais, je crois, à quel point tu comptes encore pour moi. Différemment, comme un ami, comme un frère, comme un lien. Un amour du passé.

baie

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lundi 23 novembre 2015

un festival, des festivaux.

Souvenirs estivaux, en début de saison, la vie devant nous, des centaines d'idées, chaque année renouvelées.

Et pendant trois jours, se laisser aller à la joie de partager, d'écouter, de frissoner, de bondir.

Qu'il est bon en ces temps sombres de se blottir dans ces images chaudes et bulleuses...

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Partout, de longues jambes nues et bronzées, des chapeuax de paille et des yeux pétillants.

De la musique en force qui te transperce la cage thoracique en permanence.

De la jeunesse, des sourires, le temps qui s'arrête, à égalité.

Mes champs, ceux de mon enfance, de hauts pins et les montagnes bleues en couronne.

Mes amis, leur bienveillance, notre partage, notre joie d'être ensemble.

De la bière et de la bouffe, de l'insouciance et du plaisir, brut, net, simple.

boucle

bulles

petit-pois

pizza

soleil

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samedi 5 septembre 2015

Une nuit sous les étoiles.

Avec des amis.

Agiter de notre ivresse le silence de la nuit.

Et nous saouler de la beauté de l'immensité.

crépuscule2

étoiles

freesbee

lune

nuit-vallée

Et au petit matin,

se réveiller dans la rosée

et le regard encore endormi

Observer la nature fraiche s'étirer

aurore3

aurore4

brume

renard1

vignes

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mardi 30 juin 2015

Ces inconnus familiers.

Sur les réseaux sociaux, j'ai des "amis" que je n'ai jamais vus. Au milieu de mes amis proches, de mes anciens élèves, de mes collègues de travail, se sont glissés des inconnus qui n'en sont pas vraiment. Des inconnus familiers.

Il y a quelques semaines, alors que je venais de poster une photo de moi bien ridicule, l'un de ces amis, qui n'est autre qu'un ancien lecteur de mon blog (s'il passe ici, je suis sure qu'il s'arrêtera sur le mot "ancien", il y verra une allusion maladroite à son "grand âge" alors que j'y vois la fidélité), me dit alors (non, non, on ne se parle pas sur facebook, mais on croit qu'on le fait) : "Ta photo (...) m'a fait rire, va savoir pourquoi. (...) Tu es probablement la personne au monde que je connais sans jamais l'avoir rencontrée depuis le plus longtemps". Je reproduis ici ses mots qui m'ont émue et poussée à réfléchir (la réflexion était d'ailleurs la question centrale de la photo ridicule), sans son autorisation au passage, mais saura-t-il me pardonner ?

Les réseaux sociaux sont fascinants. Ils savent rapprocher des gens qui ne se connaissent pas. Des connaissances pourtant. Lui, Sébastien, je le connais. Enfin, je crois le connaître. Je connais son identité, son métier, sa ville, ses envies, ses délires. Je sais reconnaître son visage, ses yeux que j'ai vus sur plusieurs photos, lorsqu'il rit, lorsqu'il est sérieux. Plusieurs mails, fut un temps, avaient été échangés, où nous parlions de nous, de nos craintes, de nos joies, de nos espoirs. Peut-être qu'il est simplement plus facile (notez la redondance) de se livrer lorsque s'interposent des écrans de protection. On se découvre, on se dénude, bien plus librement que face à un corps, qui est là en face de nous, qui nous écoute, qui respire, qui sent...

Il en est de même pour la fidèle Emmanuelle avec laquelle des messages ont souvent été échangés. Je sais beaucoup de choses à son sujet. Mais est-ce que ça fait d'elle quelqu'un que je connais vraiment ? J'aime tant sa façon d'écrire, de se confier, avec humour et naturel. Elle vient de donner naissance à deux petits garçons et j'ai été très touchée de l'apprendre. Plus sans doute que lorsqu'il s'agit de personnes que je connais vraiment.

Et Elle, ma voisine pianiste qui laisse ici si souvent des commentaires bienveillants. Saurais-je la reconnaître dans la rue, elle qui vit dans la même région que moi ?

Et tant d'autres avec moi ici partagent...

Connaître vraiment ? Cela exige la connaissance du corps ? Parce que non, je ne sais pas si toutes ces personnes qui me lisent, qui interagissent avec moi dans la virtualité sont plus grandes ou plus petites que moi. Leurs voix sont elles agréables ? Aiguës ? Graves ? Parlent-elles vite ? Ont-elles un accent ? Ont-elles une odeur ? Un parfum particulier ? Comment se déplacent-elles ? Je n'en sais rien... Mais ai-je besoin de le savoir pour prétendre les connaître ? Et elles, ces personnes, que savent-elles vraiment de moi ? Me connaissent-elles, parce qu'elles lisent ici ce que je choisis de dire de moi ?

Mon amie très proche B. (dont je connais la voix et le rire rond, la taille, le mouvement de ses hanches, sa façon de passer sa langue sur ses lèvres juste avant de dire une bétise, en roulant des yeux au ciel, son parfum sucré) m'a demandé en cette fin d'année de relire son mémoire d'éducatrice spécialisée. Elle y évoquait avec beaucoup de justesse la question de la rencontre : ce moment si spécial où les corps se croisent, les regards se chevauchent, les visions se conjuguent. Alors a-t-on besoin de rencontrer pour connaître ? Faut-il toucher pour être touché ?

Merci à Sébastien, qui par sa remarque anodine mais chaude, un soir lumineux, a su soulever ces questions sans réponses : elles déroulent un fil entre moi et ces autres. Merci à tous les lecteurs, qui indirectement, par leur simple présence, même silencieuse, renforcent eux aussi toute cette légitimité de la rencontre et de la connaissance dans les limbes de la virtualité.

coquillage1

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samedi 6 juin 2015

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

Cheveux attachés, assise sur un banc, mains plaquées sur le bois, dos droit. Attente.

Souvent les derniers temps, je n'ai pas mon âge.

Souvent les derniers temps, je suis bien plus jeune.

 

lunettes-bières

 

 

 

I

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,

Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !

- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !

L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;

Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -

A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon

D'azur sombre, encadré d'une petite branche,

Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond

Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.

La sève est du champagne et vous monte à la tête...

On divague ; on se sent aux lèvres un baiser

Qui palpite là, comme une petite bête...

III

Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,

Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,

Passe une demoiselle aux petits airs charmants,

Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,

Tout en faisant trotter ses petites bottines,

Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...

- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.

Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.

Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.

- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire... !

- Ce soir là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,

Vous demandez des bocks ou de la limonade...

- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans

Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

 

Arthur Rimbaud - 29 septembre 1870

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lundi 2 février 2015

Lyon, dans le coton.

Deux jours trop courts à Lyon, une fin de novembre, dans le coton. Deux jours coincés et bousculés dans un calendrier chargé à bloc. C'est un groupe de potes qui vont faire du théâtre. Qui vont rencontrer un autre groupe de potes, sur une scène. On part tôt, le samedi, vers le Sud.

On arrive en début d'après-midi après des heures d'autoroute. On étire ses bras, ses jambes, ses idées. Gab est avec moi, ça me fait plaisir qu'il m'accompagne. Avant notre spectacle, nos hôtes nous proposent une visite de cette ville. Elle est alors écrasée de brouillard. A une semaine de la fête des lumières, elle est éteinte. On se faufile dans les traboules, on hume l'humidité des murs et les parfums de pralines roses. On trébuche sur les pavés séculaires, sur notre fatigue souriante. Ça papote, ça piaille et certains écoutent à peine les explications de notre guide Julien, passionné par sa ville, fier de nous dire ce qu'il aime. Plus tard, au moment de rejoindre la salle de spectacle en banlieue, nous trouvons les grilles du métro fermées. Un meeting du FN est organisé dans la ville, des manifestations fourmillent sur tous les grands axes. Après évaluation de la situation, la seule solution qui s'impose à nous est la marche. Nos pas se font alors plus pressés, la déambulatoin touristique est remplacée par l'urgence de rejoindre notre scène, à une heure à pieds. Sur notre chemin, des vitrines explosées, des arrêts de bus brisés, des gens qui errent, inquiets de toute cette violence, d'autres qui courent ou qii crient avec leur téléphone.

On finit par rejoindre le lieu de la représentation. Le soir, fatigués, on souffle sur notre créativité pour qu'elle prenne. On sautille, on partage, on rit. Ce jour là, en mangeant des bonbons, alors que l’émoustillement nous engourdit le corps, je ressens plus que jamais, très fort, les liens d'amour qui me lient à cette troupe. C'est presque physique, c'est presque palpable. On est très heureux d'être ensemble, de vivre ça les uns avec les autres. Après une attente un peu trop longue, arrivent  les lames de parquet noir, les projecteurs, l'improvisation, le jeu. On erncopntre ces autres comédiens comme s'ils étaient des amis, comme si nous les connaissions de longue date. On donne à ceux qui sont confortablement installés du rire, des mots, des histoires. Deux heures durant. Puis, un peu engourdis, nous rejoignons notre chambre d'hotel, draps blancs et frais pour border cette journée.

Le dimanche, on s'égare seuls dans les rues de la ville. Les amis ont déjà pris la route du Nord. Gab et moi, on s'installe dans un petit troquet, un bouchon, pour y déguster des quenelles. Il fait chaud, notre petite table est coincée sous l'escalier, les murs sont jaunes, Gab sourit. Dans la voiture au retour, Gab roule, et je lis Tout s'est bien passé d'Emmanuèle Bernheim. Des larmes coulent sur mes joues et je pense à mon père. Je dis à Gab que ce livre est bien, qu'il devrait le lire, et je le surprends à lire quelques lignes volées. Je ris.

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