samedi 2 janvier 2016

L'amnésie de la force bête.

Il y a quelques semaines...

Un dimanche soir, je rentre chez moi après avoir passé un très beau moment avec des amis à construire l'imaginaire autour de manala et de lait chaud dans le cadre d'un atelier d'écriture. La tête pleine d'ailleurs et de belles images, j'allume la télé, impatiente. Je reste debout sur place, dans mon salon, encore emballée dans mon manteau, dans mon écharpe, dans mes certitudes. Les mots dégueulasses que déverse l'écran plat me coulent sur la tronche, des larmes, des désillusions.

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Je vis dans une région, un pays qui a fait ses choix avec ses peurs. Cette même peur qu'ont souhaité nous insuffler ces fanatiques il y a quelques semaines. Je vis entourée de gens qui pensent que la haine, le rejet et l'isolement peuvent être des solutions. Je vis dans un monde qui répond à l'extrêmisme par l'extrêmisme. J'ai honte. Oui, encore. De ce déversement de colère et d'hostilité. J'ai honte de vivre dans une région où un citoyen sur deux ne s'est pas exprimé. Dans un pays dans lequel les jeunes générations semblent souffrir d'amnésie. Ce sont deux rapports à la peur qui s'affrontent. La phobie qui écrase tout raisonnement. L'absence de peur de ceux qui se taisent. Les choix que nous ne faisons pas aujourd'hui influeront sur l'attractivité économique, les budgets des lycées, des transports, le développement durable, l'aménagement du territoire... Notre quotidien. Mais nous ne choisissons pas.

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Quelques heures plus tard, je suis debout dans un cimetière, dans la lumière froide et bleue de ce mois de décembre. Ma famille autour de moi, nous saluons ma grand mère dont le petit corps léger et trop fatigué pour continuer a été mis dans une boite  en bois au fond d'un trou. Nous jetons des roses multicolores dans le trou avant de tourner les talons et de la laisser là. Elle a connu toute sa vie ces peurs qui animent aujourd'hui majoritairement nos choix. Elle a connu la peur du manque, la peur de l'occupant, la peur de mourrir, la peur de perdre sa liberté. Elle a traversé la France de part en part pour fuir cette peur. Elle a connu la libération de Paris, elle a applaudi des hommes sur des chars qui criaient la victoire. 

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Nos choix aujourd'hui sont amnésiques. Nous oublions les dérives du passé, nous oublions que ce sont nos choix, par jeux de domino, qui nous mènent au pire. J'aime les gens, j'aime leur diversité,  leurs différences qui font notre richesse. Je veux continuer à les aimer alors que je ne suis pas d'accord avec une bonne partie d'entre eux. Je veux croire en l'espoir. Je voudrais dire à ceux que je croise de ne pas avoir peur, de se montrer confiants et forts.

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coeur

 

 

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mercredi 25 juin 2014

Petite soirée entre amis.

Tu te retrouves dans un jardin pour une petite fiesta. Tes amis sont là, des gens que tu aimes beaucoup et qui comptent pour toi. Tu retrouves aussi certaines personnes que tu n'as pas vues depuis dix ans. La soirée s'annonce joyeuse et animée : un apéro, des salades, une belle terrasse. Tu ris, tu bois, tu te régales. Tu évoques des souvenirs déjà évoqués cent fois, de ceux qui deviennent presque mythiques, il font partie de la légende. La nuit tombe et les conversation parfois t'échappent un peu, plusieurs personnes parlent en même temps et les fil de discussion se mélangent. Mais tu entends très bien ces paroles. "De toute façon, dans cette société, faut être arabe pour s'en sortir, eux ils ont droit à tout, nous rien ! Si ça ne tenait qu'à moi, la solution serait évidente...". Tu as bien entendu. Ce cliché mille fois entendu et déformé vient de trouver écho dans la bouche d'un proche. Et jamais tu n'aurais imaginé cela possible. Tu te dis que 25% des électeurs sur les Européennes ont choisi le FN, ça fait un sur 4 et vous êtes 5 autour de la table. Tu t'étais pourtant toujours dit que ces électeurs, tu ne pouvais pas les connaître, ce sont les autres, ceux qu'on ne voit pas. Lycéenne, tu t'es battue contre ces idées, tu as vécu avril 2001 et aujourd'hui encore, tu essayes de véhiculer autour de toi la tolérance et la réflexion. Et ce soir, ces idées sont assises à ta table...

apéro

Posté par Diane Groseille à 08:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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