mardi 27 septembre 2005

Oui, j'écoute?

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Trajet entre ici et là-bas. Puis plus tard.

Une fille moche sur un vélo, très moche qui pédale vite, avec la tête en avant, même les dents (aérodynamique) fait "aïe" très fort en passant à côté de moi.

Un type habillé en noir, tout noir, chic, arrêté sur un trottoir, se dandine, me regarde en parlant dans son téléphone portable et dit avec un sourire niais "bisou bisou bisou". Il ne me voit pas.

Un vieux monsieur qui marche derrière moi, vouté, je viens de le doubler (clignotant), il passe la deuxième et marmonne "ùschmeuleuhhhh...greuuuuuuuuuuuugnnnnnnnn" dans l'effort qu'il fait pour se mettre à mon rythme, vexé...

Une dame assise sur un banc avec elle-même. Elle raconte plein de choses à elle-même qui a l'air très intéressée d'entendre tout ça.

Une femme sur un vélo vient droit vers moi et articule des mots. Je les vois sortir de sa bouche mais je ne les entends pas. Jusqu'à ce qu'elle passe à côte de moi "oui, de la purée et une tranche de jambon". Elle parle à son petit garçon assis derrière elle, tellement petit que je ne le voyais pas de devant.

Gérald Genty dit "bonjour, je vais prendre une entrecôte avec une sauce... à l'échalotte". Vous remarquerez l'intonation qui peut surprendre le cuisinier.

Une jeune fille dans une salle de cours. Après la sonnerie, embêtée, elle enroule ses cheveux autour de son doigt, elle se tortille près de mon bureau. "Madame, je voulais vous dire, je suis désolée pour mon attitude d'hier, je suis allée trop loin, ce n'est pas une façon de faire, ça ne se reproduira pas et j'espère que vous accepterez mes excuses"... Mouais, excuses acceptées, mais l'avertissement sera envoyé malgré tout. Rares excuses, il faut s'en réjouir.

La secrétaire qui s'est fait des mèches oranges dire "et il croit quand même pas que je suis à sa disposition".

Un jeune homme croisé, ses yeux souriants dans les miens "bonjour". Cette fois-ci, c'était pour moi, mais j'ai pas ralenti pour autant.

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Clônes.

On roule, on avance, les jours s'enfilent les uns aux autres comme des perles sur un collier, tous profondément identiques sur les dernières semaines. Je me lève, toujours très tôt, je traîne quelques temps ici, la lumière de l'écran me réveille, certains mots aussi parfois, puis je me rue sous une douche souvent trop chaude pour achever le mécanisme du réveil. Maquillage, habillage, tasse de thé, préparation des affaires de cours (rassembler les quelques paquets de copies qui auraient pu s'égarer entre mon sac et la table basse) et le corps s'extirpe de l'appartement, traverse le grand parc encore ensoleillé (à pied ou à vélo) pour arriver toujours trop tôt au boulot. Avoir encore le temps de faire quelques photocop' ou de corriger un tas, avoir le temps de ne pas courir, je n'aime pas arriver sans être là, la tête encore ailleurs. Puis s'enchaînent les heures de cours, où l'on sent la fatigue qui s'installe, l'énergie sort de moi avec toutes ces paroles qui veulent transmettre, affirmer, donner, réveiller, persuader, faire réagir, trouver le mot juste, la phrase la plus simple et la plus évidente, ne pas s'égarer. Mon outil de travail: ma voix. J'aime les voir en face de moi, pesant le pour et le contre, s'étonner de mes frasques. J'aime aller contre l'idée reçue, surprendre, faire réfléchir, remettre en question l'évidence, réveiller l'amorphe qui est en eux, casser le mythe, faire sourire ou naître cet air interrogateur sur un visage. J'aime sortir d'une salle de classe avec la certitude que j'ai donné tout ce que je pouvais pour faire passer un message. Je vois moins mes collègues, R. et P. puisque je ne mange plus là-bas, je ne veux plus baigner dans ce climat d'hypocrisie, je ne veux plus manger en face de Tête de Brique et de sa vulgarité (jamais vu une femme si méchante), alors je fais mon job et j'évite soigneusement cette bande d'arrivistes primaires (sourires crispés et blagues à deux balles "vous allez bien aujourd'hui, vous avez bonne mine")... Je m'y retrouve bien plus que l'année dernière.

Puis vient la fin de la journée, la sonnerie de la dernière heure de cours, où pendant quelques bonnes minutes encore, la tension (une bonne énergie) est palpable dans le corps. Souvent, je les regarde partir et je reste encore dans la salle, j'en ouvre les fenêtres et j'évacue ce trop plein de force qui est encore en moi: je m'assieds, je prends quelques notes, je souffle...

Retour à la maison, souvent au radar, avec des pensées encore plein la tête. Mon programme de l'année n'a pas débuté et mes soirées sont encore creuses, je m'endors souvent devant la niaiserie d'une chaîne allumée automatiquement, après avoir mangé une babiole. Pas la force d'entreprendre quelque chose de plus concret. A partir d'octobre, ça va aller encore beaucoup plus vite.


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samedi 24 septembre 2005

Il.

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Sa copine.

La première fois que j'ai vu M., c'était il y a quelques jours, ici, chez nous. Un ami de Neb. Il passait boire un verre, avant de rentrer chez lui. Je l'ai tout de suite trouvé agréable, souriant, ses yeux pétillants, très mignon. Pas le beau gosse sur lequel on se retourne dans la rue, bien mieux. Un jeune homme plein de charme. J'ai apprécié aussi sa façon de parler, son assurance qui n'était pas imposante. Il est resté quelques minutes, une heure au plus, conversation intéressante, sourires, il nous dit que maintenant, c'est à nous de venir le voir. Il vit a une quarantaine de minutes de route. Je ne pensais pas le revoir si tôt. Nous étions invités chez lui hier soir pour son anniversaire.

Nous arrivons dans un petit appartement bas de plafond, lumineux, chaleureux où quelques personnes déjà assises papotent. Sa copine travaille dans un restaurant, elle n'arrivera que plus tard. Je passe une soirée ennuyeuse, à écouter des étudiants raconter leurs blagues de potaches et leurs quatre cents coups. Je manque de m'endormir à un moment, mes yeux picottent et se ferment. Réveillée in extremis par mon voisin qui se lance dans le récit détaillé de son engagment dans la marine. Puis viennent les premiers culs-secs et rots bien gras. J'observe et je souris.

Soudain, elle entre. LA copine. Avec elle un vent froid. Plusieurs se taisent, s'interrompent dans leurs conversations. Elle travesre la pièce sans un regard pour personne. Elle s'agite, déplace des vêtements, débarasse quelques plateaux sur la table basse, file dans la cuisine. Elle revient quelques minutes plus tad, fait un tour de la pièce en collant des bises glaciales sur les joues de chacun, sans aucun mot supplémentaire. Puis repart dans la cuisine. J'y passe pour me chercher à boire et l'y vois à la fenêtre fumant une cigarette. D'autres nous rejoignent. Je l'observe. Elle est laide, les traits tirés, les yeux maquillés comme avec du charbon, cachés derrière des lunettes épaisses, des cheveux blonds filasses tirés en arrière, une bouche pincée. Tout chez elle respire l'antipathie. Son regard évite soigneusement celui de tous les autres. Elle ne sourit pas. Je me sens mal à l'aise, comprenant très bien, comme les autres, que je suis ici CHEZ ELLE et qu'elle n'est pas contente de nous/me voir.

Je ne comprends pas ce que ces deux personnes font ensemble. Je ne comprends pas. Lui, lumineux, ouvert, souriant, attirant. Elle si froide et si distante, si mauvaise. Nous sommes partis vite après son arrivée. Je roulais dans le noir. Impatiente de rentrer.

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Tout est calme

Encore une nuit où tout est calme, pas un bruit, rien
A part vos souffles réguliers, à côté
Encore une nuit sans sommeil, sans sommeil, sans raison,
juste une floppées de choses un peu floues tout autour
Alors on sent très bien le bout du lit et les murs
Se resserrer, se refermer, sur on ne sait trop quoi
Alors on sent très bien nos mains, se crisper et se tendre
Se diriger, se refermer, sur on ne sait trop qui
Suit un lendemain sans histoire comme les autres
on regarde par la baie vitrée alentour
Pas de surprise, la mer est calme
On avait tort d'espérer voir un coup de vent se lever
Alors on sent rès bien le bout des choses se fendre
Puis s'effriter, puis s'écrouler, sur on ne sait trop quoi
Alors on sent très bien nos corps, se crisper et se tendre
Se rapprocher, puis s'effondrer sur on ne sait trop qui
L'après-midi se passe sans heurt, sans incident
Aucun risque de voir l'orage éclater
Alors on sent très bien la fin de tout approcher
Se déployer, puis effacer on ne sait plus trop quoi
Alors on sent très bien nos corps, se crisper et se tendre
se détacher, se diriger vers on ne sait trop où.

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vendredi 23 septembre 2005

Misanthrope.

Les yeux qui piquent. Neb homme de moi encore au lit. Rentré dans la nuit. TARD. Soirée étudiante. Me sens loin de lui souvent. Partir au boulot. Il paraît que ce soir nous sommes invités à un anniversaire. Pas la porte à côté. Et tellement pas envie de voir du monde en ce moment. Faire l'effort d'aller vers les gens, de s'intéresser encore à ce qu'ils font. De faire semblant finalement. Tellement déçue déjà, de donner sans rien en retour. Pas aigrie, juste déçue. On change les règles du jeu. On avance toute seule....  Et on ne se casse même plus la tête pour faire des phrases, avec un sujet, un verbe et un complément.

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Elle n'est plus.

Disparition d'une entité. Programmée. Des larmes quand même. Chaudes sur mes joues hier soir quand j'ai su. Elle ne sera plus toute seule la petite. On le savait, mais c'est pour tout ce que ça remue que ça fait mal. Il me dit que l'année dernière, c'était plus dur. Les conditions. "Pleuré comme un fou" m'avoue-t-il. On fait un bon en arrière, on soulève tout ce qui a existé et qui avait été rangé dans des petites boîtes en carton. Je pense surtout à l'année passée et a la difficulté de faire face. Je me répète "elle ne sera plus toute seule la petite". Un douloureux soulagement, une blessure qui s'ouvre sans n'avoir jamais cicatrisé, partage de tristesse avec lui qui ne confiait jamais ses mots/maux. Il est plus grand maintenant, je l'espère heureux avec elle et lui. Il n'est plus tout seul.

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mercredi 21 septembre 2005

Fashion victime.

Il est là, sur le trottoir, il danse d'un pied sur l'autre. A quelques pas de lui, une terrasse pleine de monde. Sa raison d'être là. Il faut qu'il soit vu. Il sautille d'un pied sur l'autre, comme s'il devait faire pipi, s'agite et parle très fort au téléphone en même temps. Il rit aux éclats et fait briller ses dents bien alignées en même temps. On suppose un téléphone en fait, sa main est contre sa joue, mais l'engin doit être si petit qu'on ne le voit pas. La seule chose qu'on ne voit pas d'ailleurs. Tout le reste est plus que visible. Fashion. Clinquant. Une veste en cuir bordeau cousue de fil rouge, bien ajustée, lui faisant une taille de guêpe. Un jean qui semble très vieux mais qui doit être très neuf et surtout très cher. Des pompes avec lesquels il pourrait faire de l'alpinisme, il ne manque plus que les crampons métalliques et il peut se balader sur un glacier. Une coupe coiffé-décoiffé (nécessitant un pot de gel) qui a dû être travaillée pendant plus d'une heure le matin même et vérifieé plus de trente fois depuis. Puis le must, les lunettes, carrées, monture noire, épaisse, du style de celles qui était remboursées intégralement par la sécu il y a encore quelques décennies. Et c'est le détail qui tue, le petit détail qui lui donne un air intelligent, mais alors juste l'air. Puis si ça se trouve, il en a même pas besoin de lunettes.


Je déteste la fashion victime, dans toute sa splendeur ridicule. Pathétique.

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Doryphore.

Des élèves qui me demandent de les rejoindre en terrasse pour boire un verre. Pas envie, ils avaient qu'à être moins cons. Leur immaturité les derniers jours me fatigue. Je regrette certains jeunes qui ont eu leur diplôme l'année passée (si on me l'avait dit, je ne l'aurais pas cru). J'ai revu hier soir un jeune homme qui fut parmi les meilleurs de la dernière promo, c'était un peu mon poulain, mon chouchou (il ne l'a jamais su puisque je mets un point d'honneur à rester juste). Il m'a semblé tellement "grand" comparé à nos jeunots. Il n'y a pourtant pas de vraies différences d'âge. Ils sont souvent majeurs, fréquemment indépendants, parfois déjà parents et pourtant, j'ai tellement régulièrement cette impression de bosser avec des gosses. Donc ce soir, ils ont essuyé un refus. J'y étais déjà il y a deux semaines. Le soleil sur mes jambes et le goût de la bière me tentaient, mais je n'avais pas envie de leurs pitreries. J'ai enfourché mon vélo et me voilà de retour après huit heures de cours et les oreilles qui sifflent encore de ma voix qui résonne contre les murs blancs.

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mardi 20 septembre 2005

Y'a plus d'saisons ma petite Dame...

Ce matin, je traverse la ville à pieds pour me rendre au lycée. Mon sac sous le bras. Emballée dans un gilet en laine, un foulard autour du cou, le froid se faufile dans les espaces vides. Le ciel est d'un bleu glacial, je vais vers l'ouest, en face de moi, une lune blanche, et derrière moi, le soleil, fort et faible à la fois, encore bas. J'aime cette ville le matin. Ma ville. Tout s'éveille. Je passe près du grand carrousel qui dort encore, je traîne la patte, dans les cafés, certains s'attardent devant des petits dej' et les nouvelles du jour, ils ont déserté les terrasses, les femmes que je croise ont troqué leurs tongs fuchsias contre des bottes d'où sortent des fourrures extravagantes, les lycéens qui me doublent à vélo se font plus rapides, le froid doit leur glacer les mains. Moins de dix degrés parait-il. Je traîne, je me poserais bien moi aussi sur une de ces banquettes rouges pour prendre le temps de laisser refroidir un thé-citron en lisant la presse locale ou le Libé du jour. Mes jeunes vont m'attendre. Qu'une heure trente de cours ce matin. Une babiole. Encore quatre tout à l'heure. Elles s'enchaînent sans que je ne les vois. Et pendant ce temps là, l'automne s'installe.

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