jeudi 6 avril 2006

Radins, nombrilistes et compagnie...

Encore ce matin, arrivée dans ma salle de cours pour réaliser qu'il fait presqu'aussi froid que dehors. A savoir, température extérieure : - 2. Rapide tour d'horizon : les radiateurs sont coupés. Pas de panique : c'est mon lot quotidien. C'est encore dû à notre cher directeur passé la vielle avant de quitter l'établissement. Il pense faire des économies. Je gagne la salle des profs pour les quelques photocopies de rigueur. Constatation n° 2 : plus une feuille de papier dans la photocopieuse et le placard est effrontément vide. Le coupable a même jugé utile d'y laisser l'emballage plastique. Pire que celui qui laisse le rouleau de papier toilette après en avoir utilisé la dernière feuille. Arrive R. qui me demande gentiment comment je vais, mais qui n'écoute pas la réponse puisqu'il part dans la salle voisine. Puis me voilà en train de courir après l'économe pour obtenir les feutres pour tableaux blancs qu'on nous force à quémander. On me laisse comprendre que je ne rentabilise pas assez. Il faut utiliser les feutres "jusqu'à la corde". On ne les jette que quand le dernier rang ne peut vraiment plus lire. On m'attrape ensuite entre deux portes pour m'annoncer que certains de mes cours sautaient demain matin, je dois être là pour encadrer. Ce gardiennage dont les débordements sur mes heures de prép' sont déjà prévus sera bien en tendu du bénévolat. Alors que je cours toujours, l'ami P. galope derrière moi dans les couloirs, me parlant de son anniversaire de mariage, de ses projets de week-end, de sa nouvelle voiture. Il est tellement occupé à s'écouter qu'il ne réalise même pas que je n'ai aucune seconde à lui/m'accorder. Retour en salle des profs, un abruti à réussi à trouver quelques feuilles, mais a également trouvé le moyen de bloquer la photocopieuse en les utilisant. Le lâche a bien entendu quitté le lieu du crime. Et c'est Bibi qui met les mains dedans pour décoincer tout ça*. Puis vient la cerise sur le gâteau (je ne parle pas de la Griotte*),  j'apprends par Tête de Brique (par message interposé) que mes dates d'exam' ne collent pas, d'autres ont annoncé leurs dates et ça tombe le même jour. Et comme ils sont prioritaires (il faut comprendre ici "coefficients bien plus importants") c'est à moi de m'adapter et de modifier mes dates qui sont arrêtés depuis fin août.

Alors, je pousse ma gueulante. J'en ai marre des économies de bouts de chandelles. J'en ai assez des égoïstes, des individualistes, des gens qui se tirent sur la nouille et qui s'écoutent parler. De ces gens qui ont des petits dollars dans les yeux, qui ne pensent qu'à leur argent et à la façon dont ils pourront montrer qu'ils en ont. Tellement plein la casquette d'être entourée de personnes qui n'ont d'yeux que pour eux-mêmes et qui n'ont pas le courage de regarder autour.

J'ai besoin d'air.

J'ai besoin de lumière.

J'ai besoin d'évasion.

J'ai besoin d'émotion.

clocher


*Je prends une classe à dix heures. Entrée dans la salle bruyante, mon public est disspié, il glousse et pouffe. Ce petit cirque dure un temps et je perds vite patience. Je hausse un tant soit peu le ton pour obtenir le calme. Et là une demoiselle embarassée me dit "Madame, faut qu'on vous dise quand même, on peut pas vous laisser comme ça, vous avez une grosse trâce noire sur le front". Et de pouffer encore. Je glousse aussi. Saloperie de photocopieuse.

*Saura-t-elle me pardonner ce vilain jeu de mots?

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mercredi 5 avril 2006

En avril ne te découvre pas d'un fil.

Toujours la même difficulté le mercredi à cette heure ci, je tombe de sommeil. Il y a cette heure creuse en plein milieu de cette journée trop pleine. Tellement pleine que je ne rentre pas à midi, je mange une banane en me pen,chant sur un paquet de copies. Et là, le rythme s'arrête un instant et c'est traître. C'est comme de s'arrêter pour respirer pendant une course, on ne peut plus repartir, on a les jambes coupées. Le coup de pompe phénoménal s'empare de moi, à chaque fois. J'en suis au stade où je pourrais me rouler en boule par terre dans un coin et dormir sur le champ.

Je ne sais pas si j'ai bien fait, mais j'ai parlé de mon départ à certaines collègues ce matin (elles aimeraient arrondir leurs heures et s'inquiètent de voir les effectifs en baisse pour la prochaine rentrée). Le creux de la vague-motivation des élèves, l'oubli de mon anniversaire par certains, la distance qui se creuse en ce moment, ce fossé entre ce que je veux faire et ce que je peux faire... Tant de détails qui m'encouragent à officialiser tout ça (je veux dire que jusqu'à maintenant, c'est les collègues qui auraient su me motiver pour rester, aujourd'hui, il n'y a même plus ça). Je n'aimerais pas cependant que la nouvelle arrive aux oreilles de la direction avant que je ne l'annonce. Tête de Brique pourrait me pourrir la vie jusqu'à fin juin. Quoi que, ça n'y changerait rien. Je suis décidée.

Puis il neige aujourd'hui. Un comble. Et moi avec ma jupette noire, je frissonne depuis ce matin.

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mardi 4 avril 2006

Des trucs qui boostent.

  • Récolter un 17 à mon devoir de linguistique. Se rendre compte qu'on a pas perdu la main, y'a des choses qui restent, c'est comme le vélo.
  • Sentir sous mes paumes la chaleur de mon pain que je sors du four.
  • Ecouter Mickaël cet après-midi me raconter la folle épopée de son chien Filou (castré il y a quelques années). Récit ponctué de "grave", "style", "genre", "ouaich" et autres poésies, tout ça pour me dire qu'il sait ce que signifie le mot "stérilisé" qui apparaît dans le document qu'on étudiait.
  • Square one.
  • Ne plus entendre geindre les collègues, à propos des classes qui seront moins nombreuses l'année prochaine, du connard qui a encore vidé la photocopieuse, du manque de motivation des élèves, des trajets, du CPE, de leur femme, de leur ex, de leur nombril. Ne plus les entendre parce qu'on sait déjà que l'année prochaine on ne sera plus là. Soupir de soulagement.
  • Nager, nager et nager. Deux, trois ou quatre fois dans la semaine. Sentir les cuisses chauffer. Se vider la tête. Ne plus penser à rien, sauf cette eau qui glisse sur la peau et le mur à l'autre bout du bassin qu'il faut aller toucher du plat de la main.
  • Compter. Encore huit jours effectifs de travail et je suis en vacances.
  • Faire des projets d'escapades à Lyon pour ce week-end.
  • Observer chaque matin la progression de mon petit jardin aromatique. Verdure=vie.
  • Prendre mon violon, le poser sur mon épaule, m'appliquer pendant de longues minutes. Penser plus à la musique et moins à la technique. Comme l'a dit le prof.
  • Savoir que bientôt, Radiohead sera là. Déjà les frissons.
  • Venir écrire ici. Vider son sac, trouver les mots, essayer de déformer le moins possible, être juste.

martini

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Furtive.

Dans une salle de classe ce matin. Les élèves sont en contrôle. Je tourne, je traîne mes talons dans les allées, je regarde distraitement une copie, je rappelle à l'ordre certains qui ont le regard qui s'égare. Je pense à d'autres choses, des futilités, les soucis du moment : y'a plus de flotte à la maison, il faut que je renvoie ce courrier, je dois passer à la banque pour encaisser ce chèque, j'ai toujours pas compris la conjugaison des verbes en arabe mais c'est quand même plus clair... Des idées me traversent, me frôlent, légères. Puis je regarde par la fenêtre. De l'autre côté de la cour, plus loin, il y cet immeuble dont la façade est baignée de soleil. Une fenêtre entr'ouverte avec des rideaux qui respirent, gonflés par le vent. Une pièce sombre derrière, avec encore la fraîcheur du matin. Puis il y a cette silhouette, rapide et claire, qui traverse l'encadrement, presque nue. Un corps fragile qui ondule derrière ces rideaux jaunes. Et ce geste : les bras qui se lèvent et qui viennent attacher les cheveux blonds sur le haut de la tête, mécaniquement mais gracieusement. Un ange passe. Puis disparait. Je me retourne et ma classe est toujours là. Ils sont silencieux et concentrés, sans aucune conscience de ce moment d'éternité qui vient de leur échapper.

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lundi 3 avril 2006

Inintelligible.

Je suis assise là, j'enroule mes cheveux autour de mon doigt. Rayons de soleil derrière moi. Pas assez de temps devant moi pour commencer quelque chose d'utile et d'intelligent. Trop de temps pour avoir juste le temps de m'assoir ici et de ne rien faire. J'absorbe du sucre. Faudrait pas, chocolat poulain, argument "bonne humeur", moelleux framboise-pomme, barre céréales nois de coco.  Mon nouveau jean est trop taille basse (ne pas voir de rapport de cause à effet avec le sucre). J'ai passé ma journée à tirer dessus pour qu'on ne voit pas le haut de mes fesses. Ou à tirer sur mon pull dans l'autre sens. J'ai des péoccupations de fashion victime, de jeune donzelle.

branchages

Autre péoccupation : je croise les doigts pour que Radiohead donne quelques dates de concert en France. J'irai même si je dois y aller en rampant. Sinon, faudra se rabattre sur les autres dates européennes.

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Actualité.

Encore une nouvelle semaine qui débute. Plus que deux et j'ai droit à quelques journées de vacances. Après, ça sentira déjà la fin de l'année avec ces week-ends prolongés et ces soirées chaudes. Insouciance. Ma décision de quitter cet établissement est presque prise. A chaque fois que j'entends des collègues ou des élèves parler de l'année à venir, je ne me sens à peine concernée. Il y a quelques jours encore, l'idée de ne plus travailler aux côté de P. et R. m'était difficile. Mais le fait que ces deux idiots aient oublié mon anniversaire me prouve bien que c'est chacun pour son nombril (ils n'y ont d'ailleurs toujours pas pensé) et que je n'ai aucun regret à avoir. Une fois de plus, j'ai sans doute donné plus que je n'ai reçu. Puis c'est le fait de bousculer mes habitudes, de prendre le risque de tomber sur "moins bien"... Bien entendu, j'ai un peu peur. Mais je n'ai même pas trente ans alors il faut que ça se fasse maintenant. Après, je n'aurais plus le courage. Le cauchemar ? Me réveiller dans dix ans devant ce même tableau blanc un lundi matin. Je dois partir. Je veux mieux. Avenir flou.

double_reflet

Le week-end a été doux. Vendredi soir, petit resto avec la soeur et Neb homme de moi, avec même une bougie sur mon gâteau et les lumières qui s'éteignent. Samedi, une journée dans cette ville que je n'aime pas pour se rendre compte une fois de plus que je déteste ses habitants, leurs préoccupations futiles, leurs manières, leur façon de crier leurs conversations pour que tout le monde soit au courant, le fashion, les apparences, le clinquant. Heureuse de rentrer chez moi dans la soirée après un passage-sandwich chez la soeur. Puis hier, un détour dans une expo canine où j'ai eu les larmes aux yeux devant ce concours d'agility (petit chien qui galope pour obéir à son maître, qui aboie de joie, qui se faufile dans des tuyaux). Puis ensuite, une demi-heure de piscine et quelques dizaines de kilomètres à vélo, à contre-vent, avec du sel sur les joues.

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samedi 1 avril 2006

Page de liberté.

pastilles_d_or

Je me souviens souvent de cette période. Je voudrais la dessiner,  sous forme d'arabesques, en garder la saveur et les couleurs (huile de pin, bleu turquoise, chichis, beignets de banane et pina colada). Année 2000. Je suis seule. Pour la première fois de ma vie, je vis seule. En février, je me sépare de celui qui a occupé ma vie pendant cinq ans, celui avec lequel j'ai quitté le monde de l'enfance. Je suis passée du cocon familial à ses bras solides. Nous avons découvert côte à côte le monde des adultes, nouveau, anguleux et froid. On s'est blottis l'un contre l'autre et on a grandi. Puis cette rupture, douce et logique, me jette "pour de vrai" dans ce monde que je découvre alors d'un autre point de vue. Printemps 2000 : je flirte avec la liberté, la vraie, sans édulcorant.  Tout s'ouvre à moi, comme une évidence. Encore étudiante alors, le temps file sur moi  et l'espace se fait élastique. Je gambade, je sors de ma coquille, doucement, mais de plus en plus sûrement. Je me dévoile une assurance, un charme que je ne me connaissais pas. Des rideaux tombent, lourds et poussiéreux, et la lumière se fait sur ce que peut être ma vie. La jeune fille timide qui trouvait toujours moyen de se cacher derrière l'autre, qui est restée si longtemps "la copine de..." se forge une identité, un caractère. Je me laisse tenter par un sourire, un dialogue, un regard. Tout semble alors facile.

Puis en avril, ou peut-être en mai, je rencontre Lo, au fil de mes escapades. Une soirée chez des amis, il est là. J'ai beau le connaître déjà, savoir quelle est sa réputation, je tombe sous le charme de ses yeux bleus et de son sourire coquin. Il n'y a rien de sérieux là-dedans, mais il y a quelque chose de magique, quelque chose que je veux vivre sur le moment. Nous passons la nuit ensemble, je me souviens de ses mains sur mes joues, je me souviens que nous avions trop bu, tout est décousu, nous basculons sur le siège arrière d'une voiture, nos bouches soudées l'une à l'autre, le souffle coupé, la nuit est blanche et bousculée. Après un épisode étrange où ma voiture disparaît, nous faisons du stop. Le jour se lève, je suis allongée à ses côtés dans un petit lit, dans une pièce pleine de soleil qui respire les huiles essentielles et l'encens. La première vraie nuit de ma liberté. Je suis ce matin là heureuse comme jamais quand il me dit les mots qu'il a dû dire à tant d'autres, je veux juste les écouter et ne pas réfléchir. Je lis les poèmes niais qu'il m'écrit. Personne ne m'avait alors jamais écrit de poème. S'en suit une relation toute particulière de cinq mois. Particulière car c'est moi même que je découvre et non lui, qui n’est qu’un prétexte. Il n'est finalement pas grand'chose dans ces grands pas que je fais en avant, mais je ne m'en rends compte que bien plus tard.

Je me souviens de cette deuxième soirée à S. où il arrive avec une rose qu'il a cueillie dans un jardin. Je le trouve plus beau que jamais. Mes mains tremblent et mon ventre fait des tourbillons.

Je me souviens de ces longs trajets en train pour aller le rejoindre à l'autre bout de la région où il me présente sa famille rapiécée, ses frères et soeurs, j'apprends la souffrance qui se dissimule derrière le Don Juan . Je revois sa chambre plongée dans l’obscurité où je doute plus d’une fois.

Je me souviens de ces soirées "clandé" où nous arrivions tard dans la nuit avec tous ses amis, dans des prés humides saturés de musiques assourdissantes, où je ne ressens aucune crainte, je me sens plus que jamais moi même et m'endors dans les herbes hautes. Un matin aussi au réveil, trouver des corps endormis autour de moi, manger un champignon (vesse de loup ?) tout frais et cru qui poussait dans la rosée.

Je me souviens de ce trajet nocturne sur l’autoroute où nous avons du nous arrêter car un violent orage s’abattait sur nous. Nous avons fait l’amour dans la voiture, sur une aire d’autoroute.

Je me souviens de la "nouvelle". Il fait alors son service militaire. Il m'apprend un soir comme nous sommes enlacés qu'il a fait une demande avant de me rencontrer pour faire la suite de son service outre mer. La demande a été acceptée. Il doit partir pour la Martinique. Il me dit qu'il ne veut pas me laisser, chaque seconde près de moi est un bonheur, il me confie la décision. Je l'envoie là-bas sans réfléchir, je l'oblige à partir. Avant son départ, en juin, nous passons une dernière nuit dans un pré, les herbes hautes et les coccinelles. Je perds les clés de ma voiture dans ce fouillis d’herbes. Je ne sais plus comment je les ai retrouvées. Je le dépose ce matin là à six heures devant cette caserne, il me quitte pour quatre longs mois.

Je me souviens de la tristesse qui suit. Mais pas de solitude. Il y a tellement de personnes autour de moi. Chaque soirée est une surprise, il n’y a pas de limites. Tout le monde me semble ouvert. Il fait beau, il fait chaud, je suis légère et forte. Je travaille à l’époque dans un centre socio-culturel où j’encadre au quotidien une classe. Là aussi, tout semble plus facile, je vois plus de sourires sur le visage des gens que je croise. Puis je lui écris, presque tous les jours, des lettres qui m'enchaînent douloureusement à lui.

Je me souviens de cette perte de poids. Environ quinze kilos en deux mois. Je suis maigre me dit-on alors. Mais je ne m’en soucie pas, je ne le vois pas. L’euphorie de cette nouvelle vie me nourrit. Je cours, je ne dors que peu, je fume beaucoup, tout un tas d’éléments se greffent sur cette parenthèse estivale, des satellites gravitent en permanence autour de moi. Je me sens souvent ivre de liberté, le monde s’ouvre à moi, je prends des décisions que je n’aurais jamais su prendre auparavant. Mon corps me semble alors beau, noueux, sculpté. Je ne suis pas du tout affolée de voir les chiffres sur la balance passer en dessous de cinquante.

Puis vient le coup de tête. Un matin encore frais, je sors de chez moi en courant, je me rue dans une agence de voyage et je m’achète un aller-retour pour la Martinique avec de l’argent que je n’ai pas. Les quelques jours qui me séparent de mon envol me semblent éternels et pourtant plus fous encore que les précédents. Je vis la nuit, galopant de fêtes du vin en concerts. Je rencontre de nouvelles complicités qui ne dureront pas …

Je me souviens de ce concert en extérieur auquel je m’étais rendue avec l’ex et certains de ses amis. Je me souviens d’Alex qui débarque dans ma vie devant ce stand de chichis. Comme une évidence. Je ne sais plus comment le dialogue s’est amorcé. Je sens que je suis en sursis, que je vais partir. Je me sens invincible. Il me dit « t’es pas cap », je ne sais même plus de quoi il s’agit alors. On se lance, on passe une bonne partie de la soirée à discuter. Je le revois le lendemain. Nous passons plus de quarante huit heures non stop ensemble, entre balade au zoo sous une pluie battante, baby foot dans un bar perdu, petit déjeuner sur une terrasse, matinée au marché et nuit blanche à échanger. Mon départ est imminent. Je ne vois pas en lui un amant mais un complice. Je ne vois d’ailleurs pas ce qu’il attend de moi. En quelques heures, il me fait découvrir des artistes qui ne me quitterons plus comme Mathieu Boogaerts ou Clarika, ou encore Miossec que j’écouterai en boucle sur les routes martiniquaises et qui aura toujours pour moi des teintes créoles malgré ses origines bretonnes. C’est Alex qui me conduira à l’aéroport pour quitter la métropole après une énième nuit blanche. C’est là que je comprends quand il pleure dans mes bras tout ce qu’il n’a jamais jugé utile de me dire.

Je vis là-bas entre Saint Esprit et Fort de France les plus belles journées de ma vie. Je découvre l’île comme beaucoup de touristes ne l’ont sans doute jamais vue. Je crèche chez une institutrice qui est à cette époque là en métropole. Je traîne sur les marchés, dans les petits villages. Je partage avec Lo des heures inoubliables, même s’il n’est pas disponible aussi souvent qu’il le voudrait, il ne sait comment me remercier d’être venue. Je passe beaucoup de temps seule, sur cette île où la mentalité des gens peut paraître parfois déconcertante. Puis je m’adapte. J’y reste plusieurs semaines. Je m’habitue, je me sens comme chez moi dans cette petite maison. Je dépense sans compter. Je me sens plus libre et plus grande que jamais.

Je me souviens de cette soirée passée avec ses collègues dans un petit restaurant local, le rhum nous monte à la tête et Lo me suit aux toilettes à la fin du repas, me bouscule contre un mur et me fait l’amour violemment. Je revois encore maintenant sa peau bronzée, la forme de ses mains, ses cheveux ras devenus si clairs sous le soleil, nos ébats torrides, la sensualité de nos gestes et de ces moments uniques.

Puis, par la force des choses, je rejoins la métropole. Je suis perdue. Je suis alors directrice d’un centre de vacances. Beaucoup de responsabilités et trop de mal à trouver le rythme. Décalage horaire et manque de lui, je ne parviens pas à me réinstaller dans ma vie. Les nuits s’étirent sans que je ne parvienne à dormir, je suis éreintée dans la journée, je maigris encore. Mes proches s’inquiètent.

Il rentre en septembre. L’euphorie de l’été s’est évaporée et je me sens plus adulte. L’impression d’avoir fait durant cet été là une crise d’adolescence et d’inconscience tardive. Les retrouvailles sont merveilleuses, mais un avenir bouché se dessine à nous. Nous n’en parlons que peu. Il vient me rejoindre un soir après un week-end passé avec ses amis, quelques jours après son retour. Il se montre fatigué, lassé et grognon. Nous faisons l’amour mais il ne montre aucune tendresse. C’est en sortant de sa douche qu’il m’annonce sans me regarder dans les yeux avoir revu une jeune femme durant le week-end. Il ne veut plus continuer avec moi, elle est plus importante, vraiment, elle sera sans doute la femme de sa vie. Il avait dû dire la même chose à celle qui était avec lui avant moi. Il n’est pas méchant. Il rencontre juste la femme de sa vie tous les six mois.

Je m’effondre. Je ne comprends pas. Il part dans la minute, avec des larmes sur les joues. Les jours qui suivent sont durs, j’essaye de reconstruire, d’oublier, de tenir, de ne pas sombrer, de relativiser. Premier chagrin d’amour. Un vrai semble-t-il. Autour de moi tout le monde me dit « on t’avait prévenue ». Et moi qui pensais que j’avais su me mettre à l’abri, me préserver. Je réalise alors que toute cette force n’était qu’un leurre. Ce n’est que plusieurs mois plus tard que je saisis l’essentiel. Je n’étais pas amoureuse de lui, pas vraiment, pas au sens où je le croyais. C’est celle que j’avais eu le courage de devenir à cette époque là qui me plaisait, celle qui n’avait peur de rien, ouverte, forte et légère. Il n’avait été qu’un outil, certes un outil très agréable. Puis ce qui m’a profondément blessée, c’est la baffe, le sentiment d’échec, il n’a eu qu’à me taper sur les doigts pour me déséquilibrer. J’ai eu du mal à faire confiance par la suite, malgré les jeunes gens qui tournaient autour de moi. J’ai fait à mon tour tellement de mal, trop souvent, comme pour me venger. J’ai eu à rembourser énormément d’argent pour régler ce qui est à considérer comme un caprice. J’ai repris du poids, doucement, en reprenant un vie plus dans la norme. Puis on grandit. On se met une grande claque et on avance.

Il ne m’a plus donné de nouvelles pendant plusieurs années, si ce n’est un paquet de lettres écrites par ma plume qui m’est revenu quelques jours après son départ. J’ai appris quelques années plus tard qu’il était papa d’un petit garçon. Je l’ai revu un soir d’août, ce fut confus, étrange, ça ressemblait un peu à ça. Plus tard encore, j’ai su que sa copine l’avait lâché pour un type plus âgé que lui. Il m’a appelée à ce moment là, il y a deux ans environ. Je me suis juste dit « bien fait », je l’ai envoyé balader. La page est tournée après plusieurs années. Bien qu’il reste un personnage-clé dans ma mémoire, je ne le vois plus du même oeil, je connais les faiblesses et le fonctionnement.

Souvent je repense à cette période comme à une faille dans ma vie. Un nouveau début, un tremplin pour ce qui a suivi. Il s’y associe toujours une sensation d’importance et de liberté, de force et de légèreté. Quelque chose de magique.

lumi_res_rouges

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jeudi 30 mars 2006

Cucina.

La petite fille capricieuse et boudeuse de mardi va mieux, elle a vieilli,
elle s'excuse pour ses enfantillages,
elle a été ravie de voir tant de petits mots gentils de votre part.

Pour oublier toutes ces futilités
(la bétise des collègues et de leurs nombrils,
la méchanceté gratuite de cette vieille frustrée de Tête de Briques,
les contrariétés du quotidien, le rendez-vous chez le dentiste,
le dérapage d'un élève ce matin qui était à deux doigts de m'en coller une...)
... Soupir...
Inspiration
Expiration
... Elle a bidouillé tout l'après-midi dans sa cuisine.

Elle a bichonné ses herbes aromatiques,
Basilic, persil, ciboulette, etc...

pot_basilic

feuilles_de_tomates

Elle a fait des chaussons aux pommes.
Compotes de fruits, jolies, jolies, jolies...

compote_de_pommes

Aussi toujours et encore mes tulipes.

tulipes_encore

Elle a regardé pousser ses graines germées.

graines_germ_es

Et elle a même fait un pain à l'italienne, une "savate" comme ils disent,
mais elle ne peut pas encore vous le montrer, il est encore au four.

C'est bon d'être égoïste, un petit peu, comme ça, un jeudi après-midi.

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mardi 28 mars 2006

Miroir, mon beau miroir.

Diane Groseille est belle, bien dans sa peau (presque toujours), elle réussit ce qu'elle fait, elle dit toujours ce qu'elle a à dire sans prendre de gants. Elle est courageuse. Les gens l'écoutent et se soucient d'elle (un tant soit peu), prennent de ses nouvelles. On vient la voir, on lui laisse des messages. On la cherche même via Google. On lui dit qu'elle est un exemple (si, si, je vous assure, certains l'ont dit) et quelques uns sont allés jusqu'à la qualifier d'artiste *. On lui souhaite son anniversaire avant que ce ne soit fait dans la vraie vie (merci Tippie).

Je ne suis que le pâle reflet de Diane Groseille. 

Je voudrais hurler quand j'apprends qu'on me soupçonne
de prendre des jours d'arrêt maladie pour rallonger mon week-end.
Je voudrais jouer du violon comme ces deux jeunes de dix-sept ans qui jouaient avant moi,
au lieu d'aligner ridiculement mes notes couinantes.
Je voudrais que mes cheveux ne frisent pas quand il pleut.
Je voudrais perdre cette culotte de cheval qui s'accroche malgré trois séances de piscine dans la semaine,
si on m'avait dit qu'un jour je me battrais contre de la cellulite.
Je voudrais que mes collègues de travail n'oublient pas mon anniversaire,
alors que j'ai été la première à leur souhaiter le leur, avec petit cadeau à l'appui.
Je voudrais être plus sure de moi.
Je voudrais avoir plein d'amis.
Je voudrais qu'il fasse beau le 28 mars et tous les 28 mars qu'il me reste à vivre.
Je voudrais qu'on ne m'oublie pas.

J'ai vingt-huit ans aujourd'hui.
Je me sens petite, ridicule et faible.

img_1471

*Je peux bien me jeter des fleurs le jour de mon anniversaire, personne ne le fait.

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lundi 27 mars 2006

Babycaments.

Il y a comme une tempête qui se lève. Un vent de colère qui souffle et qui enfle en moi. Je me rends à mon cours d'arabe dans quelques minutes, à contre-coeur. J'ai réalisé avec horreur hier soir que les nombreuses absences de ma prof pourraient compromettre mon rapport de fin d'année : pas de validation envisageable si je n'ai pas vingt cinq heures de cours. Je suis enragée par les conséquences de son incompétence. Je voulais rencontrer ce soir le directeur de l'association histoire de lui dire ce que j'avais sur le coeur, de lui cracher mon venin à la figure, de lui faire savoir combien va me coûter cette bagatelle.... Mais il n'a pas pu me recevoir. Rendez-vous est pris, je ne laisserais pas passer, et il va me faire un justificatif de tant de bétise. Hors de question que je plante mon année à cause de ces abrutis.

Puis je sors de chez le médecin à l'instant. Il a refusé de me faire un arrêt maladie pour la journée de vendredi, il m'a dit que je n'avais qu'à venir le jour même. C'est vrai, j'aurais dû penser à ramper jusqu'à son cabinet... Il m'annonce aussi la bonne nouvelle de l'année : mon mal semble n'être qu'un début, il me dit que quand ça commence, on voit les migraines se pointer tous les mois et que le seul remède efficace serait une bonne grossesse, voire deux. Mouais, c'était pas au programme...

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