samedi 17 octobre 2015

Retour vers le futur.

Quelques mots retrouvés à l'état de brouillon, rédigés très vite, au printemps...

***

On m'apprend que Mc Fly est delà revenu dans le futur, tôt le matin.

Je surveille 4h de BTS blanc.

Je pédale dans les rues de la ville puis attache mon vélo, deux fois (à un grillage, à un socle), puis à chaque fois, je m'éloigne, je bascule mon trousseau de clé derrière moi pour biper et vérifier que mon vélo est bien fermé. Conclusion, je suis encore obligée de prendre ma voiture trop souvent.

Plus tard, je longe une terrasse de café. Des gens ont le temps. Souvent, je me serais dit que ces mêmes gens auraient pu m'impresssionner. Mais aujourd'ui, si j'avais eu le temps, je me serai installée là et comme eux, j'aurais pris le temps de siroter un truc frais, de consulter mes informations récentes (oui, parce que j'ai un smartphone tout neuf)

Finalement, je pars en cours, parce que je n'ai pas le choix, puis c'est une classe que j'aodore. Mais aujourd'hui, ils sont difficiles, très. Ils m'empoisonnent, ils crient, rient pour un rien, me prennent à partie. Ils me font penser à une classe de maternelle, or je n'ai jamais voulu travailler avec des petits.

Puis, il y a quelques minutes, j'assiste à une scène épouvantable. Devant mon bureau, une de mes élèves. D'habitude douce et souriante, se livre devant moi à un exercice démoniaque digne des meilleures scènes de l'Exorciste. Elle hurle, trépigne, pleure, ses yeux manquent de sortir de leurs orbites, elle bave, m'insulte, me menace, tourne plusieurs fois sur elle-même dans une espèce de tourbillon satanique, est prise d'un fou rire nerveux pour remettre des torrents de larmes par dessus et finit par quitter la salle en me traitant de connasse, dans un violent courant d'air haineux. De la drogue ? Un envoûtement ? Une scène d'impro ratée ? Rien de tout ça, je lui ai juste confisqué son téléphone.

J'ai encore des dizaines de copies à corriger pour demain.

Je réfléchis à la vie que j'aimerais avoir. A ce qui me plaît dans celle que j'ai.

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J'apprends ce matin que Marty Mc Fly reviendra dans le futur Mardi.

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dimanche 27 septembre 2015

Des envies de rentrée.

  • Marcher, aller à la piscine, courir peut-être...
  • Me relaxer, faire du yoga, méditer, même s'il est difficile de prendre ce temps là, il doit apparaître dans les priorités
  • Reprendre le violon (et ça semble compromis pour le moment)
  • Dessiner, dans la rue, dans des cafés, dans des musées, même en cours, ... Dessiner des gens, des moments, des sensations, des paysages. Ne plus bloquer, surtout pas par perfectionnisme, excès d'exigence. Faire.
  • Aller voir des spectacles, encore et encore. De tout. Même des choses auxquelles je ne suis pas habituée. Faire face aux a priori. Se laisser habiter par l'inspiration.
  • Continuer l'impro, continuer à insuffler des choses nouvelles, à oser, même face à l'impossible. Chercher davantage de partenariats, d'échanges, provoquer des rencontres...
  • Planifier des vacances : anticiper les "trous" d'emplois du temps et prévoir des virées (tout près dans les régions voisines ou plus loin : capitales européennes, nature lointaine)
  • Devenir Greeters
  • Cuisiner
  • Lire un peu tous les jours
  • Préserver mes temps de sommeil, m'aménager des siestes sans culpabilité
  • Continuer à visiter des musées
  • M'accorder du temps avec mon homme, avec mes chiens, avec ma famille, avec mes amis
  • Anticiper pour pouvoir profiter de l'instant
  • Relativiser
  • Écrire, encore, toujours, m'en tenir à cette belle régularité qui me satisfait
  • ... Et puis me fixer moins d'objectifs, pour avoir plus de chances de les atteindre....

roue

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jeudi 24 septembre 2015

I think I'm allergic to morning.

Course du matin. Sensation dégeulasse quand tu sautes de ton lit et que tu sais que de toute façon, il va falloir faire des choix : tu ne pourras pas tout faire avant de partir bosser. Priorités : la douche, trouver des fringues correctes, rassembler les affaires de cours qui te seront indispensables. Tu oublies l'idée même de ton thé et de la lecture des infos que tu t'accordes d'habitude. Passer par la case maquillage, cheveux nattés en accéléré. Ton homme est assis dans son fauteuil avec son café et il te regarde, l'oeil vide, galoper dans tout l'appart', presque dérangé dans sa quiétude matinale. Il daigne te déposer à la gare, parce que franchement, sinon, c'est pas possible.

Mais que s'est il passé ? Où es-tu tombée dans une faille temporelle ? Quelques heures semblent s'être évaporées entre le premier clignement de paupières et les pieds au sol. Pourtant, tu as bossé tard, tu as fait en sorte d'anticiper, pour ne pas trébucher. Mais ça foire. Tu le vois bien. Et les journées qui commencent comme ça te foutent en rogne. Tu te détestes, tu te maudis, tu te foutrais des baffes.

Arrivée sur le quai de la gare, sur lequel tu n'as pas mis les pieds depuis des années, tu râles intérieurement contre la SNCF et les aller-retours à 20 boules, tu te brûles en lapant le thé de ta thermos, tu désespères en pensant aux 8 longues heures de cours qui t'attendent et tu t'englues définitivement dans ta mauvaise humeur quand tu réalises que tu n'as ni trousse, ni agenda, ni repas de midi, parce que tout est resté à la maison.

Putain de rentrée difficile. Note pour plus tard : S'ORGANISER MIEUX !

BReDBIVCYAA7NWR

 

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mercredi 23 septembre 2015

Journal de corps.

Voilà des semaines, des mois, que je me dois, c'est inscrit quelque part, de parler de mon corps. De lui parler sans doute. Parce que le dialogue a été rompu. Ou peut-être bien que même il n'y a jamais vraiment eu de dialogue. Il y a bien sur les exigences que j'ai envers lui et les douleurs qu'il me répond. Mais pas de véritable communication. Or moi, mon corps, nous nous approchons de la quarantaine. Et c'est peut-être les nombreuses années qu'il m'aura fallu pour comprendre, doucement, progressivement, parfois dans la souffrance, que ce n'est pas juste une boîte, pas juste une enveloppe. C'est un tout.

Parler de mon corps, parler avec lui, c'est accepter de le voir vieillir. Accepter que beaucoup de facilité est déjà derrière nous. Accepter que tout ce temps, il m'a envoyé des messages que je n'ai pas toujours su ou pas toujours voulu entendre.

Aujourd'hui, il change. En partie parce qu'il m'échappe, il s'inscrit dans le temps. En partie, parce que je le souhaite, me tournant davantage vers lui, à l'écoute. J'intègre donc une nouvelle catégorie, pour celui jusque là sourd et muet. Pour un dialogue, des questions, de moi à lui, de moi à moi.

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mardi 22 septembre 2015

Des amis.

champs

Un après-midi d'été, tout occupée à tambouiller, j'ai écouté le podcast de cette émission sur l'amitié, sur l'amour. Qu'est ce qu'aimer ? Quelles sont les frontières ? Qui est l'ami, l'amoureux, l'amant ? Des témoignages amusants, pertinents, forts...

Je n'ai pas toujours eu d'amis. J'ai connu des périodes de ma vie où ils étaient absents, ou peu nombreux, ou distants. Sur ces périodes, peut-être que moi-même j'étais absente, éparpillée, distante.

Enfant, j'ai beaucoup trainé dans les jupes de ma mère. Je me fiais à ceux que je connaissais déjà, les voisins, les copains d'école. Mais je n'ai jamais su aller vers les autres. Je crois que ma mère me transmettait une espèce de crainte. Pourtant nous étions très entourés, mes parents étaient très impliqués dans des projets associatifs, il y avait toujours du monde. Il y a quelques jours, j'ai repensé à ça, alors que j'étais installée dans un parc pour un concert avec des amis, justement. L'une de ces amies était là avec son petit garçon, un adorable petit gars, métis, très poli, très calme. Il a mangé sa salade de riz, sagement installé sur son plaid, a écouté les discussions obscures des adultes et quand sa maman lui a dit "tu peux aller jouer maintenant", il a bondi, comme s'il attendait ce signal, et s'est précipité vers le petit groupe d'enfants qui jouaient là, un peu plus loin. Je demande à sa mère "tiens ? Il les connaît ?". "Non pas du tout" me répond-elle naturellement. Et pourtant, comme la plupart des enfants, en quelques secondes, il adoptait leurs codes, leurs jeux, leurs prénoms... Je n'ai jamais su faire ça, d'où me venait alors cette crainte ?

Je me souviens de ma peur, jeune collégienne qui entrait en 6eme, de ne connaître personne. Dans ma classe. Dans la cour. A la cantine. Y penser m'empêchait parfois de dormir et quand je sombrais dans le sommeil, il était agité de rêves angoissants. Pourtant j'étais entourée. Mais l'idée que mes amis puissent être absents me paniquait.

Plus tard au lycée, j'ai perdu de vue mes amis du collège. Il a fallu se faire de nouveaux amis. Cela m'a demandé des mois et des efforts considérables. J'ai souvent perçu les autres comme extrêmement différents de moi. J'ai négocié avec mes parents pour ne plus manger à la cantine, tant l'idée de devoir me tourner vers des inconnus me dérangeait. J'ai alors erré pendant des mois, solitaire, dans les bistrots du coin, dans les salles d'étude, à lire, à écrire, en mangeant froid, dans l'attente de la reprise des cours de l'après-midi. Puis au printemps de mon année de seconde, j'ai enfin su créer des liens, taisant ma méfiance. Ce sont d'ailleurs les autres qui ont fait cette démarche, qui sont venus vers moi, qui ont su m'apprivoiser.

En fac, c'est le même scénario qui s'est reproduit, encore. J'étais partie pour une ville nouvelle, pour suivre celui que j'aimais alors. Je me sentais seule et toujours différente. Je me limitais à des échanges polis dans le cadre des cours. Rarement, j'allais boire un verre avec quelqu'un ou je sortais au cinéma. J'étais alors très tournée vers ma vie de couple, premier amour fusionnel. Il a fallu que cette relation prenne fin pour que je créé à nouveau, par la force des choses, un réseau, des relations, qui sont devenus des amis. Là aussi, ce sont eux que j'ai fini par laisser venir vers moi, ils ont fait cette démarche de venir me chercher...

J'ai souvent perdu des amis. Souvent par la force des choses. Enfant, adolescent, on change si vite. Parfois aussi, parce que je me suis sentie trahie. D'autres fois, sans raison, sans comprendre et c'est peut-être le plus dur.

Aujourd'hui, je peux dire sans me tromper que j'ai des amis. Beaucoup. Des personnes sur lesquelles je peux compter. Des relations qui ne sont pas artificielles. Ma vie sociale est épanouie, plus qu'elle ne l'a jamais été. Je suis moins méfiante, et je crois que c'est simplement car j'attends moins de ces relations. Je prends mes amis comme ils sont, avec leurs différences, leurs erreurs, leurs défauts. Et je crois qu'il savent en faire de même.

Parfois, j'ai eu des "coups de foudre amicaux". Oui. Une personne rencontrée dans un contexte où rien ne se prêtait à l'amitié. Une rencontre rapide, une relation qui aurait pu être superficielle ou éphémère. Pourtant l'alchimie opère. Un rire, une façon de se positionner, un regard, l'amorce d'un dialogue... peuvent suffire à établir une curiosité, un intérêt, le point de départ de la confiance. Ce fut le cas avec Karim, en 2009. Je vivais une rupture, il était sur le point de se marier. J'ai été invitée à la cérémonie. C'est grâce à lui que j'ai rencontré Gab.

Mon ami est pour moi celui qui me respecte, celui qui me soutient, celui qui rit des mêmes choses que moi, celui qui peut se moquer de moi, celui qui écoute, celui qui donne, celui qui partage. Il est précieux. Il est un cadeau. Il est une richesse.

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Marronier.

Soudain, c'est l'automne : jambes gainées de noir qui tranchent la nuit précoce, pluie froide sur feuilles au sol. Et tout s'accélère.

Marronier

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jeudi 10 septembre 2015

L'autre bord.

J'écris de plus en plus, de mieux en mieux. Je ne parle pas forcément de la qualité, car je n'ai pas la prétention de bien écrire, mais je pars vers de nouveaux formats et je m'impose plus de régularité. J'ai opté cet été pour un journal en ligne. J'y note ce que je fais au quotidien, un vrai journal de bord : les faits, les constats, des traces, une mémoire, l'évidence. Je m'accorde chaque jour quelques minutes pour lister mécaniquement et objectivement tout ce qui s'est passé dans ma journée. La base. Mais je ne l'avais jamais fait, pas sous cette forme en tout cas. Plus jeune, il y a quelques années encore, j'écrivais dans un cahier, sans savoir m'y tenir au jour le jour. Puis plus le temps passait, plus cela devenait fastidieux et décourageant. Ce nouveau journal existe donc en ligne, il m'est accessible rapidement et je me limite à l'essentiel pour que ce soit facile. Je recense également chaque jour de petites idées positives, mes efforts et la satisfaction qui en résulte.

J'y vois à la fois l'outil et la récompense. Il m'impose de tenir mes objectifs puisqu'ils apparaissent là noir sur blanc (les écarts, les oublis, la nonchalance aussi, par la force des choses). Il est aussi satisfaction quand je peux y noter, toujours noir sur blanc, la réussite qui découle de ces exigences, mes petites victoires personnelles.

J'aime et j'ai toujours aimé l'idée de me transmettre à moi même, comme un cadeau pour plus tard, de créer du souvenir, de produire de la fidèlité.

Il reste cependant en "off", à l'état de brouillon, pour que je ne me censure pas, par peur d'être lue par des gens qui se reconnaîtraient, qui me reconnaîtraient. Rien de secret, juste toujours cette même peur de tronquer la réalité à se savoir observée. Je peux ainsi nommer les personnes, nommer les lieux et accéder à une vraie transparence. Et Diane reste là, en vitrine, pour tous ses états d'âmes, pour détailler des impressions, des critiques, des images. Elle reste celle qui s'arrête et qui regarde.

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dimanche 6 septembre 2015

Paul ou la mémoire fascinante.

Alors que je travaille "activement" sur ma mémoire et ses méandres, je repense à un épisode très récent.

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Il y a quelques jours, Gab et moi nous rendons chez un ami qui, pour nous remercier de services rendus, nous invite à partager avec lui une copieuse raclette végétarienne dans son minuscule appartement. Quadra, il vit dans un studio où il a accumulé une vie. Nous y trouvons une petite place, nous entamons une soirée festive. Récemment opéré de la hanche, il nous confie des taches qui lui sont difficiles, dont celle d'ouvrir la porte à ses invités.

La deuxième fois que j'ouvre la porte, je me retrouve face un un homme dont le visage m'interpelle immédiatement. Mais ça ne semble pas réciproque. Il se présente, "Paul" et salue tout le monde. Ses yeux noirs, sa peau matte, son regard calme évoque une époque. Je cherche tant bien que mal à restituer son corps, ses traits, ses attitudes dans un contexte. Je lui pose cette question stupide, que je trouve si connotée : "on se connaît non ?". Il me jauge... "Non, je ne crois pas". La soirée se poursuit, mais je cherche, j'écoute, il y a une espèce de boule de flipper molle qui, à chacun de ses gestes, vient titiller des souvenirs. Je suis les conversations, j'écoute, mais ça scintille en moi à chaque fois.

Puis, je ne sais pas comment ni pourquoi, ça revient. Fac de lettres, 1997. Je ne parviens pas à restituer un souvenir précis, je sais juste que c'est là, à cette époque, dans ce cadre. Les mots sortent immédiatement et il confirme. C'est de toute évidence pour lui un épisode lointain et insignifiant. Il n'évoque que des choses assez désagréables, sentiment d'échec de ces quelques années qui n'ont abouti à rien. La conversationn bifurque à nouveau sur autre chose (la cuisson des patates, la météo, la dernière série télé captivante...). Mais une partie de ma réflexion reste posée sur ces mystères : où était passé Paul ? Dans quel tiroir de ma mémoire l'avais-je rangé ? Combien d'autres personnages/objets/paroles sont ainsi camouflés dans les obscurités de ma caboche ?

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Mon frère triste, Mon frère libre.

J'ai un frère.

On le dit "petit" car il a dix ans de moins que moi. Mais il est bien sur plus grand que moi.

Il est loin, mais si proche. Il est inscrit en moi, comme ma soeur, comme mes parents. Il est toujours là quelque part. Ces dix ans qui nous séparent ne sont rien. Nous avons le même âge, nous avons le même sang.

Aujourd'hui, mon frère a mal. Il y a quelques semaines, mon téléphone a sonné. Après plusieurs tentatives pour se parler, j'entends enfin sa voix. Je comprends dès les premiers mots que ça ne va pas. Je n'entends pas son sourire habituel. Il m'annonce une rupture. Voilà sept ans qu'il partageait sa vie avec la plus belle fille du monde. Une jolie brune, silhouette parfaite, bonne humeur, gentillesse. La formule idéale. Je tombe des nues. L'an dernier, il avait déjà fait un choix similaire. Après un trimestre de tentatives vaines, il avait fait le choix irraisonné aux yeux de certains de démissionner de l'éducation nationale.

Aujourd'hui, il est libre. Il a défait tous les liens. Il lui reste des amis, et nous, sa famille. Pour le reste, il avance sans filet, sans attache. Il prend des risques. il a laissé derrière lui le confort de la vie de couple, du charmant appartement coquet, du contrat de fonctionnaire, de la petite vie bien sage. Il avance sans savoir vers quoi il va et il ouvre de nouvelles portes.

J'ai eu peur pour lui. Je me suis inquiétée de le voir prendre de tels virages. Mais je crois qu'il voit juste. Je crois qu'il a compris. Je crois qu'il a le courage de vivre.

rapace

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samedi 5 septembre 2015

Cette vérité, notre honte.

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Mais non, cet enfant n'est pas mort ! Mais non, il dort, il se repose, son corps est simplement là, posé sur le sable, avec ces beaux habits de petits garçons qui va faire sa première rentrée des classes. Il va se lever, sourire et partir à l'école, comme tous les autres. Les enfants ne meurent pas, pas comme ça. Mais non, ce n'est pas possible, un enfant de trois ans ne peut pas venir s'échouer sur une plage au XXIeme siècle, sous les yeux noirs des appareils photos...

Mais non, je ne vis pas dans ce pays, je ne vis pas dans ce monde, je ne suis pas de ces hommes, des ces femmes, de ces politiques, de ces occidentaux, de cette humanité qui n'en a que le nom. Je ne vis pas dans un monde où les frontières sont des lignes de démarcation, des murs parfois, des barbelés, où par peur, chacun se protège en fermant les yeux, où les hommes crèvent et ce monde s'enfout.

Et si pourtant. Et toi, pauvre conne, tu fais quoi, tu écris, tu n'as que tes mots, alors tu les tripotes un peu, ici, ailleurs, dans cette vaste vitrine de plaisanteries que sont nos écrans, qui nous laissent croire que non, on n'est pas de ces monstres qui regardent tout ça sans rien dire. On pleure, on crie. On se donne une contenance, on s'indigne, on "partage", on "aime" même, crétins que nous sommes, quand les mots nous manquent.

Et pourtant, je n'ai pas d'armes, j'ai des lamres, des mots creux, mon silence, mon respect et ma peine, qui viennent se serrer tout contre ceux de tous les autres, qui deviennent murmures fracassants, gênants, malsains, sur les réseaux sociaux, sur les chaînes de télé, à la Une des journaux, sur les blogs... A quoi bon, une indignation de plus, qui dans les vagues molles de notre société de mass média, viendra s'échouer morte, sur une plage, pour laisser place à une nouvelle focalisation, un autre scandale, plus dégueulasse, plus cru, plus éphémère.

J'ai honte, honte d'être là, assise, sans rien faire. Honte de ne pas trouver les mots justes, les actes forts et sensés. Je lis depuis des semaines les articles qui me permettent de comprendre. Je laisse faire, je suis de tous ces silencieux lâches. Je pense à tous ceux qui ne sont pas sur cette photo. Tous ceux qui souffrent, qui hurlent, qui se battent, qui s'épuisent, qui se meurent, dans notre silence.

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