lundi 4 octobre 2010

Savoir freiner.

Il est temps pour moi de reprendre une vie normale, plus calme et plus saine.

Hier, chez mes parents, après un repas copieux et bien arrosé, je me suis allongée dans l'herbe. Chacun est parti de son côté pour la traditionnelle sieste dominicale. Je me suis laissée aller sous cette luminosité généreuse et inattendue de début octobre. Ma tête a basculé sur la côté, bras et jambes en croix, j'ai senti dans mon cou la morsure du soleil. Sur une ligne allant de la naissance de mon oreille à ma clavicule, il est venu planter ses dents. Se laisser chatouiller par cette douleur  discrète et envahir par des idées réchauffées par sa bienveillance. Le moment d'une pause.

Je regarde avec un peu de recul mon mois de septembre. La vitesse et les prises de risques. La violence aussi des sentiments nés trop rapidement. Les premiers jours d'une relation ont toujours cette beauté naïve. J'ai su cette fois-ci les regarder avec l'objectivité de celle qui sait déjà. J'ai été spectatrice de cette aventure. Je me regardais d'au-dessus. D'abord, il y a toute cette tendresse. Les gestes sont doux car tellement nouveaux. On se découvre, le corps de l'autre, son parfum, la façon dont il peut murmurer des choses à l'oreille, tout ce qui le caractérise de sensualité et de nouveauté. Avec pour moi en plus cette fois le bonus de la transgression. Faire quelque chose qu'il ne faudrait pas faire. L'interdit et le danger donnent du goût, une saveur supplémentaire. L'idée de l'impossible et de l'impensable aussi. Et je me suis vue, à la fois victime et coupable, m'embarquer dans cette histoire, jouer le jeu des premières fois, me laisser ravager le ventre et la tête par ses mots et ses mains, tout en sachant qu'il y avait quelque chose d'artificiel. Jouer la comédie de celle qui y croit. Et j'aurais pu finir par y croire. Je pense que la boucle est bouclée même s'il aura été moins évident d'y mettre fin que je ne le pensais. On devrait toujours se contenter de ces premiers jours. Après, la passion s'évanouit, pour laisser place à des habitudes et des promesses. Je repense à ce roman d'Alexandre Jardin, Fanfan où le héros entretient cet amour naissant, prenant grand soin de ne pas franchir la barrière qui mène à la routine et à l'engagement. Jusqu'où peut-on aller ainsi ? Jeu dangereux !

Mercredi dernier, révélation. Il m'avait invitée à venir chez lui malgré la décision qui avait été prise deux jours plus tôt. Il vit chez sa mère et cette dernière avait été hospitalisée pour une opération prévue de longue date. Il avait lourdement insisté pour que je vienne le voir. Déjà alors, je savais qu'il fallait que je lui parle, que je sois plus claire quant à notre relation, bien que je l'avais déjà été quant à mon non-engagement. Je savais que ça n'irait pas plus loin. Mais j'y suis allée quand même, l'appel du corps sans aucun doute. Arrivée là-bas très en retard à cause de déviations et de routes barrées (autant de symbole qui auraient dû me faire rebrousser chemin), j'ai découvert un garçon différent. On ne connaît jamais vraiment quelqu'un tant qu'on ne l'a pas vu dans son élément. Il m'a accueillie dans un appartement qui aurait fait la joie de Valérie Damido, déco kitsch à souhait, canevas au mur, statuettes de chevaux lancés au galop, napperons brodés sur la télévision. Et au cœur de ce spectacle, ce garçon de 25 ans en survet' et claquettes ! De quoi vous assécher un océan de désir. Je me montre indulgente, il n'est pas responsable des choix esthétiques de sa mère. Mais quelques minutes plus tard, alors qu'il m'attire dans sa chambre, je suis prise d'un fou rire intérieur difficile à contenir. Des murs bleus recouverts de posters, un cadre de Scarface sur fond de dollar, un drapeau Bob Marley accroché devant la fenêtre. Et mon grand gaillard tout souriant planté au milieu. Et là, il a à peine quatorze ans. Et moi, je me sens une vraie buse de m'être foutue dans un tel pétrin. J'ai finalement passé la nuit là-bas, épuisée pour me lancer dans la route retour. Brutalité et tendresse pour cette nuit irréelle. Au réveil le lendemain, je saute dans mes fringues pour partir au plus vite. Il ne se lève pas et me dit juste comment rejoindre ma voiture.

Après ces quelques semaines tumultueuses, j'en arrive à une conclusion sage : on ne construit jamais une histoire à deux, on la construit seul. Je suis aujourd'hui convaincue, au regard des expériences passées que la notion de partage dans un couple n'est qu'un leurre, une illusion. On vit l'histoire qu'on se raconte, les paroles et les gestes de l'autre pouvant être interprétés librement, la confiance étant souvent toute relative. Vieille fille aigrie et frustrée me direz vous ? Désenchantée au moins, c'est une certitude. Et aujourd'hui, à bien repensé à mes relations passées, j'en arrive à me dire que tout ce que j'ai aimé, c'est moi qui l'ai apporté. Je suis donc capable seule d'être heureuse. Je suis capable d'être heureuse seule. Et je ne veux plus m'accrocher à cette idée chère à toutes les trentenaires célibataires que le bonheur arrivera avec mon prince charmant, ni même avec un quelconque compagnon. Le bonheur, c'est moi.

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mercredi 29 septembre 2010

La belle personne.

J'ai toujours aimé les rentrées.

Adolescente, je travaillais dans une librairie papeterie tout l'été et je voyais défiler dès début août les parents prévoyants et leurs listes à rallonges. On leur préparait leurs fournitures, glissant des stylos, des cahiers et des babioles dans de grands sacs en plastiques que les familles venaient rechercher plus tard. On commandait aussi des manuels scolaires qui arrivaient tout neufs et tout brillants et que je feuilletais discrètement, humant les parfums neufs, passant mes mains sur leurs pages glacées. J'imaginais avec plaisir l'usure que le temps allait imposer à tout ce matériel impeccable. Les pages cornées, les capuchons de stylos rongés, les gommes taguées... Et c'est avec grand soin que je sélectionnais de mon côté, aux premières loges, toutes les précieuses affaires qui allaient me suivre toute l'année, comme autant de grigris qui sauraient encadrer cette nouvelle étape. J'avais ce privilège d'être aux premières loges, dans l'antre des préparations.

La rentrée que j'ai préparée avec le plus de soin est celle de ma première année de lycée. J'idéalisais cette étape qui signifiait pour moi un passage vers l'âge adulte. C'était un synonyme de liberté, d'indépendance. J'étais pour l'occasion équipée mieux que jamais. J'avais cette année là travaillé dur. Je me souviens de ce samedi d'aout où nous sommes allés à la bourse aux livres qui se tenait dans la cour du lycée. C'était pour ma mère l'occasion de bonnes affaires, c'était pour moi le premier pas dans ce nouvel univers. Les jours qui ont suivi,  je me suis imaginée, électron libre, évoluant dans ce monde de "grands," enfin. Je m'identifiais à ces publicités Clairefontaine et Super Conquérant qu'on voyait à la télévision, dans lesquelles évoluaient des lycéens épanouis, dans des couloirs lumineux. Je croyais que ça aurait quelque chose du Cercle des poètes disparus. Puis il y avait ces longs couloirs aux hautes fenêtres, le marronnier de la cour, les salles de cours aux parquets cirés. J'idéalisais tout ça, je me voyais l'héroïne d'un film.

Puis la rentrée est arrivée. Je me suis avancée dans cette cour fourmillant de jeunes de mon âge et l'évidence m'a sauté au visage, je n'étais pas de leur âge. Je ne me reconnaissais pas parmi ces ado boutonneux et hurlants. Et je ne trouvais pas ma place. L'idée de la solitude cependant m'angoissais. Mes amies du collège semblaient à leur aise, dans leur élément alors que le regard des autres me perturbait au plus haut point. Sortir dans la cour au moment de la récrée était devenu une phobie. Si j'avais pu, je serais même allée m'enfermer dans les toilettes. Je me demande d'ailleurs si je n'ai pas eu recours à ce stratagème les mauvais jours. Je comptais les minutes qui allaient me ramener chez moi, dans mon cocon confortable, là où personne ne pouvait me juger, me regarder, m'aborder. Bien entendu, j'étais stupide, mais je regarde aujourd'hui ce monde avec un œil plus objective et je vois énormément de cruauté dans ce milieu. J'en venais à détester tous ces lycéens puériles qui ne semblaient accorder d'importance qu'à leur style, leur look, leurs amours... Pour contrer toutes ces angoisses et toute cette colère, je travaillais. J'alignais dans mes cahiers les mots, les schémas, les photocopies soigneusement collées et annotées. A midi, me rendre à la cantine me débectait. Manger au milieu de tous ces cris, ces bruits de bouches me hantait. Plus encore l'idée de ne pas trouver quelqu'un pour manger avec moi. Parfois, je ne mangeais pas. J'allais m'enfermer dans une de ces salles d'études, tout au fond du grand bâtiment. Celles qui étaient parfois baignées de soleil. Elles sentaient la craie et la poussière. Je m'y planquais parmi les quelques rares zombies qui s'y aventuraient. Collée contre un radiateur, je remplissais d'une écriture noire et serrée un grand cahier de mes mots d'inquiétude.

Avec l'automne est arrivée l'obsession. Dans mon bus, tous les matins et tous les soirs, il y avait ce garçon. Laurent, brun, grand, fort, avec les yeux de Knox Overstreet dans Le cercle des poètes disparus. Je me régalais de l'observer évoluant avec tant de facilité et de grâce dans ce monde hostile. Tout semblait lisse, il souriait, avait plein d'amis. Il était devenu mon petit plaisir quotidien et secret. Seule satisfaction de mes grises journées. Mais je voyais sans doute en lui quelqu'un qu'il n'était pas, j'idéalisais le personnage. Et jamais ne m'a même effleurée l'idée que j'aurais pu lui parler, l'approcher, le regarder dans les yeux...

Le printemps s'est pointé après un hiver de silence et de solitude et avec lui, j'ai su devenir une adolescente comme les autres, comme toutes celles que je méprisais. J'ai fêté mes seize ans avec une horde de boutonneux ivres, j'ai embrassé des garçons, j'ai fumé mes premières cigarettes, j'ai fait le mur pour aller à des soirées. Je pensais être seule au monde mais je n'étais qu'une copie conforme de toutes les autres.

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Aujourd'hui encore, chaque rentrée est une nouvelle promesse. La vitrine de tout ce qui pourrait arriver. Le moment des bonnes résolutions, l'odeur du neuf...

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mardi 28 septembre 2010

La raison.

Je ne devrais pas aller plus vite que ma vitesse, pourtant tout s'accélère. Je ne parviens déjà plus à suivre le rythme qu'on m'impose, que je m'impose.

Arrivent à grands pas des représentations théâtrale. Premier match d'impro de l'année jeudi et dans deux semaines, trois représentations de ma pièce sur un week-end. Côté boulot, j'ai tardé à m'y mettre et je me retrouve déjà avec des délais dépassés, des progressions qui n'ont pas été rendues à temps, des copies qui s'étalent sur mon bureau. A ne pas vouloir mesurer l'urgence de certaines situations, je me retrouve déjà coincée après un seul mois de cours. Il faut vite que je reprenne un rythme mais ma tête est ailleurs, elle se laisse aller à des futilités si agréables !

Hier soir, du haut de mes dix-sept ans, j'ai envoyé un texto à mon "amoureux". Je lui ai dit que ça ne pouvait pas durer, que c'était mieux si on s'en tenait à ça. Par texto. Comme une ado. Et je m'en suis mordu les doigts. Mais je souffle sur la flamme avant qu'elle ne me brûle. Très vite, ce qui ressemblait à un petit jeu sans conséquences m'a déstabilisée. Puis je repense à sa peau, à ses mains, à sa bouche et une vague lourde et innommable m'envahit. Il est venu à moi sans aucune raison, avec tout son courage et son culot. Il est venu me chercher alors que ça paraissait impossible. Il a su me trouver. C'était impensable. Et j'ai tellement aimé ça. J'avais besoin d'être bousculée. Le mot est si juste. Ma tête et mon corps. Il a su tout faire. Il a su me brusquer avec toute sa douceur, les mots, les gestes et tous ces éléments si inattendus. J'ai voulu dire stop sans savoir si c'était une bonne chose, mais je sens en moi les fourmillements d'un attachement et ça, je ne le veux pas. Ni avec lui, ni avec un autre. Je ne suis pas prête pour ça...

Alors, aujourd'hui, c'est comme après un incendie. Doutes et terres brûlées. Je ne sais pas ce que ça va donner, s'il va insister, si nous allons nous revoir. Je ne m'imagine pas construire quelque chose avec lui car nous sommes si différents, nos âges, nos centres d'intérêt, notre façon de voir les choses. Et pourtant, le courant passe. Ce serait réducteur de dire que nos corps se comprennent, mais c'est une réalité, il y a des choses qui n'ont pas à être dites. Il dit vouloir "être avec moi", "me voir encore et encore". Et moi, si impalpable, si fuyante, si hésitante. Je ne comprends pas. L'idée de laisser venir est tentante, mais je pourrais bien y laisser des plumes.

Et je me dis que si je devais vraiment prendre le risque de m'engager, il faudrait que ce soit vraiment fort, vrai, impeccable et imparfait à la fois, douloureux et délicieux.

Et toute cette vitesse qui m'ébouriffe.

romance

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lundi 27 septembre 2010

Lueur.

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A vouloir jouer avec le feu, on se brûle ! J'ai cette petite allumette qui crame entre mes deux doigts, je la regarde, sa lumière est si attirante, mais je sens déjà la chaleur qui va mordre ma peau. A l'instant, j'ai envoyé un message qui revenait à un souffle sec sur la petite flamme. Saura-t-elle résister ? Je veux me protéger, je crois que finalement, je suis plus en danger que lui. J'ai beaucoup à perdre et sans doute peu à gagner.

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mercredi 22 septembre 2010

Gnarkgnarkgnark.

Je crois que je suis en colère !

La copie de l'élève que j'ai sous le nez est tellement nulle que j'ai envie de la réduire en confettis, il a fait n'importe quoi, puis cette classe qui ne réagit pas, sont tout ramomos, je suis fatiguée, mes cheveux puent la clope alors que je les ai lavés ce matin, je fume trop et aussi, ils me saoulent à faire des travaux avec plein de bruits stridents dans la rue pendant que mes étudiants "essayent" de travailler, et j'ai chaud, et j'ai vu la météo à midi et parait qu'il va faire froid, et même que le dernier jour où il fait beau et que je pourrai en profiter, je suis enfermée entre quatre murs. Putain, aujourd'hui c'est l'automne, d'abord j'aime pas, c'est froid et mouillé et on nous enlève des minutes de soleil. Puis tout le monde trouve utile d'afficher une tronche d'enterrement de circonstance, moi la première. Je suis furax... L'été est passé trop vite, chez moi c'est le souk, les cours ont repris et y'a toutes ces choses que je voulais faire et que j'ai pas pris le temps de faire. Et encore ces paquets de copies et ce tableau excell à remplir pour demain et à renvoyer par mail et j'ai envie de dormir juste en y pensant, ou peut-être de pleurer...

Je crois que je suis en colère... Mais en fait non, j'ai juste mes règles.

Et puis quand je réfléchis deux secondes, tout ça j'y pense plus. La vie est trop simple en ce moment. Ce soir, je plaque tout et je monte à S. manger chez mon frérot, et je m'en fous de tout le reste parce que je suis en week-end.

Ni Dieu - ni maitre... Ni ragnagnas...

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lundi 20 septembre 2010

Des vertes et des pas mûres.

Délicieux ! Il n'y a pas d'autre mot qui me vient pour décrire les quelques jours passés. Une chose est sure, je n'ai pas encore pris mon rythme de rentrée. Je me rends en classe en dilettante. Mes cours sont prêts, je fais bien mes devoirs mais je n'ai pas cette pression habituelle qui monte. Il y a une vraie douceur qui caresse ces dernières semaines estivales.

J'enchaine des sorties, de nouveaux projets, j'en reprends d'anciens, je remodèle, je motive les gens autour de moi. Tout est possible, on peut le faire. Je suis peu chez moi, je file à gauche et à droite, souvent sur les routes...

D'abord, mon escapade dans les Alpes. Une petite fuite en avant, et puis aussi en arrière, à y regarder de plus près. Pendant trois jours, l'insouciance d'être ailleurs, coupée de ma réalité. Et curieusement dans un univers qui m'est familier ou en tout cas qui l'a été. Retrouver des repères qui ne sont plus les miens. Comme j'ai déjà pu le dire j'ai joué à cache-cache avec moi-même, avec celle que j'ai été, qui a évolué là-bas et qui m'a poursuivie trois jours durant. Je ne pensais pas retourner là-bas, je ne m'y étais pas préparée, partie sur un coup de tête même si ça semblait prévu. Je ne m'attendais pas sur place à être ainsi bousculée par mon passé. L'accueil a cependant été des plus agréables. Comme si rien n'avait changé...

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Puis à mon retour, j'ai retrouvé mon grand courageux, l'homme à la déclaration (quel contraste avec les mille questions : le doute face à la détermination), celui qui semble bien décidé à ne pas lâcher le morceau (ici, le morceau c'est moi). Je pensais avoir fait le nécessaire pour le dissuader. Notre premier rendez-vous s'était très bien passé (bien loin cependant de mes divagations). Tout ce qu'il y a de plus classique, des verres bus, des politesses échangées, un peu de timidité partagée, beaucoup de sourires et de regards qui en disent long. J'avais accepté de le voir pour l'écouter. Je pensais que ça tournerait vite en rond et qu'au bout d'une demi heure, il serait content de mettre les voiles. Il est resté deux heures et demi. Je retrouvais des amis ensuite pour une nuit de bringue, je crois qu'autrement, il serait encore resté. Après cela, malgré nos différences évidentes, il a multiplié les messages, plus gentils, tendres et provocateurs les uns que les autres. Impossible de se méprendre sur ses intentions... Même si je n'arrivais pas à savoir jusqu'où il serait capable d'aller. J'ai pris ça pour un jeu. Certes dangereux, mais après tout, plus pour lui que pour moi... Je l'ai revu mardi dernier, un peu dans le gaz à cause du manque de sommeil et des vadrouilles des jours précédents. Puis deux évidences se sont imposées au grand jour : c'est un ancien élève / il me plait. Que faire de ça ? Le laisser venir ? J'ai repensé à la valse de Stéphane, et j'ai décidé de danser...

Alors, quand il m'a dit "samedi, un ciné, ça te dit ?". J'ai souris et j'ai dit oui. Et samedi, il était là, avec ses grands yeux bleus toujours rieurs mais timides. On a bu quelques bières et sommes allés à la deuxième séance. Je n'ai rien compris au film. Inception. Une histoire de rêves piratés en plusieurs dimensions. J'aurais pu comprendre, si je n'avais pas bu tant de bières et si je n'avais pas été à ce point perturbée. Parce qu'il y a eu de belles interférences, tout d'abord, il a pris ma main dans la sienne. C'était si évident et doux que je n'ai rien dit. Il la prise contre lui et a glissé ses doigts tout le long de mon bras. Je sentais sa respiration et tout était tellement doux. Impossible d'essayer de comprendre ce que Leonardo Di Caprio trafiquait devant moi. J'ai tourné la tête plusieurs fois pour croiser son regard qui me disait, "je m'en fous de tout le reste, tu peux pas m'en empêcher". Puis bien sur, sa bouche est venue frôler la mienne, son souffle, ses lèvres si...  Tellement... J'ai chaviré. J'avais dix-sept ans et tout pouvait s'effondrer, je m'en balançais. Que c'était bon ! Le film terminé, j'étais toute sonnée. Nous sommes allés chez moi, on a sorti Lu. On a fumé une cigarette et de retour à l'appartement, on s'est enlacés sur mon canapé comme deux adolescents qui profitent de l'absence des parents. Ses yeux étaient plus rieurs que jamais. De nous deux, c'était moi l'adolescente sans aucun doute. Une vague d'insouciance m'a ruiné le cerveau. Carpe Diem et rien à faire de tout le reste. Je lui ai proposé de dormir avec moi, ça aussi, c'était une évidence. J'en ai oublié qu'il avait été mon élève, qu'il était bien plus jeune, que nous n'avions que si peu en commun. J'avais envie de sa peau, de cette facilité qu'il me proposait, de toute cette tendresse gratuite, sans contre partie. Le petit matin est arrivé avec un appel de ma sœur qui devait débarquer vingt minutes plus tard et qui nous a sortis du lit en urgence. J'ai juste eu le temps de sauter dans un jeans, de l'embrasser encore sur le trottoir devant chez moi et il est reparti comme il était venu, me laissant les yeux cernés du bonheur d'une nuit presque blanche en sa compagnie.

Depuis, échanges de messages plus doux encore que les précédents. Je suis consciente, même si je ne parviens pas à prendre suffisamment de recul, qu'il ne peut rien y avoir de sérieux entre nous. Je sais également qu'il a des sentiments pour moi (je suis incapable de dire lesquels) ce que j'ai du mal à concevoir mais que je respecte. Et dans ce contexte là, je ne voudrais surtout pas le faire souffrir en profitant de la situation. Certains diront sans doute que c'est déjà fait. Alors, je lui ai dit tout ça. J'ai essayé encore de le décourager.De le prévenir en tout cas.  Mais il reste aussi "motivé", même en ayant entendu qu'il n'y aura rien de plus entre nous. Plusieurs fois par jour, je découvre de petits messages sur mon portable. Juste pour prendre des nouvelles, pour dire qu'il pense à moi, qu'il aimerait être dans mes bras. Et derrière ces flots d'eau de rose, je découvre que je n'ai jamais vécu ça. Cette période de séduction si classique, si cliché, je ne l'ai jamais connue. Il y a toujours eu plus de violence dans mes débuts d'histoire. Ici, je crois que c'est un début qui ne peut mener nulle part, mais ce gars me plait : sa spontanéité, son courage, son culot, sa peau, ses yeux, ses mains, sa bouche... Chut !

Alors, je valse !

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dimanche 12 septembre 2010

Une autre vie.

Trois choses, très vite.

Un rendez-vous timide et des mots tendres depuis. Toujours plus précis, et moi qui sais que je dois le freiner dans son élan, pour qu'il n'ait pas mal. Je ne veux pas, je ne dois pas lui laisser l'espoir de quelque chose qui n'arrivera pas.

Un voyage prévu. Anodin et simple à mes yeux. Mais qu'il aura fallu justifier autour de moi. Et je réalise à travers ça que je m'en balance de ce que peuvent dire les gens, de ce qui est conventionnel.

Puis un retour dans les alpages. Un retour en arrière alors que pourtant je vais de l'avant. Et dans ces murs, dans ces rues, dans ces paysages, je cherche celle que j'ai été, avec peut-être même un peu de mépris, de supériorité. Comme un autocollant qu'on colle et qu'on décolle.

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mercredi 8 septembre 2010

Chamalow, tintamare et boule de cristal.

# 1 : A l'eau de rose.

Je m’avance à pas rapides sous une pluie lourde. Mes talons claquent au sol. Je bouscule une dame qui arrive en face de moi, cachée par son parapluie. Je ne l’avais pas vue, les yeux au sol pour slalomer entre les flaques. Je pousse finalement l’imposante porte vitrée du café où nous avons rendez-vous. Il est là, assis sur une banquette, les coudes sur la table, ses mains triturant un petit morceau de papier, un sourire timide aux lèvres. Je retrouve immédiatement son regard et j’y lis quelque chose de nouveau. Les derniers pas qui me séparent de lui semblent les plus durs. Maintenant, impossible de faire marche arrière. Il a bu un café, je suis en retard. Je lui colle deux bises froides sur les joues et je m’installe, cherchant, une contenance, une amorce. Mais je me sens vide et décontenancée face à cette situation inhabituelle. Il me dévisage et je ne peux faire autrement que baisser les yeux. Je comprends vite que ça va faire partie du jeu. Il lance finalement les premiers mots, parle de la situation étrange, du fait qu’il ne me connaît que si peu. Il plaisante maladroitement avec cette volonté évidente de détendre l’atmosphère. Je commande un thé et j’essaye d’effacer ce sourire niais qui trahit ma gêne. Les minutes passent, nous parlons de tout et de rien, et peu à peu, les tensions se débloquent. Sur le ton de l’humour, je balance ma première attaque en revenant sur le vif du sujet : les causes mêmes de notre présence. Je lui explique pourquoi je suis venue, pour ne pas lui fermer la porte au nez sans même lui laisser la possibilité de s’exprimer. Et il me parle, il avoue tout. Bien sur, il ne sait pas où ça peut aller, mais il sait ce qu’il ressent. Je lui plais, je lui ai toujours plu. Avant, dans une salle de cours, il était impossible d’évoquer le sujet. Ensuite, le temps a passé et il n’a jamais eu le courage de m’en parler, jugeant les choses impossibles. Puis nous ne nous sommes jamais revus. Et ce soir là, les mots sont venus, plus vite et plus facilement qu’il ne le pensait. Et il m’a trouvée réceptive alors qu’il s’attendait à ce que je n’entende même pas ce qu’il essayait de dire. Et finalement, nous sommes là. Ces quelques mots échangés détendent la situation, on sait pourquoi on est là, on ne fait plus semblant. Je lui explique mes craintes, je lui dis comment je vois la situation. Je me détends, je ris, de bon cœur cette fois. Et j’ai l’impression qu’on ne joue plus. Dehors la nuit tombe et je ne sais pas quelle heure il est. Nous quittons finalement le lieu pour boire une bière ailleurs. On se faufile entre les gouttes et je sens sa main dans mon dos. J’aime sa démarche, cette nonchalance, cette insouciance. On s’installe plus loin sur une terrasse, nous sommes les seuls et nous prenons place derrière le rideau d’eau qui déborde de la gouttière. J’ai un peu froid, il pose sa veste sur mes épaules. Nous parlons de nous, ce que je ne sais pas de lui, ce qu’il ne sait pas de moi. Beaucoup de choses, vaste sujet. Alors que je lui parle, son visage juste en face de moi, il fixe ma bouche. Il y pose un doigt qui m’interrompt. Il s’approche de moi, ses yeux semblent demander une autorisation. Tout semble suspendu. Je sens son souffle sur ma bouche, sa main sur mon épaule. J’ai l’impression que s’écoule une éternité avant que ses lèvres ne viennent toucher les miennes. Elles sont douces et son baiser est une évidence. Cependant, j’ai envie de l’arrêter. Mon corps a envie de se lover contre lui et que ce moment dure longtemps. Ma tête me dit que ce n’est pas raisonnable. Parce que je ne sais pas, je ne crois pas que cela puisse être sérieux. Certes, je suis attirée par lui, par sa bouche, ses bras, sa peau. Mais au-delà de ça ? Je ne fais rien, je le laisse faire, parce que c’est un délice. Il recule, me sourit, ses yeux bleus me fixant. Puis il me dit "Et toi ?"... Toute sonnée, je ne sais que répondre. C'est vrai, et moi ? Voilà plusieurs jours qu'il a fait le pas pour livrer ses sentiments, sans doute avec une certaine difficulté, et de mon côté rien. Je lui ai juste expliqué comment je voyais la situation, mais sans parler de lui. Il sourit toujours et balance juste un mot : "intéressée ?". Que répondre. Il se sert de mes propres attaques lorsque j'avais essayé de lui tirer les vers du nez deux jours plus tôt. Encore toute étourdie par son baiser, je parviens à articuler que je ne sais pas, que je suis un peu perdue, que je n'étais pas venue pour ça. Je sais au moment où j'articule ces mots que c'est faux, je crois que j'espérais secrètement que ça tourne comme ça. Il attrape mes mains et les prend dans les siennes. Il me dit juste "tu as le temps, j'ai tout le temps, je peux t'attendre, j'attends déjà depuis longtemps"...

 

# 2 : L'envoyer sur les roses.

Une heure que je suis assise là à l'attendre. Et pourtant, j'avais du retard. Il ne viendra plus. Et même s'il vient, j'aurais l'air ridicule assise là, dégoulinante de patience et d'espoir. Si seulement j'avais pris le temps de recharger la batterie de mon téléphone. Inutile de perdre une minute de plus. De toute façon, je suis épuisée, j'ai dormi quatre heures la nuit précédente et je sais que tout cela ne mènera à rien. Tant pis pour lui, moi je n'ai rien à perdre. Je sors du bar en me disant qu'il a eu la trouille, qu'il a pas eu les couilles et qu'il faut que je me grouille. Je suis en train d'avancer à pas rapides vers ma voiture, la tête dans le sac pour en extirper les clés quand au coin d'une rue, il manque de me rentrer dedans. J'oscille entre l'engueulade et le sourire. J'arrive pas à savoir. Et si je lui en collais une pour la peine et pour l'attente ? Il me devance et me colle deux bises. Il passe son bras autour de mes épaules et m'entraine avec lui, dans un flot de paroles. Il a eu un accident de voiture, enfin un pneu crevé, il dit être trop content de me trouver encore là, il m'a laissé une dizaine de messages sur mon portable. "Pour la peine, je t'invite à manger". Je n'ai pas faim mais je ne le lui dis pas. Nous nous faufilons dans une petite ruelle et nous entrons dans un petit restaurant bruyant, plein à craquer de monde, des gens qui rient et qui parlent fort. Il empoigne la grosse paluche du patron qu'il appelle par son prénom et celui-ci nous guide vers le fond de la salle où il nous installe à une petite table contre le mur. Tout est allé très vite et je ne suis pas encore arrivée. J'avais eu une heure pour me faire à l'idée qu'il ne viendrait pas et finalement, le voilà. Je ne sais pas ce que je fais là, je ne sais plus pourquoi j'ai accepté de le rencontrer. Je suis une conne, définitivement. Et me voilà conne pour une bonne partie de la soirée. Je suis étonnée de l'observer si bavard. Sans doute un moyen de se donner du courage. Mais plus il parle, plus je prends conscience du vide de ses paroles. Il meuble, visiblement gêné d'être là. Puis parfis, il me pose une question. Tout cela est tellement inconsistant que je suis incapable de répondre. Il n'attend pas et embraye à nouveau sur des banalités, tellement énervé que la réponse l'indiffère. S'il pouvait se débarrasser de tout ce stress, la communication pourrait peut-être devenir cohérente. Alors qu'il est en plein soliloque, je remarque ses ongles rongés, le trou de sa chemise, le fait qu'il est incapable de lever les yeux. Ce repas me semble interminable, et surtout minable d'ailleurs. Je ne me concentre plus que sur le moment de payer l'addition et de pouvoir me sauver. Quand ce moment arrive, je crois pouvoir comptabiliser quatre mots à mon actif. Pour sa part, il cause toujours. Et il a oublié sa carte bleue, donc je paye. Mais je serai prête à n'importe quoi pour que ça se termine. A la sortie du restaurant, il me fait les bises et me demande quand nous allons nous revoir... Silence radio. "Je ne crois pas qu'on va se revoir".

# 3 : carré rose

Quand je l'ai vu arriver, j'ai tout de suite su que ça allait mal tourner, c'est à dire que j'allais pas pouvoir résister. Il avait quelque chose d'allumé dans le regard, quelque chose qui dit tout et qui fait qu'on sait. Puis tout de suite, il y a eu ces gestes, quelque chose de chaud et de facile, d'évident. Il avait vieilli aussi. J'avais quitté deux ans plus tôt sur une fin d'année scolaire un grand ado et je retrouve un homme. Quand il s'installe en face de moi, je lis à la fois de la maturité dans ses gestes et ses mots et une grande timidité dans son regard. Très vite, il en vient aux faits et explique ce qu'il avait à me dire. Il trouve des mots justes et ne me demande rien. Bien sur, ça m'arrange, je ne sais absolument pas comment me positionner face à tout ça. pendant que nous parlons, j'observe ses doigts, la façon dont il les fait glisser sur la table, ses épaules carrées, la ligne de son cou. Et ses yeux qui parfois me déstabilisent parce qu'ils sourient. Heureusement arrive l'heure de se quitter. Je l'en avais avertis dès le départ, j'avais déjà une soirée prévue avec des amis, je ne pouvais lui accorder qu'une petite heure. Nous sortons du café et sur le trottoir, alors que je suis sur le point de tourner les talons, il propose de me déposer. "Il pleut, ma voiture est juste à côté". D'accord, c'est vrai que l'idée de traverser la ville sous cette pluie battante ne m'enchante guère, puis il me rassure encore en me disant que c'est sur sa route. Nous prenons une des rues adjacentes qui mène vers un petit parking en cul de sac, sans aucun éclairage. Il doit sentir mes craintes, car il me chuchote juste à l'oreille "T'inquiète, s'il y a des méchants, je leur fais la peau". Je souris et je le suis jusqu'à sa voiture. Une fois installés, l'erreur se produit. Ce qui ne devait pas arriver arrive. Sa main touche la mienne, par inadvertance, alors que je boucle ma ceinture. Sa peau touche ma peau. Rien du tout me direz-vous, mais ça fige tout. Apnée et regards qui se croisent. Je sens la crispation dans chacun de mes muscles. Il ne faut pas. Il ne fallait pas. Arrêtés, les yeux dans les yeux. Quelques longues secondes suspendues. Et dans un éclair nos bouches et nos souffles qui se mêlent. Violemment. Ses mains dans mes cheveux, ses doigts qui glissent sur ma nuque. et se faufilent sous mes vêtements La suite était inévitable, je le savais depuis la première minute. Nos corps se trouvent alors qu'ils essayaient de se mentir depuis plus d'une heure. Une réponse sans même qu'il n'y ait eu de question. L'évidence du plaisir, très vite, dans un brouillon, dans la pénombre. Des gestes instinctifs et faciles. Des soupirs et des mots trop sincères, crus. L'urgence. Je le savais, je ne cesse de me répéter que je le savais. J'écoute sa peau et chacun de ses secrets. Quelques longues minutes plus tard, tout se finit dans un cri, un soulagement. Il y a son sourire et le mien. Je sais qu'il ne mentais pas, je sais qu'il ne mentira pas. Je sais que c'est vrai.

# 4 : le pot aux roses

Il est arrivé le sourire jusqu'aux oreilles en vociférant "j'en reviens pas, t'es là !". "Ben oui, je suis là", j'avais même expédié des élèves qui avaient des questions à me poser pour être à l'heure. " J'y crois pas, ma prof de français qu'a accepté un rencard". Mouais, j'apprécie moyen le ton. Mais on va le laisser causer pour voir ce que ça donne. Il a pas de difficultés à trouver les mots, il est même carrément à l'aise et la situation le fait bien marrer. Le ton est radicalement différent de l'échange que nous avons eu deux jours plus tôt. Il se montre familier et affiche un petit air de victoire qui ne me plait pas du tout. Il insiste pour savoir pourquoi j'ai accepté, il cherche à ce que je le flatte. Je comprends vite que c'était une belle erreur d'être venue et je tente de mettre fin à ce calvaire. Alors que je suis sur le point de me lever, il sort son appareil photo, hilare et me dit vouloir un petit souvenir. Et il juge utile de rajouter "sinon les potes y vont jamais me croire". Je lui dis merde et je me sauve. Je rentre chez moi furax. Je savais pourtant que j'aurais du me méfier. C'était que de la gueule, un pari, un défi, de la provoc'. Et moi, je me suis pris une belle raclée en pleine gueule. Que ça t'apprenne ma vieille !

***

NB : pour vous expliquer, Mesdames, Messieurs, le pourquoi du comment de ce délire. J'ai passé aujourd'hui huit heures dans une salle de cours immense à surveiller huit pelés en examen blanc. Pas encore de copies à corriger, tous mes cours sont prêts, fallait bien que je m'occupe ! Désolée !

Verdict demain. J'avoue que des quatre versions, je sais pas bien laquelle choisir. Plus flippantes les unes que les autres. Je suis une psychopathe !

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Aux frontières du réel.

Tout commence par quelques mots sur un écran, tard dans la nuit. Un ancien élève avec lequel j’ai gardé contact qui prend de mes nouvelles, comme il le fait souvent depuis que je ne suis plus sa prof. Puis au milieu des mots anodins se glissent des remarques. A mon sujet. Agréables et qui en disent long. Pas toujours très fines, ça se veut justement « rentre dedans ». Des compliments évidents. Devant la gratuité des éléments, je me permets de creuser pour essayer de comprendre. Puis arrive l’aveu. Je lui plais, depuis toujours. Il me trouve intéressante, charmante. Il se dit « intéressé ». Je m’arrête à cette déclaration soudaine, avec le sourire niais que peut provoquer une telle surprise, quand il surenchérit en me demandant s’il est possible qu’on se voie. Bien entendu, la demande me surprend plus encore. Il veut mieux me connaître, il veut savoir où il en est. Il avance des arguments que je démolis un à un et tout ça se transforme très vite en un jeu auquel je le découvre très fort. Il a une belle stratégie et semble sure de lui. Derrière le gamin de vingt-cinq ans que je connaissais, insouciant et fantasque, je découvre un garçon déterminé qui a de toute évidence bien cogité son sujet. Le dialogue s’étale sur des heures, durant lesquelles je fume cigarette sur cigarette. D’abord amusée, je me retrouve vite inquiète. Ce que je prends au départ pour des boutades et de la provocation s’avère être en fait très sérieux. Bien entendu, le fait que je réagisse et que je ne mette pas immédiatement fin à cet échange lui a sans doute donné encore du courage. J’aurais surement du ne pas entrer dans son jeu. Mais c’était flatteur, c’était doux. C’était dangereux aussi parce que ce n’est pas n’importe qui. Il reste un ancien élève, certes majeur et libre de ses actes et paroles, mais le rapport entre nous s’est toujours limité à une salle de classe. Au fil de ses mots, je repense à ses sourires, à sa voix, à ses yeux. Et je repense également avec amusement à ce rêve fait il y a des années qui m’avait tant perturbée. Lui, un couloir plongé dans l’obscurité, ses mains sur ma peau, sa bouche sur la mienne. Comme tous mes rêves, beaucoup de réalisme et des images qui me poursuivent plusieurs jours. Je me souviens avoir été troublée en arrivant dans sa salle de classe et avoir soigneusement évité son regard les jours qui ont suivi.

Je n’ai jamais envisagé mes élèves comme des relations potentielles. Lorsque j’entre dans une salle de cours, je ne suis qu’une enseignante, la femme s’efface. Je me plais à dire que je suis asexuée. Pourtant, mes élèves ne sont pas des enfants et nous n’avons souvent que quelques années d’écart. Il y a déjà souvent eu des précédents, des déclarations faites devant la classe pour fanfaronner, des numéros de téléphone accompagnés de smileys griffonnés au bas d’une copie et même une demande en mariage faite genou au sol. Mais jamais rien de plus sérieux. Il m’est également souvent arrivé de voir des élèves en dehors d’une salle de cours. J’ai même tissé avec certains des liens d’amitié forts. Là, les choses semblent différentes. Il annonce haut et fort la couleur, ne tente même pas le guet-apens. Il joue franc-jeu. S’il m’avait simplement proposé d’aller boire un verre, parce qu’il est parfois de passage dans ma ville et qu’il veut me donner des nouvelles, j’aurais bien entendu vu les choses sous un autre angle. C’est courageux de sa part, mais avec le peu de recul que j’ai, je me dis qu’il y a peut-être simplement un défi derrière tout ça : toucher la prof inaccessible. Et je remets en question la sincérité.

Et que veut-il au final ? J’ai du mal à imaginer comment cela pourrait tourner. Une banale histoire de corps ? Une amourette ? Une vraie relation ? Aucune de ces propositions ne me semble envisageable. Pourtant, le trouble est là. C’est un beau garçon, très grand et fort, aux yeux bleus rieurs. J’ai souvenir de quelqu’un d’affirmé et de cultivé. Et j’arrive volontiers à imaginer à quel point il peut être plaisant d’être dans ses bras.

J’ai fini par céder. Je le vois ce soir. Un défi pour moi aussi, lui laisser la possibilité de dire ce qu’il a à dire. Voilà où j’en suis. Angoissée comme pour un rencard. C’est un rencard. Très particulier.

Puis ce qui m’amuse dans cette histoire, c’est le parallèle avec ce que j’ai osé faire il y a deux mois à peine : avouer à quelqu’un qu’il me plait. Le sentiment de difficulté, de prise de risque est encore tout frais pour moi. Surtout que dans mon cas, ça se termine par une belle gamelle. Du coup, je respecte son audace. Je ne veux pas lui claquer la porte au nez sans même lui laisser une chance. Puis, ce qui me plaît, c’est le contraste avec la trituration de cerveau que je viens de subir. C’est direct, il y a même quelque chose de violent dans la façon de faire. J’apprécie la spontanéité, le culot. J’apprécie qu’on me bouscule après tous ces silences et ces non-dits.

A propos de la gamelle, j’ai vu hier soir l’homme aux mille questions. Soirée anodine dans un bar après mon cours de théâtre. Je les rejoins tard, je suis alors agitée de questions intérieures. Et comme ça doit se voir comme le nez au milieu de la figure, on me questionne. Je réponds, malgré la présence autour de la table de Nam et de l’homme aux mille questions. Après tout, je ne leur dois rien, la boucle est bouclée, court circuit pour tous les deux. A mes mots, le premier sourit. Il me taquine, me cherche, se montre grossier, s’énerve pour des détails et finit par partir fâché sans dire au revoir. Le deuxième reste silencieux, bouche bée et prétexte finalement une grosse fatigue pour rentrer chez lui. Après leurs départs, ceux qui restent s’interrogent sur ces réactions. Personne ne sait vraiment ce qu’il y a eu avec l’un et l’autre. Pas grand-chose au final, mais quelques éléments qui leur auraient permis de comprendre peut-être ces réactions. Oui, parce qu’il parait qu’avant mon arrivée, tout ce petit monde était en pleine forme. Je ne m’attendais pas à ça. Peut-être un hasard, mais les yeux de l’homme aux mille questions m’ont interrogé. Comme s’il me disait « Déjà ? Tu es passé à autre chose ? Tu n’essayes même pas de te battre ? Ce n’était que ça pour toi ? ». Peut-être que l’interprétation que j’en fais est bien exagérée mais c’est comme ça que je l’ai perçu, je l’ai senti déçu. Et je me suis moi-même étonnée, finalement cette surprise me permet de passer à autre chose. Même si ça n’aboutira probablement à rien, je réalise que ça me permet de tourner une page.

Puis je lui en veux. Non pas que je cherche une vengeance, mais je n’ai aucune raison de le ménager compte tenu de ce qu’il m’a fait. Ce sentiment va sans doute s’estomper très rapidement et j’espère que plus tard, nous pourrons en reparler, mettre les choses à plat. Saura-t-il un jour me dire pourquoi il a joué à ça. Je ne perçois aujourd’hui les relations entre homme et femme que comme un jeu. Je ne parviens plus à y voir quelque chose de sérieux : futilités, doutes, enjeux trop personnels. Chacun ne pense qu’à ses intérêts ou a quelque chose à se prouver. Les notions de partage et d’échange, de découverte et de respect de l’autre semblent avoir disparu.

Alors voilà, à dix-huit heures, c’est dans cet état d’esprit que je vais m’avancer timidement vers mon lieu de rendez-vous, sous un ciel bas et pesant. Partagée entre le cynisme de celle qui n’y croit plus et la boule au ventre de celle qui sait que tout peut arriver. Remember, tout est possible !

petits_colis

Posté par Diane Groseille à 14:12 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

dimanche 5 septembre 2010

Episodes du possible.

Dans les rues de Berlin, une solitude la nuit. Mes tongs évoluent sur ces trottoirs vides. Au loin, un carrefour. J'y aperçois une silhouette en mouvements. En m'approchant, je constate le va-et-vient de la balançoire. Une jeune fille est installée sur une petite planche et se balance dans la pénombre. Pas un regard pour ce qui se passe autour, l'important est ici, les autres n'existent plus. En plein cœur de la ville, seule et insouciante. Un instant, cette jeune fille, c'est moi.

Plus tard, la grande place de Cracovie, baignée d'un soleil au zénith. Je traverse l'espace. Je suis seule, encore. Sur mon dos, mon sac vert contient tout ce dont j'ai besoin. Se résoudre à n'avoir que le minimum. Tout ce qui serait utile à une nouvelle vie. Et mes pas rythment alors une réflexion pleine de lumière : tout est possible. Ici et ailleurs, je suis celle que je n'osais pas être, je peux le faire.

Le Pont Charles un matin dans les premières lueurs du jour. S'être levé pour l'avoir pour nous tout seuls. Les cohortes de touristes ne sont pas encore arrivés jusque là. Et il est bon alors de déambuler dans ce contraste vide. Aller ensuite siroter un chocolat chaud et trop sucré dans le Starbucks des arcades et s'étouffer de ce muffin truffé de pépites. Satisfaits de cette petite récompense.

Puis les routes, la nuit et le jour. Ces paysages qui défilent et qui ne nous appartiennent que pour quelques secondes. Dans l'habitacle, l'effervescence de ce qui doit suivre. Partager la surprise de la découverte, être ensemble sans aucune autre raison. Se sentir responsable de tout ce que l'on construit.

Les belles étoiles, je suis là sur cette terrasse, dans ses bras, sous les lumières de quelque chose que je n'attendais pas avec cette possibilité. Je glisse mes doigts dans ses cheveux un peu trop longs, juste comme j'aime, je sens la chaleur de son cou et son souffle sur ma joue. Sans savoir alors que tout cela est éphémère, que tout cela n'aura que la saveur du moment.

Un soir d'aout, les gradins d'un concert. A mes côtés, ces personnes que j'aime tant. Je marche entre des inconnus, me faufilant au milieu d'une évidence : le volume. Il y a partout autour ce morceau. Un an plus tôt, je l'avais écouté en boucle pour tout ce qu'il symbolisait de liberté et de bonheur, alors que j'étais enfermée dans mon malaise et mon appartement. Les images qui l'accompagnaient alors étaient celles d'un idéal que j'ai atteint entre temps. Une fois de plus, la possibilité. Un an plus tôt, les notes étaient creuses et sourdes. Elles sont alors gonflées de joie et de réalité. Et je saute de cette évidence. Cours ! Cours ! Poney poney !

Hier, marcher aux côtés de ma Grand mère sur le carrelage chauffé par le soleil. Lui passer la main dans le dos alors qu'elle me raconte le rêve qui a interrompu sa sieste : elle, assise sur les bancs de son école.

Demain, d'autres possibilités. Ne pas fermer les portes, savoir que tout peut être interrompu à tout moment et tout peut commencer à chaque seconde. Élaboration d'une vie nouvelle : la savoir fragile pour mieux la modeler.

***

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Posté par Diane Groseille à 08:58 - - Commentaires [2] - Permalien [#]