vendredi 5 novembre 2010

Funérailles.

Ciel laiteux, air piquant. Les yeux secs et le cœur gros, ma sœur, mon frère et moi marchons vers l'église. Derrière nous suivent les membres de notre famille, réunie pour l'occasion. Certains ont même franchi des frontières pour être présents. Je n'avais plus mis les pieds dans cette église depuis dix ans et c'était déjà alors pour y faire mes adieux à quelqu'un. Lorsque je m'avance dans l'allée vers le cercueil recouvert de fleurs blanches, les bancs sont encore déserts. Tous les trois, nous nous installons au deuxième rang. La lumière et l'odeur du lieu me gênent dès les premières minutes. Toujours cette sensation d'oppression.

Tout ce qui suit n'est que colère (et je m'en veux). Encadrée par une sœur et un frère larmoyants, je serre es dents. J'aurais aimé simplement être là pour un dernier hommage à mon oncle. J'aurais aimé qu'on me parle de lui. Mais la messe aura duré une heure et demi. Et durant ces longs instants, j'ai senti gronder comme un raz-de-marée en moi cette révolte. Il n'a été question que du seigneur, de la vie éternelle, des cieux, et va gober ton hostie, et "debout" et "assis", et "amen" et "l'agneau de Dieu qui enlève le pêcher du monde"...Et le curée de se tromper dans les prénoms, d'en oublier un frère et de ne plus savoir dans quel village il est ! Et si peu sur mon oncle. Lui comme les autres n'est qu'un mouton dans cette industrie des funérailles. Pourquoi avoir confié la tache de lui rendre hommage à quelqu'un qui ne le connait pas, qui ne nous connait pas ? Lui qui n'était même pas croyant. Pourquoi passer systématiquement par cette étape ?

Je sors de cette cérémonie avec une boule dans le ventre. L'impression d'avoir été prise en otage. Mais je reste silencieuse et je macère dans mon ressenti. Je sais que ça n'a pas sa place. Je m'en veux de ne pas avoir su faire abstraction de tout ça, de ne pas avoir été simplement là pour lui et pour mes proches. Je m'en veux de m'être laissée aller à des considérations qui n'auraient pas du interférer. Je me tais. J'observe ensuite le fossoyeur, affublé d'un T-shirt smirnoff, laisser coulisser entre ses mains les cordes qui font descendre mon oncle dans la terre. Plus loin, à quelques tombes à peine, ma grand mère repose depuis dix ans et j'ai presque l'impression d'entendre son rire.

Ensuite, ces moments de partage. Une convivialité, des mots, une chaleur dont tout le monde a besoin. On est là, on s'écoute, on sait que tout ça a de la valeur, que c'est important et éphémère. On se prend une réalité en pleine gueule, celle du temps qui passe, de la roue qui tourne...

Je suis restée avec ma famille le lendemain, pour être là et parce que j'avais besoin d'eux. J'ai dormi dans mon petit lit de lycéenne, j'ai retrouvé cette maison fourmilière. Il y avait ma cousine Anna de Turin, douce sous ses airs de brute et tellement complice malgré la barrière de la langue (qui n'en est plus une après deux heures à ses côtés). Il y avait les cousins et cousines de mon père, gentils mais fuyants. Il y avait tous mes cousins et cousines qui vivent pourtant à deux pas de chez moi et que je ne vois plus du tout. Et il y avait ma tante, veuve souriante et discrète.

Et mon père au milieu de tout ça qui avait passé une semaine à galoper pour tout organiser et pour régler tous les aspects administratifs. Fort et fragile à la fois, il a su fédérer tout le monde, faisant fi de son chagrin...Et je ne peux m'empêcher de m'inquiéter pour lui, de le trouver taciturne et triste...

Rentrée chez moi, j'ai du mal à retrouver mes marques. Toutes les futilités des semaines passées s'évanouissent au regard de la mort. J'en réévalue mes priorités. Je me sens étonnamment bien, entourée de richesse dont il me faut profiter...

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mercredi 27 octobre 2010

Graphomanie.

En cette période de confusion et d'égarement, je multiplie les mots. Comme des bouées qui me maintiennent la tête hors de l'eau, comme des tuteurs pour ne pas partir dans tous les sens, comme des boussoles pour 'indiquer le chemin. Je griffonne, je tapote, je liste, j'élabore des plans d'écriture. Je reprends de vieux projets laissés en friche et j'en imagine de nouveaux. Je raconte la réalité et la fiction. Et dans cette brousse verbale, j'en viens à me demander si je ne vais pas m'égarer.

Diane en particulier connaît les derniers temps une vraie renaissance, après des mois de présence en pointillés. Elle a d'ailleurs eu droit hier soir à un petit ravalement de façade ! J'y viens très volontiers quand le besoin de mettre de l'ordre dans des idées confuses se fait sentir. J'exige structure de la pensée et sincérité. Ensuite, j'ai l'impression d'y voir plus clair. Mais n'est-il pas finalement plus risqué de vouloir à tout prix tout verbaliser et donner du sens ? N'y a-t-il pas un danger à tourner en rond ainsi autour de questions auxquelles seul le temps peut donner des réponses ?

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mardi 26 octobre 2010

La mort ce matin.

Mon oncle est parti. Après un an d'un cancer contre lequel il n'a pas pu lutter. J'ai encore pu le voir samedi. Il n'était plus que l'ombre de lui-même, sédaté, dans un lit jaune, il ne nous a pas reconnues, ma sœur et moi. J'ai vu l'effort dans ses yeux pour trouver la dignité et la lucidité. Heureusement pour lui, tout ça, c'est terminé.

Et je suis en colère plus que triste. Une colère amère et muette. Je ne parviens pas à trouver les mots. Elle se nourrit de mes peurs les plus obscures. Elle trouve sa force dans ce sentiment d'injustice. Et ça en devient physique, une envie de cogner, de sortir toute cette rage et ces sanglots douloureux.

***

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Les écorchés.

Emmène-moi danser
Dans les dessous
Des villes en folie
Puisqu'il y a dans ces
Endroits autant de songes
Que quand on dort
Et on n'dort pas
Alors autant se tordre ici et là
Et se rejoindre en bas
Puisqu'on se lasse de tout
Pourquoi nous entrelaçons-nous ?

Allez enfouis-moi
Passe-moi par-dessus tous les bords
Mais reste encore
Un peu après
Que même la fin soit terminée
Encore un effort
On sera de nouveau
Calmes et tranquilles, calmes et tranquilles

nappe_rouge

***

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dimanche 24 octobre 2010

Kafka sur le rivage.

Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme aussi. C'est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi ? Parce que cette tempête n'est pas venue d'ailleurs, sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d'autre. Elle vient de l'intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c'est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d'empêcher le sable d'y entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repère dans l'espace ; par moment, même le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête que tu dois imaginer.


Kafka sur le rivage, Murakami.

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vendredi 22 octobre 2010

Profil.

Je remonte la pente. Début de semaine difficile, comme j'ai pu le laisser transparaître ici. Mais je ne me laisse pas démonter. Je me suis interrogée sur ces larmes, cette faiblesse. Je n'ai pu m'empêcher d'y voir un retour de mes vieux démons. La force d'inertie des médicaments ne faisant plus effet, les revoilà ? Non, je ne crois pas. Je dois accepter aussi que maintenant que ce barrage chimique n'est plus là, ma vie peut connaître des hauts et des bas. Mes armes pour affronter tout ça, elles sont en moi.

Alors, j'ai attaqué cette semaine violente avec la patate. Mardi matin, coup de pied au cul. Et il me reste encore deux bonnes heures de cours et malgré les bonnes claques de cette semaine de trente cinq heures, je tiens le coup.

Tout ça, c'est ce que je considère comme "les doigts brûlés", prise à mon propre piège, à vouloir jouer à des jeux de vilains, ça s'est retourné contre moi. C'était inévitable. Je le savais bien au moment où j'ai commencé, mais fallait que je me fasse mal pour comprendre. Et même en le sachant avant de commencer, je voulais jouer quand même.

Cette semaine de travail fut radicalement opposée à la précédente. j'ai passé mes journées dans des salles de cours, à courir entre différents établissements, à me lever tôt pour assurer la préparation des cours, à corriger des copies dans l'urgence et, en transparence, la naissance de nouveaux projets, de nouvelles idées, de nouveaux souffles... La semaine précédente, je me couchais tard, je sortais jusqu'à pas d'heure et je mettais fin à des projets de longues dates qui m'empoisonnaient. Comme début septembre, je me sens à nouveau à un carrefour. Je vais me privilégier, me tourner à nouveau vers l'intérieur, égoïstement et partir pour quelques mois d'hibernation.

Petit bilan quand même sur les prétendants. Le jeune courageux ne l'est finalement pas tant que ça. J'ai su le décourager par toute mes remises en question et mes mises en garde (il a du me prendre pour un cinglée tellement j'ai été obligée d'en rajouter). Il semble bien loin maintenant, mais pas totalement effacé non plus. Hier matin encore, il prenait de mes nouvelles. Je crois que la prochaine fois, je serai plus tranchante encore, lui demandant clairement ce qu'il peut attendre ou espérer de moi et s'il a déjà compris, qu'il m'oublie et qu'il lâche définitivement l'affaire (nous ne sommes pas faits pour être amis et de toute façon, la formule "restons amis" n'est qu'une blague). Curieusement, il y a une petite voix en moi qui aimerait bien le revoir, qui me dit que je ne me suis pas donnée pour rien... Puis de l'autre côté, il y a celui aux douces paroles, celui qui veut être là et qui m'a pourtant menti. Ne sais pas ce que ça peut donner. Ne suis pas attirée par lui. Et en plus maintenant, me sens trahie, prise pour une buse. Je laisse ses appels sonner dans le vide, je ne sais pas que lui dire, même pas envie de faire l'effort de lui expliquer.

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Monologue.

Assise aux côtés d'un ami fidèle, à une heure tardive, dans un bar fashion du centre ville, une jeune femme semble tenir en équilibre sur un tabouret de bar. Petite jupette et bottes noires, mais attitude et vocabulaire de troisième mi-temps A l'ami imbibé, elle tint à peu près ce langage :

"Oh Roger, tu me remets une pression ! ... Nan, tu vois, je n'accepte plus ça. Je ne vois pas pourquoi je devrais encore l'accepter. Ce système me débecte, on en est tous là, à s'accrocher à cette idée écœurante que le bonheur passe par l'autre. Et pour ça, on est prêt à tout. On est formaté. Parce que depuis qu'on est minots, on nous fourre ça dans la crâne, ces conneries de prince charmant, de mariage, de couple, de finir sa vie avec l'autre. Eurk ! De la propagande ! On baigne dans un monde de mensonges. On se ment et tout le monde finit par adhérer à cette imposture. On en vient à mettre au second plan tout ce qui pourrait nous apporter vraiment du bonheur et tout ce qui devrait vraiment être important pour nous. On est corrompu par cette idée, tu comprends. Regarde tous ces stratagèmes minables qu'on est capable de mettre en place pour arriver à ses fins, la séduction, cette image vicieuse qu'on peut donner de soi pour convaincre l'autre... Prêt à manipuler, à embellir, à esquiver. Prêt à s'oublier soi-même. Pour finir dans un premier temps à l'horizontal et quelques mois plus tard déçu de découvrir que derrière tout ça, on est toujours soi-même, plus dégoutant encore qu'on ne l'était avant, d'avoir essayer de devenir un autre. On est des consommateurs, on consomme l'autre comme on achèterait un paquet de chips ou une paire de chaussettes. On veut que ça aille vite, que ce soit parfait et qu'on en ait pour nos efforts. Puis quand ça convient pas, on jette. On est dans une cour de récréation, à faire semblant d'être des adultes, mais on est resté ces sales gosses capricieux et égoïstes. Derrière l'autre, il n'y a que le reflet de nous-même, celui qu'on voudrait être et qu'on ne parvient pas à assumer seul. Un leurre je te dis, une mauvaise blague. De la lâcheté tout ça ! Je suis blasée et autour de moi, je vois défiler ces coqs qui paradent sur leur tas de virilité, plus faux les uns que les autres, avec juste cette volonté de se prouver qu'ils peuvent le faire, avec cette conviction qu'ils sont courageux de le faire. Et persuadés d'être de valeureux guerriers d'avoir ainsi jouer le jeu. Et ça vient te parler de sentiments, et ça te fait des promesses que tu n'as jamais demandées, et ça roucoule et ça envoie des textos pour se rappeler à ton bon souvenir et gagner des points. Ce n 'est qu'un jeu ! Et c'est pathétique, tu entends !... Oh Roger, ça vient cette bière ? Je suis à sec depuis dix minutes ! Qu'est ce que t'en penses ? Quoi je suis une vieille aigrie ? mais non, au contraire, moi j'ai tout compris, les autres baignent dans leurs illusions merdiques et vont de désillusions en désillusions. Y'a que moi qui vais m'en sortir, les autres vont baigner dans ce Walt Disney mielleux toute leur vie, à additionner les raclées et à cultiver malgré tout l'espoir qu'ils peuvent être heureux. Mais pour moi, plus jamais tu entends, plus jamais on m'y reprendra ! J'ai compris, Euréka, je suis sauvée... Et je vois tous ces trentenaires autour de moi, en quête du Graal, de l'idéal, de celui ou celle qui comblera leur vie creuse. Ils pensent que tout ce qu'ils ont pu accomplir ne sera rien tant qu'ils n'auront pas trouvé leur "moitié". Quelle erreur ! L'autre ne règle rien, il n'est pas la solution miracle à tous les problèmes ! Au contraire, vivre à deux c'est multiplier les problèmes ! ... Puis c'est pas une question d'hommes et de femmes. Cette opposition systématique entre l'homme et la femme ne tient jamais la route, on est tous pareils ! J'ai longtemps cru que dans ce domaine, les nanas éteint bien pires. On les voit toujours "fleur bleue", en attente désespérée de l'homme idéal, par opposition aux machos de base qui ne pensent qu'au sexe (et qui ont peut-être tout compris depuis longtemps au final). Mais même là j'avais tort, les hommes entrent dans le même jeu et ils le jouent à fond, attachant une telle importance à l'image qu'ils peuvent renvoyer d'eux mêmes, à tel point qu'ils finissent pas être aussi niais que les gonzesses... Je suis fatiguée moi, tu comprends. Et je crois que j'ai trop bu.... Mais bon, j'ai soif... Oh Roger, tu te sors les doigts du cul ou quoi ? Faut que je me la serve seule cette bière ou quoi ?..."

Sur ces mots, elle tape sur le bar, en perd l'équilibre déjà mis à mal par ses gesticulations et s'étale de tout son long dans l'allée menant aux toilettes.

***

pression

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

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lundi 18 octobre 2010

Dégout.

Y'a ces trucs qui sont dits au coin d'une table, un dimanche soir fatigué, devant une assiette de pot-au-feu. Une soirée improvisée avec des improvisateurs qui vient clore un week-end théâtral trop long, fatigant et décevant. Et ces mots anodins s'échappent de la bouche de mon interlocutrice, la blondinette. Des mots qui viennent sans le savoir mettre en évidence un énorme mensonge. Pas le sien et il est d'ailleurs sans importance de savoir qui, quand, où et pourquoi. Et dégoutée, épuisée, lassée, je laisse de grosses larmes rondes rouler sur mes joues. Nerveusement, je me dirige vers la fenêtre où j'allume une cigarette de rage. Je leur tourne le dos pour qu'ils ne voient pas ma fatigue. L'homme aux mille questions est là. Et je me dis à ce moment là, une fois de plus, que s'il ne devait y'en avoir qu'un, ce serait lui. Je sens bien que ma réaction met tout le monde mal à l'aise. Ils n'ont pas l'habitude de me voir comme ça. Je suis la fille forte, celle qui lâche rien, celle qui tient tout à bout de bras et qui se décourage pas devant la difficulté. Mais là, c'est trop. Ce n'est pas tant le mensonge, ni même son auteur qui me dérangent, c'est cette impression alors persistante d'avoir "pauvre buse" écrit en gros caractères sur mon front et ce depuis quelques semaines déjà.

Puis aujourd'hui, catastrophe. Le cumule de tout ce que je déteste et redoute. En montant dans ma voiture ce matin, j'étais déjà en retard et je laissais derrière moi un taudis. Mon horoscope auquel je ne prête d'habitude guère attention m'annonce une journée facile et pleine de bonne humeur. Je sais maintenant pourquoi je n'y prête pas attention. Je suis tombée vingt minutes plus tard dans un bouchon phénoménal. Puis la première classe que je vois ce matin me fait sortir de mes gonds : sur les quinze présents, pas un seul n'a fait le travail demandé. Zéro pour tout le monde et zéro fois quinze, ça fait toujours zéro.  La bonne idée me vient à la pause de consulter mon compte en banque : mille euros de découvert et toutes les traites citées plus tôt ne sont toujours pas payées. A midi, je pars errer dans les rayons d'un supermarché. Je me contente du minimum : quelques rouleaux de PQ, un filet d'oranges, de la lessive. Voilà des semaines que je n'ai pas pu faire de vraies courses. En passant à la caisse, j'ai des larmes dans la bouche en repensant aux propos de la veille, à la trahison et à ma naïveté. Dans l'après-midi, je voulais diffuser Harrison's Flowers à mes Bac pro qui travaillent en ce moment sur le journalisme. On me dit que la prise péritel est foutue. Je me laisse pas démonter, il me reste dix minutes pour en acheter une au supermarché du coin. Mais il se trouve que c'est en fait la sortie péritel de la télé qui est morte. Achat inutile, il va falloir trouver une autre solution. Alors, on panique pas, on va tenter avec un PC et un vidéo projecteur. Mais quand je veux sortir le DVD déjà installé dans le lecteur, celui-ci reste bloqué à l'intérieur. Je confie finalement l'engin au directeur, qui sera obligé de mettre un coup de tournevis pour le récupérer. Nouveau contre temps, on a plus le code du PC en question. Personne n'est foutu de me retrouver ce code. Pendant ce temps là, impro oblige, j'ai installé mes loulous dans une salle info et ils font des recherches sur un journaliste célèbre de leur choix. N'importe quoi ! Puis quand on finit pas retrouver le code, on réalise qu'il n'y a pas de sortie son ! On arrive finalement à lancer le film deux heures après l'heure prévue... Puis il y a une demi-heure, alors que mon cours marathon vient de s'achever, ma mère au téléphone qui m'annonce que mon oncle est mourant, il n'en a plus pour longtemps, il faut qu'on s'y prépare. Sinon, j'ai aussi pété ma thermos, foutu trois fois mon téléphone par terre et je me suis pris une châtaigne et tirant sur un câble. Puis il n'est que dix-huit heures, alors j'hésite à monter dans ma voiture, je voudrais juste me téléporter dans mon lit.

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oeil__toile

Edit : journée qui se termine par des larmes, encore, celles de la fatigue nerveuse que je ne maitrise plus.

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mercredi 13 octobre 2010

Sans contrainte, on tourne en rond.

Des hauts des bas. Semaine difficile et pourtant creuse. Je n'ai qu'une quinzaine d'heures de cours. Mais elle est plombée par le week-end qui arrive. Trois représentations de la pièce que j'encadre depuis un an. Ce qui devrait me faire plaisir et pourtant ça me contrarie au plus haut point. Parce que je n'ai pris aucun plaisir à travailler avec ce groupe. Ce qui devait être de la mise en scène s'est avéré être du babysitting. Il y a encore une semaine, le rôle principal ne connaissait pas son texte. Et qu'il est délicat de taper sur les doigts d'un monsieur de cinquante cinq ans ! Hier soir, je suis restée consternée devant ce qu'ils m'ont présenté en guise d'acte I. Aucun naturel, des décrochages en permanence, des incohérences, une crispation palpable et une mise en scène réduite à peau de chagrin. Je ne peux m'empêcher de me demander à quoi j'ai servi pendant un an. Mais comment travailler la mise en scène avec des comédiens qui tiennent leurs bouquins en permanence et semblent déchiffrer certaines répliques. J'y retourne ce soir pour la générale, je ne serai pas rentrée avant tard dans la nuit.

Heureusement demain soir, je m'accorde un break dans cette semaine contrariante : sortie mensuelle avec mes deux fêtards. Je sais qu'avec eux, j'oublie tout. Le temps d'une soirée, c'est insouciance et fous rires en chaine. La pression fait descendre la pression.

Pression de cette vie sentimentale qui n'en est pas une. D'un côté, le corps, de l'autre côté l'esprit. Un homme-enfant qui a su éveiller tant de sensualité face à un complice de longue date qui parle exactement la même langue que moi et qui a le même monde. Avec le premier, je n'arrive pas à parler et je ne m'imagine pas dans les bras du second. Paradoxe. N'est-il pas possible de me mixer les deux pour obtenir l'homme idéal ? Pour le moment, statu quo. Rien ne bouge vraiment. Je me rapproche du second alors que le premier s'éloigne, mais rien n'est joué. Je n'ai d'ailleurs pas envie de jouer. Puis pour clore le chapitre "midinette", l'homme aux mille questions qui erre toujours dans les parages laisse peser sur moi des regards qui en disent bien trop long et que je ne suis d'ailleurs pas la seule à remarquer.

Pression de mon compte en banque. Je suis ruinée. Les indemnités ASSEDIC que j'espérais toucher cet été ne m'ont pas été versées. J'ai vécu trois mois sur les réserves. Les salaires du mois de septembre ont à peine comblé le vide. Je travaille moins que l'an passé et pour la vacataire que je suis, cela signifie avant tout "salaire réduit". Il faut que je comble les blancs dans mon emploi du temps pour que mon banquier ne me tombe pas dessus. Puis j'ai la taxe d'habitation à régler, les charges de l'appart', les pneus à changer et la révisions des 60 000 qui arrive au galop. Faudrait aussi que j'aille chez le coiffeur, que je change la cartouche de mon imprimante, que je développe certaines photos de cet été et dans quinze jours, Tine et moi avons prévu une escapade à Prague... Mais sinon, je gère !

Pression de cette vie qui file trop vite. Toutes ces choses que je voudrais faire* et pour lesquelles je ne prends pas le temps. J'ai beaucoup de mal à rester chez moi les derniers temps et lorsque le cas se présente, je suis d'une inefficacité ébouriffante. Je galope et je ne sais plus m'arrêter. Il y a toujours des éléments qui semble me bousculer, me rattraper, me culpabiliser. Difficile d'expliquer cette perception du temps et des choses si particulière en ce moment, comme une déformation de mon environnement, je suis tombée dans une faille spatio-temporelle.

Pression des gens autour de moi, que je voudrais soutenir davantage et pour lesquels je ne trouve plus les mots. Le Pooh surtout qui est rongée par ses envies de maternité au point que cela en devienne obsessionnel. Elle ne vit plus, les seules échéances qui jalonnent encre sa vie sont celles des rendez-vous chez les différents médecins qui distillent un espoir vicieux et aléatoire. Je voudrais qu'elle s'éloigne de tout ça, qu'elle retrouve sa joie de vivre, que ces nuages noirs quittent son ciel. Parfois, au bout du fil, j'entends dans sa voix la mélodie de cet enfant à venir et toute la force de ses attentes. Mais trop de fois, sa voix se fait lointaine et étouffée.

Je clos cette réflexion du jour avec cette citation issue de Winnie l'ourson (hommage au Pooh), "il n'y a pas d'urgence, nous y arriverons un jour"...

boule_osier

***

* [ arrêter de fumer - trier tous mes fichiers photo - reprendre plus que sérieusement le yoga - m'occuper de mon balcon  sur lequel fanent toutes mes plantes estivales - trier les piles de paperasse dans mon bureau - faire du parapente - ranger mon garage - mettre en vente les objets qui y trainent - passer plus de temps avec Lu - me remettre à la cuisine - faire un sport de combat - repeindre le bureau - aller à la piscine - dessiner - terminer le carnet de voyage de cet été - prévoir des escapades futures - Lancer de nouveaux projets de théâtre - Contacter les organismes de formation BAFA - Écrire des lettres - Écrire une pièce de théâtre - Faire du vélo - Lire - Faire de la pâtisserie - Faire des cadeaux - envisager mon futur professionnel sous un autre angle - ... ]

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vendredi 8 octobre 2010

God put a smile on my face.

[Attention lecteur, ce blog est en train de se transformer en mauvaise reproduction du Journal de Bridget Jones]

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On croit que ça va s'arrêter, et ça reprend de plus belle. Comme dans ces manèges à grande vitesse quand ça ralentit pour finalement repartir au quart de tour. Sensations fortes.

J'en étais arrivée à me dire que maintenant, tout allait rentrer dans l'ordre. j'avais su à nouveau un peu anticiper mes journées et mes semaines. J'avais recommencé à manger et à dormir "normalement". Le rythme effréné des dernières semaines semblaient s'apaiser. Moins d'idées folles qui me trottaient dans ma tête. On range soigneusement chaque chose dans son petit tiroir et on se concentre sur le quotidien.

Trois jours, j'ai tenu trois jours et mes bonnes résolutions sont parties en fumée. Et une fois de plus, les rebondissements ne sont pas de mon fait.

Mardi soir, avant mon cours de théâtre (de la mise en scène sur une pièce qui me casse les bonbons parce que les acteurs ne se décident pas à apprendre leur texte), je me rends chez un ami qui a des explications à me donner quant à une de ses décisions. Il fait partie d'un de mes groupes de théâtre et souhaite s'en éloigner. Je le sais avant de m'y rendre et je pense savoir ce qu'il va me dire à ce sujet car je crois bien le connaître. Arrivée chez lui, nous rions de bon cœur devant une bière en échangeant les banalités habituelles lorsqu'il se lance. Je sais que son départ du groupe est dommageable, il est un excellent élément, il apporte beaucoup et tout le monde l'apprécie. Cependant, j'écoute avec respect les différentes explications qu'il me fournit. Tout ça se défend, il a d'autres priorités et ne trouve plus forcément de satisfaction à jouer pour le moment. Puis, il y a autre chose... Je le vois gêné et hésitant. Je lui tire les vers du nez sans soupçonner un instant ce qui va me tomber sur le coin de la tronche. Il lâche le morceau : il a des sentiments forts pour moi, depuis longtemps, trop longtemps. Il s'est tu parce que le contexte ne permettait pas qu'il dise. Parce qu'il ne savait pas comment je pouvais réagir. Impression de disque rayé. Je reste comme deux ronds de flan. Impossible de lui articuler une réponse. Je le connais depuis des années, nous avons passé de nombreuses soirées ensemble, nous nous sommes confiés l'un à l'autre et derrière tout cela, je n'avais jamais rien vu.Bien sur, il me demande de me positionner par rapport à ça. Il veut une réponse. Et moi, confuse, je ne sais que lui dire. Je campe sur mes positions, je ne veux aucun engagement. Ni avec lui, ni avec un autre. Je ne m'imagine pas un instant construire quelque chose de solide avec quelqu'un, je n'en ai aucune envie. Vivre seule est un épanouissement de chaque jour, je me retrouve. 

Petite pensée à toutes mes copines, Tine en tête de file, qui ne pensent qu'à se caser. Et ma sœur à midi, alors que je lui explique la situation qui me dit avec amertume et ironie "Oh ma pauvre !". Et moi qui ne sait que faire de tous ces mots/maux. On ne jongle pas avec les sentiments des gens. Bien sur, cet enchainement des éléments est flatteur, bien sur, ça met du piquant dans cet automne naissant et ça me colle un sourire (ravageur, je vais finir par le croire) sur le visage. Mais je ne peux pas jouer indéfiniment à ce petit jeu.

Et je repense à cette même situation, il y a des années. Je sortais alors d'une relation de cinq ans avec celui en qui j'avais vu l'homme de ma vie. Pleine de désillusions et gonflée par cette nouvelle liberté, je rencontrais Jules. Il arrivait comme une fleur dans ma vie, je le connaissais pourtant depuis des années, il était l'ami, le complice de tous les délires d'étudiants, le confident. Puis sans l'avoir vue venir, une tendresse s'est installée entre nous. Il sortait lui aussi d'une relation longue et douloureuse. Nous nous sommes aimés de façon toute singulière, sans aucune promesse, sans aucun engagement. Et ça a duré deux ans, durant lesquels j'ai eu mal souvent, de ne pas lui offrir plus, de ne pas savoir voir loin. Je ne lui ai pas toujours été fidèle, il y a eu d'autres personnes, pour la tendresse, pour se prouver qu'on plait, pour le plaisir. Il le savait.

Est-ce de ça dont j'ai envie aujourd'hui ? Et est-ce possible avec lui ?

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