jeudi 20 mars 2014

Marcher vite.

Se réveiller sans bruit et s'étirer. La fenêtre est entrouverte et laisse entrer l'air frais. Se lever, boire un thé, dans le silence. Retrouver le fidèle compagnon à quatre pattes, blanc, frétillant. Ensuite, s'habiller vite pour sortir, appelée par la lumière. Prendre le rythme des pas, de la respiration. Ouvrir les yeux, encore un peu fripés de sommeil. S'émerveiller de trouver tout ce quartier dans le soleil, comme de le retrouver après un long sommeil. Marche vite, marcher loin. Voir un chien sans laisse arriver au loin, toujours les mêmes mots "attachez votre chien s'il vous plaît", toujours la même réponse "mais il est gentil"... Lu n'est pas "gentil", surtout avec les mâles, mais les propriétaires s'en balancent, de savoir que leur chien va peut-être se faire bouffer une oreille. Tant pis pour eux. Marcher encore. Ne plus y penser. Partout des arbres en fleurs. Les magnolias ouvrent leurs gueules en un cri qui va pourrir dans quelques jours. Plus loin, les vignes, plus personne, de l'air frais, le ciel trop clair, éreinté. Le souffle fluide. Sentir. Oublier. Puis penser à rentrer. Par un autre chemin. C'est un dimanche matin. On y avait pas pensé, mais on réalise. C'est sensuel un dimanche matin. Fin de matinée. Milieu de journée. Les fenêtres grandes ouvertes sur le dedans des maisons. Les odeurs de repas. Ceux qui mijotent depuis des heures, les viandes grillées, les épices. Tout ça se tricote à des odeurs de lessives gonflées par le vent. Par ces ouvertures se faufilent aussi les sons, des assiettes que l'on pose sur la table, de la vaisselle que l'on prépare, d'une discussion ponctuée d'un éclat de rire, d'une musique orientale un peu trop forte. Retrouver ma maison après plus d'une heure de marche, la tête vide d'idées, pleine de sens.

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lundi 10 février 2014

La salle des profs.

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Salle des profs : groupe nominal étendu composé d'un nom commun féminin singulier et de son complément, nom commun masculin pluriel. Le complément introduit par l'article partitif "des" (contraction de "de les") marque ici l'appartenance. La salle est aux profs. Cette appartenance est à comprendre comme un titre de propriété, elle exclut de fait logiquement tous ceux qui ne sont pas profs. On notera aussi l'opposition significative dans le groupe nominal entre singulier (l'unité "la salle") et le pluriel ("des profs")

***

La salle des profs est un écosystème. Les éléments le constituant développent un réseau d'échange d'énergie et de matière permettant le maintien et le développement de la pédagogie et de la discipline. La salle des profs est un écosystème très particulier composé principalement d'individus enseignant mais qui précisément, n'enseignent pas lorsqu'ils s'y trouvent. Des individus d'autres types peuvent interagir avec eux ponctuellement et bousculer les hiérarchies établies. On notera par exemple l'intervention souvent perturbante du chef d'établissement ou encore les passages rapides de surveillants ou de CPE. Les enseignants y interagissent et établissent une hiérarchie qui peut être changeante et cruelle. La salle des profs est le plus souvent délimitée par quatre murs mais peut à l'occasion comprendre des annexes (type salle informatique ou espace détente) dans lesquelles la hiérarchie peut être aussi bousculée ou remise en question temporairement. On assiste souvent au sein de cet écosystème à des influences de domination ou de soumission et, cas fréquent et cyclique, à des parades de séduction. Il arrive ponctuellement que cet écosystème soit le lieu d'humilition de certains individus ou encore de violences verbales, voire (rares cas observés) physiques.

Dans la salle des profs, le tutoiement est de rigueur, le port de cartables et autres trieurs est imposé, le stylo rouge est dégainé plusieurs fois par jour, certains individus ont même envisagé la greffe. La plupart des individus présente des similitudes, mais ils se distinguent quand même sur certains points et correspondent à une typologie particulière. Notons la présence de plusieurs espèces particulières dans cet environnement, ci-dessous, une classification sommaire :

La pie : même si vous ne l'avez pas vue, vous savez qu'elle est là. Elle signale sa présence par un flot ininterrompu de paroles, souvent inconsistantes et presque toujours sans interlocuteur identifié. Son seul objectif : combler le silence et le vide par ses babillages. Aucune connaissance des notions de respect et de politesse. Qualités d'écoute inexistantes.

Le paresseux : animal de l'ordre des fonctionnarus faineantus, invertébré proche du mollusque, il saura par contre se montrer étonnamment vif au moment de la dernière sonnerie de la journée et vous donner l'heure précise puisqu'il n'est pas question qu'il perde une seconde de son temps pour du travail supplémentaire. On identifie sa tanière aux tas de copies en phase de biodégradation qui s'y accumulent. Notez qu'il vaut mieux brosser l'animal dans le sens du poil car il est souvent syndiqué et pourrait bien se montrer contrarié.

Le cochon : c'est à son oeil brillant et à ses regards en coin que vous identifierez cet énergumène. Il ne manque jamais le décolleté de la jeune TZR ou la jupe cigarette de l'assistante d'éducation. Méfiez-vous, il semblerait qu'en période printanière, il laisse traîner ses grosses paluches.

Le vieux singe : il est toujours là, il guette les entrées et les sorties, commente chaque déplacement et semble avoir pris racine dans l'écosystème. Son casier (qu'on peut considérer comme un nid) contient tous les éléments indispensables à sa survie : petits gâteaux secs (DLUO juillet 1993), stencils, tisane d'épilobe bio... Il saura vous dire tout ce qui se passe et peut même vous proposer un arbre généalogique et de rares images d'archive du lieu et de certains spécimens qui y évoluent encore, tels des fossiles. En voie d'extinction. Nota bene : il peut vous apprendre à faire des grimaces. 

La dinde : on reconnaît cet individu à ses gloussements et à sa naïveté. Dans un premier temps, cette espèce peut sembler attachante, mais il faut se méfier, elle peut vite se transformer en parasite ou vous voler dans les plumes sans que vous ne compreniez pourquoi. A noter : on observe des comportements identiques chez la morue et la buse (qui peut être trois à elle seule les bons jours).

La vipère : attention, spécimen dangereux, sournoise par excellence, elle vous mordra quand vous vous y attendrez le moins, juste après vous avoir dit "bonjour" ou "merci pour le café". Elle sait aussi cependant très bien cacher son jeu et préférera distiller son venin en votre absence, ce qui ne manquera pas de vous empoisonner la vie. L'attaque est souvent gratuite et cruelle. Comportement proche de celui de la teigne.

Le caméléon : peu impliqué dans la vie de l'écosystème, il fera tout pour s'y fondre discrètement et en éviter les vicissitudes, il sait filer et adopter des tenues de camouflage. On le remarque au fait qu'on ne le remarque pas. Il est même parfois difficile de le nommer.

Le blanc bec : titulaire depuis peu de l'agrégation, le blanc bec est un volatile qui aime à souligner qu'il a été tri-admissible, qu'il envisage "un retour aux fondamentaux" et une «révolution culturelle de l'essentiel». En cas de doutes, on peut l'identifier avec certitude à l'utilisation d'un jargon pédagogique particulier, notamment les formules "il faut savoir que" et "force est de constater" ou encore des termes tels que "didactisation", "sémiologie" ou "apprenant". Curieusement, avec le temps, cette espèce peut évoluer en blaireau.

 

 

 

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dimanche 9 février 2014

Madagascar.

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Il y a quelques mois déjà... Une nuit...

Le jour, ailleurs, loin. Un soleil bluffant, aveuglant. Des menaces : je me cache, je cours, je m'enfouis. C'est la guerre, on nous veut du mal. Je ne suis pas seule, mais je crois que je ne connais pas ceux qui m'accompagnent. Comme moi, il sont là pour témoigner, pour dire la vérité, pour raconter ce qu'ils ont vu. Un énorme bateau est sur le point de quitter le port. La lumière écrase le sol. Nous n'avons pas le droit de monter à bord, nous attendons de voir l'énorme animal de métal se mettre en mouvement. Puis nous sautons sur une plateforme avant qu'il ne soit trop tard pour rejoindre le pont. Plus tard, nous sommes sur une île. Nous roulons sur une route qui surplombe l'océan, la mer en contre-bas est vivante, mouvante, énrgique et pleine de nuances de bleus. Nous nous rendons sur les lieux de la violence, la tension gronde, mais je sens le vent dans mes cheveux, je me sens libre et utile.

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mardi 29 octobre 2013

Oh ! Tonne !

Dans les feuilles rouges de savonnier,

Pousser les pieds

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Face à un emploi du temps sans cesse remanié,

Se démerder

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Avec une nouvelle vie à inventer,

sourire et avancer

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erable

C'est un bonhomme hiver qui se présente, et moi toujours si sensible à ces variations climatiques, à la lumière qui s'éteint, aux journées qui semblent s'étriquer, se racornir sur elles-mêmes, je reste un peu sans voix, dans l'ombre de sa grande silhouette qui s'avance vers moi. D'autant plus que cette année, les heures de soleil nous aurons été comptées. On les a attendues des mois, elles sont parties aussi vite qu'elles n'étaient arrivées Alors, je suis là, face à lui, toute petite, manquant de courage, n'ayant pas eu le temps de reprendre des forces.

De plus, cette saison est chargée de nouveautés. Ma vie est nouvelle, un virage. Après de longues hésitations, Gab s'est décidé à se rapprocher. Et c'est donc une nouvelle vie de couple qui démarre. Avec toutes les craintes que cela éveille en moi. Mais après trois ans d'hésitations, d'éloignement et de doutes, il fallait trouver une solution.

Ma vie de prof est en pleine restructuration aussi. "On vous avait dit, ma p'tite dame, que la crise allait vous tomber sur la coin de la figure". La voilà. Avec son cortège de fermetures de section, de réductions d'effectifs, de regroupements de classes. Et c'est sans compter les centres qui ne jouent pas le jeux et se montrent écœurants de mauvaise foi et d'hypocrisie (ou comment dégager une intervenante mi-septembre après des années de collaborations, via un mail de deux lignes)...

Mais on tient le coup. Et je ne cesse de me dire "à deux on est plus forts". Je veux y croire, je ne suis pas de ces trentenaires désabusées qui, frustrées et dégoutées, braillent "plus jamais" à ceux qui veulent bien l'écouter. Je sais, et il le sait aussi, que la vie de couple n'est pas une adaptation moderne d'un Walt Disney. Je sais que c'est dur, et que derrière les clichés dégoulinant de romantisme se cache à peine le monstre du quotidien. Je suis pleine d'envie et de joie.

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vendredi 27 septembre 2013

Stop ! In the name of love !

sucettes

J'ai arrêté le tabac, j'ai arrêté le café, j'ai arrêté les bonbecs, j'ai arrêté la télé, j'ai arrêté la viande.

Certains diront que je ne sais pas me faire plaisir.

...

Prochaine étape, j'arrête les cons.

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lundi 2 septembre 2013

L'hôtel.

Je change de route, je bifurque à travers champs. Pourtant, je la connais cette route, ses sinuosités et ses rebonds. Alors, les herbes hautes et les talus m'égarent. Puis arrive cette plage, que j'aperçois sous les feuillages. Je connais ce village depuis que je suis enfant et je ne savais pas qu'il y avait une plage ici. Je m'approche et se dessine sous mes yeux un grand bâtiment, de bois et de béton, sur le rivage. Sans trop savoir pourquoi et comment, j'y pénètre. Aux étages, c'est un dédale de chambres et de salles d'eau, des pièces collées, agglutinées les unes aux autres, toutes reliées comme des cellules vivantes. Et au bout, j'aperçois une lumière et des éclats de voix. C'est une grande terrasse qui donne sur l'océan (en pleine montagne ?). Des vagues fortes déferlent en contre bas et des gens s'amusent sur cette plate-forme de bois. Des verres qui tintent, des gens qui dansent, une piscine trop petite dans laquelle la chaleur me fait plonger. Certaines personnes présentes me sont connues, des élèves, des amis. On m'explique que c'est nouveau, tiens, tu ne savais pas, on ne me dit jamais rien à moi... Réveil.

plage

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Septembre.

Matin frais et clair.

Limpidité et bonnes résolution d'une période de rentrée.

Retrouver l'écriture, un peu au moins.

Gonfler d'envies, d'idéal.

Aller vers le nouveau, l'autre, la richesse, sans crainte, avec joie, légère.

clochettes

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samedi 25 mai 2013

La toilette.

C'est une aire d'autoroute, un jour de pluie, un jour de grands voyages. Dans les toilettes d'une grande chaîne se mélangent les populations en pleine migration. Un noeud de routes. Les regards hagards, sonnés par tant de kilomètres, drogués de lignes droites, se croisent le temps d'un claquement de porte, d'un regard dans un miroir. Échanges uniques et éphémères. Une femme s'attarde devant un lavabo. Comme si personne ne la voyait, comme seule au monde. Elle se lave, elle trempe ses mains, ses avant-bras dans de l'eau fraîche, elle s'asperge le visage, le cou. Elle est belle, grande. La vie passée se lit sur sa figure. Elle a vécu, elle a vu. Ses grands yeux ne voient que son reflet. Elle me fait penser à ces photographies de nus de Willy Ronis ou encore à ces tableaux de Degas. Ces portraits d'intimités de femmes exposées. Je l'observe, quelques minutes, peut-être même pas et j'imagine cet homme qui l'attend dehors, cet homme pour lequel elle veut être belle et fraîche. Elle tamponne du papier absorbant sur son décolleté, passe sur sa bouche un tube de rouge au tracé impeccable et rajuste son chemiser avant de quitter élégamment les lieux pour poursuivre sa route.

Ronis_NuProvence

 

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mardi 26 février 2013

Quinquagénaire.

Lundi dernier, ma mère, le souffle coupé au téléphone, m'annonçait le décès de ma cousine. Elle avait quelque 50 ans. C'est le cancer qui l'a emportée, vite, sans laisser le temps à ses proches de s'habituer à l'idée, sans lui laisser le temps de se familiariser avec cette nouvelle. Je ne peux m’empêcher de penser que dans quinze ans, j'aurai moi-même cinquante ans. Quinze ans. C'est l'âge que j'avais quand j'ai fumé ma première cigarette, c'est la durée de ma carrière d'enseignante, c'est les années que j'ai partagées avec la plupart de mes amis... Où en serai-je dans quinze ans ?


***


J'ai cinquante ans. Je vis sur les hauts plateaux ardéchois, dans une toute petite maison de pierres. Je m'y suis installée il y a dix ans, fatiguée par la vie que j'avais alors choisie. J'ai vendu mon appartement et tous les biens que j'avais pour ne garder que l'essentiel. J'élève aujourd'hui un troupeau de chèvres, une cinquantaine de têtes de bétail, toute seule. Ma maison accueille très souvent des amis ou de la famille qui, lassés de la ville et de ses rythmes infernaux, viennent chez moi trouver un peu de calme. Ils viennent m'aider, cultivent avec moi mon jardin d'herbes aromatiques, font de longues balades avec mes chiens, m'accompagnent sur le marché vendre mon miel et mon fromage le jeudi matin, se reposent... Mais ils ne s'attardent pas, ils restent quelques jours et repartent courir, le cœur calme, la tête pleine de bonnes résolutions quant aux moyens de se préserver. Je les vois repartir avec le petit pincement au cœur de ne pas savoir quand je vais les revoir, mais c'est aussi un soulagement que de retrouver ma solitude. Leur présence m'est douce et agréable, mais elle me confronte aussi à mes difficultés à vivre avec les autres. Ici, mes journées sont bien remplies et je ne ressens aucune peine au fait d'être seule. Je passe l’essentiel de mes journées au dehors, été comme hiver, avec mes bêtes. J'aime sentir l'air sur ma peau, le plus souvent possible. Je me heurte à la rigueur des éléments, à la difficulté d'avoir sous ma responsabilité des vies, parfois malades, parfois souffrantes. La vie que j'ai choisie est aussi très physique mais je ne ressens plus la fatigue que j'ai pu ressentir dans ma vie d'avant, ce n'est plus une fatigue nerveuse, c'est une fatigue du corps qui ne connaît pas les angoisses de l'urgence, du rapport à l'autre et les obligations de l'anticipation systématique. Je vis au jour le jour, reproduisant des gestes mécaniques avec l'amour de mes bêtes et du travail bien fait.  J'ai également pris le temps d'approfondir ma pratique du yoga et je joue du violon tous les jours. Je me sens sereine, en paix avec moi même, en accord avec la nature qui m'entoure et les choix que j'ai faits.

BICBIC_NB***

J'ai cinquante ans. Cela fait cinq ans qu'est sorti mon premier roman. C'était un peu une surprise, j'avais écrit ces pages presque par hasard, très inspirée mais n'imaginant pas un instant ce que cela pouvait ouvrir comme portes. Dès son apparition dans les librairies, Azimuth s'est très bien vendu. Mon éditeur qui s'était d'abord montré hésitant m'a vite encouragée et l'année suivante, je lui proposais un recueil de nouvelles intitulé Attends, attends, dont les excellentes ventes m'ont permis d'arrêter d'enseigner. Il a été difficile de faire ce choix et pour ne pas prendre de décision trop radicale, j'ai décidé de continuer pendant une période de six mois de transition à mi-temps. Puis j'ai finalement mis fin définitivement à ma carrière de formatrice pour ne me consacrer qu'à l'écriture. Malgré les exigences de mon nouveau métier, je n'ai pas souhaité déménager à Paris, comme on me le suggérait. Je suis restée dans ma région pour mettrre un peu à distance la folie de la vie médiatique, j'ai mis en location mon petit appartement et je vis aujourd'hui dans un grand duplex du centre-ville, dont les baies vitrées et une grande terrasse donnent sur les toits. J'écris toujours, tous les jours et c'est peut-être aujourd'hui ma plus grande addiction. Les revenus assurés par mes différents bouquins me permettent même d'écrire aux quatre coins du monde. Je file souvent, sur un coup de tête, respirer la liberté et l'air d'un autre continent, m'imprégner d'une ville. Je m'y installe alors comme si j'y vivais, prenant le temps d'observer, de dessiner les particularités des habitants, le folklore du lieu. Je n'ai pas vraiment d'attache. Je multiplie les conquêtes, ne souhaitant plus m'engager auprès de qui que ce soit. Seuls quelques amis et ma famille ont encore de l'importance pour moi. Ils sont les derniers auxquels j'accorde ma confiance. Après le succès et la médiatisation de mes livres, les "amis" autour de moi se sont multipliés et avec eux les déceptions, les trahisons. Aujourd'hui, je dirais que je suis simplement prudente et que j'entretiens volontiers des relations superficielles, sans rien en attendre.

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J'ai cinquante ans. Je vis avec ma famille dans une grande ferme dans la montagne. Ma famille est le centre de toutes mes préoccupations. J'en ai fait ma plus grande satisfaction en supprimant de ma vie tout ce qui m’empêchait de profiter pleinement de sa présence. Je suis mère que trois enfants, une fille et deux garçons. A leurs côtés, je suis une femme heureuse. Je les regarde grandir avec beaucoup de fierté. Mon mari et moi avons fait de notre maison un lieu d'accueil et de partage. Nous y recevons des artistes, des écrivains, des comédiens. Le corps de ferme que nous avons racheté il y a dix ans a été transformé pour pouvoir accueillir des troupes, pour les loger et leur permettre de donner des représentations. Nous avons également aménagé une partie de l'ancienne grange en galerie où des artistes de la région peuvent exposer. Très vite, nos projets ont trouvé des interlocuteurs et ont pu voir le jour. Aujourd'hui, notre maison est un lieu multiculturel reconnu dans toute la région. Nous avons les dernières années développé notre activité sur de nouveaux créneaux. Le premier étage construit dans la grange est depuis peu composé de trois chambres d'hôtes que nous avons installées et décorées pour que les gens s'y sentent comme chez eux. Nous produisons une bonne partie de ce que nous consommons et nous proposons également de restaurer nos visiteurs, autour d'une table bien garnie des légumes de notre potager, du pain fait-maison et des fruits du verger. Dans ce contexte, nos enfants grandissent et semblent s'épanouir.

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J'ai cinquante ans. Je suis enseignante. Je vis dans un appartement dont je suis vraiment propriétaire depuis l'année dernière seulement. J'ai enfin fini d'en payer les traites. Je vis seule mais mes jours sont peuplés d'amis et ma famille est toujours très présente. Mon métier a bien évolué et me demande beaucoup de mon temps : j'ai repris il y a huit ans la direction d'un centre de formation dans lequel je continue d'enseigner. J'ai fait de l'étudiant la priorité de nos formation, laissant les enjeux financiers au second plan, mais cette politique semble aujourd'hui payante. J'ai composé mon équipe pédagogique d'enseignants avec lesquels j'évolue depuis des années, dans un climat de confiance et d'affinités. Puis j'ai lancé il y a bien longtemps déjà une troupe d'improvisation théâtrale qui, du statut d'assoociation est devenue professionnelle et embauche aujourd'hui à l'année une dizaine de salariés. Nous tournons dans la région et multiplions les interventions auprès d'entreprises, sans laisser pour autant nos spectacles de côté. Certains membres ont aujourd'hui embrassé une carrière de comédiens et commencent à se faire une vraie place dans le monde du spectacle. Je me vois vieillir avec parfois le regret de ne pas avoir fondé une famille mais la satisfaction de me lever tous les matins pour travailler, dans un contexte que j'ai aujourd'hui pleinement choisi.

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Voilà ce que pourrait être ma vie dans quinze ans. Ce sont des idéaux, pas des utopies. Ma vie sera peut-être aussi une combinaison de toutes ces vies... Ou toute autre.

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J'ai cinquante ans. J'ai arrêté de fumer il y a plus de quinze ans. Mais je suis malade. Il y a trois mois, je suis sortie du cabinet de mon médecin traitant avec cette information : je présente les signes cliniques d'un cancer de la langue et de la gorge stade 4...

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