dimanche 6 juillet 2014

Inquiétude.

L'inquiétude est ma matière grise.

Elle est cette tension qui me brise.

Elle s'insinue où jamais on ne l'attend,

Dans les interstices de chaque instant.

 

Elle est irritation, comme l'étiquette d'une chemise,

La lanière d'une sandale, la poignée d’une valise,

Et sans prévenir elle devient douleur ou sang.

Elle fait du passé et du futur le présent,

Pour écraser le moment.

 

Incantation de craintes,

Chant de lamentation.

brouillard1

«S’inquiéter, c’est comme prier pour ce qu’on ne veut pas»

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jeudi 3 juillet 2014

Comment casser son image.

Une station service au bord d'une route très fréquentée, en sort une jeune femme splendide, perchée sur des escarpins qui semblent le prolongement de ses longues jambes brunes. Elle ne marche pas, elle danse pour rejoindre sa voiture, une superbe Porsche 911 Carrera rouge (majuscules s'il vous plaît) garée en diagonale sur le parking. Sa chevelure ondulée accentue un port de tête majestueux et ses lunettes de soleil laissent imaginer un regard de star. Elle s'installe au volant du bolide, en claque la porte et cherche son reflet dans le rétroviseur. Elle attrape son sac, son smartphone qu'elle tapote, semble attendre quelqu'un ou quelque chose. Puis arrive le drame : en quelques secondes, l'image se disloque. Elle fourre son index droit dans son nez, le ressort, observe au bout de son doigt ce qui ne peut malheureusement pas être autre chose qu'une crotte de nez, inspecte méticuleusement la prise et... La gobe.

Assise à quelques mètres de là, j'en reste bouche bée. L'élégance incarnée vient de se muer sous mes yeux en une harpie obscène. Je viens d'assister à une transformation digne des plus belles scènes de Miyazaki, en pleine rue.

mini-jupe

***

 

 

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mercredi 2 juillet 2014

Du bruit.

« "L’enfer, c’est les autres", écrivait Jean-Paul Sartre dans sa pièce Huis clos. Permettez-moi d’ajouter : "L’enfer, c’est le bruit des autres". On oublie souvent que Sartre triche avec la réalité sensorielle dans cette pièce. Inès, Estelle et Garcin, ces trois nouvelles recrues de l’enfer condamnées à vivre pour l’éternité dans un salon Second Empire, n’ont pas de paupières et subissent un jour perpétuel. Heureusement, dans la vraie vie, nous pouvons fermer les yeux sur le Laid, l’Atroce et l’Embarrassant et accorder à notre vue une nuit de repos. L’odorat, le toucher et le goût ne sont pas dépourvus de défense non plus. Quand surgit une pestilence, on se bouche le nez ; par pur réflexe, nos mains se dérobent au froid et au chaud extrêmes, et nous portons à la bouche ce que nous voulons bien manger. Mais l’ouïe, le plus vulnérable des sens, n’a guère de paupière pour monter la garde et échappe avec peine aux assauts du bruit. Comme défense ultime, on peut se boucher les oreilles, mais c’est là une arme peu commode, en particulier si l’on soupe avec des amis ou tient la main de sa bien-aimée.

On ne dira jamais assez la souffrance, le désarroi et la rancoeur causés par le bruit. Pourtant, le bruit est bien l’une des dernières calamités que l’on essaie d’enrayer, et les souffre-douleur du bruit passent pour des faiblards et des geignards incapables de faire face à la musique du monde moderne. Mais le vacarme assourdissant des autoroutes et des boulevards, le vrombissement turboréacté des avions, le tapage lancinant des boîtes de nuits et des bars, l’assommoir journalier du métro, le viol de l’intimité par la télévision et le système de son du voisin, le saccage du silence perpétré par des motocyclettes réveillant une ville endormie à trois heures du matin comptent parmi les plaies de la vie moderne qui empoisonnent l’existence à petite dose, vous déboussolent et vous assaillent sans rémission jusqu’à ce que de guerre lasse, vous cédiez à leur emprise funeste. Non, le bruit est un mal si géant, si monstrueux que se taire à son sujet est s’en rendre complice. Il introduit la chicane dans les ménages, stresse le travailleur, dépassionne les amants, énerve l’enfant, étourdit l’adolescent et accable le vieillard. Il écourte le sommeil, parasite les bons moments de la vie, déconcentre l’étudiant et le créateur. Le bruit agit comme cette ancienne torture chinoise qui consiste à arracher à la victime cent bouchées de chair. Il siphonne, par petites succions mortifères, votre sève intérieure, jusqu’au total écervellement. Le bruit, comme la cigarette, abrège les jours.

Notre siècle en a été témoin, chaque progrès technique s’accompagne d’un bruit nouveau. Notre amour du progrès nous a fait admettre le train, la voiture et l’avion, grands bailleurs de bruit qui ont pénétré nos villes et les soumettent à un siège sans répit. À ces bruits colossaux, le progrès technique a ajouté des bruits insidieux, qui se sont insinués dans les maisons : le roulement de la sécheuse, le gargouillement du lave-linge et du lave-vaisselle, le ronronnement du réfrigérateur, le grondement du micro-ondes, les voix et la musique vociférées par la télévision et les haut-parleurs. C’est la vocifération du monde. Pourvoyeuse de bruit, la technique se met aussi à son service et voit à l’amplifier. Nous sommes béats d’admiration devant les merveilles techniques produites par les ingénieurs du son, synthétiseurs, amplificateurs, hauts parleurs de grande puissance, toutes machines qui exaltent le son pur de studio et font la joie de décibelomanes.

Le cloaque sonore des villes

Même si nous disposons de machines sophistiquées pour reproduire et amplifier le son, nous vivons essentiellement dans une civilisation visuelle, où l’ouïe le cède à la puissance triomphatrice de la vue. À preuve, le chaos cacophonique des grandes villes, où la composition du paysage sonore est le dernier des soucis des urbanistes et des gouvernements. Si on cessait de voir nos villes, d’en admirer les façades et la géométrie, et si on les écoutait un peu plus, elles sonneraient comme de véritables égouts de bruits. Cloaques sonores à ciel ouvert où se déversent avec frénésie tous les déchets sonores de nos machines roulantes et volantes, les villes ont été le théâtre d’un vandalisme éhonté, de crimes contre l’ouïe, comme la construction de ces autoroutes qui ruinent à jamais la quiétude des quartiers environnants (pensons à la catastrophe sonore qu’a été l’autoroute Décarie à Montréal). La pandémie vacarmentielle des villes laisse au citadin peu de possibilités d’évasion. Tous les jours, il doit en subir l’épreuve, sur la route, dans le bus et dans le métro. Les rues où il flâne l’assomment de leur rumeur et s’il va au concert, il devra payer son furtif bonheur musical de l’affront du tintamarre urbain. Comme vraie voie d’évasion, il y a bien sûr la campagne. Cependant, les citoyens ne sont pas tous égaux devant le bruit. Les mieux nantis fuient le capharnaüm sonore avec leurs bruyants bolides pour se réfugier dans leur chalet en bordure d’un lac (qui parfois en été, devient lui aussi un enfer avec la surenchère tintamarrifère des hors-bord et des motomarines). Les moins bien nantis végètent dans des appartements mal insonorisés, construits à la hâte par des propriétaires heureux de profiter du laxisme du législateur pour s’enrichir à bon compte.

Le cloaque sonore n’est certes pas propre à la civilisation moderne. La Rome antique étourdissait ses habitants d’un infernal vacarme qui sévissait jour et nuit. Le jour, ses rues se remplissaient d’une animation intense ; s’y pressait une foule torrentielle, excitée par les cris des colporteurs et des gargotiers, où résonnaient les leçons récitées à plein vent par les écoliers et les marteaux des chaudronniers. La nuit, s’ébranlaient dans les rues sans lumière les convois des bêtes de somme et de leurs charretiers, auxquels les empereurs interdisaient de circuler le jour. Des poètes comme Martial et Juvénal ont plaint le triste sort du Romain que le transit incessant et le bourdonnement des rues condamnaient à l’insomnie. Avons-nous enregistré quelque progrès sonore depuis les Romains ?

Quand la musique se fait bruit

Les Romains, nous dira-t-on, ne possédaient guère de tourne-disque, de lecteur laser, ignoraient tout de la sophistication de nos salles de concert et n’avaient pas de radio ou de télévision pour décorer leur vie domestique. Au bruit qu’elle sécrète à grande échelle, la civilisation moderne offre un contrepoison, une musique rampante et omniprésente, qui joue à toute heure, en toutes situations. C’est la musique flatueuse des ascenseurs et des centres commerciaux, celle qui languit chez le cabinet de dentiste, celle qui nous afflige au téléphone faute de téléphoniste disponible, celle qui bourdonne dans les gymnases et défonce les tympans dans les discothèques ou tout simplement, celle qu’on laisse jouer chez soi, comme bruit de fond qui meuble nos pièces. La musique est aujourd’hui de moins en moins un acte volontaire ; elle est de plus en plus subie. La musique commerciale qui gouverne maintenant les lieux publics est une espèce de fluide insipide, jeté là pour tromper l’ennui de ces lieux ou pour masquer des rumeurs parasites. Composée pour créer une "atmosphère", elle enlève plutôt aux lieux qu’elle doit égayer leur vitalité. Au début des années 1960, l’historien américain Daniel J. Boorstin avait remarqué comment la civilisation de l’image poussait la musique à devenir une activité secondaire, servant à accompagner la relaxation, l’amour, le travail, la consommation, etc. La musique devient un "flot homogène et sans fin" qu’on n’écoute plus mais dont on se sert pour remplir nos vides.

Dans le monde désenchanté qui est devenu le nôtre, le peuple ne se presse plus à l’église pour entendre les choeurs psalmodier. Délaissée par ses fidèles qui jadis communiaient avec elle au son des Kyries et des Alléluias, la religion chrétienne entre en concurrence avec une pléiade de sectes et de thérapeutes patentés de l’âme pour capter l’attention d’un peuple incroyant, qui écoute dans son salon des chants grégoriens, des valses viennoises, du Reggae et du Western, Charles Aznavour, Elton John ou les Pet Shop Boys. Pendant des siècles, le christianisme avait enseigné que la spiritualité passait par une alternance de silence et de musique. La vie monastique avait porté à sa perfection cette règle de vie. Elle s’est perdue aujourd’hui. Le recueillement, la prière et le silence paraissent des pratiques surannées ; et la musique, émancipée du service religieux, ne connaît plus de mesure pour arrêter de jouer à toute heure grâce au miracle technique des ondes et de la stéréophonie.

Au temps de nos aïeux, le bruit était synonyme de scandale. C’était même la punition dont on affligeait tout membre de la communauté qui en avait enfreint la morale. Ainsi, dans les villages québécois au XIXe siècle, les jeunes gens faisaient devant la maison d’un veuf qui avait épousé une trop jeune femme ou des personnes aux moeurs douteuses un charivari monstre, dont le bruit entachait à jamais la réputation de la victime. Aujourd’hui, le charivari est partout, et la fréquentation des lieux décibelogènes comme les boîtes de nuit techno est devenue un signe de distinction sociale. Quant au scandale, eh bien !, cherchez-le.

Les temples de la sonocratie

Les archéologues qui étudieront dans quelques siècles notre civilisation seront peut-être frappés d’étonnement en tombant sur nos disques, nos appareils acoustiques et ces lieux vides le jour que sont les boîtes de nuit. Peut-être croiront-ils y reconnaître les vestiges d’une religion du bruit. En effet, les danses frénétiques au son du Rock’n Roll, du Dance Music, du Techno et du Rap dans l’atmosphère psychédélique des discothèques hyper-équipées et les méga-concerts dans les stades avec leurs idoles lascives déchaînant une foule en transe ont remplacé les messes comme occasion de communion collective avec la musique. En fait, ce n’est pas tant la musique qu’on célèbre dans ces grands défouloirs extatiques, que la puissance technique du son portée à son paroxysme par des appareils dont le perfectionnement n’a pas de terme et auquel les chanteurs, usant de tous leurs charmes, ajoutent une charge érotique qui subjugue les foules. Ainsi s’affirment les discothèques, les bars et les salles de concert comme les nouveaux temples du bruit, où s’engouffre une jeunesse sacrifiant d’emblée la virginité de ses oreilles au grand dieu Moloch crachotant ses décibels à travers des monolithes hurlants. Ce sont des équarrissoirs des sens, où s’amalgament les sensations et où tous les interdits sont levés. Le délire technique des décibels crée entre les danseurs un écran sonore qui empêche toute véritable communication de se nouer et anesthésie l’ouïe. Cet écran qui abolit la parole donne néanmoins libre cours aux fantasmes. Dans la masse indifférenciée des corps en sueurs assommés par le boum-boum, on joue à touche-pipi, à presse-nichons ou on décroche du monde en sniffant quelque poudre hallucinogène. Le plus souvent, la musique qui est jouée dans ces temples est d’une grande pauvreté. À preuve, pour en mousser la valeur, on la flanque de vidéoclips clinquants et sulfureux et on exhibe sur toutes les tribunes l’image sexy de l’idole. Asservie à l’image, la musique ne vaut que par sa stridence et sa capacité de remplir les tiroirs-caisses. Tous les vacarmistes et pétaradaires qui sévissent dans les boîtes de nuit, les hebdos culturels, les studios de télé et de vidéo vous diront qu’ils officient pour la jeunesse, dont ils soulagent le désarroi. Foutaise que tout cela. L’industrie du décibel est une entreprise beaucoup trop payante pour que l’on baisse le volume. Les gens "in" s’éclatent les oreilles dans des discos, enrichissent les sonocrates de leur argent de poche et se découvrent dans la trentaine des problèmes de surdité. Les gens "out" se mettent des bouchons, se font taxer de ringards ennuyeux et aspirent à l’inaccessible silence.

Le rêve impossible d'une écologie sonore

La souffrance causée par le bruit n’est rédemptrice de rien du tout. C’est un flot de non-sens qui enlaidit notre existence et anémie notre sensibilité. Le philosophe Schopenhauer écrivait : « Le bruit est la plus importante des formes d’interruption. C’est non seulement une interruption, mais aussi une rupture de la pensée ». Le bruit est plus que l’interruption de la pensée. C’est rien de moins que l’éclipse de l’humanité en nous. Consentir au bruit, que ce soit aux détritus sonores de nos machines ou à la musique « eau de vaisselle » des magasins ou à la fournaise sonore des prytanées du décibel, c’est consentir à la barbarie que notre civilisation technicienne tolère et encourage. L’enfer, c’est le bruit en nous autres.

Les martyrs du bruit sont plus nombreux qu’on croit. Ils souffrent en silence, comme des animaux blessés par l’outrageuse modernité de nos moeurs stridulantes. Bien sûr, les médias, qui sont à l’affût du moindre bruit, font peu de cas de leur malheur, et les scientifiques, si prompts à montrer les effets délétères du tabac ou des hamburgers trop gras, semblent négliger cette cause si universelle de stress. Les physiciens nous annoncent que bientôt la science mettra au point des machines anti-bruit, qui annuleront les effets des ondes décibelogènes. Les souffrances provoquées par la technique trouveront-elles un terme avec elles ? Pour avoir la paix, faudra-t-il se promener avec des scaphandres anti-bruit et fonder une association des victimes d’acharnement acoustique, qui intentera à tous les fouteurs de bruit de méchants procès ?

Quant à moi, j’estime que le paysage sonore est une dimension aussi importante de l’écologie que le paysage visuel ou la préservation des écosystèmes. Pour en être conscient, il faut tout d’abord muscler sa sensibilité, avoir le courage du silence et savoir dire non aux paillettes brûlantes du bruit. Alors, la vraie musique, celle qui est écoutée dans sa pleine mesure, qui arrive à point et qu’on a eu le temps de désirer, n’en sonnera que meilleure. »

Marc Chevrier

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samedi 28 juin 2014

Des lacs & des montagnes.

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De l'espoir.

Cette année, pour faire face à un emploi du temps fragile, j'ai accepté beaucoup d'heures de cours particuliers. Cela faisait longtemps que mes centres de formation me proposaient assez d'heures pour ne pas avoir besoin de compléter. J'ai donc retrouvé les derniers temps les joies du face à face, mais aussi le plaisir de l'analyse littéraire, la plupart de mes élèves préparant le bac français. Une demoiselle en particulier m'a émue cette année. Issue d'un quartier populaire non loin de chez moi, elle a fait des efforts de travail et de régularité comme j'en avais rarement observés. Méticuleuse et dotée d'un très bel esprit d'analyse, elle souffre en revanche de gros problèmes d'expression. Nous avons tout fait pour qu'elle soit prête malgré tout. Hier, elle passait son oral et m'envoyait en fin de journée ce message d'espoir :

"Je crois que m'en ai bien sortie, si j'aurais pas eu cours avec vous, je pense pas que j'aurais réussi".

Bon, ben, voilà... On va croiser les doigts maintenant...Et pour finir sur une réflexion autour de ce même bac français, je vous propose (si lecteurs ici il y a encore) l'intitulé de la dissertation :

"D'où provient, selon vous, l'émotion que l'on ressent à la lecture d'un texte poétique ? Vous répondrez à cette question en vous fondant sur les textes du corpus ainsi que sur les textes et oeuvres que vous avez étudiés et lus".

cerises

 

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vendredi 27 juin 2014

Une journée de puces.

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Deux jours sur un trottoir, pour y vendre des livres. Deux jours sous le soleil d'une grande ville, la poussière sèche soulevée par les passages lents, ni vraiment dedans (pas de murs, pas de toit), ni vraiment dehors (un espace limité par le bord de la route, les limites du stand, cette ligne de pavés). Une attente. De l'acheteur, du moment d'un repas pris sur un coin de table, de la prochaine pause pipi, de la fin. Mais aussi le temps qui s'étire, qui s'effiloche comme un tissu déchiré. Et au-dessus de nous le disque de l'église qui temporise. Alors, prendre le temps. Ouvrir un livre, parmi les milliers exposés ici. Toutes ces couvertures bien alignées qui cachent des univers de mots. Sous chaque dos cartonné se recroqueville une histoire, un effort, un monde. Alors parfois feuilleter, sans perdre de vue le stand et gloutonner juste quelques lignes, sorties de leur contexte, les laisser ensuite se fondre et se diluer dans une imagination qui pour une fois n'a pas besoin de se concentrer sur un cadre. Puis c'est ça, hors cadre, avec ce temps qui fait des fils, on a de la place. On regarde les gens aussi, on leur imagine une vie, une identité, des envies et leurs frustrations. On les voit jouer la comédie du dehors, celle qui impose une image. On peut prendre le temps de voir aussi comment ils sont vraiment, ces stries de lumière qui passe à travers le masque. On a envie de les dessiner, et d'ailleurs, on le fait, sur un petit bloc, papier trop fin. On capte le mouvement d'une jupe, un regard derrière d'épaisses lunettes, une barbiche, des bras croisés trop serrés. Ce sont tous des lecteurs, une espèce de communauté qui se reconnaît. Qu'il lise de la BD ou de l'esothérisme, qu'il soit bibliophile ou fan de Marc Levy, le lecteur partage quelque chose avec tous les autres lecteurs. Cet amour de l'objet, celui qu'on va ouvrir, renifler, caresser, celui qui nous fait des promesses... Il est en quête de la "bonne" promesse, de ce petit livre qui, pour quelques euros saura lui donner satisafaction. On discute aussi, on s'écoute, on commente, on chipote, on réfute, on concède, on rit. On attend. A la fin des deux jours, la peau tannée et les jambes crayeuses, on remet chaque univers non adopté dans un carton, jusqu'à la prochaine fois...

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mercredi 25 juin 2014

Petite soirée entre amis.

Tu te retrouves dans un jardin pour une petite fiesta. Tes amis sont là, des gens que tu aimes beaucoup et qui comptent pour toi. Tu retrouves aussi certaines personnes que tu n'as pas vues depuis dix ans. La soirée s'annonce joyeuse et animée : un apéro, des salades, une belle terrasse. Tu ris, tu bois, tu te régales. Tu évoques des souvenirs déjà évoqués cent fois, de ceux qui deviennent presque mythiques, il font partie de la légende. La nuit tombe et les conversation parfois t'échappent un peu, plusieurs personnes parlent en même temps et les fil de discussion se mélangent. Mais tu entends très bien ces paroles. "De toute façon, dans cette société, faut être arabe pour s'en sortir, eux ils ont droit à tout, nous rien ! Si ça ne tenait qu'à moi, la solution serait évidente...". Tu as bien entendu. Ce cliché mille fois entendu et déformé vient de trouver écho dans la bouche d'un proche. Et jamais tu n'aurais imaginé cela possible. Tu te dis que 25% des électeurs sur les Européennes ont choisi le FN, ça fait un sur 4 et vous êtes 5 autour de la table. Tu t'étais pourtant toujours dit que ces électeurs, tu ne pouvais pas les connaître, ce sont les autres, ceux qu'on ne voit pas. Lycéenne, tu t'es battue contre ces idées, tu as vécu avril 2001 et aujourd'hui encore, tu essayes de véhiculer autour de toi la tolérance et la réflexion. Et ce soir, ces idées sont assises à ta table...

apéro

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mardi 24 juin 2014

Les Crados.

Message virtuel d'une vieille réac' à la jeunesse :

Lycéen, que tu sois fluo, plâtré, blond décoloré, coiffé/décoiffé, hipster ou autre, tu soignes ton style et tu penses que jeter tes détritus de bouffe (paquets de chips, canettes et autres boîtes de pizza) dans les buissons fait de toi un(e) rebelle glamour et chic. Saches qu'aux yeux de beaucoup, ce geste revient à faire caca en pleine rue ! Alors, sexy ?

jeune-herbe

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lundi 16 juin 2014

De ces jalousies qui renforcent.

Il y a quelques semaines, je refermais le livre de Maelys de Kerangal après l'avoir boulotté en quelques heures. Réparer les vivants. Une écriture dense, fluide, spontanée, familière, qui me laisse crispée et chargée d'ondes positives. Certains passages transmettent une tension si forte que les larmes gonflent dans la gorge. Je referme ce livre sur la route, entre Cannes et Colmar, dans une voiture lancée à vive allure sur les autoroutes suisses. Je suis contaminée par cette évidence de l'écriture. Sylvie Testud et Gamines m'avaient laissée il y a quelques années avec la même énergie. Contagion. De ces livres qu'on aimerait avoir écrits. Qui nous laissent jaloux. De ces pages si fluides qu'elles nous imprègnent les doigts de talent. J'ai voulu en savoir plus sur elle. Elle a 46 ans, je le découvre sur sa page wikipédia. Et en lisant ces quelques informations se dessine sur mon visage un sourire rassuré. "Ça va, il me reste dix ans pour en faire autant..."

***

"La rue est silencieuse, elle aussi, silencieuse et monochrome comme le reste du monde. La catastrophe s'est propagée sur les éléments, les lieux, les choses, un fléau, comme si tout se conformait à ce qui avait eu lieu ce matin, en arrière des falaises, la camionnette peinturlurée écrasée à pleine vitesse contre le poteau et ce jeune type propulsé tête la première sur le pare-brise, comme si le dehors avait absorbé l'impact de l'accident, en avait englouti les répliques, étouffé les dernières vibrations, comme si l'onde de choc avait diminué d'amplitude, étirée, affaiblie jusqu'à devenir une ligne plate, cette simple ligne qui filait dans l'espace se mêler à toutes les autres, rejoignait les milliards de milliards d'autres lignes qui formaient la violence du monde, cette pelote de tristesse et de ruines, et aussi loin que porte le regard, rien, ni touche de lumière, ni éclat de couleur vive, jaune d'or, rouge carmin, ni canson échappée d'une fenêtre ouverte, ni odeur de café, parfum de fleurs ou d'épices, rien, pas un enfant aux joues rouges courant après un ballon, pas un cri, pas un seul être vivant pris dans la continuité des jours, occupé aux actes simples, insignifiants, d'un matin d'hiver : rien ne vient injurier la détresse de Marianne, qui avance, tel un automate, la démarche mécanique et l'allure floue. En ce jour funeste."

clavier

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jeudi 12 juin 2014

Synesthésie.

La synesthésie (du grec syn, avec (union), et aesthesis, sensation) est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés.

Il y a quelques semaines, autour de la table garnie d'un restaurant exotique, un soir de semaine, il (ce même il dont il était question ici), me colle cette étiquette : "tu es synesthésique". Il a raison, et sans savoir le nommer, je le savais depuis toujours. Quelques exemples :

  • Depuis toute petite, dans ma tête, les prénoms ont des formes et des couleurs. La première fois que je m'en suis rendue compte, c'était en parlant d'une certaine Suzanne. Pour moi, ce prénom est orange et bouclé. Je peux l'affirmer avec évidence depuis que je sais parler. Je me souviens surtout de ma surprise en découvrant que les autres ne le voit pas.
  • La musique est colorée et peut avoir un goût. Je peux dire par exemple avec certitude que Where is my mind des Pixies est acidulé et que L'homme aux bras ballants de Tiersen est de plus en plus foncé et rouge.
  • Depuis que j'ai rencontré G., il y a plus de dix ans, je vois parfois des paysages en musique. Regarder des alignements de vignes en voiture me fait venir de la musique rythmée dans la tête.

Un jour, faut aussi que je parle de ma misophonie et plus sépcifiquement du fait que je pourrais égorger celui qui fait du bruit avec sa bouche...Mais sinon, je vais bien.


L'Homme aux bras ballants

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