lundi 10 février 2014

La salle des profs.

chaises-orange

Salle des profs : groupe nominal étendu composé d'un nom commun féminin singulier et de son complément, nom commun masculin pluriel. Le complément introduit par l'article partitif "des" (contraction de "de les") marque ici l'appartenance. La salle est aux profs. Cette appartenance est à comprendre comme un titre de propriété, elle exclut de fait logiquement tous ceux qui ne sont pas profs. On notera aussi l'opposition significative dans le groupe nominal entre singulier (l'unité "la salle") et le pluriel ("des profs")

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La salle des profs est un écosystème. Les éléments le constituant développent un réseau d'échange d'énergie et de matière permettant le maintien et le développement de la pédagogie et de la discipline. La salle des profs est un écosystème très particulier composé principalement d'individus enseignant mais qui précisément, n'enseignent pas lorsqu'ils s'y trouvent. Des individus d'autres types peuvent interagir avec eux ponctuellement et bousculer les hiérarchies établies. On notera par exemple l'intervention souvent perturbante du chef d'établissement ou encore les passages rapides de surveillants ou de CPE. Les enseignants y interagissent et établissent une hiérarchie qui peut être changeante et cruelle. La salle des profs est le plus souvent délimitée par quatre murs mais peut à l'occasion comprendre des annexes (type salle informatique ou espace détente) dans lesquelles la hiérarchie peut être aussi bousculée ou remise en question temporairement. On assiste souvent au sein de cet écosystème à des influences de domination ou de soumission et, cas fréquent et cyclique, à des parades de séduction. Il arrive ponctuellement que cet écosystème soit le lieu d'humilition de certains individus ou encore de violences verbales, voire (rares cas observés) physiques.

Dans la salle des profs, le tutoiement est de rigueur, le port de cartables et autres trieurs est imposé, le stylo rouge est dégainé plusieurs fois par jour, certains individus ont même envisagé la greffe. La plupart des individus présente des similitudes, mais ils se distinguent quand même sur certains points et correspondent à une typologie particulière. Notons la présence de plusieurs espèces particulières dans cet environnement, ci-dessous, une classification sommaire :

La pie : même si vous ne l'avez pas vue, vous savez qu'elle est là. Elle signale sa présence par un flot ininterrompu de paroles, souvent inconsistantes et presque toujours sans interlocuteur identifié. Son seul objectif : combler le silence et le vide par ses babillages. Aucune connaissance des notions de respect et de politesse. Qualités d'écoute inexistantes.

Le paresseux : animal de l'ordre des fonctionnarus faineantus, invertébré proche du mollusque, il saura par contre se montrer étonnamment vif au moment de la dernière sonnerie de la journée et vous donner l'heure précise puisqu'il n'est pas question qu'il perde une seconde de son temps pour du travail supplémentaire. On identifie sa tanière aux tas de copies en phase de biodégradation qui s'y accumulent. Notez qu'il vaut mieux brosser l'animal dans le sens du poil car il est souvent syndiqué et pourrait bien se montrer contrarié.

Le cochon : c'est à son oeil brillant et à ses regards en coin que vous identifierez cet énergumène. Il ne manque jamais le décolleté de la jeune TZR ou la jupe cigarette de l'assistante d'éducation. Méfiez-vous, il semblerait qu'en période printanière, il laisse traîner ses grosses paluches.

Le vieux singe : il est toujours là, il guette les entrées et les sorties, commente chaque déplacement et semble avoir pris racine dans l'écosystème. Son casier (qu'on peut considérer comme un nid) contient tous les éléments indispensables à sa survie : petits gâteaux secs (DLUO juillet 1993), stencils, tisane d'épilobe bio... Il saura vous dire tout ce qui se passe et peut même vous proposer un arbre généalogique et de rares images d'archive du lieu et de certains spécimens qui y évoluent encore, tels des fossiles. En voie d'extinction. Nota bene : il peut vous apprendre à faire des grimaces. 

La dinde : on reconnaît cet individu à ses gloussements et à sa naïveté. Dans un premier temps, cette espèce peut sembler attachante, mais il faut se méfier, elle peut vite se transformer en parasite ou vous voler dans les plumes sans que vous ne compreniez pourquoi. A noter : on observe des comportements identiques chez la morue et la buse (qui peut être trois à elle seule les bons jours).

La vipère : attention, spécimen dangereux, sournoise par excellence, elle vous mordra quand vous vous y attendrez le moins, juste après vous avoir dit "bonjour" ou "merci pour le café". Elle sait aussi cependant très bien cacher son jeu et préférera distiller son venin en votre absence, ce qui ne manquera pas de vous empoisonner la vie. L'attaque est souvent gratuite et cruelle. Comportement proche de celui de la teigne.

Le caméléon : peu impliqué dans la vie de l'écosystème, il fera tout pour s'y fondre discrètement et en éviter les vicissitudes, il sait filer et adopter des tenues de camouflage. On le remarque au fait qu'on ne le remarque pas. Il est même parfois difficile de le nommer.

Le blanc bec : titulaire depuis peu de l'agrégation, le blanc bec est un volatile qui aime à souligner qu'il a été tri-admissible, qu'il envisage "un retour aux fondamentaux" et une «révolution culturelle de l'essentiel». En cas de doutes, on peut l'identifier avec certitude à l'utilisation d'un jargon pédagogique particulier, notamment les formules "il faut savoir que" et "force est de constater" ou encore des termes tels que "didactisation", "sémiologie" ou "apprenant". Curieusement, avec le temps, cette espèce peut évoluer en blaireau.

 

 

 

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samedi 25 mai 2013

La toilette.

C'est une aire d'autoroute, un jour de pluie, un jour de grands voyages. Dans les toilettes d'une grande chaîne se mélangent les populations en pleine migration. Un noeud de routes. Les regards hagards, sonnés par tant de kilomètres, drogués de lignes droites, se croisent le temps d'un claquement de porte, d'un regard dans un miroir. Échanges uniques et éphémères. Une femme s'attarde devant un lavabo. Comme si personne ne la voyait, comme seule au monde. Elle se lave, elle trempe ses mains, ses avant-bras dans de l'eau fraîche, elle s'asperge le visage, le cou. Elle est belle, grande. La vie passée se lit sur sa figure. Elle a vécu, elle a vu. Ses grands yeux ne voient que son reflet. Elle me fait penser à ces photographies de nus de Willy Ronis ou encore à ces tableaux de Degas. Ces portraits d'intimités de femmes exposées. Je l'observe, quelques minutes, peut-être même pas et j'imagine cet homme qui l'attend dehors, cet homme pour lequel elle veut être belle et fraîche. Elle tamponne du papier absorbant sur son décolleté, passe sur sa bouche un tube de rouge au tracé impeccable et rajuste son chemiser avant de quitter élégamment les lieux pour poursuivre sa route.

Ronis_NuProvence

 

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vendredi 3 février 2012

Gla-gla.

Froid de canard. Ou de chien selon Lucien. Mais que c'est bon ! Je trouve ça sain, naturel, légitime. Et je souris de voir les chaines de télé comme l'an passé étonnées de faire le constat des saisons. Et derrière ce constat, il y a la bonne excuse pour se blottir chez soi. J'ai aimé sur cette semaine légère prendre le temps de siester sous une couverture, bien au chaud, avec mon Lu comme bouillotte. Et lui et moi nous échappons parfois à travers le givre, la neige et cet air glacé. Moi, emballée dans des couches épaisses de vêtements et lui, juste équipé son pelage blanc, partons le long des chemins désertés par les habituels promeneurs. Hier, j'ai cru perdre quelques doigts alors que nous affrontions un vent violent et pétrifiant.

vitraux

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mercredi 11 janvier 2012

Un banc.

Petit texte datant de juin 2011, mis en ligne aujourd'hui seulement.

"La semaine dernière, assise en plein soleil, de traviole, un pied sous les fesses, un livre d'Annie Ernaux à la main, je savoure un moment d'attente. Je constate alors que ces journées que je perçois souvent comme étant chargées ne sont qu'une succession de moments d'attente et que si l'on devait mettre bout à bout les vrais moments d'efficacité, on pourrait réduire la journée de moitié. J'attends ce jour là mes amis d'impro, devant la salle de théâtre. J'observe des scènes amusantes.

Cette petite fille d'abord qui arrive dans l'allée. Du haut de ses sept ou huit ans, le bidon en avant, elle beugle "Célia". Son cri qui se veut grave reste sans réponse ce qui de toute évidence l'agace fortement. Mais elle prend un air détaché, se baisse pour faire son lacet, se relève, crie encore une fois, crache par terre comme un vieux et part à la rencontre de la sourde avec une démarche de cow-boy.

Plus tard, quelques minutes à peine, une femme passe. Elle traîne un petit caba à roulettes derrière elle et semble chercher au sol quelque chose qu'elle a perdu. Elle me fait penser à Lu, la truffe basse, qui ne sait pas où il va.

Petit groupe d'enfants équipés d'énormes sacs d'écoles, comme des papillons qui se bousculent, ils entrechoquent leurs ailes et elurs cris.

Deux femmes voilées marchent lentement en s'appuyant sur deux poussettes, se parlant sans vraiment s'écouter. Sont dessinés sur leurs visages les soucis du quotidien, la fatigue et la lassitude.

 Mes amis arrivent, souriants, au compte-goutte, avec l'énergie et l'envie de partager ces deux heures que nous construisons chaque semaine ensemble, laissant nos préoccupations derrière nous le temps de rire et d'improviser."

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mercredi 1 décembre 2010

La vie sans...

20h32, mes bottes glissent sur la carrelage trop blanc d'une allée de supermarché désertée. Dans une main, un panier en plastique rouge, dans l'autre, le Libé du jour que je viens de choper machinalement sur un tourniquet. Ma tête pense à ce que je suis venue chercher dans ces rayons froids pendant que mes yeux s'arrêtent sur les mots que je lis. Le panier rouge tombe au sol dans un choc mou. Après quatre jours de quatrième dimension, j'apprends que ça n'arrivera plus jamais. Pendant quelques longues secondes, je reste figée, toutes mes pensées aux sombres héros de l'amer. Rude.

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dimanche 5 septembre 2010

Episodes du possible.

Dans les rues de Berlin, une solitude la nuit. Mes tongs évoluent sur ces trottoirs vides. Au loin, un carrefour. J'y aperçois une silhouette en mouvements. En m'approchant, je constate le va-et-vient de la balançoire. Une jeune fille est installée sur une petite planche et se balance dans la pénombre. Pas un regard pour ce qui se passe autour, l'important est ici, les autres n'existent plus. En plein cœur de la ville, seule et insouciante. Un instant, cette jeune fille, c'est moi.

Plus tard, la grande place de Cracovie, baignée d'un soleil au zénith. Je traverse l'espace. Je suis seule, encore. Sur mon dos, mon sac vert contient tout ce dont j'ai besoin. Se résoudre à n'avoir que le minimum. Tout ce qui serait utile à une nouvelle vie. Et mes pas rythment alors une réflexion pleine de lumière : tout est possible. Ici et ailleurs, je suis celle que je n'osais pas être, je peux le faire.

Le Pont Charles un matin dans les premières lueurs du jour. S'être levé pour l'avoir pour nous tout seuls. Les cohortes de touristes ne sont pas encore arrivés jusque là. Et il est bon alors de déambuler dans ce contraste vide. Aller ensuite siroter un chocolat chaud et trop sucré dans le Starbucks des arcades et s'étouffer de ce muffin truffé de pépites. Satisfaits de cette petite récompense.

Puis les routes, la nuit et le jour. Ces paysages qui défilent et qui ne nous appartiennent que pour quelques secondes. Dans l'habitacle, l'effervescence de ce qui doit suivre. Partager la surprise de la découverte, être ensemble sans aucune autre raison. Se sentir responsable de tout ce que l'on construit.

Les belles étoiles, je suis là sur cette terrasse, dans ses bras, sous les lumières de quelque chose que je n'attendais pas avec cette possibilité. Je glisse mes doigts dans ses cheveux un peu trop longs, juste comme j'aime, je sens la chaleur de son cou et son souffle sur ma joue. Sans savoir alors que tout cela est éphémère, que tout cela n'aura que la saveur du moment.

Un soir d'aout, les gradins d'un concert. A mes côtés, ces personnes que j'aime tant. Je marche entre des inconnus, me faufilant au milieu d'une évidence : le volume. Il y a partout autour ce morceau. Un an plus tôt, je l'avais écouté en boucle pour tout ce qu'il symbolisait de liberté et de bonheur, alors que j'étais enfermée dans mon malaise et mon appartement. Les images qui l'accompagnaient alors étaient celles d'un idéal que j'ai atteint entre temps. Une fois de plus, la possibilité. Un an plus tôt, les notes étaient creuses et sourdes. Elles sont alors gonflées de joie et de réalité. Et je saute de cette évidence. Cours ! Cours ! Poney poney !

Hier, marcher aux côtés de ma Grand mère sur le carrelage chauffé par le soleil. Lui passer la main dans le dos alors qu'elle me raconte le rêve qui a interrompu sa sieste : elle, assise sur les bancs de son école.

Demain, d'autres possibilités. Ne pas fermer les portes, savoir que tout peut être interrompu à tout moment et tout peut commencer à chaque seconde. Élaboration d'une vie nouvelle : la savoir fragile pour mieux la modeler.

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lundi 30 août 2010

Médocs.

Reprise des cours. Reprise de la structure. Se retrouver cadrée à nouveau par des horaires, des priorités, des objectifs. Peut-être qu'il était temps. La semaine passée n'a été que temps perdu et insouciance. Besoin de projets concrets à nouveau. Je retrouve mes repères. Je remarque, amusée, qu'enseigner est un réflexe. Des semaines que je ne me suis pas retrouvée ici et je reprends en quelques secondes mes marques, mes attitudes, l'inflexion de ma voie et ma répartie. Les objectifs aussi, si importants : mener tout ce petit monde à l'examen et faire en sorte qu'ils soient les mieux armés.

Armée, pour ma part, je pensais l'être avec mes médicaments. Je les ai pris consciencieusement durant de longs mois. le rituel de la petite pilule blanche du soir. Celle qui assure la stabilité, la constance et l'équilibre. Puis cet été, il y a eu tous ces mouvemnts, moi catapultée ailleurs, dans d'autres sphères, victime de failles spatio-temporelles. Puis les petits pilules blanches sont restées fourrées au fond mon sac de rando. Je me souviens de la course de ce samedi matin, dans les rues parisiennes, juste avant mon départ pour l'Europe de l'Est. Et je me revois entrant dans une pharmacie, petite moi, surmontée de cet énorme sac au sommet duquel culminait mon sac de couchage. Et la tête hilare du pharmacien constatant que j'avais du mal à passer la porte de son officine. Je venais me procurer la plaquette de "stabilité", la sécurité que je m'octroyais depuis presque un an. Puis ensuite, tout est allé si vite. J'ai du prendre mon traitement quatre ou cinq fois, épisodiquement. Trop fatiguée le soir et trop pressée le matin, je remettais toujours à plus tard le moment de gober la gélule miracle. Puis finalement, je ne les ai plus prises, emportée par cet élan d'euphorie, de nouveauté et de découverte. Je craignais un peu le retour, les conséquences. Bien que l'arrêt ait été progressif, il s'est fait sans aucun avis ou suivi médical.

Voilà plus d'un mois que je suis à nouveau naturelle:  plus d'artifices, plus de chimie magique. Et aucune différence remarquable. Peut-être plus de difficultés à me motiver pour certaines activités, mais les projets, les envies et le dynamisme sont toujours là. Je repense à ce reportage vu par hasard il y a quelques semaines : on y montrait des souris gavées d'antidépresseurs. Elles pédalaient comme des hystérique dans leurs roues. Dans la cage voisine, celles qui n'étaient pas traitées se décourageaient très rapidement et allaient se reposer. Il est peut-être temps que je ralentisse mon pédalage, tout simplement. Le reportage , paradoxalement, voulait mettre en évidence l'inefficacité des antidépresseurs et allait même plus loin en démontrant qu'ils pouvaient être à l'origine de suicides. Je n'ai pas tenu à approfondir le sujet. Aucune envie d'être influencée. Je savais juste que ça avait eu sur moi une certaine efficacité, peut-être la fameuse béquille dont m'avait parlé le médecin. Peut-être juste de l'auto-suggestion, effet placebo ou autre. Quoi qu'il en soit, j'arrivais à nouveau à avancer.

Aujourd'hui, je vais bien. J'essaye de ne pas penser à un risque de rechute. J'essaye de positiver et de me dire que je suis à nouveau moi-même et que peut-être même, je l'ai toujours été, au delà de cette crainte d'artificiel.

Prochaine étape : arrêter de fumer.


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vendredi 11 juin 2010

Hématome.

On se cogne, on se heurte à quelque chose que l'on attendait pas. Sur le moment, la douleur. Une douleur vive et surprenante. puis ensuite, avec le temps, on y pense moins. Elle s'estompe. Elle revient lorsqu'on remet le doigt dessus. Puis les jours passant, l'endroit du choc laisse apparaître une marque violacée, qui peut changer de coupleur et durer dans le temps, parfois bien au-delà de ce que l'on pouvait imaginer. C'est ensuite une douleur sournoise qui vient régulièrement se rappeler à vous et remémore le moment du choc, si inattendu.

 

La vie est faite de coups et de bleus. Elle surprend et blesse.On manque parfois d'air, on manque parfois de temps pour comprendre. On ne s'attend jamais à ce qu'elle nous prépare.

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Il marche sur le bord des routes. Je l'ai déjà vu des centaines de fois. ses jambes nues et minces trottent dans les broussailles. Il est toujours là, divaguant dans toute la ville à la recherche de "je-ne-sais-quoi". lui même le sait-il ? Sur son dos, un sac usé à la corde qui doit contenir sa vie. Sa barbe est longue et sa peau tannée par le soleil. Cet homme a dû souvent se heurter à sa vie. Il cherche surement aujourd'hui la réponse à toutes ces questions suscitées par les chocs du quotidien. Il cherche peut-être comment ne plu_s se faire mal en se détachant de tout ça.

Peut-on éviter ces douleurs ?

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lundi 15 mars 2010

De surveillance.

copies

Depuis la rentrée, comme il m'a supprimé de nombreuses heures de cours, mon employeur juge sympathique et généreux de me confier la surveillance des examens blancs (payée demi-tarif hein, parce que faut pas abuser non plus). Alors, sur chaque session, je me colle des heures durant dans ces grandes salles silencieuses et je guette. Au début, j'avais sérieusement l'impression d'y perdre mon temps, mais au final, je parviens à trouver cela très intéressant.

Bien entendu, ça me permet de faire tout ce que je ne prends que rarement le temps de faire, ou ce que je fais d'habitude trop vite. Corriger des copies, répondre à mon courrier, renvoyer des mails, finir ce livre posé sur ma table de nuit depuis de longues semaines... Tout cela d'un seul œil, l'autre étant rivé en permanence sur les tricheurs potentiels.

Mais c'est également un spectacle fascinant : observer ces élèves qui sont les miens en pleine concentration. Eux d'habitude si volatils et nonchalants, qu'il est satisfaisant de les voir en pleine recherche de performance. On en verrait presque la fumée s'échapper de leur oreilles, ça tourne à plein régime.

J'aime les voir arriver tôt le matin et installer sur leur table leurs petites bouteilles d'eau, leurs briques de jus de fruit, leur sgâteaux secs et autres barres chocolatées. Et au milieu de tous ces éléments soigneusement alignés, ils semblent également déballer toute leur bonne volonté, comme une concentration d'ingrédients pour réussir. Puis il y a ceux pour qui tout cela ne suffit pas et qui vont y ajouter une touche de chance ou de superstition : petits grigris, peluches installées à côté d'une trousse et dont le regard en plastique veillera sur des heures de travail.

On leur rappelle les règles incontournables : pas de portable, pas de coup d'œil furtif sur la copie du voisin, pas d'échange quel qu'il soit . Il y en a toujours un pour demander à partir de quelle heure ils pourront sortir. Puis, la machine est lancée avec le cérémonial de  l'enveloppe de kraft décachetée. Distribution des sujets.

Pendant les minutes qui suivent, c'est la découverte : les fronts lourds se penchent sur des énoncés qui semblent pondus pour les torturer. Les sourcils se froncent, les ongles sont rongés frénétiquement, les mains se frottent et les jambes semblent agitées de spasmes. Les premiers stylos commencent à gratter. On chiffonne un brouillon par ici, on barbouille du typex par là, on rature sauvagement au dernier rang.

Les heures passent. Chacun est sur sa lancée, dans son monde de réflexion, échafaudant mentalement la structure de son devoir, perdu dans ses pensées. On commence à bailler, à s'étirer, les paupières se font lourdes et la concentration fout le camp. Certains s'accordent une pause, grignotant un biscuit, rêvassant un instant, le regard perdu dans le vide, d'autres piquent même du nez. Je n'interviens pas, ils doivent gérer leur temps. Et j'avoue que ce spectacle me plait. Parfois, je vois dans cette réflexion intense apparaître leurs visages d'enfants : celui qui va mâchouiller son stylo, celui qui va tirer la langue en s'appliquant, l'autre qui enroule autour de ses doigt une mèche de cheveux, inlassablement...

Puis vient le moment où les premières copies sont rendues. Certains qui ont fini depuis un moment, déjà remballé toutes leurs affaires, attendent l'heure autorisée de sortie, les bras croisés. Ils s'échappent dès que c'est possible. Le premier suscite toujours un regard des autres, à la fois admiratif ( "il a déjà fini, mais comment a-t-il fait ?") et soupçonneux ("s'il sort déjà, c'est qu'il a rien capté au sujet !" ). Progressivement, la salle se vide. Les derniers regardent leur montre et semblent paniqués par le temps qui passe. Puis vient le fatal "posez vos stylos, c'est l'heure !". La salle se vide, on les entend faire des commentaires en sortant, échanger sur ce que chacun a pu faire.

Finalement, j'aime ces moments : c'est une telle rupture dans ce que j'ai l'habitude de faire. Il y a quelque chose de doux à les observer ainsi...

cours_et_smarties

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jeudi 30 juillet 2009

Le malentendu.

" - Qu'est-ce que ce mot veut dire ?

- Il veut dire tout ce qui à présent me déchire et me mord, ce délire qui ouvre mes mains pour le meurtre. n'était cette croyance entêtée qui me reste dans le cœur, vous apprendriez, folle, ce que ce mot veut dire, en sentant votre visage se déchirer sous mes ongles."

Le Malentendu, Albert Camus, 1958.


Je retrouve ces mots qui me trottaient dans la tête depuis des mois. Les mots d'une pièce jouée il y a une dizaine d'années. Les mots de la rage que j'avais à l'époque cherchée au plus profond de moi-même et sans doute surjouée, alors trop jeune et innocente pour connaître la force de ce sentiment. Aujourd'hui, je relis la pièce, je survole ces pages et les mots que je lis trouvent un écho dans un tiroir de ma mémoire, bien rangés. Dans la solitude d'une pièce sombre qui veut se protéger de la chaleur, je mesure l'impact de ces dix années.

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