samedi 2 janvier 2016

Faire passer la pilule.

piluleIl y a maintenant près de deux mois, je sortais de l'hopital avec de bien mauvaises nouvelles. Je suis restée à la maison pendant plus de deux semaines, dans un petit cocon de sécurité et de douceur, le temps de faire disparaître cette graine de bébé dans mon ventre, cette graine d'espoir dans ma tête. Gab m'a bichonnée, il a coffré ma peine de sa tendresse, à l'étouffer. Nous avons pris soin l'un de l'autre et nous avons pu "tourner la page". J'ai repris le travail avec motivation et énergie. J'ai repris ma place dans ma vie.

Mais depuis, sur injonction du médecin, je reprends la pilule. Le methothrexate est présent dans mon corps trois mois et serait toxique pour une petit bébé qui voudrait s'y installer. Il faut donc impérativement se protéger, de ce que nous souhaitons pourtant.

Voilà presque trois ans que je ne la prenais plus. Bien sur, il y a l'envie d'avoir des enfants, mais il y avait aussi ce refus de cette dose chimique quotidienne, de ce muselage hormonal. Alors, quand aux urgences, après m'avoir annoncé que je devais tuer cette grossesse, le médecin me demandait de reprendre la pilule, j'ai étranglé des larmes.

Mais, contre toute logique, tous les soirs, je gobe de nouveau, comme je l'ai fait des années durant auparavant, cette petite pilule, petit morceau de poison qui vient souvent se loger dans ma gorge si je ne la bouscule pas d'une gorgée d'eau pour la noyer. Se coincer comme pour faire savoir qu'elle ne veut pas passer.

Elle s'appelle Optilova. Romantique ! On dirait le nom d'un sex toy, ou d'un aphrodisiaque. Rien de tout cela. Une plaquette avec des pilule blanches et d'autres roses, à prendre en continu quotidiennement. Comme le petit chocolat du calendrier de l'avent, sauf que ça dure plus longtemps et que ça n'a pas de goût.

Je commence la troisième plaquette. Je termine ce mauvais cycle. Et puis on pourra repasser aux choses sérieuses.

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mercredi 23 septembre 2015

Journal de corps.

Voilà des semaines, des mois, que je me dois, c'est inscrit quelque part, de parler de mon corps. De lui parler sans doute. Parce que le dialogue a été rompu. Ou peut-être bien que même il n'y a jamais vraiment eu de dialogue. Il y a bien sur les exigences que j'ai envers lui et les douleurs qu'il me répond. Mais pas de véritable communication. Or moi, mon corps, nous nous approchons de la quarantaine. Et c'est peut-être les nombreuses années qu'il m'aura fallu pour comprendre, doucement, progressivement, parfois dans la souffrance, que ce n'est pas juste une boîte, pas juste une enveloppe. C'est un tout.

Parler de mon corps, parler avec lui, c'est accepter de le voir vieillir. Accepter que beaucoup de facilité est déjà derrière nous. Accepter que tout ce temps, il m'a envoyé des messages que je n'ai pas toujours su ou pas toujours voulu entendre.

Aujourd'hui, il change. En partie parce qu'il m'échappe, il s'inscrit dans le temps. En partie, parce que je le souhaite, me tournant davantage vers lui, à l'écoute. J'intègre donc une nouvelle catégorie, pour celui jusque là sourd et muet. Pour un dialogue, des questions, de moi à lui, de moi à moi.

corps2

 

Posté par Diane Groseille à 15:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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