jeudi 26 février 2009

Bulle.

J'étais arrêtée à un feu rouge, les yeux dans le vide, trop tôt le matin. J'ai fait pivoter le pare-soleil pour voir mon regard gonflé et cerné de fatigue. Et soudain, un rayon de soleil bien trop effronté pour la saison a su percer l'épaisseur des nuages, empilés les uns sur les autres comme de lourdes couvertures. Le rayon de soleil est arrivé dans ma pupille vide, comme une arme pointue. Et il a filé une grande baffe à mon cerveau endolori.

J'ai dormi. Je me suis rendue compte ce matin là, grâce à ce rayon de soleil que ça fait des jours que je dors les yeux ouverts. Je pars travailler le matin dans la nuit noire et lorsque le soir, je pousse la porte de mon appartement, il fait nuit aussi. Je n'y rentre d'ailleurs plus que pour dormir puisque mes journées sont épuisantes. Je m'effondre en général peu de temps après mon retour, souvent alors que je suis en train de lire ou de regarder une niaiserie à la télé, histoire de donner du sens à cette période d'inactivité. Je me console en me disant que c'est la période la plus difficile de l'année. Alors bien sur, je m'oublie, je fonce comme un petit bolide et j'en oublie de penser au reste, à moi en tant qu'individu, à l'écriture, à la lecture, à mes projets. Je me résume à mes fonctions professionnelles, au mieux à des relations sociales. Je me vois comme un robot qui remplit à merveille ses fonctions et qu'on éteint le moment venu.

Et ainsi, ici, je reste silencieuse. J'ai déjà longuement élaboré des messages qui ont été archivés dans les brouillons, voire effacés dès la fin de la rédaction. Ils étaient vides de sens. Ils ne trouvaient pas leur place. Les mots sont pourtant là, et je construis des châteaux de cartes et de verbes. Ils sont là, ils me poursuivent, ils veulent coller à chaque instant, ils me harcèlent même parfois. Mais le moment venu, lorsque je sens les touches du clavier sous mes doigts, je n'en vois plus l'intérêt et ils s'évanouissent. Je me suis longtemps posé des questions sur la raison d'être du blog. Aujourd'hui, j'oublie de me les poser. Et instinctivement, j'ai ralenti ma production de messages, insatisfaites des dernières lignes que j'ai pu écrire.

Depuis, les journées s'étirent et me laissent me retrouver un peu seule dans la lumière. Une décision a été prise. En fait, elle était prise depuis longtemps, elle a juste été formulée. Vraiment. Et elle changera radicalement les temps à venir. Vraiment. Je suis alors un peu perdue pour le moment, je ne sais pas encore si c'est une bonne décision et je ne prends pas conscience de tout ce que ça implique.

bourgeon_d_hiver

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samedi 17 janvier 2009

Veni vidi vici.

regard_fatigu_

Cette semaine j'ai vu la pluie se transformer en glace sur mon pare brise.
Cette semaine j'ai vu ma collègue se mettre les doigts dans le nez.
Cette semaine j'ai vu un kangourou aux yeux jaunes traverser la route dans la lumière de mes phares à sept heures du matin (sinon ma santé mentale va bien et mon frère en Australie aussi, j'ai eu un petit message de lui ce matin justement).
Cette semaine j'ai vu un élève croquer le bras de sa voisine, version "Alex le lion qui croque les fesses de son pote le Zèbre" dans Madagascar, et moi (manque de bol pour eux) je levais juste les yeux à ce moment là !
Cette semaine j'ai vu Le Cœur des hommes II, presque aussi bon que le premier, avec des dialogues toujours aussi savoureux et un Darmon toujours aussi charmant.
Cette semaine j'ai vu des barjos rouler à 200 km/h sur l'autoroute alors qu'il faisait moins cinq et qu'il pleuvait (si, si !).
Cette semaine j'ai vu le délire des hommes au journal de 20 heures.
Cette semaine j'ai vu Neb se régaler avec mon premier bœuf bourguignon.
Cette semaine j'ai vu les premiers épisodes de Dexter, bien blottie au fond de mon lit.
Cette semaine j'ai vu à quel point certaines personnes pouvaient être incompétentes, et à quel point il pouvait être agaçant d'avoir à faire leur travail à leur place.
Cette semaine j'ai vu des élèves baisser les bras et d'autres se remotiver alors que c'est la dernière ligne droite avant leur examen.
Cette semaine j'ai vu des paysages figés par la froid, blanchis et fragilisés.
Cette semaine j'ai vu le sourire de cet homme alors que je lui tendais son gobelet de café dans un couloir désert.
Cette semaine j'ai vu la guerre, la victoire était au bout de leur fusils. J'ai vu le sang sur ma peau, j'ai vu la fureur et les cris. Et j'ai prié, j'ai prié tous ceux qui se sont sacrifiés. J'ai vu la mort se marrer et ramasser ceux qui restaient... Et j'ai vu...

vigne_enneigees

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jeudi 8 janvier 2009

Ukulele.



ukul_l_


Message rapide. Neuf degrés sous le zéro. Hier, j'ai bien cru que j'allais y laisser un ou deux orteils. J'aime ce froid qui nous pousse à l'intérieur, qui nous oblige à nous envelopper, à nous blottir sous des couches de vêtements, qui vient nous rappeler que tout ça sera toujours bien plus fort que nous.

Bonne nouvelle du jour : mon frère est arrivé en Australie à sept heures du matin heure locale, c'est-à-dire hier soir pour nous. Il aura passé deux jours en l'air et en attente dans des aéroports. Notamment celui de Séoul dans lequel il a du patienter pour la correspondance qu'il avait ratée, à cause d'un départ retardé par le froid à Roissy. Je suis émue de le savoir si loin là-bas, au chaud, dans ce pays qu'il ne connait pas, auprès de celle qu'il aime. Je suis émue parce que je le vois encore haut comme trois pommes, il y a une quinzaine d'années, au petit déjeuner, avec sa tête pas réveillée, devant son bol de céréales, sa peluche Gizmo sous le bras. C'était hier. Pour moi, il a toujours six ans.

Je pars pour la dernière journée de la semaine, dix heures de cours, une centaine de bornes, un conseil de classe à midi et un paquet de copies qui reste à corriger (je ne sais pas quand, il va falloir que je créé une faille spatio temporelle avant midi). J'ai peu dormi cette nuit, homme de moi a ronflé comme un sac toute la nuit. Va falloir lutter contre la sommeil. J'avais bien pris l'habitude de petites siestes.  C'est fini ! Je n'ai pas le temps de répondre à vos nombreux commentaires qui me réchauffent le cœur, mais ce sera chose faite très bientôt. C'est bon de vous savoir toujours là.


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lundi 5 janvier 2009

Douce torpeur.

Écriture en pause depuis de longues journées. Autre chose à faire. Tant de choses à faire. Ne rien faire !

Et de nombreux fidèles lecteurs ont mis les voiles, les statistiques sont en chute libre. Besoin de nouveauté constante pour ces curieux éphémères. Or ici, rien n'a bougé les derniers temps. Alors on échoue ici en tapant dans un moteur de recherche la requête "à quoi sert un DEA de littérature comparée ?" par exemple. Tu apprendras cher internaute qu'il ne mène à rien : voie de garage, cul de sac, morceau de papier cartonné sans valeur aucune. Il t'apportera sans doute beaucoup sur le plan personnel et saura peut-être flatter ton ego mais ne vaut pas un clou sur le marché du travail. Et je me dis que si ces quelques égarés ne venaient plus ici par hasard, ce blog s'éteindrait sans doute comme la flamme d'une allumette.

Si ce n'est cette misérable vie virtuelle, la vraie vie est belle et épanouissante. Je suis en vacances depuis deux semaines et j'en ai profité, il me reste la journée avant la reprise, et curieusement, ces six longs mois qui m'attendent avant les prochains congés ne me font pas peur cette fois-ci !

Mon mois de décembre a pourtant été difficile, ce qui explique mon silence. J'ai cumulé en deux semaines la correction de toutes les copies d'examen blancs du moment (une centaine de copies, chacune me demandant environ une demi heure de correction puisque elles ont été composées en quatre heures d'examen, faites le calcul) et mes heures de cours habituelles. Donc réveils à l'aube, (que dis-je, bien avant) et couchers souvent très tardifs ! Il y aura eu de nombreuses paniques de dernières minutes, des notes manquantes, des fichiers qui ne passent pas par mail, des copies introuvables... Et il y a aussi eu cette belle guerre ouverte avec un de mes employeurs qui ne m'avait pas payée depuis octobre et qui trouvait cela tout a fait excusable, se cachant derrière une situation économique difficile (non, parce que nous on roule sur l'or, hein !) et des bobards plus monstrueux les uns que les autres (j'ai eu droit à une nouvelle version à chaque coup de fil, il aurait au moins pu faire l'effort de ne pas changer de disque à chaque fois, pour la crédibilité, ç'aurait été mieux.) J'en suis quand même arrivée à passer un coup de fil à l'inspection du travail et les prud'hommes ne sont pas loin. Au final, les interventions ont été payées, mais il a fallu hausser le ton et menacer. Beaucoup de temps et d'énergie perdus, et je ne parle pas de l'ambiance pourrie qui règne maintenant !

sapin_de_man

Les vacances sont arrivées comme un cadeau avant l'heure après toute cette course. La première semaine aura été familiale. Ma sœur a passé deux jours avec nous. Mon père nous a installé les éléments de la cuisine qui manquaient toujours. Puis nous avons passé trois jours chez mes parents. Ce fut cette année un vrai flash back en enfance. Des heures de discussion, passées au coin du feu, des films regardés en famille (merveilleux Jean de Florette et Manon des sources par exemple), dévorage de bredeles et autres friandises, siestes blotties sur un canapé. Insouciance du temps qui passe. Noël a été festif : oncles, tantes et cousines, mais aussi Boucle d'or qui nous rejoints tous les ans depuis quelques années. Je lis encore la surprise sur le visage de certains à l'ouverture des cadeaux. Le lendemain encore, alors que nous nous étions couchés très tard, les monticules de cadeaux sous le sapin, plus farfelus les uns que les autres, m'ont fait rire.

Je lisais alors La honte d'Annie Ernaux. Elle y revient sur un épisode noir de son enfance et par la force des choses tente de fixer par les mots tout ce qui a composé cette période de sa vie : les objets, le langage, son rapport aux autres. Et j'ai moi même, par décalcomanie, essayé de retrouver ces petites miettes de mon enfance.Les mots, les jouets, les vêtements, ces petits détails qui marquent une époque de vie.

Après trois jours, il a cependant été agréable de rentrer chez nous. L'ambiance était tendue. Ma grand mère vit chez mes parents. Elle est fragile, elle s'accroche à la vie mais ne sait plus franchement pourquoi. Sa santé, pourtant pas si mauvaise, lui devient un prétexte pour s'éloigner de nous, pour ne plus faire d'efforts. Il a été question d'hospitalisation. L'idée a crispé tout le monde. Mon père en particulier qui a abusé de sa grosse voix et de son autorité pour l'occasion, gratuitement. J'ai été bien contente aussi de rentrer pour retrouver mes draps ! J'ai en effet fait une allergie violente à la lessive de ma mère : visage boursoufflé, couvert de cloques et démangeaisons atroces. Il m'aura fallu une semaine pour m'en débarrasser, et encore ! Y'a qu'à moi que des trucs pareils arrivent !

brillance

Puis depuis, nous prenons soin de notre appartement (de gros rangements ont été mis en place et nous ont permis d'y voir plus clair). Incroyable de se dire que ça fait deux ans déjà qu'on vit ici. Nous avons longuement hésité à prendre le large pour fêter la nouvelle année (La Normandie nous avait fait tant de bien l'an dernier) mais nous sommes finalement restés ici, bien au chaud, avec notre Lu et de bons petits plats. A minuit, après avoir regardé la Croisée des mondes, nous avons regardé les feux d'artifice par la fenêtre. Même pas envie de sortir. Pas envie de faire comme tout le monde, parce que c'est comme ça, de fêter quelque chose qui n'a pas d'importance, qui ne correspond au final qu'à un mouvement de  planètes. Cette semaine encore, j'ai beaucoup lu, pas de scrupules à me mettre sous la couette, à somnoler, à regarder de bons films, à faire des gâteaux et mitonner de bons petits plats. Je découvre aussi les petites joies que peut procurer une Wii (mon cadeau de Noël). Je joue comme quand j'étais petite, redécouvrir la joie simple de jouer. Et j'aime cet hiver qui est vrai, le froid est vif et sain, j'avais détesté les précédents, fades et humides.

La rentrée se profile pour demain, une semaine courte pour recommencer. Curieusement, ça ne me contrarie pas. Les mois à venir seront faciles, ils vont nous mener vers des journées plus longues, plus lumineuses. J'ai de nouveaux projets pour ce nouveau semestre : j'ai été contactée par une personne qui souhaite faire de l'impro avec un groupe de son village, ils ont entendu parler de moi par le bouche à oreille et sont visiblement très motivés.

Je pense aussi fort à mon frère, qui fête aujourd'hui ses vingt-et-un ans et qui monte cet après-midi dans un avion pour l'Australie. Je suis heureuse pour lui, j'imagine tout ce qu'il va pouvoir trouver là-bas, en un mois. Sans aucun doute bien plus que des boomerangs et des kangourous. Je repense à mon escapade de 2000, à tout ce que ça m'a apporté, tellement plus que le cliché des cartes postales. Pourvu qu'il se montre prudent !

bougies

Je finis ce long message (trop long sans doute) par vous : que cette année 2009 vous soit douce et belle, qu'elle vous apporte ce qui vous manque, de bonnes surprises, de la satisfaction, un épanouissement personnel constant, une évolution professionnelle, la santé et un minimum d'argent pour ne pas avoir à y penser. De grosses bises virtuelles à ceux qui sont toujours là, malgré mes silences, mes coups de gueules et mes doutes.

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dimanche 30 novembre 2008

De la vitesse à laquelle passent les jours de repos.

Pour la faire courte : cinq jours de repos viennent de me filer entre les doigts. J'en ai profité pour :

  • faire réviser ma voiture et lui coller quatre pneus neufs
  • aller chez le coiffeur
  • me prendre une belle cuite jeudi soir et en subir la terrible gueule de bois qui a suivi vendredi
  • faire la fiesta avec ma sœur, the Pooh et son homme tout le week-end
  • ranger mon linge qui s'était amoncelé en une pyramide instable occupant toute une table
  • faire mon premier baeckeoffe, un délice (il y a aussi eu des sushi et des bricks exceptionnels)
  • prendre soin de moi, me reposer, faire des siestes, m'occuper de Lucien
  • passer voir mes parents
  • voter puisque ma ville a réorganisé les élections municipales

Par contre, pas une copie corrigée, rien fait pour les cours, pas avancé. Demain, c'est reparti pour une semaine de cours bien remplie...

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samedi 22 novembre 2008

It would be easy.

Deux jours seule. Neb est parti tôt ce matin dans ces lointaines montagnes pour y festoyer avec de vieux amis, soirée nostalgie qu'ils disent ! Quand j'ai su qu'il allait partir, je me suis dit que ce serait l'occasion de passer du temps avec ma sœur, ou avec mes parents, mais finalement, je reste seule et ça me fait du bien. J'avais besoin de tranquillité et de repos et ce serait presque parfait si la voisine du dessous n'avait pas décidé de faire un nettoyage de printemps... Ou peut-être qu'elle déménage... En tout cas, elle déplace des meubles depuis trois bonnes heures.

Quoi qu'il en soit, Lu et moi nous retrouvons ici, dans un cocon bien chaud. Et il nous en faudra plus pour nous gâcher la journée.  Dehors les flocons tourbillonnent depuis le lever du jour. Et même s'ils ne tiennent pas au sol, ça n'a aucune importance, je suis au quatrième étage, la tête dans les nuages, je ne m'en rends pas compte.  Parachute de Coldplay me replonge dans mon loft d'étudiante, il y a des années, dans ces nuits d'écriture sans fin. L'écriture me démange aujourd'hui, j'ai déjà fait glisser de longues lignes.

Je prends le temps de réfléchir. Je pense à tout ce que m'apportent mes élèves les derniers temps. Je pense à toute cette motivation qui m'agite, qui me donne envie de me lever le matin. Je pense à cette sensation si légère et agréable à la fin de chaque journée. Et même si la femme que je suis s'efface les dernières semaines derrière l'enseignante, j'ai au moins ça, cette force qui me guide. Souvent, elle est là en transparence dans mes journées et parfois comme un éclat de soleil derrière un nuage, comme une évidence. Tout cet optimisme est sans doute dû à la semaine merveilleuse qui m'attend : elle se réduit à deux matinées de cours et mon atelier théâtre. C'est suffisamment exceptionnel pour me rendre joviale !

Demain, Lu et moi partirons pour quelques heures en forêt. Besoin d'air, de savoir qu'il y a encore de la lumière, même si déjà il fait nuit et qu'il n'est que cinq heures et demi. 

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corback

PS. : Je tenais aussi à préciser que j'adore les blogs BD, mais que c'est juste chiant à mourir de les voir se transformer quand ces messieurs-dames prennent la grosse tête et ne nous parlent plus que de leurs nouveaux concepts marketing et de tous les gadgets qu'ils ont à nous refourguer. Un blog reste un blog non ?

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jeudi 20 novembre 2008

Jingle bells.

Passer à côté de soi-même et se regarder, presque admirative. Être à l'extérieur plus qu'à l'intérieur. Rentrer essoufflée et fière du travail accompli, des savoirs et des compétences transmis. Lutter pour garder les yeux ouverts sur le trajet, toujours le même, avec en plus maintenant, la difficulté de la nuit. Écouter de la musique, des morceaux en boucle qui résonneront dans quelques mois comme ceux de cette période, de ces jours qui manquent de lumière.

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L'autre jour, j'ai vu sur la ligne de la Forêt Noire cette lumière rose orangé si particulière. Il était sept heures du matin, je roulais vers  une journée de dix heures de travail. J'aurais aimé attendre le soleil qui allait briller franchement, mais je n'ai pas pu. Et quand j'ai fait le même chemin dans l'autre sens le soir, j'ai profité de la même lumière indirecte au-dessus de la ligne des Vosges. Cette journée était la première sans la lumière du jour. La première d'une longue série qui va nous mener jusqu'au mois de mars. Heureusement ponctuée de pauses, de repos, de dimanches en forêt, de samedis sous la neige. Curieusement, cette année, ça me perturbe moins. Je me respecte, je n'essaye pas de lutter contre ce sommeil si naturel, instinctif qui accompagne cette période. Je fais mon maximum pour m'y sentir bien, pour ne pas me "contrarier".

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Sourire, partager, faire de son mieux. Dormir, préparer une soupe de légumes, du bon pain, faire une sieste. Corriger des copies, encore et encore : l'encre rouge et fluide comme du sang qui file sur les marges. Trouver les bons mots, ceux qui sauront être efficaces, ceux dont ils se souviendront. Faire des listes, pour ne pas oublier, s'organiser, feuilleter plusieurs fois par jour mon agenda, sentir sous mes doigts son cuir boursoufflé et rassurant, l'écouter me dire ce qui va suivre, plus tard, demain, que ça ira, que même si c'est long, j'y arriverai. Me faire des salades de fruits et les savourer en dix minutes à midi, comme autant de bonne conscience et de vitamine C.

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Mon frère est amoureux. Ça me fait plaisir de le savoir heureux. Il a décidé de partir rejoindre sa chère et tendre en Australie. Elle vient de partir pour quelques mois. Il veut en profiter avec elle. Il avait peur que je critique sa décision. Il avait peur des réactions autour de lui. Je ne peux que l'encourager. J'y vois mon escapade aux Antilles il y a huit ans, sur un coup de tête Je crois savoir ce qu'il trouvera là-bas. Et même si ça ne se passe pas comme il l'imaginait, il ne regrettera jamais cette décision. Ma sœur va moins bien, je me fais souvent du souci pour elle. Elle est triste, souvent, elle se sent seule, elle qui a tellement besoin de se sentir entourée. J'aimerais être plus présente pour elle, mais nous sommes loin et occupées, chacune de notre côté.

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Penser aux cadeaux. Faire des économies aussi pour la chèvre, comme l'an dernier. Faire des colis, pour ma filleule, même si je n'ai aucune nouvelle de sa maman et que c'est sans doute mieux ainsi. Écrire des lettres, des mails. S'inquiéter pour des collègues hospitalisés. Penser à la santé, parce que c'est important, se dire qu'ils devraient être plus attentifs, se soigner, respirer.

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Noël approche, je suis cette année, plus encore que les précédentes, agacée de voir le déferlement de niaiseries, de publicités., de décorations kitchs.  Et comme chaque année, l'ouverture de nos marchés de Noël alsaciens va encore accentuer le ridicule de la situation. L'esprit de Noël qu'on essaye de nous vendre à grand renfort de jingles et d'images nappés de joie de vivre m'écœure.

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Écrire toujours, aligner des mots dans des petits carnets, sur des pages virtuelles, sur des enveloppes déchirées, sur des coins de photocopies. S'envelopper dedans comme dans des couvertures lourdes et rassurantes.

route_rose

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samedi 1 novembre 2008

Pendant que les champs brûlent.

mongolfiere_ciel

Arbres nus. Ciel-plafond blanc et bas. Les rouges flamboyants et les jaunes vifs ont laissé place à des couleurs ternes et des teintes éteintes. Un peu de blanc saupoudré sur haut de nos montagnes bleues. Des promesses de couettes et de gourmandises pour la journée. Pas encore habillée, pas encore lavée de ma nuit trop longue de douze heures. J'avais besoin des mots avant toute chose. Ceux qui ronflent en moi toute la semaine et que je n'ai pas le temps de coucher sur la toile.

Les derniers jours, il a fallu expliquer plusieurs fois, comme à chaque fois, à des gens tout sourire pour moi, que non, je ne suis pas en vacances, bien au contraire. Moi, ça ne me dérange plus, je me suis faite à l'idée. Mais les autres ont presque envie de pleurer pour moi, quelle horreur, être prof et ne même pas avoir les vacances, le seul avantage évident de cette profession ! J'ai d'autres avantages, si nombreux. Je suis d'ailleurs par exemple souvent en vacances quand les autres gens travaillent, et rien que ça, c'est un avantage, vous n'imaginez même pas !

Il a fallu expliquer encore dimanche dernier pourquoi je ne voulais pas passer le CAPES et l'agrégation, à des proches inquiets pour moi, comme si j'avais un métier de pacotille. Il a fallu expliquer pourquoi j'aimais mon métier, justifier encore cette volonté de ne pas appartenir à la grande et joviale famille de l'Educ' Nat', la seule considérée comme vraiment professionnelle aux yeux de certains. Un jour on m'a même dit "mais t'es pas vraiment prof alors". Non, je fais de la figuration, je fais ce métier "pour de semblant", on me pose dans une salle de classe et je souris. Normal, je n'ai pas de CAPES, que veux tu que je fasse d'autre !

Je rencontre d'ailleurs de belles difficultés les dernières semaines, des difficultés de vrai prof. J'interviens depuis août à temps plus que partiel (4 heures par semaine) dans un établissement de ma ville. Je voyais cela d'un œil très joyeux au départ. On m'avait parlé à mon entretien d'embauche de la rigueur du centre, et on ne s'était pas gêné pour cracher sur le centre pour lequel j'interviens déjà. Je voyais déjà l'opportunité future d'y faire plus d'heures et de ne plus avoir mes 100 kilomètres quotidiens à faire pour aller travailler. La rentrée a eu lieu. Et j'ai découvert ce que la directrice de ce centre nommait "rigueur". Pas de fiche d'émargements, pas de progression sur l'année, pas de fiche pédagogique quotidienne. Très bien, je peux travailler sans. Là où ça commence à coincer : pas de progression sur l'an passé forcément, donc difficile de savoir où en sont les élèves, si ce n'est par eux même. Pire encore pas de manuel scolaire, les élèves en ont un, mais moi,  je m'accroche à mon slip pour récupérer celui que la prof de l'an dernier a embarqué. On me le rapatrie finalement deux mois plus tard et on me le fait payer. Allons bon ! Là où ça se gate : fin septembre, pas de fiche de paie et... pas de salaire. Je réalise par la même occasion que je n'ai pas de contrat non plus. A ce jour, 1er novembre, bilan de la situation, j'ai pu empocher un chèque qui ne couvre même pas la totalité de mon mois de septembre et je n'ai toujours aucun document qui justifie mon embauche et qui définit mes conditions de travail. J'entends dire à gauche à droite que cette situation aboutit normalement à un CDI d'office, mais je ne veux pas d'une déclaration de guerre. La situation est déjà bien assez compliquée comme ça. J'ai découvert à travers ces événements celle qui se considérait comme rigoureuse. Une femme adorable mais profondément incompétente. A se demander si avant elle ne fabriquait pas des chips, ou peut-être qu'elle était stripteaseuse ou bucheron, mais de toute évidence, elle n'a jamais géré un centre de formation !

Si je fais abstraction de ces détails d'ordre administratif, c'est que du bonheur. Mes classes sont presque parfaites, quelque soit l'établissement  (j'interviens sur trois centres différents cette année). Je rencontre des gens motivés, je mets en place des projets qui ont la solidité des deux années passées, je travaille avec le sourire que me permet mon expérience et ma connaissance du programme. Je me découvre des idées nouvelles chaque jour et j'ai l'impression d'avancer et de faire avancer mes élèves à très grande vitesse. C'est une complicité qui s'est installée avec eux. Ils savent que mon seul objectif est leur réussite et il n'y a ainsi plus de remises en question incessantes des contenus et des méthodes. Je m'éclate d'ailleurs par ici, en exploitant les deux thèmes qui leur sont imposés cette année. Puis dans un autre domaine, j'ai rencontré trois fois déjà mon groupe d'improvisation théâtrale : des personnes d'horizons très différents mais exigeantes et curieuses. J'ai pris contact cette année avec d'autres groupes de la région pour envisager des rencontres et pourquoi pas des représentations.

Quand j'arrête de travailler, comme c'est le cas aujourd'hui, je suis vite envahie par la fatigue. Je respecte les bonnes résolutions de la rentrée qui étaient de ne pas en avoir. Alors, je dors dès que je peux, je fais des nuits à rallonge pour me remplir de toute l'énergie utile pour la suite. Je regarde sous la couette des séries, je dévore des livres, mondes fictifs dans lesquels je m'évade. Je me blottis dans le moelleux et le chaud des épaisseurs de couverture qui soulagent du froid mouillé et dense des journées d'automne. Je cuisine, je prends soin de mes plantes aromatiques qui ont quitté leur balcon estival pour rejoindre les bords de fenêtres. Nous recevons du monde, mais nous sortons peu.

Je profite de mon Lu. Il a la spontanéité des jeunes chiots (il a pourtant déjà deux ans) mais essaye régulièrement de nous convaincre qu'il est le chef. Je pense souvent à ma Nin, je le compare à elle. Elle était fidèle et trouillarde, il est autonome et casse-cou. Il est pourtant plus câlin qu'elle ne l'était. J'ai parfois du mal à me souvenir. C'est si loin déjà. Bientôt quatre ans qu'elle est partie.

Il y a deux ans, c'était la Martinique. Un bon souvenir. Neb et moi, heureux ,sur des plages paradisiaques. Aujourd'hui avec Neb, rien ne va plus. Il est difficile de mettre des mots sur cette situation. Je ne veux en parler et pourtant tout est là. Constat d'échec. Nous cohabitions depuis des mois. Depuis décembre dernier, il ne travaille plus. Sur un coup de tête, il a démissionné, me disant qu'il voulait mieux pour lui, pour nous. Très bien, je l'ai encouragé. Il est resté des mois sans même tenter une candidature spontanée.  Depuis, il y a eu des courriers, des réponses à des annonces, et il a pris conscience de la difficulté. Aujourd'hui, ça fait bientôt un an. Il ne fait rien de ses journées, il est à peine vivant, il évolue devant son ordinateur, et encore. Inutile de dire le contraste avec mon rythme de vie. En dehors de ça, c'est le fait de vivre avec un légume qui me chagrine le plus. Et je ne sais même pas si je peux encore parler de chagrin... Ses parents viennent passer le week-end prochain avec nous. Sa mère est remontée comme jamais, elle ne comprend pas qu'il ait pu se mettre dans une telle galère. J'ai presque l'impression que ça ne me concerne plus.

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jeudi 2 octobre 2008

Instants tannés.

Je suis pourtant heureuse. J'arrive à vivre avec ça. Je continue à avancer d'un pas décidé. Je donne du volume à ma vie, quand même. Je ne me laisse pas écraser.

chou_romanesco2

Début de semaine. Il est 17h26, je suis sur une voie rapide à 110 km/h. J'écoute Europe 1, sans écouter vraiment, Ruquier et sa bande expliquent que nos prénoms auraient une influence sur nos comportements, sur nos choix. Une truffe est en train de développer en disant qu'une fille qui s'appelle Clara par exemple aimera les crevettes et les cornichons parce que ça commence par la même lettre que son prénom. Je suis précisément en train de me dire que c'est complètement crétin quand je vois un camion devant moi, il arrive sur la voie opposée, de l'autre côté de la rambarde de sécurité : sa bâche bleue se détache et l'ensemble du contenu qui était maintenu en-dessous s'envole, des cartons, des palettes, des choses que je ne parviens pas à identifier, qui viennent s'échouer sur ma voie, à quelques mètres de ma voiture lancée à vive allure. J'ai juste le temps de me dire que tout ce fatras posé sur ma route a la taille de plusieurs êtres humains alignés, comme pour empêcher un ballon de rentrer dans un but. Il me faut faire un écart et je suis pourtant cernée. Coup de frein, la voiture à ma gauche passe en se faufilant sur la bande d'arrêt d'urgence et j'ai juste le temps, toujours à vive allure de la suivre. Essoufflée comme si j'étais le buteur qui avait couru depuis l'autre bout du terrain, je coupe la radio, je respire et je profite du paysage.

Plus tard dans la soirée... Je suis assise dans leur cuisine. Le gros chat roux est installé sur le coin de la table et nous regarde travailler, les yeux mi-clos. Nicolas, sous la lumière artificielle du plafonnier rature nerveusement pour la troisième fois la réponse sur sa feuille et me regarde avec ses sourcils froncés comme si c'était de ma faute. Il n'entend pas, bien sur, l'entrée fracassante de son père qui claque la porte derrière lui, semble jeter ses affaires dans le couloir et court à l'autre bout de l'appartement. Par contre moi, j'entends son père saluer les deux chats venus à sa rencontre, complètement gaga. Je constate aussi que le père qui nous entend pourtant dans la cuisine ne juge pas utile de venir saluer son fils.

Puis il y a ce jeudi matin, et cette journée qui a suivi. Les rêves de la nuit avaient été si forts que je n'arrivais plus à les dissocier de la réalité. Je dors trop, je dors bien. Alors que je vis trop vite et que je passe un peu à côte de moi-même. Il y avait de la tendresse ce jour-là dans les heures qui ont filé avant que je ne réalise qu'elle n'était qu'une vapeur de rêve.

Un autre jour, cette femme au téléphone, quelques minutes seulement. Elle a trouvé mes coordonnées sur le net et vient de monter une boîte de correction et de relecture. J'aime entendre sa voie/voix de l'autre bout de la France. J'aime l'idée que les quelques mots échangés l'aideront peut-être, donneront forme à ses projets.

Aujourd'hui, grand soleil froid et lointain. Les journées raccourcissent trop vite. Elles ne sont déjà que des parenthèses lumineuses. Il faut en profiter. Ça sent déjà la soupe de légumes et les clémentines. Nous sommes allés marcher dans les vignes jaunes. Il va falloir que je n'attende pas ce soir pour corriger les paquets de copies qui me restent...

agrumes_jaunes

J'ai envie d'expliquer tout le reste. Tout ce qui n'est pas dit et qui donne de l'abstraction à mes lignes, qui apparaît pourtant en transparence. Mais ces mots ne trouvent pas encore leur place. Ils viendront.

lueur_bleue

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lundi 29 septembre 2008

Gain.

Comme tous les matins... J'ai eu du mal à ouvrir les yeux. J'ai détesté soulever la couette qui a laissé le froid se poser sur ma peau. J'ai frissonné au contact du sol de la salle de bains sous mes pieds et plus encore lorsque l'eau sur mon visage a semblé nettoyer tout le sommeil qui le chiffonnait encore. Il a fallu se maquiller, s'habiller, préparer toutes mes affaires avec cette crainte récurrente d'oublier quelque chose. Je n'ai pas aimé les courants d'air dans les escaliers, le sol glissant d'eau de javel dans le hall d'entrée. J'ai râlé durant ce trajet quotidien de quarante minutes d'embouteillages.

Arrivée sur place, on m'a regardé avec un sourire étonné... Parce que je n'avais pas cours ce matin !

D'abord ça contrarie, parce qu'on a fait tout ça pour rien et qu'on aurait pu rester bien au chaud. Puis ensuite, quelqu'un dit "tu peux rentrer chez toi", et là, ça fait comme quand on était au lycée et qu'on avait un prof absent. On réfléchit à tout ce qu'on va pouvoir faire pendant ce temps gagné...

matinades_4
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