lundi 7 septembre 2009

Vingt huit jours plus tard.

Une nouvelle rentrée. Très différente des précédentes. Je suis faible, je me sens vulnérable. J'attaque cette année sans savoir un instant où je vais, comment les choses vont évoluer. J'ai rencontré les premières classes, de nombreuses autres arrivent encore. J'ai du mal à trouver mes repères, les automatismes des années passées semblent s'être dilués dans ces derniers mois.

Je prends des médicaments depuis quelques semaines. Dans un premier temps, les contours de ma vie sont devenus flous. Les anxiolytiques me faisaient dormir et gommaient ma réalité. Une espèce de brouillard froid. J'ai très vite cessé de les prendre, tenant à ma lucidité. Quant aux antidépresseurs, on dit volontiers qu'ils représentent une béquille, et j'ai en effet cette impression. Je ne me sens ni heureuse ni triste, mais au moins stable. Ils ont neutralisé mes idées noires en levant le lourd voile de tristesse qui pesait sur moi. J'ai l'impression de pouvoir avancer à nouveau, sans parler encore de construire ou de connaitre la destination, mais j'arrive à me lever le matin, à me concentrer sur un film, à envisager une sortie, à croire pendant une minute que tout ira peut-être mieux bientôt.

Beaucoup de personnes autour de moi ont critiqué mon choix de me tourner vers les médicaments. Je dois dire que ce n'est pas un choix. Il n'y avait pas d'autres possibilités. Aucune alternative. J'étais en danger. Les mots semblent forts mais j'ai eu très peur de l'état dans lequel j'étais. Ce fut très dur pour moi de me rendre chez un médecin et de reconnaître mon incapacité à m'en sortir. Je suis fière, je veux donner l'image de quelqu'un de fort, de solide. Et là... Échec. Faiblesse. Déchéance. Je n'avais jamais connu ça.

Aujourd'hui, je ne remonte pas la pente. J'ai juste arrêté de descendre. Je m'habitue doucement à ma nouvelle vie. Sans Neb. Pourtant je vis dans l'appartement qui nous a unis. Je sors peu, je m'entoure de personnes de confiance, celles que j'aime depuis longtemps et que je sais être fiables, fortes et bienveillantes pour moi. Je ne me frotte pas encore aux "autres". La vie me fait peur. Je reste dans mon cocon douillet et sécurisant, avec mon chien, mes habitudes, ma tranquillité. Je panse mes blessures. Je pense moins. Je me recroqueville sur les tout petits trésors que j'arrive encore à trouver au fond de moi-même.

***

PS : le message a été écrit le 7 septembre. Je ne le poste qu'aujourd'hui car mon ordinateur n'a plus voulu s'allumer pendant une semaine.

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mardi 11 août 2009

Tout au bout.

regard_noir

Impression de cauchemar permanent.

Je passe un été affreux. Mes yeux constamment baignés de larmes, comme deux cicatrices brûlantes, mon corps secoué de sanglots. Je ne sais plus où j'en suis. Je vais mal. Je ne me reconnais plus. J'ai perdu toute ma force, toute ma confiance, toute ma volonté, toutes mes envies. Je suis une loque. Je ne parviens pas à voir un intérêt quelconque à ce qui m'entoure, à ce qui m'attend. Tout ce qu'il y avait de stable et de réussi dans ma vie semble s'être effondré. Désagrégé. Petits morceaux par petits morceaux. Les décisions que je pensais être justes perdent de leur sens, sur tous les plans. Je me décompose.

Ma vie professionnelle d'abord. Les joies de la vacation se sont retournées contre moi mi-juin lorsque mon employeur principal m'a annoncé qu'à la rentrée, ce serait 50% d'heures en moins. Ils ont décidé de grouper des sections pour faire des économies et faut bien que quelqu'un les subisse. Moi. Je me retrouve avec deux options. Soit accepter cette proposition et me retrouver avec deux autres employeurs et un emploi du temps-gruyère que je ne parviendrai pas à combler et des revenus insuffisants pour payer seule les traites de l'appartement. Soit lâcher complètement ce système et décoller vers autre chose. Je ne sais pas quoi : le théâtre, du coaching, une ferme, l'étranger, ...

Ma vie sentimentale représente le plus bel échec que j'aie à mon palmarès. Impossible de trouver les mots pour décrire justement ce désastre. Neb et moi sommes séparés depuis le mois de mars. Rien ne semble se reconstruire. Ni pour moi, ni pour lui. Lui n'a pas avancé d'un pouce. Il veut à la fois s'éloigner de moi et laisse entendre qu'il tient toujours à moi. De mon côté, c'est la confusion totale. Je suis consciente qu'il a été et qu'il est toujours un complice. Cinq ans de vie commune ne s'effacent pas d'un revers de manche. Je sais qu'il me connait. Mais je regrette amèrement tout ce que j'ai voulu construire avec lui, tout ce qu'il a gâché. Je ne le respecte plus, je ne lui fais plus confiance. Et je ne parviens pas un instant à imaginer que je puisse un jour à nouveau faire confiance à quelqu'un. C'est une blessure douloureuse et béante. Je souffre de le savoir si puéril, si loin de ce que j'avais imaginé. A un instant, je m'étais dit que cette rupture lui ferait du bien, qu'elle lui permettrait de revoir ses priorités. Au contraire, il a coulé plus encore qu'avant. Il mène une vie décousue, n'a pas plus d'objectifs qu'il n'en avait sur notre dernière année de vie commune, il vit de petits jobs qui suffisaient peut-être lorsqu'il touchait encore les ASSEDIC. L'entreprise dont il parle depuis des mois n'a toujours pas vu le jour, à l'écouter le système est compliqué et présente des lourdeurs administratives mais je pense surtout qu'il ne s'est pas donné les moyens, une fois de plus. Et dans ce contexte plus que fragile, il envisage de partir en vacances. Mais tout cela ne me regarde plus, il faut que je me fasse à cette idée. Difficile de laisser quelqu'un dans une telle merde alors qu'on s'est fait du soucis pour lui pendant des années. Lui ne s'inquiète pas, c'est le principal. Aujourd'hui, je lui en veux. Et je m'en veux. J'aurais aimé, comme dans un monde parfait, garder avec lui des contacts d'adultes, qui échangent sur leur évolution. Mais ça ne peut pas fonctionner comme ça. Il ne peut pas être là quand j'ai besoin de lui. Je ne veux plus qu'il le soit d'ailleurs. Il n'est pas la personne vers laquelle je dois me tourner. Je dois définitivement m'éloigner de lui. "Nous" ne veut plus rien dire, nous n'avons pas d'avenir commun, six mois se sont écoulés depuis notre rupture et rien n'a changé (je dirais même que la personne qu'il est devenu depuis me déçoit encore plus). Je ne peux pas continuer à compter sur lui, à accepter qu'il vienne ici quand bon lui chante, qu'il décide quand arriver et quand repartir, qu'il change d'attitude comme de chemise. Je me dis que je lui ai tant parlé, tant de fois, et mes mots sont allés se perdre dans le néant, pas pris au sérieux, pas compris. Je m'attache à lui comme à une bouée, mais j'ai tort, parce que je sais nager. Il ne m'a rien apporté, je m'attache à ce que j'ai voulu construire, à cette stabilité qui est déjà brisée.

Ma vie familiale aussi est ébranlée par un événement récent. Gros clash la semaine dernière. Particulièrement perturbant. Me voilà paumée. Plus encore qu'avant. Mon père, qui jusqu'à maintenant était pour moi une référence solide et fiable est entré dans une colère noire pour des raisons qui me sont toujours inconnues et qui je l'avoue m'effrayent. J'ai juste fait l'erreur d'être sur son chemin à ce moment là et les mots qu'il a pu me lancer au visage comme des centaines de petits cailloux me restent encore aujourd'hui sur le cœur. Un coup de plus qui vient couler mes certitudes et ma confiance. Un coup qui a même représenté celui de trop.

Puis pour finir, ma santé. Toutes les analyses ont été effectuées, y compris les plus désagréables. On ne me trouve rien. Pas la moindre trace d'infection, de microbes, de bactérie qui pourraient être responsables de ce dysfonctionnement. Et pourtant, malgré le repos du premier mois de vacances, je continue à souffrir. Des crampes, des nausées, des aigreurs, des diarrhées. Bien sur, tout cela a modifié considérablement ma façon de vivre. Et je me demande si au final, ma façon de vivre, de percevoir ma vie du moment ne modifie pas considérablement ma façon de digérer. Pendant des semaines, je n'ai pas voulu entendre parler de ce foutu stress, je ne voulais pas croire qu'il puisse à lui seul être responsable de mon état. Cela voulait dire que je ne contrôlais plus rien. Aujourd'hui je finis par me faire à cette idée. Je fais des crises d'angoisse comme je n'en avais plus faites depuis des années : je manque d'air, je sanglote, je ne parviens plus à relativiser quoi que ce soit, je ne contrôle plus mes émotions. J'ai l'impression d'avoir quinze ans, bouffée par les hormones, incapable de me maîtriser. Je pensais qu'en vieillissant, tout cela n'arriverait plus. Je pensais qu'on devenait solide avec le temps. Dans ces cas là, je me dégoutte.

Tous ces éléments remettent complètement en question la notion de confiance. Je ne sais plus quelle place je dois occuper, comment je dois me comporter. Alors petit à petit, j'ai fermé des portes, j'ai refusé des sorties, je n'ai pas répondu à des messages... J'ai peur des autres. L'idée de voir du monde me perturbe. Je me suis refermée sur mon petit appartement, celui que j'ai choisi, aménagé, partagé avec Neb, celui où il faudra que je finisse par trouver ma place. Mes sorties se résument à de longues balades avec Lu dans la montagne, à m'en épuiser, à chercher à m'étouffer de grand air et d'horizons libérateurs. Je vais à la piscine, j'y fais des longueurs qui me vident la tête, qui perdent mon souffle. Je dors énormément et souvent mes réveils sont contrariants parce que ma réalité me décourage. J'ai l'impression de faire une allergie à ma vie. Je me sens la fragilité d'une coquille d'œuf. J'essaye de me reconstruire tout doucement, je me fixe des défis : sortir faire une balade en ville, m'assoir seule à la terrasse d'un café, aller au marché... Rien d'insurmontable, me frotter aux autres, aux gens, pour ne pas finir totalement misanthrope, gloutonnée par ma solitude. J'ai aimé vivre seule, j'ai aimé ne dépendre de personne, construire seule. Aujourd'hui, je suis épuisée et trop fragilisée pour y voir de la force. J'ai perdu quatre kilos en une semaine. Je ne sais plus qui je suis, je ne me reconnais plus, plus rien à quoi me raccrocher.

Bien entendu, ça me coûte de mettre des mots sur tout cela. Petit roman de ma médiocre existence des derniers mois. Désolée pour les longueurs, le fatalisme, les mots qui sonnent faux, la sensiblerie, la lâcheté qui transpirent dans ce message.

Triste bilan. Dans mon bulletin de mauvaise élève, ils auraient pu inscrire : "A touché le fond, et continue à creuser". Le mot dépression a été utilisé pour la première fois la semaine dernière. Je suis allée voir mon médecin hier, je prends des médicaments, je n'avais plus assez de force.

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lundi 20 juillet 2009

Force d'inertie.

Vacances.
Les journées semblent enfin ralentir.
L'espace-temps m'échappe pourtant.
Je me sens essoufflée, comme après une course.
Retour de quelques jours de vadrouille :
deux jours en Italie,
deux jours dans les Alpes,
deux jours avec le Pooh.
Et me réhabituer ensuite à la solitude.
Les mots sont là, toujours, mais si difficiles à articuler.
Des centaines de phrases en  attente,
trop périlleuses à formuler, trop douloureuses.

papillon8
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NB : je me décide enfin à répondre à vos nombreux commentaires, laissés en attente, comme tout le reste. Merci à vous tous d'être là.

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lundi 22 juin 2009

Grand écart.

En cette fin d'année rendue difficile par des paramètres imprévus et indépendants de ma volonté, je suis fatiguée. Ma tête et mon corps sont fatigués.Parfois, il y a comme des déconnexions dans mon quotidien. Réactions machinales et ridicules.

L'autre jour, par exemple, je trainais sur des sites de vente par correspondance : les soldes approchent et je cherche à repérer des vêtements sympas pour cet été. Alors que les pages virtuelles se tournent sous mes yeux, je me rends compte que ce dont j'ai vraiment besoin pour pouvoir porter ces vêtements est une belle paire de jambes. Sur chaque photo, ce qui me plait n'est pas le vêtement mais les longues jambes galbées et halées. Je réfléchis deux secondes : quel site me proposerait une belle paire de jambes et à quel prix ? * Déconnexion.

Trajet en voiture, il y a peu. La chanson diffusée à la radio me plaît et naturellement, je tourne le petit bouton de mon poste et je savoure le son. Et je me dis, très spontanément qu'il faudrait penser à installer le même petit bouton sur la vie, sur chacun de nous, comme ça, quand il y a des moments qu'on aime bien, on peut les intensifier, monter le volume et permettre aux autres autour d'en profiter. A l'inverse, les moments de douleur pourraient être tus. Déconnexion.

Et tout à l'heure devant la télé, cerveau en veille, je veux changer de chaine et je prends ma calculatrice à ma droite qui a servi à faire ma déclaration d'impôts. Il m'a fallu quelques secondes, la regarder, pour me rendre compte que je ne pourrai pas changer de chaine, même avec beaucoup de bonne volonté. Déconnexion.

Je passe beaucoup de temps à ne plus penser, volontairement, je vide ma tête de toute la gymnastique mentale de l'année. Et alors me viennent des mécanismes spontanés de pensée originaux, voire absurdes. Aussi ridicule que cela puisse paraître, ça me fait "avancer le crâne". Je réfléchis indirectement à ces gestes du quotidien, vides de sens et chargés de symboles si on les observe de plus près. Et j'ai l'impression de me libérer. Un peu. Et je trouve dans ces gestes de banalité des réponses que je n'attendais pas.

chocolate_con_pana

***

[* Projet piscine, le stade nautique va me permettre de nager en plein air, cette fois-ci, il va falloir s'y tenir. Je marche déjà, je traine mon Lu sur des chemins de campagne que nous foulons d'un pas rapide, malgré quelques arrêts pour grappiller des cerises.]

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samedi 23 mai 2009

J'ai dû me gourer dans l'heure, j'ai dû me planter dans la saison.

Un samedi soir. Entre chien et loup, lu et moi sortons errer dans la quartier. Partout, des éclats de voix, des éclaboussures de rire s'échappent des fenêtres ouvertes. Ce sont les plus beaux jours de l'année, ceux de l'amitié, des amours naissantes, des alchimies de rencontres nouvelles. J'imagine ce qui se passe derrière les haies d'arbustes ou au dernier étage de cette grande maison : des groupes d'amis partagent les choses évidentes de la vie, un bon repas, des moments simples. Lu ne semble pas perturbé. Il renifle ce que la journée a laissé derrière elle d'odeurs nouvelles. Je traîne mes sandales sur le bitume chaud, j'emplis mes poumons de l'air lourd du parfum des fleurs, je n'ai pas envie de rentrer... Dans l'ascenseur, je trouve mon reflet dans le miroir agréable, malgré mes yeux fatigués.

Voilà une semaine que je vis seule. Je pensais d'abord que c'était une bonne période pour aborder sereinement cette solitude toute neuve. Et ce soir, en rentrant chez moi après cette douce balade, j'ai trouvé mon appartement plongé dans le noir. Il est difficile de se retrouver entre ces murs qui sont aujourd'hui les miens et qui ont été  il y a peu les nôtres. Neb vide au fur et à mesure des placards. Il passe ici comme un fantôme, remplis des cartons, me salue à peine. J'essaye tant bien que mal de me réapproprier ces lieux qui se vident de sens jour après jour. J'ai planté cet après-midi des tomates et quelques herbes aromatiques sur le balcon, J'ai trié des affaires, je m'apprête à faire un peu de peinture. Mais tout ceci ne comble pas le vide laissé.

ciel_rose_et_bleu

J'ai accepté par erreur ton invitation

J'ai dû me gourer dans l'heure

J'ai dû me planter dans la saison

Si j'ai confondu avec celle qui sourit pas

mais celle qui est belle bien entendu

et qui dit beau dit pour moi

tu sais j'ai pas toute ma raison

si j'ai toujours raison

tu sais j'suis pas une fille sympa

et j'merde tout ça tout ça

tu sais j'ai pas confiance

j'ai pas confiance en moi tu sais

j'ai pas d'espérance et je merde tout ça tout ça

si tu veux on parle de toi , si tu veux on parle de moi

parlons de ta future vengeance que tu auras toi sur moi

disons entrecoupé d'silence

qu'on est bien seul pour une fois

qu'on est bien parti pour une danse

ça ira pas plus loin tu vois

J'ai accepté par erreur ton invitation

j'ai dû m'gourer dans l'heure

j'ai dû me planter dans la saison

Reste à savoir si on trace

un trait un point dans notre espace

Si j'ai pas toute ma raison si j'ai toujours raison.

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lundi 18 mai 2009

En rose et gris.

Arrive le temps du concret. Voilà deux mois que la décision est prise et Neb est parti ce week-end J'ai envie de dire "enfin" mais je n'y arrive pas. Depuis début mars, nous vivons sous le même toit, j'observe la facilité avec laquelle il rebondit, il reconstruit sa vie et son réseau d'amis. De mon côté, bien que la décision m'appartienne, je coule assez régulièrement, je bois la tasse pour finalement venir récupérer un peu d'air à la surface. J'essaie désespérément d'y voir clair :

Voir la vie en rose, c'est positiver cette décision. Bien sur, j'ai fait le bon choix, ça ne pouvait pas continuer comme ça, nous n'étions plus un couple et je nous ai rendu service à tous les deux en prenant une décision qu'il n'aurait jamais prise. Aujourd'hui, je me sens libre d'avancer et de construire quelque chose de solide, seule. J'exerce un métier qui me plait, au travers duquel je m'épanouis car je me sens utile. Le rapport que j'entretiens avec mes collègues, mes étudiants et mes patrons est excellent. Des liens se sont tissés cette année avec certains, je ne crois pas avoir déjà passé une année aussi riche professionnellement. Je me sens également bien dans mon corps, j'ai perdu quelques kilos et ce n'est qu'un début (j'aime l'idée en ce début d'été de "me débarrasser d'un poids"). Je vais me remettre au sport et dépasser mes limites : me fixer des objectifs. J'ai un appartement que je garde (malgré les complications que ça va représenter), je m'y sens bien et le départ concret de Neb et de ses meubles va me permettre de m'y réinstaller, de modifier certaines choses pour marquer cette rupture. Ma famille est un soutien de tous les jours, ils sont là et ne me jugent pas, ils m'appuient dans chacune de mes décisions, ils m'écoutent malgré les sautes d'humeur qui me caractérisent en ce moment  J'ai mon Lu, cette petite vie qui va rester près de moi, qui m'apporte tant, que je me dois de protéger. Je veux préserver cette solitude naissante et fragile, cette autonomie précieuse, j'ai envie de structurer ma vie autour de ce/ceux que j'ai déjà. Je veux réapprendre à savourer cette indépendance que j'ai tant aimée.

demi_cosmos

Puis certains jours, malgré tous ces éléments positifs, le gris prend le dessus. Alors que l'on  connaît les plus belles journées de l'année, un voile sombre vient ternir mon quotidien.

Voir la vie en gris, c'est voir cette décision comme la fin de quelque chose, et rien d'autre, c'est ne pas réussir à voir devant. Ne voir que l'instant présent, un arrêt sur image, étouffant, pétrifiant. Je fais le point sur tout ce que j'ai voulu construire, sur ces projets que je pensais communs et qui n'appartenaient qu'à moi, aujourd'hui avortés. Je me sens cruellement seule, et je vois le passé comme une grande parenthèse glauque, une trahison, alors que je pensais être comprise et partager. Je ne sais pas comment je vais réagir à la solitude qui suivra puisque je ne l'ai pas connue depuis longtemps. Neb me renvoie en permanence la richesse de son carnet d'adresses au visage. Il sort, en revient souvent ivre et agressif. Je me fais du soucis pour lui. Je ne sais pas comment il va reconstruire sa vie et s'il ne va pas basculer. Tout le monde me dit que ça ne me regarde plus, si seulement c'était si simple. De mon côté, je n'ai que peu d'amis, je n'ai pas envie d'en trouver d'autres, les gens me déçoivent, je me sens blessée et je suis envahie par une volonté de m'isoler. Je vois les vacances arriver comme une épreuve. J'imagine de longs passages à vide. Je ne me pense plus capable de faire confiance, peut-être même plus à moi-même. Un pan de moi-même, de ma force, s'est écroulé, lourdement, peut-être définitivement.

mur

J'essaye de trouver une constance dans cette période de doute. J'ai besoin de me retrouver. Les questions se bousculent. et restent sans réponse. Suis-je capable de vivre seule ? Peut-on reconstruire sa vie à trente ans ? Ai-je envie de la reconstruire? Puis-je encore aimer ?

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samedi 18 avril 2009

Rémission.

Il y aura eu ces quatre jours en Italie avec ma famille. Cela faisait près de quinze ans que nous n'étions pas partis tous les cinq ensemble. Nous avons profité du week-end pascal pour aller rendre visite à une cousine qui vit à Turin. Cela venait mettre fin à 37 heures de cours étalées sur quatre jours. Épuisée, je suis montée dans la voiture vendredi matin à six heures. Ensuite, ça n'a été que fous rires, festins et joie à partager. Quel bonheur d'évoluer dans cette région que je sais être le berceau de ma famille. Quel plaisir de voir mon père si épanoui, comme un gosse parti en vacances avec sa bande de copains. Quelle satisfaction de comprendre la langue de mes ancêtres, de jouer à deviner les conversations, comme autant d'énigmes informelles.

Il y aura eu cette endurance désormais habituelle à cette période de l'année qui nous impose corrections, remplissages de bulletins et autres livrets scolaires à la pelle. Je ne suis pas encore au bout de la course et je joue cette année des délais, au grand désespoir de la secrétaire qui attend toujours mes fichiers. A la difficulté de ce type d'exercice s'ajoute cette année un cruel manque de motivation et d'anticipation.

Il y aura eu comme chaque année les dernières heures de cours avec les deuxièmes années, ceux qui basculent maintenant sur les périodes de révision. Comme chaque année, il est ridicule de réaliser qu'on se fait plus de soucis qu'eux pour un examen qu'on ne passera pas. Petit pincement au cœur de les voir filer vers d'autres sphères.

Il y aura eu mon couple qui s'effrite tout doucement. Ce matin, je me suis levée à cinq heures et quelques, pour prendre mon temps, et parce que je m'étais couchée tôt. Qu'il est dur de tomber sur celui qui occupe toujours ma vie et surtout ma maison, ivre de fatigue et d'alcool, poussant la porte d'entrée.

Il y aura eu la maladie. Les angoisses de l'attente des résultats. La peur au ventre qui aura gâché certains bons moments. La trouille toujours aujourd'hui de ne pas en être débarrassée. La frustration de ne pas avoir de réponse.

Il y aura samedi le mariage d'un collègue, auquel je suis invitée, seule. Et cette note qui m'est revenue en tête lundi matin et qui m'a expliqué mon appréhension.

Il y aura eu le printemps, parfois saisi par une fenêtre entrouverte, trop vite, parfums entêtants des lilas. On le sent filer, éphémère. Lorsqu'on prendra le temps d'en profiter, il ne sera déjà plus là. J'aimerais que cette douce période dure toute l'année.

fleurs_d_arbres

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dimanche 5 avril 2009

Tulipes forever.

Une maison propre, cuisine impeccable, linge lavé et rangé, juste ma paire de talons qui traine sur la parquet du couloir.  La télévision et à travers elle Harrison Ford marmonnent des choses que je n'écoute pas. Il me reste des documents à classer pour attaquer sereinement cette trop longue semaine pourtant raccourcie par le vendredi férié spécifique à ma région. Je vais boucler près de quarante heures de cours en quatre jours. Journées qui vont souvent s'achever après neuf heures. Il va également falloir corriger au plus vite ces quatre-vingts-dix copies dont les notes sont à enregistrer pour le quinze du mois. Et comme je pars quatre jours en Italie avec ma famille, il faudra terminer ça avant !

Ce programme me convient : il me permet d'écarter les idées sombres, celles qui ne me laissent pas entrevoir un avenir après tant de projets avortés. Sentiment d'échec, de blocage net en pleine course. Envie de me blottir sous ma couette et de ne me réveiller que dans quelques mois, quand la tempête sera passée. Parce qu'elle va passer.

tulipes_roses

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jeudi 5 mars 2009

Wake up.

Je vais mieux tout doucement malgré les soirées agitées de début de semaine. Je n'arrive toujours pas à mettre des mots précis sur les événements. Je donne ici ce que je peux formuler. Et je peuple mon esprit de pensées positives : tout ce que cette décision va m'apporter, le retour à ce que je souhaite vraiment, la cohérence. Je tente de voir ce verre à moitié plein.

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lundi 2 mars 2009

Like a hobo.

Plurielle je suis. A l'intérieur, trop de monde se bouscule. Celle qui voudrait que tout soit plus simple. Celle qui aimerait que tout soit comme avant. Celle qui a même pas peur. Celle qui se dit soulagée. Celle qui parfois boit pour oublier et rire avec des amis. Celle qui pense que demain sera facile. Celle qui en oublie qu'il faut se lever le matin et qui laisse le réveil brailler seul sur la table de nuit. Celle qui dit "l'an prochain je serai une autre". Celle qui dit aussi "plus jamais on m'y reprendra". Celle qui a même pas mal.

Début d'une semaine de travail longue et lourde. Je voudrais me réapproprier ce lieu rassurant et neutre pour pouvoir m'y confier et y voir plus clair. Mais comment revenir après plus d'un mois de silence. Et qu'y dire ? Comment trouver les mots et la confiance ?

joncs

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