mercredi 24 novembre 2010

Gab.

Cliquer trois fois. Créer un fichier. Mettre les trois lettres de son prénom en titre. Gab.doc. Donner du sens rien qu’avec ces actions simples. Il existe avec la création de ce fichier. Il existe par les mots. Il existe sans doute bien plus que d’autres.

Samedi soir, alors que je me rendais chez ces amis que je n’avais pas vus depuis des mois, je crois que je savais. Je savais que ça n’allait pas se limiter à quelque chose d’anodin. Je ne sais pas pourquoi. Je m’étais faite belle, j’avais mis cette petite jupe qui tourne un peu, mes bottes à talons qui font mes jambes plus longues, j’avais mis un peu plus de noir sur mes yeux. Pourtant, rien ne laissait présager ça. Je ne le connaissais pas, je l’avais entr’aperçu il y a un an et demi, lors de ce mariage, alors que je couvais déjà ma dépression. Je venais de me séparer de Neb et la tempête grondait. Je crois que mon attention alors était toute centrée sur cette petite boule de tristesse acide que je voulais faire taire et qui me ravageait l’intérieur.

Samedi soir, il était là. J’ai découvert un grand garçon franc, bourré de charme et d’humour. Intéressant et intéressé. Respectueux de tout ce que l’on pouvait dire autour de lui. Taquin mais sans être lourd. Plein de finesse. Il n’est pas beau, mais dégage quelque chose qui m’a plu dès les premières minutes. Et la soirée file, trop vite à mon goût. Je vois nos hôtes fatigués et avec ce constat approche le moment de se quitter. Lorsque je sors de leur appartement, il reste derrière moi, je vois son sourire dans l’entrebâillement de la porte et je me dis, alors que je dévale les escaliers qui me mènent à ma voiture, que je ne le reverrai jamais.

Samedi soir, je rentre chez moi et envoie à mes deux amis un petit mail de remerciement dans lequel je leur fais savoir que j’ai adoré faire la connaissance de leurs amis.  Le lendemain, je reçois un lien facebook qui me suggère de devenir «amie» avec lui. Je ne clique pas, je ne veux pas me précipiter. Je réfléchis devant mon écran lorsque dans mes mails, quelques secondes plus tard seulement il me demande en «amie». Ridicule, bien sur, mais mon cœur s’emballe, je pousse de petits cris de joie seule dans mon appartement. Et après ? Super ma grande, t’es «amie» avec lui sur facebook, quel pas en avant ! Puis je me dis que c’est toujours mieux que rien, qu’au moins toutes les portes ne sont pas fermées. C’est avec un sourire et une espèce de sérénité inexplicable que je me rends chez mes parents avec ma Tine pour le déjeuner dominicale. Puis la journée file. Dans la soirée part ce petit message anodin pour Gab dont j’ai déjà parlé lundi. Il n’attendait pas de réponse mais en espérait une…

Lundi, huit heures de cours et dans la soirée, mes traditionnelles deux heures de théâtre me permettent de lâcher toutes les tensions, de partir dans la création. Nous nous retrouvons comme toujours autour d’un verre et d’un bon petit plat après notre atelier. Ce soir là, une fois de plus, l’ambiance est bonne, les rires fusent, la bonne humeur est palpable. J’aime ce groupe, malgré les déceptions qui peuvent être occasionnées. Je sais que je suis exigeante avec eux, je sais que je ne dois pas en attendre trop. Et l’Homme aux mille questions, à ma droite ce soir là, qui prend ma main, qui me dit que je sens la vanille, qui pique un fard alors que je le regarde juste dans les yeux et qui m’encourage à boire encore et encore dans son verre, pour savoir à quoi je pense… Je quitte la périphérie de M. avec ces doutes toujours à son sujet.

Hier, il répond. Qu’il n’était pas rentré chez lui, qu’il est désolé d’avoir tardé, qu’il est ravi d’avoir de mes nouvelles, que je peux passer le voir quand je veux. Il vit à trois heures de route de chez moi. Je ne réponds pas tout de suite. Hésitante sur le contenu à apporter à ma réponse, je laisse finalement passer de longues heures de cours. Mon prétendant, celui qui m’avait embrassée vendredi soir m’appelle mardi midi. Il me dit qu’il veut me voir, qu’il est disponible en début de soirée. L’envie n’est pas là, mais je cède.

Après quatre heures de surveillance, je le rejoins dans un café dont je n’aime pas l’ambiance et la luminosité crue. Lorsque je m’approche de lui, il attrape ma bouche et m’embrasse. Je n’aime pas. Un de ces baisers de vieux couple. Manque plus que le «t’as passé une bonne journée chérie ?». Très peu pour moi. Nous passons quelques heures ensemble. Nous flânons dans les allées du marché de Noël qui vient de s’installer dans le centre ville de M. Un vin chaud, quelques sourires et nous nous installons dans un café où nous mangeons quelques tapas. Je n’ai pas faim, je regarde l’heure, impatiente de rentrer, je n’avais pas l’intention de passer la soirée à ses côtés et le fait qu’il m’ait un peu forcé la main m’agace sans que je ne m’en rende compte. Je me sens nerveuse et je ne parviens pas à m’expliquer pourquoi. J’ai pourtant toujours aimé les moments passés avec lui. Installés l’un en face de l’autre, alors que je lui parle avec conviction et fougue de ma vision de l’enseignement, ses doigts viennent glisser sur mon bras puis sur ma main. Je ne sais expliquer à quel point ça m’a crispée. J’en avais des envies de violence. Et je ne sais expliquer pourquoi. Incapable. Il me raccompagne à ma voiture et m’embrasse encore. Je n’aime pas ça. Toujours pas. Je n’aime pas ses lèvres, je n’aime pas ressentir ce néant en moi quand elles se posent sur ma bouche, juste un contact mouillé. Il me dit, alors que je manque de lui claquer la porte sur les doigts, qu’on peut se voir dimanche soir. Je botte en touche, je bosse le lendemain, je ne pourrai pas venir à M. Et lui de trouver la solution miracle : il peut dormir chez moi. Aïe. L’éventualité me met face à la réalité : je ne veux pas de lui dans mon lit, je ne veux pas de lui dans ma vie, comment ai-je pu imaginer le contraire ? Je réalise qu’il n’a d’ailleurs jamais trouvé de « nom » ici… Je fais le trajet de retour avec ces questions qui volent comme de sales mouches dans habitable de ma voiture. Et je déteste alors son odeur qui semble figée sur mes lèvres, sur ma peau, indélébile. Dès mon retour, je me fais couler un bain. Je retrouve le calme de mon appartement, j’allume mon PC, je mets l’album de J. Tillman découvert il y a peu. Je me détends, je chasse de mon esprit ces idées.

Puis au détour d’un passage rapide sur facebook, il est là. Gab. Sa connexion déconne mais pendant près de deux heures, il m’envoie des messages. Peu de cohérence dans ce que je parviens à comprendre entre deux interruptions, mais tant d’acharnement. Il veut me parler, il veut me connaître, mieux, un peu au moins. Comme tout cela est compliqué, je lui laisse mon numéro et il m’appelle. Et cela se poursuit par deux bonnes heures au téléphone. Sa voix est tendre, calme, posée et enrouée. J’aime. Je pourrais l’écouter pendant des heures. Je l’écoute pendant des heures. Et je parle beaucoup aussi, et facilement je me confie à celui que je ne connais finalement pas. La confiance est évidente. Nous réalisons que nous avons de nombreux points communs. Cette passion pour la littérature et l’écriture, pour le théâtre. Une longue vie de couple derrière nous et une joie retrouvée avec la liberté qui a suivi, précieuse aujourd’hui. Il me pose des questions, indiscrètes, mais qui ne me gênent pas. Je raccroche le téléphone vers une heure du matin, avec un sourire simple sur le visage. Je vais me rouler en boule sous ma couette et j’ai du mal à trouver le sommeil. Je lui en ai trop dit, je n’aurais pas du…

Ce matin part un petit mail pour lui faire savoir mes regrets de m’être confiée si facilement, de lui avoir dit de moi tant de choses que je ne dis pas habituellement, de lui avoir fait savoir mes doutes, mes craintes, de lui avoir montré mon obscurité. Je me dis que sans doute pour tant de franchise, je vais être sanctionnée. Je reçois dans la matinée alors que je suis face à une classe qui quitte la salle pour partir en pause deux petits messages silencieux qui viennent crier dans ma tête. Le premier dit merci, ne t’inquiète pas, j’ai aimé. Le deuxième dit encore à quel point nous sommes pareils. Et je mets alors un masque pour ne pas afficher ce trop plein de bonne humeur qui m’inonde.

Dans quelques minutes, je vois notre ami commun. Nous nous retrouvons pour aller boire un verre. Ce sera l’occasion de tâter le terrain, de savoir si je dois me méfier ou si mon impression de confiance est la bonne...

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lundi 22 novembre 2010

La nuit chasse les dilemmes.

Quelques journées sans mots, quelques semaines sans maux. Et pourtant, l'impression d'avoir pris dans certains domaines des virages surprenants. La vie fait des ricochets parfois inattendus.

Premier élément, cette question au-dessus de ma tête depuis quelques jours, comme une épée de Damoclès. Je tiens l'épée. Tout commence par une conversation avec mon père un jeudi gris. Le point de départ est positif, il évoque un départ en retraite finalement précoce par rapport à ce que l'on attendait. Mais autour de cette hypothèse, des doutes. Notamment quant à la possibilité de continuer à "investir" dans mon appartement. Et derrière cet aveu arrivent les mots qui blessent. On me laisse entendre que c'est une aide, que je ne suis pas autonome, que d'ailleurs, professionnellement aussi, mes choix montrent leur limites. La discussion s'égare, me tire des larmes. J'avais l'impression, la certitude d'avoir une vie stable, d'avoir fait les bons choix, d'avoir opté pour des solutions qui me correspondaient et qui prouvaient aujourd'hui que j'étais indépendante. Et j'aperçois derrière les propos de mes parents tant de fragilité. Oui, au final, seule je n'avance pas. J'ai besoin d'eux. Depuis le départ de Neb, ils sont très présents. Ils s'occupent de mon Lu les semaines où je travaille trop, ils me versent une partie des traites de mon appart' (ça m'avait été présenté comme un investissement judicieux pour eux il y a deux ans, j'y vois simplement maintenant leur générosité pour leur fille qui était alors en pleine dépression), ils se font du soucis pour mon avenir professionnel. Cette année en effet, j'observe les limites de ce système qui me laisse tant de liberté. Ne pas dépendre d'un employeur, multiplier les contrats, voilà qui a son charme quand il y a du choix. Tous mes collègues s'accordent à dire que c'est très difficile cette année. Les centres de formation souffrent de la crise, les contrats se font rares, les vacataires sont remplacés par des permanents qui se doivent d'être polyvalents à défaut d'être compétents. On limite la casse. Et ce sont les contrats "volants" qui trinquent. J'ai pourtant essayé de trouver d'autres pistes pour compléter un emploi du temps très léger par rapport à l'an passé. Pas évident : pas de réponse ou des refus. J'en suis à proposer mes compétences en tant que bénévole, pour meubler des semaines creuses. Je vais faire des lectures en maison de retraite, monter un atelier d'impro avec de jeunes illettrés, reprendre sérieusement les lectures pour la bibliothèque sonore.

Puis derrière tous ces constats, et après la claque à l'amour propre, j'ai voulu positiver tout ça. Mon appart' me coûte trop cher ? Mon métier n'en est pas vraiment un ? Alors il faudrait se débarrasser de l'appart' et trouver un autre emploi. Et une solution se dessine. Mettre cet appart' en location (le vendre n'est pas une bonne option par les temps qui courent) et partir travailler à l'étranger. Depuis ma séparation avec Neb, j'envisage ce départ. Dans les premiers mois, on me disait que je ne devais pas y penser, que ce n'était pas bien de partir pour fuir. J'étais sans doute trop faible pour me lancer dans cette aventure. Puis l'idée s'est faite transparente, discrète derrière un rythme de vie mouvementé. Aujourd'hui la revoilà, plus solide, plus aboutie. Certes, ce n'est qu'une idée pour le moment. Elle ne plait pas à tout le monde. Beaucoup autour de moi manifestent un égoïsme flatteur, mettant en avant leur attachement et leur refus de me voir partir. Pas de décision pour le moment. Je prends la température. Auprès de mes proches dont les conseils sont précieux. Auprès de sites internet qui étalent des annonces plus alléchantes les unes que les autres.

Et en attendant, je continue à avancer dans un automne somme toute agréable. J'enchaine des semaines très irrégulières. Parfois six jours sans travailler. Puis à nouveau quarante heures d'affilé. Pas de cohérence mais on s'y fait. Et derrière tout cela, il y a des satisfactions personnelles, preuve que je suis quand même maître(sse) de mon destin. Par exemple, plus de cigarettes depuis plus de deux semaines et même pas mal, même pas peur. le plus dur aura été d'écraser la dernière. Et je regarde en arrière, ces huit mois où j'ai repris et où j'ai fumé comme un pompier. Je ne comprends pas. Il me faudra d'ailleurs une note entière pour expliquer ce phénomène si étrange. Puis mon groupe d'impro qui tient la route malgré quelques doutes en début d'année. J'ai appris à prendre les membres de ce groupe avec plus de distances, plus de souplesse. Ils ont tous des caractères forts, des attentes différentes et je dois leur laisser de l'air si je ne veux pas les essouffler ou les étouffer. Prochaine représentation dans trois semaines, premier match contre une autre équipe, je suis sure que ce sera bon.

Dans ce contexte, toujours mon homme aux mille questions. Et malgré tout ce temps, malgré toutes ces portes fermées, j'en suis toujours à vibrer à chaque fois que je le vois. A vibrer au point d'en perdre mes repères. Il est doux avec moi, proche mais sans l'être vraiment, sans ambigüité. L'autre soir, il s'est joint à moi pour une interview que je devais donner au nom de l'association. J'ai tellement aimé sa présence, sa simplicité, la spontanéité de ses réponses face à la journaliste amusée. J'ai aimé nous voir tous les deux ensuite à la table de ce petit café que j'ai tant fréquenté autrefois. Ses yeux et son sourire sont des massues qui me démolissent la raison ! Il y a une semaine, son frère est venu nous rejoindre après notre entrainement hebdomadaire. J'ai aimé le voir dans ce contexte, petit frère si complice, si fier. Je craque un peu plus, je m'effondre progressivement, à chaque fois que je partage des moments avec lui. Et derrière tout cela, rien ne bouge. Impossible pour moi d'avancer un autre pion, j'ai déjà dit ce que j'avais à dire. Statu quo.

Autres contextes, autres histoires. La déclaration de début septembre, mon ancien élève, s'est essoufflée. Il a finalement lâché l'affaire sans explications. J'essaye de tourner la page de son corps chaud et musclé, de ses gestes de tendresse enfantins. Bien sur que c'est mieux ainsi ! La déclaration de début octobre est plus difficile à décourager et je me retrouve d'ailleurs prise à mon propre piège si on peut dire. Cela faisait un mois qu'on se voyait. Je n'avais pas donné de suite favorable à ses aveux, d'autant plus qu'un beau gros mensonge était venu se greffer dessus entre temps. Cependant, sa compagnie me plait, nous continuions à nous voir et je pensais que les choses étaient claires. Puis bien entendu est arrivé le moment où il m'en a demandé plus. Je lui ai ressorti le disque habituel. Celui de Nam, celui de l'ancien élève, celui qui semble rayé à force. Celui qui dit que je ne suis pas prête à m'engager, à faire des promesses, que le peu que je suis prête à donner ferait plus souffrir qu'autre chose, que je ne peux exiger de personne d'accepter ça. Il me demande d'être plus concrète, alors oui, je le lui dis, ça rime avec  liberté, éphémérité et infidélité. Il part ce soir là, alors qu'on sortait du cinéma, avec son petit mouchoir au coin de l'œil. Je pense avoir été sincère, même si bourreau des cœurs. Du coup, je ne vois pas venir ce qui me (re)tombe sur la tronche vendredi soir : je passe chez lui pour un apéro rapide alors que je suis attendue pour diner chez des amis une heure plus tard. Et là, il me dit "oui". Je reste coi. "Oui" quoi ? Oui, il accepte. Mes conditions dont personne ne voudrait, ces petits lambeaux de relations que je suis prête à céder. Il veut bien de ces miettes de moi-même que je daigne lui accorder, même s'il ne doit pas être le seul, même s'il doit subir mes silences, même s'il n'a droit à aucune exigence, même si ça se vit au jour le jour, sans lendemain. Il accepte. Il veut bien de ça à défaut d'autre chose. Il se contentera de ça. Il m'aime. Sur ce, il m'embrasse. Et je ne sais que dire, que faire. Je ne sais pas si ça me plait, si je veux de ça, de lui, de cette situation. Je le quitte ce soir là, un peu perdue.

Le week-end file sans que je ne lui donne de nouvelles et sans que je n'en reçoive. Samedi soir, invitée chez d'autres amis, je réalise que c'est une soirée embuscade. De celles où un couple consciencieux et plein de bonne volonté lance les invitations auprès de tous les célibataires de son répertoire. Pour l'occasion nous étions trois cœur à prendre. Deux hommes et moi. Le premier, je le connais déjà, je l'avais eu sur le dos il y a un an et demi lors d'un mariage. Le deuxième, je l'ai rencontré brièvement dans le même contexte. Brièvement car Monsieur, ivre "de bonheur", s'était tapé une sieste sur un banc au soleil après l'apéro et on ne l'avait presque plus revu. Et cette soirée, imprévue, m'a finalement plu. Bien entendu, il a été doux de revoir ces amis que je n'avais pas pris le temps de voir depuis près d'un an. Et leur petite fille, adorable demoiselle d'un an à peine qui connait tous les cris des animaux. Mais j'ai aimé en particulier le deuxième cœur à prendre. J'ai aimé sa voix rauque, accentuée encore sans doute par son gros méchant rhume et par ces cigarettes roulées qu'il sortait fumer sur le balcon. J'ai aimé son humour, rentre-dedans, ses mains qui se sont agitées à table lorsqu'il parlait, la force calme avec laquelle il a défendu certains avis, la pertinence de ces derniers. J'ai aimé découvrir en quelques heures seulement derrière ce grand gaillard un personnage complexe et curieux. J'étais finalement sous le charme. Rien de plus, bien sur. Mais quand j'ai lu hier soir dans mon télérama un article en rapport avec son sujet de mémoire (oui, Monsieur a repris des études), je n'ai pu m'empêcher de lui envoyer un mail via facebook (nous sommes "amis" depuis hier matin) avec l'espoir secret d'une réponse, d'un peu plus peut-être...

Voilà où j'en suis. Noël approche, les marchés de Noël déboulent dans toutes les villes alsaciennes dès la semaine prochaine et avec eux le flot habituel de touristes. Je n'aime pas les mois de novembre, mais il me semble cette année moins pire que les autres. Toutes les portes sont ouvertes je sais que je peux en ouvrir encore, autant que je le souhaite...

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vendredi 5 novembre 2010

Funérailles.

Ciel laiteux, air piquant. Les yeux secs et le cœur gros, ma sœur, mon frère et moi marchons vers l'église. Derrière nous suivent les membres de notre famille, réunie pour l'occasion. Certains ont même franchi des frontières pour être présents. Je n'avais plus mis les pieds dans cette église depuis dix ans et c'était déjà alors pour y faire mes adieux à quelqu'un. Lorsque je m'avance dans l'allée vers le cercueil recouvert de fleurs blanches, les bancs sont encore déserts. Tous les trois, nous nous installons au deuxième rang. La lumière et l'odeur du lieu me gênent dès les premières minutes. Toujours cette sensation d'oppression.

Tout ce qui suit n'est que colère (et je m'en veux). Encadrée par une sœur et un frère larmoyants, je serre es dents. J'aurais aimé simplement être là pour un dernier hommage à mon oncle. J'aurais aimé qu'on me parle de lui. Mais la messe aura duré une heure et demi. Et durant ces longs instants, j'ai senti gronder comme un raz-de-marée en moi cette révolte. Il n'a été question que du seigneur, de la vie éternelle, des cieux, et va gober ton hostie, et "debout" et "assis", et "amen" et "l'agneau de Dieu qui enlève le pêcher du monde"...Et le curée de se tromper dans les prénoms, d'en oublier un frère et de ne plus savoir dans quel village il est ! Et si peu sur mon oncle. Lui comme les autres n'est qu'un mouton dans cette industrie des funérailles. Pourquoi avoir confié la tache de lui rendre hommage à quelqu'un qui ne le connait pas, qui ne nous connait pas ? Lui qui n'était même pas croyant. Pourquoi passer systématiquement par cette étape ?

Je sors de cette cérémonie avec une boule dans le ventre. L'impression d'avoir été prise en otage. Mais je reste silencieuse et je macère dans mon ressenti. Je sais que ça n'a pas sa place. Je m'en veux de ne pas avoir su faire abstraction de tout ça, de ne pas avoir été simplement là pour lui et pour mes proches. Je m'en veux de m'être laissée aller à des considérations qui n'auraient pas du interférer. Je me tais. J'observe ensuite le fossoyeur, affublé d'un T-shirt smirnoff, laisser coulisser entre ses mains les cordes qui font descendre mon oncle dans la terre. Plus loin, à quelques tombes à peine, ma grand mère repose depuis dix ans et j'ai presque l'impression d'entendre son rire.

Ensuite, ces moments de partage. Une convivialité, des mots, une chaleur dont tout le monde a besoin. On est là, on s'écoute, on sait que tout ça a de la valeur, que c'est important et éphémère. On se prend une réalité en pleine gueule, celle du temps qui passe, de la roue qui tourne...

Je suis restée avec ma famille le lendemain, pour être là et parce que j'avais besoin d'eux. J'ai dormi dans mon petit lit de lycéenne, j'ai retrouvé cette maison fourmilière. Il y avait ma cousine Anna de Turin, douce sous ses airs de brute et tellement complice malgré la barrière de la langue (qui n'en est plus une après deux heures à ses côtés). Il y avait les cousins et cousines de mon père, gentils mais fuyants. Il y avait tous mes cousins et cousines qui vivent pourtant à deux pas de chez moi et que je ne vois plus du tout. Et il y avait ma tante, veuve souriante et discrète.

Et mon père au milieu de tout ça qui avait passé une semaine à galoper pour tout organiser et pour régler tous les aspects administratifs. Fort et fragile à la fois, il a su fédérer tout le monde, faisant fi de son chagrin...Et je ne peux m'empêcher de m'inquiéter pour lui, de le trouver taciturne et triste...

Rentrée chez moi, j'ai du mal à retrouver mes marques. Toutes les futilités des semaines passées s'évanouissent au regard de la mort. J'en réévalue mes priorités. Je me sens étonnamment bien, entourée de richesse dont il me faut profiter...

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mardi 26 octobre 2010

La mort ce matin.

Mon oncle est parti. Après un an d'un cancer contre lequel il n'a pas pu lutter. J'ai encore pu le voir samedi. Il n'était plus que l'ombre de lui-même, sédaté, dans un lit jaune, il ne nous a pas reconnues, ma sœur et moi. J'ai vu l'effort dans ses yeux pour trouver la dignité et la lucidité. Heureusement pour lui, tout ça, c'est terminé.

Et je suis en colère plus que triste. Une colère amère et muette. Je ne parviens pas à trouver les mots. Elle se nourrit de mes peurs les plus obscures. Elle trouve sa force dans ce sentiment d'injustice. Et ça en devient physique, une envie de cogner, de sortir toute cette rage et ces sanglots douloureux.

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vendredi 22 octobre 2010

Profil.

Je remonte la pente. Début de semaine difficile, comme j'ai pu le laisser transparaître ici. Mais je ne me laisse pas démonter. Je me suis interrogée sur ces larmes, cette faiblesse. Je n'ai pu m'empêcher d'y voir un retour de mes vieux démons. La force d'inertie des médicaments ne faisant plus effet, les revoilà ? Non, je ne crois pas. Je dois accepter aussi que maintenant que ce barrage chimique n'est plus là, ma vie peut connaître des hauts et des bas. Mes armes pour affronter tout ça, elles sont en moi.

Alors, j'ai attaqué cette semaine violente avec la patate. Mardi matin, coup de pied au cul. Et il me reste encore deux bonnes heures de cours et malgré les bonnes claques de cette semaine de trente cinq heures, je tiens le coup.

Tout ça, c'est ce que je considère comme "les doigts brûlés", prise à mon propre piège, à vouloir jouer à des jeux de vilains, ça s'est retourné contre moi. C'était inévitable. Je le savais bien au moment où j'ai commencé, mais fallait que je me fasse mal pour comprendre. Et même en le sachant avant de commencer, je voulais jouer quand même.

Cette semaine de travail fut radicalement opposée à la précédente. j'ai passé mes journées dans des salles de cours, à courir entre différents établissements, à me lever tôt pour assurer la préparation des cours, à corriger des copies dans l'urgence et, en transparence, la naissance de nouveaux projets, de nouvelles idées, de nouveaux souffles... La semaine précédente, je me couchais tard, je sortais jusqu'à pas d'heure et je mettais fin à des projets de longues dates qui m'empoisonnaient. Comme début septembre, je me sens à nouveau à un carrefour. Je vais me privilégier, me tourner à nouveau vers l'intérieur, égoïstement et partir pour quelques mois d'hibernation.

Petit bilan quand même sur les prétendants. Le jeune courageux ne l'est finalement pas tant que ça. J'ai su le décourager par toute mes remises en question et mes mises en garde (il a du me prendre pour un cinglée tellement j'ai été obligée d'en rajouter). Il semble bien loin maintenant, mais pas totalement effacé non plus. Hier matin encore, il prenait de mes nouvelles. Je crois que la prochaine fois, je serai plus tranchante encore, lui demandant clairement ce qu'il peut attendre ou espérer de moi et s'il a déjà compris, qu'il m'oublie et qu'il lâche définitivement l'affaire (nous ne sommes pas faits pour être amis et de toute façon, la formule "restons amis" n'est qu'une blague). Curieusement, il y a une petite voix en moi qui aimerait bien le revoir, qui me dit que je ne me suis pas donnée pour rien... Puis de l'autre côté, il y a celui aux douces paroles, celui qui veut être là et qui m'a pourtant menti. Ne sais pas ce que ça peut donner. Ne suis pas attirée par lui. Et en plus maintenant, me sens trahie, prise pour une buse. Je laisse ses appels sonner dans le vide, je ne sais pas que lui dire, même pas envie de faire l'effort de lui expliquer.

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lundi 18 octobre 2010

Dégout.

Y'a ces trucs qui sont dits au coin d'une table, un dimanche soir fatigué, devant une assiette de pot-au-feu. Une soirée improvisée avec des improvisateurs qui vient clore un week-end théâtral trop long, fatigant et décevant. Et ces mots anodins s'échappent de la bouche de mon interlocutrice, la blondinette. Des mots qui viennent sans le savoir mettre en évidence un énorme mensonge. Pas le sien et il est d'ailleurs sans importance de savoir qui, quand, où et pourquoi. Et dégoutée, épuisée, lassée, je laisse de grosses larmes rondes rouler sur mes joues. Nerveusement, je me dirige vers la fenêtre où j'allume une cigarette de rage. Je leur tourne le dos pour qu'ils ne voient pas ma fatigue. L'homme aux mille questions est là. Et je me dis à ce moment là, une fois de plus, que s'il ne devait y'en avoir qu'un, ce serait lui. Je sens bien que ma réaction met tout le monde mal à l'aise. Ils n'ont pas l'habitude de me voir comme ça. Je suis la fille forte, celle qui lâche rien, celle qui tient tout à bout de bras et qui se décourage pas devant la difficulté. Mais là, c'est trop. Ce n'est pas tant le mensonge, ni même son auteur qui me dérangent, c'est cette impression alors persistante d'avoir "pauvre buse" écrit en gros caractères sur mon front et ce depuis quelques semaines déjà.

Puis aujourd'hui, catastrophe. Le cumule de tout ce que je déteste et redoute. En montant dans ma voiture ce matin, j'étais déjà en retard et je laissais derrière moi un taudis. Mon horoscope auquel je ne prête d'habitude guère attention m'annonce une journée facile et pleine de bonne humeur. Je sais maintenant pourquoi je n'y prête pas attention. Je suis tombée vingt minutes plus tard dans un bouchon phénoménal. Puis la première classe que je vois ce matin me fait sortir de mes gonds : sur les quinze présents, pas un seul n'a fait le travail demandé. Zéro pour tout le monde et zéro fois quinze, ça fait toujours zéro.  La bonne idée me vient à la pause de consulter mon compte en banque : mille euros de découvert et toutes les traites citées plus tôt ne sont toujours pas payées. A midi, je pars errer dans les rayons d'un supermarché. Je me contente du minimum : quelques rouleaux de PQ, un filet d'oranges, de la lessive. Voilà des semaines que je n'ai pas pu faire de vraies courses. En passant à la caisse, j'ai des larmes dans la bouche en repensant aux propos de la veille, à la trahison et à ma naïveté. Dans l'après-midi, je voulais diffuser Harrison's Flowers à mes Bac pro qui travaillent en ce moment sur le journalisme. On me dit que la prise péritel est foutue. Je me laisse pas démonter, il me reste dix minutes pour en acheter une au supermarché du coin. Mais il se trouve que c'est en fait la sortie péritel de la télé qui est morte. Achat inutile, il va falloir trouver une autre solution. Alors, on panique pas, on va tenter avec un PC et un vidéo projecteur. Mais quand je veux sortir le DVD déjà installé dans le lecteur, celui-ci reste bloqué à l'intérieur. Je confie finalement l'engin au directeur, qui sera obligé de mettre un coup de tournevis pour le récupérer. Nouveau contre temps, on a plus le code du PC en question. Personne n'est foutu de me retrouver ce code. Pendant ce temps là, impro oblige, j'ai installé mes loulous dans une salle info et ils font des recherches sur un journaliste célèbre de leur choix. N'importe quoi ! Puis quand on finit pas retrouver le code, on réalise qu'il n'y a pas de sortie son ! On arrive finalement à lancer le film deux heures après l'heure prévue... Puis il y a une demi-heure, alors que mon cours marathon vient de s'achever, ma mère au téléphone qui m'annonce que mon oncle est mourant, il n'en a plus pour longtemps, il faut qu'on s'y prépare. Sinon, j'ai aussi pété ma thermos, foutu trois fois mon téléphone par terre et je me suis pris une châtaigne et tirant sur un câble. Puis il n'est que dix-huit heures, alors j'hésite à monter dans ma voiture, je voudrais juste me téléporter dans mon lit.

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oeil__toile

Edit : journée qui se termine par des larmes, encore, celles de la fatigue nerveuse que je ne maitrise plus.

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mercredi 13 octobre 2010

Sans contrainte, on tourne en rond.

Des hauts des bas. Semaine difficile et pourtant creuse. Je n'ai qu'une quinzaine d'heures de cours. Mais elle est plombée par le week-end qui arrive. Trois représentations de la pièce que j'encadre depuis un an. Ce qui devrait me faire plaisir et pourtant ça me contrarie au plus haut point. Parce que je n'ai pris aucun plaisir à travailler avec ce groupe. Ce qui devait être de la mise en scène s'est avéré être du babysitting. Il y a encore une semaine, le rôle principal ne connaissait pas son texte. Et qu'il est délicat de taper sur les doigts d'un monsieur de cinquante cinq ans ! Hier soir, je suis restée consternée devant ce qu'ils m'ont présenté en guise d'acte I. Aucun naturel, des décrochages en permanence, des incohérences, une crispation palpable et une mise en scène réduite à peau de chagrin. Je ne peux m'empêcher de me demander à quoi j'ai servi pendant un an. Mais comment travailler la mise en scène avec des comédiens qui tiennent leurs bouquins en permanence et semblent déchiffrer certaines répliques. J'y retourne ce soir pour la générale, je ne serai pas rentrée avant tard dans la nuit.

Heureusement demain soir, je m'accorde un break dans cette semaine contrariante : sortie mensuelle avec mes deux fêtards. Je sais qu'avec eux, j'oublie tout. Le temps d'une soirée, c'est insouciance et fous rires en chaine. La pression fait descendre la pression.

Pression de cette vie sentimentale qui n'en est pas une. D'un côté, le corps, de l'autre côté l'esprit. Un homme-enfant qui a su éveiller tant de sensualité face à un complice de longue date qui parle exactement la même langue que moi et qui a le même monde. Avec le premier, je n'arrive pas à parler et je ne m'imagine pas dans les bras du second. Paradoxe. N'est-il pas possible de me mixer les deux pour obtenir l'homme idéal ? Pour le moment, statu quo. Rien ne bouge vraiment. Je me rapproche du second alors que le premier s'éloigne, mais rien n'est joué. Je n'ai d'ailleurs pas envie de jouer. Puis pour clore le chapitre "midinette", l'homme aux mille questions qui erre toujours dans les parages laisse peser sur moi des regards qui en disent bien trop long et que je ne suis d'ailleurs pas la seule à remarquer.

Pression de mon compte en banque. Je suis ruinée. Les indemnités ASSEDIC que j'espérais toucher cet été ne m'ont pas été versées. J'ai vécu trois mois sur les réserves. Les salaires du mois de septembre ont à peine comblé le vide. Je travaille moins que l'an passé et pour la vacataire que je suis, cela signifie avant tout "salaire réduit". Il faut que je comble les blancs dans mon emploi du temps pour que mon banquier ne me tombe pas dessus. Puis j'ai la taxe d'habitation à régler, les charges de l'appart', les pneus à changer et la révisions des 60 000 qui arrive au galop. Faudrait aussi que j'aille chez le coiffeur, que je change la cartouche de mon imprimante, que je développe certaines photos de cet été et dans quinze jours, Tine et moi avons prévu une escapade à Prague... Mais sinon, je gère !

Pression de cette vie qui file trop vite. Toutes ces choses que je voudrais faire* et pour lesquelles je ne prends pas le temps. J'ai beaucoup de mal à rester chez moi les derniers temps et lorsque le cas se présente, je suis d'une inefficacité ébouriffante. Je galope et je ne sais plus m'arrêter. Il y a toujours des éléments qui semble me bousculer, me rattraper, me culpabiliser. Difficile d'expliquer cette perception du temps et des choses si particulière en ce moment, comme une déformation de mon environnement, je suis tombée dans une faille spatio-temporelle.

Pression des gens autour de moi, que je voudrais soutenir davantage et pour lesquels je ne trouve plus les mots. Le Pooh surtout qui est rongée par ses envies de maternité au point que cela en devienne obsessionnel. Elle ne vit plus, les seules échéances qui jalonnent encre sa vie sont celles des rendez-vous chez les différents médecins qui distillent un espoir vicieux et aléatoire. Je voudrais qu'elle s'éloigne de tout ça, qu'elle retrouve sa joie de vivre, que ces nuages noirs quittent son ciel. Parfois, au bout du fil, j'entends dans sa voix la mélodie de cet enfant à venir et toute la force de ses attentes. Mais trop de fois, sa voix se fait lointaine et étouffée.

Je clos cette réflexion du jour avec cette citation issue de Winnie l'ourson (hommage au Pooh), "il n'y a pas d'urgence, nous y arriverons un jour"...

boule_osier

***

* [ arrêter de fumer - trier tous mes fichiers photo - reprendre plus que sérieusement le yoga - m'occuper de mon balcon  sur lequel fanent toutes mes plantes estivales - trier les piles de paperasse dans mon bureau - faire du parapente - ranger mon garage - mettre en vente les objets qui y trainent - passer plus de temps avec Lu - me remettre à la cuisine - faire un sport de combat - repeindre le bureau - aller à la piscine - dessiner - terminer le carnet de voyage de cet été - prévoir des escapades futures - Lancer de nouveaux projets de théâtre - Contacter les organismes de formation BAFA - Écrire des lettres - Écrire une pièce de théâtre - Faire du vélo - Lire - Faire de la pâtisserie - Faire des cadeaux - envisager mon futur professionnel sous un autre angle - ... ]

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vendredi 8 octobre 2010

God put a smile on my face.

[Attention lecteur, ce blog est en train de se transformer en mauvaise reproduction du Journal de Bridget Jones]

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On croit que ça va s'arrêter, et ça reprend de plus belle. Comme dans ces manèges à grande vitesse quand ça ralentit pour finalement repartir au quart de tour. Sensations fortes.

J'en étais arrivée à me dire que maintenant, tout allait rentrer dans l'ordre. j'avais su à nouveau un peu anticiper mes journées et mes semaines. J'avais recommencé à manger et à dormir "normalement". Le rythme effréné des dernières semaines semblaient s'apaiser. Moins d'idées folles qui me trottaient dans ma tête. On range soigneusement chaque chose dans son petit tiroir et on se concentre sur le quotidien.

Trois jours, j'ai tenu trois jours et mes bonnes résolutions sont parties en fumée. Et une fois de plus, les rebondissements ne sont pas de mon fait.

Mardi soir, avant mon cours de théâtre (de la mise en scène sur une pièce qui me casse les bonbons parce que les acteurs ne se décident pas à apprendre leur texte), je me rends chez un ami qui a des explications à me donner quant à une de ses décisions. Il fait partie d'un de mes groupes de théâtre et souhaite s'en éloigner. Je le sais avant de m'y rendre et je pense savoir ce qu'il va me dire à ce sujet car je crois bien le connaître. Arrivée chez lui, nous rions de bon cœur devant une bière en échangeant les banalités habituelles lorsqu'il se lance. Je sais que son départ du groupe est dommageable, il est un excellent élément, il apporte beaucoup et tout le monde l'apprécie. Cependant, j'écoute avec respect les différentes explications qu'il me fournit. Tout ça se défend, il a d'autres priorités et ne trouve plus forcément de satisfaction à jouer pour le moment. Puis, il y a autre chose... Je le vois gêné et hésitant. Je lui tire les vers du nez sans soupçonner un instant ce qui va me tomber sur le coin de la tronche. Il lâche le morceau : il a des sentiments forts pour moi, depuis longtemps, trop longtemps. Il s'est tu parce que le contexte ne permettait pas qu'il dise. Parce qu'il ne savait pas comment je pouvais réagir. Impression de disque rayé. Je reste comme deux ronds de flan. Impossible de lui articuler une réponse. Je le connais depuis des années, nous avons passé de nombreuses soirées ensemble, nous nous sommes confiés l'un à l'autre et derrière tout cela, je n'avais jamais rien vu.Bien sur, il me demande de me positionner par rapport à ça. Il veut une réponse. Et moi, confuse, je ne sais que lui dire. Je campe sur mes positions, je ne veux aucun engagement. Ni avec lui, ni avec un autre. Je ne m'imagine pas un instant construire quelque chose de solide avec quelqu'un, je n'en ai aucune envie. Vivre seule est un épanouissement de chaque jour, je me retrouve. 

Petite pensée à toutes mes copines, Tine en tête de file, qui ne pensent qu'à se caser. Et ma sœur à midi, alors que je lui explique la situation qui me dit avec amertume et ironie "Oh ma pauvre !". Et moi qui ne sait que faire de tous ces mots/maux. On ne jongle pas avec les sentiments des gens. Bien sur, cet enchainement des éléments est flatteur, bien sur, ça met du piquant dans cet automne naissant et ça me colle un sourire (ravageur, je vais finir par le croire) sur le visage. Mais je ne peux pas jouer indéfiniment à ce petit jeu.

Et je repense à cette même situation, il y a des années. Je sortais alors d'une relation de cinq ans avec celui en qui j'avais vu l'homme de ma vie. Pleine de désillusions et gonflée par cette nouvelle liberté, je rencontrais Jules. Il arrivait comme une fleur dans ma vie, je le connaissais pourtant depuis des années, il était l'ami, le complice de tous les délires d'étudiants, le confident. Puis sans l'avoir vue venir, une tendresse s'est installée entre nous. Il sortait lui aussi d'une relation longue et douloureuse. Nous nous sommes aimés de façon toute singulière, sans aucune promesse, sans aucun engagement. Et ça a duré deux ans, durant lesquels j'ai eu mal souvent, de ne pas lui offrir plus, de ne pas savoir voir loin. Je ne lui ai pas toujours été fidèle, il y a eu d'autres personnes, pour la tendresse, pour se prouver qu'on plait, pour le plaisir. Il le savait.

Est-ce de ça dont j'ai envie aujourd'hui ? Et est-ce possible avec lui ?

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lundi 4 octobre 2010

Savoir freiner.

Il est temps pour moi de reprendre une vie normale, plus calme et plus saine.

Hier, chez mes parents, après un repas copieux et bien arrosé, je me suis allongée dans l'herbe. Chacun est parti de son côté pour la traditionnelle sieste dominicale. Je me suis laissée aller sous cette luminosité généreuse et inattendue de début octobre. Ma tête a basculé sur la côté, bras et jambes en croix, j'ai senti dans mon cou la morsure du soleil. Sur une ligne allant de la naissance de mon oreille à ma clavicule, il est venu planter ses dents. Se laisser chatouiller par cette douleur  discrète et envahir par des idées réchauffées par sa bienveillance. Le moment d'une pause.

Je regarde avec un peu de recul mon mois de septembre. La vitesse et les prises de risques. La violence aussi des sentiments nés trop rapidement. Les premiers jours d'une relation ont toujours cette beauté naïve. J'ai su cette fois-ci les regarder avec l'objectivité de celle qui sait déjà. J'ai été spectatrice de cette aventure. Je me regardais d'au-dessus. D'abord, il y a toute cette tendresse. Les gestes sont doux car tellement nouveaux. On se découvre, le corps de l'autre, son parfum, la façon dont il peut murmurer des choses à l'oreille, tout ce qui le caractérise de sensualité et de nouveauté. Avec pour moi en plus cette fois le bonus de la transgression. Faire quelque chose qu'il ne faudrait pas faire. L'interdit et le danger donnent du goût, une saveur supplémentaire. L'idée de l'impossible et de l'impensable aussi. Et je me suis vue, à la fois victime et coupable, m'embarquer dans cette histoire, jouer le jeu des premières fois, me laisser ravager le ventre et la tête par ses mots et ses mains, tout en sachant qu'il y avait quelque chose d'artificiel. Jouer la comédie de celle qui y croit. Et j'aurais pu finir par y croire. Je pense que la boucle est bouclée même s'il aura été moins évident d'y mettre fin que je ne le pensais. On devrait toujours se contenter de ces premiers jours. Après, la passion s'évanouit, pour laisser place à des habitudes et des promesses. Je repense à ce roman d'Alexandre Jardin, Fanfan où le héros entretient cet amour naissant, prenant grand soin de ne pas franchir la barrière qui mène à la routine et à l'engagement. Jusqu'où peut-on aller ainsi ? Jeu dangereux !

Mercredi dernier, révélation. Il m'avait invitée à venir chez lui malgré la décision qui avait été prise deux jours plus tôt. Il vit chez sa mère et cette dernière avait été hospitalisée pour une opération prévue de longue date. Il avait lourdement insisté pour que je vienne le voir. Déjà alors, je savais qu'il fallait que je lui parle, que je sois plus claire quant à notre relation, bien que je l'avais déjà été quant à mon non-engagement. Je savais que ça n'irait pas plus loin. Mais j'y suis allée quand même, l'appel du corps sans aucun doute. Arrivée là-bas très en retard à cause de déviations et de routes barrées (autant de symbole qui auraient dû me faire rebrousser chemin), j'ai découvert un garçon différent. On ne connaît jamais vraiment quelqu'un tant qu'on ne l'a pas vu dans son élément. Il m'a accueillie dans un appartement qui aurait fait la joie de Valérie Damido, déco kitsch à souhait, canevas au mur, statuettes de chevaux lancés au galop, napperons brodés sur la télévision. Et au cœur de ce spectacle, ce garçon de 25 ans en survet' et claquettes ! De quoi vous assécher un océan de désir. Je me montre indulgente, il n'est pas responsable des choix esthétiques de sa mère. Mais quelques minutes plus tard, alors qu'il m'attire dans sa chambre, je suis prise d'un fou rire intérieur difficile à contenir. Des murs bleus recouverts de posters, un cadre de Scarface sur fond de dollar, un drapeau Bob Marley accroché devant la fenêtre. Et mon grand gaillard tout souriant planté au milieu. Et là, il a à peine quatorze ans. Et moi, je me sens une vraie buse de m'être foutue dans un tel pétrin. J'ai finalement passé la nuit là-bas, épuisée pour me lancer dans la route retour. Brutalité et tendresse pour cette nuit irréelle. Au réveil le lendemain, je saute dans mes fringues pour partir au plus vite. Il ne se lève pas et me dit juste comment rejoindre ma voiture.

Après ces quelques semaines tumultueuses, j'en arrive à une conclusion sage : on ne construit jamais une histoire à deux, on la construit seul. Je suis aujourd'hui convaincue, au regard des expériences passées que la notion de partage dans un couple n'est qu'un leurre, une illusion. On vit l'histoire qu'on se raconte, les paroles et les gestes de l'autre pouvant être interprétés librement, la confiance étant souvent toute relative. Vieille fille aigrie et frustrée me direz vous ? Désenchantée au moins, c'est une certitude. Et aujourd'hui, à bien repensé à mes relations passées, j'en arrive à me dire que tout ce que j'ai aimé, c'est moi qui l'ai apporté. Je suis donc capable seule d'être heureuse. Je suis capable d'être heureuse seule. Et je ne veux plus m'accrocher à cette idée chère à toutes les trentenaires célibataires que le bonheur arrivera avec mon prince charmant, ni même avec un quelconque compagnon. Le bonheur, c'est moi.

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matin_flou_1

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mardi 28 septembre 2010

La raison.

Je ne devrais pas aller plus vite que ma vitesse, pourtant tout s'accélère. Je ne parviens déjà plus à suivre le rythme qu'on m'impose, que je m'impose.

Arrivent à grands pas des représentations théâtrale. Premier match d'impro de l'année jeudi et dans deux semaines, trois représentations de ma pièce sur un week-end. Côté boulot, j'ai tardé à m'y mettre et je me retrouve déjà avec des délais dépassés, des progressions qui n'ont pas été rendues à temps, des copies qui s'étalent sur mon bureau. A ne pas vouloir mesurer l'urgence de certaines situations, je me retrouve déjà coincée après un seul mois de cours. Il faut vite que je reprenne un rythme mais ma tête est ailleurs, elle se laisse aller à des futilités si agréables !

Hier soir, du haut de mes dix-sept ans, j'ai envoyé un texto à mon "amoureux". Je lui ai dit que ça ne pouvait pas durer, que c'était mieux si on s'en tenait à ça. Par texto. Comme une ado. Et je m'en suis mordu les doigts. Mais je souffle sur la flamme avant qu'elle ne me brûle. Très vite, ce qui ressemblait à un petit jeu sans conséquences m'a déstabilisée. Puis je repense à sa peau, à ses mains, à sa bouche et une vague lourde et innommable m'envahit. Il est venu à moi sans aucune raison, avec tout son courage et son culot. Il est venu me chercher alors que ça paraissait impossible. Il a su me trouver. C'était impensable. Et j'ai tellement aimé ça. J'avais besoin d'être bousculée. Le mot est si juste. Ma tête et mon corps. Il a su tout faire. Il a su me brusquer avec toute sa douceur, les mots, les gestes et tous ces éléments si inattendus. J'ai voulu dire stop sans savoir si c'était une bonne chose, mais je sens en moi les fourmillements d'un attachement et ça, je ne le veux pas. Ni avec lui, ni avec un autre. Je ne suis pas prête pour ça...

Alors, aujourd'hui, c'est comme après un incendie. Doutes et terres brûlées. Je ne sais pas ce que ça va donner, s'il va insister, si nous allons nous revoir. Je ne m'imagine pas construire quelque chose avec lui car nous sommes si différents, nos âges, nos centres d'intérêt, notre façon de voir les choses. Et pourtant, le courant passe. Ce serait réducteur de dire que nos corps se comprennent, mais c'est une réalité, il y a des choses qui n'ont pas à être dites. Il dit vouloir "être avec moi", "me voir encore et encore". Et moi, si impalpable, si fuyante, si hésitante. Je ne comprends pas. L'idée de laisser venir est tentante, mais je pourrais bien y laisser des plumes.

Et je me dis que si je devais vraiment prendre le risque de m'engager, il faudrait que ce soit vraiment fort, vrai, impeccable et imparfait à la fois, douloureux et délicieux.

Et toute cette vitesse qui m'ébouriffe.

romance

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Posté par Diane Groseille à 16:14 - - Commentaires [3] - Permalien [#]