mardi 1 décembre 2009
Birdy Nam.
Derniers jours lourds d'événements et d'émotions, de retournements de situation.
Pour reprendre les choses depuis le début, appelons le protagoniste Nam et situons les principales étapes d'une histoire qui n'en est pas vraiment une. Je connais Nam depuis trois ans. C'est quelqu'un que j'ai toujours connu en colère : une crispation froide et difficile à cerner. L'an dernier, j'apprends qu'il s'est séparé de la fille qui vivait à ses côtés depuis six ans. Je le découvre alors fragile et différent Cet été, alors que je suis en pleine dépression, je me force à voir du monde. Je suis chez mes parents absents, j'organise une soirée : j'envoie des mails à gauche à droite, je passe des coups de fil. Beaucoup sont en vacances. Nous nous retrouvons une petite dizaine autour d'un barbecue. Je suis éteinte, assommée par les médicaments et je m'en veux de m'être imposé cette mascarade. Tout le monde m'avait dit que ça pouvait me faire du bien. Je me sens plus seule encore, coupée de tout et impatiente de voir tout ce petit monde repartir. Il est là, il entre un peu plus dans mon univers. Quelques jours plus tard, un mail. Nam me propose d'aller boire un verre. Il dit vouloir me connaître mieux. Jusque là, nous n'avions que des rapports que l'on peut qualifier de professionnels. Je réponds oui, peut-être, à l'occasion. Mais rien ne se fait malgré de nombreuses relances, je trouve toujours de bonnes excuses pour remettre ça à plus tard.
Début octobre, alors que tout le monde semble s'enfoncer dans une déprime saisonnière, je me remets doucement sur pieds. Nous passons un week-end en montagne avec tout notre groupe et il me reparle de ce fameux verre. Je lui dis oui, et cette fois-ci, nous arrêtons une date. On se voit quelques jours plus tard, dans le café situé au pied de l'immeuble dans lequel j'ai vécu huit ans. Ce soir là, je le trouve distant, nerveux, égocentrique, il me parle de lui, trop, et parvient à me transmettre son angoisse. Il me parle aussi d'un voyage à venir, me demande comme ça, si je serais prête à le suivre, sur un coup de tête.
Par la suite, il y a des mails. Il éveille ma curiosité. Il me fait des compliments. Il joue à me provoquer et à me séduire. Il me propose de passer une soirée avec lui dans une ville de l'autre côté de la frontière. Je ne la connais pas, j'ai envie de le suivre. Nous passons là-bas un très bon moment. Je le découvre plus détendu, naturel et spontané, il me fait partager ce qu'il aime, des endroits, des idées... Deux jours plus tard, il me dit être de passage dans ma ville. Nous nous retrouvons sur des tabourets de bar à siffler des bières les unes après les autres. Je réalise qu'il ne tient pas l'alcool. Il m'embrasse, plusieurs fois. Nous finissons chez moi, il n'est bien entendu plus en état de rentrer chez lui. Il passe la nuit dans mon lit à me ronfler dans les oreilles. Au petit matin : impression d'avoir dormi avec une tronçonneuse. Lui est malade, il fait une migraine carabinée, il en vomit et je dois l'emmener chez le médecin. Je réalise qu'il ne tient vraiment pas l'alcool : il a tout oublié de la veille ! Quelques jours plus tard, il est de passage en train, il rentre d'une conférence sur S. et je sors d'un conseil de classe. Nous nous retrouvons au même endroit, je le sens fatigué et angoissé. Il a quelques chose à me dire, mais n'y parvient pas. Il boit trop et trop vite, se crispe davantage et finit même par se montrer agressif. Comme la fois précédente, nous finissons la soirée chez moi et alors qu'il s'endort sur mon canapé, il m'appelle par le prénom de son ex. J'en ris beaucoup. Il me parle mais ce qu'il articule n'a ni queue ni tête. Je passe une nuit blanche car il ronfle comme un sonneur et je ne parviens pas à trouver le sommeil. Au petit matin, nous faisons l'amour, il se montre maladroit et brutal, je déteste ça. Je pars ce jour là en cours, sonnée et j'attaque une journée de boulot pleine de points d'interrogation. Je décide finalement de mettre fin à cette mise en scène stupide. Tout cela me fait finalement sourire : cet homme aura été capable de cumuler sur deux rendez-vous tellement d'erreurs... J'officialise ma décision un soir, en sortant de cours, devant un thé à la menthe. Il dit vouloir savoir ce que je lui reproche. Un mail part le lendemain dans lequel je liste tout : ses maladresses, ses fautes de jeu, son indécision, ses trous de mémoire, la sensation désagréable d'être son jouet. Je pense alors vraiment que "l'histoire" s'arrête là. Mais je reçois trois jours plus tard une révélation : un message qui met en lumière beaucoup de choses. il m'apprend que depuis fin septembre, il n'est pas seul. Il a rencontré une femme. En lisant ce message, je suis prise d'un fou rire que j'ai du mal à maîtriser. La cerise sur le gâteau ! Puis je repasse en mémoire toutes ses bourdes, toutes ses hésitations : je comprends. Il me dit que bien entendu, quand il était venu me chercher, les premières fois, il était seul. Qu'il m'a vue distante et froide. Qu'à contre cœur, il a lâché l'affaire. Elle s'est trouvée sur sa route et il s'est trouvé bien avec elle. Quand, revenue à moi-même, je suis venue à lui, il s'est d'abord dit que tout cela n'était pas raisonnable, que c'était trop tard. Mais il a voulu savoir quand même : ce que ça aurait pu être, ce qu'il avait perdu. La suite est évidente.
Ce qui me fait beaucoup rire dans un premier temps me froisse finalement. Je lui répète alors que je préfère que tout cela cesse. Et cette fois-ci, c'est par peur d'y perdre des plumes. Il se pointe après avoir sauté en urgence dans un train jeudi soir. Il a plein de choses à me dire : il veut continuer à me voir. Il dit avoir besoin de mieux me connaître. Il souhaite que les ponts ne soient surtout pas coupés. Je dis non et il repart comme il est venu, en courant vers son train.
Et la balle est revenue dans mon camp. Comme un boomerang. Il y a d'abord eu ce silence puis mes mots et toute la réflexion qui a suivi. Je pensais que c'était mieux ainsi. C'était peut-être le cas. Vendredi, nous nous sommes vus à midi car il avait oublié des affaires chez moi. Il a voulu que nous prenions le temps de parler. Nous sommes allés manger japonais, très vite car je reprenais les cours tôt. Mais ce fut une coupure dans cette journée trop rapide. Des tables basses laquées, des coussins à même le sol. J'ai vraiment apprécié. Je lui ai réitéré ce jour là mes propos de la veille, ma volonté de couper les ponts pour me protéger. Il m'a dit encore à quel point il est bien avec moi.
La suite se fait dans la virtualité des mails. Certains à travers lesquels j'ai même pu lire son sourire. Il me propose de l'accompagner à une expo d'art contemporain. Je ne veux pas. Les heures passent, je ne réponds pas. Vendredi soir, je retrouve mon cocon douillet après une semaine de course. Pas de Lu, maison vide sans lui, il est chez mes parents, je préfère le savoir au grand air alors que j'aligne des journées de plus de huit heures de cours. Je m'endors sur le canapé en repensant à Nam.
Samedi matin, je suis réveillée par le téléphone : ma mère en larmes. Le chat est mort. Il avait quinze ans. Une crise cardiaque. Quelques heures plus tard, j'ai ma sœur au téléphone. Je comprends à sa voix guillerette qu'elle n'est pas au courant. Je le lui dis, tout de suite. Plus de voix, elle raccroche. Et débarque chez moi. Elle me fait appeler notre frère, elle ne se sent pas de le faire, ma mère non plus. Les heures qui suivent sont larmoyantes. J'ai allumé une petite bougie sur la table du salon et ma sœur la fixe avec ses yeux humides. Je finis par la motiver pour aller se balader. Nous trainons en ville. Dans un rayon, je trouve deux exemplaires d'occas' de La nuit des temps de Barjavel et des Voleurs de beauté de Bruckner. Deux livres que j'ai adorés. Dans la soirée arrivent les cop's pour une désormais traditionnelle soirée de gonzesses : bonne bouffe, crémant à volonté et blind test... Depuis quelques mois, je me suis rapprochée d'elles, nous aimons nous voir, nous soutenir, échanger et rire. On se lâche et je n'avais pas imaginé cet été que les choses puissent devenir aussi simples. La joie d'être ensemble gomme un peu la tristesse de la journée. Je leur parle de Nam car elles sont de bon conseil. Elles me mettent en garde.
Bien sur, je devrais me méfier mais ça faisait si longtemps que je n'avais pas eu droit à de petits bonheurs si évidents. Malgré toutes les tensions et les erreurs qu'il a pu commettre, malgré la situation plus que difficile, les moments passés avec lui sont doux et simples. En particulier depuis qu'il joue la carte de la sincérité, bien sur. Et je me dis que tout cela pourrait me convenir. Je ne veux de toute façon pas d'engagement, rien de sérieux après ce que je viens de vivre. Il est vrai que je déteste l'idée qu'il mente à cette fille, bien que je ne la connaisse pas du tout. Je me dis que peut-être un jour, c'est moi qui serai à sa place, c'est à moi qu'il dissimulera des vérités. Mais j'aime sa façon d'être, sa façon de voir le monde comme un tissu de possibilités. J'aime sa prise d'initiative et sa maturité (même si la situation qu'il se/nous fait vivre n'en est pas la meilleure illustration)...
Je décide finalement de ne pas me mettre de barrière. Il veut me voir, il veut mieux me connaitre : je serai là, opportuniste, à prendre ce qu'il y a à partager en tachant de me protéger et de ne pas fondre comme un sucre d'orge.
Dimanche, après un repas familial chez les parents, je m'éclipse pour l'accompagner finalement à cette exposition. J'y passe encore un délicieux moment. Sa compagnie est juste évidente. Il n'y a plus aucune tension, les choses semblent naturelles. Nous parlons, nous rions. Nous choisissons nos toiles préférées. Je reste émue devant celle ci et rêveuse devant cette autre. Nous évoluons dans les couloirs feutrés de cet immense labyrinthe. Nous nous séparons, nous nous retrouvons. Je l'observe. Plus tard, nous marchons dans les rues de la ville de S., celle que j'ai tant de mal à apprécier. Je lui explique d'ailleurs pourquoi. Nous pénétrons dans la cathédrale, je m'y sens toujours si écrasée. Je crois que c'est une première vraie soirée où nous sommes réellement nous mêmes. plus de jeu, plus de règles. Passage dans un bistrot, puis petit restaurant d'habitués. Nous rentrons en voiture, il s'endort durant le trajet et j'en profite pour caresser ses mains chaudes. Je suis censée le déposer à la gare mais nous passons finalement la nuit ensemble. Hier matin, douceur du réveil avec lui. Nous faisons la route ensemble jusqu'à M. Sur le trajet, je me dis que j'ai l'impression (sans doute fausse) de très bien le connaître. Pourtant je sais si peu de lui. Ce matin, c'est encore avec lui que je me suis réveillée. Dans son lit cette fois et un peu tard. Mais nous parlions depuis six heures et je n'ai pas vu le temps passer. Course dans les rues de la ville pour être à l'heure.
Je suis consciente que tout cela pourrait très vite devenir compliqué et douloureux. D'autant plus qu'il part au bout du monde avec elle dans deux semaines et ce pour un mois. Sans doute que cela nous permettra d'y voir plus clair. A lui comme à moi. Chacun de nous pourra sans doute savoir plus précisément ce qu'il veut. Pour le moment je sais surtout ce que je ne veux pas. Pas de promesses. Pas de précipitation. Pas d'engagement. Et je ne veux surtout pas qu'il prenne la décision de la quitter pour moi, ce qu'il pourrait regretter par la suite.
A côté de ça, il y a d'autres personnes. Ceux qui reviennent à la charge. Ceux qui sont encore en période d'approche. Ceux qui n'osent pas et qui regrettent. Des prétendants. Il est amusant de voir le contraste avec les douleurs de cet été. La fermeture, ce devait être écrit sur mon visage, tout mon corps devait exprimer ce mal-être.
Puis je me sens mieux aussi professionnellement, tellement mieux que l'an passé. J'ai rencontré la semaine dernière mes nouvelles classes, celles qui miraculeusement viennent compléter mon emploi du temps. Je vais faire cette semaine plus de quarante-cinq heures. Et paradoxalement, ça ne me fait pas peur. Je ne connais plus la fatigue de l'an passé, j'ai des trésors d'énergie dont je ne connais pas l'origine.
J'aime finalement le virage que j'ai pris. Je pensais tout cela impossible. J'ai retrouvé de la force et je n'ai plus peur de vivre.
***
"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait"
Mark Twain.
vendredi 27 novembre 2009
Game over.
Assez joué. Voilà des semaines que cette histoire traine. Une espèce de jeu sournois, un labyrinthe dans lequel j'avançais en aveugle . Les obstacles qui se dressaient devant moi, entre lui et moi, alors que tout semblait facile. De l'indifférence au départ, puis de l'amusement et au final peut-être déjà des bribes d'attachement. Les éléments de compréhension ne sont arrivés qu'au goutte-à-goutte.
Je n'étais pas prête pour tout ça, pas assez solide, pas assez stable. J'aurais pu tomber si cela avait dû devenir plus sérieux. Je ne voulais rien de sérieux, je ne voulais pas être bousculée. Mais je me suis prise au jeu : la séduction, la tendresse, l'attente.
Je me sens soulagée aujourd'hui. J'ai pu dire hier soir ce que j'avais sur le cœur. Même si cela reste confus et absurde, j'ai su trouver les mots. Ceux qui mettent fin à cette mascarade. Ceux qui me libèrent de lui. La balle est dans son camp et je n'attends plus qu'elle revienne à moi. Je suis fière de moi, car j'ai été sincère et j'ai trouvé l'exactitude pour transmettre mes impressions. Lui n'avait pas su être clair et depuis le début, il y avait ces zones d'ombre. Je les ai toutes gommées et j'ai mis fin à la partie. Une partie qui ne menait de toute façon à rien, perdue avant d'être commencée.
Il me reste à prendre de la distance avec d'autres pour ne pas reproduire le même schéma. Il est trop tôt et tout cela n'est qu'une mise en scène, une mise en abyme, certes rassurante et flatteuse pour moi, mais inutile et parois même dangereuse.
***
jeudi 19 novembre 2009
Checkpoint.
Je vais vraiment mieux. Aujourd'hui, je peux l'affirmer. J'arrive à relativiser. Je comprends mieux ce qui a pu se passer, même si j'ai encore beaucoup de mal à me l'expliquer, à mettre des mots dessus. Physiquement également, je me suis rétablie. Stabilité. j'ai moins peur, même si les vieux démons sont toujours là. J'ai repris une certaine confiance en moi. Je me questionne par contre très souvent sur la valeur de ce bien être : réalité ou masque chimique ? Je me revois assise il y a une semaine en face de mon médecin alors que je l'interrogeais sur les parts de force et d'illusion de mon état : "impossible de le savoir pour le moment, et d'ailleurs, on ne veut pas le savoir". Je poursuivrai le traitement jusqu'au printemps, m'a-t-il dit. Je n'ai toujours pas rencontré le psy qu'il m'avait conseillé, rendez-vous très difficile à obtenir. Il me dit que c'est un signe de sérieux, de professionnalisme, c'est quelqu'un qui s'engage auprès de ses patients. Je ne suis de toute façon pas impatiente de le rencontrer, je n'en ressens pas le besoin et je suis même gênée à l'idée de devoir lui déballer ma vie. A vrai dire, j'en aurais sans doute eu besoin cet été, alors que j'étais envahie par tant de doutes. Aujourd'hui, alors que je me sens mieux, je ne vois pas ce que je vais pouvoir lui dire et comment tout cela pourrait s'articuler.
Ma vie avance alors que je la voyais au point mort il y a quelques mois à peine.
Les choses semblent évoluer avec Neb. J'avais mis des distances pendant plusieurs semaines pour y voir plus clair. Aujourd'hui, mes sentiments pour lui semblent moins confus. Je vois de façon plus claire ce que nous avons vécu, je comprends mieux les liens qui ont pu nous unir jusqu'au bout, malgré tant de tensions. Je ME comprends mieux au travers de cette histoire. Il aura fallu du temps. Et pour lui tout semble encore abstrait. Je crois qu'il a toujours des sentiments pour moi. Je crois qu'il sait avoir gâché beaucoup de choses. J'espère sincèrement qu'il réussira à se reconstruire. Je tiens beaucoup à lui et je voudrais le (sa)voir heureux.
De mon côté, je construis. Les projets que je jugeais bien trop ambitieux il y a quelques semaines encore sont en train de prendre forme. En particulier mon association d'impro. J'en suis très fière. Je ne pensais pas être ainsi suivie et soutenue dans l'élaboration de cet atelier. Aujourd'hui, nous sommes une vingtaine, motivés et prêts à affronter d'autres équipes. Tout cela pourra prendre des formes très différentes et ça me laisse une liberté de mouvement par rapport aux années passées : je ne suis plus salariée mais présidente ! Les relations au sein du groupe se renforcent de semaine en semaine.
Autre point qui m'a fait peur tout l'été : ma situation professionnelle. Javais tout vu s'écrouler en juin lorsqu'on m'avait appris que j'aurais nettement moins d'heures. Ma situation de vacataire qui ne présentait jusqu'alors que des avantages montrait son vrai visage. Je craignais cette année de rencontrer de vraies difficultés financières. J'ai commencé l'année avec très peu d'heures de cours et une motivation ras des pâquerettes. Puis j'ai su il y a quelques semaines que j'allais créer cette année des supports pédagogiques pour un site de soutien scolaire sur internet. Et hier, j'ai eu un entretien qui s'avère concluant pour de nouvelles interventions dans un autre centre de formation. Seul point noir au tableau : je vais avoir de très nombreuses heures et je ne sais pas comment je vais pouvoir gérer mon Lucien dans de telles conditions, cela va demander une certaine organisation.
Puis il y a mon rapport aux autres qui a considérablement évolué : j'échange, je partage, je ris, j'écoute, je me positionne sans plus de peur de ce qu'on va penser de moi, j'affirme, je m'oppose, je donne, je crois, je fais confiance, je rassure, je soutiens, je séduis, j'aide, j'accepte. Je prends du plaisir à être avec certaines personnes, je savoure les instants passés avec les gens qui m'entourent : mes élèves, ma famille, mes amis... De nouveaux liens se sont tissés : certains qui me semblent pouvoir devenir très forts, d'autres dont je dois apprendre à me méfier. Certaines personnes, je le sais, cherchent à jouer, et la petite crétine fragile que je suis en ce moment est la proie idéale pour qui veut s'amuser à manipuler. La séduction est là, omniprésente avec certaines personnes. Je reste prudente même si j'ai parfois l'impression de jouer avec le feu (il faudra que je mette des mots plus concrets sur cette situation particulière, mais cela reste délicat pour le moment).
Mes relations avec ma famille me semblent également de plus en plus fortes. Les difficultés estivales nous ont rapprochés, même si mon frère et ma sœur n'étaient pas là à ce moment là. Je sens qu'on se considère responsable de moi, qu'on s'inquiète, et j'essaye de me montrer forte et à la hauteur pour ne pas les décevoir. Ma sœur a déménagé il y a deux semaines. Elle vit maintenant en plein cœur de la ville dans laquelle je travaille, dans un petit appartement tout douillet. Cela représente un pied à terre pour moi, la possibilité de trouver du réconfort sur une journée de boulot qui tire en longueur, le moyen également d'éviter certains trajets parfois inutiles. J'ai d'ailleurs dormi chez elle cette nuit.
J'ai retrouvé l'écriture aussi. Celle spontanée, impulsive. Celle qui fait du bien, qui fait sourire. Celle qui illumine et qui dynamise. Les listes, les petits mots, les gribouillages sur des coins de serviettes en papier, les petits mots dans l'agenda...
Et somme toute, j'ai la patate. Des envies de faire la fête, de profiter de chaque instant. Je dors peu, je mange par phases : glouton ou moineau. Je m'écoute. Il était temps !
lundi 19 octobre 2009
Comme sa bouche est immense quand elle sourit.
Il fait froid.
J'ai trainé mes pieds dans les feuilles mortes, dorées et rousses, qui se soulèvent dans l'air frais.
J'ai remis le chauffage et cette odeur douçâtre de poussière brûlée a empli mon appartement.
J'ai mangé les premières clémentines, les premiers pains d'épices, les premières soupes du dimanche soir.
J'ai ressorti mon manteau et j'ai pris du plaisir à blottir mon nez dans son col lorsqu'il y avait un vent mordant.
J'ai repris l'habitude de fermer les volets la nuit, à la recherche d'une chaleur intérieure, d'un nid douillet, tout de couvertures et de bouillottes.
J'ai cueilli mes dernières tomates sur le balcon, pas encore tout à fait rouges et je les ai posées sur le bord de la fenêtre de la cuisine pour qu'elles s'y réchauffent et rougissent.
Je vais bien.
J'ai retrouvé une sérénité que je pensais perdue. A tout jamais. Je n'imaginais pas que c'était possible. je reviens de loin. Je reconstruis tout ce qui a été cassé. Petit morceau par petit morceau. En prenant tout mon temps, calmement. Il y a de nouvelles choses dans ma vie. Pour beaucoup positives. Il faudra que je prenne le temps d'en parler : l'association, ce nouveau travail qui vient compléter à merveille mon emploi du temps, mon corps qui a tellement changé et avec lequel je me réconcilie...
J'avance. Je remonte. J'espère comme je le disais plus tôt que ce n'est pas artificiel.
mardi 6 octobre 2009
Artificiel.
Je vais mieux. Je le chuchote car j'ai peur que le dire trop fort ne fasse vaciller cette stabilité qui semble revenue. J'ai peur aussi que tout ça ne soit pas moi-même, mais les simples réactions chimiques que les médicaments provoquent sur mon cerveau. Pourtant je recommence à m'entendre avec celle que je deviens. Alors, je me dis que sans doute, je n'étais pas moi-même avant. J'ai tellement peur que cette force qui gonfle lentement à l'intérieur de moi ne soit qu'un leurre.
J'ai laissé filer les deux saisons que je préfère, enfermée à l'intérieur de ma tête. Je n'ai pas vu l'herbe vert tendre du mois d'avril, les cerisiers et les magnolias en fleurs. Je n'ai pas vu la lumière des journées les plus longues de l'année, j'étais alors plongée dans l'obscurité. J'ai l'impression maintenant que ces deux saisons ont duré une éternité. Et en même temps ce n'est qu'une longue parenthèse creuse. Du temps gâché.
Mais j'essaye de rattraper ce qui a été perdu. Je sais à nouveau sortir de mon cocon. Et pas seulement pour aller travailler. Je sais m'investir auprès des gens qui m 'entourent, les écouter, me détacher de moi-même. Je sais à nouveau donner et recevoir. Je sais oublier les angoisses de la veille, celles qui me rongeaient. Je sais même sourire et rire parfois.
Puis dans cette tempête, j'ai aussi perdu des choses auxquelles je ne tenais pas. Les angoisses liées à Neb, celles qu'il me transmettait sans le vouloir. Et quelques lourds kilos qui en s'envolant ont affiné très nettement ma silhouette. Je me sens plus légère.
Et j'ai des centaines de mots, d'histoires qui naissent à nouveau derrière mes yeux clos et que je ne vais pas tarder à coucher ici.
lundi 7 septembre 2009
Vingt huit jours plus tard.
Une nouvelle rentrée. Très différente des précédentes. Je suis faible, je me sens vulnérable. J'attaque cette année sans savoir un instant où je vais, comment les choses vont évoluer. J'ai rencontré les premières classes, de nombreuses autres arrivent encore. J'ai du mal à trouver mes repères, les automatismes des années passées semblent s'être dilués dans ces derniers mois.
Je prends des médicaments depuis quelques semaines. Dans un premier temps, les contours de ma vie sont devenus flous. Les anxiolytiques me faisaient dormir et gommaient ma réalité. Une espèce de brouillard froid. J'ai très vite cessé de les prendre, tenant à ma lucidité. Quant aux antidépresseurs, on dit volontiers qu'ils représentent une béquille, et j'ai en effet cette impression. Je ne me sens ni heureuse ni triste, mais au moins stable. Ils ont neutralisé mes idées noires en levant le lourd voile de tristesse qui pesait sur moi. J'ai l'impression de pouvoir avancer à nouveau, sans parler encore de construire ou de connaitre la destination, mais j'arrive à me lever le matin, à me concentrer sur un film, à envisager une sortie, à croire pendant une minute que tout ira peut-être mieux bientôt.
Beaucoup de personnes autour de moi ont critiqué mon choix de me tourner vers les médicaments. Je dois dire que ce n'est pas un choix. Il n'y avait pas d'autres possibilités. Aucune alternative. J'étais en danger. Les mots semblent forts mais j'ai eu très peur de l'état dans lequel j'étais. Ce fut très dur pour moi de me rendre chez un médecin et de reconnaître mon incapacité à m'en sortir. Je suis fière, je veux donner l'image de quelqu'un de fort, de solide. Et là... Échec. Faiblesse. Déchéance. Je n'avais jamais connu ça.
Aujourd'hui, je ne remonte pas la pente. J'ai juste arrêté de descendre. Je m'habitue doucement à ma nouvelle vie. Sans Neb. Pourtant je vis dans l'appartement qui nous a unis. Je sors peu, je m'entoure de personnes de confiance, celles que j'aime depuis longtemps et que je sais être fiables, fortes et bienveillantes pour moi. Je ne me frotte pas encore aux "autres". La vie me fait peur. Je reste dans mon cocon douillet et sécurisant, avec mon chien, mes habitudes, ma tranquillité. Je panse mes blessures. Je pense moins. Je me recroqueville sur les tout petits trésors que j'arrive encore à trouver au fond de moi-même.
***
PS : le message a été écrit le 7 septembre. Je ne le poste qu'aujourd'hui car mon ordinateur n'a plus voulu s'allumer pendant une semaine.
mardi 11 août 2009
Tout au bout.
Impression de cauchemar permanent.
Je passe un été affreux. Mes yeux constamment baignés de larmes, comme deux cicatrices brûlantes, mon corps secoué de sanglots. Je ne sais plus où j'en suis. Je vais mal. Je ne me reconnais plus. J'ai perdu toute ma force, toute ma confiance, toute ma volonté, toutes mes envies. Je suis une loque. Je ne parviens pas à voir un intérêt quelconque à ce qui m'entoure, à ce qui m'attend. Tout ce qu'il y avait de stable et de réussi dans ma vie semble s'être effondré. Désagrégé. Petits morceaux par petits morceaux. Les décisions que je pensais être justes perdent de leur sens, sur tous les plans. Je me décompose.
Ma vie professionnelle d'abord. Les joies de la vacation se sont retournées contre moi mi-juin lorsque mon employeur principal m'a annoncé qu'à la rentrée, ce serait 50% d'heures en moins. Ils ont décidé de grouper des sections pour faire des économies et faut bien que quelqu'un les subisse. Moi. Je me retrouve avec deux options. Soit accepter cette proposition et me retrouver avec deux autres employeurs et un emploi du temps-gruyère que je ne parviendrai pas à combler et des revenus insuffisants pour payer seule les traites de l'appartement. Soit lâcher complètement ce système et décoller vers autre chose. Je ne sais pas quoi : le théâtre, du coaching, une ferme, l'étranger, ...
Ma vie sentimentale représente le plus bel échec que j'aie à mon palmarès. Impossible de trouver les mots pour décrire justement ce désastre. Neb et moi sommes séparés depuis le mois de mars. Rien ne semble se reconstruire. Ni pour moi, ni pour lui. Lui n'a pas avancé d'un pouce. Il veut à la fois s'éloigner de moi et laisse entendre qu'il tient toujours à moi. De mon côté, c'est la confusion totale. Je suis consciente qu'il a été et qu'il est toujours un complice. Cinq ans de vie commune ne s'effacent pas d'un revers de manche. Je sais qu'il me connait. Mais je regrette amèrement tout ce que j'ai voulu construire avec lui, tout ce qu'il a gâché. Je ne le respecte plus, je ne lui fais plus confiance. Et je ne parviens pas un instant à imaginer que je puisse un jour à nouveau faire confiance à quelqu'un. C'est une blessure douloureuse et béante. Je souffre de le savoir si puéril, si loin de ce que j'avais imaginé. A un instant, je m'étais dit que cette rupture lui ferait du bien, qu'elle lui permettrait de revoir ses priorités. Au contraire, il a coulé plus encore qu'avant. Il mène une vie décousue, n'a pas plus d'objectifs qu'il n'en avait sur notre dernière année de vie commune, il vit de petits jobs qui suffisaient peut-être lorsqu'il touchait encore les ASSEDIC. L'entreprise dont il parle depuis des mois n'a toujours pas vu le jour, à l'écouter le système est compliqué et présente des lourdeurs administratives mais je pense surtout qu'il ne s'est pas donné les moyens, une fois de plus. Et dans ce contexte plus que fragile, il envisage de partir en vacances. Mais tout cela ne me regarde plus, il faut que je me fasse à cette idée. Difficile de laisser quelqu'un dans une telle merde alors qu'on s'est fait du soucis pour lui pendant des années. Lui ne s'inquiète pas, c'est le principal. Aujourd'hui, je lui en veux. Et je m'en veux. J'aurais aimé, comme dans un monde parfait, garder avec lui des contacts d'adultes, qui échangent sur leur évolution. Mais ça ne peut pas fonctionner comme ça. Il ne peut pas être là quand j'ai besoin de lui. Je ne veux plus qu'il le soit d'ailleurs. Il n'est pas la personne vers laquelle je dois me tourner. Je dois définitivement m'éloigner de lui. "Nous" ne veut plus rien dire, nous n'avons pas d'avenir commun, six mois se sont écoulés depuis notre rupture et rien n'a changé (je dirais même que la personne qu'il est devenu depuis me déçoit encore plus). Je ne peux pas continuer à compter sur lui, à accepter qu'il vienne ici quand bon lui chante, qu'il décide quand arriver et quand repartir, qu'il change d'attitude comme de chemise. Je me dis que je lui ai tant parlé, tant de fois, et mes mots sont allés se perdre dans le néant, pas pris au sérieux, pas compris. Je m'attache à lui comme à une bouée, mais j'ai tort, parce que je sais nager. Il ne m'a rien apporté, je m'attache à ce que j'ai voulu construire, à cette stabilité qui est déjà brisée.
Ma vie familiale aussi est ébranlée par un événement récent. Gros clash la semaine dernière. Particulièrement perturbant. Me voilà paumée. Plus encore qu'avant. Mon père, qui jusqu'à maintenant était pour moi une référence solide et fiable est entré dans une colère noire pour des raisons qui me sont toujours inconnues et qui je l'avoue m'effrayent. J'ai juste fait l'erreur d'être sur son chemin à ce moment là et les mots qu'il a pu me lancer au visage comme des centaines de petits cailloux me restent encore aujourd'hui sur le cœur. Un coup de plus qui vient couler mes certitudes et ma confiance. Un coup qui a même représenté celui de trop.
Puis pour finir, ma santé. Toutes les analyses ont été effectuées, y compris les plus désagréables. On ne me trouve rien. Pas la moindre trace d'infection, de microbes, de bactérie qui pourraient être responsables de ce dysfonctionnement. Et pourtant, malgré le repos du premier mois de vacances, je continue à souffrir. Des crampes, des nausées, des aigreurs, des diarrhées. Bien sur, tout cela a modifié considérablement ma façon de vivre. Et je me demande si au final, ma façon de vivre, de percevoir ma vie du moment ne modifie pas considérablement ma façon de digérer. Pendant des semaines, je n'ai pas voulu entendre parler de ce foutu stress, je ne voulais pas croire qu'il puisse à lui seul être responsable de mon état. Cela voulait dire que je ne contrôlais plus rien. Aujourd'hui je finis par me faire à cette idée. Je fais des crises d'angoisse comme je n'en avais plus faites depuis des années : je manque d'air, je sanglote, je ne parviens plus à relativiser quoi que ce soit, je ne contrôle plus mes émotions. J'ai l'impression d'avoir quinze ans, bouffée par les hormones, incapable de me maîtriser. Je pensais qu'en vieillissant, tout cela n'arriverait plus. Je pensais qu'on devenait solide avec le temps. Dans ces cas là, je me dégoutte.
Tous ces éléments remettent complètement en question la notion de confiance. Je ne sais plus quelle place je dois occuper, comment je dois me comporter. Alors petit à petit, j'ai fermé des portes, j'ai refusé des sorties, je n'ai pas répondu à des messages... J'ai peur des autres. L'idée de voir du monde me perturbe. Je me suis refermée sur mon petit appartement, celui que j'ai choisi, aménagé, partagé avec Neb, celui où il faudra que je finisse par trouver ma place. Mes sorties se résument à de longues balades avec Lu dans la montagne, à m'en épuiser, à chercher à m'étouffer de grand air et d'horizons libérateurs. Je vais à la piscine, j'y fais des longueurs qui me vident la tête, qui perdent mon souffle. Je dors énormément et souvent mes réveils sont contrariants parce que ma réalité me décourage. J'ai l'impression de faire une allergie à ma vie. Je me sens la fragilité d'une coquille d'œuf. J'essaye de me reconstruire tout doucement, je me fixe des défis : sortir faire une balade en ville, m'assoir seule à la terrasse d'un café, aller au marché... Rien d'insurmontable, me frotter aux autres, aux gens, pour ne pas finir totalement misanthrope, gloutonnée par ma solitude. J'ai aimé vivre seule, j'ai aimé ne dépendre de personne, construire seule. Aujourd'hui, je suis épuisée et trop fragilisée pour y voir de la force. J'ai perdu quatre kilos en une semaine. Je ne sais plus qui je suis, je ne me reconnais plus, plus rien à quoi me raccrocher.
Bien entendu, ça me coûte de mettre des mots sur tout cela. Petit roman de ma médiocre existence des derniers mois. Désolée pour les longueurs, le fatalisme, les mots qui sonnent faux, la sensiblerie, la lâcheté qui transpirent dans ce message.
Triste bilan. Dans mon bulletin de mauvaise élève, ils auraient pu inscrire : "A touché le fond, et continue à creuser". Le mot dépression a été utilisé pour la première fois la semaine dernière. Je suis allée voir mon médecin hier, je prends des médicaments, je n'avais plus assez de force.
***
lundi 20 juillet 2009
Force d'inertie.
Vacances.
Les journées semblent enfin ralentir.
L'espace-temps m'échappe pourtant.
Je me sens essoufflée, comme après une course.
Retour de quelques jours de vadrouille :
deux jours en Italie,
deux jours dans les Alpes,
deux jours avec le Pooh.
Et me réhabituer ensuite à la solitude.
Les mots sont là, toujours, mais si difficiles à articuler.
Des centaines de phrases en attente,
trop périlleuses à formuler, trop douloureuses.
Cliquez pour plus d'images
***
NB : je me décide enfin à répondre à vos nombreux commentaires, laissés en attente, comme tout le reste. Merci à vous tous d'être là.
lundi 22 juin 2009
Grand écart.
En cette fin d'année rendue difficile par des paramètres imprévus et indépendants de ma volonté, je suis fatiguée. Ma tête et mon corps sont fatigués.Parfois, il y a comme des déconnexions dans mon quotidien. Réactions machinales et ridicules.
L'autre jour, par exemple, je trainais sur des sites de vente par correspondance : les soldes approchent et je cherche à repérer des vêtements sympas pour cet été. Alors que les pages virtuelles se tournent sous mes yeux, je me rends compte que ce dont j'ai vraiment besoin pour pouvoir porter ces vêtements est une belle paire de jambes. Sur chaque photo, ce qui me plait n'est pas le vêtement mais les longues jambes galbées et halées. Je réfléchis deux secondes : quel site me proposerait une belle paire de jambes et à quel prix ? * Déconnexion.
Trajet en voiture, il y a peu. La chanson diffusée à la radio me plaît et naturellement, je tourne le petit bouton de mon poste et je savoure le son. Et je me dis, très spontanément qu'il faudrait penser à installer le même petit bouton sur la vie, sur chacun de nous, comme ça, quand il y a des moments qu'on aime bien, on peut les intensifier, monter le volume et permettre aux autres autour d'en profiter. A l'inverse, les moments de douleur pourraient être tus. Déconnexion.
Et tout à l'heure devant la télé, cerveau en veille, je veux changer de chaine et je prends ma calculatrice à ma droite qui a servi à faire ma déclaration d'impôts. Il m'a fallu quelques secondes, la regarder, pour me rendre compte que je ne pourrai pas changer de chaine, même avec beaucoup de bonne volonté. Déconnexion.
Je passe beaucoup de temps à ne plus penser, volontairement, je vide ma tête de toute la gymnastique mentale de l'année. Et alors me viennent des mécanismes spontanés de pensée originaux, voire absurdes. Aussi ridicule que cela puisse paraître, ça me fait "avancer le crâne". Je réfléchis indirectement à ces gestes du quotidien, vides de sens et chargés de symboles si on les observe de plus près. Et j'ai l'impression de me libérer. Un peu. Et je trouve dans ces gestes de banalité des réponses que je n'attendais pas.
[* Projet piscine, le stade nautique va me permettre de nager en plein air, cette fois-ci, il va falloir s'y tenir. Je marche déjà, je traine mon Lu sur des chemins de campagne que nous foulons d'un pas rapide, malgré quelques arrêts pour grappiller des cerises.]
samedi 23 mai 2009
J'ai dû me gourer dans l'heure, j'ai dû me planter dans la saison.
Un samedi soir. Entre chien et loup, lu et moi sortons errer dans la quartier. Partout, des éclats de voix, des éclaboussures de rire s'échappent des fenêtres ouvertes. Ce sont les plus beaux jours de l'année, ceux de l'amitié, des amours naissantes, des alchimies de rencontres nouvelles. J'imagine ce qui se passe derrière les haies d'arbustes ou au dernier étage de cette grande maison : des groupes d'amis partagent les choses évidentes de la vie, un bon repas, des moments simples. Lu ne semble pas perturbé. Il renifle ce que la journée a laissé derrière elle d'odeurs nouvelles. Je traîne mes sandales sur le bitume chaud, j'emplis mes poumons de l'air lourd du parfum des fleurs, je n'ai pas envie de rentrer... Dans l'ascenseur, je trouve mon reflet dans le miroir agréable, malgré mes yeux fatigués.
Voilà une semaine que je vis seule. Je pensais d'abord que c'était une bonne période pour aborder sereinement cette solitude toute neuve. Et ce soir, en rentrant chez moi après cette douce balade, j'ai trouvé mon appartement plongé dans le noir. Il est difficile de se retrouver entre ces murs qui sont aujourd'hui les miens et qui ont été il y a peu les nôtres. Neb vide au fur et à mesure des placards. Il passe ici comme un fantôme, remplis des cartons, me salue à peine. J'essaye tant bien que mal de me réapproprier ces lieux qui se vident de sens jour après jour. J'ai planté cet après-midi des tomates et quelques herbes aromatiques sur le balcon, J'ai trié des affaires, je m'apprête à faire un peu de peinture. Mais tout ceci ne comble pas le vide laissé.
J'ai accepté par erreur ton invitation
J'ai dû me gourer dans l'heure
J'ai dû me planter dans la saison
Si j'ai confondu
avec celle qui sourit pas
mais celle qui est belle bien entendu
et qui dit beau
dit pour moi
tu sais j'ai pas toute ma raison
si j'ai toujours raison
tu sais j'suis pas une fille sympa
et j'merde tout ça tout ça
tu sais j'ai pas confiance
j'ai pas confiance en moi tu sais
j'ai pas d'espérance et je merde tout ça tout ça
si tu veux on parle de toi
, si tu veux on parle de moi
parlons de ta future vengeance que tu
auras toi sur moi
disons entrecoupé d'silence
qu'on est bien seul pour une fois
qu'on est bien parti pour une danse
ça ira pas plus loin tu vois
J'ai accepté par erreur ton invitation
j'ai dû m'gourer dans l'heure
j'ai dû me planter dans la saison
Reste à savoir si on trace
un trait un point dans notre espace
Si j'ai pas toute ma raison si j'ai toujours raison.












